Yet Another Effort, Frenchmen, If You Would Become Republicans  

From The Art and Popular Culture Encyclopedia

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"A nation already old and corrupted which will courageously shake off the yoke of its monarchical government in order to adopt a republican one will only be able to maintain itself by many crimes, for it is already in crime, and if it wants to pass from crime to virtue, that is, from a violent to a gentle state, it will fall into an inertia which will soon result in its certain ruin." --"Yet Another Effort, Frenchmen, If You Would Become Republicans", cited in "The Sacred Conspiracy" by Georges Bataille


"I should like there to be perfect freedom to deride them all [all religions]; I should like men, gathered in no matter what temple to invoke the eternal who wears their image, to be seen as so many comics in a theater, at whose antics everyone may go to laugh."


"Lycurgus, Numa, Moses, Jesus Christ, Muhammad—all these big scoundrels, all these big despots of our ideas knew how to bond their concocted divinities with their immense ambitions. Certain of captivating nations with the sanction of their gods, these villains, as we know, took care either to question their deities at an appropriate moment or to have them answer only whatever they believed could serve their purpose."


"The philosopher must teach these pupils [French students] that it is far less essential to understand nature than to enjoy and respect its laws; that these laws are both wise and simple; that they are written in all human hearts, and that one need merely question a heart in order to appreciate its impulses."


"The law which attempts a man's life [capital punishment] is impractical, unjust, inadmissible. It has never repressed crime—for a second crime is every day committed at the foot of the scaffold."


"Qu’est-ce que l’homme, et quelle différence y a-t-il entre lui et les autres plantes, entre lui et tous les autres animaux de la nature ? Aucune assurément. Fortuitement placé, comme elles, sur ce globe, il est né comme elles, il se propage, croît et décroît comme elles ; il arrive comme elles à la vieillesse et tombe comme elles dans le néant, après le terme que la nature assigne à chaque espèce d’animaux, en raison de la construction de ses organes. Si les rapprochements sont tellement exacts, qu’il devienne absolument impossible à l’œil examinateur du philosophe d’apercevoir aucune dissemblance, il y aura donc alors tout autant de mal à tuer un animal qu’un homme, ou tout aussi peu à l’un qu’à l’autre, et dans les préjugés de notre orgueil se trouvera seulement la distance, mais rien n’est malheureusement absurde comme les préjugés de l’orgueil."


"That Sade took his work seriously is shown by the tone of the "Yet Another Effort"; it reads like the condensation of all he always wanted to say, and now, briefly freed by the Revolution which was to lock him up again, finally had a chance of saying." --Thomas Molnar in "Kakotopia: The Politics of Sade"

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Illustration: Portrait fantaisiste du marquis de Sade (1866) by H. Biberstein

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Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.
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Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.

"Français, encore un effort si vous voulez être républicains" ("Yet Another Effort, Frenchmen, If You Would Become Republicans") is the title of a pamphlet featured in Philosophy in the Bedroom of Marquis de Sade. The Philosophy in the Bedroom is split into seven parts - or 'dialogues' - and the pamphlet is a lengthy section within the fifth dialogue in which it is argued that, having done away with the monarchy in the French Revolution, the people of France should take the final step towards liberty by abolishing religion too, although he does allow some room for the pagan Roman gods. He then unfolds a plan to reform morality by allowing prostitution, incest, rape, theft, murder and sodomy, advocating almost complete lawlessness apart from the laws of nature. And also proposes to abolish capital punishment.

Contents

See also

Full text (French)

La religion

Je viens offrir de grandes idées : on les écoutera, elles seront réfléchies ; si toutes ne plaisent pas, au moins en restera-t-il quelques-unes ; j'aurai contribué en quelque chose au progrès des lumières, et j'en serai content. Je ne le cache point, c'est avec peine que je vois la lenteur avec laquelle nous tâchons d'arriver au but ; c'est avec inquiétude que je sens que nous sommes à la veille de le manquer encore une fois. Croit-on que ce but sera atteint quand on nous aura donné des lois ? Qu'on ne l'imagine pas. Que ferions nous de lois, sans religion ? Il nous faut un culte et un culte fait pour le caractère d'un républicain, bien éloigné de jamais pouvoir reprendre celui de Rome. Dans un siècle où nous sommes aussi convaincus que la religion doit être appuyée sur la morale, et non pas la morale sur la religion, il faut une religion qui aille aux mœurs, qui en soit comme le développement, comme la suite nécessaire, et qui puisse, en élevant l'âme, la tenir perpétuellement à la hauteur de cette liberté précieuse dont elle fait aujourd'hui son unique idole. Or, je demande si l'on peut supposer que celle d'un esclave de Titus, que celle d'un vil histrion de Judée, puisse convenir à une nation libre et guerrière qui vient de se régénérer ? Non, mes compatriotes, non, vous ne le croyez pas. Si, malheureusement pour lui, le Français s'ensevelissait encore dans les ténèbres du christianisme, d'un côté l'orgueil, la tyrannie, le despotisme des prêtres, vices toujours renaissant dans cette horde impure, de l'autre la bassesse, les petites vues, les platitudes des dogmes et des mystères de cette indigne et fabuleuse religion, en émoussant la fierté de l'âme républicaine, l'auraient bientôt ramenée sous le joug que son énergie vient de briser. Ne perdons pas de vue que cette puérile religion était une des meilleures armes aux mains de nos tyrans : un de ses premiers dogmes était de rendre à César ce qui appartient à César ; mais nous avons détrôné César et nous ne voulons plus rien lui rendre. Français, ce serait en vain que vous vous flatteriez que l'esprit d'un clergé assermenté ne doit plus être celui d'un clergé réfractaire ; il est des vices d'état dont on ne se corrige jamais. Avant dix ans, au moyen de la religion chrétienne, de sa superstition, de ses préjugés, vos prêtres, malgré leur serment, malgré leur pauvreté, reprendraient sur les âmes l'empire qu'ils avaient envahi ; ils vous réenchaîneraient à des rois, parce que la puissance de ceux-ci étaya toujours celle de l'autre, et votre édifice républicain s'écroulerait, faute de bases.

O vous qui avez la faux à la main, portez le dernier coup à l'arbre de la superstition ; ne vous contentez pas d'élaguer les branches ; déracinez tout à fait une plante dont les effets sont si contagieux ; soyez parfaitement convaincus que votre système de liberté et d'égalité contrarie trop ouvertement les ministres des autels du Christ pour qu'il en soit jamais un seul, ou qui l'adopte de bonne foi ou qui ne cherche pas à l'ébranler, s'il parvient à reprendre quelque empire sur les consciences. Quel sera le prêtre qui, comparant l'état où l'on vient de le réduire avec celui dont il jouissait autrefois, ne fera pas tout ce qui dépendra de lui pour recouvrer et la conscience et l'autorité qu'on lui a fait perdre ? Et que d'êtres faibles et pusillanimes redeviendront bientôt les esclaves de cet ambitieux tonsuré ! Pourquoi n'imagine-t-on pas que les inconvénients qui ont existé peuvent encore renaître ? Dans l'enfance de l'église chrétienne, les prêtres n'étaient-ils pas ce qu'ils sont aujourd'hui ? Vous voyez où ils étaient parvenus : qui, pourtant, les avaient conduits là ? N'étaient-ce pas les moyens que leur fournissait la religion ? Or, si vous ne la défendez pas absolument, cette religion, ceux qui la prêchent, ayant toujours les mêmes moyens, arriveront bientôt au même but.

Anéantissez donc à jamais tout ce qui peut détruire un jour votre ouvrage. Songez que, le fruit de vos travaux n'étant réservés qu'à vos neveux, il est de votre devoir, de votre probité, de ne leur laisser aucun de ces germes dangereux qui pourraient les replonger dans le chaos dont nous avons tant de peine à sortir. Déjà nos préjugés se dissipent, déjà le peuple abjure les absurdités catholiques ; il a déjà supprimé les temples, il a culbuté les idoles, il est convenu que le mariage n'est plus qu'un acte civil ; les confessionnaux brisés servent aux foyers publics ; les prétendus fidèles, désertant le banquet apostolique, laissent les dieux de farine aux souris. Français, ne vous arrêtez point : l'Europe entière, une main déjà sur le bandeau qui fascine ses yeux, attend de vous l'effort qui doit l'arracher de son front. Hâtez-vous : ne laissez pas à Rome la sainte, s'agitant en tous sens pour réprimer votre énergie, le temps de se conserver peut-être encore quelques prosélytes. Frappez sans ménagement sa tête altière et frémissante, et qu'avant deux mois l'arbre de la liberté, ombrageant les débris de la chaire de Saint Pierre, couvre du poids de ses rameaux victorieux toutes ces méprisables idoles du christianisme effrontément élevées sur les cendres des Catons et des Brutus. Français, je vous le répète, l'Europe attend de vous d'être à la fois délivrée du sceptre et de l'encensoir. Songez qu'il vous est impossible de l'affranchir de la tyrannie royale sans lui faire briser en même temps les freins de la superstition religieuse : les liens de l'une sont trop intimement unis à l'autre pour qu'en laissant subsister un des deux vous ne retombiez pas bientôt sous l'empire de celui que vous aurez négligé de dissoudre. Ce n'est plus ni aux genoux d'un être imaginaire ni à ceux d'un vil imposteur qu'un républicain doit fléchir ; ses uniques dieux doivent être maintenant le courage et la liberté. Rome disparut dès que le christianisme s'y prêcha, et la France est perdue s'il s'y révère encore. Qu'on examine avec attention les dogmes absurdes, les mystères effrayants, les cérémonies monstrueuses, la morale impossible de cette dégoûtante religion, et l'on verra si elle peut convenir à une république. Croyez-vous de bonne foi que je me laisserais dominer par l'opinion d'un homme que je viendrais de voir aux pieds de l'imbécile prêtre de Jésus ? Non, non, certes ! Cet homme, toujours vil, tiendra toujours, par la bassesse de ses vues, aux atrocités de l'ancien régime ; dès lors qu'il put se soumettre aux stupidités d'une religion aussi plate que celle que nous avions la folie d'admettre, il ne peut plus ni me dicter des lois ni me transmettre des lumières ; je ne le vois plus que comme un esclave des préjugés et de la superstition.

Jetons les yeux, pour nous convaincre de cette vérité, sur le peu d'individus qui restent attachés au culte insensé de nos pères ; nous verrons si ce ne sont pas tous des ennemis irréconciliables du système actuel, nous verrons si ce n'est pas dans leur nombre qu'est entièrement comprise cette caste, si justement méprisée, de royalistes et d'aristocrates. Que l'esclave d'un brigand couronné fléchisse, s'il le veut, aux pieds d'une idole de pâte, un tel objet est fait pour son âme de boue ; qui peut servir des rois doit adorer des dieux ! Mais nous, Français, mais nous, mes compatriotes, nous, ramper encore humblement sous des freins aussi méprisables ? plutôt mourir mille fois que de nous y asservir de nouveau ! Puisque nous croyons un culte nécessaire, imitons celui des Romains : les actions, les passions, les héros, voilà quels en étaient les respectables objets. De telles idoles élevaient l'âme, elles l'électrisaient ; elles faisaient plus : elles lui communiquaient les vertus de l'être respecté. L'adorateur de Minerve voulait être prudent. Le courage était dans le cœur de celui qu'on voyait aux pieds de Mars. Pas un seul dieu de ces grands hommes n'était privé d'énergie ; tous faisaient passer le feu dont ils étaient eux-mêmes embrasés dans l'âme de celui qui les vénérait ; et, comme on avait l'espoir d'être adoré soi-même un jour, on aspirait à devenir au moins aussi grand que celui qu'on prenait pour modèle. Mais que trouvons-nous au contraire dans les vains dieux du christianisme ? Que vous offre, je le demande, cette imbécile religion[1] ? Le plat imposteur de Nazareth vous fait-il naître quelques grandes idées ? Sa sale et dégoûtante mère, l'impudique Marie, vous inspire t-elle quelques vertus ? Et trouvez-vous dans les saints dont est garni son Élysée quelque modèle de grandeur, ou d'héroïsme, ou de vertus ? Il est si vrai que cette stupide religion ne prête rien aux grandes idées, qu'aucun artiste ne peut en employer les attributs dans les monuments qu'il élève ; à Rome même, la plupart des embellissements ou des ornements du palais des papes ont leurs modèles dans le paganisme, et tant que le monde subsistera, lui seul échauffera la verve des grands hommes. Sera-ce dans le théisme pur que nous trouverons plus de motifs de grandeur et d'élévation ? Sera-ce l'adoption d'une chimère qui, donnant à notre âme ce degré d'énergie essentiel aux vertus républicaines, portera l'homme à les chérir ou à les pratiquer ? Ne l'imaginons pas ; on est revenu de ce fantôme, et l'athéisme est à présent le seul système de tous les gens qui savent raisonner. A mesure que l'on s'est éclairé, on a senti que, le mouvement étant inhérent à la matière, l'agent nécessaire à imprimer ce mouvement devenait un être illusoire et que, tout ce qui existait devant être en mouvement par essence, le moteur était inutile ; on a senti que ce dieu chimérique, prudemment inventé par les premiers législateurs, n'était entre leurs mains qu'un moyen de plus pour nous enchaîner, et que, se réservant le droit de faire parler seul ce fantôme, ils sauraient bien ne lui faire dire que ce qui viendrait à l'appui des lois ridicules par lesquelles ils prétendaient nous asservir. Lycurgue, Numa, Moïse, Jésus-Christ, Mahomet, tous ces grands fripons, tous ces grands despotes de nos idées, surent associer les divinités qu'ils fabriquaient à leur ambition démesurée, et, certains de captiver les peuples avec la sanction de ces dieux, ils avaient, comme on sait, toujours soin ou de ne les interroger qu'à-propos, ou de ne leur faire répondre que ce qu'ils croyaient pouvoir les servir.

Tenons donc aujourd'hui dans le même mépris et le dieu vain que des imposteurs ont prêché, et toutes les subtilités religieuses qui découlent de sa ridicule adoption ; ce n'est plus avec ce hochet qu'on peut amuser des hommes libres. Que l'extinction totale des cultes entre donc dans les principes que nous propageons dans l'Europe entière. Ne nous contentons pas de briser les sceptres ; pulvérisons à jamais les idoles : il n'y eut jamais qu'un pas de la superstition au royalisme[2]. Il faut bien que cela soit, sans doute, puisqu'un des premiers articles du sacre des rois était toujours le maintien de la religion dominante, comme une des bases politiques qui devaient le mieux soutenir leur trône. Mais dès qu'il est abattu, ce trône, dès qu'il l'est heureusement pour jamais, ne redoutons point d'extirper de même ce qui en formait les appuis. Oui, citoyens, la religion est incohérente au système de la liberté ; vous l'avez senti. Jamais l'homme libre ne se courbera près des dieux du Christianisme ; jamais ses dogmes, jamais ses rites, ses mystères ou sa morale ne conviendront à un républicain. Encore un effort ; puisque vous travaillez à détruire tous les préjugés, n'en laissez subsister aucun, s'il n'en faut qu'un seul pour les ramener tous. Combien devons-nous être plus certains de leur retour si celui que vous laissez vivre est positivement le berceau de tous les autres ! Cessons de croire que la religion puisse être utile à l'homme. Ayons de bonnes lois, et nous saurons nous passer de religion. Mais il en faut une au peuple, assure-t-on ; elle l'amuse, elle le contient. A la bonne heure !

Donnez-nous donc, en ce cas, celle qui convient à des hommes libres. Rendez-nous les dieux du paganisme. Nous adorerons volontiers Jupiter, Hercule ou Pallas ; mais nous ne voulons plus du fabuleux auteur d'un univers qui se meut lui-même ; nous ne voulons plus d'un dieu sans étendue et qui pourtant remplit tout de son immensité, d'un dieu tout-puissant et qui n'exécute jamais ce qu'il désire, d'un être souverainement bon et qui ne fait que des mécontents, d'un être ami de l'ordre et dans le gouvernement duquel tout est en désordre. Non, nous ne voulons plus d'un dieu qui dérange la nature, qui est le père de la confusion, qui meut l'homme au moment où l'homme se livre à des horreurs ; un tel dieu nous fait frémir d'indignation, et nous le reléguons pour jamais dans l'oubli, d'où l'infâme Robespierre a voulu le sortir[3].

Français, à cet indigne fantôme, substituons les simulacres imposants qui rendaient Rome maîtresse de l'univers ; traitons toutes les idoles chrétiennes comme nous avons traité celles de nos rois. Nous avons replacé les emblèmes de la liberté sur les bases qui soutenaient autrefois des tyrans ; réédifions de même l'effigie des grands hommes sur les piédestaux de ces polissons adorés par le Christianisme[4]. Cessons de redouter, pour nos campagnes, l'effet de l'athéisme ; les paysans n'ont-ils pas senti la nécessité de l'anéantissement du culte catholique, si contradictoire aux vrais principes de la liberté ? N'ont-ils pas vu sans effroi, comme sans douleur, culbuter leurs autels et leurs presbytères ? Ah ! croyez qu'ils renonceront de même à leur ridicule dieu. Les statues de Mars, de Minerve et de la Liberté seront mises aux endroits les plus remarquables de leurs habitations ; une fête annuelle s'y célébrera tous les ans ; la couronne civique y sera décernée au citoyen qui aura le mieux mérité de la Patrie. A l'entrée d'un bois solitaire, Vénus, l'Hymen et l'Amour, érigés sous un temple agreste, recevront l'hommage des amants ; là, ce sera par la main des Grâces que la beauté couronnera la constance. Il ne s'agira pas seulement d'aimer pour être digne de cette couronne, il faudra encore avoir mérité de l'être : l'héroïsme, les talents, l'humanité, la grandeur d'âme, un civisme à l'épreuve, voilà les titres qu'aux pieds de sa maîtresse sera forcé d'établir l'amant, et ceux-là vaudront bien ceux de la naissance et de la richesse, qu'un sot orgueil exigeait autrefois. Quelques vertus au moins écloront de ce culte, tandis qu'il ne naît que des crimes de celui que nous avons eu la faiblesse de professer. Ce culte s'alliera avec la liberté que nous servons ; il l'animera, l'entretiendra, l'embrasera, au lieu que le théisme est par son essence et par sa nature le plus mortel ennemi de la liberté que nous servons. En coûta-t-il une goutte de sang quand les idoles païennes furent détruites sous le Bas-Empire ? La révolution, préparée par la stupidité d'un peuple redevenu esclave, s'opéra sans le moindre obstacle. Comment pouvons-nous redouter que l'ouvrage de la philosophie soit plus pénible que celui du despotisme ? Ce sont les prêtres seuls qui captivent encore aux pieds de leur dieu chimérique ce peuple que vous craignez tant d'éclairer ; éloignez-les de lui et le voile tombera naturellement. Croyez que ce peuple, bien plus sage que vous ne l'imaginez, dégagé des fers de la tyrannie, le sera bientôt de ceux de la superstition. Vous le redoutez s'il n'a pas ce frein : quelle extravagance ! Ah ! croyez-le, citoyens, celui que le glaive matériel des lois n'arrête point ne le sera pas davantage par la crainte morale des supplices de l'enfer, dont il se moque depuis son enfance. Votre théisme, en un mot, a fait commettre beaucoup de forfaits, mais il n'en arrêta jamais un seul. S'il est vrai que les passions aveuglent, que leur effet soit d'élever sur nos yeux un nuage qui nous déguise les dangers dont elles sont environnées, comment pouvons-nous supposer que ceux qui sont loin de nous, comme le sont les punitions annoncées par votre Dieu, puissent parvenir à dissiper ce nuage que ne peut dissoudre le glaive même des lois toujours suspendu sur les passions ? S'il est donc prouvé que ce supplément de freins imposé par l'idée d'un dieu devienne inutile, s'il est démontré qu'il est dangereux par ses autres effets, je demande à quel usage il peut donc servir, et de quels motifs nous pourrions nous appuyer pour en prolonger l'existence. Me dira-t-on que nous ne sommes pas assez mûrs pour consolider encore notre révolution d'une manière aussi éclatante ? Ah ! mes concitoyens, le chemin que nous avons fait depuis 89 était bien autrement difficile que celui qui nous reste à faire, et nous avons bien moins à travailler l'opinion, dans ce que je vous propose, que nous ne l'avons tourmentée en tout sens depuis l'époque du renversement de la Bastille. Croyons qu'un peuple assez sage, assez courageux pour conduire un monarque impudent du faîte des grandeurs aux pieds de l'échafaud ; qui dans ce peu d'années sut vaincre autant de préjugés, sut briser tant de freins ridicules, le sera suffisamment pour immoler au bien de la chose, à la prospérité de la république, un fantôme bien plus illusoire encore que ne pouvait l'être celui d'un roi.

Français, vous frapperez les premiers coups : votre éducation nationale fera le reste ; mais travaillez promptement à cette besogne ; qu'elle devienne un de vos soins les plus importants ; qu'elle ait surtout pour base cette morale essentielle, si négligée dans l'éducation religieuse. Remplacez les sottises déifiques, dont vous fatiguiez les jeunes organes de vos enfants, par d'excellents principes sociaux ; qu'au lieu d'apprendre à réciter de futiles prières qu'ils se feront gloire d'oublier dès qu'ils auront seize ans, ils soient instruits de leurs devoirs dans la société ; apprenez-leur à chérir des vertus dont vous leur parliez à peine autrefois et qui, sans vos fables religieuses, suffisent à leur bonheur individuel ; faites-leur sentir que ce bonheur consiste à rendre les autres aussi fortunés que nous désirons l'être nous-mêmes. Si vous asseyez ces vérités sur des chimères chrétiennes, comme vous aviez la folie de le faire autrefois, à peine vos élèves auront-ils reconnu la futilité des bases qu'ils feront crouler l'édifice, et ils deviendront scélérats seulement parce qu'ils croiront que la religion qu'ils ont culbutée leur défendait de l'être. En leur faisant sentir au contraire la nécessité de la vertu uniquement parce que leur propre bonheur en dépend, ils seront honnêtes gens par égoïsme, et cette loi qui régit tous les hommes sera toujours la plus sûre de toutes. Que l'on évite donc avec le plus grand soin de mêler aucune fable religieuse dans cette éducation nationale. Ne perdons jamais de vue que ce sont des hommes libres que nous voulons former et non de vils adorateurs d'un dieu. Qu'un philosophe simple instruise ces nouveaux élèves des sublimités incompréhensibles de la nature ; qu'il leur prouve que la connaissance d'un dieu, souvent très dangereuse aux hommes, ne servit jamais à leur bonheur, et qu'ils ne seront pas plus heureux en admettant, comme cause de ce qu'ils ne comprennent pas, quelque chose qu'ils comprendront encore moins ; qu'il est bien moins essentiel d'entendre la nature que d'en jouir et d'en respecter les lois ; que ces lois sont aussi sages que simples ; qu'elles sont écrites dans le cœur de tous les hommes, et qu'il ne faut qu'interroger ce cœur pour en démêler l'impulsion. S'ils veulent qu'absolument vous leur parliez d'un créateur, répondez que les choses ayant toujours été ce qu'elles sont, n'ayant jamais eu de commencement et ne devant jamais avoir de fin, il devient aussi inutile qu'impossible à l'homme de pouvoir remonter à une origine imaginaire qui n'expliquerait rien et n'avancerait à rien. Dites-leur qu'il est impossible aux hommes d'avoir des idées vraies d'un être qui n'agit sur aucun de nos sens.

Toutes nos idées sont des représentations des objets qui nous frappent ; qu'est-ce qui peut nous représenter l'idée de Dieu, qui est évidemment une idée sans objet ? Une telle idée, leur ajouterez-vous, n'est-elle pas aussi impossible que des effets sans cause ? Une idée sans prototype est-elle autre chose qu'une chimère ? Quelques docteurs, poursuivrez-vous, assurent que l'idée de Dieu est innée, et que les hommes ont cette idée dès le ventre de leur mère. Mais cela est faux, leur ajouterez-vous ; tout principe est un jugement, tout jugement est l'effet de l'expérience, et l'expérience ne s'acquiert que par l'exercice des sens ; d'où suit que les principes religieux ne portent évidemment sur rien et ne sont point innés. Comment, poursuivrez-vous, a-t-on pu persuader à des êtres raisonnables que la chose la plus difficile à comprendre était la plus essentielle pour eux ? C'est qu'on les a grandement effrayés ; c'est que, quand on a peur, on cesse de raisonner ; c'est qu'on leur a surtout recommandé de se défier de leur raison et que, quand la cervelle est troublée, on croit tout et n'examine rien. L'ignorance et la peur, leur direz-vous encore, voilà les deux bases de toutes les religions. L'incertitude où l'homme se trouve par rapport à son Dieu est précisément le motif qui l'attache à sa religion. L'homme a peur dans les ténèbres, tant au physique qu'au moral ; la peur devient habituelle en lui et se change en besoin : il croirait qu'il lui manque quelque chose s'il n'avait plus rien à espérer ou à craindre. Revenez ensuite à l'utilité de la morale : donnez-leur sur ce grand objet beaucoup plus d'exemples que de leçons, beaucoup plus de preuves que de livres et vous en ferez de bons citoyens ; vous en ferez de bons guerriers, de bons pères, de bons époux ; vous en ferez des hommes d'autant plus attachés à la liberté de leur pays qu'aucune idée de servitude ne pourra plus se présenter à leur esprit, qu'aucune terreur religieuse ne viendra troubler leur génie. Alors le véritable patriotisme éclatera dans toutes les âmes ; il y régnera dans toute sa force et dans toute sa pureté, parce qu'il y deviendra le seul sentiment dominant, et qu'aucune idée étrangère n'en attiédira l'énergie ; alors, votre seconde génération est sûre, et votre ouvrage, consolidé par elle, va devenir la loi de l'univers. Mais si, par crainte ou pusillanimité, ces conseils ne sont pas suivis, si l'on laisse subsister les bases de l'édifice que l'on avait cru détruire, qu'arrivera-t-il ? On rebâtira sur ces bases, et l'on y placera les mêmes colosses, à la cruelle différence qu'ils y seront cette fois cimentés d'une telle force que ni votre génération ni celles qui la suivront ne réussiront à les culbuter.

Qu'on ne doute pas que les religions ne soient le berceau du despotisme ; le premier de tous les despotes fut un prêtre ; le premier roi et le premier empereur de Rome, Numa et Auguste, s'associent l'un et l'autre au sacerdoce ; Constantin et Clovis furent plutôt des abbés que des souverains ; Héliogabale fut prêtre du Soleil. De tous les temps, dans tous les siècles, il y eut dans le despotisme et dans la religion une telle connexité qu'il reste plus que démontré qu'en détruisant l'un, l'on doit saper l'autre, par la grande raison que le premier servira toujours de loi au second. Je ne propose cependant ni massacres ni exportations ; toutes ces horreurs sont trop loin de mon âme pour oser seulement les concevoir une minute. Non, n'assassinez point, n'exportez point : ces atrocités sont celles des rois ou des scélérats qui les imitèrent ; ce n'est point en faisant comme eux que vous forcerez de prendre en horreur ceux qui les exerçaient. N'employons la force que pour les idoles ; il ne faut que des ridicules pour ceux qui les servent : les sarcasmes de Julien nuisirent plus à la religion chrétienne que tous les supplices de Néron. Oui, détruisons à jamais toute idée de Dieu et faisons des soldats de ses prêtres ; quelques-uns le sont déjà ; qu'ils s'en tiennent à ce métier si noble pour un républicain, mais qu'ils ne nous parlent plus ni de leur être chimérique ni de sa religion fabuleuse, unique objet de nos mépris.- Condamnons à être bafoué, ridiculisé, couvert de boue dans tous les carrefours des plus grandes villes de France, le premier de ces charlatans bénis qui viendra nous parler encore ou de Dieu ou de religion ; une éternelle prison sera la peine de celui qui tombera deux fois dans les mêmes fautes. Que les blasphèmes les plus insultants, les ouvrages les plus athées soient ensuite autorisés pleinement, afin d'achever d'extirper dans le cœur et la mémoire des hommes ces effrayants jouets de notre enfance ; que l'on mette au concours l'ouvrage le plus capable d'éclairer enfin les Européens sur une matière aussi importante, et qu'un prix considérable, et décerné par la nation, soit la récompense de celui qui, ayant tout dit, tout démontré sur cette matière, ne laissera plus à ses compatriotes qu'une faux pour culbuter tous ces fantômes et qu'un cœur droit pour les haïr. Dans six mois, tout sera fini : votre infâme Dieu sera dans le néant ; et cela sans cesser d'être juste, jaloux de l'estime des autres, sans cesser de redouter le glaive des lois et d'être honnête homme, parce qu'on aura senti que le véritable ami de la patrie ne doit point, comme l'esclave des rois, être mené par des chimères ; que ce n'est, en un mot, ni l'espoir frivole d'un monde meilleur ni la crainte de plus grands maux que ceux que nous envoya la nature, qui doivent conduire un républicain, dont le seul guide est la vertu, comme l'unique frein le remords.

Les mœurs

Après avoir démontré que le théisme ne convient nullement à un gouvernement républicain, il me paraît nécessaire de prouver que les mœurs françaises ne lui conviennent pas davantage. Cet article est d'autant plus essentiel que ce sont les mœurs qui vont servir de motifs aux lois qu'on va promulguer. Français, vous êtes trop éclairés pour ne pas sentir qu'un nouveau gouvernement va nécessiter de nouvelles mœurs ; il est impossible que le citoyen d'un État libre se conduise comme l'esclave d'un roi despote ; ces différences de leurs intérêts, de leurs devoirs, de leurs relations entre eux, déterminant essentiellement une manière tout autre de se comporter dans le monde ; une foule de petites erreurs, de petits délits sociaux, considérés comme très essentiels sous le gouvernement des rois, qui devaient exiger d'autant plus qu'ils avaient plus besoin d'imposer des freins pour se rendre respectables ou inabordables à leurs sujets, vont devenir nuls ici ; d'autres forfaits, connus sous les noms de régicide ou de sacrilège, sous un gouvernement qui ne connaît plus ni rois ni religion, doivent s'anéantir de même dans un État républicain. En accordant la liberté de conscience et celle de la presse, songez, citoyens, qu'à bien peu de chose près, on doit accorder celle d'agir, et qu'excepté ce qui choque directement les bases du gouvernement, il vous reste on ne saurait moins de crimes à punir, parce que, dans le fait, il est fort peu d'actions criminelles dans une société dont la liberté et l'égalité font les bases, et qu'à bien peser et bien examiner les choses, il n'y a vraiment de criminel que ce que réprouve la loi ; car la nature, nous dictant également des vices et des vertus, en raison de notre organisation, ou plus philosophiquement encore, en raison du besoin qu'elle a de l'un ou de l'autre, ce qu'elle nous inspire deviendrait une mesure très incertaine pour régler avec précision ce qui est bien ou ce qui est mal. Mais, pour mieux développer mes idées sur un objet aussi essentiel, nous allons classer les différentes actions de la vie de l'homme que l'on était convenu jusqu'à présent de nommer criminelles, et nous les toiserons ensuite aux vrais devoirs d'un républicain. On a considéré de tout temps les devoirs de l'homme sous les trois différents rapports suivants :
1. Ceux que sa conscience et sa crédulité lui imposent envers l'Être suprême ;
2. Ceux qu'il est obligé de remplir avec ses frères ;
3. Enfin ceux qui n'ont de relation qu'avec lui.

La certitude où nous devons être qu'aucun dieu ne s'est mêlé de nous et que, créatures nécessitées de la nature, comme les plantes et les animaux, nous sommes ici parce qu'il était impossible que nous n'y fussions pas, cette certitude sans doute anéantit, comme on le voit, tout d'un coup la première partie de ces devoirs, je veux dire ceux dont nous nous croyons faussement responsables envers la divinité ; avec eux disparaissent tous les délits religieux, tous ceux connus sous les noms vagues et indéfinis d'impiété, de sacrilège, de blasphème, d'athéisme, etc., tous ceux, en un mot, qu'Athènes punit avec tant d'injustice dans Alcibiade et la France dans l'infortuné La Barre. S'il y a quelque chose d'extravagant dans le monde, c'est de voir des hommes, qui ne connaissent leur dieu et ce que peut exiger ce dieu que d'après leurs idées bornées, vouloir néanmoins décider sur la nature de ce qui contente ou de ce qui fâche ce ridicule fantôme de leur imagination. Ce ne serait donc point à permettre indifféremment tous les cultes que je voudrais qu'on se bornât ; je désirerais qu'on fût libre de se rire ou de se moquer de tous ; que des hommes, réunis dans un temple quelconque pour invoquer l'Éternel à leur guise, fussent vus comme des comédiens sur un théâtre, au jeu desquels il est permis à chacun d'aller rire. Si vous ne voyez pas les religions sous ce rapport, elles reprendront le sérieux qui les rend importantes, elles protégeront bientôt les opinions, et l'on ne se sera pas plus tôt disputé sur les religions que l'on se rebattra pour les religions[5] ; l'égalité détruite par la préférence ou la protection accordée à l'une d'elles disparaîtra bientôt du gouvernement, et de la théocratie réédifiée renaîtra bientôt l'aristocratie. Je ne saurais donc trop le répéter : plus de dieux, Français, plus de dieux, si vous ne voulez pas que leur funeste empire vous replonge bientôt dans toutes les horreurs du despotisme ; mais ce n'est qu'en vous en moquant que vous les détruirez ; tous les dangers qu'ils traînent à leur suite renaîtront aussitôt en foule si vous y mettez de l'humeur ou de l'importance. Ne renversez point leurs idoles en colère : pulvérisez-les en jouant, et l'opinion tombera d'elle-même. En voilà suffisamment, je l'espère, pour démontrer qu'il ne doit être promulgué aucune loi contre les délits religieux, parce que qui offense une chimère n'offense rien, et qu'il serait de la dernière inconséquence de punir ceux qui outragent ou qui méprisent un culte dont rien ne vous démontre avec évidence la priorité sur les autres ; ce serait nécessairement adopter un parti et influencer dès lors la balance de l'égalité, première loi de votre nouveau gouvernement.

Passons aux seconds devoirs de l'homme, ceux qui le lient avec ses semblables ; cette classe est la plus étendue sans doute. La morale chrétienne, trop vague sur les rapports de l'homme avec ses semblables, pose des bases si pleines de sophismes qu'il nous est impossible de les admettre, parce que, lorsqu'on veut édifier des principes, il faut bien se garder de leur donner des sophismes pour bases. Elle nous dit, cette absurde morale, d'aimer notre prochain comme nous-même. Rien ne serait assurément plus sublime s'il était possible que ce qui est faux pût jamais porter les caractères de la beauté. Il ne s'agit pas d'aimer ses semblables comme soi-même, puisque cela est contre toutes les lois de la nature, et que son seul organe doit diriger toutes les actions de notre vie ; il n'est question que d'aimer nos semblables comme des frères, comme des amis que la nature nous donne, et avec lesquels nous devons vivre d'autant mieux dans un État républicain que la disparition des distances doit nécessairement resserrer les liens.

Que l'humanité, la fraternité, la bienfaisance nous prescrivent d'après cela nos devoirs réciproques, et remplissons-les individuellement avec le simple degré d'énergie que nous a sur ce point donné la nature, sans blâmer et surtout sans punir ceux qui, plus froids ou plus atrabilaires, n'éprouvent pas dans ces liens, néanmoins si touchants, toutes les douceurs que d'autres y rencontrent ; car, on en conviendra, ce serait ici une absurdité palpable que de vouloir prescrire des lois universelles ; ce procédé serait aussi ridicule que celui d'un général d'armée qui voudrait que tous ses soldats fussent vêtus d'un habit fait sur la même mesure ; c'est une injustice effrayante que d'exiger que des hommes de caractères inégaux se plient à des lois égales : ce qui va à l'un ne va point forcément à l'autre.

Je conviens que l'on ne peut pas faire autant de lois qu'il y a d'hommes ; mais les lois peuvent être si douces, en si petit nombre, que tous les hommes, de quelque caractère qu'ils soient, puissent facilement s'y plier. Encore exigerais-je que ce petit nombre de lois fût d'espèce à pouvoir s'adapter facilement à tous les différents caractères ; l'esprit de celui qui les dirigerait serait de frapper plus ou moins, en raison de l'individu qu'il faudrait atteindre. Il est démontré qu'il y a telle vertu dont la pratique est impossible à certains hommes, comme il y a tel remède qui ne saurait convenir à tel tempérament. Or, quel sera le comble de votre injustice si vous frappez de la loi celui auquel il est impossible de se plier à la loi ! L'iniquité que vous commettriez en cela ne serait-elle pas égale à celle dont vous vous rendriez coupable si vous vouliez forcer un aveugle à discerner les couleurs ? De ces premiers principes il découle, on le sent, la nécessité de faire des lois douces, et surtout d'anéantir pour jamais l'atrocité de la peine de mort, parce que la loi qui attente à la vie d'un homme est impraticable, injuste, inadmissible. Ce n'est pas, ainsi que je le dirai tout à l'heure, qu'il n'y ait une infinité de cas où, sans outrager la nature (et c'est ce que je démontrerai), les hommes n'aient reçu de cette mère commune l'entière liberté d'attenter à la vie les uns des autres, mais c'est qu'il est impossible que la loi puisse obtenir le même privilège, parce que la loi, froide par elle-même, ne saurait être accessible aux passions qui peuvent légitimer dans l'homme la cruelle action du meurtre ; l'homme reçoit de la nature les impressions qui peuvent lui faire pardonner cette action, et la loi, au contraire, toujours en opposition à la nature et ne recevant rien d'elle, ne peut être autorisée à se permettre les mêmes écarts : n'ayant pas les mêmes motifs, il est impossible qu'elle ait les mêmes droits. Voilà de ces distinctions savantes et délicates qui échappent à beaucoup de gens, parce que fort peu de gens réfléchissent ; mais elles seront accueillies des gens instruits à qui je les adresse, et elles influeront, je l'espère, sur le nouveau Code que l'on nous prépare. La seconde raison pour laquelle on doit anéantir la peine de mort, c'est qu'elle n'a jamais réprimé le crime, puisqu'on le commet chaque jour aux pieds de l'échafaud. On doit supprimer cette peine, en un mot, parce qu'il n'y a point de plus mauvais calcul que celui de faire mourir un homme pour en avoir tué un autre, puisqu'il résulte évidemment de ce procédé qu'au lieu d'un homme de moins, en voilà tout d'un coup deux, et qu'il n'y a que des bourreaux ou des imbéciles auxquels une telle arithmétique puisse être familière.

Quoi qu'il en soit enfin, les forfaits que nous pouvons commettre envers nos frères se réduisent à quatre principaux : la calomnie, le vol, les délits qui, causés par l'impureté, peuvent atteindre désagréablement les autres, et le meurtre. Toutes ces actions, considérées comme capitales dans un gouvernement monarchique, sont-elles aussi graves dans un État républicain ? C'est ce que nous allons analyser avec le flambeau de la philosophie, car c'est à sa seule lumière qu'un tel examen doit s'entreprendre. Qu'on ne me taxe point d'être un novateur dangereux ; qu'on ne dise pas qu'il y a du risque à émousser, comme le feront peut-être ces écrits, le remords dans l'âme des malfaiteurs ; qu'il y a le plus grand mal à augmenter par la douceur de ma morale le penchant que ces mêmes malfaiteurs ont aux crimes : j'atteste ici formellement n'avoir aucune de ces vues perverses ; j'expose les idées qui depuis l'âge de raison se sont identifiées avec moi et au jet desquelles l'infâme despotisme des tyrans s'était opposé tant de siècles. Tant pis pour ceux que ces grandes idées corrompraient, tant pis pour ceux qui ne savent saisir que le mal dans des opinions philosophiques, susceptibles de se corrompre à tout ! Qui sait s'ils ne se gangrèneraient peut-être pas aux lectures de Sénèque et de Charron ? Ce n'est point à eux que je parle : je ne m'adresse qu'à des gens capables de m'entendre, et ceux-là me liront sans danger.

J'avoue avec la plus extrême franchise que je n'ai jamais cru que la calomnie fût un mal, et surtout dans un gouvernement comme le nôtre, où tous les hommes, plus liés, plus rapprochés, ont évidemment un plus grand intérêt à se bien connaître. De deux choses l'une : ou la calomnie porte sur un homme véritablement pervers, ou elle tombe sur un être vertueux. On conviendra que dans le premier cas il devient à peu près indifférent que l'on dise un peu plus de mal d'un homme connu pour en faire beaucoup ; peut-être même alors le mal qui n'existe pas éclairera-t-il sur celui qui est, et voilà le malfaiteur mieux connu.

S'il règne, je suppose, une influence malsaine à Hanovre, mais que je ne doive courir d'autres risques, en m'exposant à cette inclémence de l'air, que de gagner un accès de fièvre, pourrai-je savoir mauvais gré à l'homme qui, pour m'empêcher d'y aller, m'aurait dit qu'on y mourait dès en arrivant ? Non, sans doute ; car, en m'effrayant par un grand mal, il m'a empêché d'en éprouver un petit. La calomnie porte-t-elle au contraire sur un homme vertueux ? qu'il ne s'en alarme pas : qu'il se montre, et tout le venin du calomniateur retombera bientôt sur lui-même. La calomnie, pour de telles gens, n'est qu'un scrutin épuratoire dont leur vertu ne sortira que plus brillante. Il y a même ici du profit pour la masse des vertus de la république ; car cet homme vertueux et sensible, piqué de l'injustice qu'il vient d'éprouver, s'appliquera à mieux faire encore ; il voudra surmonter cette calomnie dont il se croyait à l'abri, et ses belles actions n'acquerront qu'un degré d'énergie de plus. Ainsi, dans le premier cas, le calomniateur aura produit d'assez bons effets, en grossissant les vices de l'homme dangereux ; dans le second, il en aura produit d'excellents, en contraignant la vertu à s'offrir à nous tout entière. Or, je demande maintenant sous quel rapport le calomniateur pourra vous paraître à craindre, dans un gouvernement surtout où il est si essentiel de connaître les méchants et d'augmenter l'énergie des bons ? Que l'on se garde donc bien de prononcer aucune peine contre la calomnie ; considérons-la sous le double rapport d'un fanal et d'un stimulant, et dans tous les cas comme quelque chose de très utile. Le législateur, dont toutes les idées doivent être grandes comme l'ouvrage auquel il s'applique, ne doit jamais étudier l'effet du délit qui ne frappe qu'individuellement ; c'est son effet en masse qu'il doit examiner ; et quand il observera de cette manière les effets qui résultent de la calomnie, je le défie d'y trouver rien de punissable ; je défie qu'il puisse placer quelque ombre de justice à la loi qui la punirait ; il devient au contraire l'homme le plus juste et le plus intègre, s'il la favorise ou la récompense.

Le vol est le second des délits moraux dont nous nous sommes proposé l'examen.Si nous parcourons l'antiquité, nous verrons le vol permis, récompensé dans toutes les républiques de la Grèce ; Sparte ou Lacédémone le favorisait ouvertement ; quelques autres peuples l'ont regardé comme une vertu guerrière ; il est certain qu'il entretient le courage, la force, l'adresse, toutes les vertus, en un mot, utiles à un gouvernement républicain, et par conséquent au nôtre. J'oserai demander, sans partialité maintenant, si le vol, dont l'effet est d'égaliser les richesses, est un grand mal dans un gouvernement dont le but est l'égalité. Non, sans doute ; car, s'il entretient l'égalité d'un côté, de l'autre il rend plus exact à conserver son bien. Il y avait un peuple qui punissait non pas le voleur, mais celui qui s'était laissé voler, afin de lui apprendre à soigner ses propriétés. Ceci nous amène à des réflexions plus étendues.

A Dieu ne plaise que je veuille attaquer ou détruire ici le serment du respect des propriétés, que vient de prononcer la nation ; mais me permettra-t-on quelques idées sur l'injustice de ce serment ? Quel est l'esprit d'un serment prononcé par tous les individus d'une nation ? N'est-il pas de maintenir une parfaite égalité parmi les citoyens, de les soumettre tous également à la loi protectrice des propriétés de tous ? Or, je vous demande maintenant si elle est bien juste, la loi qui ordonne à celui qui n'a rien de respecter celui qui a tout. Quels sont les éléments du pacte social ? Ne consiste-t-il pas à céder un peu de sa liberté et de ses propriétés pour assurer et maintenir ce que l'on conserve de l'un et de l'autre ? Toutes les lois sont assises sur ces bases ; elles sont les motifs des punitions infligées à celui qui abuse de sa liberté. Elles autorisent de même les impositions ; ce qui fait qu'un citoyen ne se récrie pas lorsqu'on les exige de lui, c'est qu'il sait qu'au moyen de ce qu'il donne, on lui conserve ce qui lui reste ; mais, encore une fois, de quel droit celui qui n'a rien s'enchaînera-t-il sous un pacte qui ne protège que celui qui a tout ? Si vous faites un acte d'équité en conservant, par votre serment, les propriétés du riche, ne faites-vous pas une injustice en exigeant ce serment du " conservateur " qui n'a rien ? Quel intérêt celui-ci a-t-il à votre serment ? Et pourquoi voulez-vous qu'il promette une chose uniquement favorable à celui qui diffère autant de lui par ses richesses ? Il n'est assurément rien de plus injuste : un serment doit avoir un effet égal sur tous les individus qui le prononcent ; il est impossible qu'il puisse enchaîner celui qui n'a aucun intérêt à son maintien, parce qu'il ne serait plus alors le pacte d'un peuple libre : il serait l'arme du fort sur le faible, contre lequel celui-ci devrait se révolter sans cesse ; or c'est ce qui arrive dans le serment du respect des propriétés que vient d'exiger la nation ; le riche seul y enchaîne le pauvre, le riche seul a intérêt au serment que prononce le pauvre avec tant d'inconsidération qu'il ne voit pas qu'au moyen de ce serment, extorqué à sa bonne foi, il s'engage à faire une chose qu'on ne peut pas faire vis-à-vis de lui. Convaincus, ainsi que vous devez l'être, de cette barbare inégalité, n'aggravez donc pas votre injustice en punissant celui qui n'a rien d'avoir osé dérober quelque chose à celui qui a tout : votre inéquitable serment lui en donne plus de droit que jamais. En le contraignant au parjure par ce serment absurde pour lui, vous légitimez tous les crimes où le portera ce parjure ; il ne vous appartient donc plus de punir ce dont vous avez été la cause. Je n'en dirai pas davantage pour faire sentir la cruauté horrible qu'il y a à punir les voleurs. Imitez la loi sage du peuple dont je viens de parler ; punissez l'homme assez négligent pour se laisser voler, mais ne prononcez aucune espèce de peine contre celui qui vole ; songez que votre serment l'autorise à cette action et qu'il n'a fait, en s'y livrant, que suivre le premier et le plus sage des mouvements de la nature, celui de conserver sa propre existence, n'importe aux dépens de qui.

Les délits que nous devons examiner dans cette seconde classe des devoirs de l'homme envers ses semblables consistent dans les actions que peut faire entreprendre le libertinage, parmi lesquelles se distinguent particulièrement, comme plus attentatoires à ce que chacun doit aux autres, la prostitution, l'adultère, l'inceste, le viol et la sodomie. Nous ne devons certainement pas douter un moment que tout ce qui s'appelle crimes moraux, c'est-à-dire toutes les actions de l'espèce de celles que nous venons de citer, ne soit parfaitement indifférent dans un gouvernement dont le seul devoir consiste à conserver, par quel moyen que ce puisse être, la forme essentielle à son maintien : voilà l'unique morale d'un gouvernement républicain. Or, puisqu'il est toujours contrarié par les despotes qui l'environnent, on ne saurait imaginer raisonnablement que ses moyens conservateurs puissent être des moyens moraux ; car il ne se conservera que par la guerre, et rien n'est moins moral que la guerre. Maintenant, je demande comment on parviendra à démontrer que dans un État immoral par ses obligations, il soit essentiel que les individus soient moraux. Je dis plus : il est bon qu'ils ne le soient pas. Les législateurs de la Grèce avaient parfaitement senti l'importante nécessité de gangrener les membres pour que, leur dissolution morale influant sur celle utile à la machine, il en résultât l'insurrection toujours indispensable dans un gouvernement qui, parfaitement heureux comme le gouvernement républicain, doit nécessairement exciter la haine et la jalousie de tout ce qui l'entoure. L'insurrection, pensaient ces sages législateurs, n'est point un état moral ; elle doit être pourtant l'état permanent d'une république ; il serait donc aussi absurde que dangereux d'exiger que ceux qui doivent maintenir le perpétuel ébranlement immoral de la machine fussent eux-mêmes des êtres très moraux, parce que l'état moral d'un homme est un état de paix et de tranquillité, au lieu que son état immoral est un état de mouvement perpétuel qui le rapproche de l'insurrection nécessaire, dans laquelle il faut que le républicain tienne toujours le gouvernement dont il est membre. Détaillons maintenant et commençons par analyser la pudeur, ce mouvement pusillanime, contradictoire aux affections réputées impures. S'il était dans les intentions de la nature que l'homme fût pudique, assurément elle ne l'aurait pas fait naître nu ; une infinité de peuples, moins dégradés que nous par la civilisation, vont nus et n'en éprouvent aucune honte ; il ne faut pas douter que l'usage de se vêtir n'ait eu pour unique base et l'inclémence de l'air et la coquetterie des femmes ; elles sentirent qu'elles perdraient bientôt tous les effets du désir si elles les prévenaient, au lieu de les laisser naître ; elles conçurent que, la nature d'ailleurs ne les ayant pas créées sans défauts, elles s'assureraient bien mieux tous les moyens de plaire en déguisant ces défauts par des parures ; ainsi la pudeur, loin d'être une vertu, ne fut donc plus qu'un des premiers effets de la corruption, qu'un des premiers moyens de la coquetterie des femmes. Lycurgue et Solon, bien pénétrés que les résultats de l'impudeur tiennent le citoyen dans l'état immoral essentiel aux lois du gouvernement républicain, obligèrent les jeunes filles à se montrer nues au théâtre[6]. Rome imita bientôt cet exemple : on dansait nu aux jeux de Flore ; la plus grande partie des mystères païens se célébraient ainsi ; la nudité passa même pour vertu chez quelques peuples. Quoi qu'il en soit, de l'impudeur naissent des penchants luxurieux ; ce qui résulte de ces penchants compose les prétendus crimes que nous analysons et dont la prostitution est le premier effet. Maintenant que nous sommes revenus sur tout cela de la foule d'erreurs religieuses qui nous captivaient et que, plus rapprochés de la nature par la quantité de préjugés que nous venons d'anéantir, nous n'écoutons que sa voix, bien assurés que, s'il y avait du crime à quelque chose, ce serait plutôt à résister aux penchants qu'elle nous inspire qu'à les combattre, persuadés que, la luxure étant une suite de ces penchants, il s'agit bien moins d'éteindre cette passion dans nous que de régler les moyens d'y satisfaire en paix. Nous devons donc nous attacher à mettre de l'ordre dans cette partie, à y établir toute la sûreté nécessaire à ce que le citoyen, que le besoin rapproche des objets de luxure, puisse se livrer avec ces objets à tout ce que ses passions lui prescrivent, sans jamais être enchaîné par rien, parce qu'il n'est aucune passion dans l'homme qui ait plus besoin de toute l'extension de la liberté que celle-là. Différents emplacements sains, vastes, proprement meublés et sûrs dans tous les points, seront érigés dans les villes ; là, tous les sexes, tous les âges, toutes les créatures seront offerts aux caprices des libertins qui viendront jouir, et la plus entière subordination sera la règle des individus présentés ; le plus léger refus sera puni aussitôt arbitrairement par celui qui l'aura éprouvé. Je dois encore expliquer ceci, le mesurer aux mœurs républicaines ; j'ai promis partout la même logique, je tiendrai parole.

Si, comme je viens de le dire tout à l'heure, aucune passion n'a plus besoin de toute l'extension de la liberté que celle-là, aucune sans doute n'est aussi despotique ; c'est là que l'homme aime à commander, à être obéi, à s'entourer d'esclaves contraints à le satisfaire ; or, toutes les fois que vous ne donnerez pas à l'homme le moyen secret d'exhaler la dose de despotisme que la nature mit au fond de son cœur, il se rejettera pour l'exercer sur les objets qui l'entoureront, il troublera le gouvernement. Permettez, si vous voulez éviter ce danger, un libre essor à ces désirs tyranniques qui, malgré lui, le tourmentent sans cesse ; content d'avoir pu exercer sa petite souveraineté au milieu du harem d'icoglans ou de sultanes que vos soins et son argent lui soumettent, il sortira satisfait et sans aucun désir de troubler un gouvernement qui lui assure aussi complaisamment tous les moyens de sa concupiscence. Exercez, au contraire, des procédés différents, imposez sur ces objets de la luxure publique les ridicules entraves jadis inventées par la tyrannie ministérielle et par la lubricité de nos Sardanapales[7] : l'homme, bientôt aigri contre votre gouvernement, bientôt jaloux du despotisme qu'il vous voit exercer tout seul, secouera le joug que vous lui imposez et, las de votre manière de le régir, en changera comme il vient de le faire.

Voyez comme les législateurs grecs, bien pénétrés de ces idées, traitaient la débauche à Lacédémone, à Athènes ; ils en enivraient le citoyen, bien loin de la lui interdire ; aucun genre de lubricité ne lui était défendu, et Socrate, déclaré par l'oracle le plus sage des philosophes de la terre, passant indifféremment des bras d'Aspasie dans ceux d'Alcibiade, n'en était pas moins la gloire de la Grèce. Je vais aller plus loin, et quelque contraires que soient mes idées à nos coutumes actuelles, comme mon objet est de prouver que nous devons nous presser de changer ces coutumes si nous voulons conserver le gouvernement adopté, je vais essayer de vous convaincre que la prostitution des femmes connues sous le nom d'honnêtes n'est pas plus dangereuse que celle des hommes, et que non seulement nous devons les associer aux luxures exercées dans les maisons que j'établis, mais que nous devons même en ériger pour elles, où leurs caprices et les besoins de leur tempérament, bien autrement ardent que le nôtre, puissent de même se satisfaire avec tous les sexes. De quel droit prétendez-vous d'abord que les femmes doivent être exceptées de l'aveugle soumission que la nature leur prescrit aux caprices des hommes ? et ensuite par quel autre droit prétendez-vous les asservir à une continence impossible à leur physique et absolument inutile à leur honneur ? Je vais traiter séparément l'une et l'autre de ces questions. Il est certain que, dans l'état de nature, les femmes naissent vulgivagues, c'est-à-dire jouissant des avantages des autres animaux femelles et appartenant, comme elles et sans aucune exception, à tous les mâles ; telles furent, sans aucun doute, et les premières lois de la nature et les seules institutions de premiers rassemblements que les hommes firent. L'intérêt, l'égoïsme et l'amour dégradèrent ces premières vues si simples et si naturelles ; on crut s'enrichir en prenant une femme, et avec elle le bien de sa famille ; voilà les deux premiers sentiments que je viens d'indiquer satisfaits ; plus souvent encore on enleva cette femme, et on s'y attacha ; voilà le second motif en action et, dans tous les cas, de l'injustice. Jamais un acte de possession ne peut être exercé sur un être libre ; il est aussi injuste de posséder exclusivement une femme qu'il l'est de posséder des esclaves ; tous les hommes sont nés libres, tous sont égaux en droit : ne perdons jamais de vue ces principes ; il ne peut donc être jamais donné, d'après cela, de droit légitime à un sexe de s'emparer exclusivement de l'autre, et jamais l'un de ces sexes ou l'une de ces classes ne peut posséder l'autre arbitrairement. Une femme même, dans la pureté des lois de la nature, ne peut alléguer, pour motif du refus qu'elle fait à celui qui la désire, l'amour qu'elle a pour un autre, parce que ce motif en devient un d'exclusion, et qu'aucun homme ne peut être exclu de la possession d'une femme, du moment qu'il est clair qu'elle appartient décidément à tous les hommes. L'acte de possession ne peut être exercé que sur un immeuble ou sur un animal ; jamais il ne peut l'être sur un individu qui nous ressemble, et tous les liens qui peuvent enchaîner une femme à un homme, de telle espèce que vous puissiez les supposer, sont aussi injustes que chimériques.

S'il devient donc incontestable que nous avons reçu de la nature le droit d'exprimer nos vœux indifféremment à toutes les femmes, il le devient de même que nous avons celui de l'obliger de se soumettre à nos vœux, non pas exclusivement, je me contrarierais, mais momentanément[8]. Il est incontestable que nous avons le droit d'établir des lois qui la contraignent de céder aux feux de celui qui la désire ; la violence même étant un des effets de ce droit, nous pouvons l'employer légalement. Eh ! la nature n'a-t-elle pas prouvé que nous avions ce droit, en nous départissant la force nécessaire à les soumettre à nos désirs ?

En vain les femmes doivent-elles faire parler, pour leur défense, ou la pudeur ou leur attachement à d'autres hommes ; ces moyens chimériques sont nuls ; nous avons vu plus haut combien la pudeur était un sentiment factice et méprisable. L'amour, qu'on peut appeler la folie de l'âme, n'a pas plus de titres pour légitimer leur constance ; ne satisfaisant que deux individus, l'être aimé et l'être aimant, il ne peut servir au bonheur des autres, et c'est pour le bonheur de tous, et non pour un bonheur égoïste et privilégié, que nous ont été données les femmes. Tous les hommes ont donc un droit de jouissance égal sur toutes les femmes ; il n'est donc aucun homme qui, d'après les lois de la nature, puisse s'ériger sur une femme un droit unique et personnel. La loi qui les obligera de se prostituer, tant que nous le voudrons, aux maisons de débauche dont il vient d'être question, et qui les y contraindra si elles s'y refusent, qui les punira si elles y manquent, est donc une loi des plus équitables, et contre laquelle aucun motif légitime ou juste ne saurait réclamer.

Un homme qui voudra jouir d'une femme ou d'une fille quelconque pourra donc, si les lois que vous promulguez sont justes, la faire sommer de se trouver dans l'une des maisons dont j'ai parlé ; et là, sous la sauvegarde des matrones de ce temple de Vénus, elle lui sera livrée pour satisfaire, avec autant d'humilité que de soumission, tous les caprices qu'il lui plaira de se passer avec elle, de quelque bizarrerie ou de quelque irrégularité qu'ils puissent être, parce qu'il n'en est aucun qui ne soit dans la nature, aucun qui ne soit avoué par elle. Il ne s'agirait plus ici que de fixer l'âge ; or je prétends qu'on ne le peut sans gêner la liberté de celui qui désire la jouissance d'une fille de tel ou tel âge. Celui qui a le droit de manger le fruit d'un arbre peut assurément le cueillir mûr ou vert suivant les inspirations de son goût. Mais, objectera-t-on, il est un âge où les procédés de l'homme nuiront décidément à la santé de la fille. Cette considération est sans aucune valeur ; dès que vous m'accordez le droit de propriété sur la jouissance, ce droit est indépendant des effets produits par la jouissance ; de ce moment il devient égal que cette jouissance soit avantageuse ou nuisible à l'objet qui doit s'y soumettre. N'ai-je pas déjà prouvé qu'il était légal de contraindre la volonté d'une femme sur cet objet, et qu'aussitôt qu'elle inspirait le désir de la jouissance, elle devait se soumettre à cette jouissance, abstraction faite de tout sentiment égoïste ? Il en est de même de sa santé. Dès que les égards qu'on aurait pour cette considération détruiraient ou affaibliraient la jouissance de celui qui la désire, et qui a le droit de se l'approprier, cette considération d'âge devient nulle, parce qu'il ne s'agit nullement ici de ce que peut éprouver l'objet condamné par la nature et par la loi à l'assouvissement momentané des désirs de l'autre ; il n'est question, dans cet examen, que de ce qui convient à celui qui désire. Nous rétablirons la balance. Oui, nous la rétablirons, nous le devons sans doute ; ces femmes que nous venons d'asservir si cruellement, nous devons incontestablement les dédommager, et c'est ce qui va former la réponse à la seconde question que je me suis proposée.

Si nous admettons, comme nous venons de le faire, que toutes les femmes doivent être soumises à nos désirs, assurément nous pouvons leur permettre de même de satisfaire amplement tous les leurs ; nos lois doivent favoriser sur cet objet leur tempérament de feu, et il est absurde d'avoir placé et leur honneur et leur vertu dans la force antinaturelle qu'elles mettent à résister aux penchants qu'elles ont reçus avec bien plus de profusion que nous ; cette injustice de nos mœurs est d'autant plus criante que nous consentons à la fois à les rendre faibles à force de séduction et à les punir ensuite de ce qu'elles cèdent à tous les efforts que nous avons faits pour les provoquer à la chute. Toute l'absurdité de nos mœurs est gravée, ce me semble, dans cette inéquitable atrocité, et ce seul exposé devrait nous faire sentir l'extrême besoin que nous avons de les changer pour de plus pures. Je dis donc que les femmes, ayant reçu des penchants bien plus violents que nous aux plaisirs de la luxure, pourront s'y livrer tant qu'elles le voudront, absolument dégagées de tous les liens de l'hymen, de tous les faux préjugés de la pudeur, absolument rendues à l'état de nature ; je veux que les lois leur permettent de se livrer à autant d'hommes que bon leur semblera ; je veux que la jouissance de tous les sexes et de toutes les parties de leur corps leur soit permise comme aux hommes ; et, sous la clause spéciale de se livrer de même à tous ceux qui le désireront, il faut qu'elles aient la liberté de jouir également de tous ceux qu'elles croiront dignes de les satisfaire.

Quels sont, je le demande, les dangers de cette licence ? Des enfants qui n'auront point de pères ? Eh ! qu'importe dans une république où tous les individus ne doivent avoir d'autre mère que la patrie, où tous ceux qui naissent sont tous enfants de la patrie ? Ah ! combien l'aimeront mieux ceux qui, n'ayant jamais connu qu'elle, sauront dès en naissant que ce n'est que d'elle qu'ils doivent tout attendre ! N'imaginez pas de faire de bons républicains tant que vous isolerez dans leurs familles les enfants qui ne doivent appartenir qu'à la république. En donnant là seulement à quelques individus la dose d'affection qu'ils doivent répartir sur tous leurs frères, ils adoptent inévitablement les préjugés souvent dangereux de ces individus ; leurs opinions, leurs idées s'isolent, se particularisent et toutes les vertus d'un homme d'État leur deviennent absolument impossibles. Abandonnant enfin leur cœur tout entier à ceux qui les ont fait naître, ils ne trouvent plus dans ce cœur aucune affection pour celle qui doit les faire vivre, les faire connaître et les illustrer, comme si ces seconds bienfaits n'étaient pas plus importants que les premiers ! S'il y a le plus grand inconvénient à laisser des enfants sucer ainsi dans leurs familles des intérêts souvent bien différents de ceux de la patrie, il y a donc le plus grand avantage à les en séparer ; ne le sont-ils pas naturellement par les moyens que je propose, puisqu'en détruisant absolument tous les liens de l'hymen, il ne naît plus d'autres fruits des plaisirs de la femme que des enfants auxquels la connaissance de leur père est absolument interdite, et avec cela les moyens de ne plus appartenir qu'à une même famille, au lieu d'être, ainsi qu'ils le doivent, uniquement les enfants de la patrie ?

Il y aura donc des maisons destinées au libertinage des femmes et, comme celles des hommes, sous la protection du gouvernement ; là, leur seront fournis tous les individus de l'un et l'autre sexe qu'elles pourront désirer, et plus elles fréquenteront ces maisons, plus elles seront estimées. Il n'y a rien de si barbare et de si ridicule que d'avoir attaché l'honneur et la vertu des femmes à la résistance qu'elles mettent à des désirs qu'elles ont reçus de la nature et qu'échauffent sans cesse ceux qui ont la barbarie de les blâmer. Dès l'âge le plus tendre[9], une fille dégagée des liens paternels, n'ayant plus rien à conserver pour l'hymen (absolument aboli par les sages lois que je désire), au-dessus du préjugé enchaînant autrefois son sexe, pourra donc se livrer à tout ce que lui dictera son tempérament dans les maisons établies à ce sujet ; elle y sera reçue avec respect, satisfaite avec profusion et, de retour dans la société, elle y pourra parler aussi publiquement des plaisirs qu'elle aura goûtés qu'elle le fait aujourd'hui d'un bal ou d'une promenade. Sexe charmant, vous serez libre ; vous jouirez comme les hommes de tous les plaisirs dont la nature vous fait un devoir ; vous ne vous contraindrez sur aucun. La plus divine partie de l'humanité doit-elle donc recevoir des fers de l'autre ? Ah ! brisez-les, la nature le veut ; n'ayez plus d'autre frein que celui de vos penchants, d'autres lois que vos seuls désirs, d'autre morale que celle de la nature ; ne languissez pas plus longtemps dans ces préjugés barbares qui flétrissaient vos charmes et captivaient les élans divins de vos cœurs[10] ; vous êtes libres comme nous, et la carrière des combats de Vénus vous est ouverte comme à nous ; ne redoutez plus d'absurdes reproches ; le pédantisme et la superstition sont anéantis ; on ne vous verra plus rougir de vos charmants écarts ; couronnées de myrtes et de roses, l'estime que nous concevrons pour vous ne sera plus qu'en raison de la plus grande étendue que vous vous serez permis de leur donner.

Ce qui vient d'être dit devrait nous dispenser sans doute d'examiner l'adultère ; jetons-y néanmoins un coup d'œil, quelque nul qu'il soit après les lois que j'établis. A quel point il était ridicule de le considérer comme criminel dans nos anciennes institutions ! S'il y avait quelque chose d'absurde dans le monde, c'était bien sûrement l'éternité des liens conjugaux ; il ne fallait, ce me semble, qu'examiner ou que sentir toute la lourdeur de ces liens pour cesser de voir comme un crime l'action qui les allégeait ; la nature, comme nous l'avons dit tout à l'heure, ayant doué les femmes d'un tempérament plus ardent, d'une sensibilité plus profonde qu'elle n'a fait des individus de l'autre sexe, c'était pour elles, sans doute, que le joug d'un hymen éternel était plus pesant. Femmes tendres et embrasées du feu de l'amour, dédommagez-vous maintenant sans crainte ; persuadez-vous qu'il ne peut exister aucun mal à suivre les impulsions de la nature, que ce n'est pas pour un seul homme qu'elle vous a créées, mais pour plaire indifféremment à tous. Qu'aucun frein ne vous arrête. Imitez les républicaines de la Grèce ; jamais les législateurs qui leur donnèrent des lois n'imaginèrent de leur faire un crime de l'adultère, et presque tous autorisèrent le désordre des femmes. Thomas Morus prouve, dans son Utopie, qu'il est avantageux aux femmes de se livrer à la débauche, et les idées de ce grand homme n'étaient pas toujours des rêves[11].

Chez les Tartares, plus une femme se prostituait, plus elle était honorée ; elle portait publiquement au col les marques de son impudicité, et l'on n'estimait point celles qui n'en étaient point décorées. Au Pégu, les familles elles-mêmes livrent leurs femmes ou leurs filles aux étrangers qui y voyagent : on les loue à tant par jour, comme des chevaux et des voitures ! Des volumes enfin ne suffiraient pas à démontrer que jamais la luxure ne fut considérée comme criminelle chez aucun des peuples sages de la terre. Tous les philosophes savent bien que ce n'est qu'aux imposteurs chrétiens que nous devons de l'avoir érigée en crime. Les prêtres avaient bien leur motif, en nous interdisant la luxure : cette recommandation, en leur réservant la connaissance et l'absolution de ces péchés secrets, leur donnait un incroyable empire sur les femmes et leur ouvrait une carrière de lubricité dont l'étendue n'avait point de bornes. On sait comment ils en profitèrent, et comme ils en abuseraient encore si leur crédit n'était pas perdu sans ressource.

L'inceste est-il plus dangereux ? Non, sans doute ; il étend les liens des familles et rend par conséquent plus actif l'amour des citoyens pour la patrie ; il nous est dicté par les premières lois de la nature, nous l'éprouvons, et la jouissance des objets qui nous appartiennent nous sembla toujours plus délicieuse. Les premières institutions favorisèrent l'inceste ; on le trouve dans l'origine des sociétés ; il est consacré dans toutes les religions ; toutes les lois l'ont favorisé. Si nous parcourons l'univers, nous trouverons l'inceste établi partout. Les nègres de la Côte du Poivre et de Rio-Gabon prostituent leurs femmes à leurs propres enfants ; l'aîné des fils, au royaume de Juda, doit épouser la femme de son père ; les peuples du Chili couchent indifféremment avec leurs sœurs, leurs filles, et épousent souvent à la fois la mère et la fille. J'ose assurer, en un mot, que l'inceste devrait être la loi de tout gouvernement dont la fraternité fait la base. Comment des hommes raisonnables purent-ils porter l'absurdité au point de croire que la jouissance de sa mère, de sa sœur ou de sa fille pourrait jamais devenir criminelle ! N'est-ce pas, je vous le demande, un abominable préjugé que celui qui paraît faire un crime à un homme d'estimer plus pour sa jouissance l'objet dont le sentiment de la nature le rapproche davantage ? Il vaudrait autant dire qu'il nous est défendu d'aimer trop les individus que la nature nous enjoint d'aimer le mieux, et que plus elle nous donne de penchants pour un objet plus elle nous ordonne en même temps de nous en éloigner ! Ces contrariétés sont absurdes : il n'y a que des peuples abrutis par la superstition qui puissent les croire ou les adopter. La communauté des femmes que j'établis entraînant nécessairement l'inceste, il reste peu de chose à dire sur un prétendu délit dont la nullité est trop démontrée pour s'y appesantir davantage ; et nous allons passer au viol qui semble être au premier coup d'œil, de tous les écarts du libertinage, celui dont la lésion est le mieux établie, en raison de l'outrage qu'il paraît faire. Il est pourtant certain que le viol, action si rare et si difficile à prouver, fait moins de tort au prochain que le vol, puisque celui-ci envahit la propriété que l'autre se contente de détériorer. Qu'aurez-vous d'ailleurs à objecter au violateur s'il vous répond qu'en fait, le mal qu'il a commis est bien médiocre, puisqu'il n'a fait que placer un peu plus tôt l'objet dont il a abusé au même état où l'aurait bientôt mis l'hymen ou l'amour ? Mais la sodomie, mais ce prétendu crime, qui attira le feu du ciel sur les villes qui y étaient adonnées, n'est-il point un égarement monstrueux, dont le châtiment ne saurait être assez fort ? Il est sans doute bien douloureux pour nous d'avoir à reprocher à nos ancêtres les meurtres judiciaires qu'ils ont osé se permettre à ce sujet. Est-il possible d'être assez barbare pour oser condamner à mort un malheureux individu dont tout le crime est de ne pas avoir les mêmes goûts que vous ? On frémit lorsqu'on pense qu'il n'y a pas encore quarante ans que l'absurdité des législateurs en était encore là. Consolez-vous, citoyens ; de telles absurdités n'arriveront plus : la sagesse de vos législateurs vous en répond. Entièrement éclairci sur cette faiblesse de quelques hommes, on sent bien aujourd'hui qu'une telle erreur ne peut être criminelle, et que la nature ne saurait avoir mis au fluide qui coule dans nos reins une assez grande importance pour se courroucer sur le chemin qu'il nous plaît de faire prendre à cette liqueur.

Quel est le seul crime qui puisse exister ici ? Assurément ce n'est pas de se placer dans tel ou tel lieu, à moins qu'on ne voulût soutenir que toutes les parties du corps ne se ressemblent point, et qu'il en est de pures et de souillées ; mais, comme il est impossible d'avancer de telles absurdités, le seul prétendu délit ne saurait consister ici que dans la perte de la semence. Or, je demande s'il est vraisemblable que cette semence soit tellement précieuse aux yeux de la nature qu'il devienne impossible de la perdre sans crime ? Procéderait-elle tous les jours à ces pertes si cela était ? Et n'est-ce pas les autoriser que de les permettre dans les rêves, dans l'acte de la jouissance d'une femme grosse ? Est-il possible d'imaginer que la nature nous donnât la possibilité d'un crime qui l'outragerait ? Est-il possible qu'elle consente à ce que les hommes détruisent ses plaisirs et deviennent par là plus forts qu'elle ? Il est inouï dans quel gouffre d'absurdités l'on se jette quand on abandonne, pour raisonner, les secours du flambeau de la raison ! Tenons-nous donc pour bien assurés qu'il est aussi simple de jouir d'une femme d'une manière que de l'autre, qu'il est absolument indifférent de jouir d'une fille ou d'un garçon, et qu'aussitôt qu'il est constant qu'il ne peut exister en nous d'autres penchants que ceux que nous tenons de la nature, elle est trop sage et trop conséquente pour en avoir mis dans nous qui puissent jamais l'offenser.

Celui de la sodomie est le résultat de l'organisation, et nous ne contribuons pour rien à cette organisation. Des enfants de l'âge le plus tendre annoncent ce goût, et ne s'en corrigent jamais. Quelquefois il est le fruit de la satiété ; mais, dans ce cas même, en appartient-il moins à la nature ? Sous tous les rapports, il est son ouvrage, et, dans tous les cas, ce qu'elle inspire doit être respecté par les hommes. Si, par un recensement exact, on venait à prouver que ce goût affecte infiniment plus que l'autre, que les plaisirs qui en résultent sont beaucoup plus vifs, et qu'en raison de cela ses sectateurs sont mille fois plus nombreux que ses ennemis, ne serait-il pas possible de conclure alors que, loin d'outrager la nature, ce vice servirait ses vues, et qu'elle tient bien moins à la progéniture que nous n'avons la folie de le croire ? Or, en parcourant l'univers, que de peuples ne voyons-nous pas mépriser les femmes ! Il en est qui ne s'en servent absolument que pour avoir l'enfant nécessaire à les remplacer. L'habitude que les hommes ont de vivre ensemble dans les républiques y rendra toujours ce vice plus fréquent, mais il n'est certainement pas dangereux. Les législateurs de la Grèce l'auraient-ils introduit dans leur république s'ils l'avaient cru tel ? Bien loin de là, ils le croyaient nécessaire à un peuple guerrier. Plutarque nous parle avec enthousiasme du bataillon des amants et des aimés ; eux seuls défendirent longtemps la liberté de la Grèce. Ce vice régna dans l'association des frères d'armes ; il la cimenta ; les plus grands hommes y furent enclins. L'Amérique entière, lorsqu'on la découvrit, se trouva peuplée de gens de ce goût. A la Louisiane, chez les Illinois, des Indiens, vêtus en femmes, se prostituaient comme des courtisanes. Les nègres de Benguelé entretiennent publiquement des hommes ; presque tous les sérails d'Alger ne sont plus aujourd'hui peuplés que de jeunes garçons. On ne se contentait pas de tolérer, on ordonnait à Thèbes l'amour des garçons ; le philosophe de Chéronée le prescrivit pour adoucir les mœurs des jeunes gens.

Nous savons à quel point il régna dans Rome : on y trouvait des lieux publics, où de jeunes garçons se prostituaient sous l'habit de filles et des jeunes filles sous celui de garçons. Martial, Catulle, Tibulle, Horace et Virgile écrivaient à des hommes comme à leurs maîtresses, et nous lisons enfin dans Plutarque[12] que les femmes ne doivent avoir aucune part à l'amour des hommes. Les Amasiens de l'île de Crète enlevaient autrefois de jeunes garçons avec les plus singulières cérémonies. Quand ils en aimaient un, ils en faisaient part aux parents le jour où le ravisseur voulait l'enlever ; le jeune homme faisait quelque résistance si son amant ne lui plaisait pas ; dans le cas contraire, il partait avec lui, et le séducteur le renvoyait à sa famille sitôt qu'il s'en était servi ; car, dans cette passion comme dans celle des femmes, on en a toujours trop, dès qu'on en a assez. Strabon nous dit que, dans cette même île, ce n'était qu'avec des garçons que l'on remplissait les sérails : on les prostituait publiquement. Veut-on une dernière autorité, faite pour prouver combien ce vice est utile dans une république ? Écoutons Jérôme le Péripatéticien. L'amour des garçons, nous dit-il, se répandit dans toute la Grèce, parce qu'il donnait du courage et de la force, et qu'il servait à chasser les tyrans ; les conspirations se formaient entre les amants, et ils se laissaient plutôt torturer que de révéler leurs complices ; le patriotisme sacrifiait ainsi tout à la prospérité de l'État ; on était certain que ces liaisons affermissaient la république, on déclamait contre les femmes, et c'était une faiblesse réservée au despotisme que de s'attacher à de telles créatures.

Toujours la pédérastie fut le vice des peuples guerriers. César nous apprend que les Gaulois y étaient extraordinairement adonnés. Les guerres qu'avaient à soutenir les républiques, en séparant les deux sexes, propagèrent ce vice, et, quand on y reconnut des suites si utiles à l'État, la religion le consacra bientôt. On sait que les Romains sanctifièrent les amours de Jupiter et de Ganymède. Sextus Empiricus nous assure que cette fantaisie était ordonnée chez les Perses. Enfin les femmes jalouses et méprisées offrirent à leurs maris de leur rendre le même service qu'ils recevaient des jeunes garçons ; quelques-uns l'essayèrent et revinrent à leurs anciennes habitudes, ne trouvant pas l'illusion possible.

Les Turcs, fort enclins à cette dépravation que Mahomet consacra dans son Alcoran, assurent néanmoins qu'une très jeune vierge peut assez bien remplacer un garçon, et rarement les leurs deviennent femmes avant que d'avoir passé par cette épreuve. Sixte-Quint et Sanchez permirent cette débauche ; ce dernier entreprit même de prouver qu'elle était utile à la propagation, et qu'un enfant créé après cette course préalable en devenait infiniment mieux constitué. Enfin les femmes se dédommagèrent entre elles. Cette fantaisie sans doute n'a pas plus d'inconvénients que l'autre, parce que le résultat n'en est que le refus de créer, et que les moyens de ceux qui ont le goût de la population sont assez puissants pour que les adversaires n'y puissent jamais nuire. Les Grecs appuyaient de même cet égarement des femmes sur des raisons d'État. Il en résultait que, se suffisant entre elles, leurs communications avec les hommes étaient moins fréquentes et qu'elles ne nuisaient point ainsi aux affaires de la république. Lucien nous apprend quel progrès fit cette licence, et ce n'est pas sans intérêt que nous la voyons dans Sapho. Il n'est, en un mot, aucune sorte de danger dans toutes ces manies : se portassent-elles même plus loin, allassent-elles jusqu'à caresser des monstres et des animaux, ainsi que nous l'apprend l'exemple de plusieurs peuples, il n'y aurait pas dans toutes ces fadaises le plus petit inconvénient, parce que la corruption des mœurs, souvent très utile dans un gouvernement, ne saurait y nuire sous aucun rapport, et nous devons attendre de nos législateurs assez de sagesse, assez de prudence, pour être bien sûrs qu'aucune loi n'émanera d'eux pour la répression de ces misères qui, tenant absolument à l'organisation, ne sauraient jamais rendre plus coupable celui qui y est enclin que ne l'est l'individu que la nature créa contrefait.

Il ne nous reste plus que le meurtre à examiner dans la seconde classe des délits de l'homme envers son semblable, et nous passerons ensuite à ses devoirs envers lui-même. De toutes les offenses que l'homme peut faire à son semblable, le meurtre est, sans contredit, la plus cruelle de toutes puisqu'il lui enlève le seul bien qu'il ait reçu de la nature, le seul dont la perte soit irréparable. Plusieurs questions néanmoins se présentent ici, abstraction faite du tort que le meurtre cause à celui qui en devient la victime.
1. Cette action, eu égard aux seules lois de la nature, est-elle vraiment criminelle ?
2. L'est-elle relativement aux lois de la politique ?
3. Est-elle nuisible à la société ?
4. Comment doit-elle être considérée dans un gouvernement républicain ?
5. Enfin le meurtre doit-il être réprimé par le meurtre ?

Nous allons examiner séparément chacune de ces questions : l'objet est assez essentiel pour qu'on nous permette de nous y arrêter ; on trouvera peut-être nos idées un peu fortes : qu'est-ce que cela fait ? N'avons-nous pas acquis le droit de tout dire ? Développons aux hommes de grandes vérités : ils les attendent de nous ; il est temps que l'erreur disparaisse, il faut que son bandeau tombe à côté de celui des rois. Le meurtre est-il un crime aux yeux de la nature ? Telle est la première question posée.

Nous allons sans doute humilier ici l'orgueil de l'homme, en le rabaissant au rang de toutes les autres productions de la nature, mais le philosophe ne caresse point les petites vanités humaines ; toujours ardent à poursuivre la vérité, il la démêle sous les sots préjugés de l'amour-propre, l'atteint, la développe et la montre hardiment à la terre étonnée.

Qu'est-ce que l'homme, et quelle différence y a-t-il entre lui et les autres plantes, entre lui et tous les autres animaux de la nature ? Aucune assurément. Fortuitement placé comme eux, sur ce globe, il est né comme eux ; il se propage, croît et décroît comme eux ; il arrive comme eux à la vieillesse et tombe comme eux dans le néant après le terme que la nature assigne à chaque espèce d'animaux, en raison de la construction de ses organes. Si les rapprochements sont tellement exacts qu'il devienne absolument impossible à l'œil examinateur du philosophe d'apercevoir aucune dissemblance, il y aura donc alors tout autant de mal à tuer un animal qu'un homme, ou tout aussi peu à l'un qu'à l'autre, et dans les préjugés de notre orgueil se trouvera seulement la distance ; mais rien n'est malheureusement absurde comme les préjugés de l'orgueil. Pressons néanmoins la question. Vous ne pouvez disconvenir qu'il ne soit égal de détruire un homme ou une bête ; mais la destruction de tout animal qui a vie n'est-elle pas décidément un mal, comme le croyaient les pythagoriciens et comme le croient encore les habitants des bords du Gange ? Avant de répondre à ceci, rappelons d'abord aux lecteurs que nous n'examinons la question que relativement à la nature ; nous l'envisagerons ensuite par rapport aux hommes.

Or, je demande de quel prix peuvent être à la nature des individus qui ne lui coûtent ni la moindre peine ni le moindre soin. L'ouvrier n'estime son ouvrage qu'en raison du travail qu'il lui coûte, du temps qu'il emploie à le créer. Or, l'homme coûte-t-il à la nature ? Et, en supposant qu'il lui coûte, lui coûte-t-il plus qu'un singe ou qu'un éléphant ? Je vais plus loin : quelles sont les matières génératrices de la nature ? de quoi se composent les êtres qui viennent à la vie ? Les trois éléments qui les forment ne résultent-ils pas de la primitive destruction des autres corps ? Si tous les individus étaient éternels, ne deviendrait-il pas impossible à la nature d'en créer de nouveaux ? Si l'éternité des êtres est impossible à la nature, leur destruction devient donc une de ses lois. Or, si les destructions lui sont tellement utiles qu'elle ne puisse absolument s'en passer, et si elle ne peut parvenir à ses créations sans puiser dans ces masses de destruction que lui prépare la mort, de ce moment l'idée d'anéantissement que nous attachons à la mort ne sera donc plus réelle ; il n'y aura plus d'anéantissement constaté ; ce que nous appelons la fin de l'animal qui a vie ne sera plus une fin réelle, mais une simple transmutation, dont est la base le mouvement perpétuel, véritable essence de la matière et que tous les philosophes modernes admettent comme une de ses premières lois. La mort, d'après ces principes irréfutables, n'est donc plus qu'un changement de forme, qu'un passage imperceptible d'une existence à une autre, et voilà ce que Pythagore appelait la métempsycose.

Ces vérités une fois admises, je demande si l'on pourra jamais avancer que la destruction soit un crime. A dessein de conserver vos absurdes préjugés, oserez-vous me dire que la transmutation est une destruction ? Non, sans doute ; car il faudrait pour cela prouver un instant d'inaction dans la matière, un moment de repos. Or, vous ne découvrirez jamais ce moment. De petits animaux se forment à l'instant que le grand animal a perdu le souffle, et la vie de ces petits animaux n'est qu'un des effets nécessaires et déterminés par le sommeil momentané du grand. Oserez-vous dire à présent que l'un plaît mieux à la nature que l'autre ? Il faudrait prouver pour cela une chose impossible : c'est que la forme longue ou carrée est plus utile, plus agréable à la nature que la forme oblongue ou triangulaire ; il faudrait prouver que, eu égard aux plans sublimes de la nature, un fainéant qui s'engraisse dans l'inaction et dans l'indolence est plus utile que le cheval, dont le service est si essentiel, ou que le bœuf, dont le corps est si précieux qu'il n'en est aucune partie qui ne serve ; il faudrait dire que le serpent venimeux est plus nécessaire que le chien fidèle.

Or, comme tous ces systèmes sont insoutenables, il faut donc absolument consentir à admettre l'impossibilité où nous sommes d'anéantir les ouvrages de la nature, attendu que la seule chose que nous faisons, en nous livrant à la destruction, n'est que d'opérer une variation dans les formes, mais qui ne peut éteindre la vie, et il devient alors au-dessus des forces humaines de prouver qu'il puisse exister aucun crime dans la prétendue destruction d'une créature, de quelque âge, de quelque sexe, de quelque espèce que vous la supposiez. Conduits plus avant encore par la série de nos conséquences, qui naissent toutes les unes des autres, il faudra convenir enfin que, loin de nuire, à la nature, l'action que vous commettez, en variant les formes de ses différents ouvrages, est avantageuse pour elle puisque vous lui fournissez par cette action la matière première de ses reconstructions, dont le travail lui deviendrait impraticable si vous n'anéantissiez pas. Eh ! laissez-la faire, vous dit-on. Assurément, il faut la laisser faire, mais ce sont ses impulsions que suit l'homme quand il se livre à l'homicide ; c'est la nature qui le lui conseille, et l'homme qui détruit son semblable est à la nature ce que lui est la peste ou la famine, également envoyées par sa main, laquelle se sert de tous les moyens possibles pour obtenir plus tôt cette matière première de destruction, absolument essentielle à ses ouvrages.

Daignons éclairer un instant notre âme du saint flambeau de la philosophie : quelle autre voix que celle de la nature nous suggère les haines personnelles, les vengeances, les guerres, en un mot tous ces motifs de meurtres perpétuels ? Or, si elle nous les conseille, elle en a donc besoin. Comment donc pouvons-nous, d'après cela, nous supposer coupables envers elle, dès que nous ne faisons que suivre ses vues ? Mais en voilà plus qu'il ne faut pour convaincre tout lecteur éclairé qu'il est impossible que le meurtre puisse jamais outrager la nature. Est-il un crime en politique ? Osons avouer, au contraire, qu'il n'est malheureusement qu'un des plus grands ressorts de la politique. N'est-ce pas à force de meurtres que Rome est devenue la maîtresse du monde ? N'est-ce pas à force de meurtres que la France est libre aujourd'hui ? Il est inutile d'avertir ici qu'on ne parle que des meurtres occasionnés par la guerre, et non des atrocités commises par les factieux et les désorganisateurs ; ceux-là voués à l'exécration publique, n'ont besoin que d'être rappelés pour exciter à jamais l'horreur et l'indignation générales. Quelle science humaine a plus besoin de se soutenir par le meurtre que celle qui ne tend qu'à tromper, qui n'a pour but que l'accroissement d'une nation aux dépens d'une autre ? Les guerres, uniques fruits de cette barbare politique, sont-elles autre chose que les moyens dont elle se nourrit, dont elle se fortifie, dont elle s'étaie ? et qu'est-ce que la guerre, sinon la science de détruire ? Étrange aveuglement de l'homme, qui enseigne publiquement l'art de tuer, qui récompense celui qui y réussit le mieux et qui punit celui qui, pour une cause particulière, s'est défait de son ennemi ! N'est-il pas temps de revenir sur des erreurs si barbares ?

Enfin, le meurtre est-il un crime contre la société ? Qui put jamais l'imaginer raisonnablement ? Ah ! qu'importe à cette nombreuse société qu'il y ait parmi elle un membre de plus ou de moins ? Ses lois, ses mœurs, ses coutumes en seront-elles viciées ? Jamais la mort d'un individu influa-t-elle sur la masse générale ? Et après la perte de la plus grande bataille, que dis-je ? après l'extinction de la moitié du monde, de sa totalité, si l'on veut, le petit nombre d'êtres qui pourrait survivre éprouverait-il la moindre altération matérielle ? Hélas ! non. La nature entière n'en éprouverait pas davantage, et le sot orgueil de l'homme, qui croit que tout est fait pour lui, serait bien étonné, après la destruction totale de l'espèce humaine, s'il voyait que rien ne varie dans la nature et que le cours des astres n'en est seulement pas retardé. Poursuivons. Comment le meurtre doit-il être vu dans un État guerrier et républicain ?

Il serait assurément du plus grand danger, ou de jeter de la défaveur sur cette action, ou de la punir. La fierté du républicain demande un peu de férocité ; s'il s'amollit, si son énergie se perd, il sera bientôt subjugué. Une très singulière réflexion se présente ici, mais, comme elle est vraie malgré sa hardiesse, je la dirai. Une nation qui commence à se gouverner en république ne se soutiendra que par des vertus, parce que, pour arriver au plus, il faut toujours débuter par le moins ; mais une nation déjà vieille et corrompue qui, courageusement, secouera le joug de son gouvernement monarchique pour en adopter un républicain, ne se maintiendra que par beaucoup de crimes ; car elle est déjà dans le crime, et si elle voulait passer du crime à la vertu, c'est-à-dire d'un état violent dans un état doux, elle tomberait dans une inertie dont sa ruine certaine serait bientôt le résultat. Que deviendrait l'arbre que vous transplanteriez d'un terrain plein de vigueur dans une plaine sablonneuse et sèche ? Toutes les idées intellectuelles sont tellement subordonnées à la physique de la nature que les comparaisons fournies par l'agriculture ne nous tromperont jamais en morale. Les plus indépendants des hommes, les plus rapprochés de la nature, les sauvages se livrent avec impunité journellement au meurtre. A Sparte, à Lacédémone, on allait à la chasse des ilotes comme nous allons en France à celle des perdrix. Les peuples les plus libres sont ceux qui l'accueillent davantage. A Mindanao, celui qui veut commettre un meurtre est élevé au rang des braves : on le décore aussitôt d'un turban ; chez les Caraguos, il faut avoir tué sept hommes pour obtenir les honneurs de cette coiffure ; les habitants de Bornéo croient que tous ceux qu'ils mettent à mort les serviront quand ils ne seront plus ; les dévots espagnols même faisaient vœu à Saint-Jacques de Galice de tuer douze Américains par jour ; dans le royaume de Tangut, on choisit un jeune homme fort et vigoureux auquel il est permis, dans certains jours de l'année, de tuer tout ce qu'il rencontre. Était-il un peuple plus ami du meurtre que les Juifs ? On le voit sous toutes les formes, à toutes les pages de leur histoire.

L'empereur et les mandarins de la Chine prennent de temps en temps des mesures pour faire révolter le peuple, afin d'obtenir de ces manœuvres le droit d'en faire un horrible carnage. Que ce peuple mou et efféminé s'affranchisse du joug de ses tyrans, il les assommera à son tour avec beaucoup plus de raison, et le meurtre, toujours adopté, toujours nécessaire, n'aura fait que changer de victimes ; il était le bonheur des uns, il deviendra la félicité des autres.

Une infinité de nations tolèrent les assassinats publics : ils sont entièrement permis à Gênes, à Venise, à Naples et dans toute l'Albanie ; à Kacha, sur la rivière de San Domino, les meurtriers, sous un costume connu et avoué, égorgent à vos ordres et sous vos yeux l'individu que vous leur indiquez ; les Indiens prennent de l'opium pour s'encourager au meurtre ; se précipitant ensuite au milieu des rues, ils massacrent tout ce qu'ils rencontrent ; des voyageurs anglais ont retrouvé cette manie à Batavia.

Quel peuple fut à la fois plus grand et plus cruel que les Romains, et quelle nation conserva plus longtemps sa splendeur et sa liberté ? Le spectacle des gladiateurs soutint son courage ; elle devenait guerrière par l'habitude de se faire un jeu du meurtre. Douze ou quinze cents victimes journalières remplissaient l'arène du cirque, et là, les femmes, plus cruelles que les hommes, osaient exiger que les mourants tombassent avec grâce et se dessinassent encore sous les convulsions de la mort. Les Romains passèrent de là au plaisir de voir des nains s'égorger devant eux ; et quand le culte chrétien, en infectant la terre, vint persuader aux hommes qu'il y avait du mal à se tuer, des tyrans aussitôt enchaînèrent ce peuple, et les héros du monde en devinrent bientôt les jouets.

Partout enfin on crut avec raison que le meurtrier, c'est-à-dire l'homme qui étouffait sa sensibilité au point de tuer son semblable et de braver la vengeance publique ou particulière, partout, dis-je, on crut qu'un tel homme ne pouvait être que très courageux, et par conséquent très précieux dans un gouvernement guerrier ou républicain. Parcourrons-nous des nations qui, plus féroces encore, ne se satisfirent qu'en immolant des enfants, et bien souvent les leurs, nous verrons ces actions, universellement adoptées, faire même quelquefois partie des lois. Plusieurs peuplades sauvages tuent leurs enfants aussitôt qu'ils naissent. Les mères, sur les bords du fleuve Orénoque, dans la persuasion où elles étaient que leurs filles ne naissaient que pour être malheureuses, puisque leur destination était de devenir les épouses des sauvages de cette contrée, qui ne pouvaient souffrir les femmes, les immolaient aussitôt qu'elles leur avaient donné le jour. Dans la Trapobane et dans le royaume de Sopit, tous les enfants difformes étaient immolés par les parents mêmes. Les femmes de Madagascar exposaient aux bêtes sauvages ceux de leurs enfants nés certains jours de la semaine. Dans les républiques de la Grèce, on examinait soigneusement tous les enfants qui arrivaient au monde, et si l'on ne les trouvait pas conformés de manière à pouvoir défendre un jour la république, ils étaient aussitôt immolés : là l'on ne jugeait pas qu'il fût essentiel d'ériger des maisons richement dotées pour conserver cette vile écume de la nature humaine[13]. Jusqu'à la translation du siège de l'empire, tous les Romains qui ne voulaient pas nourrir leurs enfants les jetaient à la voirie. Les anciens législateurs n'avaient aucun scrupule de dévouer les enfants à la mort, et jamais aucun de leurs codes ne réprima les droits qu'un père se crut toujours sur sa famille. Aristote conseillait l'avortement ; et ces antiques républicains, remplis d'enthousiasme, d'ardeur pour la patrie, méconnaissaient cette commisération individuelle qu'on retrouve parmi les nations modernes ; on aimait moins ses enfants, mais on aimait mieux son pays. Dans toutes les villes de la Chine, on trouve chaque matin une incroyable quantité d'enfants abandonnés dans les rues ; un tombereau les enlève à la pointe du jour, et on les jette dans une fosse ; souvent les accoucheuses elles-mêmes en débarrassent les mères, en étouffant aussitôt leurs fruits dans des cuves d'eau bouillante ou en les jetant dans la rivière. A Pékin, on les met dans de petites corbeilles de jonc que l'on abandonne sur les canaux ; on écume chaque jour ces canaux, et le célèbre voyageur Duhalde évalue à plus de trente mille le nombre journalier qui s'enlève à chaque recherche. On ne peut nier qu'il ne soit extraordinairement nécessaire, extrêmement politique de mettre une digue à la population dans un gouvernement républicain ; par des vues absolument contraires, il faut l'encourager dans une monarchie ; là, les tyrans n'étant riches qu'en raison du nombre de leurs esclaves, assurément il leur faut des hommes ; mais l'abondance de cette population, n'en doutons, pas, est un vice réel dans un gouvernement républicain. Il ne faut pourtant pas l'égorger pour l'amoindrir, comme le disaient nos modernes décemvirs : il ne s'agit que de ne pas lui laisser les moyens de s'étendre au-delà des bernes que sa félicité lui prescrit. Gardez-vous de multiplier trop un peuple dont chaque être est souverain et soyez bien sûrs que les révolutions ne sont jamais les effets que d'une population trop nombreuse. Si pour la splendeur de l'État vous accordez à vos guerriers le droit de détruire des hommes, pour la conservation de ce même État, accordez de même à chaque individu de se livrer tant qu'il le voudra, puisqu'il le peut sans outrager la nature, au droit de se défaire des enfants qu'il ne peut nourrir ou desquels le gouvernement ne peut tirer aucun secours ; accordez-lui de même de se défaire, à ses risques et périls, de tous les ennemis qui peuvent lui nuire, parce que le résultat de toutes ces actions, absolument nulles en elles-mêmes, sera de tenir votre population dans un état modéré, et jamais assez nombreuse pour bouleverser votre gouvernement. Laissez dire aux monarchistes qu'un État n'est grand qu'en raison de son extrême population : cet État sera toujours pauvre si sa population excède ses moyens de vivre, et il sera toujours florissant si, contenu dans de justes bornes, il peut trafiquer de son superflu. N'élaguez-vous pas l'arbre quand il a trop de branches ? et, pour conserver le tronc, ne taillez-vous pas les rameaux ? Tout système qui s'écarte de ces principes est une extravagance dont les abus nous conduiraient bientôt au renversement total de l'édifice que nous venons d'élever avec tant de peine. Mais ce n'est pas quand l'homme est fait qu'il faut le détruire afin de diminuer la population : il est injuste d'abréger les jours d'un individu bien conformé ; il ne l'est pas, je le dis, d'empêcher d'arriver à la vie un être qui certainement sera inutile au monde. L'espèce humaine doit être épurée dès le berceau ; c'est ce que vous prévoyez ne pouvoir jamais être utile à la société qu'il faut retrancher de son sein ; voilà les seuls moyens raisonnables d'amoindrir une population dont la trop grande étendue est, ainsi que nous venons de le prouver, le plus dangereux des abus. Il est temps de se résumer.

Le meurtre doit-il être réprimé par le meurtre ? Non, sans doute. N'imposons jamais au meurtrier d'autre peine que celle qu'il peut encourir par la vengeance des amis ou de la famille de celui qu'il a tué. Je vous accorde votre grâce, disait Louis XV à Charolais, qui venait de tuer un homme pour se divertir, mais je la donne aussi à celui qui vous tuera. Toutes les bases de la loi contre les meurtriers se trouvent dans ce mot sublime[14].

En un mot, le meurtre est une horreur, mais une horreur souvent nécessaire, jamais criminelle, essentielle à tolérer dans un État républicain. J'ai fait voir que l'univers entier en avait donné l'exemple ; mais faut-il le considérer comme une action faite pour être punie de mort ? Ceux qui répondront au dilemme suivant auront satisfait à la question : Le meurtre est-il un crime ou ne l'est-il pas ? S'il n'en est pas un, pourquoi faire des lois qui le punissent ? Et s'il en est un, par quelle barbare et stupide inconséquence le punirez-vous par un crime semblable ?

Il nous reste à parler des devoirs de l'homme envers lui-même. Comme le philosophe n'adopte ces devoirs qu'autant qu'ils tendent à son plaisir ou à sa conservation, il est fort inutile de lui en recommander la pratique, plus inutile encore de lui imposer des peines s'il y manque. Le seul délit que l'homme puisse commettre en ce genre est le suicide. Je ne m'amuserai point ici à prouver l'imbécillité des gens qui érigent cette action en crime : je renvoie à la fameuse lettre de Rousseau ceux qui pourraient avoir encore quelques doutes sur cela. Presque tous les anciens gouvernements autorisaient le suicide par la politique et par la religion. Les Athéniens exposaient à l'Aréopage les raisons qu'ils avaient de se tuer : ils se poignardaient ensuite. Toutes les républiques de la Grèce tolérèrent le suicide ; il entrait dans le plan des législateurs ; on se tuait en public, et l'on faisait de sa mort un spectacle d'apparat. La république de Rome encouragea le suicide : les dévouements si célèbres pour la patrie n'étaient que des suicides. Quand Rome fut prise par les Gaulois, les plus illustres sénateurs se dévouèrent à la mort ; en reprenant ce même esprit, nous adoptons les mêmes vertus. Un soldat s'est tué, pendant la campagne de 92, de chagrin de ne pouvoir suivre ses camarades à l'affaire de Jemmapes. Incessamment placés à la hauteur de ces fiers républicains, nous surpasserons bientôt leurs vertus : c'est le gouvernement qui fait l'homme. Une si longue habitude du despotisme avait totalement énervé notre courage ; il avait dépravé nos mœurs : nous renaissons ; on va bientôt voir de quelles actions sublimes est capable le génie, le caractère français, quand il est libre ; soutenons, au prix de nos fortunes et de nos vies, cette liberté qui nous coûte déjà tant de victimes ; n'en regrettons aucune si nous parvenons au but ; elles-mêmes se sont toutes dévouées volontairement ; ne rendons pas leur sang inutile ; mais de l'union... de l'union, ou nous perdrons le fruit de toutes nos peines ; asseyons d'excellentes lois sur les victoires que nous venons de remporter ; nos premiers législateurs, encore esclaves du despote qu'enfin nous avons abattu, ne nous avaient donné que des lois dignes de ce tyran, qu'ils encensaient encore : refaisons leur ouvrage, songeons que c'est pour des républicains et pour des philosophes que nous allons enfin travailler ; que nos lois soient douces comme le peuple qu'elles doivent régir.

En offrant ici, comme je viens de le faire, le néant, l'indifférence d'une infinité d'actions que nos ancêtres, séduits par une fausse religion, regardaient comme criminelles, je réduis notre travail à bien peu de chose. Faisons peu de lois, mais qu'elles soient bonnes. Il ne s'agit pas de multiplier les freins : il n'est question que de donner à celui qu'on emploie une qualité indestructible. Que les lois que nous promulguons n'aient pour but que la tranquillité du citoyen, son bonheur et l'éclat de la république. Mais, après avoir chassé l'ennemi de vos terres, Français, je ne voudrais pas que l'ardeur de propager vos principes vous entraînât plus loin ; ce n'est qu'avec le fer et le feu que vous pourrez les porter au bout de l'univers. Avant que d'accomplir ces résolutions, rappelez-vous le malheureux succès des Croisades. Quand l'ennemi sera de l'autre côté du Rhin, croyez-moi, gardez vos frontières et restez chez vous ; ranimez votre commerce, redonnez de l'énergie et des débouchés à vos manufactures ; faites refleurir vos arts, encouragez l'agriculture, si nécessaire dans un gouvernement tel que le vôtre et dont l'esprit doit être de pouvoir fournir à tout le monde sans avoir besoin de personne ; laissez les trônes de l'Europe s'écrouler d'eux-mêmes : votre exemple, votre prospérité les culbuteront bientôt, sans que vous ayez besoin de vous en mêler.

Invincibles dans votre intérieur et modèles de tous les peuples par votre police et vos bonnes lois, il ne sera pas un gouvernement dans le monde qui ne travaille à vous imiter, pas un seul qui ne s'honore de votre alliance ; mais si, pour le vain honneur de porter vos principes au loin, vous abandonnez le soin de votre propre félicité, le despotisme qui n'est qu'endormi renaîtra, des dissensions intestines vous déchireront, vous aurez épuisé vos finances et vos achats, et tout cela pour revenir baiser les fers que vous imposent les tyrans qui vous auront subjugués pendant votre absence. Tout ce que vous désirez peut se faire sans qu'il soit besoin de quitter vos foyers ; que les autres peuples vous voient heureux, et ils courront au bonheur par la même route que vous leur aurez tracée[15].



1 : Si quelqu'un examine attentivement cette religion, il trouvera que les impiétés dont elle est remplie viennent en partie de la férocité et de l'innocence des Juifs, et en partie de l'indifférence et de la confusion des gentils ; au lieu de s'approprier ce que les peuples de l'antiquité pouvaient avoir de bon, les chrétiens paraissent n'avoir formé leur religion que du mélange des vices qu'ils ont rencontrés partout.

2 : Suivez l'histoire de tous les peuples : vous ne les verrez jamais changer le gouvernement qu'ils avaient pour un gouvernement monarchique, qu'en raison de l'abrutissement où la superstition les tient ; vous verrez toujours les rois étayer la religion, et la religion sacrer des rois. On sait l'histoire de l'intendant et du cuisinier : Passez-moi le poivre, je vous passerai le beurre. Malheureux humains, êtes-vous donc toujours destinés à ressembler au maître de ces deux fripons ?

3 : Toutes les religions s'accordent à nous exalter la sagesse et la puissance intimes de la divinité ; mais dès qu'elles nous exposent sa conduite, nous n'y trouvons qu'imprudence, que faiblesse et que folie. Dieu, dit-on, a créé le monde pour lui-même, et jusqu'ici il n'a pu parvenir à s'y faire convenablement honorer ; Dieu nous a créés pour l'adorer, et nous passons nos jours à nous moquer de lui ! Quel pauvre dieu que ce dieu-là !

4 : Il ne s'agit ici que de ceux dont la réputation est faite depuis longtemps.

5 : Chaque peuple prétend que sa religion est la meilleure et s'appuie, pour le persuader, sur une infinité de preuves, non seulement discordantes entre elles, mais presque toutes contradictoires. Dans la profonde ignorance où nous sommes, quelle est celle qui peut plaire à Dieu, à supposer qu'il y ait un Dieu ? Nous devons, si nous sommes sages, ou les protéger toutes également ou les proscrire toutes de même ; or, les proscrire est assurément le plus sûr, puisque nous avons la certitude morale que toutes sont des mômeries, dont aucune ne peut plaire plus que l'autre à un dieu qui n'existe pas.

6 : On a dit que l'intention de ces législateurs était, en émoussant la passion que les hommes éprouvent pour une fille nue, de rendre plus active celle que les hommes éprouvent quelquefois pour leur sexe. Ces sages faisaient montrer ce dont ils voulaient que l'on se dégoûtât et cacher de qu'ils croyaient fait pour inspirer de plus doux désirs ; dans tous les cas, ne travaillaient-ils pas au but que nous venons de dire ? Ils sentaient, on le voit, le besoin de l'immoralité dans les mœurs républicaines.

7 : On sait que l'infâme et scélérat Sartine composait à Louis XV des moyens de luxure, en lui faisant lire trois fois par semaine, par la Dubarry, le détail privé et enrichi par lui de tout ce qui se passait dans les mauvais lieux de Paris. Cette branche de libertinage du Néron français coûtait trois millions à l'État !

8 : Qu'on ne dise pas ici que je me contrarie, et qu'après avoir établi plus haut que nous n'avions aucun droit de lier une femme à nous, je détruis ces principes en disant maintenant que nous avons le droit de la contraindre ; je répète qu'il ne s'agit ici que de la jouissance et non de la propriété ; je n'ai nul droit à la propriété de cette fontaine que je rencontre dans mon chemin, mais j'ai des droits certains à sa jouissance ; j'ai le droit de profiter de l'eau limpide qu'elle offre à ma soif ; je n'ai de même aucun droit réel à la propriété de telle ou telle femme, mais j'en ai d'incontestables à sa jouissance ; j'en ai de la contraindre à cette jouissance si elle me la refuse par tel motif que ce puisse être.

9 : Les Babyloniennes n'attendaient pas sept ans pour porter leurs prémices au temple de Vénus. Le premier mouvement de concupiscence qu'éprouve une jeune fille est l'époque que la nature lui indique pour se prostituer, et, sans aucune autre espèce de considération, elle doit céder dès que sa nature parle ; elle en outrage les lois si elle résiste.

10 : Les femmes ne savent pas à quel point leurs lascivités les embellissent. Que l'on compare deux femmes d'âge et de beauté à peu près semblables, dont l'une vit dans le célibat et l'autre dans le libertinage : on verra combien cette dernière l'emportera d'éclat et de fraîcheur ; toute violence faite à la nature use bien plus que l'abus des plaisirs ; il n'y a personne qui ne sache que les couches embellissent une femme.

11 : Le même voulait que les fiancés se vissent tout nus avant de s'épouser. Que de mariages manqueraient si cette loi s'exécutait ! On avouera que le contraire est bien ce qu'on appelle acheter de la marchandise sans la voir.

12 : Oeuvres morales, Traité de l'amour.

13 : Il faut espérer que la nation réformera cette dépense, la plus inutile de toutes ; tout individu qui naît sans les qualités nécessaires pour devenir un jour utile à la république n'a nul droit à conserver la vie, et ce qu'on peut faire de mieux est de la lui ôter au moment où il la reçoit.

14 : La loi salique ne punissait le meurtre que d'une simple amende, et comme le coupable trouvait facilement les moyens de s'y soustraire, Childebert, roi d'Austrasie, décerna, par un règlement fait à Cologne, la peine de mort non contre le meurtrier, mais contre celui qui se soustrairait à l'amende décernée contre le meurtrier. La loi ripuaire n'ordonnait de même contre cette action qu'une amende, proportionnée à l'individu qu'il avait tué. Il en coûtait fort cher pour un prêtre : on faisait à l'assassin une tunique de plomb de sa taille, et il devait équivaloir en or le poids de cette tunique, à défaut de quoi le coupable et sa famille demeuraient esclaves de l'Église.

15 : Qu'on se souvienne que la guerre extérieure ne fut jamais proposée que par l'infâme Dumouriez.

1: La suite de cet ouvrage nous promettent une dissertation bien plus étendue sur cette matière, on s'est borné ici à la plus légère analyse.

2: La pauvreté de la langue française nous contraint à employer des mots que notre heureux gouvernement réprouve aujourd'hui avec tant de raison ; nous espérons que nos lecteurs éclairés nous entendront et ne confondront point l'absurde despotisme politique avec le très luxurieux despotisme des passions de libertinage.

English translation[1], from Justine, Philosophy in the Bedroom, and Other Writings, translated by Richard Seaver & Austryn Wainhouse

YET ANOTHER EFFORT, FRENCHMEN, IF YOU WOULD BECOME REPUBLICANS

RELIGION

I am about to put forward some major ideas; they will be heard and pondered. If not all of them please, surely a few will; in some sort, then, I shall have contributed to the progress of our age, and shall be content. We near our goal, but haltingly: I confess that I am disturbed by the presentiment that we are on the eve of failing once again to arrive there. Is it thought that goal will be attained when at last we have been given laws? Abandon the notion; for what should we, who have no religion, do with laws? We must have a creed, a creed befitting the republican character, something far removed from ever being able to resume the worship of Rome. In this age, when we are convinced that morals must be the basis of religion, and not religion of morals, we need a body of beliefs in keeping with our customs and habits, something that would be their necessary consequence, and that could, by lifting up the spirit, maintain it perpetually at the high level of this precious liberty, which today the spirit has made its unique idol.

Well, I ask, is it thinkable that the doctrine of one of Titus' slaves, of a clumsy histrionic from Judaea, be fitting to a free and warlike nation that has just regenerated itself? No, my fellow countrymen, no; you think nothing of the sort. If, to his misfortune, the Frenchman were to entomb himself in the grave of Christianity, then on one side the priests' pride, their tyranny, their despotism, vices forever cropping up in that impure horde, on the other side the baseness, the narrowness, the platitudes of dogma and mystery of this infamous and fabulous religion, would, by blunting the fine edge of the republican spirit, rapidly put about the Frenchman's neck the yoke which his vitality but yesterday shattered.

Let us not lose sight of the fact this puerile religion was among our tyrants' best weapons: one of its key dogmas was to render unto Caesar that which is Caesar's. However, we have dethroned Caesar, we are no longer disposed to render him anything. Frenchmen, it would be in vain were you to suppose that your oath-taking clergy today is in any essential manner different from yesterday's non-juring clergy: there are inherent vices beyond all possibility of correction. Before ten years are out— utilizing the Christian religion, its superstitions, its prejudices— your priests, their pledges notwithstanding and though despoiled of their riches, are sure to reassert their empire over the souls they shall have undermined and captured; they shall restore the monarchy, because the power of kings has always reinforced that of the church; and your republican edifice, its foundations eaten away, shall collapse.

O you who have axes ready to hand, deal the final blow to the tree of superstition; be not content to prune its branches: uproot entirely a plant whose effects are so contagious. Well understand that your system of liberty and equality too rudely affronts the ministers of Christ's altars for there ever to be one of them who will either adopt it in good faith or give over seeking to topple it, if he is able to recover any dominion over consciences. What priest, comparing the condition to which he has been reduced with the one he formerly enjoyed, will not do his utmost to win back both the confidence and the authority he has lost? And how many feeble and pusillanimous creatures will not speedily become again the thralls of this cunning shavepate! Why is it imagined that the nuisances which existed before cannot be revived to plague us anew? In the Christian church's infancy, were priests less ambitious than they are today? You observe how far they advanced; to what do you suppose they owed


their success if not to the means religion furnished them? Well, if you do not absolutely prohibit this religion, those who preach it, having yet the same means, will soon achieve the same ends.

Then annihilate forever what may one day destroy your work. Consider that the fruit of your labors being reserved for your grandchildren only, duty and probity command that you bequeath them none of those seeds of disaster which could mean for your descendants a renewal of the chaos whence we have with so much trouble just emerged. At the present moment our prejudices are weakening; the people have already abjured the Catholic absurdities; they have already suppressed the temples, sent the relics flying, and agreed that marriage is a mere civil undertaking; the smashed confessionals serve as public meeting places; the former faithful, deserting the apostolic banquet, leave the gods of flour dough to the mice. Frenchmen, an end to your waverings: all of Europe, one hand halfway raised to the blindfold over her eyes, expects that effort by which you must snatch it from her head. Make haste: holy Rome strains every nerve to repress your vigor; hurry, lest you give Rome time to secure her grip upon the few proselytes remaining to her. Unsparingly and recklessly smite off her proud and trembling head; and before two months the tree of liberty, overshadowing the wreckage of Peter's Chair, will soar victoriously above all the contemptible Christian vestiges and idols raised with such effrontery over the ashes of Cato and Brutus.

Frenchmen, I repeat it to you: Europe awaits her deliverance from scepter and censer alike. Know well that you cannot possibly liberate her from royal tyranny without at the same time breaking for her the fetters of religious superstition: the shackles of the one are too intimately linked to those of the other; let one of the two survive, and you cannot avoid falling subject to the other you have left intact. It is no longer before the knees of either an imaginary being or a vile impostor a republican must prostrate himself; his only gods must now be courage and liberty. Rome disappeared immediately Christianity was preached there, and France is doomed if she continues to revere it.

Let the absurd dogmas, the appalling mysteries, the impossible morality of this disgusting religion be examined with attention, and it will be seen whether it befits a republic. Do you honestly believe I would allow myself to be dominated by the opinion of a man I had just seen kneeling before the idiot priest of Jesus? No; certainly not! That eternally base fellow will eternally adhere, by dint of the baseness of his attitudes, to the atrocities of the ancien regime; as of the moment he were able to submit to the stupidities of a religion as abject as the one we are mad enough to acknowledge, he is no longer competent to dictate laws or transmit learning to me; I no longer see him as other than a slave to prejudice and superstition.

To convince ourselves, we have but to cast our eyes upon the handful of individuals who remain attached to our fathers' insensate worship: we will see whether they are not all irreconcilable enemies of the present system, we will see whether it is not amongst their numbers that all of that justly contemned caste of royalists and aristocrats is included. Let the slave of a crowned brigand grovel, if he pleases, at the feet of a plaster image; such an object is readymade for his soul of mud. He who can serve kings must adore gods; but we, Frenchmen, but we, my fellow countrymen, we, rather than once more crawl beneath such contemptible traces, we would die a thousand times over rather than abase ourselves anew! Since we believe a cult necessary, let us imitate the Romans: actions, passions, heroes— those were the objects of their respect. Idols of this sort elevated the soul, electrified it, and more: they communicated to the spirit the virtues of the respected being. Minerva's devotee coveted wisdom. Courage found its abode in his heart who worshiped Mars. Not a single one of that


great people's gods was deprived of energy; all of them infused into the spirit of him who venerated them the fire with which they were themselves ablaze; and each Roman hoped someday to be himself worshiped, each aspired to become as great at least as the deity he took for a model. But what, on the contrary, do we find in Christianity's futile gods? What, I want to know, what does this idiot's religion offer you? 8 Does the grubby Nazarene fraud inspire any great thoughts in you? His foul, nay repellent mother, the shameless Mary— does she excite any virtues? And do you discover in the saints who garnish the Christian Elysium, any example of greatness, of either heroism or virtue? So alien to lofty conceptions is this miserable belief, that no artist can employ its attributes in the monuments he raises; even in Rome itself, most of the embellishments of the papal palaces have their origins in paganism, and as long as this world shall continue, paganism alone will arouse the verve of great men.

Shall we find more motifs of grandeur in pure theism? Will acceptance of a chimera infuse into men's minds the high degree of energy essential to republican virtues, and move men to cherish and practice them? Let us imagine nothing of the kind; we have bid farewell to that phantom and, at the present time, atheism is the one doctrine of all those prone to reason. As we gradually proceeded to our enlightenment, we came more and more to feel that, motion being inherent in matter, the prime mover existed only as an illusion, and that all that exists essentially having to be in motion, the motor was useless; we sensed that this chimerical divinity, prudently invented by the earliest legislators, was, in their hands, simply one more means to enthrall us, and that, reserving unto themselves the right to make the phantom speak, they knew very well how to get him to say nothing but what would shore up the preposterous laws whereby they declared they served us. Lycurgus, Numa, Moses, Jesus Christ, Mohammed, all these great rogues, all these great thought-tyrants, knew how to associate the divinities they fabricated with their own boundless ambition; and, certain of captivating the people with the sanction of those gods, they were always studious, as everyone knows, either to consult them exclusively about, or to make them exclusively respond to, what they thought likely to serve their own interests.

Therefore, today let us equally despise both that empty god impostors have celebrated, and all the farce of religious subtleties surrounding a ridiculous belief: it is no longer with this bauble that free men are to be amused. Let the total extermination of cults and denominations therefore enter into the principles we broadcast throughout all Europe. Let us not be content with breaking scepters; we will pulverize the idols forever: there is never more than a single step from superstition to royalism. 9 Does anyone doubt it? Then let him understand once and for all, that in every age one of the primary concerns of kings has been to maintain the dominant religion as one of the political bases that best sustains the throne. But, since it is shattered, that throne, and since it is, happily, shattered for all time, let us have not the slightest qualm about also demolishing the thing that supplied its plinth.

Yes, citizens, religion is incompatible with the libertarian system; you have sensed as much. Never will a free man stoop to Christianity's gods; never will its dogmas, its rites, its mysteries, or its morals suit a republican. One more effort; since you labor to destroy all the old foundations, do not permit one of them to survive, for let but one endure, 'tis enough, the rest will be restored. And how much more certain of their revival must we not be if the one you tolerate is positively the source and cradle of all the others! Let us give over thinking religion can be useful to man; once good laws are decreed unto us, we will be able to dispense with religion. But, they assure us, the people stand in need of one; it amuses them, they are soothed by it. Fine! Then, if that be the case, give us a religion proper to free men; give us the


gods of paganism. We shall willingly worship Jupiter, Hercules, Pallas; but we have no use for a dimensionless god who nevertheless fills everything with his immensity, an omnipotent god who never achieves what he wills, a supremely good being who creates malcontents only, a friend of order in whose government everything is in turmoil. No, we want no more of a god who is at loggerheads with Nature, who is the father of confusion, who moves man at the moment man abandons himself to horrors; such a god makes us quiver with indignation, and we consign him forever to the oblivion whence the infamous Robespierre wished to call him forth. 10

Frenchmen, in the stead of that unworthy phantom, we will substitute the imposing simulacra that rendered Rome mistress of the earth; let us treat every Christian image as we have the tokens of monarchy. There where once tyrants sat we have mounted emblems of liberty; in like manner we will place effigies of great men on the pedestals once occupied by statues of the knaves Christianity adored. 11 Let us cease to entertain doubts as to the effect of atheism in the country: have not the peasants felt the necessity of the annihilation of the Catholic cult, so contradictory to the true principles of freedom? Have they not watched undaunted, and without sorrow or pain, their altars and presbyteries battered to bits? Ah! rest assured, they will renounce their ridiculous god in the same way. The statues of Mars, of Minerva, and of Liberty will be set up in the most conspicuous places in the villages; holidays will be celebrated there every year; the prize will be decreed to the worthiest citizen. At the entrance to a secluded wood, Venus, Hymen, and Love, erected beneath a rustic temple, will receive lovers' homages; there, by the hand of the Graces, Beauty will crown Constancy. More than mere loving will be required in order to pose one's candidacy for the tiara; it will be necessary to have merited love. Heroism, capabilities, humaneness, largeness of spirit, a proven civism— those are the credentials the lover shall be obliged to present at his mistress' feet, and they will be of far greater value than the titles of birth and wealth a fool's pride used to require. Some virtues at least will be born of this worship, whereas nothing but crimes come of that other we had the weakness to profess. This worship will ally itself to the liberty we serve; it will animate, nourish, inflame liberty, whereas theism is in its essence and in its nature the most deadly enemy of the liberty we adore.

Was a drop of blood spilled when the pagan idols were destroyed under the Eastern Empire? The revolution, prepared by the stupidity of a people become slaves again, was accomplished without the slightest hindrance or outcry. Why do we dread the work of philosophy as more painful than that of despotism? It is only the priests who still hold the people, whom you hesitate to enlighten, captive at the feet of their imaginary god: take the priests from the people, and the veil will fall away naturally. Be persuaded that these people, a good deal wiser than you suppose them, once rid of tyranny's irons, will soon also be rid of superstition's. You are afraid of the people unrestrained— how ridiculous! Ah, believe me, citizens, the man not to be checked by the material sword of justice will hardly be halted by the moral fear of hell's torments, at which he has laughed since childhood; in a word, many crimes have been committed as a consequence of your theism, but never has it prevented a single one.

If it is true that passions blind, that their effect is to cloud our eyes to dangers that surround us, how may we suppose that those dangers which are remote, such as the punishments announced by your god, can successfully dispel the cloud not even the blade of the law itself, constantly suspended above the passions, is able to penetrate? If then it is patently clear that this supplementary check imposed by the idea of a god becomes useless, if it is demonstrated that by its other effects it is dangerous, then I wish to know, to what use


can it be put, and from what motives should we lend our support in order to prolong its existence?

Is someone about to tell me that we are not yet mature enough to consolidate our revolution in so brilliant a manner? Ah, my fellow citizens, the road we took in '89 has been much more difficult than the one still ahead of us, and we have little yet to do to conquer the opinion we have been harrying since the time of the overwhelming of the Bastille. Let us firmly believe that a people wise enough and brave enough to drag an impudent monarch from the heights of grandeur to the foot of the scaffold, a people that, in these last few years, has been able to vanquish so many prejudices and sweep away so many ridiculous impediments, will be sufficiently wise and brave to terminate the affair and in the interests of the republic's well-being, abolish a mere phantom after having successfully beheaded a real king.

Frenchmen, only strike the initial blows; your State education will then see to the rest. Get promptly to the task of training the youth, it must be amongst your most important concerns; above all, build their education upon a sound ethical basis, the ethical basis that was so neglected in your religious education. Rather than fatigue your children's young organs with deific stupidities, replace them with excellent social principles; instead of teaching them futile prayers which, by the time they are sixteen, they will glory in having forgotten, let them be instructed in their duties toward society; train them to cherish the virtues you scarcely ever mentioned in former times and which, without your religious fables, are sufficient for their individual happiness; make them sense that this happiness consists in rendering others as fortunate as we desire to be ourselves. If you repose these truths upon Christian chimeras, as you so foolishly used to do, scarcely will your pupils have detected the absurd futility of its foundations than they will overthrow the entire edifice, and they will become bandits for the simple reason they believe the religion they have toppled forbids them to be bandits. On the other hand, if you make them sense the necessity of virtue, uniquely because their happiness depends upon it, egoism will turn them into honest people, and this law which dictates their behavior to men will always be the surest, the soundest of all. Let there then be the most scrupulous care taken to avoid mixing religious fantasies into this State education. Never lose sight of the fact it is free men we wish to form, not the wretched worshipers of a god. Let a simple philosopher introduce these new pupils to the inscrutable but wonderful sublimities of Nature; let him prove to them that awareness of a god, often highly dangerous to men, never contributed to their happiness, and that they will not be happier for acknowledging as a cause of what they do not understand, something they well understand even less; that it is far less essential to inquire into the workings of Nature than to enjoy her and obey her laws; that these laws are as wise as they are simple; that they are written in the hearts of all men; and that it is but necessary to interrogate that heart to discern its impulse. If they wish absolutely that you speak to them of a creator, answer that things always having been what now they are, never having had a beginning and never going to have an end, it thus becomes as useless as impossible for man to be able to trace things back to an imaginary origin which would explain nothing and do not a jot of good. Tell them that men are incapable of obtaining true notions of a being who does not make his influence felt on one of our senses.

All our ideas are representations of objects that strike us: what is to represent to us the idea of a god, who is plainly an idea without object? Is not such an idea, you will add when talking to them, quite as impossible as effects without causes? Is an idea without prototype anything other than an hallucination? Some scholars, you will continue, assure us that the idea of a god is innate, and that mortals already have this idea when in their mothers' bellies.


But, you will remark, that is false; every principle is a judgment, every judgment the outcome of experience, and experience is only acquired by the exercise of the senses; whence it follows that religious principles bear upon nothing whatever and are not in the slightest innate. How, you will go on, how have they been able to convince rational beings that the thing most difficult to understand is the most vital to them? It is that mankind has been terrorized; it is that when one is afraid one ceases to reason; it is, above all, that we have been advised to mistrust reason and defy it; and that, when the brain is disturbed, one believes anything and examines nothing. Ignorance and fear, you will repeat to them, ignorance and fear— those are the twin bases of every religion.

Man's uncertainty with respect to his god is, precisely, the cause for his attachment to his religion. Man's fear in dark places is as much physical as moral; fear becomes habitual in him, and is changed into need: he would believe he were lacking something even were he to have nothing more to hope for or dread. Next, return to the utilitarian value of morals: apropos of this vast subject, give them many more examples than lessons, many more demonstrations than books, and you will make good citizens of them: you will turn them into fine warriors, fine fathers, fine husbands: you will fashion men that much more devoted to their country's liberty, whose minds will be forever immune to servility, forever hostile to servitude, whose genius will never be troubled by any religious terror. And then true patriotism will shine in every spirit, and will reign there in all its force and purity, because it will become the sovereign sentiment there, and no alien notion will dilute or cool its energy; then your second generation will be sure, reliable, and your own work, consolidated by it, will go on to become the law of the universe. But if, through fear or faintheartedness, these counsels are ignored, if the foundations of the edifice we thought we destroyed are left intact, what then will happen? They will rebuild upon these foundations, and will set thereupon the same colossi, with this difference, and it will be a cruel one: the new structures will be cemented with such strength that neither your generation nor ensuing ones will avail against them.

Let there be no doubt of it: religions are the cradles of despotism: the foremost amongst all the despots was a priest: the first king and the first emperor of Rome, Numa and Augustus, associated themselves, the one and the other, with the sacerdotal; Constantine and Clovis were rather abbots than sovereigns; Heliogabalus was priest of the sun. At all times, in every century, every age, there has been such a connection between despotism and religion that it is infinitely apparent and demonstrated a thousand times over, that in destroying one, the other must be undermined, for the simple reason that the first will always put the law into the service of the second. I do not, however, propose either massacres or expulsions. Such dreadful things have no place in the enlightened mind. No, do not assassinate at all, do not expel at all; these are royal atrocities, or the brigands' who imitate kings; it is not at all by acting as they that you will force men to look with horror upon them who practiced those crimes. Let us reserve the employment of force for the idols; ridicule alone will suffice for those who serve them: Julian's sarcasm wrought greater damage to Christianity than all Nero's tortures. Yes, we shall destroy for all time any notion of a god, and make soldiers of his priests; a few of them are already; let them keep to this trade, soldiering, so worthy of a republican; but let them give us no more of their chimerical being nor of his nonsense-filled religion, the single object of our scorn.

Let us condemn the first of those blessed charlatans who comes to us to say a few more words either of god or of religion, let us condemn him to be jeered at, ridiculed, covered with filth in all the public squares and marketplaces in France's largest cities: imprisonment for


life will be the reward of whosoever falls a second time into the same error. Let the most insulting blasphemy, the most atheistic works next be fully and openly authorized, in order to complete the extirpation from the human heart and memory of those appalling pastimes of our childhood; let there be put in circulation the writings most capable of finally illuminating the Europeans upon a matter so important, and let a considerable prize, to be bestowed by the Nation, be awarded to him who, having said and demonstrated everything upon this score, will leave to his countrymen no more than a scythe to mow the land clean of all those phantoms, and a steady heart to hate them. In six months, the whole will be done; your infamous god will be as naught, and all that without ceasing to be just, jealous of the esteem of others without ceasing to be honest men; for it will have been sensed that the real friend of his country must in no way be led about by chimeras, as is the slave of kings; that it is not, in a word, either the frivolous hope of a better world nor fear of the greatest ills Nature sends us that must lead a republican, whose only guide is virtue and whose one restraint is conscience.

MANNERS

After having made it clear that theism is in no wise suitable to a republican government, it seems to me necessary to prove that French manners are equally unsuitable to it. This article is the more crucial, for the laws to be promulgated will issue from manners, and will mirror them.

Frenchmen, you are too intelligent to fail to sense that new government will require new manners. That the citizens of a free State conduct themselves like a despotic king's slaves is unthinkable: the differences of their interests, of their duties, of their relations amongst one another essentially determine an entirely different manner of behaving in the world; a crowd of minor faults and of little social indelicacies, thought of as very fundamental indeed under the rule of kings whose expectations rose in keeping with the need they felt to impose curbs in order to appear respectable and unapproachable to their subjects, are due to become as nothing with us; other crimes with which we are acquainted under the names of regicide and sacrilege, in a system where kings and religion will be unknown, in the same way must be annihilated in a republican State. In according freedom of conscience and of the press, consider, citizens— for it is practically the same thing— whether freedom of action must not be granted too: excepting direct clashes with the underlying principles of government, there remain to you it is impossible to say how many fewer crimes to punish, because in fact there are very few criminal actions in a society whose foundations are liberty and equality. Matters well weighed and things closely inspected, only that is really criminal which rejects the law; for Nature, equally dictating vices and virtues to us, in reason of our constitution, yet more philosophically, in reason of the need Nature has of the one and the other, what she inspires in us would become a very reliable gauge by which to adjust exactly what is good and bad. But, the better to develop my thoughts upon so important a question, we will classify the different acts in man's life that until the present it has pleased us to call criminal, and we will next square them to the true obligations of a republican.

In every age, the duties of man have been considered under the following three categories:

1. Those his conscience and his credulity impose upon him, with what regards a supreme being;

2. Those he is obliged to fulfill toward his brethren;


3. Finally, those that relate only to himself.


The certainty in which we must be that no god meddles in our affairs and that, as necessary creatures of Nature, like plants and animals, we are here because it would be impossible for us not to be—, this unshakable certainty, it is clear enough, at one stroke erases the first group of duties, those, I wish to say, toward the divinity to which we erroneously believe ourselves beholden; and with them vanish all religious crimes, all those comprehended under the indefinite names of impiety, sacrilege, blasphemy, atheism, etc., all those, in brief, which Athens so unjustly punished in Alcibiades, and France in the unfortunate Labarre. If there is anything extravagant in this world it is to see men, in whom only shallowness of mind and poverty of ideas give rise to a notion of god and to what this god expects of them, nevertheless wish to determine what pleases and what angers their imagination's ridiculous phantom. It would hence not be merely to tolerate indifferently each of the cults that I should like to see us limit ourselves; I should like there to be perfect freedom to deride them all; I should like men, gathered in no matter what temple to invoke the eternal who wears their image, to be seen as so many comics in a theater, at whose antics everyone may go to laugh. Regarded in any other light, religions become serious, and then important once again; they will soon stir up and patronize opinions, and no sooner will people fall to disputing over religions than some will be beaten into favoring religions. 12 Equality once wrecked by the preference or protection tendered one of them, the government will soon disappear, and out of the reconstituted theocracy the aristocracy will be reborn in a trice. I cannot repeat it to you too often: no more gods, Frenchmen, no more gods, lest under their fatal influence you wish to be plunged back into all the horrors of despotism; but it is only by jeering that you will destroy them; all the dangers they bring in their wake will instantly be revived en masse if you pamper or ascribe any consequence to them. Carried away by anger, you overthrow their idols? Not for a minute; have a bit of sport with them, and they will crumble to bits; once withered, the opinion will collapse of its own accord.

I trust I have said enough to make plain that no laws ought to be decreed against religious crimes, for that which offends an illusion offends nothing, and it would be the height of inconsistency to punish those who outrage or who despise a creed or a cult whose priority to all others is established by no evidence whatsoever. No, that would necessarily be to exhibit a partiality and, consequently, to influence the scales of equality, that foremost law of your new government.

We move on to the second class of man's duties, those which bind him to his fellows; this is of all the classes the most extensive.

Excessively vague upon man's relations with his brothers, Christian morals propose bases so filled with sophistries that we are completely unable to accept them, since, if one is pleased to erect principles, one ought scrupulously to guard against founding them upon sophistries. This absurd morality tells us to love our neighbor as ourselves. Assuredly, nothing would be more sublime were it ever possible for what is false to be beautiful. The point is not at all to love one's brethren as oneself, since that is in defiance of all the laws of Nature, and since hers is the sole voice which must direct all the actions in our life; it is only a question of loving others as brothers, as friends given us by Nature, and with whom we should be able to live much better in a republican State, wherein the disappearance of distances must necessarily tighten the bonds.

May humanity, fraternity, benevolence prescribe our reciprocal obligations, and let us


individually fulfill them with the simple degree of energy Nature has given us to this end; let us do so without blaming, and above all without punishing, those who, of chillier temper or more acrimonious humor, do not notice in these yet very touching social ties all the sweetness and gentleness others discover therein; for, it will be agreed, to seek to impose universal laws would be a palpable absurdity: such a proceeding would be as ridiculous as that of the general who would have all his soldiers dressed in a uniform of the same size; it is a terrible injustice to require that men of unlike character all be ruled by the same law: what is good for one is not at all good for another.

That we cannot devise as many laws as there are men must be admitted; but the laws can be lenient, and so few in number, that all men, of whatever character, can easily observe them. Furthermore, I would demand that this small number of laws be of such a sort as to be adaptable to all the various characters; they who formulate the code should follow the principle of applying more or less, according to the person in question. It has been pointed out that there are certain virtues whose practice is impossible for certain men, just as there are certain remedies which do not agree with certain constitutions. Now, would it not be to carry your injustice beyond all limits were you to send the law to strike the man incapable of bowing to the law? Would your iniquity be any less here than in a case where you sought to force the blind to distinguish amongst colors?

From these first principles there follows, one feels, the necessity to make flexible, mild laws and especially to get rid forever of the atrocity of capital punishment, because the law which attempts a man's life is impractical, unjust, inadmissible. Not, and it will be clarified in the sequel, that we lack an infinite number of cases where, without offense to Nature (and this I shall demonstrate), men have freely taken one another's lives, simply exercising a prerogative received from their common mother; but it is impossible for the law to obtain the same privileges, since the law, cold and impersonal, is a total stranger to the passions which are able to justify in man the cruel act of murder. Man receives his impressions from Nature, who is able to forgive him this act; the law, on the contrary, always opposed as it is to Nature and receiving nothing from her, cannot be authorized to permit itself the same extravagances: not having the same motives, the law cannot have the same rights. Those are wise and delicate distinctions which escape many people, because very few of them reflect; but they will be grasped and retained by the instructed to whom I recommend them, and will, I hope, exert some influence upon the new code being readied for us.

The second reason why the death penalty must be done away with is that it has never repressed crime; for crime is every day committed at the foot of the scaffold. This punishment is to be got rid of, in a word, because it would be difficult to conceive of a poorer calculation than this, by which a man is put to death for having killed another: under the present arrangement the obvious result is not one man the less but, of a sudden, two; such arithmetic is in use only amongst headsmen and fools. However all that may be, the injuries we can work against our brothers may be reduced to four types: calumny; theft; the crimes which, caused by impurity, may in a disagreeable sense affect others; and murder.

All these were acts considered of the highest importance under the monarchy; but are they quite so serious in a republican State? That is what we are going to analyze with the aid of philosophy's torch, for by its light alone may such an inquiry be undertaken. Let no one tax me with being a dangerous innovator; let no one say that by my writings I seek to blunt the remorse in evildoers' hearts, that my humane ethics are wicked because they augment those same evildoers' penchant for crime. I wish formally to certify here and now, that I have none of these perverse intentions; I set forth the ideas which, since the age when I first began to


reason, have identified themselves in me, and to whose expression and realization the infamous despotism of tyrants has been opposed for uncounted centuries. So much the worse for those susceptible to corruption by any idea; so much the worse for them who fasten upon naught but the harmful in philosophic opinions, who are likely to be corrupted by everything. Who knows? They may have been poisoned by reading Seneca and Charron. It is not to them I speak; I address myself only to people capable of hearing me out, and they will read me without any danger.

It is with utmost candor I confess that I have never considered calumny an evil, and especially in a government like our own, under which all of us, bound closer together, nearer one to the other, obviously have a greater interest in becoming acquainted with one another. Either one or the other: calumny attaches to a truly evil man, or it falls upon a virtuous creature. It will be agreed that, in the first case, it makes little difference if one imputes a little more evil to a man known for having done a great deal of it; perhaps indeed the evil which does not exist will bring to light evil which does, and there you have him, the malefactor, more fully exposed than ever before.

We will suppose now that an unwholesome influence reigns over Hanover, but that in repairing to that city where the air is insalubrious, I risk little worse than a bout of fever; may I reproach the man who, to prevent me from going to Hanover, tells me that one perishes upon arriving there? No, surely not; for, by using a great evil to frighten me, he spared me a lesser one.

If, on the contrary, a virtuous man is calumniated, let him not be alarmed; he need but exhibit himself, and all the calumniator's venom will soon be turned back upon the latter. For such a person, calumny is merely a test of purity whence his virtue emerges more resplendent than ever. As a matter of fact, his individual ordeal may profit the cause of virtue in the republic, and add to its sum; for this virtuous and sensitive man, stung by the injustice done him, will apply himself to the cultivation of still greater virtue; he will want to overcome this calumny from which he thought himself sheltered, and his splendid actions will acquire a correspondingly greater degree of energy. Thus, in the first instance, the calumniator produces quite favorable results by inflating the vices of the dangerous object of his attacks; in the second, the results achieved are excellent, for virtue is obliged to offer itself to us entire.

Well now, I am at a loss to know for what reason the calumniator deserves your fear, especially under a regime where it is essential to identify the wicked, and to augment the energy of the good. Let us hence very carefully avoid any declarations prejudicial to calumny; we will consider it both a lantern and a stimulant, and in either case something highly useful. The legislator, all of whose ideas must be as large as the work he undertakes is great, must never be concerned with the effect of that crime which strikes only the individual. It is the general, overall effect he must study; and when in this manner he observes the effects calumny produces, I defy him to find anything punishable in it. I defy him to find any shadow or hint of justice in the law that would punish it; our legislator becomes the man of greatest justice and integrity if, on the contrary, he encourages and rewards it.

Theft is the second of the moral offenses whose examination we proposed.

If we glance at the history of ancient times, we will see theft permitted, nay, recompensed in all the Greek republics; Sparta and Lacedaemon openly favored it; several other peoples regarded it as a virtue in a warrior; it is certain that stealing nourishes courage, strength, skill, tact, in a word, all the virtues useful to a republican system and consequently to our own. Lay partiality aside, and answer me: is theft, whose effect is to distribute wealth more evenly, to


be branded as a wrong in our day, under our government which aims at equality? Plainly, the answer is no: it furthers equality and, what is more, renders more difficult the conservation of property. There was once a people who punished not the thief but him who allowed himself to be robbed, in order to teach him to care for his property. This brings us to reflections of a broader scope.

God forbid that I should here wish to assail the pledge to respect property the Nation has just given; but will I be permitted some remarks upon the injustice of this pledge? What is the spirit of the vow taken by all a nation's individuals? Is it not to maintain a perfect equality amongst citizens, to subject them all equally to the law protecting the possessions of all? Well, I ask you now whether that law is truly just which orders the man who has nothing to respect another who has everything? What are the elements of the social contract? Does it not consist in one's yielding a little of his freedom and of his wealth in order to assure and sustain the preservation of each?

Upon those foundations all the laws repose; they justify the punishments inflicted upon him who abuses his liberty; in the same way, they authorize the imposition of conditions; these latter prevent a citizen from protesting when these things are demanded of him, because he knows that by means of what he gives, the rest of what he has is safeguarded for him; but, once again, by what right will he who has nothing be enchained by an agreement which protects only him who has everything? If, by your pledge, you perform an act of equity in protecting the property of the rich, do you not commit one of unfairness in requiring this pledge of the owner who owns nothing? What advantage does the latter derive from your pledge? and how can you expect him to swear to something exclusively beneficial to someone who, through his wealth, differs so greatly from him? Certainly, nothing is more unjust: an oath must have an equal effect upon all the individuals who pronounce it; that it bind him who has no interest in its maintenance is impossible, because it would no longer be a pact amongst free men; it would be the weapon of the strong against the weak, against whom the latter would have to be in incessant revolt. Well, such, exactly, is the situation created by the pledge to respect property the Nation has just required all the citizens to subscribe to under oath; by it only the rich enchain the poor, the rich alone benefit from a bargain into which the poor man enters so thoughtlessly, failing to see that through this oath wrung from his good faith, he engages himself to do a thing that cannot be done with respect to himself.

Thus convinced, as you must be, of this barbarous inequality, do not proceed to worsen your injustice by punishing the man who has nothing for having dared to filch something from the man who has everything: your inequitable pledge gives him a greater right to it than ever. In driving him to perjury by forcing him to make a promise which, for him, is absurd, you justify all the crimes to which this perjury will impel him; it is not for you to punish something for which you have been the cause. I have no need to say more to make you sense the terrible cruelty of chastising thieves. Imitate the wise law of the people I spoke of just a moment ago; punish the man neglectful enough to let himself be robbed; but proclaim no kind of penalty against robbery. Consider whether your pledge does not authorize the act, and whether he who commits it does any more than put himself in harmony with the most sacred of Nature's movements, that of preserving one's own existence at no matter whose expense.

The transgressions we are considering in this second class of man's duties toward his fellows include actions for whose undertaking libertinage may be the cause; among those which are pointed to as particularly incompatible with approved behavior are prostitution, incest, rape, and sodomy. We surely must not for one moment doubt that all those known as moral crimes, that is to say, all acts of the sort to which those we have just cited belong, are of


total inconsequence under a government whose sole duty consists in preserving, by whatever may be the means, the form essential to its continuance: there you have a republican government's unique morality. Well, the republic being permanently menaced from the outside by the despots surrounding it, the means to its preservation cannot be imagined as moral means, for the republic will preserve itself only by war, and nothing is less moral than war. I ask how one will be able to demonstrate that in a state rendered immoral by its obligations, it is essential that the individual be moral? I will go further: it is a very good thing he is not. The Greek lawgivers perfectly appreciated the capital necessity of corrupting the member-citizens in order that, their moral dissolution coming into conflict with the establishment and its values, there would result the insurrection that is always indispensable to a political system of perfect happiness which, like republican government, must necessarily excite the hatred and envy of all its foreign neighbors. Insurrection, thought these sage legislators, is not at all a moral condition; however, it has got to be a republic's permanent condition. Hence it would be no less absurd than dangerous to require that those who are to insure the perpetual immoral subversion of the established order themselves be moral beings: for the state of a moral man is one of tranquillity and peace, the state of an immoral man is one of perpetual unrest that pushes him to, and identifies him with, the necessary insurrection in which the republican must always keep the government of which he is a member.

We may now enter into detail and begin by analyzing modesty, that fainthearted negative impulse of contradiction to impure affections. Were it among Nature's intentions that man be modest, assuredly she would not have caused him to be born naked; unnumbered peoples, less degraded by civilization than we, go about naked and feel no shame on that account; there can be no doubt that the custom of dressing has had its single origin in harshness of climate and the coquetry of women who would rather provoke desire and secure to themselves its effects than have it caused and satisfied independently of themselves. They further reckoned that Nature having created them not without blemishes, they would be far better assured of all the means needed to please by concealing these flaws behind adornments; thus modesty, far from being a virtue, was merely one of corruption's earliest consequences, one of the first devices of female guile.

Lycurgus and Solon, fully convinced that immodesty's results are to keep the citizen in the immoral state indispensable to the mechanics of republican government, obliged girls to exhibit themselves naked at the theater. 13 Rome imitated the example: at the games of Flora they danced naked; the greater part of pagan mysteries were celebrated thus; among some peoples, nudity even passed for a virtue. In any event, immodesty is born of lewd inclinations; what comes of these inclinations comprises the alleged criminality we are discussing, of which prostitution is the foremost effect.

Now that we have got back upon our feet and broken with the host of prejudices that held us captive; now that, brought closer to Nature by the quantity of prejudices we have recently obliterated, we listen only to Nature's voice, we are fully convinced that if anything were criminal, it would be to resist the penchants she inspires in us, rather than to come to grips with them. We are persuaded that lust, being a product of those penchants, is not to be stifled or legislated against, but that it is, rather, a matter of arranging for the means whereby passion may be satisfied in peace. We must hence undertake to introduce order into this sphere of affairs, and to establish all the security necessary so that, when need sends the citizen near the objects of lust, he can give himself over to doing with them all that his passions demand, without ever being hampered by anything, for there is no moment in the


life of man when liberty in its whole amplitude is so important to him. Various stations, cheerful, sanitary, spacious, properly furnished and in every respect safe, will be erected in divers points in each city; in them, all sexes, all ages, all creatures possible will be offered to the caprices of the libertines who shall come to divert themselves, and the most absolute subordination will be the rule of the individuals participating; the slightest refusal or recalcitrance will be instantly and arbitrarily punished by the injured party. I must explain this last more fully, and weigh it against republican manners; I promised I would employ the same logic from beginning to end, and I shall keep my word.

Although, as I told you just a moment ago, no passion has a greater need of the widest horizon of liberty than has this, none, doubtless, is as despotic; here it is that man likes to command, to be obeyed, to surround himself with slaves compelled to satisfy him; well, whenever you withhold from man the secret means whereby he exhales the dose of despotism Nature instilled in the depths of his heart, he will seek other outlets for it, it will be vented upon nearby objects; it will trouble the government. If you would avoid that danger, permit a free flight and rein to those tyrannical desires which, despite himself, torment man ceaselessly: content with having been able to exercise his small dominion in the middle of the harem of sultanas and youths whose submission your good offices and his money procure for him, he will go away appeased and with nothing but fond feelings for a government which so obligingly affords him every means of satisfying his concupiscence; proceed, on the other hand, after a different fashion, between the citizen and those objects of public lust raise the ridiculous obstacles in olden times invented by ministerial tyranny and by the lubricity of our Sardanapaluses 14 — , do that, and the citizen, soon embittered against your regime, soon jealous of the despotism he sees you exercise all by yourself, will shake off the yoke you lay upon him, and, weary of your manner of ruling, will, as he has just done, substitute another for it.

But observe how the Greek legislators, thoroughly imbued with these ideas, treated debauchery at Lacedaemon, at Athens: rather than prohibiting, they sotted the citizen on it; no species of lechery was forbidden him; and Socrates, whom the oracle described as the wisest philosopher of the land, passing indifferently from Aspasia's arms into those of Alcibiades, was not on that account less the glory of Greece. I am going to advance somewhat further, and however contrary are my ideas to our present customs, as my object is to prove that we must make all haste to alter those customs if we wish to preserve the government we have adopted, I am going to try to convince you that the prostitution of women who bear the name of honest is no more dangerous than the prostitution of men, and that not only must we associate women with the lecheries practiced in the houses I have set up, but we must even build some for them, where their whims and the requirements of their temper, ardent like ours but in a quite different way, may too find satisfaction with every sex.

First of all, what right have you to assert that women ought to be exempted from the blind submission to men's caprices Nature dictates? and, secondly, by what other right do you defend their subjugation to a continence impossible to their physical structure and of perfect uselessness to their honor?

I will treat each of these questions separately.

It is certain, in a state of Nature, that women are born vulguivaguous, that is to say, are born enjoying the advantages of other female animals and belonging, like them and without exception, to all males; such were, without any doubt, both the primary laws of Nature and the only institutions of those earliest societies into which men gathered. Self-interest, egoism, and love degraded these primitive attitudes, at once so simple and so natural; one


thought oneself enriched by taking a woman to wife, and with her the goods of her family: there we find satisfied the first two feelings I have just indicated; still more often, this woman was taken by force, and thereby one became attached to her— there we find the other of the motives in action, and in every case, injustice.

Never may an act of possession be exercised upon a free being; the exclusive possession of a woman is no less unjust than the possession of slaves; all men are born free, all have equal rights: never should we lose sight of those principles; according to which never may there be granted to one sex the legitimate right to lay monopolizing hands upon the other, and never may one of these sexes, or classes, arbitrarily possess the other. Similarly, a woman existing in the purity of Nature's laws cannot allege, as justification for refusing herself to someone who desires her, the love she bears another, because such a response is based upon exclusion, and no man may be excluded from the having of a woman as of the moment it is clear she definitely belongs to all men. The act of possession can only be exercised upon a chattel or an animal, never upon an individual who resembles us, and all the ties which can bind a woman to a man are quite as unjust as illusory.

If then it becomes incontestable that we have received from Nature the right indiscriminately to express our wishes to all women, it likewise becomes incontestable that we have the right to compel their submission, not exclusively, for I should then be contradicting myself, but temporarily. 15 It cannot be denied that we have the right to decree laws that compel woman to yield to the flames of him who would have her; violence itself being one of that right's effects, we can employ it lawfully. Indeed! has Nature not proven that we have that right, by bestowing upon us the strength needed to bend women to our will?

It is in vain women seek to bring to their defense either modesty or their attachment to other men; these illusory grounds are worthless; earlier, we saw how contemptible and factitious is the sentiment of modesty. Love, which may be termed the soul's madness, is no more a title by which their constancy may be justified: love, satisfying two persons only, the beloved and the loving, cannot serve the happiness of others, and it is for the sake of the happiness of everyone, and not for an egotistical and privileged happiness, that women have been given to us. All men therefore have an equal right of enjoyment of all women; therefore, there is no man who, in keeping with natural law, may lay claim to a unique and personal right over a woman. The law which will oblige them to prostitute themselves, as often and in any manner we wish, in the houses of debauchery we referred to a moment ago, and which will coerce them if they balk, punish them if they shirk or dawdle, is thus one of the most equitable of laws, against which there can be no sane or rightful complaint.

A man who would like to enjoy whatever woman or girl will henceforth be able, if the laws you promulgate are just, to have her summoned at once to duty at one of the houses; and there, under the supervision of the matrons of that temple of Venus, she will be surrendered to him, to satisfy, humbly and with submission, all the fancies in which he will be pleased to indulge with her, however strange or irregular they may be, since there is no extravagance which is not in Nature, none which she does not acknowledge as her own. There remains but to fix the woman's age; now, I maintain it cannot be fixed without restricting the freedom of a man who desires a girl of any given age.

He who has the right to eat the fruit of a tree may assuredly pluck it ripe or green, according to the inspiration of his taste. But, it will be objected, there is an age when the man's proceedings would be decidedly harmful to the girl's well-being. This consideration is utterly without value; once you concede me the proprietary right of enjoyment, that right is


independent of the effects enjoyment produces; from this moment on, it becomes one, whether this enjoyment be beneficial or damaging to the object which must submit itself to me. Have I not already proven that it is legitimate to force the woman's will in this connection? and that immediately she excites the desire to enjoy she has got to expose herself to this enjoyment, putting all egotistical sentiments quite aside? The issue of her well-being, I repeat, is irrelevant. As soon as concern for this consideration threatens to detract from or enfeeble the enjoyment of him who desires her, and who has the right to appropriate her, this consideration for age ceases to exist; for what the object may experience, condemned by Nature and by the law to slake momentarily the other's thirst, is nothing to the point; in this study, we are only interested in what agrees with him who desires. But we will redress the balance.

Yes, we will redress it; doubtless we ought to. These women we have just so cruelly enslaved— there is no denying we must recompense them, and I come now to the second question I proposed to answer.

If we admit, as we have just done, that all women ought to be subjugated to our desires, we may certainly allow then ample satisfaction of theirs. Our laws must be favorable to their fiery temperament. It is absurd to locate both their honor and their virtue in the antinatural strength they employ to resist the penchants with which they have been far more profusely endowed than we; this injustice of manners is rendered more flagrant still since we contrive at once to weaken them by seduction, and then to punish them for yielding to all the efforts we have made to provoke their fall. All the absurdity of our manners, it seems to me, is graven in this shocking paradox, and this brief outline alone ought to awaken us to the urgency of exchanging them for manners more pure.

I say then that women, having been endowed with considerably more violent penchants for carnal pleasure than we, will be able to give themselves over to it wholeheartedly, absolutely free of all encumbering hymeneal ties, of all false notions of modesty, absolutely restored to a state of Nature; I want laws permitting them to give themselves to as many men as they see fit; I would have them accorded the enjoyment of all sexes and, as in the case of men, the enjoyment of all parts of the body; and under the special clause prescribing their surrender to all who desire them, there must be subjoined another guaranteeing them a similar freedom to enjoy all they deem worthy to satisfy them.

What, I demand to know, what dangers are there in this license? Children who will lack fathers? Ha! what can that matter in a republic where every individual must have no other dam than the nation, where everyone born is the motherland's child. And how much more they will cherish her, they who, never having known any but her, will comprehend from birth that it is from her alone all must be expected. Do not suppose you are fashioning good republicans so long as children, who ought to belong solely to the republic, remain immured in their families. By extending to the family, to a restricted number of persons, the portion of affection they ought to distribute amongst their brothers, they inevitably adopt those persons' sometimes very harmful prejudices; such children's opinions, their thoughts are particularized, malformed, and the virtues of a Man of the State become completely inaccessible to them. Finally abandoning their heart altogether to those by whom they have been given breath, they have no devotion left for what will cause them to mature, to understand, and to shine, as if these latter blessings were not more important than the former! If there is the greatest disadvantage in thus letting children imbibe interests from their family often in sharp disagreement with those of their country, there is then the most excellent argument for separating them from their family; and are they not naturally weaned


away by the means I suggest, since in absolutely destroying all marital bonds, there are no longer born, as fruits of the woman's pleasure, anything but children to whom knowledge of their father is absolutely forbidden, and with that the possibility of belonging to only one family, instead of being, as they must be, purely les enfants de lapatrie.

There will then be houses intended for women's libertinage and, like the men's, under the government's protection; in these establishments there will be furnished all the individuals of either sex women could desire, and the more constantly they frequent these places the higher they will be esteemed. There is nothing so barbarous or so ludicrous as to have identified their honor and their virtue with the resistance women show the desires Nature implants in them, and which continually inflame those who are hypocrite enough to pass censure on them. From the most tender age, 16 a girl released from her paternal fetters, no longer having anything to preserve for marriage (completely abolished by the wise laws I advocate), and superior to the prejudices which in former times imprisoned her sex, will therefore, in the houses created for the purpose, be able to indulge in everything to which her constitution prompts her; she will be received respectfully, copiously satisfied, and, returned once again into society, she will be able to tell of the pleasures she tasted quite as publicly as today she speaks of a ball or promenade. O charming sex, you will be free: as do men, you will enjoy all the pleasures of which Nature makes a duty, from not one will you be withheld. Must the diviner half of humankind be laden with irons by the other? Ah, break those irons; Nature wills it. For a bridle have nothing but your inclinations, for laws only your desires, for morality Nature's alone; languish no longer under brutal prejudices which wither your charms and hold captive the divine impulses of your hearts; 17 like us, you are free, the field of action whereon one contends for Venus' favors is as open to you as it is to us; have no fear of absurd reproaches; pedantry and superstition are things of the past; no longer will you be seen to blush at your charming delinquencies; crowned with myrtle and roses, the esteem we conceive for you will be henceforth in direct proportion to the scale you give your extravagances.

What has just been said ought doubtless to dispense us from examining adultery; nevertheless, let's cast a glance upon it, however nonexistent it be in the eyes of the laws I am establishing. To what point was it not ridiculous in our former institutions to consider adultery criminal! Were there anything absurd in the world, very surely it is the timelessness ascribed to conjugal relations; it appears to me it is but necessary to scrutinize, or sense the weight of, those bonds in order to cease to view as wicked the act which lightens them; Nature, as we remarked recently, having supplied women with a temper more ardent, with a sensibility more profound, than she awarded persons of the other sex, it is unquestionably for women that the marital contract proves more onerous.

Tender women, you ablaze with love's fire, compensate yourselves now, and do so boldly and unafraid; persuade yourselves that there can exist no evil in obedience to Nature's promptings, that it is not for one man she created you, but to please them all, without discrimination. Let no anxiety inhibit you. Imitate the Greek republicans; never did the philosophers whence they had their laws contrive to make adultery a crime for them, and nearly all authorized disorderliness among women. Thomas More proves in his Utopia that it becomes women to surrender themselves to debauchery, and that great man's ideas were not always pure dreams. 18

Amongst the Tartars, the more profligate a woman, the more she was honored; about her neck she publicly wore a certain jewelry attesting to her impudicity, and those who were not


at all decorated were not at all admired. In Peru, families cede their wives and daughters to the visiting traveler; they are rented at so much the day, like horses, or carriages! Volumes, finally, would not suffice to demonstrate that lewd behavior has never been held criminal amongst the illuminated peoples of the earth. Every philosopher knows full well it is solely to the Christian impostors we are indebted for having puffed it up into crime. The priests had excellent cause to forbid us lechery: this injunction, by reserving to them acquaintance with and absolution for these private sins, gave them an incredible ascendancy over women, and opened up to them a career of lubricity whose scope knew no limits. We know only too well how they took advantage of it and how they would again abuse their powers, were they not hopelessly discredited.

Is incest more dangerous? Hardly. It loosens family ties and the citizen has that much more love to lavish on his country; the primary laws of Nature dictate it to us, our feelings vouch for the fact; and nothing is so enjoyable as an object we have coveted over the years. The most primitive institutions smiled upon incest; it is found in society's origins: it was consecrated in every religion, every law encouraged it. If we traverse the world we will find incest everywhere established. The blacks of the Ivory Coast and Gabon prostitute their wives to their own children; in Judah, the eldest son must marry his father's wife; the people of Chile lie indifferently with their sisters, their daughters, and marry mother and daughter at the same time. I would venture, in a word, that incest ought to be every government's law— every government whose basis is fraternity. How is it that reasonable men were able to carry absurdity to the point of believing that the enjoyment of one's mother, sister, or daughter could ever be criminal? Is it not, I ask, an abominable view wherein it is made to appear a crime for a man to place higher value upon the enjoyment of an object to which natural feeling draws him close? One might just as well say that we are forbidden to love too much the individuals Nature enjoins us to love best, and that the more she gives us a hunger for some object, the more she orders us away from it. These are absurd paradoxes; only people bestialized by superstition can believe or uphold them. The community of women I am establishing necessarily leading to incest, there remains little more to say about a supposed misdemeanor whose inexistence is too plainly evident to warrant further pursuit of the matter, and we shall turn our attention to rape, which at first glance seems to be, of all libertinage's excesses, the one which is most dearly established as being wrong, by reason of the outrage it appears to cause. It is certain, however, that rape, an act so very rare and so very difficult to prove, wrongs one's neighbor less than theft, since the latter is destructive to property, the former merely damaging to it. Beyond that, what objections have you to the ravisher? What will you say, when he replies to you that, as a matter of fact, the injury he has committed is trifling indeed, since he has done no more than place a little sooner the object he has abused in the very state in which she would soon have been put by marriage and love.

But sodomy, that alleged crime which will draw the fire of heaven upon cities addicted to it, is sodomy not a monstrous deviation whose punishment could not be severe enough? Ah, sorrowful it is to have to reproach our ancestors for the judiciary murders in which, upon this head, they dared indulge themselves. We wonder that savagery could ever reach the point where you condemn to death an unhappy person all of whose crime amounts to not sharing your tastes. One shudders to think that scarce forty years ago the legislators' absurd thinking had not evolved beyond this point. Console yourselves, citizens; such absurdities are to cease: the intelligence of your lawmakers will answer for it. Thoroughly enlightened upon this weakness occurring in a few men, people deeply sense today that such error cannot be criminal, and that Nature, who places such slight importance upon the essence that flows in


our loins, can scarcely be vexed by our choice when we are pleased to vent it into this or that avenue.

What single crime can exist here? For no one will wish to maintain that all the parts of the body do not resemble each other, that there are some which are pure, and others defiled; but, as it is unthinkable such nonsense be advanced seriously, the only possible crime would consist in the waste of semen. Well, is it likely that this semen is so precious to Nature that its loss is necessarily criminal? Were that so, would she every day institute those losses? and is it not to authorize them to permit them in dreams, to permit them in the act of taking one's pleasure with a pregnant woman? Is it possible to imagine Nature having allowed us the possibility of committing a crime that would outrage her? Is it possible that she consent to the destruction by man of her own pleasures, and to his thereby becoming stronger than she? It is unheard of— into what an abyss of folly one is hurled when, in reasoning, one abandons the aid of reason's torch! Let us abide in our unshakable assurance that it is as easy to enjoy a woman in one manner as in another, that it makes absolutely no difference whether one enjoys a girl or a boy, and as soon as it is clearly understood that no inclinations or tastes can exist in us save the ones we have from Nature, that she is too wise and too consistent to have given us any which could ever offend her.

The penchant for sodomy is the result of physical formation, to which we contribute nothing and which we cannot alter. At the most tender age, some children reveal that penchant, and it is never corrected in them. Sometimes it is the fruit of satiety; but even in this case, is it less Nature's doing? Regardless of how it is viewed, it is her work, and, in every instance, what she inspires must be respected by men. If, were one to take an exact inventory, it should come out that this taste is infinitely more affecting than the other, that the pleasures resulting from it are far more lively, and that for this reason its exponents are a thousand times more numerous than its enemies, would it not then be possible to conclude that, far from affronting Nature, this vice serves her intentions, and that she is less delighted by our procreation than we so foolishly believe? Why, as we travel about the world, how many peoples do we not see holding women in contempt! Many are the men who strictly avoid employing them for anything but the having of the child necessary to replace them. The communal aspect of life in republics always renders this vice more frequent in that form of society; but it is not dangerous. Would the Greek legislators have introduced it into their republics had they thought it so? Quite the contrary; they deemed it necessary to a warlike race. Plutarch speaks with enthusiasm of the battalion of lovers: for many a year they alone defended Greece's freedom. The vice reigned amongst comrades-in-arms, and cemented their unity. The greatest of men lean toward sodomy. At the time it was discovered, the whole of America was found inhabited by people of this taste. In Louisiana, amongst the Illinois, Indians in feminine garb prostituted themselves as courtesans. The blacks of Benguela publicly keep men; nearly all the seraglios of Algiers are today exclusively filled with young boys. Not content to tolerate love for young boys, the Thebans made it mandatory; the philosopher of Chaeronea prescribed sodomy as the surest way to a youth's affection.

We know to what extent it prevailed in Rome, where they had public places in which young boys, costumed as girls, and girls as boys, prostituted themselves. In their letters, Martial, Catullus, Tibullus, Horace, and Virgil wrote to men as though to their mistresses; and we read in Plutarch 19 that women must in no way figure in men's love. The Amasians of Crete used to abduct boys, and their initiation was distinguished by the most singular ceremonies. When they were taken with love for one, they notified the parents upon what day the ravisher wished to carry him off; the youth put up some resistance if his lover failed to please him; in


the contrary case, they went off together, and the seducer restored him to his family as soon as he had made use of him; for in this passion as in that for women, one always has too much when one has had enough. Strabo informs us that on this very island, seraglios were peopled with boys only; they were prostituted openly.

Is one more authority required to prove how useful this vice is in a republic? Let us lend an ear to Jerome the Peripatetic: "The love of youths," says he, "spread throughout all of Greece, for it instilled in us strength and courage, and thus stood us in good stead when we drove the tyrants out; conspiracies were formed amongst lovers, and they were readier to endure torture than denounce their accomplices; such patriots sacrificed everything to the State's prosperity; it was beheld as a certain thing, that these attachments steadied the republic, women were declaimed against, and to entertain connections with such creatures was a frailty reserved to despots." Pederasty has always been the vice of warrior races. From Caesar we learn that the Gauls were to an extraordinary degree given to it. The wars fought to sustain the republic brought about the separation of the two sexes, and hence the propagation of the vice, and when its consequences, so useful to the State, were recognized, religion speedily blessed it. That the Romans sanctified the amours of Jupiter and Ganymede is well known. Sextus Empiricus assures us that this caprice was compulsory amongst the Persians. At last, the women, jealous and contemned, offered to render their husbands the same service they received from young boys; some few men made the experiment, and returned to their former habits, finding the illusion impossible. The Turks, greatly inclined toward this depravity Mohammed consecrated in the Koran, were nevertheless convinced that a very young virgin could well enough be substituted for a youth, and rarely did they grow to womanhood without having passed through the experience. Sextus Quintus and Sanchez allowed this debauch; the latter even undertook to show it was of use to procreation, and that a child created after this preliminary exercise was infinitely better constituted thanks to it. Finally, women found restitution by turning to each other. This latter fantasy doubtless has no more disadvantages than the other, since nothing comes of the refusal to reproduce, and since the means of those who have a bent for reproduction are powerful enough for reproduction's adversaries never to be able to harm population. Amongst the Greeks, this female perversion was also supported by policy: the result of it was that, finding each other sufficient, women sought less communication with men and their detrimental influence in the republic's affairs was thus held to a minimum. Lucian informs us of what progress this license promoted, and it is not without interest we see it exemplified in Sappho.

In fine, these are perfectly inoffensive manias; were women to carry them even further, were they to go to the point of caressing monsters and animals, as the example of every race teaches us, no ill could possibly result therefrom, because corruption of manners, often of prime utility to a government, cannot in any sense harm it, and we must demand enough wisdom and enough prudence of our legislators to be entirely sure that no law will emanate from them that would repress perversions which, being determined by constitution and being inseparable from physical structure, cannot render the person in whom they are present any more guilty than the person Nature created deformed.

In the second category of man's crimes against his brethren, there is left to us only murder to examine, and then we will move on to man's duties toward himself. Of all the offenses man may commit against his fellows, murder is without question the crudest, since it deprives man of the single asset he has received from Nature, and its loss is irreparable. Nevertheless, at this stage several questions arise, leaving aside the wrong murder does him who becomes its victim.


1. As regards the laws of Nature only, is this act really criminal?

2. Is it criminal with what regards the laws of politics?

3. Is it harmful to society?

4. What must be a republican government's attitude toward it?

5. Finally, must murder be repressed by murder?

Each of these questions will be treated separately; the subject is important enough to warrant thorough consideration; our ideas touching murder may surprise for their boldness. But what does that matter? Have we not acquired the right to say anything? The time has come for the ventilation of great verities; men today will not be content with less. The time has come for error to disappear; that blindfold must fall beside the heads of kings. From Nature's point of view, is murder a crime? That is the first question posed.

It is probable that we are going to humiliate man's pride by lowering him again to the rank of all of Nature's other creatures, but the philosopher does not flatter small human vanities; ever in burning pursuit of truth, he discerns it behind stupid notions of pride, lays it bare, elaborates upon it, and intrepidly shows it to the astonished world.

What is man? and what difference is there between him and other plants, between him and all the other animals of the world? None, obviously. Fortuitously placed, like them, upon this globe, he is born like them; like them, he reproduces, rises, and falls; like them he arrives at old age and sinks like them into nothingness at the close of the life span Nature assigns each species of animal, in accordance with its organic construction. Since the parallels are so exact that the inquiring eye of philosophy is absolutely unable to perceive any grounds for discrimination, there is then just as much evil in killing animals as men, or just as little, and whatever be the distinctions we make, they will be found to stem from our pride's prejudices, than which, unhappily, nothing is more absurd. Let us all the same press on to the question. You cannot deny it is one and the same, to destroy a man or a beast; but is not the destruction of all living animals decidedly an evil, as the Pythagoreans believed, and as they who dwell on the banks of Ganges yet believe? Before answering that, we remind the reader that we are examining the question only in terms of Nature and in relation to her; later on, we will envisage it with reference to men.

Now then, what value can Nature set upon individuals whose making costs her neither the least trouble nor the slightest concern? The worker values his work according to the labor it entails and the time spent creating it. Does man cost Nature anything? And, under the supposition that he does, does he cost her more than an ape or an elephant? I go further: what are the regenerative materials used by Nature? Of what are composed the beings which come into life? Do not the three elements of which they are formed result from the prior destruction of other bodies? If all individuals were possessed of eternal life, would it not become impossible for Nature to create any new ones? If Nature denies eternity to beings, it follows that their destruction is one of her laws. Now, once we observe that destruction is so useful to her that she absolutely cannot dispense with it, and that she cannot achieve her creations without drawing from the store of destruction which death prepares for her, from this moment onward the idea of annihilation which we attach to death ceases to be real; there is no more veritable annihilation; what we call the end of the living animal is no longer a true finis, but a simple transformation, a transmutation of matter, what every modern


philosopher acknowledges as one of Nature's fundamental laws. According to these irrefutable principles, death is hence no more than a change of form, an imperceptible passage from one existence into another, and that is what Pythagoras called metempsychosis.

These truths once admitted, I ask whether it can ever be proposed that destruction is a crime? Will you dare tell me, with the design of preserving your absurd illusions, that transmutation is destruction? No, surely not; for, to prove that, it would be necessary to demonstrate matter inert for an instant, for a moment in repose. Well, you will never detect any such moment. Little animals are formed immediately a large animal expires, and these little animals' lives are simply one of the necessary effects determined by the large animal's temporary sleep. Given this, will you dare suggest that one pleases Nature more than another? To support that contention, you would have to prove what cannot be proven: that elongated or square are more useful, more agreeable to Nature than oval or triangular shapes; you would have to prove that, with what regards Nature's sublime scheme, a sluggard who fattens in idleness is more useful than the horse, whose service is of such importance, or than a steer, whose body is so precious that there is no part of it which is not useful; you would have to say that the venomous serpent is more necessary than the faithful dog.

Now, as not one of these systems can be upheld, one must hence consent unreservedly to acknowledge our inability to annihilate Nature's works; in light of the certainty that the only thing we do when we give ourselves over to destroying is merely to effect an alteration in forms which does not extinguish life, it becomes beyond human powers to prove that there may exist anything criminal in the alleged destruction of a creature, of whatever age, sex, or species you may suppose it. Led still further in our series of inferences proceeding one from the other, we affirm that the act you commit in juggling the forms of Nature's different productions is of advantage to her, since thereby you supply her the primary material for her reconstructions, tasks which would be compromised were you to desist from destroying.

Well, let her do the destroying, they tell you; one ought to let her do it, of course, but they are Nature's impulses man follows when he indulges in homicide; it is Nature who advises him, and the man who destroys his fellow is to Nature what are the plague and famine, like them sent by her hand which employs every possible means more speedily to obtain of destruction this primary matter, itself absolutely essential to her works.

Let us deign for a moment to illumine our spirit by philosophy's sacred flame; what other than Nature's voice suggests to us personal hatreds, revenges, wars, in a word, all those causes of perpetual murder? Now, if she incites us to murderous acts, she has need of them; that once grasped, how may we suppose ourselves guilty in her regard when we do nothing more than obey her intentions?

But that is more than what is needed to convince any enlightened reader, that for murder ever to be an outrage to Nature is impossible.

Is it a political crime? We must avow, on the contrary, that it is, unhappily, merely one of policy's and politics' greatest instruments. Is it not by dint of murders that France is free today? Needless to say, here we are referring to the murders occasioned by war, not to the atrocities committed by plotters and rebels; the latter, destined to the public's execration, have only to be recollected to arouse forever general horror and indignation. What study, what science, has greater need of murder's support than that which tends only to deceive, whose sole end is the expansion of one nation at another's expense? Are wars, the unique fruit of this political barbarism, anything but the means whereby a nation is nourished, whereby it is strengthened, whereby it is buttressed? And what is war if not the science of destruction? A strange blindness in man, who publicly teaches the art of killing, who rewards


the most accomplished killer, and who punishes him who for some particular reason does away with his enemy! Is it not high time errors so savage be repaired?

Is murder then a crime against society? But how could that reasonably be imagined? What difference does it make to this murderous society, whether it have one member more, or less? Will its laws, its manners, its customs be vitiated? Has an individual's death ever had any influence upon the general mass? And after the loss of the greatest battle, what am I saying? after the obliteration of half the world— or, if one wishes, of the entire world— would the little number of survivors, should there be any, notice even the faintest difference in things? No, alas. Nor would Nature notice any either, and the stupid pride of man, who believes everything created for him, would be dashed indeed, after the total extinction of the human species, were it to be seen that nothing in Nature had changed, and that the stars' flight had not for that been retarded. Let us continue.

What must the attitude of a warlike and republican state be toward murder?

Dangerous it should certainly be, either to cast discredit upon the act, or to punish it. Republican mettle calls for a touch of ferocity: if he grows soft, if his energy slackens in him, the republican will be subjugated in a trice. A most unusual thought comes to mind at this point, but if it is audacious it is also true, and I will mention it. A nation that begins by governing itself as a republic will only be sustained by virtues because, in order to attain the most, one must always start with the least. But an already old and decayed nation which courageously casts off the yoke of its monarchical government in order to adopt a republican one, will only be maintained by many crimes; for it is criminal already, and if it were to wish to pass from crime to virtue, that is to say, from a violent to a pacific, benign condition, it should fall into an inertia whose result would soon be its certain ruin. What happens to the tree you would transplant from a soil full of vigor to a dry and sandy plain? All intellectual ideas are so greatly subordinate to Nature's physical aspect that the comparisons supplied us by agriculture will never deceive us in morals.

Savages, the most independent of men, the nearest to Nature, daily indulge in murder which amongst them goes unpunished. In Sparta, in Lacedaemon, they hunted Helots, just as we in France go on partridge shoots. The freest of people are they who are most friendly to murder: in Mindanao, a man who wishes to commit a murder is raised to the rank of warrior brave, he is straightway decorated with a turban; amongst the Caraguos, one must have killed seven men to obtain the honors of this headdress: the inhabitants of Borneo believe all those they put to death will serve them when they themselves depart life; devout Spaniards made a vow to St. James of Galicia to kill a dozen Americans every day; in the kingdom of Tangut, there is selected a strong and vigorous young man: on certain days of the year he is allowed to kill whomever he encounters! Was there ever a people better disposed to murder than the Jews? One sees it in every guise, upon every page of their history.

Now and again, China's emperor and mandarins take measures to stir up a revolt amongst the people, in order to derive, from these maneuvers, the right to transform them into horrible slaughters. May that soft and effeminate people rise against their tyrants; the latter will be massacred in their turn, and with much greater justice; murder, adopted always, always necessary, will have but changed its victims; it has been the delight of some, and will become the felicity of others.

An infinite number of nations tolerates public assassinations; they are freely permitted in Genoa, Venice, Naples, and throughout Albania; at Kachoa on the San Domingo River, murderers, undisguised and unashamedly, upon your orders and before your very eyes cut the throat of the person you have pointed out to them; Hindus take opium to encourage


themselves to murder; and then, rushing out into the street, they butcher everyone they meet; English travelers have found this idiosyncrasy in Batavia, too.

What people were at once greater and more bloodthirsty than the Romans, and what nation longer preserved its splendor and freedom? The gladiatorial spectacles fed its bravery, it became warlike through the habit of making a game of murder. Twelve or fifteen hundred victims filled the circus' arena every day, and there the women, crueler than the men, dared demand that the dying fall gracefully and be sketched while still in death's throes. The Romans moved from that to the pleasures of seeing dwarfs cut each other to pieces; and when the Christian cult, then infecting the world, came to persuade men there was evil in killing one another, the tyrants immediately enchained that people, and everyone's heroes became their toys.

Everywhere, in short, it was rightly believed that the murderer— that is to say, the man who stifled his sensibilities to the point of killing his fellow man, and of defying public or private vengeance— everywhere, I say, it was thought such a man could only be very courageous, and consequently very precious to a warlike or republican community. We may discover certain nations which, yet more ferocious, could only satisfy themselves by immolating children, and very often their own, and we will see these actions universally adopted, and upon occasion even made part of the law. Several savage tribes kill their children immediately they are born. Mothers, on the banks of the Orinoco, firm in the belief their daughters were born only to be miserable, since their fate was to become wives in this country where women were found insufferable, immolated them as soon as they were brought into the light. In Taprobane and in the kingdom of Sopit, all deformed children were immolated by their own parents. If their children are born on certain days of the week, the women of Madagascar expose them to wild beasts. In the republics of Greece, all the children who came into the world were carefully examined, and if they were found not to conform to the requirements determined by the republic's defense, they were sacrificed on the spot: in those days, it was not deemed essential to build richly furnished and endowed houses for the preservation of mankind's scum. 20 Up until the transferal of the seat of the Empire, all the Romans who were not disposed to feed their offspring flung them upon the dung heaps. The ancient legislators had no scruple about condemning children to death, and never did one of their codes repress the rights of a father over his family. Aristotle urged abortion; and those ancient republicans, filled with enthusiasm, with patriotic fervor, failed to appreciate this commiseration for the individual person that one finds in modern nations: they loved their children less, but their country more. In all the cities of China, one finds every morning an incredible number of children abandoned in the streets; a dung cart picks them up at dawn, and they are tossed into a moat; often, midwives themselves disencumbered mothers by instantly plunging their issue into vats of boiling water, or by throwing it into the river. In Peking, infants were put into little reed baskets that were left on the canals; every day, these canals were skimmed clean, and the famous traveler Duhalde calculates as above thirty thousand the number of infants collected in the course of each search.

It cannot be denied that it is extraordinarily necessary, extremely politic to erect a dike against overpopulation in a republican system; for entirely contrary reasons, the birth rate must be encouraged in a monarchy; there, the tyrants being rich only through the number of their slaves, they assuredly have to have men; but do not doubt for a minute that populousness is a genuine vice in a republican government. However, it is not necessary to butcher people to restrain it, as our modern decemvirs used to say; it is but a question of not leaving it the means of extending beyond the limits its happiness prescribes. Beware of too


great a multiplication in a race whose every member is sovereign, and be certain that revolutions are never but the effect of a too numerous population. If, for the State's splendor, you accord your warriors the right to destroy men, for the preservation of that same State grant also unto each individual the right to give himself over as much as he pleases, since this he may do without offending Nature, to ridding himself of the children he is unable to feed, or to whom the government cannot look for assistance; in the same way, grant him the right to rid himself, at his own risk and peril, of all enemies capable of harming him, because the result of all these acts, in themselves of perfect inconsequence, will be to keep your population at a moderate size, and never large enough to overthrow your regime. Let the monarchists say a State is great only by reason of its extreme population: this State will forever be poor, if its population surpasses the means by which it can subsist, and it will flourish always if, kept trimly within its proper limits, it can make traffic of its superfluity. Do you not prune the tree when it has overmany branches? and do not too many shoots weaken the trunk? Any system which deviates from these principles is an extravagance whose abuses would conduct us directly to the total subversion of the edifice we have just raised with so much trouble; but it is not at the moment the man reaches maturity one must destroy him in order to reduce population. It is unjust to cut short the days of a well-shaped person; it is not unjust, I say, to prevent the arrival in the world of a being who will certainly be useless to it. The human species must be purged from the cradle; what you foresee as useless to society is what must be stricken out of it; there you have the only reasonable means to the diminishment of a population, whose excessive size is, as we have just proven, the source of certain trouble.

The time has come to sum up.

Must murder be repressed by murder? Surely not. Let us never impose any other penalty upon the murderer than the one he may risk from the vengeance of the friends or family of him he has killed. "I grant you pardon," said Louis XV to Charolais who, to divert himself, had just killed a man; "but I also pardon whoever will kill you." All the bases of the law against murderers may be found in that sublime motto. 21

Briefly, murder is a horror, but an often necessary horror, never criminal, which it is essential to tolerate in a republican State. I have made it clear the entire universe has given an example of it; but ought it be considered a deed to be punished by death? They who respond to the following dilemma will have answered the question:

Is it or is it not a crime?

If it is not, why make laws for its punishment? And if it is, by what barbarous logic do you, to punish it, duplicate it by another crime?

We have now but to speak of man's duties toward himself. As the philosopher only adopts such duties in the measure they conduce to his pleasure or to his preservation, it is futile to recommend their practice to him, still more futile to threaten him with penalties if he fails to adopt them.

The only offense of this order man can commit is suicide. I will not bother demonstrating here the imbecility of the people who make of this act a crime; those who might have any doubts upon the matter are referred to Rousseau's famous letter. Nearly all early governments, through policy or religion, authorized suicide. Before the Areopagites, the Athenians explained their reasons for self-destruction; then they stabbed themselves. Every Greek government tolerated suicide; it entered into the ancient legislators' scheme; one killed oneself in public, and one made of one's death a spectacle of magnificence.


The Roman Republic encouraged suicide; those so greatly celebrated instances of devotion to country were nothing other than suicides. When Rome was taken by the Gauls, the most illustrious senators consecrated themselves to death; as we imitate that spirit, we adopt the same virtues. During the campaign of '92, a soldier, grief-stricken to find himself unable to follow his comrades to the Jemappes affair, took his own life. Keeping ourselves at all times to the high standard of those proud republicans, we will soon surpass their virtue: it is the government that makes the man. Accustomed for so long to despotism, our courage was utterly crippled; despotism depraved our manners; we are being reborn; it will shortly be seen of what sublime actions the French genius and character are capable when they are free; let us maintain, at the price of our fortunes and our lives, this liberty which has already cost us so many victims, of whom we regret not one if we attain our objective; every one of them sacrificed himself voluntarily; let us not permit their blood to have been shed in vain; but union . . . union, or we will lose the fruit of all our struggles. Upon the victories we have just achieved let us seat excellent laws; our former legislators, still slaves of the despot we have just slaughtered, had given us nothing, but laws worthy of that tyrant they continued to reverence: let us re-do their work, let us consider that it is at last for republicans we are going to labor; may our laws be gentle, like the people they must rule.

In pointing out, as I have just done, the nullity, the indifference of an infinite number of actions our ancestors, seduced by a false religion, beheld as criminal, I reduce our labor to very little. Let us create few laws, but let them be good; rather than multiplying hindrances, it is purely a question of giving an indestructible quality to the law we employ, of seeing to it that the laws we promulgate have, as ends, nothing but the citizen's tranquillity, his happiness, and the glory of the republic. But, Frenchmen, after having driven the enemy from your lands, I should not like your zeal to broadcast your principles to lead you further afield; it is only with fire and steel you will be able to carry them to the four corners of the earth. Before taking upon yourselves such resolutions, remember the unsuccess of the crusades. When the enemy will have fled across the Rhine, heed me, guard your frontiers, and stay at home behind them. Revive your trade, restore energy and markets to your manufacturing; cause your arts to flourish again, encourage agriculture, both so necessary in a government such as yours, and whose aim must be to provide for everyone without standing in need of anyone. Leave the thrones of Europe to crumble of themselves: your example, your prosperity will soon send them flying, without your having to meddle in the business at all.

Invincible within, and by your administration and your laws a model to every race, there will not be a single government which will not strive to imitate you, not one which will not be honored by your alliance; but if, for the vainglory of establishing your principles outside your country, you neglect to care for your own felicity at home, despotism, which is no more than asleep, will awake, you will be rent by intestine disorder, you will have exhausted your monies and your soldiers, and all that, all that to return to kiss the manacles the tyrants, who will have subjugated you during your absence, will impose upon you; all you desire may be wrought without leaving your home: let other people observe you happy, and they will rush to happiness by the same road you have traced for them. 22




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