Des divinités génératrices ou Du culte du phallus chez les Anciens et les Modernes  

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Des divinités génératrices ou Du culte du phallus chez les Anciens et les Modernes (English The Gods of Generation) is a study by Jacques-Antoine Dulaure, published by Edouard Dentu.

Le livre de Dulaure fut condamné en 1825 et réimprimé à Paris en 1885., étude parue en 1805

It was translated into English by the Panurge Press

From the publisher Panurge Press:

"This immense history is the most documented work on erotics ever published by the Panurge Press. The author's enormous researches and lengthy textual matter, and his hundreds of notes and annotations, comprise the most comprehensive guide on the worship of obscene Gods and phallic religions.

Full text

PREFACE.


Lj'ouvrage que je publie manquait à notre littérature. Les mythologues, les scruta- teurs de l'antiquité y trouveront quelques aperçus , quelques faits nouveaux, des ex- plications sur l'origine, jusqu'à présent in- connue, de plusieurs divinités, quelques découvertes, et sur -tout le rapproche- ment d'un grand nombre de traits épars dans une immensité de livres peu com- muns, de notions inédites, puisées dans des manuscrits, ou fournies par des ama- teurs, dont l'ensemble offrira une face de l'histoire qui n'a point encore été aperçue. Je ne me borne point à l'historique du culte des dwinités génératrices y à dé- brouiller le chaos de son origine , à suivre ses ramifications, ses différences, ses rap- ports dans chaque pays; j'y joins le tableau

II. T


ij PREFACE.

des opinions^ des mœurs, des inslitu lions correspondantes qui dirigeaient les diffé- rentes nations où ce culte a été en \7igueur. On verra qu'entr'elles et lui il existe une harmonie parfaite. Je traite aussi de toutes les divinités créées par le même motif, ado- rées dans la même intention. J établis leur source commune , leur filiation , leurs al- térations diverses.

L'histoire des mœurs, des institutions^ des cultes et des usages , lorsqu'elle est dé- tachée des évènemens politiques, présente Tespèce humaine sous un jour nouveau ^ ouvre un vaste champ aux réflexions, agrandît la carrière des conjectures, et pré- pare des découvertes dans Tocéan du passé. Elle ne se rapporte plus à un seul peuple , à un seul pays^ elle ne se borne pas à des traits particuliers; elle s'étend sur la géné- ralité des nations de la terre; elle embrasse tous les rapports qui les unissent, qui les divisent; elle classe les différentes familles primitives qui, en se séparant, ont formé les différens peuples; elle indique les sour- ires d'où chacun d'eux est découlé, ainsi


ï»rÉfacé. iij

que les altérations qu'a fait subir à leur caractère antique l'influence des climats^ du sol, des événemens et des lois.

La comparaison des usages, des cultes, des idiomes, des costumes même, celle des moyens de transmettre le langage ou de l'écrire; celle des cérémonies supersti- tieuses observées lors des naissances, des mariages et des morts; des pratiques pro- pres à détourner les accidens fâcheux , les calamités, les maladies, à amener l'abon- dance et la prospérité , à implorer la divi-* nité pour se la rendre favorable; ces cona^ paraisons, dis-je, peuvent procurer, sur l'origine des différens peuples, des con- naissances plus certaines que celles qu'on peut retirer de la plupart de nos traditions historiques.

Mais tm obstacle peut arrêter la plume <le l'historien des mœurs et des cultes; et cet obstacle résulte de la grande diffé- rence que la distance des temps et celle des lieux ont établie entre les opi- nions, les bienséances et la langue des siè- cles passés, des pays étrangers, et celles


IV PREFACE

du siècle présent, et du pays pour lequel on écrit. Est-il permis de dire aujourd'hui, et parmi nous, sans craindre de blesser les convenances , ce qu'il était permis de dire et de faire autrefois , et ce qui se fait encore maintenant chez certaines nations éloi- gnées de nous ? Faut-il franchir brusque- ment cet obstacle en bravant les bienséan- ces, ou bien faut-il renoncer à l'histoire des mœurs, aux leçons et aux lumières qui en résultent?

11 m'importe de fixer les idées sur ces questions indécises.

Ces deux partis sont extrêmes ; mais il est un terme moyen où je dois m'arréter. 11 faut tout dire, parce que, pour faire connaître une matière à fond, il ne faut rien cacher; mais il faut tout dire conve- nablement à nos mœurs; mais, en disant tout, ne point heurter les formes reçues; car la délicatesse extrême de notre langue , notre hypocrisie, ou si l'on veut nos bien- séances, exigent impérieusement que ces formes soient respectées. J'y soumettrai donc mes expressions; elles seront ici


PREFACE. V

comme un voile léger qui, satisfaisant à la décence, couvre des nudités choquantes sans en dérober les formes.

C'est à ce terme moyen que je m'arrête. Je décrirai des institutions^ des pratiques, des divinités, indécentes pour nos mœurs; mais je les décrirai décemment.

L'histoire n'existerait pas , ou ne présen- terait qu'un corps desséché, qu'un triste squelette, si l'on en bannissait les faits qui choquent la raison, la justice , qui blessent la décence , qui révoltent l'humanité. Au- cune leçon n'en ressortirait, si la corrup- tion, les erreurs et les crimes qui ont si long-temps souillé l'espèce humaine, y étaient passés sous silence. Comment pou- voir juger du mérite de telles institutions religieuses ou civiles , si l'on laisse ignorer l'influence funeste ou heureuse qu'elles ont exercée sur la conduite des hommes? Comment apprécier la valeur des causes ^ si leurs effets restent inconnus.^

Pour retracer des crimes, l'historien n'est point criminel; pour retracer des in- décences , l'historien n'est point indécent.


V) PREFACii:.

L'historien, pénétré de ses devoirs, ne con- naît d'indécent, dans une histoire, que la grossièreté de l'expression et le mensonge Il faut avouer qu'à certains égards notre raison a fait peu de progrès^ et que nos mœurs se ressentent encore de notre bar- barie originelle. Les mots bourreaux y as- sassins ^ etc. , n^ont pour nous rien d'indé- cent. Notre délicatesse n'est point blessée , lorsque nous nommons un poignard, une epée y un stylet, du poison, etc. Nous prononçons sans honte les noms des ins- trumens qui donnent la mort, et nous rou- gissons de désigner, de prononcer les noms de ceux qui donnent la vie (i).

(i) Montaigne censure, à sa manière, cette disposi- tion déraisonnable de nos mœurs ; disposition qui , de- puis le siècle où il a vécu, n'a fait qu'empirer : « Chacun » fuit à le voir naître , dit-il en parlant de l'homme , » chacun court à le voir mourir. Pour le détruire , on » cherche un champ spacieux en pleine lumière ; pour M le construire , on se musse {cache) dans un creux té- » nébreux , et le plus contraint qu'il se peut. C'est le » devoir de se cacher pour le faire , et c'est gloire , et » naissent plusieurs vertus {honneurs) de le savoir dé- « faire. L'un est injure, l'autre est faveur. » {Essais de Michel de Montaigne , liv. 3.)


PRÉFACE Vi]

Cette inconséquence dans nos mœurs ne doit pas empêcher 1 écrivain de s'y sou- mettre. Il doit, en peignant les erreurs et les vices, les improuver, et faire partager à son lecteur l'horreur qu'ils lui inspirent; il doit, afin que l'expression ne soit pas ju- gée aussi criminelle que Faction exprimée, la présenter sous des formes et des cou- leurs qui ne blessent point les yeux faibles de ceux à qui le tableau en est offert. Si la raison condamne notre délicatesse ex- trême , la raison veut aussi que cette déH- catesse , lorsqu'elle existe , soit respectée.

Tels sont les principes qui m'ont dirigé dans la composition de cet ouvrage; et, pour concilier la vérité des faits avec la dé- licatesse de notre langue , j'ai eu soin de ne jamais les perdre de vue.

Il est des personnes dont la pudeur est semblable à une plaie enflammée qui s'ir- rite au moindre attouchement; des per- sonnes qui, du temps de Molière, auraient été nommées collets montés , précieuses ridicules^ qui, sans avoir égard à la décence soutenue de mes expressions, s'attachant


VU] PREFACE.

uniquement à la matière de cet ouvrage , pourront lui appliquer cette maxime d'Iso- crates : Ce qui est malhonnête à faire est nialhonnête à dire. *

Cette maxime n'est point applicable icif elle est en outre fausse dans le plus grand nombre des cas.

Elle n'est point applicable^ parce que les institutions, les cérémonies, les idoles dont je parle dans mon ouvrage , étaient et sont encore des choses très-honnétes, puis- qu'elles étaient et qu'elles sont des choses sacrées et religieuses, des objets de la vé^ nération de plusieurs peuples, depuis une longue suite de siècles.

Elle est fausse, parce qu'en la suivant on ferait plus de mal qu'on n'en empêche- rait. Il faudrait brûler toutes les histoires et tous les ouvrages de morale qui présentent des tableaux de la dépravation des mœurs; tous les livres sur la jurisprudence crimi- nelle, et une infinité d'autres; parce que ces divers ouvrages contiennent souvent le récit d'actions fort malhonnêtes. Si le rhé- teur athénien eût dit : On ne doit jamais^


PREFACE. IX

sans les improu^^er , rapporter des actions malhonnêtes y sa maxime moins tranchante eût été plus raisonnable.

Ce que je vais exposer fera connaître le plan de mon ouvrage, et justifiera le motif qui me l'a fait entreprendre.

Tout ce qui peut agrandir le champ des connaissances humaines, tout ce qui tend à augmenter le faisceau de nos lumières, est incontestablement utile ^ et les efforts de ceux qui, par de longues méditations et de pénibles recherches, se dévouent à de telles entreprises, ne peuvent être que louables. Leurs résultats, ne fussent-ils que des erreurs, doivent encore mériter la reconnaissance publique, parce que ce n'est qu en s' avançant au milieu du tour- billon d'erreurs qui la cachent, qu'on par- vient à découvrir la vérité; et des erreurs , bien reconnues, sont des pas de plus faits vers son sanctuaire.

Les difficultés nombreuses de la mytho- logie sont de nature à piquer la curiosité, à exercer l'esprit, à enflammer le courage des amateurs de l'antiquité , et de tous ceux


X PREFACE.

qui voient avec inquiétude le voile qui couvre encore nos origines. J'essaie de le- ver un coin de ce voile , d'expliquer quel- ques difficultés , et de mettre au jour quel- ques vérités inconnues.

On connaissait Texistence du Phallus^ celle de Priape; mais on ignorait leur ori- gine. On savait que chez les anciens ils étaient les emblèmes de la fécondité, parce que leur forme indiquait très- clairement ce motif 5 mais on ne savait pas à quelle occasion ces emblèmes furent établis ; et on n'avait à cet égard d'autres notions à donner que celles que fournis- sent leurs fables, c'est-à-dre, qu'on était réduit à prouver le certain par l'incertain, et la vérité par le mensonge.

On savait que le culte du Phallus exis- tait chez différens peuples de la terre 5 mais on n'avait pas encore observé les altérations qu'il avait subies , ni son union constante avec les divinités-soleil de chaque pays; union qui contribue à lier ensemble les différentes parties du système qui établit l'origine de cette divinité.


l^REFACE. XJ

On ignorait que, dans le principe, le Phallus avait, été absolument isolé. On ignorait la cause de sa disproportion avec le corps humain, auquel on l'adjoignit en- suite ; on ignorait que son adjonction à dif- férens corps, tels que troncs d'arbres, bornes, figures humaines, avait donné naissance à plusieurs divinités : aux Her- mès^ à Phallus^ à Priape^ à Pan^ aux Faunes^ aux Satyres. On se doutait de Taffinité de ces diverses divinités ; mais on n'avait pas encore aperçu le lien qui les unissait, ni ce qu'ils avaient de commun dans leur origine.

On ne savait pas non plus , ou l'on ne savait que vaguement, que le culte de Phallus se fût conservé en Europe jusqu'à nos jours.

On n'avait jamais comparé ce culte avec celui des autres divinités génératrices , ni montré l'identité de leurs motifs ; on ne l'a- vait point comparé avec des institutions, des mœurs qui y ont un grand rapport; comparaison qui démontre une uniformité d'intentions chez les anciens, et donne


Xlj PRÉtÛCE.

l'explication de plusieurs pratiques, qui y présentées isolées^ restaient inexplicables.

Mon ouvrage a pour objet d éclairer ces points ignorés, de dissiper ces doutes, de fixer ces incertitudes.

Je prouve^ d'une manière incontestable, l'origine de Phallus. Je suis son culte dans ses ramifications, ses progrès, ses altéra- tions, ses abus, durant plusieurs siècles, et chez diverses nations de la terre où il a été établi. Je le trouve presque par-tout où le soleil a été adoré , où la religion astrono- mique a été en vigueur.

Ce culte a existé long-temps chez les peuples modernes de l'Europe; ils ont con- servé au Phallus sa forme, ont cru ^ comme les anciens, à sa vertu fécondante, mais ils ont déguisé son nom, et lui ont appliqué des dénominations appropriées au temps ^ et conformes à la religion dominante. J'ai recueilli avec soin les différens matériaux que l'histoire et les monumens m'ont four- nis sur la continuation de ce culte. Cette partie de mon ouvrage, qui n'est pas la moins intéressante, montre quelle est la


PRÉFACE. xiij

force des habitudes religieuses chez les peuples, puisqu'elles peuvent se maintenir très-long-temps ^ malgré les efforts que lui opposent les religions contraires et ex- <;lusives.

Pour rendre plus vraisemblable l'exis- tence de ce culte indécent parmi les chré- tiens, pour prouver qu'il n'était pas aussi étranger à leurs mœurs qu'on le pense, il a fallu donner le tableau des mœurs du temps où ce culte existait, y joindre celui de quelques pratiques, de quelques insti- tutions dont l'indécence s'accorde assez bien avec celle du Phallus. On en conclura facilement qu'un peuple, habitué à de telles mœurs, à de telles pratiques, à de telles institutions, pouvait bien accueillir, loin de les rejeter, le culte et la figure obs- cènes du dieu des jardins.

D'après cet exposé, on pourrait croire qu'il m'a fallu entrer dans des détails qui, par leur nature , peuvent alarmer des es- prits timides et ombrageux. Qu'ils se ras- surent cependant : ils ne trouveront dans cet ouvrage aucun tableau capable d'é-


Xiv PKÉFACE.

mouvoir les sens; son ton scientifique re- poussera d ailleurs les lecteurs qui, par leur âge, pourraient y puiser des instruc- tions prématurées. Je serai décent, je le répète , et je le serai plus que la plupart des autorités respectables dont je me suis ap- puyé; je le serai plus que le sont certains livres de la Bible, plus que certains pères de leglise , que je n'ai cités qu'en employant des circonlocutions. Je serai plus décent que ne l'était Arnohe, un des premiers défenseurs du christianisme , que ne Té- taient saint Clément cV Alexandrie y et plusieurs autres écrivains ecclésiastiques; plus décent que plusieurs prélats rédac- teurs de certains Canons pénitentiaux, dont les expressions sont d'une naïveté, d'une liberté étonnantes, et que, par respect pour nos mœurs, je me suis bien gardé de traduire, mais que, pour les progrès de l'instruction que je respecte aussi beaucoup, j'ai conservées dans leur texte original.

Mes expressions seront conformes aux convenances actuelles; mais dois-je sacri- fier à la pusillanimité de certains lecteurs


PREFACE. XV

des couleurs que réclamait la vérité du tableau?

Tout ce que peut trouver à reprendre dans mon ouvrage la pudeur la plus sus- ceptible de s'effaroucher^ ne m'appartient point, mais appartient le plus souvent à des écrivains ecclésiastiques, recomman- dables par leur piété et leur doctrine. Et si, sous ce rapport, mon ouvrage a quel- que blâme à encourir, ce n'est pas sur moi, c'est sur eux qu'il doit tomber (i).

Au reste, mon intention, que j'ai déve- loppée, est mon excuse.

Je sens que, sur ce point, j'en ai déjà

( i) On verra que je suis bien éloigné du sentiment d'un moine du neuvième siècle , qui a écrit difFérens traités théologiques , et qui , pour s'affranchir des entraves de la bienséance , prétend qu'il n'y a rien de honteux dans la nature. « Ce qui est utile est honnête, dit-il, et ce »» qui est honnête n'est point indécent ; tout ce qui a été » créé n'a rien d'indécent. » Et il ajoute : Igitur et mu- « lieris vulva non turpis , sed honesta s iquidem paries » omnes créatures honestœ. » {Ratramni vcioudiQhi Coi - biensis , liber de eo quod Chris tus ex Virgine natus est, cap. 3. Spicilegium d^Achery^ tom. i, p. 53.)


Xvî PREFACE


trop dit pour les lecteurs raisonnables, et que ce serait vainement que j'en dirais davantage pour ceux qui ne le sont pas.


DES DIVINITES


GENERATRICES


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES.


Asv^^^.^^s\l^^sv^s^^l^^^.^^s^l^^s\«^^sv^^svv^^,^!vvv\sv^^JV^s\sv^svvx^^,


CHAPITRE PREHIER.


Origine du Phallus et du culte du Taureau et du Bouc zodiacal.


Les anciens, pour représenter, par un objet physique , la force régénératrice du soleil au printemps, et l'action de cette force sur tous les êtres de la nature, adoptèrent le simulacre de la masculinité, que les Grecs nommaient Phallus,

Ce simulacre, quoiqu'il paraisse indécent à la plupart des modernes, ne l'était point dans l'antiquité; sa vue ne réveillait aucune idée obscène : on le vénérait, au contraire, comme un des objets les plus sacrés du culte. Il faut l'avouer, malgré nos préventions, il serait dif- lï. 2


l8 DES DIVINITES GENERATRICES

ficile d'imaginer un signe qui fût plus simple^ plus énergique , et qui exprimât mieux la chose signifiée. Cette convenance parfaite assura son succès, et lui obtint un assentiment presque général.

Le culte du simulacre de la masculinité se répandit sur une grande partie du globe. Il a fleuri long-temps en Egypte, en Syrie, en Perse, dans l'Asie Mineure, en Grèce, en Ita- lie, etc. Il était et il est encore en vigueur dans l'Inde et dans quelques parties de l'Afrique. Il s'est même propagé jusqu'en Amérique. Lors- que les espagnols firent la découverte de cette partie du monde, ils trouvèrent ce culte établi chez les Mexicains. Ce qui surprendra davan- tage: il s'est conservé presque jusqu'à nos jours chez les chrétiens de l'Europe. Au seizième siècle il existait en France : on en retrouve en- core aujourd'hui des traces dans quelques par- ties de l'Italie.

Un culte qui nous paraît si étrange, un culte si universellement répandu, malgré l'in- décence actuelle de son objet, mérite bien qu'on s'en occupe , qu'on recherche son ori- gine, ses causes, son état chez difFérens peu- ples, les variations qu'il y a éprouvées, son influence sur les mœurs, ses abus. L'histoire de l'homme se compose en grande partie de


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ig

ses erreurs , de sa folie ^ de ses crimes ; et c'est même du tableau exact qu'elle en offre, que ressortent ses plus efficaces leçons. Si les écri- vains anciens et modernes ont peint sans rou- gir la fureur des passions qui divisent, déso- lent, anéantissent les sociétés, pourquoi la rai- son s'opposerait-elle à ce qu'on parlât d'une institution qui, ayant un objet tout contraire, devait produire des résultats moins funestes, dont la connaissance peut fournir de nouvelles lumières à l'histoire de l'esprit humain, et dont l'exposition fidèle, mais présentée avec les mé- nagemens qu'exige la délicatesse de notre lan- gue pudibonde, doit faire ressortir aussi sa le- çon morale? On peut donc, sans rougir, re- chercher l'origini^, faire l'histoire et blâmer les abus d'un culte dont l'objet primitif tendait , non à rompre , mais à fortifier le lien des so- ciétés, à les conserver, à les accroître.

Des écrivains anciens et modernes ont parlé du Phallus, sans rien dire de l'origine de son culte. Quelques-uns de ces derniers, plus zélés moralistes qu'habiles dans l'art de scruter l'an- tiquité, en s' (épargnant beaucoup de recher- ches et de méditations, ont tout simplement attribué cette origine à la corruption et au li- bertinage de certains peuples.

Quand même je n'aurais pas réuni des preu-


20 DES DIVINITES GENERATRICES

ves contraires à cette opinion, la raison me la ferait rejeter. Jamais les institutions religieuses n'ont eu , dans leur commencement, la dépra- vation des mœurs pour motif. Il faut donc chercher ailleurs cette origine.

Je crois l'avoir trouvée dans le culte des as- tres, ou la religion astronomique: en ce cas, on peut dire que le Phallus est d'origine céleste.

Pour établir cette origine, je dois remonter aux époques où la religion astronomique com- mença à faire de grands progrès.

Il y a environ quatre mille cinq cents ans que le soleil, par l'effet d'un troisième mouve- ment de la terre, d'où résulte la précession des équinoxes, aborda, à l'équinoxe du printemps, dans le signe du zodiaque appelé le Taureau,

Le signe de la constellatation céleste qui portait ce nom, représenté sur les zodiaques artificiels, fut considéré comme le symbole du soleil printanier, du soleil régénérateur de la nature.

La naissance du printemps est Fépoque la plus désirée, la plus attrayante de toutes les époques de l'année; nulle autre ne procure des émotions plus vives et plus douces : triomphant des frimas et des longues nuits, le soleil, plus élevé sur l'horizon, prolonge la durée des jours, répand sur la terre sa chaleur fécon-


1


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 21 faille, en pénètre les végétaux et les animaux; ressuscite la nature, et sème par-tout la vie, la verdure, l'espérance, les fleurs et les amours.

Cette époque si précieuse, et les bienfaits nombreux du soleil printanier, furent vivement sentis par tous les peuples adorateurs de cet astre. Aussi la célèbrèrent-ils par desfêtes joyeu- ses, renouvelées à chaque retour du printemps. Les prêtres de ce culte instituèrent cette solen- nité, et la revêtirent du prestige imposant de la religion; et, malgré la différence des climats, des peuples , malgré les altérations nombreu- ses qu'a éprouvées le culte antique des astres, malgré les ravages des siècles, les fêtes prin- tanières se sont maintenues jusqu'à nos jours. La reconnaissance populaire, et les homma- ges rendus au dieu du jour, au soleil ramenant le printemps, se dirigèrent naturellement vers un objet plus à la portée des sens, vers le signe du zodiaque qui en était le symbole, vers le signe du Taureau y qui, participant en quelque sorte à l'action du soleil régénérateur, fut, à cet égard, identifié à cet astre : on lui en attri- bua les vertus, la puissance, les bienfaits; on lui en décerna les honneurs. Ce signe balança l'objet signifié, devint un dieu; et les représen- tations du taureau céleste furent adorées. L'enthousiasme religieux pour ce signe de


22 DES DIVINITES GENERATRICES

Téquinoxe du printemps, se porta plus loin en^ core ; on adora non-seulement les représenta- tions du taureau zodiacal, mais un taureau vi- vant obtint ensuite les honneurs divins. Telle est la marche de l'esprit humain; une fois engagé dans la carrière de l'erreur et des su- perstitions, il s'y avance et ne rétrograde ja- mais : une erreur admise appelle alors d'autres erreurs à son secours.

C'est ainsi que le taureau, signe tracé, peint ou sculpté sur les zodiaques artificiels, fut identifié au soleil du printemps, devint taureau- soleil , et puis, représenté par un taureau vi- vant, fut adoré comme un dieu. Je dirai sous quels noms; je parlerai de l'espèce de culte qu'on lui rendait, et je rapporterai les témoi- gnages des écrivains de l'antiquité, qui consta- tent que du signe zodiacal du taureau sont dé- rivés les taureaux, vaches ou bœufs adorés par les partisans du culte des astres, et notamment par les Égyptiens (i).


(i) Les taureaux, les bœufs ;, les vaches, jouent un grand rôle dans la mythologie, comme emblèmes du soleil réparateur et régénérateur. Plusieurs taureaux étaient adorés en Egypte sous des noms différens. Le taureau Apis , le plus célèbre de tous , l'était à Mem- phis; le taureau Mnevis , à Héliopolis; le taureau


»


CHEZ LES AINCIENS ET LES MODERJNES. :î5

Dans la méiîje division du zodiaque où se trouve le taureau , est , tout près de ce dernier,

Onuphis ou Bacis Tétait , suivant Macrobe , à Hermun- tis, ville de la haute Egypte. Chez les Grecs , on trouve le taureau de Cadmus , dont Jupiter prit la forme pour enlever Europe ; le taureau de Marathon , dompté par Hercule, et dont Pasiphaé devint amoureuse, etc. Les Hébreux empruntèrent des Egyptiens le veau d'or, dé- truit par Moïse , ainsi que le veau de Samarie , contre lequel déclame le prophète Osée (chap. 8 et i3). Les Romains eurent leur taureau expiateur, réparateur, qu'ils égorgeaient dans les sacrifices appelés tauroboles, et dont le sang effaçait les péchés de ceux sur lesquels il était répandu. Les monumens symboliques du dieu-soleil Mithra offrent un taureau dont le sang est versé pom^ le même objet.

Les Cimbres , les Theutons avaient leur bœuf sacré , sur lequel ils prononçaient leur serment ; les Scandinaves adoraient le thor ou taureau , dont l'idole existait à Upsal dans le temple du Soleil. Le taureau est adoré au Japon, à Méaco. Les rabins parlent d'un bœuf gigan- tesque appelé Béhémoth , réservé pour le festin du Messie, etc. , etc.

Les vaches furent presque autant honorées que les tau- reaux. Jo fut changée en vache par Jupiter, qui en de- vint amoureux. Iphianasse fut également m^étamor- phosée en vache par l'efFet de la jalousie de ses sœurs. Les Hébreux sacrifiaient et faisaient brûler la vache rousse, dont les cendres , mêlées avec de l'eau, servaient aux expiations. Chez les Indiens, les cendres de la bouze


24 DÈS DIVINITES GENERATRICES

une autre constellation appelée le Cocher ce- leste ou le Chevrier. Elle est aujourd'hui repré- sentée par un homme à pieds de bouc, portant la chèvre et les chevreaux. Ce signe n'était, dans son origine, qu'une figure de bouc.

Les mêmes causes, qui élevèrent le signe du

Taureau au rang des dieux , procurèrent un

pareil honneur au signe du Bouc. Ces deux

signes indiquaient également le retour du

printemps : ils eurent le même sort, portèrent

le même nom; mais ils furent adorés dans des

villes différentes. Ainsi le soleil printanier eut

pour emblème deux animaux vivans. Le bouc

sacré était adoré sous le nom de Pan à Mendes,

ville qui , ainsi que le Nome mendésien , doit

son nom à cette divinité animale; car mendès

signifie bouc. i< Le bouc ou le dieu Pan, dit

» Hérodote, s'appelle Mendès en égyptien (i ), »

Il en est de même de la ville de Thmuis ou

Chemmîs, où le culte du bouc fut en vigueur.

Saint Jérôme nous apprend que ce mot signifie

bouc. L'Arcadie et même l'Italie mirent ce

bouc au rang des grands dieux, et le nommè-

de vache sont également employées aux expiations. Ce* peuples ont pour précepte d'aimer les vaches et les bra^ mines.

(i) Hérodote, Euierpe, liv. 2, p. 4i-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. iS^

rent Pan, Le taureau et le bouc sacrés por- taient souvent le même nom : cette conformité nouvelle est attestée par Plutarque, qui dit formellement que les Egyptiens donnaient au bouc de Mendès le nom d'épis (i).

Il est certain que ces deux animaux vivans ^ le bouc dieu et le taureau dieu, avaient une même extraction , et descendaient de la même division zodiacale , où leurs signes étaient réunis.

Jamblique dit que le système des anciens était de représenter le soleil sous les formes des animaux qui occupent les signes du zodia- que (2).

Lucien, dans son Traité sur Tastrologie, s'explique avec plus de précision : il dit, en parlant du taureau u^pis, objet delà vénération des Egyptiens, que, s'ils adorent cet animal, c'est pour honorer le taureau céleste ou le tau- reau du zodiaque; et il ajoute que le culte d'Ammon, dieu à tête de bélier, doit son ori- gine au bélier céleste et à la connaissance de ce signe du zodiaque (5).

(i) Plutarque , Traité d'Isis et d'Osiris, vers la fin.

(2) Jamblique, de Mjsteriis, cap. i-j, sect. i.

(3) Lucien, Astrologie, tom. 4, pag. 65 de la dernière traduction de ses œuvres.


20 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

Ainsi les animaux adorés en Egypte étaient les emblèmes vivans des animaux figurés dans le zodiaque.

C'est de ces deux animaux adorés qui ont tant de rapports ensemble, de ces deux divi- nités de la même fabrique; c'est du taureau sacré appelé y^pis^ et du bouc sacré appelé également ^pis, qu'est dérivé le culte du Phallus , qu'on a aussi appelé Priape. C'est le simulacre de leurs parties génitales, et non de celles de l'homme, comme on l'a cru généra- lement, qui est devenu un objet de culte.

Je trouve d'abord de grands rapports entre le nova Apis y donné à ces deux animaux sacrés, et le nom de Priape ou Priapis, qu'a port le Phallus isolé ou adhérent à un kermès.

Apis y suivant les plus habiles étymologistes, signifie haut^ élevé y puissant ^ ou ce mot est le même c^nab , abis y dont on a fait ap, apis , qui, dans les langues orientales, exprime père, chef, maître. Dans l'un et l'autre cas. Apis serait une qualification honorable donnée au soleil.

Quant à la syllabe pri ou pré, elle signifie , dans les mêmes langues, principe , production , source première; ainsi le mot Priape, Priapis, pourrait être traduit par principe de production ou de fécondation dApis.

Cette étymologie, que me fournil le savant


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 27

Court de Gebelin, quoiqu'elle soit très-vrai- semblable et conforme au génie des langues orientales, serait une faible preuve, si elle n'était fortifiée par plusieurs autres plus déci- sives.

Il est prouvé , par un grand nombre de mo- numens antiques, que c'était un usage adopté de rendre un culte aux parties séparées d'un animal sacré, d'en former de^limulacres, de les adorer isolément, ou de les appliquer à des troncs d'arbres, à des colonnes ou pierres de bornes, appelés chez les Grecs kermès y ou bien, lorsque les figures humaines furent introduites dans la religion, de leur adjoindre différentes parties de ces animaux sacrés.

C'est ainsi que le Jupiter Ammon eut les cornes du bélier, que Pan eut les jambes et les pieds du bouc, et quelquefois ses oreilles et ses cornes; c'est ainsi que Bacchus, dieu- soleil, fut souvent représenté avec la tête du taureau céleste, ou seulement avec ses cornes, et quelquefois avec ses pieds. C'est pourquoi ce dieu était souvent nommé, par les Grecs et par les Romains , Bac chus Tauricorne ou Tauriforme. Ces figures étaient monstrueuses; mais cette monstruosité avait un motif mysté- rieux; et, sans elle, l'idole n'aurait signifié qu'un homme.


28 DES DIVINITES GËNERATRICES

Les anciens étaient persuadés que ces par- ties, ajoutées à un tronc d'arbre, à une pierre limitante, à un hermès^ à une figure humaine, non-seulement donnaient un caractère divin à ces différens objets, mais encore leur com- muniquaient une vertu sublime, une influence semblable à celle que l'on attribuait à l'animal sacré dont elles étaient un extrait, et à la constellation ^1 à l'astre dont elles étaient l'em- blème.

Les cornes furent prises pour le symbole de la force active du soleil; aussi les dieux-soleil, tels que Bac chus , Harpocrates et Achéloûs , son fils, étaient-ils représentés avec le front dé- coré des cornes du taureau; ou bien on se bornait à mettre dans la main de ce dernier, une corne de cet animal qui indiquait son ex- traction du taureau céleste; corne dont les poètes et les sculpteurs, se conformant à l'idée de fécondité et de force attachée à cet attribut du soleil régénérateur , firent la corne d abon- dance ou cornucopie. Par suite de ce principe , et pour donner un caractère de force et de do- mination aux objets qu'ils représentaient^ ils placèrent des cornes sur le front de plusieurs divinités, sur celui des fleuves, des demi- dieux, et même des héros de l'antiquité.

D'après ces exemples, il ne doit pas sembler


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. :2Q

étrange de voir les parties sexuelles du taureau et du bouc sacrés obtenir les mêmes honneurs que leurs pieds, leur tête ou leurs cornes, puisque ces parties exprimaient d'une manière particulière et très-énergique, à l'esprit et aux yeux, la force régénératrice, la source de fé- condité attribuée au soleil du printemps, et à ces animaux qui en étaient les emblèmes.

Un autre fait ajoute un nouveau degré de vraisemblance à mon opinion; c'est l'impor- tance qu'attachaient les prêtres égyptiens à la partie génitale du taureau Apis (i).

Lorsque cet animal-dieu était mort, les prê- tres lui choisissaient, avec beaucoup de soins et de cérémonies, un digne successeur. Parmi les caractères qui devaient, aux yeux du peu- ple, signaler sa divinité, le volume de la partie sexuelle du nouvel élu était très-recommandé. Porphyre dit que le taureau choisi pour rem- plir le rôle de dieu à Héliopolis avait les par- ties de la génération d'un volume extraordi- naire, afin de mieux désigner la force généra-

(i) On dit vulgairement le bœuf Apis ; mais, autorisé par l'histoire, et sur-tout par l'opinion du savant de Caylus, je dirai le taureau Apis. « Je suis résolu, dit ce » célèbre antiquaire, de ne point donner de fausses » idées, et de dire toujouis le taureau, {Recueil d'An- tiquités, tom. 3, p. 28.)


5o DES DIVINITES GENERATRICES

tive que le soleil exerce sur la nature par sa chaleur, dont le propre est de développer la faculté fécondante. Ammien Marcellin dit aussi que ie taureau adoré à Memphis avait des si- gnes évidens de sa faculté générative (i).

Le Phallus, dans son origine, était isolé, et n'adhérait point à un corps humain. Cette adhésion n'eut lieu que long-temps après, lors- que le culte des figures humaines eut fait des progrès. Il paraît même qu'à l'époque oii les Grecs reçurent des Egyptiens le Phallus, il n'adhérait à aucun corps, et que les Grecs, même du temps d'Hérodote, n'avaient point encore adopté cette réunion. Cet historien, en décrivant les cérémonies de ce culte, qu'on célébrait en Egypte, semble s'étonner de ce qu'on avait réuni au Phallus une petite figure humaine. « Ils ont inventé, dit-il, des figures » humaines d'une coudée de haut, auxquelles » est adjoint la partie génitale, presque aussi » grande que le reste du corps (2). ))

Je tire de ce fait une nouvelle preuve de mon opinion. Si le Phallus eût appartenu au

(i) Eusèbe, Préparât, evangel., lib. 3, cap. i3,Ainm. Marcell., lib. 22 , p. 245, et Dupuis , Origine de tous les Cultes, tom. 2, p. 1 14-

(2) Hérodote , Euterpe, liv. 2, p. 42.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 3l

corps humain , il y aurait adhéré dès l'origine de cette institution, et l'on voit qu'il y eut un temps en Egypte oii il était absolument isolé , et que les Grecs, qui tenaient ce culte des Égyp- tiens, avaient maintenu son isolement.

Le récit d'Hérodote prouve que le Phallus, réuni à une figure humaine, était d'une gran- deur disproportionnée à cette figure. Il connaît la cause mystérieuse de cette disproportion; mais, par un motif de religion, il ne veut pas la publier. Après avoir dit que cette figure hu- maine, d'une coudée de haut, était munie d'un Phallus presqu'aussi grand que le reste du corps, et que des femmes en procession por- taient plusieurs de ces figures dans les bourgs et villages, en faisant mouvoir le Phallus par le moyen d'une corde ^ il ajoute : u Mais pour- » quoi ces figures ont-elles le membre génital » d'une grandeur si peu proportionnée? et » pourquoi ces femmes ne remuent-elles que » cette partie? On en donne une raison sainte; » mais je ne dois pas la rapporter (i). »

Celte réserve d'Hérodote annonce qu'il était initié aux mystères du Phallus; qu'il en con- naissait l'origine, mais qu'il ne pouvait la di- vulguer. Il paraît que la figure humaine à la-

(i) Hérodote, Uv. 2.


52 DES DIVINITES GENERATRICES

quelle on adjoignait le Phallus , était un acces-^ soire fort indifférent, que les prêtres avaient imaginé pour donner le change et cacher aux yeux du vulgaire la véritable origine de ce culte.

La grandeur disproportionnée du Phallus annonce assez qu'il n'appartenait pas à la figure humaine à laquelle il adhérait. D'ailleurs cette disproportion était un mystère ; et si le Phallus eût appartenu à la figure humaine , la chose eût été simple; Hérodote n'aurait pu y trouver rien de mystérieux.

Cette disproportion, dont la cause était ca- chée, la convenance de la longueur de ce Phallus avec la partie sexuelle du taureau , sont de nouveaux traits de lumière qui, réunis aux lumières déjà produites, éclairent l'origine té- nébreuse du Phallus, et concourent à prouver que cet objet du culte était le simulacre de la partie génitale du taureau ou du bouc Apis,

Mais des preuves plus positives vont éloigner les moindres doutes qui pourraient s'élever contre cette vérité.

J'ai parlé de l'affinité qui se t^uve entre la divinité taureau , et la divinité bouc ; j'ai dit que l'une et l'autre ont la même origine^ ont porté le même nom, et doivent leur extraction à la même division zodiacale qui marquait l'é- quinoxe du printemps; que tous les deux sont


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 55

les emblèmes adorés du soleil régénérateur et fécondant la nature. De l'identité des motifs de leur culte il doit résulter des conséquences communes. Je pourrais donc conclure que l'o- rigine bien constatée du Phallus-bouc doit établir suffisamment celle du Phallus-taureau, L'origine du premier est attestée par un histo- rien grave et profondément instruit en mytho- logie, qui déclare, d'une manière précise, que le simulacre de la partie génitale du bouc a été adoré comme l'emblème de la nature qui donne naissance à tous les êtres. Voici le passage : u Le bouc, dit-il, à cause de son membre gé- )) nital, mérita, chez les Égyptiens, d'être » placé au rang des dieux, par la même raison » que les Grecs rendent à Priape les honneurs » divins. Cet animal étant fort enclin aux actes y) de Vénus, on jugea que le membre de son » corps y qui est Vinstrumejit de la génération y » méritait d'être adoré ^ parce que c'est par lui » que la nature donne naissance à tous les » êtres (i). »

Le même auteur ajoute immédiatement : (( Enfin ce n'est pas seulement les Egyptiens, » mais un grand nombre d'autres peuples, qui » rendent un culte au signe du sexe masculin,

(i) Diodore de Sicile , lib. i, sect. 88.

II. 5


54 I>U CULTE DU PHALLUS

)) et l'emploient comme un objet ssicré dans

» les cérémonies des mystères, parce que c'est

)j de lui que provient la génération des ani- )) maux. »

Ce membre adoré , cet instrument de la gé- nération du bouc, ce signe du sexe masculin qui figurait dans les cérémonies des mystères d'un grand nombre de peuples, ne pouvait pas être la partie vivante du bouc sacré, mais son simulacre ou son image; et ces simulacres ou images étaient des Pballus : donc il y eut des Phallus qui furent les images de la partie génitale du bouc sacré, adoré à Mendès et à Chemnis.

Il est donc reconnu que ce ne sont point des hommes, mais deux animaux adorés, qui ont fourni le modèle du Phallus et le type de son culte.

Cette vérité, jusqu'ici inconnue, acquerra, dans la suite de cet ouvrage, de nouveaux de- grés d'évidence.

On attribua à ce simulacre isolé la même vertu qu'on attribuait au soleil printanier; on attribua au signe la même influence sur toute la nature qu'avait l'objet signifié. On crut, et cette opinion est émise par le philosophe Jam- blique, que, par-tout où les Phallus se trouvaient


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 55

placés, ilsaraenaientrabondaiiceetla fécondité, et détournaient les accidens qui leur sont con- traires. Cet emblème sacréreçut difFérens noms, suivant le langage des peuples chez lesquels il fut adoré, suivant l'usage auquel on le destinait, et suivant l'objet auquel il fut appliqué et réuni. Appelé Phallus , Priape ou Priapis chez les Égyptiens, les Phéniciens, les Grecs, il porta aussi le nom de Tutunus , de Mutinus, de Fascinum chez les Romains ; il est nommé Lingarn chez les Indiens. Mais, quelles que soient sa dénomination et la différence de son culte chez diverses nations, toujours les motifs de ce culte se rapportent à l'action fécondante du soleil du printemps. Le plus souvent, il se trouve réuni, et même quelquefois confondu avec le culte de cet astre.

Suidas atteste que , chez les Égyptiens , Priape était nommé Horus, dieu -soleil du printemps; qu'il était représenté sous une forme humaine, tenant un sceptre de la main droite, et, de la gauche, son Phallus dans un état d'énergie : i( Parce que, dit-il, c'est lui qui )) développe, qui fait germer les semences ca- )) chées dans la terre. Les ailes qu'ils portent » annoncent la célérité de son mouvement; le » disque qu'il tient représente la rotondité de


56 DES DIVINITÉS GENERATRICES.

» l'univers. On croit qu'il est le même que le )) soleil (i). ))

Les Gnosliques représentaient leur dieu- soleil Jao dans la même attitude, avec les mê- mes attributs; ils y joignaient un serpent qui se* mord la queue : emblème de son éter- nité (2).

Dans les monumens de Thèbes, décrits par la commission d'Egypte, on voit un Osiris d'une taille gigantesque, tenant de la main droite son Phallus, dont l'éjaculation produit les animaux et les hommes.

C'est le soleil résurrecteur, fécondateur de la nature au printemps, ce sont les signes zodia- quaux du taureau et du bouc marquant l'en- trée de cet astre dans cette belle saison , qui ont donné naissance au culte du Phallus, et à plusieurs divinités que cet emblème carac- térise.

Je donnerai, avec détail, les preuves posi- tives de l'union constante du culte du Phallus avec celui du soleil.

Le soleil, au printemps, allume des feux et répand une lumière qui ^ en automne et en hi-

(i) Suidas, ad Verbum Priapos.

(2) Kojez la figure 26 du Recueil de Chifflet.


CHEZ LES A>'CTE]NS ET LES MODERNES. ^7

ver, voni toujours en s'éteignant. La langueur qu'éprouve la nature par l'impuissanee du so- leil a été, par les mythologues de l'antiquité, aussi vivement sentie et exprimée, mais non au- tant vénérée que la régénération qui s'opère au printemps: ils représentèrent doncle Phallus, emblème du soleil d'automne et d'hiver, dans un état convenable à la stérilité de ces sai- sons; et le triste événement, qui ramène la décroissance des jours et le froid, a été allégo- risé,dans les mythologies des difFérens peuples, par quelques accidens funestes arrivés aux or- ganes de la génération des divinités-soleil: ac- cidens qui causèrent la stérilité de ces divi- nités.

OsiriSy dieu-soleil de l'Egypte^ est renfermé dans un coffre , et puis coupé en plusieurs morceaux par son frère Thyphon, qui jette dans le Nil sa partie génératrice.

Atis y dieu-soleil de Phrygie^ se mutila lui- même , ou fut mutilé par d'autres.

Adonis, dieu - soleil de la Phénicie, fut blessé par un sanglier aux parties de la géné- ration.

Bacchus ou Djo?iisius veut descendre aux enfers pour y chercher sa mère : un jeune homme s'offre de l'y conduire; mais ce jeune


58 DU CULTE DU PHALLUS

homme meurt; et un Phallus stérile joue, dans la fable, un rôle fort indécent.

Saturne, ancien dieu-soleil, coupe à son père Uranus y dieu du ciel, les organes de la génération.

Jupiter, autre dieu-soleil, fait subir la même opération à son père Saturne.

Ixora, Brama y Vichenou , principales di- vinités de l'Inde, éprouvent la même humilia- tion, et sont réduites temporairement à la même stérilité.

Odiîiy dieu-soleil des Scandinaves, s'étant endormi dans un bois, est, suivant les uns, privé des organes de la génération par la dent d'un sanglier, ou, suivant d'autres, il s'en priva de ses propres mains. Il les recouvra par les soins de son épouse. Olaus Rudbeck expli- que très-bien cette allégorie : « Elle signifie , » dit-il, que le soleil , après avoir parcouru les )) hautes régions des cieux, est forcé de des- )) cendre dans l'hémisphère inférieur, où il » semble se reposer pendant l'hiver (i). »

Je ne multiplierai pas les exemples de ces allégories qui sont presque semblables, et qui signifient les vicissitudes du soleil pendant le cours de l'année: allégories simples et tirées de

(i) Atlantic. . lib. IT, pars II, p. 236, 261, 384-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5\)

îa nature qui ont pu naître dans l'imagination de difFérens peuples éloignés entr'eux, sans se les être communiquées.

Ainsi les organes de la virilité, dans un état d'énergie ou dans celui d'impuissance ^ ont servi dans presque toutes les religions dont l'origine est astronomique, à signifier la force régéné- ratrice du soleil dans la belle saison, et la fai- blesse de cet astre dégénéré pendant la saison des frima ts. La religion offrit les images de ces organes de la virilité à la vénération publique ; mais je crois ces images symboliques antérieu- res aux fables mythologiques. Voici, d'après le raisonnement, la généalogie de ces diverses institutions.

La connaissance du cours des astres et les besoins de Tagriculture ont amené la division du zodiaque.

Les signes du taureau et du bouc, placés dans la division où entre le soleil lors de l'é- quinoxe du printemps, ont fait adorer ces ani- maux et leurs parties sexuelles comme princi- pes de régénération de la nature. La croyance populaire a été plus loin, et a prêté une vertu fécondante aux images mêmes des parties sexuelles de ces animaux célestes.

Ces figures du zodiaque , les images de leurs parties sexuelles, le cours annuel du soleil


4o DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

devinrent ensuite la matière des allégories my- thologiques. C'est sur ce fond que chaque na- tion a brodé les légendes des divinités.

Je vais rechercher et exposer les fables et les formes de ce culte dans les diverses con- trées où il a été en vigueur; et toujours on le trouvera réuni, confondu avec le culte du so- leil, et sur-tout de cet astre ramenant le prin- temps.

On verra que le Phallus a joué un rôle im- portant dans l'histoire religieuse de l'antiquité, qu'il a donné naissance à différentes divinités, et qu'il a servi à caractériser plusieurs autres. De nombreux emplois de cet objet du culte ont fort embarrassé les mjthographes , qui, s'attachànt toujours aux fables mythologiques, et cherchant la vérité dans le mensonge , n'ont donné k cet égard aucune explication satisfai- sante, et n'ont point dissipé le nuage qui ca- chait son origine.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4l


V>SV>SNA-X'VV>^SV>ASVV\S\AS!WVA^SV>AiXVVX>ASV>XXArvX>S>X'>S\X\^SVX^


CHAPITRE II.


Du culte des Taureaux et Boucs sacrés ; de ses rapports avec le culte du Phallus ou de Priape.


Avant de m'engager dans l'historique du culte du Phallus chez les difFérens peuples de la terre , il convient de fixer les idées sur celui qu'on rendait aux deux animaux qui lui ont donné la naissance, de faire connaître de quelle nature étaient les hommac;:es religieux qu'on adressait au taureau et au bouc divins , archétypes du Phallus.

Les taureaux , adorés en Egypte sous difFé- rens noms, étaient, comme on l'a dit, l'image vivante du taureau céleste , figuré dans la divi- sion zodiacale où se trouvait l'équinoxe du printemps; et, par cette circonstance, ce signe du zodiaque était le symbole du soleil, qui, à cette époque de l'année, féconde la nature. On attribuait au taureau sacré, non-seulement la faculté fécondante, mais le pouvoir de commu- niquer à l'espèce humaine cette même faculté.


4^ DU CULTE DU PHALLUS

Aussitôt qu'un des taureaux Apis était mort,, les prêtres de l'Egypte s'empressaient de lui donner un successeur, qui devait, suivant l'o- pinion populaire, être né d'une vache fécondée par un rayon du soleil. Certaines taches de sa peau déterminaient son élection. Sa découverte changeait en allégresse le deuil où la mort de son prédécesseur avait plongé le peuple égyp- tien. Au lieu même où l'on avait trouvé le nou- veau dieu , on lui construisait une étable ma- gnifique , tournée du côté du soleil levant. Là , pendant quatre mois, il était abreuvé de lait; ensuite une troupe de prêtres le conduisait processionnellement au bord du Nil, l'embar-. quait sur un vaisseau richement décoré, et Ta-, menait à Nicopolis.

C'était dans cette dernière ville que les fem- mes avaient le droit de venir, pendant qua- rante jours, visiter le nouveau dieu. Suivant Diodore de Sicile , elles relevaient leurs vête- mens, mettaient en évidence et semblaient of- frir au taureau divin ce que la pudeur ordonne de cacher (i). Le but de ces femmes, dans cette ridicule cérémonie, était évidemment d'obtenir du taureau-dieu la fécondité.

Ce récit offre des rapports nouveaux entre

(i) Diodore de Sicile, lib. i , sect. 85.


CHE^S LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4^^

le taureau sacré et le Phallus ou Priape, et ajoute, aux preuves que j'ai déjà produites dans le chapitre précédent, une preuve nouvelle qui confirme l'origine du Phallus, et constate qu'il est le simulacre de la partie génitale du tau- reau divinisé. Si l'on abreuvait de lait cet ani- mal^ on offrait aussi du lait à Priape ; et les li- bations qu'on faisait en son honneur étaient ordinairement de cette substance. Si les Egyp- tiennes, pour devenir fécondes, se montraient à nu devant le taureau, des femmes, par le même motif, observaient cet usage devant l'i- dole de Piûape, et faisaient quelquefois pis en- core, comme on le verra dans la suite de cet ouvrage.

Le taureau Apis partait de INicopolis sur un vaisseau, dans lequel une chambre dorée lui était destinée; on le débarquait à Memphis, où un temple, magnifiquement bâti par le roi Psamnitichus, lui servait d'étable. On célébrait sa naissance avec pompe, et on le promenait par la ville, accompagné d'une escorte de ma- gistrats, et précédé d'enfans qui chantaient des hymnes en son honneur.

Cette dernière cérémonie fut sans doute adoptée par plusieurs peuples : l'usage de pro- mener un veau gras orné de fleurs et de ru- bans, accompagné de musique, qui se prati-


44 I>ES DIVITSITÉS GÉNÉRATRICES

quait et se pratique encore dans plusieurs v illes de France, paraît en être une imitation.

Passons au culte du bouc, image vivante du bouc céleste ou du chevrier, qui se trouve dans la division zodiacale du taureau, et qui, comme lui, était le symbole du soleil printanier et de la vertu fécondante et régénératrice de cet astre. Les cultes de ces deux animaux sacrés ont tous les rapports qu'on doit attendre de leur origine commune.

« Les Mendésiens, dit Hérodote, ont beau- » coup de vénération pour les boucs et les chè- » vres, et plus encore pour ceux-là»que pour » celles-ci ; et c'est à cause de ces animaux qu'ils » honorent ceux qui en prennent soin. Ils ont » sur-tout en grande vénération un bouc , » qu'ils considèrent plus que tous les autres., w Quand il vient à mourir, tout le INome men- )) désien est en deuil (i).

Il ajoute qu'en langue égyptienne mendès signifiait bouc et Pan, et prouve, par consé- quent, l'identité de cet animal et de ce dieu.

Le deuil que causait la mort du bouc rap- pelle celui que manifestaient les Egyptiens à la mort de leur taureau Apis.

On offrait du lait à ce taureau ; on offrait de

(i) Hérodote, Euterpe, sect. 46.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. /^5

même du lait et du miel au bouc ou à Pan , qui était sou idole, ainsi qu'à Priape, qui était de la même famille.

Pan, dit la fable, accompagnait les dieux- soleil Osiris et Bacchus dans leur expédition de l'Inde. Priape suivit aussi Bacchus dans son voyage de l'Inde, et prit dispute en route avec l'âne de Sylène , que montait ce dieu (i).

Le bouc sacré avait, avec Priape, d'autres conformités. Les Grecs, sous les noms de Pan, de Faune y de Sihain, de Satyre, etc., ado- raient des divinités champêtres, dont les figu- res représentaient à la fois les formes du bouc et l'attribut le plus caractéristique de Priape. Elles avaient les cornes, quelquefois les oreilles et toujours les cuisses, les jambes et les pieds de cet animal, et en avaient aussi le Phallus, dans un état d'énergie. « On leur a érigé des )) temples, dit Diodore de Sicile, en parlant >) de ces divinités à cornes et à pieds de bouc : » elles y sont représentées dans un état d'éner- n gie et de lubricité, afin qu'elles parussent » imiter le naturel lascif du bouc (2)* » Voilà pourquoi Priape a souvent les formes du bouc;

(i) Lactant., defalsâ religione, lib. i, cap. 21 . (2) Arrectis ità membris, ut hirci naturam imitentur. (Diodore de Sicile , liv. i , sect. 1 1 .)


46 DU CULTE DU PHALLUS

voilà pourquoi on le confond souvent avec les dieux Pan^ Sil^ain et Satjre , qui ont la même origine que lui.

Les femmes se découvraient fort indécem'» ment devant le taureau Apis: elles faisaient la même chose devant le bouc de Mendès ou de Chemnis y et poussaient même beaucoup plus loin leur étrange dévotion.

Dans l'int'ention, sans doute, de détruire le charme prétendu qui les maintenait dans un état de stérilité, elles s'offraient au bouc sacré, ei se livraient à son ardeur brutale.

(( Rien de si certain , dit le traducteur d'Hé- » rodote, que l'infâme coutume d'enfermer » des femmes avec le bouc de Mendès. La )) même chose se pratiquait à Chemnis (ville t» du Delta ). Mille auteurs en ont parlé (i). »

Des vers du poëte Pindare, cités par Strabon, «n passage de Clément d'Alexandrie, et plu- sieurs autres écrivains de l'antiquité^ attestent l'existence de cette pratique religieuse et ré- voltante (2).

(i) Notes sur l'Histoire cC Hérodote, par Larcher, t. 2, p. 267 et 268.

(2) Strabon, liv. 17; — Clément d'Alexandrie, Pro- trept , p. 27.


CHEZ LES ANCIENS Et LES MODERNES. 4-7

H II arriva, pendant que j'étais en Egypte, )) dit Hérodote, une chose étonnante dans le » Nome mendésven : un bouc eut publique- )) ment commerce avec une femme; et cette » aventure fut connue de tout le monde (i). »

Cette union monstrueuse n'avait pas lieu toutes les fols qu elle était sollicitée ; et ici l'ins- tinct grossier d'un animal se montrait supérieur à l'esprit humain , dégradé par la religion.

(( Il ne faut pas s'étonner, fait dire Plutarque » à un interlocuteur, si le bouc de Mendès en » Egypte, renfermé avec plusieurs belles fem- >j mes, ne témoigne aucun désir pour elles , » et ne s'enflamme que pour des chèvres (2).»

Les femmes agissaient avec le dieu bouc, comme avec l'idole à Phallus , appelée Priape,

Il existe encore à Chemnis quelques traces de celte dégoûtante prostitution, a On y voit, » dit Vivant Denon, un édifice enfoui jusqu'au » comble. C'est sans doute le temple dédié au » dieu Pan, autrefois consacré à la prostitu- » tion. On y rencontre aujourd'hui, comme à » Métabis, nombre àlialmès et de femmes pu- » bliques, sinon protégées, au moins recon-

(i) Hérodote , Euterpe , liv. 2, sect. 46. (2) Plutarque , OEu^res morales , dialogue intitulé : Les bêtes ont l'usage de la raison.


48 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

» nues et tolérées par le gouvernement. On m'a )) assuré que, toutes les semaines, elles se ras- » semblaient a un jour fixe dans une mosquée » près du tombeau du scheik Haridiy et que, » mêlant le sacré au profane, elles y commet- )) taient entr'elles toutes sortes de lascive- » tés (i). »

Les juifs, dont le législateur s'était attaché à former des institutions toutes contraires à celles des Egyptiens, bien loin d'adorer les boucs, en présentaient chaque année deux devant le ta- bernacle. L'un était sacrifié au Seigneur; et l'autre, chargé des imprécations du grand- prêtre et des iniquités du peuple, était envoyé dans le désert.

Il n'en était pas ainsi des sectaires samari- tains. Le premier verset de leur Pentateuque prouve qu'ils adoraient le bouc comme le créa- teur de l'univers : a Au commencement, y est- )) il dit, le bouc Azima créa le ciel et la » terre. »

Ce culte passa dans l'Inde. Dans les monu- mens des grottes d'//o«/a^ qui remontent à la plus haute antiquité , on retrouve le culte du bouc, auquel les, Indiens donnent le nom de Mendès , qu'il portait en Egypte.

(i) Voyage de Vivant Denon, t. 2, p. 3 19.


CHEZ LES ATVCIENS ET LES MODERNES. 49

Le bouc fat adoré en Grèce et en Etrurie. Les Romains modifièrent son culte, et dimi- nuèrent de beaucoup ce qu'il avait de brutal. Voici ce qu'à cet égard nous apprend Ovide :

Les Romains, fâchés de voir les Sabines qu'ils avaient enlevées rester stériles , allèrent invoquer Junon dans la forêt sacrée du mont Esquilin. A peine eurent-ils achevé leurs priè- res qu'ils virent la cîme des arbres s'agiter, et qu'ils entendirent cet oracle : Que les femmes d Italie soient fécondées par un bouc. C'était prescrire aux Romains les pratiques révoltan- tes du culte de Mendès. Ils ne parurent pas dis- posés à obéir à l'oracle. Alors un devin d'Etru- rie l'interpréta^ et en adoucit la rigueur :

Il est avec le ciel des accommodemens.

11 proposa aux femmes stériles de se faire frap- per le dos ou le ventre avec des lanières for- mées de peau de bouc. C'est ce qui se pratiqua dans la fête des Lupercales.

Le 25 février, jour destiné à cette solennité, des jeunes gens, nus ou presque nus, parcou- raient la ville, armés du couteau dont ils avaient immolé des boucs, et d'un fouet com- posé de courroies tirées de la peau de ces ani- maux ; et ils en frappaient ceux qu'ils rencon- II. 4


5o DES DIVINITÉS gÉjXÉRATRICES

traient. Les femmes, loin de fuir, accouraient au-devant, et offraient leur ventre nu aux coups de ces jeunes fouetteurs , dans l'espoir de devenir fécondes, et de produire de beaux enfans.

On voit que chez les Romains la cérémonie différait de celle de Mendès : le bouc n'y jouait pas le principal rôle, mais il y avait part; et le motif était le même.

Si l'on pouvait donner croyance à ces récits, mêlés de tant de contes ridicules, que faisaient nos crédules aïeux sur les assemblées nocturnes appelées sabbat, on serait tenté de croire que le culte du bouc s'est continué long-temps chez les nations modernes. Dans ces assemblées, c'est toujours un bouc qui préside; c'est un bouc qu'on y adore; c'est un bouc qui s'unit aux fem- mes assistantes. Si l'on pouvait séparer la vérité du chaos de mensonges qui la font méconnaître, la dépouiller des exagérations et du merveil- leux dont sont chargées les relations de ces as- semblées mystérieuses, on y retrouverait peut- être les pratiques du culte de Mendès; on fixe- rait les opinions encore incertaines sur ce point de l'histoire des hommes; on délivrerait les es- prits du scepticisme pénible où ils sont encore sur l'existence des assemblées du sabbat, attes- tées par tant d'autorités, par tant de procédures


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5l

juridiques, et si fortement contestées par tant d'écrivains illustres.

Une bonne histoire des sociétés mystérieuses de toutes les nations dissiperait bien des in- certitudes, formerait un faisceau de lumières qui éclairerait l'origine obscure et la filiation des institutions humaines, et serait plus utile et plus curieuse que le tableau toujours uni- forme des désastres causés par l'ambition de quelque souverains.


52 Dl'S DIVINITES GÉKERAïRICES

CHAPITRE III.

Du culte du Phallus chez les Égyptiens.


Est-ce l'Inde, la Phénicie, l'Ethiopie^ la Chaldée ou l'Egypte, qui a vu naître ce culte; ou bien le type en a-t-il été fourni aux habi- tans de ces contrées par une nation plus an- cienne encore? Les diverses opinions émises sur celte matière sont subordonnées à la ques- tion de l'origine de la religion astronomique , dont ce culte est une dépendance. Plusieurs savans l'ont approfondie sans beaucoup de suc- cès; leurs sentimens sont opposés: je ne m'y arrêterai point.

L'abbé Mignot, qui a recherché avec une constance opiniâtre les antiquités religieuses des Assyriens et des Phéniciens, pense que le Phallus est originaire de l'Assyrie et de la Chaldée qui en faisait partie , et que c'est de ce pays que l'usage de consacrer ce symbole de la génération a passé en Egypte. Il croit.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, 55

d après le savant le Clerc, que le nom de ce symbole est phénicien; qu'il dérive de Phalou, qui, dans cette langTie, signifie une chose ^e- crète et cachée^ et du verbe phala^ qui veut dire être admirable et être terni secret. Il en con- clut que l'origine du Phallus n'est point égyp- tienne (i).

Quoi qu'il en soit, c'est en Egypte que se trouvent les monumens les plus nombreux de ce culte antique; c'est de ce pays qu'il est parti pour se répandre dans l'Asie mineure, en Grèce et en Italie; et l'histoire égyptienne nous offre plus de notions sur le Phallus que celle des au- tres peuples de l'Orient. Cela me décide à tirer des Egyptiens les premiers traits du tableau que je vais présenter.

Le Phallus, chez ce peuple, recevait des honneurs divins , était placé dans les temples. On le promenait en procession dans les campa- gnes ; et , aux fêtes célébrées en l'honneur du dieu-soleil Osiris ou Bacchus, il figurait avec distinction. Hérodote, qui a assisté a cette cérémonie, nous la décrit de cette manière : (( Les Egyptiens célèbrent la fête de Bacchus

(i) Second Mémoire sur les anciens philosophes de l'Inde , etc. , par l'abbé Mignot. {Mém. de VAcad. dei Inscriptions , tom. 3i, p. 141)


54 BES DIVINITÉS GENÉBATRICES

» à peu près de la même manière que les » Grecs; mais, au lieu de Phallus, ils ont in- » venté des figures d'environ une coudée de » haut, qu'on fait mouvoir par le moyen d'une )) corde. Les femmes portent^ dans les bourgs « et les villages, ces figures, dont le membre n viril n'est guère moins grand que le reste » du corps , et qu'elles font remuer. Un )) joueur de flûte marche à la tête. Elles le )) suivent en chantant les louanges de Bac- )) chus, etc. (i). »

Il est remarquable que cet usage de prome- ner un grand Phallus en procession, et de le faire mouvoir en le promenant, subsiste en- core aujourd'hui dans une contrée éloignée de l'Egypte. M. de Grandpré fut témoin, en 1787, d'une fête célébrée dans les états de Conao- H y vit des hommes masqués, exécutant une pantomime, et portant, dit-il, avec affectation, un Priape énorme qu'ils agitaient avec un res- sort (2).

Cette similitude d'usage chez des peuples dont l'existence est séparée par plus de deux

(i) Hérodote , Euteiye , liv. 2 , sect. 48.

(2) Voyage à la côte occidentale d'Afrique, par L. de Grandpré, officier de la marine française, tom. i, pag. 118.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 55

niille ans, dont les pays laissent entreux de vastes déserts et un espace de plus de mille lieues de France en ligne droite, donne ma- tière à plusieurs conjectures sur le lieu où le culte du Phallus a été pour la première fois institué. Serait-il parvenu de l'Egypte à la côte occidentale d'Afrique par l'Ethiopie? Ou bien l'Ethiopie, qui, comme le témoignent plusieurs écrivains de l'antiquité , a fourni ses dieux à l'Egypte, aurait - elle été la source com- mune où les Egyptiens et les habitans du Congo ont puisé ce culte? Je n'entreprendrai point de résoudre une question si difîicultueuse; mais le rapprochement que je viens de faire peut donner une direction nouvelle aux idées des scrutateurs de l'anticpiité.

Le premier jour des épagomènes(i)j ou cinq jours avant le premier jour de l'année égyp- tienne, on célébrait la naissance du dieu-soleil Osiris; et, le 25 du mois plaménoth, qui répond à l'équinoxe du printemps, on fêtait, en l'hon- neur du même dieu, les panijlies, mot qui, sui- vant le savant Jablonski, signifie V anjionce d une bonne nouvelle. On promenait alors en proces-

(i) Les jours épagomènes étaient chez les Egyptiens ce qu'étaient, pendant la révolution, en France, les cinq jours complémentaires.


56 DES DIVIMTES GENERATRICES

sion , dit Plutarque, une figure d'Osiris, dont le Phallus était triple : « car ce dieu, ajoute-t-il, » est le principe de la génération ; et tout prîn- » cipe, par sa faculté productive, multiplie » tout ce qui sort de lui. » Suivant cet au- teur, le nombre trois exprime la pluralité in- définie (i).

Il y avait en Egypte des mystères affectés au culte particulier du Phallus. Diodore de Sicile nous apprend que ceux qui voulaient parve- nir au sacerdoce commençaient par s'y faire initier.

Les monumens antiques des Egyptiens qui témoignent l'existence de ce culte sont très- nombreux; et leur manière de représenter le Phallus est très variée : on en voit plusieurs isolés, ou sculptés sur une borne dans un sens horizontal.

Vivant Denon, dans son voyage d'Egypte, a vu ces Phallus isolés sculptés dans les temples, et souvent répétés (2).

Le plus remarquable des Phallus isolés est sans doute celui que le même voyageur a dé-


(i) Plutarque, OEuvres mof^ilcs. Traité d'Isis cl d'O- siris.

(2) Vojage de Vivant Denon dans la basse et haute Égfpt^y toni. 3, ot l'Atlas, pi. cxiv, n. 47 et 54-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5j

couvert à Thèbes dans la haute Egypte, et dans le tombeau d'une femme. Ce Phallus, qui avait eu existence^ était embaumé et enveloppé de bandelettes : on l'a trouvé posé sur la partie correspondante de cette momie féminine. La gravure qu'il donne de celte momie et de ce Phallus prouve que ce dernier était plus grand que nature, et n'appartenait point à l'espèce humaine. Je serais porté a croire que cette mo- mie était celle d'une femme élevée en dignité, et que le Phallus embaumé était celui d'un des taureaux sacrés, que l'on aura extrait après la mort de l'animal, et placé dans ce tombeau comme un préservatif, comme un moyen propre à détourner les mauvais génies, que les anciens croyaient occupés à tourmenter les âmes des morts (i). Les Grecs et les Romains plaçaient aussi quelquefois les figures de Phallus dans les sépultures, par le même motif : plusieurs vases étrusques et grecs, trouvés dans des tom- beaux, offrent en peintures des Phallus, et même des scènes licencieuses, appelées Pria- pées (2).

(1) Vojagede Vivant Denon, toiu. 3, Atlas, pi. xcviiij n» 35.

(2) Telles sont notamment les peintmes de deux vases grecs conservés dans le musée de Portici, du roi rl^ ^ ^


58 DES DIVINITES GENERATRICES

Les Phallus isolés et clans une très-petite proportion se trouvent en grand nombre en Egypte. Ils sont ordinairement de porcelaine de différentes couleurs, et étaient portés comme des amulètes.

Je ne puis quitter ces détails sur les Phallus isolés, sans parler d'une opinion fort étrange, etrelative à une figure qu'on assure être leur re- présentation, ni sans combattre celte opinion émise par des savans d'un rang distingué.

Ils prétendent que les figures de croix que l'on voit si fréquemment sur les monumens égyptiens et indiens sont des figures de Phal- lus : ainsi, ces croix, placées sur la cîme du cou- vercle de plusieurs vases égyptiens consacrés aux cérémonies religieuses; ces croix, dont sont souvent parsemés les vêtemens des prêtres et des divinités d'Egypte; ces croix ou croisettes, circonscrites dans un cercle, et qui se voient sur un grand nombre de monumens antiques; enfin, ces croix annelées ou surmontées d'un anneau que tiennent presque toujours à la main des figures de prêtres , des figures d'Osi- ris, et sur-tout d'Isis, etc, seraient donc autant de Phallus.

pies, et qui ont été trouvés dans des tombeaux près de Nola. J'en parlerai à la fin de cet ouvrage.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5g

Cette opinion, qui donnerait aux croix des chrétiens une origine impure, a été soutenue par les savans Jahlojiskiy dans son Panthéon égyptien (i); Delacroze , dans son Histoire du christianisme des Indes (2); Carli, dans ses Lettres sur l'Amérique (5); enfin Larcher, dans ses notes de la traduction d'Hérodote (4).

Ce dernier donne même la figure de ces pré- tendus Phallus; et cette figure est exactement la même que celle des croix qui pendent sur la poitrine de nos femmes dévotes ou galantes, et sur celle desévêques. Il donne aussi la figure du triple Phallus ou triphallus ; et cette figure rappelle celle des triples croix qu'on porte en procession devant le pape ou devant des prélats éminens.

Les croix sont fort anciennes, et paraissent originaires de l'Egypte. Le signe sacré du Tau, image des colonnes cruciformes et adorées, que les Egyptiens appelaient Thoth^ et dont ils firent une divinité, était une croix. Ce signe formait aussi un caractère alphabétique dont

(1) Lib. 5, cap. "j^secii'ofi 4, tom. 3, p. 2o5.

(2)P«^.43l.

(3) Tom. i,p. 499, et iotir. 2, p. 5o4et5o5.

(4) Traduction d'Hérodote, par Larcher, dernière édi- tion, tom. 2, p. 270 et 272.


6o DES DIVINITES GENERATRICES

notre T représente, sinon la figure exacte, du moins la valeur accentuelle.

Lorsque les chrétiens démolirent, vers la fin du quatrième siècle, le fameux temple de Séra- pis à Alexandrie, ils y trouvèrent plusieurs croix gravées sur des pierres. C'est cette cir- constance, dit l'historien Sozomène, qui déter- mina plusieurs payens à embrasser le christia- nisme (i).

Quant à la croix surmontée d'un anneau, elle était et elle est encore le signe de la planète appelée Vénus. L'anneau ou le cercle indique la planète ; et le Tau, qui lui est adjoint, la ca- ractérise.

Ceux qui connaissent parfaitement la forme du Phallus ne pourront se persuader qu'une croix est son image. D'ailleurs, dans les mêmes monumens égyptiens, on voit des croix toutes

mples, et des Phallus d'après nature. Les Égyptiens n'auraient pas en même temps re- présenté le même objet par des figures si dis- semblables. Mais revenons a l'histoire du Phal- lus chez les Egyptiens.

On ajouta un Phallus à des figures d'animaux, à des figures d'hommes ou de divinités. Un exemple singulier de ces additions a été publié

{\) Histoire ecclésiastique de Fleurj, Uv. 19, p. 600.


CHEZ T.ES ANCIENS ET LES MODERNES. 6l

par M.Knight : c'est une figure, représentant la tête seule du taureau Jpis ^ ornée du disque du soleil, qui caractérisait cet animal divin. Des deux côtés de sa bouche sortent deux formes de Phallus de même proportion, et qui s'éten- dent horizontalement sur une même ligne (i). C'est le symbole de la force, de la puissance, uni à celui d'une double fécondité.

L'Egypte offre encore des Phallus adhérens à la divinité Terme. M. Vivant Denon a décrit un bas-relief, où se voit un homme à tête de loup, faisant des offrandes '^^ un Terme, et portant une main sur le Phallus de cette divinité (2).

Les Phallus, unis aux figures humaines, sont très-fréquens dans les monumens égyp- tiens. On trouve des figures d'enfans représen- tés assiS;, au corps desquels adhère un énorme Pliallus, qui s'élève au dessus de leur tête, ou dont ils supportent l'extrémité sur leurs épau- les. Caylus a fait graver une de ces figures : (( Elle représente, dit- il ^ le plus terrible Phal- V lus qu'on ait vu, proportions gardées, sur au-

(i) J[n accouru ^of the remains of the TVorship of Priapus, etc.

(2) Vojage dans la basse et la haute Egypte , Atlas, pi. cxxv, n* t5.


6-2 DES DIVINITÉS GENERATRICES

» cun autre ouvrage (i). » Quoique ceux qui lui firent passer cette antiquité assurassent qu'elle était Egyptienne, M. Caylus l'a jugée Romaine. On va voir que ce savant, d'ailleurs très-circonspect dans ses décisions, a prononcé avec trop de précipitation.

M. Vivant Denon a publié deux figures abso- lument semblables à celle de Caylus; et il les a trouvées en Egypte (2). La suite de cet ouvrage prouvera qu'il existait de pareilles figures dans le temple d'Hiérapolls en Syrie. Ainsi, le type de ces petites figures à grand Phallus venait d'Egypte ou de la Syrie.

Les rapports intimes qui existent entre le soleil printanier et le signe de la génération ' portèrent les Egyptiens, lorsqu41s eurent adopté l'usage de donner à leurs divinités des figures humaines, à représenter le dieu-soleil, Osiris ou Bac chus y avec un Phallus dans un état propre à la fécondation. La plupart des monumens antiques nous offrent ce dieu - soleil tenant en main son Phallus très-apparent, et semblant, par cette attitude, prouver à ses

(1) Antiquités de Cajlus , tom. 3, p. 62, et pi. xiii , n. 2, 3 et 5.

(2) Voyage dans la basse et la haute Égj-ptCf-paivYi- vant Denon^ pi. 98, n. 36 et 37.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 65

adorateurs sa résurrection au printemps, et sa vigueur renouvelée.

Caylus a fait graver quatre figures antiques d'Osiris qui sont toutes dans cette attitude mys- térieuse (i). Dans le cabinet des antiquités de Paris, on en voit plusieurs de cette espèce. On y remarque un Osiris nu^ coiffé d'une mitre, soulevant un voile de la main droite, et de la gauche tenant son Phallus. Un souffre, pris sur une amélhiste gravée, représente le même dieu dans la même attitude (2).

La figure d' Osiris , coiffée d'une miîre, tenant en main le fléau ou le fouet qui le caractérise, et muni d'un Phallus très-saillant, figurait dans les pompes religieuses. Douze prêtres portaient alors sur leurs épaules un riche brancard cou- vert d'un tapis parsemé de fleurs de lotus épa- nouies, sur lequel s'élevait l'idole de ce dieu- soleil. Des bas-reliefs, vus dans le temple d'Her- montis, dans celui de Karnakà Thèbes, et dans plusieurs autres lieux de la haute Egypte, re- présentent cette cérémonie processionnelle ,

(ij Antiquités de Caj'lus, tom. 3, pi. 11 et m, tom. 6, pi. I et II.

(2) Dictionnaire de la Fable , par Millin , au mot Osiris.


64 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

et le dieu à Phallus ainsi porté en triom-- phe (i).

Quelquefois la même figure de ce dieu se trouve devant un autel chargé d'offrandes composées de fruits ou de volailles. Un bas-re- lief très-saillant, qui décore un vase de bronze venu d'Egypte, et dont la gravure a été publiée par Caylus, représente ainsi un Osiris nu : son Phallus se trouve en contact avec les offrandes dont l'autel est chargé (2).

Une scène toute semblable a été reproduite dans les monumens égyptiens publiés par M. Vivant Denon (5).

Une particularité très - rare de ce culte se remarque à Tentiris , dans un bas-relief: il représente un Osiris ^ coiffé de sa mître, absolument nu et couché horizontalement, tandis que sou Phallus s'élève dans un sens vertical (4).

Il serait trop long, il serait fastidieux de dé- crire toutesles variétés déformes quelesÉgyp-

(i) Vojage de Denon, Atlas, pi. li, n. i , 2 et 3 ; pi. cxxi, n. 5j pi. cxxvi, n. 4; pi- cxxvii , n. 10; pi. cxxxiii, n. 4, et pi. cxxxiv.

(2) Caylus, Antiquités, tom. 6, pi. xv, 11. i.

(3) Vojage dans la basse et la haute Égfpte , Atlas, pi. XXIII, n. 7.

(4) Vojage de Denon, Atlas, pi. cxxvi, 11- 12.


CHEZ LES AprClENS ET LES MODERNES. 65

tiens donnèrent au culte du Phallus. Les cabi- nets et les recueils d'antiquités présentent en- core de nouvelles espèces de ce genre de culte chez ces peuples. Je me suis borné aux princi- pales.

Maintenant je dois dire^ et il sera curieux de l'apprendre , sous quel voile allégorique les prêtres égyptiens cachèrent au vulgaire cet emblème énergique du Soleil régénérateur; son origine astronomique, et par quel fable ils jus- tifièrent le culte du Phallus.

Osiris (ou le Soleil), principe du bien, génie de la lumière, avait pour ennemi son frère Tjphon y principe du mal, génie des frimas et des ténèbres. Ce dernier parvint à se saisir d'Osiris, et le renferma dans un coffre, qu'il jeta dans les eaux du Nil.

Cette disparition d'Osiris est une allégorie grossière de la saison rigoureuse oii les nuits, plus longues que les jours, l'absence de la végétation, l'engourdissement de la nature, annoncent le triomphe du génie des ténèbres et de la mort sur le génie de la lumière et de la vie.

Isis (la Lune), femme d'Osiris, fit de longs

voyages pour retrouver le corps de son

époux. C'est à Biblos, en Phénicie, et à

l'époque du printemps , qu'elle en fit la décou-

IT. 5


66 DES DIVINITES GENERATmCES

verte. Elle emporta aussitôt le coffre qui con- tenait ce dépôt précieux; mais, voulant visiter son fils Horus (dieu du jour), elle le déposa dans un lieu secret_, loin des regards des mortels.

Tjphon, chassant pendant la nuit, aperçoit le coffre, reconnaît le corps d'Osiris, s'en em- pare, le coupe en quatorze ou en vingt-six par- ties, et les disperse çà et là (i).

Isis, affligée, recherche avec soin les parties éparses du corps de son cher Osiris. A chaque partie qu'elle retrouve, elle élève en son hon- neur un monument. Elle parvint à les recou- vrer toutes, excepté la partie sexuelle que Tj- py^oTz avait jetée dans le Nil, et qui était devenue la proie des poissons.

La déesse, pour remplacer cette partie per- due , en lit faire une représentation , et lui ren- dit les mêmes honneurs funèbres qu'avaient reçues les autres parties du corps d'Osiris.

Elle voulut même marquer sa prédilection pour ce simulacre de la virilité, en le faisant placerdans les temples, et en l'exposant à l'ado-

(i) La plupart des anciens qui racontent cette tragique aventure disent que Tjphon coupa Osiris en quatorze parties. Diodore de Sicile assure que son corps fut coupé en vingt-six parties , qui furent distribuées aux Titans.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 67

ration des peuples. On assure que les figures de cette partie du corps d'Osiris, les Phallus fu- rent, dans l'origine^ en bois de figuier, parce que cet arbre passait pour contenir, à un degré éminent, des principes d'humidité et de repro- duction. Quoi qu'il en soit, Isis érigea en divi- nité ce simulacre de bois, u Elle consacra, dit » Plutarque, le Phallus dont les Egyptiens » célèbrent encore la fête (i). »

Il ajoute « qu'Isis le fabriqua elle-même; » qu'elle le fit porter dans les sacrifices, afin » de nous apprendre que la vertu productive » du Dieu-Soleil a eu pour matière première la » substance humide ; et que, par elle, cette » vertu s'est communiquée à tout ce qui en est » susceptible. »

C'est par cette fable, qui fut inventée à une époque où le Phallus était encore isolé, et n'ad- hérait à aucun corps, que les prêtres égyptiens cherchèrent à rendre raison au peuple du culte de cet emblème; c'est sous cette enveloppe allégorique qu'ils ont caché le mécanisme de

(i) Sur cette fable, que je n'ai rapportée qu'en subs- tance, on peut consulter le Traité d'Isis et d'Osiris , par Plutarque ; Diodore de Sicile, Iw. i , cap. 11, ou torn. I , liv. 4î chop. 3 de la traduction de Terrasson ; Jablonski, en sonPanthéon égyptien ^ Court de Gebelin^ en sonHistoire religieuse du Calendrier, etc.


68 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

leur dogme et l'historique des divers états du soleil, ou plutôt de la terre, pendant la révo- lution annuelle.

On verra que les fables, inventées par les prêtres de chaque nation, pour justifier le culte du Phallus y ne sont pas plus ingé- nieuses.

Telles sont les variétés progressives qu'é- prouva ce simulacre en Egypte. D'abord Phal- lus simple et isolé, puis Phallus double, triple; Phallus uni à un corps quelconque, arbre ^ borne, terme, etc.; Phallus adhérent à une fi- gure humaine, sans désignation; enfin adhé- rent à celle désignée sous le nom du dieu Osîris.

Là, fut fixée en Egypte la fortune du Phallus. Le culte ne pouvait élever cet emblème à un degré plus éminent qu'en l'adjoignant à l'idole du Dieu-Soleil : cette adjonction n'altéra point la simplicité du culte primitif, et l'on continua de vénérer le Phallus isolé ; car, dans les reli- gions antiques , une nouveauté admise ne s'établissait jamais aux dépens des anciennes pratiques; et le culte des temps les plus recu- lés, des temps les plus barbares, existait sou- vent à coté des cultes enrichis et ornés par la civilisation.

Le Phalhfs simple et grossier ne perdait rien


CHEZ LES ANCIÈiNS ET LÉS MODERNES. 69

dans l'opinion publique, tandis que l'on fêtait pompeusement le Phallus illustré par son adhé- sion à la figure du dieu-soleil Osiris.

Ce culte subsista en Egypte jusqu'à la fin du quatrième siècle de l'ère chrétienne.

Cambyse, roi des Perses, vainqueur des Égyptiens, tua le bœuf y^pis, et fit fouetter ses prêtres : il était adorateur d'un seul dieu.

Les Grecs, conquérans de l'Egypte, et qui y régnèrent sous le nom de Ptolémée, ne chan- gèrent rien au culte des Egyptiens, s'y soumi- rent, l'embellirent et le fortifièrent; ils furent imités par les empereurs romains : les Grecs et les Romains adoraient plusieurs dieux. Les chrétiens n'imitèrent ni les Grecs ni les Ro- mains: ils suivirent les traces de Cambyse, ré- solurent d'anéantir la religion de l'Egypte: et leur persévérance assura leurs succès.

L'évêque Théophile obtint, en 589, de l'em- pereur Théodose, la permission de détruire l'idolâtrie égyptienne. Muni de ses pouvoirs, et escorté d'une foule de moines, il mit en fuite les prêtres, brisa les idoles, démolit les tem- ples^ ou y établit des monastères. Le fameux temple de Sérapis, à Alexandrie, fut renversé en cette occasion. Le temple d'Osiris ou de Bacchus, tombant en ruines, fut converti en temple chrétien. Cette expédition ne se fit pas.


yO DES DIVINITES GENERATRICES

sans exciter de sanglantes émotions parmi le peuple. On trouva dans les souterrains du tem- ple de Bacchus, dit l'historien Socrate, plu- sieurs de ces ligures infâmes nommées, parles Grecs, Phallus (i).

Tels furent les commencemens, les progrès et la ruine du culte du Phallus en Egypte. Je vais rechercher ce que devint ce culte chez d'autres nations.

(i) Socrate, lib. 5, cap. i6; Histoire ecclésiastique àe Fleury, liv. 19, p. 696 .


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES.


x^sv>^^V;'^^sv\^sv^xvx\^,^s^svvvxv\^;V^JA,x^xx^xx^^,^^x^AA;^^A,v\s


CHAPITRE IV.


Du culte du Phallus en Palestine et chez les Hébreux.


Dans l'ordre géographique^ la Syrie se pré- sente la première; et la partie de la Syrie la plus voisine de l'Egypte est la Palestine.

Quel fut le culte du Phallus dans cette dernière contrée qu'hahitaient les Héhreux, peuple favorisé de Dieu, qui, toujours dirigé par la main divine dans la voie sainte, ne ces- sait de s'en écarter; dont les lois, quoique, dit- on, composées par leur dieu, étaient si mal appropriées au caractère et aux hahitudes na- tionales qu'elles furent presque continuelle- ment violées ? C'est ce que je vais rechercher.

Les Moahites et les Madianites, peuples voisins de la Palestine, adoraient un dieu ap- pelé Baal-Pkégor ou Beel-Poor (i). Les pre-

(i) Baal , Beel , n'est qu'une qualification honorable donnée à un objet de culte, qui, chez les Chaldéens,


72 DES DIVINITES GENERATRICES

miers écrivains du christianisme qui ont parlé de cette divinité^ tels que saint Jérôme, Rulin , Isidore de Séville, et plusieurs savans com- mentateurs de la Bible, s'accordent à dire que cette divinité était la même que Priape.

Les Hébreux, toujours curieux d'imiter les pratiques supertitieuses de leurs voisins, se firent initier au culte de BeeUPhégor ; ils for- niquèrent avec les filles des Moabites; ils man- gèrent de leurs sacrifices, et adorèrent leurs dieux (i).

Le dieu des Hébreux ou des Israélites, étant fort irrité de cette conduite , dit à Moïse : Pre- nez tous les -princes du peuple ^ et pendez-les à des potences en plein jour (2).

Moïse ne suivit point l'ordre de Dieu qui voulait épargner le peuple et punir les chefs: il ne les pendit point, mais il dit aux juges d'Israël : Que chacun tue ceux de ses parens qui se sont consacrés au culte de Beel-Phegor,,..

était l'équivalent eu mot Seigneur. Les Samaritains ap- pelaient cette divinité Baal, et les Babyloniens Bel ou Beliis. De ce mot Baal, les Grecs ont fait Abello, Apollon ; les Gaulois Belemis , Belisama , Bellus-Ca- drus, etc. Il paraît constant que les adjectifs beau, belle, dérivent du nom de ces divinités-soleils.

(i) Nombres, chap. 25, v. 1 et 2,

(2) Idem, ibid., vers. 3 et 4-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 75 11 y eut alors vingt-quatre mille hommes qui furent tués (i).

Ce ne fut pas tout ; le Seigneur dit encore à Moïse : (f Que les Madianites sentent que vous » êtes leurs ennemis : tuez-les tous, parce qu'ils » vous ont traités en ennemis, en vous sédui- » sant par l'idole de Phégor (2). »

Ainsi le sang ruissela dans Israël: des parens égorgèrent leurs parens; vingt-quatre mille Hébreux furent mis à mort, ainsi que tous les Madianites, pour avoir adressé des hommages au simulacre de ce qui donne la vie (5).

Car il n'en faut pas douter, ce Beel-Phégor était une idole à Phallus, située sur la monta- gne de Pliégor ou Phogor, dont le nom a servi a la composition de celui de cette divinité. C'é-


(i) Nombres , cliap, 25 , vers. 5 et 9.

{2) Idem ^ cliap. 26, vers. 17 et 18.

(3) Cette affreuse boucherie rappelle ce que fit faire Moïse contre les adorateurs du simulacre doré du taureau Apis, appelé communément le veau d'or. Moïse s'adressa à ceux de la tribu de Levi .* Que chacun mette son épée à son côté; passez et repassez au travers du camp d'une porte à l'autre, et que chacun tue son frère , son ami,

ET CELUI QUI LUI EST LE PLUS rROCHE.

Les enfans de Levi firent ce que Moïse leur avait or- donné , et il y eut environ vingt-trois mille hommes de tués en ce jour-là. {Exode, cap. 82, vers. 27 et 28.)


74 DES DIVINITÉS CxÉnÉRATRICES

tait le Priape des Grecs et des Romains, comme plusieurs écrivains en conviennent (i).

Cette terrible correction, ce moyen violent de (convertir im peuple, ne produisit pas l'eflPet qu'en attendait le législateur Moïse. En tuant les hommes, on ne tue pas toujours les opi- nions; et l'on vit, plusieurs siècles après, les Hébreux renouveler leur adoration à l'idole de Beel-Phégor. Voici comment le prophète Osée fait parler le Seigneur :

(c J'ai aimé Israël comme des grappes de )) raisin trouvées dans le désert; j'ai vu leurs » pères avec le même plaisir que l'on voit les » premières figues paraître sur le haut du fi- » guier; et cependant ils sont entrés en Beel- » Phégor (où ils ont été initiés aux mystères

( I ) Voyez ce qu'en dit saint Jérôme dans son Commen- taire sur le chapitre 9 du prophète Osée : Ipsi autem. educti de Egjpto fornicati sunt cum Madianitis , et ingressiad Beel-Phegor^ idolum,Moabitarum,^quernnos Vjii Â.vvM.possumus appellare. Isidore , en ses Origines, dit de même : Beel-Phegor interpretatur simulacrum. ignominiœ : idolum enimfuit Moab, cognomentoBkAL, SUPER MONTEM Phegor , quem latini PriApum vocant Deum hortorum,. Rufin , en son livre 3 sur Osée , dit : BEEL-PHEGORy?^MramPRiAPi dixeruut teneie. Un autre commentateur de la Bible dit aussi : Beiil-Phegor He- brœis deus turpitudinis , ut PriApus Romanis. (Note sur le chap. 25 du livre des Nombres, vers. 3.)


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. yS

» de Beel'Phégor). Ils se sont débauchés et » plongés dans le désordre; ils sont devenus » abominables comme les choses qu'ils ont » aimées (i). »

C'étaient des femmes qui desservaient le temple de ce dieu: elles étaient nommées kedes- choths; et ce nom , suivant saint Jérôme, avait la même signification que celui des prostituées qui remplissaient les fonctions de prêtresses de Priape.

Les cérémonies qu'on observait dans le culte rendu à Beel-Phégor ont exercé la plume de plusieurs commentateurs de la Bible, et d'au- tres savans. Il paraît que ]a principale consis- tait à se présenter nu devant l'idole. Les adora- teurs, suivant Phillon, mettaient devant elle en évidence toutes les ouvertures extérieures du corps. Le texte de la Bible semble dire qu'ils s'offraient a l'idole pour se prostituer à elle. Beyer, dans ses additions sur Selden, conclut du texte de la Bible que les filles moabites se prostituaient d'abord à l'idole , puis aux Israé- lites (2).

Cette cérémonie infâme se rapporterait assez au culte que les Egyptiennes rendaient au tau-

(i) Osée, chap 9, vers. 10.

(^) Beyer sur Selden, cap. 5, sintagm. i, Baal-Pooi\.


76 Ï)ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

reaii Apis, en se découvrant devant lui, comme il a été dit plus haut.

Le rabin Salomon-Jarchi attribue au culte de Beel-Phégor une pratique fort indécente et plus ordurière encore. Il serait difficile de trouver dans les fastes des folies humaines un genre d'adoration plus étrange et plus dégoû- tant. L'adorateur, suivant ce rabin, présentait devant l'autel son postérieur nu, soulageait ses entrailles, et faisait à l'idole une offrande de sa puante déjection (i).

Saint Jérôme nous représente cette idole comme portant à la bouche le signe caracté- ristique de Priape (2).

(i ) Voici les paroles de Salomon Jarchi, dans son Com- mentaire sm' le livre des Nombres , cliap. 25 : Eb quod distendebant corcim illo foramen podicis, et stercus offerebant. Hottinger {Hist. orient. , p. i55), exprime la même chose ; Turpiter à cultoribus distento ( sit venia verbis), podicis for aminé , egestoque onere molesto.

On peut consulter sur cet usage religieux Selden , de Dis Sjris , Sintagm. i, cap. 4; Beyer, Addimenta ad Selden, p. 244 ^t 245; Elias Scliedius, de Dis Germanis, p. 84 et 85; Antiquitates Gronovii, tom. 7, cap. i3, etc.

(2) Voici le passage de saint Jérôme , dans son Com- mentaire sur le chapitre 9 du prophète Osée : Denique interpretatur Beel-Phegor idolum, tentiginis liabens in ore , id est in summitotepellem., ut turpitudinem mem-' bri virilis ostenderet.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ^^

Les livres de la Bible ne disent plus rien de Beel-Pkégor; mais ils font mention de quel-^ ques autres cultes qui ne diffèrent nullement de celui du Phallus ou de Priape.

Les aïeux du roi ^za avaient introduit dans Israël plusieurs espèces de cultes idolâtres; et celui du Phallus oif de Priape était du nombre. La grande prêtresse de cette divinité était même la mère du Jeune roi.

» Aza chassa de ses terres les efféminés, » purgea Jérusalem de toutes les idoles sordi- )) des que ses pères avaient érigées (i). »

Il dépouilla sa mère, appelée Maacha, de l'autorité dont elle était revêtue, afin qu'elle ne présidât plus au sacerdoce de Priape , et au bocage sacré où la statue de ce dieu était ado- rée. Il détruisit la caverne où se célébraient ses mystères, et le simulacre de cette divinité cra- puleuse; réduit en pièces, fut brûlé dans le torrent de Cedron (2).

Cette divinité, que la Vulgate nomme PriapCy porte, suivant le texte hébraïque, le nom de Mipheletzeth. Quelques commentateurs l'ont jugée du genre féminin , et ont cru qu'elle était

(i) Les Rois, liv. 3, chap. i5, vers. 12. (2) Idem,ibid. j vers. i3, et P aralypomenon^ liv. 2, vers. 16.


78 DES DIVINITES GENERATRICES.

la déesse Astarté ou Vénus, Les auteurs de la Vulgate auraient-ils pris un sexe pour l'autre, et Priape pour Vénus? Cette opinion n'est pas solidement appuyée ^ à moins qu'on ne regarde comme très-prépondérante, sur une telle ma- tière, l'autorité de Ptabelais (i).

On trouve encore , dans les livres des pro- phètes , un autre témoignage de l'existence du culte de Phallus. Ezéchiel indique, d'une ma- nière assez précise, la fabrication de ce simu- lacre indécent, et l'abus que les femmes d'Is- raël en faisaient.

« Vous avez, leur dit-il, pris vos riches vê- » temens, que vous avez cousus l'un à l'autre, » pour en faire les ornemens de vos hauts lieux, » et vous avez forniqué sur ces hauts lieux (2)


(i) Rabelais fait de Mipheletzeth la souveraine d'une île peuplée par des Andoidlles. Pentagruel et ses com- pagnons , après avoir débarqué dans cette île , eurent de terribles combats à soutenir^ et passèrent au fil de l'épée une infinité' d'Andouilles. Le carnage fut si grand que la reine des Andouilles se vit forcée de demander la paix à Pentagruel, qui la lui accorda.

(2) Les hauts lieux étaient des sanctuaires établis sur la cîme de quelques montagnes. Là étaient des autels en pierres brutes, des espèces de colonnes ou d'obélisques grossiers, objets de l'adoration de plusieurs peuples.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 79

» d'une manière qui n'a jamais eu ni qui n'aura » jamais d'exemple.

» Vous avez pris des objets de parure, des » vases d'or et d'argent qui m'appartenaient, et » que je vous avais donnés ; vous en avez fa- » briqué des images du sexe masculin , et vous » avez forniqué avec ces images (i). »

Ainsi les femmes israélites fabriquèrent, à l'exemple sans doute de quelques peuples voi- sins, des Phallus d'or et d'argent , et en abusè- rent d'une étrange manière.

Voilà ce que les livres de la Bible et les ou- vrages de leurs commentateurs me fournissent sur le culte du Phallus chez les Hébreux. Ce culte , dont l'exercice était une contravention formelle aux lois de ce peuple, commença à se manifester du temps de Moïse, y reparut à dif- férentes époques jusqu'au temps où vivait le prophète Ezéchiel: ce qui comprend un espace d'environ neuf cents ans.

.'i) Fecisti tibi imagines masculinas et fornicata es in eis. Ezéchiel, chap. 16, vers. 17.


8o DES DIVINITÉS GENERATRICES


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CHAPITRE V.


Du Culte du Phallus en Syrie, en Phénicie, en Phrygie, en Assyrie et en Perse.


A l'extrémité de la Syrie, et sur les bords de l'Euphrate , était Hiérapolis ou la ville sa- crée. Dans son enceinte s'élevait un temple, re- nommé par sa grandeur et sa magnificence. Jamais, dans aucune contrée de la terre, le Phallus ne fut plus honoré que dans ce lieu; jamais on ne lui éleva des moniimens plus im- posans, plus colossaux (i).

L'auteur du Traité de la Déesse de Syrie, qui a décrit le temple de cette ville et les objets


(i) Cette ville est aujourd'hui nommée Bambich ou Bambouck. C'est Séleucus qui lui donna le nom à* Hié- rapolis. Les Syriens , avant , l'appelaient Magog. Il ne faut pas la confondre avec une autre Hiérapolis située dans l'Asie Mineure.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 8l

sacrés qu'il contenait, va nous en fournir la preuve (i).

« Ce temple, dit-il, est le plus vaste de tous » ceux de la Syrie; il n'y en a point de plus » saint; aucun lieu n'est plus consacré par la » dévotion des peuples. Il renferme les ouvra- » ges les plus précieux et les oiFrandes les plus » antiques. On y voit plusieurs merveilles, des » statues dignes des dieux dont elles offrent » l'image, et qui manifestent leur présence. . . » Sesrichessessont immenses: l'Arabie, la Phé- » nicie, Babylone etla Cappadoce , lui paient » un tribut. Les Ciliciens et les Assyriens y ap- » portent ce que leur pays a de plus précieux. M J'ai vu le trésor oii sont déposées ces riches- » ses : il contient un grand nombre de véte- » mens, et beaucoup d'autres objets qui éga- » lent en valeur l'argent et l'or. On ne célèbre » d'ailleurs, chez aucun peuple, autant de fêtes » et de solennités. »

Ce temple, bâti sur une élévation au milieu de la ville, était entouré de deux enceintes. Il avait cent toises d'étendue. Les richesses abon-


(i) Ce Traité a été attribué à Lucien, et se trouve encore parmi ses OEuvres ; mais l'extrême crédulité qu'on y remarque prouve qu'il n'appartient point à cet auteur incrédule.

IT. 6


82 DES DIVINITES GENERATRICES

daient dans son intérieur. L'or brillait sur le^ portes; la voûte en était toute couverte. Les parfums de l'Arabie flattaient délicieusement l'odorat; et les yeux étaient éblouis par de nombreuses statues d'or enrichies de pierreries. Mais ce qu'on y voyait de plus remarquable était le trône du soleil et la statue d'Apollon^ que l'auteur, de qui j'emprunte ces détails, dit avoir va se mouvoir et s'élever jusqu'à la voûte du temple. Les prêtres, pour maintenir et ac- croître la dévotion du peuple, ne négligeaient rien pour flatter tous ses sens, étonner les es- prits.

Je ne suivrai pas cet écrivain enthousiaste et crédule dans ses descriptions longues et pompeuses qui sentent le terroir, et qui offrent les écarts ordinaires de l'imagination orientale. Je reviens à mon sujet.

Devant le portique de ce temple magni- fique , s'élevaient deux Phallus colossaux , dont la hauteur prodigieuse fait suspecter d'exagération notre écrivain , ou d'erreur ses copistes.

Ces deux simulacres du sexe masculin avaient , suivant lui , 5oo orgies d'élévation : ce qui revient à 1706 pieds 5 pouces mesure de France (i), proportion exorbitante! Ces Phal-

(j) L'orgie est une mesure de 6 pieds grecs. Le pied


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 85

lus auraient donc eu en hauteur trois fois la longueur du temple, qui n'avait que loo or- gies ou 568 pieds 9 pouces. Cette disproportion choquante entre la longueur de l'édifice et la hauteur des Phallus a fait croire qu'il fallait retrancher un zéro, et lire 3o orgies de hauteur au lieu de 5oo : ce qui réduisait ces monumens à la hauteur plus convenable de 170 pieds 7 pouces et demi, hauteur encore très-consi- dérable, puisqu'elle se rapproche de celle des tours de Notre-Dame de Paris (1).

Sur ces Phallus était gravée cette inscrip- tion :

Bacchus a élevé ces Phallus à Junon, sa belle-mère (2).

C'est ici un des exemples de l'usage, constam- ment suivi par les anciens, d'associer le Phallus aux divinités-soleil. Dans ce temple était le trône de cet astre j et la plus brillante statue

grec ayant 1 1 pouces 4 lignes et demie de Paris , l'orgie doit avoir 5 pieds 8 pouces 3 lignes.

(i) Les tours de Notre-Dame de Paris ont 204 pieds de hauteur. Elles surpasseraient donc celle du Phallus que d'environ 33 pieds.

(2) Homère pensait honorer Junon en lui prêtant des yeux de bœuf-, mais Bacchus , dans cette offrande , nous donne de cette déesse une bien plus grande idée. C'est le cas de s'écrier : 6 altitude!


84 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

qui en décorait l'intérieur était celle d'Apollon, dieu-soleil. Bacchus, qui éleva ces Phallus, était, ainsi qu'Osiris, le dieu-soleil des Egyp- tiens. Tous les deux ont pour symboles le tau- reau céleste et le Phallus extrait de la figure de cet animal.

Ces deux énormes Phallus, qui figuraient devant ce temple comme deux tours figurent devant le portail de nos églises gothiques, pa- raissent avoir servi de modèle à ces sortes de constructions, si généralement adoptées dans les derniers siècles. On nommait, du temps de Vitruve, phalœ des tours rondes dont la cime représentait un œuf. Les tours qui servaient à la défense des camps et des villes portaient aussi le même nom dans le moyen âge (i). La conformité des noms, les rapports qui exis- tent entre les formes, et sur-tout entre la dis- position de ces Phallus et celle des tours de nos églises gothiques, donnent beaucoup de vrai- semblance à cette opinion.

Ces deux Phallus servaient non-seulement k la décoration de la façade du temple , mais encore aux cérémonies du culte : voici com- ment :

« Tous les ans, continue notre orateur, un

(i) Voyez le Glossaire de Ducange au mot Phalœ.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 85

M homme monte jusqu'au sommet de ces

)) monstrueux simulacres, et y demeure pen-

» dant sept jours. Il attire à lui, par le moyen

» d'une longue chaîne, les vivres dont il a be-

« soin, et le bois dont il se construit une espèce

» de siège en forme de nid. Un prêtre debout,

» placé au bas du Phallus, reçoit les offrandes

» de la multitude qui vient au temple , et il ré-

w pète tout haut les noms de ceux qui les ont

M faites. L'homme, perché sur le Phallus, les

)) entend; et, à chaque nom, il adresse pour

» le dévot une prière à Dieu. Pendant cet^e

» prière, il frappe sur un instrument d'airain,

» qui rend un son désagréable. »

Pendant les sept jours et les sept nuits que ce diseur de prières restait sur la pointe élevée d'un de ces Phallus , il devait bien se garder de s'endormir. On racontait que, s'il se laissait aller à l'attrait du sommeil, un scorpion viendrait le piquer douloureusement et le ré- veiller (i).


(i) Cette opinion se rapporte aux monumens symbo- liques du culte d^ Mithra, dieu-soleil des Persans. Ce dieu y est représenté tenant sous lui un taureau renversé qu'il égorge. On y voit toujours un scorpion qui mord les parties génitales de ce taureau. Ce scorpion agit sur l'extrémité du membre du taureau, comme il agit sur


S6 DES DIVINITÉS GENERATRICES

11 paraît que , dans le temps où voyageait en Syrie l'auteur que je cite , les opinions étaient fort partagées sur l'origine de cette cérémonie. Les uns croyaient que cet homme si haut monté, étant plus voisin du ciel, pouvait plus facilement communiquer avec les dieux. Quel- ques-uns pensaient que son séjour sur la cime de cette espèce d'obélisque était un acte com- mémoratif du déluge de Deucalion, où les hommes grimpèrent sur les arbres et sur les montagnes pour se soustraire à l'inondation ; njais notre auteur est d'une autre opinion : il croit que c'est en l'honneur de Bacchus que cette cérémonie est pratiquée.

K Tous ceux qui élèvent des Priapes à Bac- » chus, dit-il, placent sur ces mêmes Priapes » des hommes de bois. Pour quelle raison y » placent-ils ces figures? c'est ce que je ne di- » rai pas; mais il me paraît que c'est pour re- » présenter cette figure de bois qu'un homme » monte sur le Phallus. »

La figure de ces hommes de bois montés sur


rextréuiité de ces Phallus. Cette identité d'action sur deux objets semblables décèle les rapports mystiques qui existent entre ces deux objets, et concourt à établir l'affinité du membre génital du taureau avec les Phallus adorés.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 87

la cîme d'un Phallus se retrouve dans une gravure des antiquités de Caylus. Elle repré- sente un groupe composé d'un Phallus énorme et de deux enfans. L'un d'eux est assis, et sem- ble soutenir le Phallus qu'il ne peut embrasser; l'autre est absolument juché sur la cîme. Il est évident que les figures décrites par l'auteur du Traité de la Déesse de Syrie, et celles que Gaylus nous retrace, ont été copiées sur le même type (i).

En décrivant les divers objets contenus dans le même temple, notre auteur ajoute qu'il s'y trouve plusieurs de ces Phallus en bois, sur lesquels sont sculptés de petits hommes munis de « gros Priapes, et que ces figures » sont appelées Ne^^rospastes f c'est-a-dire ^ » nerfs tendus.

» Ces Phallus se voient aussi dans le temple ; » et, sur la droite, on trouve un petit homme » d'airain , assis et portant un Priape (2).

Cette dernière espèce de Phallus est parfai- tement semblable à celle qui était en usage en Egypte, et que les femmes promenaient dans les campagnes. Caylus etDenon en ont donné des figures (5).

(i) Caylus, Antiquités, tom. -j, pi. vu, n. i et 2.

(2) OEuvres de Lucien, Traité de la Déesse de Syrie,

(3) Voyez ci-dessus chap. IIÏ.


8S DES DIVINITES GENERATRICES

En Phénicie, pays voisin de la Syrie, le Phallus était encore en honneur; et, comme ailleurs, on l'associait au culte du soleil. Cet astre y était adoré sous le nom ô^ Adonis ou de Seigneur, Cette divinité est absolument la même que l'Osirisde Memphis, et le Bacchus de Thèbes en Egypte (i).

C'est à Biblos que ce culte était particulière- ment célébré. On y adorait dans le même tem- ple Astarté ou la Vénus Bïblienne, Vénus qui préside à la génération des êtres, qui, comme Isis, était le symbole de Fhumidité fécondante. Vénus, dis-je, amoureuse du bel Adonis, of- frait l'emblème de la terre au printemps qui, avide de la chaleur du soleil, ouvre son sein à ses rayons , et en est fécondée.

A l'exemple des Egyptiens qui célébraient la mort d'Osiris et sa résurrection^ on célébrait à Biblos , par le deuil et les larmes, la mort d'Adonis. Bientôt on annonçait sa résurrec- tion : a la fête lugubre succédaient des céré- monies où se manifestait la joie puWique. C'était alors que le Phallus, symbole de la ré-

(2) Selden, de Dis Sjris, syntagm. 2, dit: Eumdem enim Osiridem et Adonim intelligunt omnes. Ausone, epigiamm. 2g, dit encore: Oggjgia me Bacchum vocat, Osirim ÂEgyptus putat , Arabica gens Adoneum.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 89

surrectioii de la nature, au printemps, était porté en triomphe (t).

Les prêtres de Biblos, pour rendre raison de la présence du Phallus dans ces solennités joyeuses, imaginèrent la fable du sanglier fu- rieux qui blessa Adonis aux parties de la géné- ration : ils dirent que ce dieu, étant guéri de sa blessure , consacra le Phallus, image de la par- tie blessée.

C'est cette fable que les Grecs ont, suivant leur coutume, brodée, amplifiée et altérée, mais dont ils ont conservé les principaux ca- ractères : la mort ou la blessure d'Adonis, et sa résurrection ou sa guérison.

Si l'on se reporte en Phrygie , on trouve le culte du Phallus associé également à celui du soleil , et fondé sur une fable pareille.

Le dieu-soleil de cette contrée était nommé

(i) Meursius, de Festis grcecorum, lib. i, Adonia. Les Hébreux rendirent un culte à Adonis sous le nom de Thammuz. Ezéchiel se plaint des femmes qui venaient s'asseoir à la porte septentrionale du temple , et pleurer la mort de Thammuz. Ce dieu Thammuz paraît être le même que Cham,os ou Chamosh, qu'adoraient les Cana- néens (ou Phéniciens), les Moabites et les Madianites , et auquel Salomon bâtit un temple que Josias détruisit dans la suite. Quant au nom à^ Adonis, il signifie sei- gneur , maître , ainsi (ixi'Adon et Adonài.


90 DES DIVINITES GENERATRICES

Atis; et, pour expliquer au peuple la cause de la présence du Phallus dans les cérémonies re- ligieuses qu'on célébrait en l'honneur de cette divinité génératrice, les prêtres composèrent plusieurs fables qui s'accordent à dire que le jeune et beau Phrygien, nommé Atis, se mutila lui-même , ou fut mutilé par d'au- tres.

Suivant toutes ces fables orientales, égyp- tiennes, phéniciennes, phrygiennes, c'est tou- jours après un événement funeste et malheu- reux que le Phallus paraît publiquement, et reçoit des hommages divins, parce que c'est après les frimas et la stérilité de la nature vé- gétante que le soleil parait, et répand par-tout la vigueur et la fécondité.

Diodore de Sicile nous apprend que les Egyptiens n'étaient pas les seuls qui honoras- sent le Phallus : plusieurs autres peuples les imitaient a cet égard. Dans l'Assyrie comme dans la Phénicie, le Phallus figurait dans les mystères et dans les pompes religieuses.

Alexandre Polyhistor , en parlant du temple de Bélus à Babylone , et des idoles variées et monstrueuses qui s'y trouvaient, dit qu'une de ces idoles avait deux têtes : Tune appartenant à l'homme et l'autre à la femme, ainsi que les


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. Qï

parties delà génération des deux sexes (i). On verra ailleurs de pareils amalgames de deux sexes en une même figure.

Le géographe Ptolémée témoigne que le symbole de la reproduction des êtres était con- sacré, non-seulement chez les Assyriens, mais encore chez les Perses. « Les membres desti- » nés à la génération, dit-il, sont sacrés chez » les peuples de l'Assyrie et de la Perse , parce » qu'ils sont les symboles du Soleil, de Saturne » et de Vénus : planètes qui président a la fé- » condité (2). »

On voit que ce n'était pas le simulacre du sexe masculin seulement^ mais aussi celui du sexe féminin, que les Assyriens et les Perses consacraient dans leurs cérémonies religieuses. On trouvera d'autres exemples de cette réunion de la figure des deux sexes.

Parmi les bas-reliefs antiques et allégoriques de Mithra^ dieu-soleil des Perses^ on en trouve où le symbole de la fécondité est figuré par un homme tenant en main son Phallus, qui est dans un état propre à la fécondation.

Ces bas-reliefs allégoriques, qui sont assez communs^ représentent un homme coiffé du

(i) Alexand. Polyhist. in Ghaldaii, apud Syncell,/?. 29. (2) Ptolémée, Geograph., lib. i.


92 DES DIVINITES GENERATRICES

bonnet phygien, et tenant sous lui un taureau qu'il vient d'égorger. C'est l'emblème du soleil triomphateur, du taureau céleste (i).

Dans les ruines de Persépolis, on voit, sui- vant un voyageur moderne, plusieurs bas-re- liefs qui retracent la même scène ; mais, au lieu du taureau, c'est un bouc , que l'homme , sym- bole du soleil, égorge (2) : ce qui prouverait que les anciens Perses avaient, comme les Egyptiens, également adopté pour symboles du soleil printanier les signes zodiacaux ren- fermés dans la même division: le Taureau et le Bouc.

(1) Voyez Y Histoire physique ^ cii^ile et morale de Paris y tome I", page 160 , 2* édit. ; Paris , Guillaume , libraire , rue Hautefeuille , n° 14.

(2) Voyage du Bengale à Scjrras, par Franklin.


CHEZ LES ANCTENS ET LES MODERNES. qS


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CHAPITRE VI.


Du culte du Phallus chez les Indiens.


Après avoir parcouru tout l'espace qui existe entre les bords du Nil et ceux de l'Indus, et avoir trouvé chez les diverses nations qui oc- cupent cette vaste étendue de pays le culte du Phallus établi, je vais examiner quel fut et quel est encore ce culte chez les Indiens an- ciens et modernes.

Ces peuples diffèrent de ceux dont nous avons parlé en ce que , malgré les efforts des missionnaires musulmans et chrétiens, ils ont conservé, pour la plupart, leur religion anti- que, ses dogmes et ses cérémonies.

Bardésane a vu chez eux, et dans un antre profond, une statue, de dix à douze coudées de hauteur, qui, en un seul corps, représentait l'homme et la femme. La moitié du visage, un bras, un pied, appartenaient au sexe masculin; et l'autre moitié du corps au sexe féminin. Sur


94 I>ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

la mamelle droite on voyait le soleil, et sur la gauche la lune en peinture ; tout le reste du corps représentait des figures de montagnes, de mers , de fleuves , de plantes et d'animaux. Les brachmanes, anciens philosophes indiens, disaient que Dieu avait donné cette statue her- maphrodite à son fils, afin qu'elle lui servît de modèle, lorsqu'il créa le monde. Elle était l'emblème des principes actifs et passifs de la nature. C'est ce que nous apprend Porphyre de cette figure symbolique des deux sexes, par laquelle les anciens Indiens représentaient la génération des êtres (i).

On voit bien, dans cette description, que les deux sexes sont l'emblème de la génération; mais on n'y voit pas figurer le signe qui carac- térise le sexe masculin, nommé Priape ou Phallus, et que les Indiens appellent Lingam. Le silence de Bardésane ne prouve pas que ce signe était inconnu chez les Indiens, lorsque, il y a environ quinze cents ans, il voyagea parmi eux. Bardésane a bien pu n'y pas tout voir j il a pu aussi y voir des Lingams, et ne pas en par- ler, parce que ces simulacres ne lui présentaient rien d'extraordinaire , rien qu'il n'eût vu plu-

(i) Porphyre, de Stjge, p. 283 ; Mém, de VJcad. des //i^cn/;i., tom. XXXI, p. i36.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. gS

sieurs fois clans son pays; et Porphyre, qui le cite, a pu aussi ne point relater tout ce que Bardésane avait mentionné sur le culte des Indiens.

Cette citation sert à prouver que la figure des deux sexes réunis était anciennement chez les Indiens un objet sacré; elle prouve aussi que ces peuples ont scrupuleusement conservé jusqu'à nos jours les rites et les cérémo- nies qu'ils observaient il y a environ quinze siècles ; car la figure que Bardésane a re- marquée dans l'Inde à cette époque ancienne existe encore aujourd'hui dans la même forme (i).

{i)Vahhé Mignot, dans un second Mémoire sur les anciens philosophes de Vinde , après avoir cité le pas- sage de Porphyre sur le voyage de Bardésane , dit , à pro- pos de cette figura à deux sexes : « Cette espèce de Lin- » gam se trouve encore aujourd'hui dans l'Inde, comme » on le voit par les figures des idoles de ce pays qui ont » été envoyées à M. le marquis de Marigny. » {Mém. de VAcad. des Inscript. , tom. XXXI, p. i36). Un autre écrivain témoigne l'existence de cette figure. « Elle est >• appelée aujourd'hui , àii-û, Ardhanarj-Eswara. QiQ » mélange fut fait, disent les bramines, parce que » Eswara (ou Chiven) , amoureux de Parvatti, lui » donna la moitié de son corps. >» {Mœurs des Bramines, par Abraham Roger,/?. i540


q6 des divinités GENERATRICES

Cette attention à ne rien altérer dans les pratiques de la religion me fait croire que la figure du Phallus ou du Lingam, que les In- diens vénèrent comme un objet sacré, était égalementvénérée par eux dans des temps très- reculés.

Je suis confirmé dans cette opinion par le rapport de plusieurs voyageurs dans l'Inde, qui ont vu sur les murs des pagodes ou temples de ce pays, dont la structure remontait à la plus haute antiquité, des bas-reliefs qui repré- sentaient le simulacre du sexe masculin, appelé Lingam, avec des formes très-variées. Enfin, dire a ceux qui connaissent l'éloignement des Indiens pour les innovations religieuses que le culte du Lingam existe, c'est leur prouver qu'il a existé depuis très-long-temps.

Les Phallus, appelés Lingam dans l'Inde, s'y trouvent sous plusieurs formes : il en est d'iso- lés, de combinés avec la figure du sexe fémi- nin il en est qui, par leur petitesse, doivent être mis au rang des amulettes; d'autres qui sont d'une grandeur très-disproportionnée avec le corps auquel ils adhèrent.

Les Indiens de la secte de Chiven, une des trois principales divinités, ont une grande vé- nération pour le Lingam : c'est sous cette forme que ce dieu est adoré dans les pagodes; mais


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 97

quand on le porte en procession dans les rues, son idole alors a la figure d'un homme (i).

Trois symboles réunis expriment ordinaire- ment, dans les lieux consacrés au culte, les trois principales divinités : Brama y Wischnou et Chwen. CetteTrinité indienne est caractérisée par un piédestal, sur lequel est un vase, d'où s'é- lève un corps en forme de colonne. Le piédes- tal signifie Brama; le vase posé dessus indique la figure du sexe féminin et Temblême de Wischnou ; la colonne qui s'élève du sein de ce vase désigne le sexe masculin, emblème de Chwen.

L'intérieur des pagodes et leur extérieur of- frent des peintures et des sculptures bien faites pour blesser les yeux de tout autre peuple que les Indiens : il s'y trouve souvent des scènes d'une indécence révoltante. Les pagodes, les chemins, les lieux destinés à loger les voya- geurs, que les Perses nomment caravanserais ^

(i) Abraham Roger , p. 157. Chiven ou Sweii, Sib, Seib , Schiva Esswara , Ixora ou bien Routreji , Rou- dra, Majessouren, Mahaden, Sangara, etc., sont les noms de la même divinité. Quelques-uns se ressemblent, et sont prononcés différemment dans divers cantons de l'Inde , ou différemment orthographiés par les Européens. Ce dieu a beaucoup de rapport avec le Priape des Grecs et des Romains.

II. n


98 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

et les Indiens chauderies , offrent par-tout le Lingam. La pagode de Villenour , située à deux petites lieues de Pondichéry, contient, dans son enceinte, une tour consacrée au Lingam. Cette tour est entourée de figures colossales et fort anciennes de ce simulacre de la masculi- nité (ï). La célèbre et antique pagode de Ja- grenaty celle non moins ancienne ôHElephanta près de Bombai, dont JVilliam Alen a dessiné les bas -reliefs en 1784, offrent les tableaux les plus indécens qu'une imagination corrom- J pue puisse concevoir (2). *

Sur la porte d'une des villes du petit royaume de Sisupatnam, on voit une statue de Sita , femme du dieu Wischnou, incarné sous le nom de Ram, Celte statue, dans les proportions na- turelles, est accompagnée de six faquirs, ou pé-

(i) Essais historiques sur VInde , par Delaflotte . p. 206, et Vojage de Grandpré dans VJnde.

(2) Dans l'ouvrage anglais intitulé : An Account ofthe remains of the TVorship of Priapus etc. By R. P. Knight, publié en 1 791 , on a gravé plusieurs monumens antiques de l'Inde qui ont rapport au culte de Priape. On y voit deux ex-voto tirés de la pagode de Tanjore, dont l'un réunit les deux sexes. On remarque sur-tout la gravure d'un bas-relief de la pagode à' Elephanta , qui représente un groupe exécutant l'action infâme que les Latins désignaient par le mot irrumatio.


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îiitens indiens, placés de manière que trois sont d'un côté et trois de l'autre. Ces pénitens sont représentés à genoux, entièrement nus, les yeux levés vers l'épouse du dieu, et tenant chacun des deux mains leur Phallus, dont ils semblent faire une offrande à cette divinité (i). Sur la côte de Malabar se voient plusieurs pagodes dont les façades sont chargées de bas- rehefs, qui représentent les scènes les plus étonnantes pour des jeux européens : tels sont ceux de la célèbre pagode de Gondouloury si- tuée entre Pondichéry Trinquebar, dont les vastes édifices forment quatre grands corps de bâtimens réunis; tels sont ceux bien plus re- marquables encore de la pagode de TricoulouTy située entre Pondichéry et Madras. Le culte du Phallus s'y voit exprimé avec les raffinemens les plus extraordinaires. On y distingue une figure d'homme armée d'un Lingam d'une grandeur prodigieuse , qui, se repliant comme le serpent du Laocoon , contourne les mem- bres nus de plusieurs femmes, et vient enfin aboutir vers une dernière, comme au but qui lui est destiné. Les attitudes les plus étranges , que le génie lascif de l'Arétin n'a pu imaginer, se trouvent dans ces bas-reliefs consacrés par

(i) Dictionnaire de la Fable, par Noël, au mot Sita.


100 D]£S DIVINITES GENERATRICES

le culte , ainsi que dans ceux qui décorent les chars destinés aux pompes religieuses.

Un Français, récemment arrivé de l'Inde, et qui me fournit ces détails , m'assure avoir fur- tivement pénétré dans le sanctuaire le plus se- cret de la pagode appelée Tréi>iscaré, qui est consacrée au culte de Chiven, et y avoir vu une espèce de piédestal , en granit, composé d'une large base et d'une colonne qui supporte un bassin du milieu duquel s'élève verticale- ment unLingam colossal, d'environ trois pieds de hauteur. Au dessous, et sur la pierre qui forme le vase, est une vaste échancrure qui re- présente le sexe féminin : cet emblème carac- térise la Trinité de la religion indienne. Dans ce sanctuaire, qui n'est éclairé que par le toît, et sur cette pierre sacrée, les prêtres de Chiven initient aux mystères de l'amour les jeunes devedassis ou danseuses, que les Euro- péens nomment ^«j^<2û?ère5", et qui, consacrées au culte, servent aussi aux plaisirs du public, et sont, comme étaient les courtisanes de la Grèce, prêtresses et prostituées.

Que dire de ces indécences, lorsqu'on est convaincu que ce n'est point le libertinage, mais la rehgion qui les a imaginées? Un voya- geur moderne fait, à propos de ces tableaux scandaleux, cette sage réflexion : « Ne jugeons


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. lOI

» point des coutumes des peuples avec lesquels « nous n'avons aucune* ressemblance d'après » nos préjugés et nos habitudes : ces figures » choquent les Européens; elles inspirent aux » Indiens des idées religieuses (i). »

Les Indiens ont cru donner plus d'expression ou de vertu à l'emblème de la fécondité, en réunissant les parties génératives des deux sexes. Cette réunion, que quelques écrivains confondent avec le Lingam,esi nommé Pulleiar» C'est sans doute un extrait de la statue moitié mâle, moitié femelle, que Bardésane avait au- trefois vue dans l'Inde. « Ce symbole, aussi » naïf qu'énergique, est, dit Sonnerai y la » forme la plus sacrée sous laquelle on adore » Chiven : il est toujours dans le sanctuaire de » ses temples. »

Les sectateurs de ce dieu ont une grande dévotion au Pulleiar : ils l'emploient comme une amulette ou un préservatif; ils le portent pendu à leur cou; et les moines, appelés Pan- darons y ne marchent jamais sans cette reli- gieuse décoration. D'autres renferment le Pul- leiar dans une boîte en argent, qu'ils attachent

(i) Voyage à CaTiton, et Observations sur le Vojagc de la Chine de lord Macartney , par Charpentier-Cos- signy.


102 DES DIVINITES GENERATRICES

à leur bras. Sonnerai nous apprend que les sectateurs de TVischnhu méprisent celte pra- tique , et la regardent comme infâme.

Les Indiens ont encore un petit joyau, d'or ou d'argent, appelé Talj, que les femmes pen- dent ordinairement à leur cou comme une amulette. Elles le reçoivent, le jour de leurs noces, des mains de leurs époux, qui, eux-mê- mes, le tiennent des Brames. Ces bijoux portent l'empreinte de quelques hiéroglyphes qui re- présentent le Pi^ZZe/ar ou le Lingam. C'est à leur occasion que Sonnerai^ duquel j'emprunte ces détails, rapporte l'anecdote suivante :

Un capu^n missionnaire eut une grande querelle avec les jésuites de Pondichéry, la- quelle fut portée devant les tribunaux. Les jé- suites , très-tolérans lorsque la tolérance favo- risait leurs desseins ambitieux, n'avaient point contrarié l'usage de cette amulette. M. de Tour- non y légat apostolique du saint-siége, qui ne badinait pas sur de telles matières, et qui n'ai- mait guère les jésuites, prohiba rigoureuse- ment le Taljy et prescrivit aux chrétiennes de l'Inde de porter en place une croix ou une mé- daille de la Vierge. Les Indiennes, attachées à leurs anciennes pratiques, se refusèrent au changement. Les missionnaires, craignant de perdre les fruits de leur zèle, el de voir diminuer


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. Io3

le nombre de leurs néophites, entrèrent en composition , et prirent avec les chrétiennes de rinde un mezzo-termine. Il fut convenu que l'on graverait une croix sur le Talj-. Par cet arrangement, le signe du chrétien fut accolé au simulacre des parties de la génération des deux sexes (i).

Quelques Lingams de l'Inde sont, comme étaient certains Phallus de l'Egypte et de la Syrie, d'une grandeur colossale, et très-dis- proportionnés aux corps auxquels ils adhèrent : tels sont les Lingams de la pagode de Ville- nour, qui sont isolés, et ceux qu'on voit dans les bas-reliefs de celle à' Elephanta , qui adhè- rent à des corps humains, etc. Un voyageur, dans cette partie du monde, rapporte un exem- ple remarquable d*un Lingam gigantesque at- tenant à un Terme.

En passant vis-à-vis la côte de Trovancour, près le cap Comorin, ce voyageur, officier de marine, envoya un bateau à terre pour prendre des informations. « Le bateau, à son retour, » apporta, dit-il, un Lingam ou Priape que » les canotiers avaient enlevé d'une niche pra- » tiquée dans un Terme , où il était exposé à

(i) Vojage aux Indes cl à la Chine, par Sonnerai, depuis 1774 jusqu'en 1781, tom. I, liv. i..


104 I>ES DIVINITÉS GENERATRICES

» la vénération publique. Le dessin n'en étaic » que trop bien fini; car il était indécent par la » recherche de la sculpture .... Les canotiers- » l'avaient pris pour servir de timon au gou- )) vernail du bateau. Us avaient gouverné le » bateau avec ce Phallus , dont on peut juger » les dimensions d'après cet usage (i). »

Les rites et les cérémonies observes dans l'Inde pour honorer le Lingam, et pour en tirer des avantages, se rapportent^ à plusieurs égards, à ceux que pratiquaient les anciens Égyptiens.

Les prêtres de Chiven, chaque jour, à l'heure de midi, ornent de guirlandes de fleurs et de sandal le Lingam sacré; et, pour se rendre di- gnes de cette auguste fonction, ils s'y prépa- rent en se purifiant par un bain.

Dans la cérémonie appelée Nagapoutché, ou office de la couleuvre, ce sont les femmes qui remplacent les prêtres. Elles portent sur le bord d'un étang un Lingam en pierre, repré- senté entre deux couleuvres; lavent cet emblème de la génération, après s'être purifiées elles- mêmes par un bain; brûlent devant 'lui des morceaux de bois affectés à ce sacrifice; lui jet-

(i) Voyage dans V Inde et au Bengale, €111789 et 1790. parL. de Giandpré, officier de marine, tom. II^p.no.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. lo5

tent des fleurs, et lui demandent des richesses, une nombreuse postérité, et une longue vie pour leurs maris (i). Les Indiens croient fer- mement que, si la cérémonie est faite dans les formes prescrites , on obtient tout ce qu'on de- mande.

Chaque sectateur de Chiven est tenu de faire YAbichegam, cérémonie qui fait partie du Poutché, ou des actes journaliers de dévotion obligée. « Elle consiste, dit M. Sonnerai, à ver- » ser du lait sur le Lingam. On conserve en- » suite, avec le plus grand soin , cette liqueur; » et on en donne quelques gouttes aux mou- » rans, pour leur faire mériter par là les déli- » ces du Caïlasson (2) , qui est le paradis des » Indiens. »

Les moines de Chiven sont nommés Panda- rons. Ils se barbouillent le visage, la poitrine et ks bras^ avec des cendres de bouze de vache; ils parcourent les rues, demandent l'aumône, et chantent les louanges de Chiven, en portant un paquet de plumes de paon à la main et le Lingam pendu au cou (3).


(i) Vojage aux Indes et à la Chine, par Sonnerat, tom. II, 2' édit., p. 46.

(2) Idem, idem, t. II, p. 44-

(3) Idem, idem, tom. Il, p. 5o.


106 DES DIVINITÉS GENERATRICES

Les Cachi-caoris sont une espèce àe Panda- rons qui font le pèlerinage de Cachi, d'où ils rapportent de l'eau du Gange dans des vases de terre. Ils doivent la transporter jusqu'à Ra- messourin^ près du cap Comorin, où est un temple très-renommé de Chiven. Ils répandent cette eau sacrée sur le Lingam^ adoré dans ce temple sous le nom de Ramanada-Suami ^ qui signifie Dieu adoré par Brama. On ramasse cette eau qui a découlé du Lingam^ et on la distribue aux Indiens, qui la conservent reli- gieusement, et qui sont en usage d'en verser quelques gouttes sur la tête et dans la bouche des agonisans. Ils en boivent, et croient que cette eau les lave de toute souillure, et les rend dignes d'arriver, après leur mort, dans les célestes béatitudes (i).

Les Andis ou pénitens sont dans l'Inde ce que les Fakirs sont dans leMogoL Presque tous sectateurs de Chiven, ils offrent continuelle- leur adoration au Lijiganiy qui est à peu près l'unique meuble dont ils sont pourvus (2). On trouve encore dans l'Inde une secte par- Ci ) Voyage aux Indes et à la Chine, par Sonnerai, tom. II, p. 53.

(2) Essais historiques sur VInde , par Delaflotte y pc 206 , etc


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. I07

liculière de Chweji, dont ceux qui la composent sont nommés Laris : on les voit tous nus , cou- verts de cendres, demander l'aumône le Lin- gam à la main. Parmi ces mendians, on révère comme des saints ceux qui tiennent constam- ment les deux mains sur la tète en empoignant le Lingam, Les gens charitables leur donnent a manger, et leur portent les morceaux à la bouche (i).

Le Lingam sortant des mains de l'ouvrier est un meuble sans vertu ; il n'en acquiert que lorsqu'un brame l'a béni , et y a incorporé la divinité par des prières et des cérémonies (2).

Les prêtres de Chwen ne se mutilent pas comme ceux de TVischnou -, mais ils sont obli- gés d'approcher du Lingam entièrement nus et en présence du public. L'obscénité de l'idole, les scènes voluptueuses peintes ou sculptées sur les murs de la plupart des temples de ce dieu, n'empêchent pas que la chasteté la plus rigoureuse ne leur soit prescrite; et, lorsqu'ils exercent leur ministère, on leur fait une loi de s'abstenir même des désirs que ces images li- cencieuses pourraient faire naître. Si ces prê-

(i) Essais historiques sur Vlnde , par Delaflotte ^ p. 192.

(2) Tdem . idem, p. 206. tom. I, p. 3i i ,


I08 DES DIVINITÉS GENERATRICES

très, y arrêtant leur pensée, avaient alors le malheur d'éprouver une émotion que l'ima- gination échauffée transmet aux organes exté- rieurs, cette émotion, que leur nudité absolue rendrait visible, serait sévèrement punie. « Si )) le peuple^ dit Sonnerat, venant faire ses » adorations, s'apercevait qu'ils éprouvassent w le moindre mouvement de la chair, il les re- » garderait comme infâmes, et finirait par les » lapider (i). »

Les femmes stériles viennent mettre en con- tact certaines parties de leur corps avec l'extré- mité du Lingam consacré à cet effet. On y con- duit même des bestiaux que l'on soumet à la même cérémonie ^ afin qu'ils multiplient plus abondamment. Cet usage, avec ce motif, se pratiquait, comme on le verra dans la suite, chez les Grecs et les Romains.

Duquesne a vu , dans les environs de Pondi- chéry, les jeunes mariées venir faire à cette idole de bois le sacrifice complet de leur vir- ginité. Dans une partie de l'Inde , appelée Ca- riara, ainsi que dans les environs de Goa , de pareils sacrifices sont en usage. Les jeunes filles, avant d'épouser, offrent et donnent dans

(i) F'ojrage aux Indes et à la Chine , par Sonnerat , tom. I, p. 3i 1.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. lOQ

le temple de Chiven les prémices du mariage à une semblable idole dont le Lingam est de fer; et l'on fait jouer à ce dieu le rôle de sacrifica- teur (i).

Dans quelques pays de l'Inde, les prêtres, plus adroits, ont ravi à ce dieu une fonction aussi précieuse. Ce sacrifice, bien préférable au premier, a paru sans doute plus saint aux sa- crificateurs et plus doux aux victimes.

Le roi de Calicut, par exemple, cède au plus considéré d'entre les prêtres de son royaume , pendant une nuit, la jeune fille qu'il va épou- ser, et paie ce service par une somme consi- dérable (2).

A Jagrenat , une jeune fille, introduite pen- dant la nuit dans la pagode, doit en épouser la divinité. Un prêtre, à la faveur des ténèbres, s'empare des prémices qu'elle croit offrir à un dieu (5).

L'histoire ancienne offre un grand nombre d'exemples, d'usages et de fourberies pa- reils (4).

(i) Vojage dans VInde, par Duquesne.

(2) Voyage dans l'Inde, par l'amiral Van Caerden.

(3) Voyage dans le Mogolet VIndostan, par Bernier, et Essais historiques sur VInde, par Delaflotte,p. 218.

(4) On en verra plusieurs dans le chap. IX.


no DES DIVINITES GENERATRICES

La superstition étendit les hommages rendus au Lingam jusqu'aux prêtres de cet objet divin; il était tout naturel que l'original participât aux honneurs attribués à la copie.

Dans le pays de Canara dont j'ai déjà parlé , les prêtres de Chiven, lorsqu'ils sortent de leurs pagodes, sont nus, et se promènent ainsi dans les rues, en faisant retentir une sonnette. A ce bruit, les femmes, même les plus qualifiées, accourent au devant de ces pieux personnages, et baisent dévotement leurs parties sexuelles en l'honneur du dieu Chiven.

C'est ainsi que plusieurs pénitens se mon- trent aussi insensibles à la douleur qu'aux amorces du plaisir, et reçoivent sans émotion de pareils baisers de la part des dévotes in- diennes.

Cette vénération religieuse pour l'organe viril de la génération était inculquée dans l'âme de tous les peuples orientaux. Ce qui nous paraît ridicule ou honteux était pour eux noble et sacré; j'en rapporterai quelques preu- ves dans la suite.

L'Egypte fournit des exemples pareils à ceux de l'Inde; et on voit encore des Égyptiennes remplir, envers quelques inspirés, le même


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 1 1 1

acte de dévotion que les femmes de Canara

remplissent à l'égard des prêtres de Chiven (i).

Pour justifier Tadoration du Lirigam et le

^•ulte de Chiven, auquel cette partie était con-

(i) Un Turc insensé parcourait, tout nu, les rues d'A- lexandrie en Egypte. Il entrait dans les boutiques , pre- nait ce qui tombait sous sa main sans le payer, le gardait ou le jetait dans la rue. Loin de déplaire aux marchands turcs, cette extravagance les flattait beau- coup : ils voyaient dans ce gaspillage une preuve de la protection du prophète ; car depuis long-temps , en Orient , on a l'opinion singulière de regarder les fous comme des inspirés : on les nomme les saints de Dieu, tandis qu'en Europe tous les inspirés passent pour des fous.

Pendant que ce Turc^ nu^ se livrait à ces actes de folie, arrive une vieille Musulmane. « D'une main, dit l'au- » teur qui me fournit cette anecdote , elle tire son voile » de côté , afin de lui laisser voir une partie de sa » figure, et, de l'autre, elle prend , à genoux , la par- » tie du fou que la décence ne permet pas de nommer, » quoiqu'elle fût plus malpropre que la boue même; )) elle la baise et la porte à son front. Le saint ne » fait aucune résistance. La femme suit son chemin ; >» et le fou , d'un air dédaigneux , continue sa mar- » che nonchalante. » {Vojage en Orient, par M. A. D. B., chap. II.)

Pokoke vit à Rosette deux de ces fous quaUfiés de saints : ils étaient nus ; et des femmes leur rendaient dé- votement le même hommage.


lî2 DES DIVINITES GENERATRICES

sacrée, les prêtres indiens, comme ceux des autres nations, imaginèrent plusieurs fables, dont voici les plus accréditées :

Pendant que Chiven vivait parmi les hom- mes, il enleva aux prêtres ou bramines plu- sieurs belles femmes attachées à leur service; car Chiven était un dieu de fort mauvais exem- ple, comme la plupart des divinités grecques et romaines. Ces bramines, mécontens, pro- noncèrent tant de malédictions contre le dieu ravisseur qu'il perdit l'usage d'un de ses mem- bres, fort nécessaire dans cette occasion. Le dieu, maudit, ne put en conséquence satisfaire ses désirs auprès de ces femmes; et le Lingam fut consacré comme un monument commémo- ratif de cette aventure, honteuse pour Chiven, et honorable pour les bramines.

Dans d'autres pays de l'Inde, la fable est dif- férente.

Un jour que ce dieu, couché avec son épouse, allait savourer ce que lesjouissances de l'amour ont de plus vif, un dévot vint, fort mal à pro- pos, frapper à sa porte. Le dieu est trop occupé pour lui ouvrir. Le dévot continue à frapper, mais frappe sans succès. Impatienté de ce re- tard^ il exhale sa colère, en se répandant en injures contre Chiven, qui, les ayant enten- dues, répond à l'importun par de violens re-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. Il5

proches. Alors le dévot, consterné, change de ton, s'excuse beaucoup, et demande que ceux qui adoreront Chiven sous la figure du Lingam soient plus favorisés que ceux qui ne ladorent que sous la figure humaine : sa prière fut exaucée.

Une autre fable rapporte que la partie sexuelle de ce dieu était si grande qu'elle atteignait à son front. Il fut obligé de la couper et de la diviser en douze parcelles, qui donnèrent nais- sance à toutes les créatures humaines.

Cette dernière fable parait allégorique ; les précédentes ne le sont point. Elle semble ex- primer la révolution annuelle du soleil, divisée en douze mois. L'auteur, qui l'a imaginée, a laissé voir la vérité à travers le voile léger dont il l'a enveloppée : cette allégorie prouve que le Lingam a la même origine et les mêmes rapports avec le soleil régénérateur que le Phallus , et que Chiven paraît être le dieu- soleil des Indiens.

Dans les régions voisines qui sont à Test ou au nord de l'Inde^ ou dans l'Indostan, on ne retrouve plus le culte du Phallus. Les relations que nous avons sur le Pégu, Ava, Siam ou l'empire desBirmans , sur le Thibet et le Boutan, n'offrent aucune notion sur ce culte. Quoique les religions de ces diflPérentes nations II. 8


I l4 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

aient entr'elles et celles de l'Inde des rapports nombreux, ce culte paraît n'avoir jamais été adopté dans les vastes contrées de la Tartarie. On serait tenté de croire qu'il l'a été en Chine, d'après une idole que les voyageurs les plus récens ont vue dans cet empire, et qu'ils qua- lifient vaguement d'idole consacrée à la vo- lupté. « On voit, dit l'un d'eux, plusieurs de » ces idoles obscènes dans les temples ou » miaos: elles reçoivent un tribut de confiance » et de respect de la part des Chinoises, très- )) pudiques d'ailleurs. La superstition est un » voile pour ces images (i). »

Ces idoles sont sans doute celles dont parle M. Barrow, lorsqu'il dit que les femmes sté- riles vont dans les temples pour y toucher le ventre de certaines petites idoles en cuivre persuadées que, par suite de cet attouchement elles concevront et feront des enfans (2).

Voilà bien le culte d'une idole obscène, et ce \ culte est rendu par des femmes; mais ces notions trop vagues n'annoncent ni le sexe de l'idole, ni par conséquent le Phallus : ainsi l'on peut dire, jusqu'à ce que de nouvelles lumières

(i) T^ojage de V Ambassade de la Compagnie orien- tale hollandaise vers rempereur de la Chine.

(2) Voyage en Chine, par John Barrow, t.Wy p. 32 1 -


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CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. Il5

nous éclairent^ que le culte de cet objet sacré s'est étendu en Asie depuis les rives du Nil jusqu'à celles du Gange , et qu'il n'a point franchi cette dernière limite.


Il 6 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES


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CHAPITRE VII.


Dutultedu Phallus en Amérique.


Il a fallu qu'en Amérique il se soit trouvé des circonstances qui existaient en Asie, pour qu'elles aient fait , dans ces deux parties, du monde, naître le même culte; ou bien il a fallu que des Asiatiques, sans doute les Phéniciens navigateurs, jetés par la tempête sur les côtes du JNouveau-Monde, j aient fixé leur demeure et transporté leurs arts, leurs mœurs et leur religion. Cette dernière opinion, très-vraisem- blable, est adoptée par plusieurs savans.

Que le culte du Phallus ait passé de l'Inde ou de l'Ethiopie en Egypte, de TEgypte dans l'Asie mineure et en Grèce, etc. : rien n'étonne; ces peuples communiquaient les uns avec les autres; mais que ce culte ait existé dans des contrées long-temps inconnues au reste de la terre, dans plusieurs parties de l'Amérique où


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. II7 les peuples de rAncien-Monde ne communi- quaient pas autrefois: le fait est étonnant, mais n'en est pas moins vrai ; en voici les preuves :

Lorsqu'on fit la découverte du Mexique, on trouva dans la ville de Panuco le culte par- ticulier du Phallus bien établi. Sa figure était adorée dans les temples. On voyait dans les places publiques des bas-reliefs qui, comme ceux de l'Inde, représentaient de différentes manières l'union des deux sexes.

A Tlascalla^ autre ville du Mexique, on ré- vérait l'acte de la génération sous les symbo- les réunis des parties caractéristiques des deux sexes (i).

Garcilasso de la Végua dit, d'après Blas Va- lera, que, chez les Mexicains, le dieu de la luxure était nommé Tiazolteuti (2).

Je ne dois pas négliger d'observer que le so- leil était la divinité principale du Mexique, et que là^ comme en Asie, le culte du Phallus se trouvait associé a celui de cet astre.

Les naturels de l'île de Tàiti, depuis nom- mée Saint-Domingue , rendaient aussi un culte au Phallus. On ne peut pas en douter d'après plusieurs de ces objets sacrés découverts,

(i) Histoire des Incas , par Garcilasso de la Végua, Uu. II, chap. 6.

(2) Histoire de la Floride, par le même.


1 18 DES DIVINITES GENERATRICES

en 1790, dans ce pays, comme l'atteste la dis- sertation faite à ce sujet, par M. Arihault , d-^ devant médecin du roi. Ces Phallus, dit-il, trouvés dans des fouilles et dans différens quartiers, sont incontestablement l'ouvrage de& naturels du pays. « Ils en avaient de plusieurs » espèces. Un d'eux a été trouvé dans la grande » caverne du Borgne. Il est représenté dans » une grandeur naturelle j la forme en est ré- » gulière ; le gland est perforé ; il est aplati à sa » base pour recevoir une forme de charnière. » Cette charnière était percée : on y adaptait sans doute un cordon qui servait à l'attacher ou à la pendre en quelque lieu saint. La ma- tière de ce Phallus dont j'ai vu le dessin, dit M. Arihaulty est d'une espèce de marbre.

Un second est d'une pierre plus dure, moins gros que le premier, d'un beau poli , et égale- ment bien conformé. Le scrotum y est exprimé d'une manière assez naturelle, et fait partie de la même pièce.

Un troisième, plus petite conformé comme le précédent, est percé à sa base : il paraît des- tiné à être porté suspendu par un cordon.

M. Artliault possédait sept de ces Phal- lus (i).

(i) Cette Dissertation manuscrite m'a été communi- quée par M. Moreau de Saint-Méri, conseiller-d'état.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, 1 19

Ces Phallus isolés doivent être rangés dans îa classe de ceux que les Africains et les Asiati- ques portaient en cérémonie lors des pompes religieuses, ou bien dans celle des ex voto qu'on appendait dans les lieux destinés au culte, pour obtenir la guérison de la partie malade dont le Phallus est l'image.

Quoi qu'il en soit, ils appartiennent certai- nement aux premières époques de ce culte : leur isolement en est la preuve.

Leur découverte jette une lumière nouvelle sur l'antiquité et la généralité de son institution, agrandit le champ des conjectures sur l'origine des habitans de cette partie de la terre, que nous appelons le Nouveau- Monde.

Passons en Europe, et examinons quel fut le sort du culte du Phallus dans cette partie du monde.


I20 DES DIVINITES GENERATRICES


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CHAPITRE TIII.


Du culte du Phallus chez les Grecs


Des colonies égyptiennes vinrent, à diffé- rentes époques, s'établir dans certaines parties de la Grèce ^ y apportèrent leurs mœurs, leur religion, et les firent insensiblement adopter par les habitans incivilisés de ce pays, qui étaient alors connus sous le nom de Pélasges, Un des cbefs de ces colonies fonda, en Béotie, une ville à laquelle il donna le nom de Thèbes, nom que portait une autre ville très-fameuse de la haute Egypte, où l'on adorait particulière- ment le soleil sous le nom de Bacchus , et par suite le Phallus, un de ses principaux symboles.

Hérodote et Diodore de Sicile s'accordent à dire que le culte de Bacchus fut porté en Grèce par un nommé Mélampus, qui vivait 170 ans avant la guerre de Troie. « Mélampus, fils » d'Amythaon, avait, dit Hérodote, une grande )) connaissance de la cérémonie sacrée du


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 121 » Phallus. C'est lui, en effet, qui a instruit les » Grecs du nom de Bacchus , des cérémonies » de son culte, et qui a introduit parmi eux la » procession du Phallus, Il est vrai qu'il ne » leur a pas découvert le fond de ces mystères^ » mais les sages, qui sont venus après lui , en » ont donné une plus ample explication.

» C'est donc Mélampus , ajoute-t-il, qui a » institué la procession du Phallus que l'on » porte en l'honneur de Bacchus ; et c'est lui » qui a instruit les Grecs des cérémonies qu'ils » pratiquent encore aujourd'hui (i). »

Le même historien nous apprend que Mé- lampus y instruit , par les Egyptiens , d'un grand nombre de cérémonies, entr'autres de celles qui concernent le culte de Bacchus, les introduisit dans la Grèce avec de légers chan- gemens. Il convient que les cérémonies pra- tiquées par les Grecs ont beaucoup de ressem- blance avec celles des Egyptiens. Plutarque dit de même que les Pamjlies des Egyptiens, fêtes célébrées en l'honneur du dieu-soleil Osiris, et dans lesquelles on portait le Phallus ^ ne diffé- raient point des Phallophories des Grecs^ célé- brées en l'honneur du dieu-soleil Bacchus, où l'on portait aussi des Phallus (i). La diflférence

(i) Hérodote, Euterpe, liv. 2, sect. 49^ (2) Plutarque, Traité d'Isis et à'Osiris.


123 DES DIVINITÉS GENERATRICES

quY trouve Hérodote consiste en ce que les Grecs, dans leur féte^ ne sacrifiaient point un porc comme les Egyptiens , et que le Phallus qu'ils portaient dans les processions n'adhérait point à une figure humaine, mais qu'il était isolé.

Hérodote pense que les connaissances ac- quises par Mélampus sur le culte de Bacchus provenaient de ses liaisons avec les descendans de Cadmus de Tyr, et avec ceux des Tyriens de sa suite qui vinrent de Phénicie dans cette partie de la Grèce qu'on appelle aujourd'hui Béotie,

Les Grecs ne composèrent pas seulement leur théologie de celle de la haute et basse Egypte; mais encore ils y amalgamèrent le culte grotssier des Pélsges , anciens habitans de la Grèce. Hérodote nous apprend queV Hermès à Phallus, ou Mercure au membre droit , ne vient point d'Egypte; mais que les Athéniens le tiennent des Pélasges qui habitaient le même canton. « Les Pélasges, ajoute-t-^1, en donnent )) une raison sacrée que l'on trouve expliquée » dans les mystères de Samotrace (i). »

Au culte transmis par les Egyptiens, à celui qu'ils trouvèrent établi chez les Pélasges, les

(i) Hérodote, Euterpe, sect. 5i.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 125

Grecs ajoutèrent les cultes en vigueur chez les Syriens, les Babyloniens, les Phéniciens, les Phrygiens, et d'autres peuples qui fondèrent des colonies chez eux^ ou avec lesquels ils étaient en commerce. Ce mélange confus devint^ la matière que l'imagination féconde et déré- * glée des Grecs mit en œuvre pour enfanter le dédale inextricable de la mythologie : cet océan d'aventures ridicules ou merveilleuses, souvent contradictoires, qui ont fait le désespoir des commentateurs.

Au milieu de ce chaos, il subsiste cependant des points de reconnaissance, qui établissent la conformité des cérémonies et des fables des Grecs avec celles qui étaient en usage chez les étrangers. Le Phallus, par exemple, fut cons- tamment chez eux , comme il était chez les Egyptiens et chez d'autres peuples , uni au culte du dieu-soleil.

Bacchus était nommé en Grèce Dionjsius (i),

(i) Cette dénomination dérive , dit-on , de Nfsa, ville où Jupiter fit porter Bacchus par Mercure , pour y être élevé par des nymphes , ou du nom de Njsa , fille d'^- risteus , qui le nouirit. Ce sont des fables : Bacchus ne fut élevé par personne, ni dans aucune ville. Bacchus était le soleil ; et ce nom lui vient du pays de Cous, dans la Thébaïde.. La syllabe ab ou ba signifie père, maître, dieu : ainsi le nom de Bacchus doit être interprété par


Î24 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

et ses fêtes Dionysiaques. Il y avait plusieurs fêtes de ce nom. Celles qui se célébraient à la ville étaient appelées les grandes DionjsiaqueSy ou les Dionysiaques urbaines : elles avaient lieu à Limna dans l'Attique , où Bacchus avait un temple, le 12 du mois e'iaphébolion, qui ré- pond au 12 du mois de mars, et huit jours avant l'époque où la même fête se célébrait en Egypte sous le nom de Pamylies.

Les grandes Dionysiaques duraient pendant trois jours. Quatorze prêtresses, choisies par l'archonte-roi et présidées par son épouse , fi- guraient dans cette solennité.

Ces fêtes, dans leur origine, se célébraient sans luxe et sans beaucoup d'appareil : voici ce qu'en dit Plutarque. « Rien n'était plus simple, M et en même temps plus gai, que la manière » dont on célébrait autrefois dans ma patrie » les Dionysiaques. Deux hommes marchaient » à la tête du cortège, dont l'un portait une » cruche de vin, et l'autre un cep de vigne; un » troisième traînait un bouc; un quatrième » était chargé d'un panier de figues ; une Çi-


lepère ou le dieu de Cous. Quant au nom Dionj'sius , il est le même ([ViAdon, Adonis, Adonaï, Dionis, qui si- gnifient maître, seigneur : qualifications qu'on a toujours données au soleil.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 125,

» gure de Phallus fermait la marche. On né- » glige aujourd'hui, continue-t-il, cette heu- » reuse simplicité; on la fait même disparaître » sous un vain appareil de vases d'or et d'ar- » gent, d'habits superbes, de chevaux atelés )) à des chars et de déguisemens bizarres (i). »

Voici quelle était ordinairement l'ordon- nance de cette pompe religieuse :

La marche s'ouvrait par des bacchantes, qui portaient des vases pleins d'eau,* ensuite s'avan- çaient de jeunes vierges recommandables par la pureté de leurs mœurs et par leur naissance, appelées Canéphores , parce qu'elles portaient des corbeilles d'or remplies des prémices de tous les fruits, où se trouvaient des serpens ap- privoisés, différentes fleurs, quelques objets mystiques: comme le sésame, le sel, la férule, le lierre, des pavots, des gâteaux de forme ombilicale, des placenta, et notamment le Phallus couronné de fleurs.

A la suite de cette troupe de vierges, parais- saient les Phallophores : c'étaient des hommes qui ne portaient point de masque sur leur vi- sage, mais qui le couvraient avec un tissu formé par des feuilles de lierre, de serpolet et

(i) Pliitarque, OEuvres morales , Traité de Vaînour des Richesses, vers la fin.


^126 DES DIVINITÉS GENERATRICES

d'acanthe. Une épaisse couronne de lierre et de violette ceignait leur tète. Ils portaient l'amict et la robe auguralej ils tenaient en main de longs bâtons, de la cîme desquels pendaient des Phallus,

Cette partie de la solennité était nommée Phallophorie y Phallogogie ^ Periphallie.

Venait ensuite un chœur de musiciens qui chantaient ou accompagnaient, au son des instrumens, des chansons analogues au simu- lacre que les Phallaphores étalaient, et criaient par intervalles : evohé Bacché ! io Bacchéy io Bacché!

A ce chœur de musiciens succédaient les ityphalles. Ils étaient, suivant Hesichius , vêtus d'une robe de femme. Athénée les représente la tête couronnée^ les mains couvertes de gants sur lesquels des fleurs étaient peintes, portant une tunique blanche et l'amict tarentin à demi- vêtu^ et, par leurs gestes et leur contenance _, contrefaisant les ivrognes. C'étaient sur-tout les Itjphalles qui chantaient les chants phalliques, et qui poussaient ces exclamations : eithé, me Itjphallé!

Suivaient le van mystique et autres objets sacrés.

Des groupes de satyres et de bacchantes fi- guraient souvent dans ces processions. Les


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 127

bacchantes, à demi-nues ou couvertes seulement d'une peau de tigre passée en écharpe, les che- veux épars, tenant en main des torches allu- mées ou des tyrses, s'abandonnaient aux mou- vemens les plus impétueux, en heurlant des ésfolié , et menaçaient ou frappaient même les spectateurs. Elles exécutaient quelquefois des danses appelées phalliques , dont le principal caractère consistait en mouvemens lascifs.

Les satyres traînaient des boucs ornés de guirlandes, et destinés au sacrifice; puis on voyait arriver, monté sur un âne, le person- nage qui jouait le rôle de Silène, et représen- tait ce nourricier de Bacchus chancelant et à demi-ivre.

On doit juger que de telles scènes religieuses devaient facilement dégénérer en abus : aussi tout ce que l'ivresse et la débauche ont de plus dégoûtant était audacieusement offert aux yeux du public. Un médecin de l'antiquité, ^re- teus y dit, en parlant des satyres qui accompa- gnaient les pompes de Bacchus, qu'ils s'y pré- sentaient d'une manière fort indécente, dans un état apparent de désir dont la continuité étonnante était regardée comme une grâce du ciel, une marque de l'assistance divine (i).

(i) Satjri in hanc pompam producebantur arecto


128 DES DIVINITÉS gÉnÉRATRICEî^

Il est probable que cet auteur a pris la fic- tion pour la réalité, et le postiche pour la na- ture. Divers monumens antiques qui nous re- tracent les scènes des groupes de satyres nous représentent des hommes dont la tête était cou- verte d'un masque entier, ou têtière, et le corps et les jambes enveloppés de peaux de bouc. On peut croire que le travestissement était complet, et qu'un Phallus artificiel était substitué au na- turel; car, sans cela la, durée de l'état en ques- tion, un érétisme si soutenu, pendant une course longue et fatigante, serait vraiment un miracle.

Que les jeux obscènes des groupes de satyres fussent figurés ou réels, ils n'en étaient pas moins des attentats à la pudeur publique ; et un père de l'église grecque, révolté de ces scènes scandaleuses^ s'exprime de la sorte : (( L'homme le plus débauché n'oserait jamais, » dans le lieu le plus secret de son apparte- )) ment, se livrer aux infamies que commettait » effrontément le chœur des satyres dans une » procession publique (i). »

pêne , quod tamen ipsi rei divinœ signum autumabant. {Areteus, lib. 2. Auctorum, cap. 12.)

(i) Théodoret, cité par Castellan. , de Festis grceco- rum, Dionysia, p. loi.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ï 2g

dette marche religieuse était suivie de jeux qui avaient un caractère analogue. La jeunesse s'exerçait à sauter sur des outres enflées de vent, et à courir, les yeux bandés, parmi des Phallu& ornés de fleurs , et suspendus à des pins ou à des colonnes. On regardait comme un présage de bonheur lorsqu en courant la tête venait à se heurter contre ces simulacres.

Les prêtres d'Osiris, d'Adonis, d'Atis, de Chiven et d'autres dieux-soleils, avaient com- posé, pour chacune de ces divinités, une ou plusieurs fables ou légendes que l'on récitait lors de leurs fêtes, qui servaient aussi de ma- tière à leurs hymnes , et dans lesquels on ren- dait raison de leur association avec le Phallus. Les prêtres de Bacchus suivirent cet exemple , et composèrent une fable, dont voici une no- tice sommaire :

Bacchus a perdu sa mère Semelé, tuée par la foudre ou morte dans un incendie; il la cherche dans plusieurs pays, et va jusqu'aux enfers pour la trouver. Pendant le cours de ses recherches, il rencontre un jeune homme, ap- pelé Poljmnus ou Prosumus , qui promet de le conduire auprès de sa mère, et de lui mon- trer le chemin des enfers s'il en a besoin; mais Polymnus, devenu amoureux de Bacchus, II. 9


l3o DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

exige , pour prix de ce service , une com- plaisance honteuse : le dieu consent sans dif- ficulté. On va voir de quelle manière il tint sa promesse.

Poljmnus mourut en chemin. Bacchus lui éleva un tombeau; et, en mémoire du défunt, il fabriqua avec une branche de figuier un ' Phallus, qu'il plaça sur ce monument.

Deux pères de l'église, qui me fournissent ces détails , Arnobe et Clément d Alexandrie , en ajoutent de fort scandaleux. Leurs expres- sions sont si peu ménagées qu'à cause de la sévérité de notre langue et de la délicatesse de nos oreilles je ne puis les traduire. Je me bornerai à dire que Bacchus, jaloux de rem- plir ses engagemens, planta le Phallus de bois sur le tombeau du défunt, s'assit à nu sur sa pointe, et que, dans cette attitude, il s'acquitta complètement envers ce simulacre de la pro- messe qu'il avait faite au jeune Polymnus (i).

(i) Voici comment Arnobe décrit cette action de Bac- chus '. Figit {penem) super aggerem tumuli, et,posticâ ex parte nudatus ,insidet . Lasciviâ deinde siiriantis as- sumptâ, JiUc atque illiic chines torquet, et meditatur ab ligno pati quod jamdudum in veritate promiserat. (Ar- nobii adversus Gentes opéra , lib. 5,pag. 177, édit. de i65i.) {Clément j4lexand., Propterpt.)

Arnobe et Clément d'Alexandrie ne sont pas les seuls


i:HEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. i5i

C'est par ces contes obscènes, qui décèlentrim- moralité du temps dans lequel ils ont été inven- tés, que les prêtres amusaient le peuple, et le trompaient sur le véritable motif de l'institution ^♦du Phallus: comme si des mensonges orduriers devaient être plus profitables à la religion que des vérités simples, dont la connaissance était réservée aux seuls initiés des plus hautes classes.

Le scoliaste d'Aristophane attribue à une autre cause l'institution du Pkallus en Grèce. Il raconte que, un nommé Pégaze ayant introduit le culte de Bacchus et de ses symboles dans l'Attique, les habitans de ce pays refusèrent de l'adopter. Ils en furent punis par ce dieu , qui les frappa dans les parties de la génération d'une maladie incurable, rebelle à tous les remèdes, et dont ils ne purent se débarras- ser qu'en rendant de grands honneurs à Bac- chus. Ils fabriquèrent alors des Phallus , comme un hommage particulier qu'ils faisaient à cette

pères de l'église qui aient rapporté cette fable : on la trouve avec ces circonstances dans Julius Firmicus , de Erroreprofanarum Religionum ; dans Theodoret, Ser- mon 8 de Martjrihus y dans Nîcétas , sur Grégoire de Nazianze, orat, 89, p. 829, etc. Voyez, au surplus, Oh- servationes ad Arnobium Gebharti Elmenhorstii , p. 171.


l32 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

divinité, et comme un monument de leur re-^ connaissance et de leur attachement pour elle.

Les Grecs, très-affectionnés au culte du Phal- lus y l'introduisirent dans les cérémonies consa- crées à plusieurs autres divinités. « On a con-^ » serve la coutume, dit Diodore de Sicile, de » rendre quelques honneurs à Priape, non- » seulement dans les sacrés mystères de Bac- » chus, mais aussi dans ceux des autres dieux; » et Ton porte sa figure aux sacrifices en riant » et en folâtrant. »

Vénus et Cérès, la première présidant à la fécondité de l'espèce humaine, la seconde à celle des champs, devaient avoir droit au Phallus, symbole général de la fécondité.

La consécration du Phallus par Isis, en Egypte ; la réunion à Biblos , dans un même temple, du culte du Soleil, de Vénus Astarté et du Phallus; cette même réunion du simulacre des deux sexes dans l'Inde , prouvent que les Grecs ne manquaient pas d'exemples pour as- socier le Phallus au culte de Vénus: aussi l'u- nissaient-ils souvent au Mullos , c'est-à-dire au simulacre de la partie du sexe féminin , et cette réunion complétait l'allégorie ; aussi voyait- on , à Cypre , dans les mystères de la mère des amours , figurer l'emblème de la vi- rilité. Les initiés aux mystères de la Vénus cy-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l55 prienne recevaient ordinairement une poignée de sel et un Phallus.

Une secte particulière et peu connue, appe- lée la secte des Baptes y célébrait à Athènes , à Corinthe, dans l'île de Chio, en Thrace et ail- leurs, les mystères nocturnes de CotittOj espèce de /^ewwi'populaire. Les initiés, qui se livraient à tous les excès de la débauche, y employaient le Phallus d'une manière particulière; ils étaient de verre , et servaient de vase à boire (i).

Ceux qui ne voient dans ce symbole de la reproduction que le caractère du libertinage doivent s'étonner de ce qu'il faisait partie inté- grante des cérémonies consacrées à Céres , di- vinité si recommandée par sa pureté, et sur- nommée la Vierge sainte; de ce qu'il figurait dans les mystères de cette déesse à Eleusis, ap- pelés mjstères par excellence , auxquels tous les hommes de l'antiquité, distingués par leurs talens,par leurs vertus, s'honoraient d'être ini- tiés; d'où les scélérats, fussent-ils placés sur le trône, étaient rigoureusement exclus; et dont la moralité des dogmes et la sagesse des principes sont garanties par le témoignage des

( I ) Juvénal , parlant de la licence extrême de ces mys- tères , dit (satire 2, vers 96 ) : Vitre o hibit ille Priapo,


l54 DES DIVINITES GENERATRICES

écrivains grecs , ou romains, connus par leur véracité et leurs belles actions. Tertulien nous apprend que le Phallus faisait a Eleusis partie des objets mystérieux. « Tout ce que ces mys- » tères ont de plus saint, dit-il , ce qui est caché » avec tant de soin , ce qu'on est admis à ne » connaître que fort tard, et ce que les minis- » très du culte, appelés Epoptes, font si ardem- » ment désirer, c'est le simulacre du membre » virit (i). »

Ce simulacre figurait encore dans la célébra- tion de la fête dite Thesmophories, en l'hon- neur de la même déesse. On voyait une proces- sion de femmes. Chacune d'elles était accom- pagnée d'une suivante portant une corbeille, où était le gâteau qui devait être offert à Cérès et à sa fille. Parmi ces pieuses Athéniennes fi- gurait, comme épisode nécessaire à la cérémo- nie , Yltiphalle ou le Phallus , porté au bout d'une perche : tout alentour se faisaient enten- dre les cantiques ithy phalliques, c'est-à-dire, des chansons très^obscènes (2).

Théodoret di\i ç\yxe l'on vénérait aussi, dans

(i) Tertulien. Adversus Valentitianos , Tertuliani opéra , p. 260.

(2) Mélanges de critique et de philologie, i^dirM. Char- don de la Rochette, t. III, p. 202. Préface deDomLobi- neau, sur sa traduction manuscrite à' Aristophane.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l55

les orgies secrètes d'Eleusis, l'image du sexe féminin (i).

Pour justifier la présence de ces figures ob- scènes dans des mystères aussi saints, pour donner un prétexte à cette association du culte de Cérès et de celui du Phallus , voici la fable extravagante que les prêtres imaginèrent.

Cérès cherchait sa fille Proserpine quePluton avait enlevée. Dans cette intention, elle par- courait le monde, tenant deux flambeaux qu'elle avait allumés aux feux du mont Etna. Elle arrive fatiguée a Eleusis , bourg de l' Atti- que. Une femme, nommée Baiibo, lui offre l'hospitalité, lui fait un accueil gracieux, cher- che par ses caresses à adoucir le chagrin dans lequel la déesse est plongée, et lui présente, pour la rafraîchir, cette liqueur fameuse dans les mystères, et que les Grecs appelaient Cj- céon. Cérès, en proie à sa douleur , refuse avec dédain ce breuvage, et repousse la main de celle qui l'invite à s'en désaltérer.

Voyant ses instances plusieurs fois reje- tées , l'obligeante ^^«^o^ pour vaincre l'obs- tination de la déesse , a recours à d'autres moyens. Elle pense qu'une plaisanterie, en


(i) Castellanus, de Festis Grœcorum , Eleusinia ^ p, 143 et i44-


l56 DES DIVIMTES GENERATRICES

l'égayant, pourra la disposera prendre la nour- riture dont elle a besoin. Dans ce dessein, elle sort, fait ses dispositions, puis reparaît devant la déesse, se découvre à ses yeux, et lui fait voir toutes ces parties secrètes que la pudeur dé- fend de nommer. A ce spectacle aussi étrange qu'inattendu, Cérès éclate de rire, oublie son chagrin, et consent avec joie à boire le Cj^ céon (i).

Dans les fêtes d'Eleusis, on chantait- un hymne dont une strophe contenait la conclu- sion de cette aventure. Clément d'Alexandrie et Arnobe ont tous les deux publié cette fable; ils nous ont de plus transmis cette strophe, mo- nument authentique de la grossièreté et de l'indécence des fables que débitaient les prêtres de l'antiquité.

(i) Partem illam corporis per quant seeus femineum et sobolem prodere et nomen solet acqidrere generi thm longiore ah incurid libérât : facit sumere habitum puriorem , et in speciem levigari nondum duri atque

striculi pusionis : redit ad deam tristem atque

omnia illa pudoris loca revelatis monstrat inguini— bus ; atque pubt qffigit oculos Diva , et inauditi specie solaminis pascitur , etc. Ce passage, sans doute cor- rompu dans plusieurs endroits , a embarrassé les com- mentateurs. (Arnobe, Adversus gentes, lib. 5, p. 174 et 175. Godescalc. Stevech. in Arnob. , Observât. Eh menhorst. Desid. Hei^aldi animadversiones , etc.)


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 1^7

Dans les fêtes appelées Targilies, qui se cé- lébraient le 6 du mois de targélion ou de mai_, on voyait aussi figurer le Phallus, Sa présence, dans cette solennité, ne doit point étonner, puisqu'elle était consacrée à Apollon, dieu-so- leil, et à Diane, divinité de la lune, ou, suivant le scoliaste d'Aristophane , au soleil et aux sai- sons. Il ajoute que des jeunes gens portaient, dans cette fête, des branches d'olivier, d'où pendaient des pains, des légumes, des glands, des figues et des Phallus (i).

On a remar(Jtté que le Phallus était cons- tamment lié au culte des dieux-soleil^ quels que fussent les noms qu'ils portassent ; qu'il en était dépendant , et qu'il ne figurait dans les mystères consacrés à cet astre que comme un symbole, un objet secondaire de la cérémonie, mais non comme une divinité particulière. Les habitans de Lampsaque (2), ville située sur les bords de l'Hellespont, s'avisèrent, les pre- miers, de tirer ce symbole de la dépendance des dieux-soleil, de l'ériger en divinité, et de lui rendre un culte particulier sous le nom an- tique de Priape. Ce dieu naquit dans cette ville^


(i) Histoire religieuse du Calendrier, par Court de Gebelin, p. 436.

(2) Aujourd'hui nommé Laspi.


l58 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

dit la fable : ce qui, en langage allégorique^ signifie que son culte y prit naissance.

Priape y était représenté comme un Terme ^ dont la tête , et quelquefois la moitié du corps, appartenait à Fespèce humaine. Sa figure était la copie de ces Hermès ou Mercure munis d'un Phallus colossal qui, en Grèce^ abondaient dans les champs, sur les chemins et dans les jardins. Ils étaient évidemment une imitation des figures à Phallus disproportionné que les femmes d'Egypte portaient en procession pen- dant les fêtes d'Osiris, et que^i'on conservait dans le temple d'Hiérapolis, en Syrie.

Ce sont de tels Hermès à Phallus, qui, pla- placés dans les carrefours d'Athènes, furent mutilés dans une débauche nocturne par Alci- biade et ses compagnons : profanation qui eut pour lui des suites très-fâcheuses.

C'est aussi à ces Hermès à tête humaine et à Phallus que Philippe , roi de Macédoine , comparait les Athéniens. Ils n'ont, disait-il, comme les Hermès , que la bouche et les par- ties de la génération , pour exprimer qu'ils n'é- taient que babillards et libertins (i).

Les habitans de Lampsaque, ignorant l'origine de cette divinité, et n'ayant d'autres données

(i) Stobée, Serm. 1 1.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. I 3g

que sa figure pour lui composer une légende ou une fable, et trouvant des rapports frap- pans entre certaine partie de l'âne et le trait qui caractérisait Priape, lui sacrifièrent un âne , et introduisirent cet animal comme acteur dans les aventures qu'ils supposèrent à ce dieu. Voici en substance quelle était cette fable .

La naissance de Priape est fort incertaine. Sui- vant les uns, il la dut à Bacchu s età la nymphe ap- pelée Najade; d'autres lui donnent pour mère la nymphe Chionée. Hygin le dit fils de Mercure; et Apollonius^ d'Adonis et de Vénus. L'opinion la plus généralement adoptée le fait naître de Bacchus et de Vénus. Les mythologues , qui le disent fils d'Hermès ou de Mercure, annoncent par là que ce dieu devait sa naissance aux pierres ou aux troncs d'arbres, appelés Hermès par les Grecs, et qui avaient servi à composer sa figure. Ceux qui le disent fils de Bacchus ou d'Adonis, dieux-soleil, exprimaient son origine par une allégorie plus savante et plus conforme à la vérité.

La jalouse Junon, apprenant que sa fille Vénus était enceinte, la visita; et, sous le pré- texte de la secourir, elle employa, en lui tou- chant le ventre , un charme secret qui la fit ac- coucher d'un enfant difforme, et dont le signe delà virilité était d'une proportion gigantesque.


140 DES DIVINITÉS GENERATRICES

Vénus, fâchée d avoir donné le jour à un enfant monstrueux, l'abandonna, et le fit élever, loin d'elle, à Lampsaque. Devenu grand, le dieu courtisa les dames de cette ville; et sa difiPor- mité ne leur déplut pas ; mais les maris, jaloux, le chassèrent honteusement. Ils furent bientôt punis de cette violence : une maladie cruelle les attaqua à l'endroit même où le dieu préside. Dans cette fâcheuse extrémité, on consulta l'o- racle de Dodone : d'après son avis, Priape fut honorablement rappelé; et les pauvres ma- ris se virent contraints de lui dresser des autels, et de lui rendre un culte (1).

Telles sont les fables fabriquées sur l'origine de Priape. Voici celles qui expliquent l'asso- ciation de l'âne à son culte :

Un jour Priape rencontra Vesta couchée sur l'herbe ^ et plongée dans un profond sommeil. Il allait profiter d'une occasion aussi favorable à ses goûts lascifs, lorsqu'un âne vint fort à propos par ses braimens réveiller la déesse en- dormie^ qui échappa heureusement aux pour- suites du dieu libertin.

Lactance et Hygin attribuent à une autre

(1) On voit que cette fable a le même fond que celle rapportée par le Scoliaste d'Aristophane , sur l'origine du culte du Phallus dans l'Attique.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l4l

cause l'usage d'immoler un âne à ce dieu; et cette cause est encore moins décente. Priape eut, disent-ils, une dispute avec l'âne de Silène que montait Bacchus lors de son voyage dans l'Inde. Priape prétendait être, à certain égard, mieux que l'âne, avantagé de la nature. La question , dit Lactance , fut décidée en faveur de l'animal; et Priape, furieux d'une telle hu- miliation, tua son concurrent. Hygin raconte au contraire que Priape fut vainqueur, et que l'âne vaincu fut mis au rang des astres (i).

Le peuple de Lampsaque, dit Pausanias, est plus dévot à Priape qu'à toute autre divinité (2). Il était le dieu tutélaire de cette ville, dont les médailles, conservées jusqu'à nos jours, offrent sa figure bien caractérisée, et attestent encore la considération dont il jouissait parmi ses ha- bitans. Ces médailles, qui se voient dans les cabinets des curieux , le présentent le plus or- dinairement sous la forme d'un kermès, où le monstrueux Phallus est ajusté.

Des empereurs romains, non pas de ceux qui se sont distingués par leur extrême débau- che, ont voulu éterniser leur dévotion au dieu

(i) Lactantius, de fais a Religione , lib. i , cap. 21. Hyginus, Poeacwm astronomicon, cap. 33.

(2) Pausauias, liv. IX, Béotie, cap. XXXL


l42 DES DIVINITÉS GENERATRICES.

de Lampsaque , et faire frapper des médailles où leurs noms sont associés au signe indécent de celte divinité. On en trouve une de Septime Sé^^ère, et une autre que la ville même de Lampsaque fit frapper en l'honneur de l'em- pereur Maximin (i).

La ville de Priapis ou de Priape ^ bâtie sur les bords delamerPropontide, dans la Troade, doit son nom au culte de cette divinité. C'est dans ce lieu, dit la fable, que Priape, chassé par les maris de Lampsaque, vint chercher un asile. On y voyait un temple où le dieu-soleil Apollon était adoré sous le nom de Priapesœus. Ainsi les habitans avaient conservé, dans leur culte, les rapports existans entre l'astre du jour et l'emblème delà fécondité.

Pline fait mention de plusieurs autres lieux qui portaient le nom de Priape, et où, sans doute, il était vénéré comme la divinité prin- cipale. En parlant des îles de la mer d'Ephèse, il en nomme une appelée Priapos (2). Il dit ailleurs qu'au golfe Céramique est l'ile de Pria- pojièse (5).

(i) Baudelot, dans son ouvrage intitulé : Utilité des J^ojages, a donné la gravure de ces deux médailles {t. I, p. 343 et 344).

(2)Pline,liv.V, cap. XXXI.

(3;/^em, liv. V.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l43

Priape était honoré d'un culte particulier dans différentes villes de la Grèce : telles étaient Ornée, située près de Corinthe, qui donna à ce dieu le surnom ôi^Ornéates et à ses fêtes celui ôHOniéennes , et Colophon, ville de Tlonie, fa- meuse par son oracle d'Apollon. On y célébrait avec beaucoup d'éclat les fêtes de Priape; et ce dieu n'y avait pour ministres que des femmes mariées.

Les Cylléniens rendaient aussi à Priape un culte particulier, ou plutôt ils confondaient cette divinité avec celle ô^ Hermès ou de Mer- cure; car, comme je l'ai dit, les Hermès à Phallus ne différaient en rien des Priapes pour la figure : la matière de pierre ou de bois, le^ lieu où ils étaient placés, et les honneurs qu'on leur rendait, faisaient les seules différences. Une de ces figures, que Pausanias qualifie Ôl Hermès , recevait les honneurs divins à Cy- lenne. Elle était élevée sur un piédestal, et pré- sentait un Phallus remarquable (i).

Le même auteur a vu sur le mont Hélicon une autre figure de Priape, qui, dit-il, mérite l'attention des curieux. Ce dieu est sur-tout ho- noré, continue- t-il, par ceux qui nourrissent

(i) Pausanias, Elide, liv 6, chap. 26.


l44 I>ES DIVINITES GENERATRICES

des troupeaux de chèvres ou de brebis, ou des mouches à miel (i).

Tous les auteurs qui parlent de Priape s'ac- cordent, avec lesmonumens numismatiques et lapidaires, à donner à son signe caractéristique des proportions plus grandes que nature. Les Grecs avaient conservé l'antique tradition à l'égard de cette forme colossale étrangère à la figure humaine à laquelle elle est adhérente.

Us conservèrent aussi au Phallus et à Priape même ses rapports originels avec le soleil; et leur culte ne fut presque jamais séparé de celui de cet astre, sous quelque nom qu'il fût adoré. Déterminés par ces principes, ils accordèrent à • Priape le titre auguste de sau\>eur du monde , qu'on a souvent donné aux dieux-soleil, et sur-tout aux différens signes qui ont successi- vement marqué l'équinoxe du printemps , tels que les Gémeaux, le Taureau, le Bouc, enfin le Bélier ou l'Agneau. Cette quahfication divine se trouve dans une inscription grecque placée sur le Priape antique du musée du cardinal Albani (:i).

On sacrifiait un âne à Priape; on lui offrait

(i) Plutarque, Béotie^Xxy. g, cap. 3i. (2) Voyez Vouvrage de Knigth, sur le culte de Priape, où ce monument est gravé.


CHEZ LES A>CIENS ET LES MODERISES. l45

lies fleurs, des fruits, du lait et du miel; on lui faisait des libations, en versant du lait ou du vin sur la partie saillante qui distingue cette divinité; on y appendait des couronnes et même de petits Phallus en ex voto ; enfin les dévots venaient baiser religieusement le Phal- lus consacré.

L'introduction et lesprogrèsdu christianisme en Grèce devinrent funestes au culte du Phal- lus et de Priape, mais ne l'anéantirent pas. Lors même que plusieurs écrivains chrétiens s'attachaient à déclamer contre lui , se récriaient contre ses indécences, en décrivaient, et peut- être même en exagéraient les abus, une secte favorable au Phallus s'établissait sôus une forme nouvelle. C'était celle qui célébrait les fêtes appelées orphiques , espèce de Dionysia- ques régénérées sous des noms différens. La divinité qui en était l'objet se nommait Pha- neSy surnom du soleil : elle était figurée avec un Phallus très-apparent, qui, suivant quel- ques auteurs , était placé en sens inverse.

La secte des orphiques se distingua d'abord par ses principes austères, par ses mœurs pures, qui dégénérèrent dans la suite en dé- bauche (i).

(i) Warburthon attribue la cause de cette dégradation IT. lO


î46 DES DIVINITES GENÉRATHICES

Aux déclamations violentes et répétées deg pères de l'Eglise contre le Phallus, lespartisans de ce culte répondaient qu'il était un emblème du soleil, de l'action régénératrice de cet astre sur toute la nature.

Un philosophe platonicien, JambliquCy qui vivait sous le règne de Constantin , disait que l'institution des Phallus était le symbole de la force générative; que ce symbole provoquait la génération des êtres. « C'est véritablement, » ajoutait-il, parce qu'un grand nombre de » Phallus sont consacrés que les dieux répan- » dent la fécondité sur la terre (i). »

Malgré les atteintes du christianisme, le culte du Phallus se soutint encore long-temps chez les Grecs. Les femmes de cette nation conti- nuèrent de porter à leur cou^ comme un pré- servatif puissant^ des amulettes ityphaUiques de diverses formes, comme les Indiennes por- tent le talj; elles les plaçaient même quelque-

au Phallus qui figurait dans les mystères , aux allégories indécentes et aux assemblées nocturnes ; mais ce sont bien plutôt les passions humaines qui s'installent, pour ainsi dire , dans les institutions , après en avoir déplacé l'esprit primitif, qui y dominent, et finissent par les cor- rompre.

(i) Jamblicus, de Mjsteriis AEgjptiorum , sect. i, cap, î I.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l/^J

ibis plus bas que le sein. Arnobe et son disciple Lactancey qui vivaient sous l'empire de Dioclé- tien, c'est-a-dire, vers le commencement du troisième siècle de l'ère chrétienne, prouvent, par leurs déclamations, que ce culte était alors dans toute sa vigueur en Grèce, a J'ai honte, » dit Arnobe, de parler des mystères où le » Phallus est consacré, et de dire qu'il n'est » point de canton dans la Grèce où l'on ne » trouve des simulacres de la partie caracté- » ristique de la virilité (i). »

Lactance tourne en ridicule la figure et la fable de Priape (2); et plusieurs pères de l'E- glise, qui ont vécu après eux, tiennent le même langage, et attestent la continuité de ce culte.

L'historien Evagrius^ qui écrivait vers la fin du sixième siècle, témoigne que toutes les cé- rémonies du culte du Phallus existaient encore de son temps; il se moque des Itjphalles , des Phallogonies , du Priape y remarquable parles dimensions gigantesques de son signe caracté- ristique^ et delà corbeille sacrée qui contenait le Phallus (5).

(i) Arnobius, Adversus gentes, lib. 5, p. 176.

(2) Lactanctius, de fais a Religione, lib. i, p. 120.

(3) Evagrius, Histoire ecclésiastique , lib. 1 1, cap. 2.


l48 DES DIVINITÉS GENERATRICES

Nicephore Calixtej autre historien ecclésias- tique plus récent, et qui n'est mort qu'au sep- tième siècle, parle aussi des Phallus , des Ity-- pJialleSy ainsi que du culte de Pan et de Priape, comme des objets ridicules qui, cependant, recevaient encore les hommages religieux des Grecs (i).

Les exemples que je rapporterai dans la suite, de quelques peuples qui, ayant embrassé le christianisme, ont conservé plusieurs pratiques de l'idolâtrie et du culte du Phallus, me portent à croire que les Grecs, devenus chrétiens, et néanmoins restant attachés à une infinité de superstitions payennes, se sont difficilement deshabitués de ce culte, et qu'il doit en rester encore des traces parmi eux.

(i) Nicephore Calixte, Histoire ecclésiastique, lib. i4> cap. 48.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, l/^g


Jv^l^Jvvv^sv^^x^^sv^^^J^^s\l^^sv^^sVl^^sv^^A,^^sv^^sv>JVJ^.^^sv^^^,^î^


CHAPITRE IX.


Du culte du Phallus chez les Romains.


Ce peuple, dont l'ambition sans bornes fut le fléau du monde; qui acquit sa gloire aux dépens du bonheur de tant de nations; qui, toujours vainqueur par ses armes, fut à la fin vaincu par ses vices; qui, s'élevant au plus haut degré de puissance, ne tomba qu'avec plus d'éclat; et qui, après avoir fatigué l'espèce hu- maine du poids de sa grandeur, devint l'objet de son mépris; ces Romains, si fiers, si turbu- lens, si dominateurs, surent-ils, dans les temps mêmes où ils remplissaient la terre subjuguée du bruit de leurs exploits, résister aux atteintes des préjugés honteux? Surent-ils se défendre contre des superstitions ridicules , enfans de l'ignorance, qui insultent à la raison, dégradent l'homme, et le ramènent vers la barbarie? Non : leur faiblesse, leur aveugle crédulité, leur soumission absolue à leurs prêtres, for-


ï5o DES DIVIJSIÏES GENERATRICES

ment, avec leur courage et leur caractère in- dépendant et impérieux, un contraste frappant. Quelques légères formalités oubliées pendant la cérémonie des sacrifices, quelques nuances dans la couleur des entrailles des victimes, quelque rencontre imprévue, le vol d'un oiseau dirigé d'un certain côté^ des poulets qui man- geaient peu ou qui ne mangeaient pas, et mille autres puérilités, suffisaient pour jeter l'effroi dans l'âme de ces grands hommes, pour arrê- ter une armée prête à livrer bataille, changer de grandes résolutions, suspendre des entre- prises importantes, et régler les destinées de l'empire. Ces fiers conquérans du monde trem- blaient devant un misérable devin.

Avec cette pusillanimité de raison, on sent que les Romains durent être assujétis à tout ce que les cultes avaient de plus absurde. Ils enri- chirent même leur religion de toutes les su- perstitions des peuples qu'ils avaient vaincus.Les Étrusques, les Egyptiens, les Grecs, les Perses, les Thraces, les Phrygiens, les Phéniciens, les Gaulois mêmes, fournirent leur contingent. Une infinité d'objets étaient des dieux pour les Romains: aussi l'histoire n'offre-t-elle point de peuple qui se soit asservi à une aussi grande quantité de superstitions, ni qui ait rendu hon- neur a un plus grand nombre de divinités, La


CHEZ LES AINCIENS ET LES MODERJNES. l5l

Cité seule de Rome contenait plus de dieux que d'habitans, quoique le nombre de ces derniers se montât, dit-on^ à plusieurs millions (i).

Ainsi le culte du Phallus et de Priape ne de- vait pas être oublié. Cette divinité y fut long- temps en grande vénération.

Clément d'Alexandrie va nous apprendre comment et par qui ce culte fut introduit chez les Romains.

« Ce sont des Corjhanies qui, comme le » dit Heraclite, apportèrent le culte du Pliai- » lus et de Bacchus en Italie. Ces Coryhantes (2), » aussi nommés Cahires , qui annonçaient au » peuple la mort des dieux Cabires , s'étant, » dans leur pays^ rendus coupables de deux » fratricides, enlevèrent le ciste ( ou corbeille >; sacrée ) dans lequel était placé le Phallus » de Bacchus ; et, après avoir commis ce crime, » ils transportèrent le ciste en Etrurie, où ils

(i) Dictionnaire de Pitiscus, au mot Deiis.

(2) Les Corjbantes étaient des prêtres consaciés à diverses divinités , et particulièrement à Cjbelle^ mais, comme Clément d'Alexandrie les nomme aussi Cabires, il est vraisemblable que les prêtres qui débarquèrent en Etrurie étaient attachés au culte des dieux Cabires, éta- bli dès la plus haute antiquité dans l'île de Samotrace, et où le Phallus faisait partie essentielle des mystères, com- me le dit Hérodote.


}52 DES DIVIMTÉS GENERATraCES

» firent valoir celle marchandise. Comme ils » étaient chassés de leur pays, ils fixèrent » leur demeure chez les Etrusques, préchè- )) rent leur vénérable doctrine, et recomman- » dèrent à ces peuples d'adorer le Phallus et » la corbeille sacrée (i). »

Les Etrusques, voisins des Romains, leur communiquèrent bientôt cette nouvelle insti- tution, ainsi que les cérémonies et pratiques religieuses qui en dépendaient.

L'époque de l'introduction de ce culte en Italie ne paraît pas remonter très-haut. Les Romains ne connaissaient point, du temps de leurs rois, le culte de Vénus 5 celui de Racchus et de Priape devait y être également ignoré. Tout* les divinités grecques et orientales n'existaient point du temps de Numa.

Les Romains désignaient assez généralement Racchus sous le nom de Liber on de Pater liber, de même qu'ils donnaient souvent à Vénvs le nom de Libéra-, on croit que celte dénomina- tion lui venait de la liberté qui régnait dans ses fêtes. On dit que le soleil portait un nom équi- valent chez les Indiens.

a La partie sexuelle de l'homme , dit saint )) Augustin, est consacrée dans le temple de

(1) Clément. Alexand., Protrept.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l55

» Liber; celle de la femme dans les sanctuaires » de Libéra, même déesse que Vénus; et ces » deux divinités sont nommées le père et la » mère, parce qu'elles président à l'acte de la » génération (i). »

Les fêtes de ce dieu-soleil avaient, chez les Romains, deux noms qui répondaient à ceux de Bacchus et de Liber: les Bacchanales et les Libérales. La fête des Libérales avait lieu le 17 mars, six jours après l'époque où les Grecs- célébraient, en l'honneur du même dieu, leurs Dionysiaques y et trois jours avant celle où les Égyptiens fêtaient Osiris et son Phallus , dans la solennité des Pamylies.

Le Phallus figurait avec distinction dans la fête des Libérales, Les Romains nommèrent ce simulacre de la virilité ilfw^i/zw^. C'est de ce sym- bole que parle souvent saint Augustin, afin d'en faire sentir l'indécence. Il dit, d'après Varron, que, dans certains lieux de l'Italie, les cérémonies sacrées du dieu Liber étaient célé- brées avec tant de licence qu'on n'y avait pas honte d'y adorer ce qui, dans l'homme, carac- térise le plus la virilité ; qu'on ne respectait pas assez la pudeur pour pratiquer ce culte en se- cret; mais qu'il était entièrement public , comme

(i) S. Augustin, de Civitate Dei, liv. VI^ cap. 9.


î54 DÈS DIVINITES GENERATRICES

si l'on eût voulu honorer le libertinage; car ce simulacre honteux, placé sur un petit char, était avec grand honneur, pendant les jours consacrés à la fête du dieu Liber, promené d'abord dans les champs, dans les carrefours, et enfin dans la ville. Il ajoute, toujours d'après Varron, qu'à Lavinium la fête du dieu Liber durait un mois, pendant lequel on se livrait à la joie,àla licence, à la débauche. Les chansons lascives, les discours les plus libres, répondaient aux actions. Un char magnifique portait un énorme Phallus, et s'avançait lentement jus- qu'au milieu de la place publique. Là se faisait une station; et l'on voyait alors la mère de fa- mille la plus respectable de la ville venir placer une couronne de fleurs sur cette figure obscène (i).

Dans l'indignation que lui inspire cette céré- monie indécente, saint Augustin, en nous ins- truisant de ses motifs, s'écrie : « Ainsi, pour » apaiser le dieu Liber y pour obtenir une ré- » coite abondante, pour éloigner des champs » les maléfices, une femme vénérable est obli-


(i) Donec illud membrum per forum transvectum es- set , atque in loco quiesceret. Cui memhro inhonesto matrem-familias honestissimam palàm coronam ne- cesse erat imponere. (Civit. Dei^ lib. 7, cap. 21 .)


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l55

» gée de faire en face de la multitude ce » qu'elle ne devrait pas permettre sur le théâ- )) tre à une prostituée! De quelle honte, de » quelle confusion ne devrait pas être saisi le » mari de cette femme, si par hasard il était » présent à ce couronnement (i)! »

Quelques jours après , vers le dernier mars et le i^^ avril, on célébrait la fête de Vénus; et cette divinité était à Rome , comme en Grèce, en Syrie, en Egypte, associée au si- mulacre de la virilité.

Les dames romaines, pendant cette fête, montaient en cérémonie au mont Quirinal, où s'élevait la chapelle du P^rtZ/ï^i"/ s'emparaient de cet objet sacré, et le portaient en procession jusqu'au temple de Vénus Erycine, situé hors de la porte Colline. Arrivées dans le temple de la mère des amours, ces dames plaçaient elles- mêmes le Phallus dans le sein de Vénus (2).

Une pierre antique vient à notre secours, et

(i) In Liberi sacrais honesta matrona pudenda virilia coronabatjspectaîitemultitudine , iibi, rubens et sudans , si est ulla frons in hoininibus, adstabat forsitan et ma- ritus. (Ibid., lib. 7, cap. 24.)

(2) Dictionnaire abrégé de Pitiscus, au mot Senacu- lum. Géniales dienini , à! Alexander ab Alexandre , lib. 3, cap. 18. Pompeius Festus, au mot Mutinus, et les Commentaires sur cet article.


l56 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

nous donne l'explication de cette cérémonie. C'est une cornaline gravée , qui représente la pompe phallique. Un char triomphal porte une espèce d'autel, sur lequel repose le Phallus , d'une grandeur colossale. Un génie s'élève au dessus du simulacre, et tient sur lui une cou- ronne suspendue. Le char ainsi que la figure du génie sont entièrement abrités par un dais ou vaste draperie carrée , soutenue aux quatre coins par des piques, dont chacune est portée par une femme à demi-nue. Ce char est traîné par des boucs et des taureaux, sur lesquels sont montés des enfans ailés. Il est précédé par un groupe de femmes sonnant de la trompette. Plus avant, et en face du char, est une forme caractérisque du sexe féminin, représentant le Sinus veneris. Cette forme, proportionnée au Phallus élevé sur le char, est maintenue par deux génies qui semblent indiquer au Phallus la place qu'il doit occuper (i).

Cette cérémonie terminée, les dames ro- maines reconduisaient dévotement le Phallus dans sa chapelle , qui devint célèbre , dans la suite, par l'édifice que fit élever dans le voisi-


( I ) On trouve la gravure de cette pierre antique dans le recueil intitulé : Du Culte secret des Dames ro- maines. i( . ^


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l5j

liage l'empereur Héliogabale , où il établit un sénat de femme , chargées de décider sur des questions de galanteries et de débauches. Ces assemblées se tenaient à l'occasion de la fête du Phallus (i).

Les fêtes d'automne, consacrées àBacchus, étaient appelées Bacchanales : elles duraient depuis le 25 jusqu'au 2g octobre. On y voyait à peu près toutes les cérémonies pratiquées par les Grecs dans leurs Dionjsiaques (2).

Les Romains nommaient Mutinus ou Tuti-


(i) L'empereur Héliogabale , au rapport de Lampride, fit élever sur le mont Quiriiial un édifice poui' servir aux assemblées des dames romaines, qui se rendaient auparavant dans ce lieu lors delà solennité du Phallus. Cet édifice fut appelé Mœsa , du nom de son aïeule, qui présidait ces assemblées avec Sœmis , mère de ce prince. Il en fit un lieu de débauche. Crinitus nous a conservé le texte de l'ordonnsuice qui établit les droits et privilèges de ce sénat féminin. En voici le commen- cement :

Jura visundi , consectandi , susurrandi, gestiundi , suttrudendi, salutandi, confabulandi , precandi , per- pétua , interdiîi, futuariis permissa ex me sunto. Ex œde y foramim , horto , postico, impluvio, cuncta hœc commoda nemo homini prohibejito , etc. (Pétri Criniti de honestd Disciplina, lib. XI, cap. 8, p. 179.)

(2) Voyez les détails des excès des Bacchanales dans le chapitre suivant.


l58 DES DIVIINITES GENERATRICES

nus (i) le Phallus isolé, et Priape , le Phallus adhérent à un Hermès ou Thermes. Lorsqu'il était sous l'une et l'autre formes, cet objet sacré, ou cette divinité, était considéré comme présidant à la fécondité des femmes, à la vi- c^ueur des époux, et comme capable de détour-

(2) Les noms Mutinus, Tutiniis , se trouvent diverse- ment orthographiés dans les manuscrits des anciens au- teurs. Dans les vers de Lucilius , Mœtinus est pris pour une espèce de talisman ; on y lit aussi Mutinus. Dans Festus, on trouve Mutinus et Tiiijius ; dans Arnobe et dans saint Augustin, Mutwius , Motunus , Mutinus, Tutunus; dans Lactance et Tertuhen , Mutunus et Tu- , tunus. Mais quelques manuscrits et une vieille édition de Tertulien portaient Futinus , qui a peut-être donné lieu à S. Foutin , dont il sera parlé dans la suite.

Jean Guillelme pense qu'il faut lire Mutonus , d'où on a fait , dit-il , mutoniatus , qui signifie un homme fortement constitué à certain égard. Quelques savans sont partagés sur la question de savoir si l'un de ces noms veut dire muet , mutin ou mouton. Il se pourrait que Tutunus ait fait naître ces noms caressans de tonton, toutou.

Il serait plus important de savoir si ces deux mots expriment deux choses ou une seule. Les auteurs an- ciens les unissent toujours pour exprimer la figure du Phallus. Il est vraisemblable qu'il existait deux espèces de Phallus , dont les figures étaient distinguées par des différences qui sont inconnues.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l5g

lier les charmes nuisibles à l'acte du mariage , à la grossesse des épouses (i).

( I ) Ce dieu présidait à Tacte du mariage , mais il n'é- tait pas le seul : les Romains avaient l'usage d'appeler en cette affaire , ainsi que dans beaucoup d'autres , plusiems dieux à leur secours. Voici la liste de ces divinités conju- gales , d'après Meursius {Antiquités , tom. 5 , de Puer- perio ) :

Sattjrnus, ut semen conferret j Liber ei Libéra, ut semen emitterent : hic viris , illa feminis ; Janus , ut semini imnatricem cormneanti januam aperiret ^ Jung et Mena , ut flores menstruos regereiit ad fœtus con- cepti incrementum ; Vituniis , ut vitam daret y Sen- TiNus, ut sensum.

Beyer vient grossir la liste de ces divinités secou- rables { Addimenta ad Selden , cap. i6 ) : Cinxia , Diana , Hjmeneus , Manturna , Mutinus , sive Pria- pus , dea mater Prema , deus pater Subigus , Venus , Pertunda, etc.

Saint Augustin ( Civit. Dei , lib. 4 , cap. 1 1 ) , a com- plété le catalogue de ces divinités obscènes. Entre plu- sieurs autres , on remarque le dieu Jugatinus , qui rap- proche les époux ; la déesse Virginiensis , qui détache la ceinture virginale de la jeune épousée ; Volupia , qui excite à la volupté ; Stimula , qui stimule les désirs de l'époux ; Strenia , qui lui donne la vigueur dont il a besoin ; et ce grand saint n'oublie pas , dans sa nomen- clature , Mutinus et Tutunus. Il dit ailleurs que le dieu Liber est ainsi nommé parce que , dans l'action , il procure aux hommes qui l'invoquent l'avantage d'une


l6o DES DIVINITÉS GENERATRICES

En conséquence de ces vertus supposées, les jeunes épousées, avant d'être livrées aux em- brassemens de leurs maris, étaient religieuse- ment conduites par leurs parens vers l'idole de Priape ; et, la tête couverte d'un voile , elles s'asseyaient sur la forme très- saillante que pré- sentait cette figure. Un certain contact suffisait sans doute pour rendre la cérémonie complète, assurer la fécondité et neutraliser les enchan- temens.

(( C'est une coutume considérée comme » très - honnête et très - religieuse parmi les » dames romaines, dit saint Augustin, d'obli- » ger les jeunes mariées de venir s'asseoir sur » la masculinité monstrueuse et surabondante » de Priape (i).

émission reproductive. Libéra, qu'il croit être la même que Vénus , accorde la même faveur aux femmes : c'est pourquoi on place dans le temple de Liber la figure du sexe masculin , et celle du sexe féminin dans celui de Libéra. ( De Civitate Dei, lib. 6 , cap. 9).

(i) Sed qiiid hoc dicam , ciim ibi sit et Priapus ni- mius masculus , super cujus immanissimum et lurpis- simum fascinum sedere nova nupta jubeantur , more honestissimo et religiosissimo matronarum ? ( Saint Augustin , Cwit. Dei, lib. 6, cap. 9). Le même saint dit ailleurs : In celebratione nuptiarum ^ super Priapi scapum 7iOK>a nupta sedere jubebatur. ( Ibid. , lib. 7 , cap. 1^).


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. »6l

» Parlerai-je de ce Mutunus , clitLactance, » sur l'extrémité duquel les nouvelles mariées » viennent s'asseoir, afin que le dieu paraisse » avoir, le premier, reçu le sacrifice de leur pu- » deur (i)? n

Lactance, par ces derniers mots, semble rap- peler ce que pratiquent les jeunes épousées dans quelques contrées de l'Inde, où le dieu, de bois ou de fer , opère entièrement le sacri- fice. On croirait que la formalité remplie par les jeunes femmes romaines auprès de cet objet sacré n'était qu'une modification, un di- minutif de l'usage indien, et que la jalousie des maris romains avait mis des bornes à la dévo- tion de leurs femmes.

Les femmes mariées se soumettaient aussi à cette pratique , sans doute afin de détruire le charme qui les maintenait dans un état de sté- rilité; mais, plus aguerries que les jeunes épou- sées^ leur dévotion s'étendait plus loin.

n Ne conduisez-vous pas, même avec em- » pressement, dit Arnobe aux maris, vos fem- » mes auprès de Tutunus; et, pour détruire » de prétendus ensorcellemens, ne les faites-

(i) Et mutunus , in cujus siiiii pudendo nuhenles prœsedent, ut illaruni pudicitiain prior Deus delibdsse videatur. (Lactant. de falsâ Religioae, lib. i ). IT. H


l6fi DES DIVINITÉS GENERATRICES

» VOUS pas enjamber l'horrible et immense )) Phallus de cette idole (i)? »

Il faut avouer qu'il n'y a pas loin de cette dernière pratique à celle qu'observent certaines filles ou femmes de l'Inde, dont j'ai parlé.

Une figure du dieu Tutunus ou Mutinus fut découverte à Rome, sur le mont Viminal, dans les décombres d'un ancien temple. On la voit encore aujourd'hui dans cette ville : elle est de marbre blanc, et haute d'environ trois palmes (2).

Mais un groupe antique, dont Meursius a donné la gravure, nous présente l'image fidèle de cette cérémonie superstitieuse. Ce groupe, qui se trouve dans la galerie de Florence, offre une femme debout > dont la tête, entièrement couverte par une espèce de bonnet, présente une forme peu naturelle. Ses mains, qui des- cendent plus bas que les hanches, semblent soutenir ses vêtemens relevés , et laisser à dé- couvert une partie de son corps. Un énorme Phallus s'élève de terre jusqu'à la partie sexuelle


(i) Etiamne Tutunus , cujus immanihus pudendis horrentique fascino vestras inequitare matronas ducitis et optalis ? ( Arnob. , lib. ^,pag. i3i ).

(2) Dictionnaire de Pitiscus , au mot Mutinus.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l6.5

de cette figure, qui, grandement proportionnée, paraît être en contact avec l'extrémité supé- rieure du PJmllus (i).

Le PhalluSy appelé par les Romains Mutinus ou Tutunus , recevait encore d'autres homma- ges. On se prosternait dévotement devant lui ; on lui adressait des prières. i< Earce que nous » n'adressons point nos prières à Mutinus et à )) Tutunus y dit Arnobe, et que nous ne nous » prosternons pas jusqu'à terre devant leurs » idoles, ne semble-t-il pas, à vous entendre, » que de grandes calamités vont fondre sur )) nous^ et que l'ordre de la nature en sera » subverti (2)? »

La chapelle de Mutinus et de Tutunus était située, suivant Festus, dans le quartier de Rome appelé Vélie, et dans l'endroit où sont les thermes de Domitien. Cette chapelle, ayant été détruite sous Auguste, fut rétablie à quelque distance de la ville. « On rendait, dit Festus, à » ces idoles un culte religieux et saint j et les

(i) Meursius, Gr(3?ctVï? Feriatœ , tom. S , de Puer- perio .

{•?.) Qiiià non supplices humi Mutino procumbimus atque Tutuno , ad interitum res lapsas , atque ipswn dicitis mundmn leges suas et constituta mutasse ? (Arnob, lib. 4jP- i33).


l64 BES DIVINITÉS GENERATRICES

» femmes romaines venaient, la tête voilée^ » leur offrir des sacrifices (i). »

Considéré comme un amulette, comme un fétiche portatif, le Phallus recevait le nom de Fascinum y et était d'un usage très-fréquent chez les Romains qui ne connaissaient point de préservatif plus puissant contre les charmes^ les malheurs eues regards funestes de l'Envie* C'était ordinairement une petite figure du Phal- lus en ronde bosse, de différentes matières; quelquefois c'était une médaille qui portait l'image du Phallus. On les pendait au cou des enfans et même ailleurs (2). On les plaçait sur la porte des maisons, des jardins (5), des édifi- ces publics. Les empereurs , au rapport de Pline, en mettaient au devant de leurs chars de triomphe (4). Les vestales , lorsqu'on célébrait des sacrifices à Rome, lui rendaient un culte.

On varia à l'infini les formes de ces amu-

(i) Festus, aux mots Mutini, Titîni , Sacellum.

(2) Pueris turpicula res in collo suspenditur , ne quid obsit rei obscenœ causa ( Varon. , de Lingud latind , lib. 6).

(3) Hortosquc et fores tantUm contra invidentium cffascinationes dicari videmus, in remedio satjrica signa. (Plin. ,lib. 29, cap. 4)-

(4) Et fascinus currus triomphantium sub his pen~ dens défendit, ins^idiœ medicus. (Plin. ;, lib, 28 , cap. 4)-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. I 65

lettes ityphalliques. Les uns présentaient le Phallus combiné avec le muUos ou la figure du sexe féminin : les cabinets d'antiquités et celui de la Bibliothèque royale en contiennent plusieurs de cette espèce. Les autres présentent un Phallus simple, mais muni de deux ailes et de deux pattes d'oiseaux, et quelquefois de sonnettes. Cette dernière particularité rappelle l'usage antique de représenter quelquefois la figure du dieu Priape , tenant une sonnette à la main, et l'usage moderne des moines indiens, qui parcourent tout nus les rues de l'Inde, et appellent, au bruit d'une sonnette, les dé- votes, qui viennent baiser l'original vivant du Phallus.

D'autres amulettes ithyphalliques ont la forme d'un chien couché, ou des cuisses et des jambes humaines ployées et sans corps. Les plus décens offrent la figure d'une main fermée, et dont le pouce est placé entre les deux doigts qui le suivent : c'est cette figure que les anti- quaires nomment main itjphallique (i).

Ces espèces d'amulettes sont encore en usage dans le royaume de Naples, comme je le dirai dans la suite.


(i) Baudelot, Utilité des Vojages , tom. i , p. 346 • — Antiquités de Cœylus , tom. 4 ? p- 281 .


î66 DES BIVIISITÉS GÉNÉRATRICES

Il y eut des Fascinum doubles et triples, ou figurés par deux et trois branches partant du même centre. Les triples Phallus étaient fort en usage dans l'antiquité. On a déjà vu au rap- port dePlutarque que, dans la fête des pamjlies en Egypte, Osiris figurait avec un triple Phallus, pour signifier la multiplication de sa faculté productive (i). On retrouve encore sur plu- sieurs monumens antiques des Phallus doubles ou triples, isolés ou adhérens à un corps hu- main. Il en existe, en France, au pont du Gard et à l'amphithéâtre de Nismes, qui sont isolés: j'en parlerai bientôt. Une infinité d'autres monu- mens nous ont conservé l'image de ces Phallus k doubles ou triples branches; mais ils sont plus rares lorsqu'ils adhèrent à une figure humaine. Dans le royaume de Naples et dans la pro- vince de Peucétie, on trouve cependant des pierres gravées qui représentent la figure de Priape, munie d'un double Phallus. Près de lui est un berger qui semble planter en terre un bâton ou le lituus. Peut-être ce lituus signifîait- il le bâton que portaient les phallophores dans les pompes religieuses.

Dans la ville de Trani, on a découvert un

(2) Yoyez ci-dessus chap. ^


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 167

tableau votif en brique, qui représente Priape avec un triple Phallus (1).

Voilà comment les anciens représentaient les Diaphallus ou Triphallus^eX non pas par des doubles ou triples croix, comme l'ont pensé quelques savans dont j'ai parlé (2).

Les vases, les ustensiles, les meubles en gé- néral, reçurent souvent l'empreinte du Fasci- numonàxx Phallus. Il y eut, et l'on en conserve encore, des anneaux, des sceaux, des médailles, des pierres gravées ityphalliques (3).

Les recueils de monumens antiques nous présentent des lampes ainsi formées. Les Ro- mains , à l'exemple des Baptes d'Athènes ou initiés aux mystères de Cotitto , se servaient,

(i) Notes fournies par M. Dominique Forgés Da- rantzati , prélat de Canosa.

(2) Voyez ci-dessus , p. 59.

(3) M. de Chaduc , antiquaire Auvergnat , avait re- cueilli plus de trois ou quatre cents pierres gravées ithy- phalliques des plus curieuses , suivant Baudelot, « q\ii , » hors quelques-unes , dit- il , ne se trouvent point dans 1) le beau manuscrit que j'ai vu : il paraît visiblement " que ceux dans les mains de qui il a passé les ont » ôtées. » ( Utilité des J^ojages , tom. i , p. 343 ). Les collections des archéologues , et même certains recueils imprimés , offrent une très-grande variété de Phallus de Fascinum et de Priapes.


l68 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

pour boire, de vases en verre qui avaient la forme du Phallus (i). Pline, en deux endroits de son Histoire naturelle, parle de vases sur lesquels étaient gravées des scènes libidineuses qui n'étaient propres qu'à enivrer à la fois les buveurs et de vin et de désirs voluptueux (2). Lampride fait aussi mention des vases à l'usage de l'empereur Héliogabalc , lesquels étaient chargés de figures obscènes (5) ; mais^ dans l'inventaire des meubles de l'empereur Com- mode , que Pertinax fit vendre , il se trouva des vases semblables à ceux dont se servaient les Baptes : ils étaient de verre, et avaient la forme du Phallus, L'historien Capitolin les nomme phallointroboli, nom qui indique à la fois leur destination, leur forme et leur matière (4).

Le Phallus, adhérent à une pierre appelée Terme, h un tronc d'arbre façonné ou non en Hermès, recevait^ avec le corps dont il faisait partie, chez les Romains comme chez lesEgyp-

(i) Voyez ci-dessus la note p. i33. Un ancien scoliaste de Juvénal dit que ces Phallus en verre étaient nommés Drillopotas.

(2) Ylin. , lib. i^, cap. 22, et ^rcemiam, lib. 33.

(3) Elii Lamprid. vet. ant. Heliogabal. Hist. Au- gustes , t. I , p. 829.

(4) Jul. Capitolini in j^ertinax. Hist. Augustœ ^ t. ï , p. 553.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 169

tiens et les Grecs, le nom de Priape, Cette idole était représentée avec la tête de Pan ou des Faunes, c'est-à-dire, avec les cornes et les oreilles du bouc. Quand on lui donnait des bras, car il n'en était pas toujours pourvu, Priape tenait d'une main une faux ; et quelque- fois, de la main gauche, il empoignait, comme Osiris, le trait caractéristique de sa divinité, lequel était toujours colossal et menaçant, et peint en couleur rouge.

Sa tête était couronnée de pampre ou de laurier, et sa face ombragée d'une épaisse barbe.

Ainsi que l'idole d'Osiris portée en procession chez les Égyptiens pendant la solennité des Pamjlies , celle de Priape était ordinairement en bois de figuier^ on en voyait aussi beaucoup en bois de saule. Quelquefois ce dieu n'était qu'un tronc d'arbre , dont une branche figu- rait, par hasard, le signe caractéristique que la main de Fart avait à peine ébauché : tel est le Priape que Columelle conseille aux cultiva- teurs de placer au milieu de leurs jardins. (( N'ayez point de labyrinthes, point de statues » des héros de la Grèce; mais, qu'au milieu )) du jardin le tronc, à peine dégrossi, d'un )) arbre antique présente et fasse vénérer la )) divinité ity phallique; que cette branche for-


îyo DES DIVINITES GENERATRICES

» midable qui la caractérise épouvante les en- » fans, et la faux dont elle est armée, les vo- » leurs (i). »

Toutes les figures de Priape n'étaient pas aussi grossières : on en voyait quelques-unes travaillées avec soin , ainsi que le Terme qui en composait la partie inférieure. Ce que cette figure avait d'humain était entièrement nu et coloré de rouge (2).

Les Priapes ont offert dans leur forme, ainsi que les Phallus isolés, un grand nombre de variétés : les uns étaient représentés en Ter- mes, qui n'avaient que la tête humaine et le Phallus; d'autres avaient la moitié du corps humain, sans bras, ou avec des bras chargés ordinairement des attributs de cette divinité : attributs tous relatifs à l'agriculture. Il est quel-


(0 *ec? truncum, forte dolatum,

Arboris antiquœ numen venerare ithyphalli , 9 Terrihilis membri, medio qui semper in horto ,

Inguinibus puero , prœdoni falce^ minetur.

( Columcll. , de Cultu hortorum, Jib. lo. )

(2) C'est ce qu'expriment ces deux vers de la première pièce du Recueil intitulé Priapeia :

Sed ruber hortorum custos , membrœsioro quo, Qui tectum nullis vestibus inguen habe •


Voyez aussi Horace ^ liv. i , satire 8.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 17 1 ques exemples de Priapes représentés sous la figure entière d'un homme : ils sont rares.

Quelquefois le simulacre de ce dieu était fi- guré tenant en main une faucille ou une lon-^ gue faux, comme le dit Columelle dans les vers déjà cités.

Pour caractériser l'abondance dont on le croyait en partie l'auteur^ pour éloigner la sté- rilité dont il était le préserv^ateur, on figurait souvent Priape portant sous le bras droit une longue corne d'abondance , dont la large ou- verture offrait un assemblage de fleurs et de fruits : productions et attributs des jardins, auxquels, sur-tout chez les Romains^ cette di- vinité présidait spécialement.

Quelquefois aussi une longue perche s'éle- vait par derrière et au dessus de sa tête : elle servait, comme le dit Horace, d'épouvantail aux oiseaux (i).

Tel est le portrait fidèle de cette divinité, dont, en Italie, on plaçait l'idole tutélaire dans les vignes, dans les vergers, et sur-tout dans les jardins.

On voyait souvent cette idole, avec ses at- tributs indécens, placée sur les chemins : c'est

(i) Asi importunas volucres in vertice arundo

Tenet Jîxa

( Horace , satire 8 , liv. i , vers 5. )


1^2 DES DIVINITES GENERATRICES

alors que Priape était confondu avec Mercure et le dieu Terme. Scaliger dit avoir vu un pareil Terme dont le Phallus servait à in- diquer le chemin. Cet Hermès phallique se trouvait à Rome dans le palais d'un cardi- nal (i).

Le lieu où était placé le Terme, l'addition ou l'absence du Phallus sur ce Terme , en bois ou en pierre , formaient la seule différence qui existe entre les divinités Mercure, Pan, Pria- pe , etc.

Le Phallus ^*outé à une borne itinéraire devait préserver les voyageurs d'accidens, tout comme le Phallus ajouté à un tronc d'arbre devait détourner des champs voisins les acci- dens nuisibles aux récoltes. C'était l'opinion constante des anciens, et la cause unique de l'érection d'un si grand nombre d'idoles du dieu Priape,

Ses fêtes étaient nommées Priapées, ainsi que les vers qu'on chantait à sa louange. Elles

y^i) Cette attribution du dieu Priape sur les chemins est indiquée par la pièce 29 des Priapées :

Falce minax , et parte tuî majore , Priape , Ad jontemy quœso, die mihi, qua sit iter?

Voyez le Commentaire de Joseph Scaliger sur cette i^ïkcQ. {Priapcia , p. i4ï)


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. lyS

rappelaient, à certains égards, les Pamjlies des Égyptiens et les Phalhphories des Grecs, Plusieurs monumens antiques, conservés jus- qu'à nos jours, présentent les détails de ces or- gies, souvent fort indécentes. Parmi ceux que Boissart a fait graver , il se trouve un bas-relief qui offre le tableau de la principale fête de ce dieu : ce sont des femmes qui y figurent comme ministres de ce culte. Une d'en tr' elles arrose le trait caractéristique de Priape , tandis que d'au- tres apportent pour offrandes des paniers pleins de fruits et des vases remplis de vin. Là sont des groupes de danseuses et de musiciennes , parmi lesquelles on en distingue une qui agite le sistre égyptien. Ici est une bacchante, por- tant un enfant sur ses épaules. Plus loin, quatre prétresses sont occupées à sacrifier un âne, vic- time consacrée à Priape.

Priape avait des temples. Si l'on en croit Pé- trone, ils étaient desservis par des prêtresses,, qui célébraient des mystères nocturnes en l'hon- neur de cette divinité : voici les seuls rensei- gnemens que ce satyrique nous en a conservés. « Nous errions à l'aventure par les rues les « plus détournées , quand nous rencontrâmes » deux femmes assez jolies. Nous les suivîmes )) lentement jusqu'aux portes d'un petit temple » oij elles entrèrent : nous entendîmes sortir


1^4 i^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

» de ce lieu des voix comme du fond d'un » antre. La curiosité se réveillant, nous des- » cendîmes après elles. Nous trouvâmes plu- » sieurs femmes qui, furieuses comme des » bacchantes, avaient entre les mains des fi- » gures de Priape. Nous ne pûmes en voir » d'avantage. » Quartilla ^ prêtresse de ce temple , envoie ensuite vers ces étrangers curieux sa suivante , qui leur dit : Vous avez troublé les mystères que Quartilla célébrait dans la grotte (i).

On offrait à ce dieu , outre du miel et du lait, des branches de myrte, symbole des amours fortunés. Les habitans des campagnes cou- vraient sa tête de roses au printemps, d'épis de blé en été, de pampre en automne, et de bran- ches d'olivier en hiver.

Dans les villes, Priape avait des chapelles publiques, où les dévots, affligés de certaines maladies qui rentraient dans ses atlributions, venaient appendre des ex voto : images naïves de la partie malade. Ces ex voto étaient des ta- bleaux peints ou des figures en cire, en bois, et quelquefois en marbre (2).

On voyait des femmes, aussi dévotes que lu-

( 1 ) Petronii Satiricon.

(2) Cet usage est attesté par la pièce 87 du Recueil des


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. lyS briques , offrir publiquement à Priape au- tant de couronnes que leurs amans avaient fait de sacrifices à leurs charmes. Elles les appendaient à l'énorme Phallus de cette idole; et cette partie saillante en était quel- quefois totalement garnie. ( i ). C'est ainsi quel' épouse de l'empereur Claude , cette Messaline , fameuse par sa lubricité extrê-


Priapées , intitulée : Voti Solutio. En voici quelques

vers :

Cur pictiiin memori sit in tabellâ Membrum quœritis undè procreamur : CiiTtt pénis milii Jorts lœsus essei , Chirurgique manum miser timerem.

( I ) Plusieurs monumens antiques , et notamment des pierres gravées , représentent de pareilles offrandes. Dans la collection intitulée : Du Culte secret des Dames romaines, on voit un monument qui en donne une idée. Une pièce de vers du Recueil des Priapêes ( pièce n* 4o ) j parle d'une célèbre prostituée , appelée Télé^ thuse , qui , comblée des faveurs de l'amour et des pro- fits de la substitution , tit une pareille offrande à Priape , qualifié de saint dans la pièce :

Cingit inaurata penein tibi, Sancts, corona.

Dans la pièce 5o , une jeune fille promet à Priape des couronnes , s'il exhausse ses vœux :

Totam cujîi paribus, Priape, nostris Cingemus tili rnentulnui coronis.


Ï76 t)ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

me, et bien digne, sous ce rapport, de figurer à côté du trône des Césars , après être sortie victorieuse de quatorze athlètes vigoureux, se fit déclarer invincible^ en prit le surnom, et, en mémoire de ces quatorze succès, fit au dieu PriapeV offrande de quatorze couronnes.

D'autres faisaient hommage à ce dieu d'au- tantde Phallus en boisde saule qu'elles avaient vaincu d'hommes dans une nuit (i).

Les difFérens traits que je viens de réunir prouvent que, chez les Romains , le culte de Priape avait beaucoup dégénéré; que ces peu- ples avaient perdu de vue l'objet signifié, pour ne s'attacher qu'au signe; pour n'y voir que ce qu'il y avait d'indécent. Ainsi, par cet oubli du principe, la religion devint le prétexte du li- bertinage.

Le Phallus n'était plus cet objet sacré de la vénération des peuples de l'Orient, ce symbole adoré du soleil, régénérateur de la nature en- Ci) Cette pratique est représentée sur une pierre gra- vée ( Culte secret des Dames romaines) , et mentionnée dans la pièce 34 des Priapées :

Ciim sacmmjîeret Deo saîaci , Conducta est pretio puella paruo , Communis satis omnibus futura. Quœy quot nocte viros peregit una. Tôt verpas tibi dedîcat saUgnas.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 177

tière, ce dieu saus>eur du monde, dont la pré- sence assurait la conservation et la propao-ation de tous les êtres vivans ou végétans. On l'in- voquait, à la vérité , pour écarter les charmes contraires à la fécondité des femmes; mais, dans cette circonstance, bien loin d'être consi- déré comme un dieu-soleil, il n'était plus qu'un simple talisman. Il présidait aux plaisirs légiti- mes du mariage, mais encore plus aux excès de la débauche. Si l'on voyait quelques époux parmi ses adorateurs, leur plus grand nombre était des libertins et des prostituées.

On plaçait encore son idole dans les viones , les vergers, les jardins; mais il n'y figurait plus comme l'emblème du soleil fécondant la terre au printemps, et donnant une nouvelle vie à toutes les plantes. Vil gardien d'un verger ou d'un jardin, il servait uniquement d'épouvan- tail aux voleurs superstitieux, aux enfans et aux oiseaux (i). Ce dieu dégradé était réduit à l'état de domesticité.


,1) Et custosfunim atque at^iinn^cumjalce s aligna, ïfellespontiaci sert'et tutela Priapi,

(Virgn.,Georâ'.,lib. 4.)

Pomarii tutela diligens , rubro , Priape , jurihus ruinare niutino.

( Piiapeia , carm. ;;-3).


178 DES DIVINITES GENERATRICES

Telles furent, du temps des empereurs ro^ mains y les seules fonctions du Phallus, et les attributions restreintes et humiliantes de Priape.

Respecté, pendant que les mœurs romaines conservaient encore leur simplicité antique; avili, en raison des progrès de leur corruption, Priape devint enfin un objet de ridicule: il fut le plastron des plaisanteries, des sarcasmes de tous les écrivains. Horace ne pouvait plus in- génieusement ravaler cette divinité qu'il le fait par les premiers vers d'une de ses satyres. « J'étais un tronc de figuier, bois fort inutile, j) lorsqu'un ouvrier, incertain s'il en ferait un » banc ou un Priape, se décida enfin, et pré- » fera me faire dieu (i). )) On l'insultait jusque dans son sanctuaire, dont les murs offraient souvent des inscriptions très-peu respectueuses pour la divinité, et des vers qui excitaient à ses dépens le rire des lecteurs (2).


(i) Olhn tiuncus eram ficulnus , inutile lignum , Ciim faber^ incertus scamnumfaceret ve Priapum , Malidt esse deum : deus indè egOjJurum ai^iwnque Maxima jormido , nam jures dextra coercet , Obscœnoque ruber porrectus ab inguine palus.

( Horat. , salir. 8, lib. i. ) (2) Ce fait est prouvé par quelques pièces du Recueil des Priapées. Dans la première pièce on lit :


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 179

Les Romains alors, ayant perdu de vue le inotif antique de ce culte, nj voyaient plus qu'un emblème de la débauche, qu'une divi- nité ridicule.

Les écrivains du christianisme vinrent en- suite ajouter leurs déclamations aux insultes des poètes latins, accumulèrent le ridicule et le mépris sur cette divinité déjà vaincue, saisi- rent avec transport cette place abandonnée par les partisans de l'ancienne religion des Ro- mains, et obtinrent une victoire facile. Le culte de Priape allait être anéanti sans retour, ses idoles et ses autels renversés pour jamais, si la

Ergo quicquid , id est , quod ntiosus Templl parietibus tul notavi.

Dans la pièce 4o , on fait dire à Priape :

Quisquis venerit hkc poeta fiât , Et versus mihi dedicet jocosas.

Et dans la quarante-neuvième :

Tu quicumque vides circa tectoria nostra JYon nimiunt castl carmina plena joci.

Il paraît même que le Recueil des Priapées , et c'est l'opinion des savans qui ont, avec érudition^ commenté cet ouvrage , a été composé de pièces différentes , recueillies sur les murs des chapelles de Priape. Il est vraisembla- ble qu'elles ne sont point l'ouvrage de Virgile , comme plusieurs l'ont cru , parce qu'on les a trouvées placées à la suite de ses œuvres.


l8o DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

superstition et l'habitude, la plus indestructible de toutes les affections humaines, ne fussent ve- nues à son secours. Ces deux puissans mo- biles delà conduite des peuples triomphèrent de la raison et du christianisme, et parvinrent, malgré leurs efforts continuels, à maintenir en quelque sorte le culte de cette obscène et an- tique divinité.

C'est ce que j'établirai dans les chapitres sui-

vans.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l8l


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CHAPITRE X.


Du Culte de Vénus , de quelques autres institutions et usages religieux qui ont rapport au Culte du Phallus.


Chez les nations où l'abondance des enfans est pour leurs pères un moyen de richesse, un titre de gloire; où une progéniture nombreuse attire la considération et le respect, et où, par conséquent, l'impuissance des hommes et la stérihtédes femmes deviennent un opprobre, et sont regardées comme un signe de la malé- diction divine , l'acte par lequel l'homme re- produit son semblable, elles objets qui servent à cette reproduction, doivent être en grand honneur. La continence , bien loin d'être mise au rang des vertus, y est considérée comme un attentat à la société. C'est évidemment la nécessité d'accroître la population qui a fait naître cette opinion, laquelle a dû s'altérer lorsque cette nécessité fut moins sensible, puis devint une source de débauche et de supers-


î8:2 DES DIVINITÉS GENERATRICES

tition, lorsque le temps eut eflPacé sa cause pri- mitive de la mémoire des hommes.

Sous un climat où les vêtemens sont souvent inutiles et importuns, l'habitude de voir des nudités les rendait indiflférentes: elles ne cau- saient que peu ou point d'émotions, et n'irri- taient pas plus les désirs que ne le font les par- tics du corps que les nations civilisées laissent aujourd'hui à découvert. Ainsi l'on pourrait conclure de ces notions que la pudeur est na- tive des régions où le froid a rendu les vête- mens indispensables.

L'usage d'honorer l'acte de la génération et l'habitude* des nudités sont deux causes qui ont puissamment influé sur les mœurs des nations. Lorsque ces causes ont agi ensemble dans une même région de la terre , leur influence a été plus marquée , et a produit des institutions ci- viles et religieuses qui portaient tous les carac- tères de leur double origine.

Lorsque, dans d'autres pays, une de ces deux causes agissait isolément, son influence, moins puissante, produisait des institutions moins fortement caractérisées.

Enfin , chez les peuples où ces deux causes n'ont point du tout existé, il en résultait des opinions, des habitudes, des institutions abso-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l85 iument contraires à celles des peuples qui vi- vaient sous leur influence.

De là cette diversité étrange de mœurs et de coutumes^ ces contrastes choquans, ces diffé- rences totales qui existent entre les opinions et les institutions des nations qui peuplent ou qui peuplaient la terre. On serait, au premier abord, porté à croire que la nature de l'homme du midi n'est pas la même que celle de l'homme du nord, ou à douter de la véracité des écri- vains qui ont offert des tableaux si différens de leurs mœurs respectives.

Il est vrai que le temps, les communications de peuple à peuple, les migrations lointaines, le commerce, les révolutions politiques et re- ligieuses ont, dans plusieurs contrées, effacé, en tout ou en partie, les caractères que les cau- ses dont j'ai parlé y avaient imprimés, ont adouci ces nuances tranchantesqui distinguaient leurs habitans; mais ces événemens n'ont pas agi par-tout ; et , dans les lieux où leur action s'est fait sentir , elle n'a pas toujours été assez puissante pour faire disparaître entièrement le caractère antique. L'histoire, d'ailleurs, ainsi que l'attachement des peuples a leurs vieilles habitudes, a préservé les monumens caracté- ristiques des sociétés primitives d'une ruine complète. Des traits fortement prononcés exis-?


l84 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

lent encore, et suffisent pour indiquer les causes qui les ont tracés.

Ces causes matrices, oii l'esprit des nations est venu, pour ainsi dire, comme une matière fusible, se couler, recevoir des formes et se durcir, ont agi ensemble et avec force dans certaines régions. De vastes déserts, des ter- rains incultes et inondés, peuplés d'animaux destructeurs et féroces, appelaient le génie ^ le courage et les travaux des hommes. La popu- lation j était d'autant plus désirable qu'elle as- surait la puissance et la richesse. Aussi les lois, les préceptes, les institutions civiles et religieu- ses des temps anciens, que la tradition nous a conservés, tendent vers ce bat unique : tous favorisent et provoquent même l'accroissement de la population.

La circoncision^ un des rites les plus anciens que les Egyptiens et les Éthiopiens pratiquaient avant les Hébreux, n'avait évidemment pour but que de rendre plus commode, que de favo- riser l'acte de la reproduction de l'homme , et de faire disparaître jusqu'à ses plus faibles obstacles.

Le premier précepte que Dieu , dans la Ge- nèse, adresse aux hommes après le déluge, est celui-ci : Croissez et multipliez, remplissez la terre. Ce précepte est répété dans le même dis-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l85 cours, et cette répétition en fait sentir l'impor- tance (i). Aussi chez les Hébreux le concubi- nage n'étaij^point un crime: il était habituel; et le mariage ne l'excluait point.

Sara, femme à' Abraham, fournit elle-même k son mari une concubine: elle lui livre sa servante Jgar , dont le patriarche eut des en- fans (2).

Nachor, frère d'Abraham , eut aussi plusieurs enfans d'une concubine appelée Roma (5).

Lothy pour assouvir les désirs impétueux des habitans de Sodôme, leur offre ses deux filles encore vierges (4).

Ces deux mêmes filles enivrent bientôt après leur père ; se livrent à ses caresses , et en ont des enfans (5).

Jacob épouse en même temps les deux sœurs. Racket et Lia, et^ lorsque Tune et l'autre sont devenues stériles , elles se font remplacer par leurs servantes. Rachel fournit à son mari sa servante Bala; et Lia, sa servante Zel- pha (6).

(i) Genèse, chap. 9 , vers i et 7.

(2) Idem , chap. 16, vers, i et suiv.

(3) Idem , chap. 11 , vers. 24.

(4) Idem, chap. 19 , vers. 8 et suiv.

(5) Idem ,Qhdi^. 19, vers. 3i et suiv.

(6) Genèse^ chap. 29, vers. 28 et 29; chap. 3o,vcii.. I et 9.


l86 DES DIVINITÉS GENERATRICES

Bala, qui dormait avec Jacob, dormit aussi ave Ruben, fils de ce patriarche (i).

Tkajnar épouse successivement. les deux frères, Her et Onan, fils de Juda. N'en ayant point d'enfant, et craig^nant d'être accusée de stérilité, elle va, déguisée en prostituée, se placer sur un chemin où devait passer son beau-père. Celui-ci la méconnaît, marchande ses faveurs, y met un prix, les obtient, et en a deux enfans (p).

Ces fornications, ces adultères, ces incestes, et plusieurs autres qu'il est inutile de rapporter, ne sont point présentés, dans les livres de la Bible, comme des crimes, mais comme des ac- tions ordinaires. Ceux qui en sont les auteurs n'y reçoivent aucun reproche, n'éprouvent ni blâme , ni punition.

Si la Bible se plaint de Salomon, qu'elle dit avoir surpassé en sagesse tous les rois de la terre (3), ce n'est point parce qu'ayant épousé la fille du Pharaon d'Egypte, et ayant eu un commerce passager avec la reine de Saba , il vivait en outre avec sept cents femmes quali- fiées de reines y et trois cents qualifiées de con-

(i) Gewè^e, chap. 35, vers. 22.

(2) Idem , chap. 38, vers. 8, i3 et suiv.

(3) Les Rots, liv. 3, chap. 10, vers. 36.


CHEZ LÈS ANCIENS ET LES MODERNES. iS-f cubines; mais parce que ce nombreux sérail , destiné aux amours et aux plaisirs de ce roi sage y était composé de femmes étrangères, de Moabites, d'Ammonites, d'Iduméennes, de Si- doniennes et de femmes du pays des Héthéens: nations chez lesquelles la loi de Moïse défend aux Hébreux de prendre des épouses, et qui professaient une religion différente de la leur. Salomon fut perverti par elles : il érigea des autels, des temples et des idoles en l'honneur des divinités adorées par ces étrangères (i). Ainsi ce n'est point la quantité exorbitante de femmes qui composaient le sérail de Salomon, que la Bible réprouve dans ce roi, mais leur qualité d'étrangères et d'idolâtres.

Lorsqu'il s'agit au contraire , dans îa Bible , de ces actes infâmes, de ces plaisirs stériles et nuisibles à la population, alors l'opinion se prononce fortement contr'eux. L'action d'Onan excite l'indignation; et les mœurs corrompues des habitans de Sodôme et de Gomore attirent sur leurs villes une punition exemplaire et terrible.

Enfin la virginité, pour les filles nubiles, était chez les Hébreux, comme elle l'est encore chez les Indiens, une espèce d'opprobre

(i) Les Roù , chap. 1 1 , vers, i , 2 , 3 , et suiv.


l88 DES DIVINITÉS GENERATRICES

Jephté, avant de se laisser religieusement égor- ger par son père , lui dit : Permettez-moi d'al- ler pleurer pendant deux mois ma virginité dans les montagnes. Elle alla avec ses compa- gnes pleurer de ce qu elle mourrait vierge (i).

Les jeunes Indiennes^ suivant Mindès-Pinto, croient ne pouvoir point être reçues en Paradis avec leur virginité.

i( Les Indiens, dit Sonnerai, sont tellement » persuadés que les dieux ne leur ont accordé » l'existence que pour se reproduire qu'ils re- » gardent la stérilité comme une malédic- » tion (2). »

Si nous portons nos regards sur les institu- tions et les usages de quelques autres nations de l'Orient _, nous y verrons, sous des formes différentes, un motif pareil: celui d'honorer l'acte de la génération , et de favoriser la popu- lation.

Le culte de Vénus, si répandu en Orient, et qui s'introduisit ensuite en Grèce et en Italie , avait pour objet d'honorer la faculté fécondante de la nature. Son origine était plus ancienne et différente de celle de Priape; mais le culte de


(i) Les Juges , chap 1 1 , vers. 87 et 53. (2) Voyage aux Indes et à la Chine , t. 1 , p. 128 ? deuxième édition.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 189

l'iin et de l'autre avait un même but : celui d'ac- croître la population.

Dans les cérémonies du culte de Vénus, l'acte de la génération était sanctifié. La jeu- nesse des deux sexes venait solennellement of- frir ses prémices à cette déesse : ainsi qu'ailleurs on y offrait à d'autres divinités les prémices des fleurs, des fi^uits , et les nouveaux-nés des animaux domestiques (i).

La politique fonda cette cérémonie 5 la su- perstition la consacra; et rattachement des peuples pour les vieilles habitudes, et sur-tout pour celles qui tiennent à la religion, la maintint jusque dans un temps 011 la civilisa- tion avancée, les mœurs altérées^ commen- çaient à la rendre humiliante pour les person- nes qui étaient forcées de s'y soumettre.

(( Le culte qu'on rend à cette divinité , dit » Montesquieu, est plutôt une profanation » qu'une religion. Elle a des temples où toutes » les filles de la ville se prostituent en son hon- » neur, et se font une dot des profits de la dé- » votion. Elle en a où chaque femme mariée » va, une fois en sa vie, se donner à celui qui


(i) Voyez , sur l'origine de ce culte et de la divinité Vénus , l'ouvrage intitulé : Des Cultes qui ont précédé et amené V idolâtrie , chap. 21.


igo iDÈS DIVINITES GENERATRICES

» la choisit^ et jète dans le sanctuaire l'argent » qu'elle a reçu. Il y en a d'autres où les cour- » tisanes de tous les pays, plus honorées que » les matrones, vont porter leurs offrandes. Il » y en a enfin où les hommes se font eunuques » et s'habillent en femmes, pour servir dans le » sanctuaire , consacrant à la déesse et le sexe » qu'ils n'ont plus, et celui qu'ils ne peuvent )) pas avoir (i). »

Ce n'est point ici une fiction poétique : c'est la vérité que l'illustre auteur que je viens de citer a puisée dans l'histoire de diverses na- tions.

Plusieurs écrivains de l'antiquité témoignent que ces cérémonies dévotes et voluptueuses étaient pratiquées dans divers pays de l'Orient, et notamment à Babylone. Le prophète Jéré- mie, dans sa lettre adressée aux juifs destinés à être conduits captifs dans cette ville, leur ap- prend l'existence de cet usage (2). Le géographe Strabon en fait aussi mention (5); mais Héro- dote est celui qui le décrit avec plus de détail.

u Les Babyloniens, dit-il, ont une loi bien » honteuse : toute femme, née dans le pays ,

(1) Temple de Gnide , chant premier,

(2) Baruc. , chap. 6, vers. ^1 et 43-

(3) Strab, , lib. 16.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ÎQÎ

» est obligée, une fois dans sa vie, de se rendre » au temple de Vénus, pour s'y livrer à un )) étranger. Plusieurs d'entr elles, dédaignant » de se voir confondues avec les autres, à » cause de l'orgueil que leur inspirent leurs » richesses, se font porter devant le temple » dans des chars couverts. Là, elles se tien- » nent assises, ayant derrière elles un grand » nombre de domestiques qui les ont accom- » pagnées; mais la plupart des autres s'as- » sèyent dans la pièce de terre dépendante du » temple de Vénus, avec une couronne de fi- » celle autour de la tête. Les unes arrivent, )) les autres se retirent. On voit en tout temps » des allées séparées par des cordages tendus. » Les étrangers se promènent dans ces allées, » et choisissent les femmes qui leur plaisent le » plus. Quand une femme a pris place en ce » lieu, elle ne peut retourner chez elle que » quelque étranger ne lui ait jeté de l'argent » sur les genoux, et n'ait eu commerce avec » elle hors du lieu sacré. Il faut que l'étranger, » en lui jetant de l'argent, lui dise : Tin^^oque » la déesse Mjlitta, Or les Assyriens donnent à » Vénus le nom de Mjlitta. Quelque modique » que soit la somme , il n'éprouvera point de y) refus : la loi le défend ; car cet argent devient w sacré. Elle suit le premier qui lui jète de


ig2 DES DIVINITES GENERATRICES

)) l'argent; et il ne lui est permis de repous- »ser personne. Enfin ^ quand elle s'est ac~ » quittée de ce qu'elle devait à la déesse, en » s'abandonnant a un étranger , elle retourne » chez elle. Après cela, quelque somme qu'on )) lui donne, il n'est pas possible de la séduire. » Celles qui ont en partage une taille élégante » et de la beauté ne font pas un long séjour » dans le temple ; mais les laides y restent )) davantage , parce qu'elles ne peuvent satis- » faire à la loi. Il y en a même qui y demeu- )) rent trois ou quatre ans (i).

Le même historien ajoute : « Une coutume » à peu près semblable s'observe en quelques » endroits de l'île de Chypre. »

Cette pratique était en effet en vigueur à Paphos, ville de cette île. Justin rapporte ainsi les causes de la fondation de Carthage : « Elissa, )) fuyant Tyr où son frère Pjgmalion avait » assassiné son mari Acerhus , pour s'emparer » de ses trésors, aborda avec plusieurs Ty riens, » compagnons de sa fuite, sur la côte de l'île )) de Chypre. Elle y débarquait au moment où » les Cypriennes célébraient la fête de Vénus. >) Les jeunes filles de Paphos se présentaient » aux étrangers, et leur offraient la jouissance

(i) Hérodote, Clio , chap. 199.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. igS

» de leurs charmes , dont le prix était destiné à » former leur dot. »

Elissa fit choix de quatre-vingt de ces galantes Cypriennes, les embarqua sur sa flotte, les unit aux jeunes Tyriens qui l'accompagnaient, afin de peupler la ville qu'elle se proposait de bâtir. Elle arriva en Afrique, et y fonda Car- thage(i).

Les Tyriens et les Cypriennes transportèrent les moeurs et la religion de leurs pays dans cette nouvelle contrée. L'usage qui obligeait les jeunes filles à venir gagner leur dot au bord de la mer y fut mis en vigueur. A quelque dis- tance de la nouvelle ville , était un lieu con- sacré à Vénus, appelé Sicca veneria. Un pareil lieu, consacré à la même divinité, et destiné au même culte, existait, chez les Phéniciens, sous le nom de Succoth-Benoth ou Siccoth Venoth, Ces mots signifient tentes des filles. On croit, avec beaucoup de raison, que le nom Vénus en est dérivé (2), Valère Maxime nous


(i) Justin , lib. 18.

(2) Selden de Dis Sjris , Sjntagm. 2 , cap. n , p. 234; — Addimenta Bejeri , p. 3 10 ; — Elias , Sche- dius ,de Dis Germanis , cap. 9^ p. i23; — treiziënie Mémoire sur les Phéniciens, par l'abbé Mignot ^ membre de l'Acad. des Inscriptions, tom. 38, p. 5g.

II. i5


194 I^ES DIVINITES GÉNÉRATRICES

apprend que, dans ce lieu, se rendaient les jeunes Carthaginoises; et que^ sous les auspices de la déesse, elles se livraient religieusement à la brutalité des étrangers , et acquéraient, au prix de leur virginité, une somme qui servait il les marier (i).

Cet usage religieux et galant était établi dans toute la Phénicie. La déesse, qui présidait à la génération s'y nommait Astarlé, et le lieu qui lui était consacré, Succoih-Benoth, A BibloSy les jeunes filles avaient l'alternative de se pros- tituer pendant un jour entier aux étrangers, ou de sacrifier leurs cheveux à la déesse (2). Si l'on enjuge d'après les vives déclamations faites par difFérens écrivains contre le culte de la Vénus de Biblos et contre ses indécences, on se convaincra que les filles de cette ville préfé- raient conserver leur chevelure.

En ce dernier cas , le prix de la prostitution ne servait point à leur dot; mais il était destiné à subvenir aux frais du culte. C'est saint Augustin qui nous instruit de cette particularité, en nous disant que de son temps les prostitutions re-

(i) Valer. "Maxim. , lib. 1 , cap. 6, sect. i5, p. 235.

(2) Traité de la Déesse de Sjrie , dans les» œuvres de Lucien .


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. igS

îigieuses étaient en usage dans toute la Phé- nicie (i).

Elles y existèrent même long-temps après, jusque sous le règne de Constantin. Suivant Eusèbe et Théodoret, le temple à'HéUopoIis, en Phénicie, celui des Aphaques, situé sur le mont Liban , entre Héliopolis et Biblos, étaient dédiés à des divinités qui exigeaient de pareils sacrifices. Ces deux écrivains nous apprennent que cet empereur fit détruire ces temples , et abolit le culte indécent qu'on y célébrait (5)!).


(i) Saint Augustin, Civit. Dei , lib. 4? cap. 10.

(2) Eusèbe , J^ita Constantini , lib. 3 , cap. 53 et 56; Théodoret , Hist. ecclé.siast. , lib. i , cap. 8.

Le temple des Aphaques était très-ancien. L'auteur du Traité de la Déesse de Syrie en parle comme d'une antiquité vénérable. Eusèbe en fait un tableau hideux. C'était , suivant lui , de vieilles masures , entourées d'ar- bustes et broussailles épaisses , où aucun chemin , au- cun sentier , n'aboutissait. Les ministres du temple y tenaient école de débauche. Des hommes efféminés , impudens , pour apaiser le démon qui y présidait , se livraient entr'eux aux excès du plus honteux libertinage. En outre , des hommes et des femmes mariés s'y réu- nissaient , se confondaient ensemble , et assouvissîdent la violence de leurs désirs.

n raconte des choses semblables du temple d'Hélio- polis , et dit que les habitans y prostituaient leurs filles aux étrangers qui passaient dans leur pays.


196 DÉS DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

Les Hébreux, voisins des Phéniciens, ne pu- rent résister à l'attrait de l'exemple que ces derniers leur offraient. Moïse avait prévu le danger, en défendant positivement à son peu- ple ces pratiques impures et religieuses. Ses paroles annoncent même que les Phéniciens ou les Chananéens avaient, de son temps, cor- rompu l'esprit de l'institution primitive, et s'é- talent laissés aller à des désordres plus révoltans encore : « il n'y aura point, dit-il, de femmes )) prostituées parmi les filles d'Israël, ni de )) fornicateurs parmi les garçons d'Israël; vous )) n'offrirez point dans la maison du Seigneur, )) votre Dieu, la récompense de la prostituée, w ni le prix du chien (i). »

On voit, dans ce passage, les pratiques du culte à^Jstarté ou de Mjlitta bien désignées , la prostitution des jeunes gens des deux sexes, et le prix de cette prostitution offert à la divinité. L'auteur du Deutéronome emploie dans le texte hébreu, au lieu des mots grossiers de meretrix et de scortator , qui se trouvent dans la Vulgate, des expressions qui répondent à celles de consacrées , consacrés ou efféminés : qualifications servant à caractériser les garçons

(i) Deutéronome , chap. 23, vers. 17 et 1 8,


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, igy

et les filles qui prétendaient honorer la divinité par de tels actes d'impureté (i).

Malgré ces défenses, les Israélites forniquè- rent avec les consacrées et même avec les effé- minés; et ils forniquèrent avec tant d'éclat c^xijéza, roi de Juda, chassa ces efféminés du pays de sa domination. Son fils, Josaphat, qui lui succéda, fit plus encore: il en extermina un grand nombre. Les effets de ces exemples ter- ribles ne furent pas de longue durée. Les pros- titutions religieuses reprirent faveur parmi les Israélites; et ils les exercèrent jusque dans le lieu consacré au Seigneur.

ce Josias , dit l'auteur du quatrième livre des )) Roisy abattit les cabanes des efféminés ou » consacrés, qui étaient dans la maison du » Seigneur, pour lesquels des femmes travail- » laient à faire des tentes en l'honneur à'As- » serao\iô^j4stafté{^2). »

La déesse de la génération était, chez les Arméniens, nommée Diane Anaïtis. Strabon nous apprend que ces peuples lui rendaient un culte particulier : ils lui consacraient les prémi- ces de leurs esclaves, de leurs filles , même des

(i) Mém. de V Académie des Inscriptions , tom. 38 , p. 59 et 60.

(2) Les Rois , liv. 4 > chap. 23 , vers. 7.


igS DES DIVIJNITÉS GENERATRICES

filles les plus qualifiées. Ces filles se prostituaient clans le temple de la déesse : alors seulement elles étaient dignes du mariage ; et les hommes s'honoraient de les épouser (i).

« C'était une pratique commune chez les » Lydiens que les nouvelles mariées se pros- )) tituassent avant d'habiter avec leurs maris; » mais, le mariage une fois consommé , elles )) devaient à leurs époux une fidélité inviolable : )) il n'y avait point de grâce pour celles qui » s'en seraient écartées (2). »

u Toutes les filles, dans le pays lydien, dit )) Hérodote, se livrent a la prostitution : elles » y gagnent leur dot, et continuent ce com- » merce jusqu'à ce qu'elles se marient (5). »

Pomponius-Méla dit la même chose de celles des Augiles, peuple d'Afrique. Elles reçoivent tous les hommes qui s'oiFrent avec un présent; et , plus le nombre de ceu]» qui sacrifient à leurs charmes est grand, plus elles en sont ho- norées.

Les Nasamons, peuples de la Ljbie, obser- vaient le même usage : « Lorsqu'un d'eux, dit » Hérodote, se marie, la mariée accorde ses


(i) Strabon, lib. 2.

(2) Elien , Histoires diverses , liv. 4 > clmp.

(3) Hérodote, CZ/o , chap. 98 .


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 199

)) faveurs, la première nuit de ses noces, à tous » les convives; et chacun lui fait un présent, » qu'il a apporté de sa maison (i). »

La prostitution était en honneur a Naucratis en Egypte : les filles de cette ville passaient pour les plus belles courtisanes de ce pays; et quelques-unes se sont rendues célèbres, telles que Rhodope et Ârchidice (2).

Ces prostitutions de filles avant leur mariage semblent, au premier abord, étrangères au culte; mais, lorsqu'on les rapproche de l'usage des prostitutions religieuses, on y remarque de grands rapports; et il est évident qu'elles en dérivent. Il en est de même des courtisanes de l'antiquité. On croirait que le libertinage et les profits qui en peuvent résulter étaient les seuls motifs de leur profession; mais l'on doit sa- voir que ces courtisanes, si nombreuses et si cé- lèbres dans la Grèce, officiaient dans le temple

(1) Hérodote, Melpomene , chap. 172.

(2) WéioàolG , Eiiterpe , chap. i35.

On peut joindre ici l'exemple qu'offrent les Gindanes, peuple de la Lybie , voisin des Maces. Leurs femmes portent, chacune, autour de la cheville du pied, autant de bandes de peaux qu'elles ont vu d'hommes : celle qui en a davantage est la plus estimée , comme ayant été aimée d'un plus grand nombre d'hommes. ( Hérodote , Melpomene , chap. 176).


^00 DES DIVINITES GENERATRICES

de Vénus, et qu elles y étaient les uniques pré- tresses de cette divinité. D'ailleurs, il est certain que les mêmes prostitutions religieuses qui avaientlieu à Babylone, dans toute la Phénicie, et dans d'autres parties de l'Orient, étaient, dans le principe, en vigueur à Paphos, dans l'île de Chypre , à Samos , à Corinthe , à Amathonte et à Hermioné , où l'on voyait plusieurs tem- ples de Vénus.

Entre les différens honneurs que les habitans rendaient à cette divinité, dit Pausanias, on remarque une coutume qui oblige les filles qui se marient, et les veuves qui veulent contracter un nouveau lien, a venir sacrifier à Vénus avant leurs noces (i).

La même cérémonie se pratiquait dans tous les lieux où cette déesse recevait un culte particulier; mais bientôt les progrès de la civi- lisation firent sentir, dans plusieurs villes, l'in- convenance de ce culte. Des lois sages y portè- rent la réforme ; les filles et les femmes des ci- toyens furent affranchies de cette servitude in- décente,* et les prostitutions exigées par Vénus devinrent les fonctions des courtisanes en titre, qui, par devoir, se sacrifiaient à la divinité, et, par goût ou par avarice, prodiguaient leurs

(i) Pausanias , Corinthe , chap. 34-


CHEZ LES A^CIE^S ET LES MODERNES. 20ï

faveurs ou les vendaient en public. On at- tribue à un certain Dexicréonte l'honneur d'avoir, à Samos^ aboli les prostitutions re- ligieuses.

Les courtisanes prétresses de Vénus étaient nombreuses dans les principales villes de la Grèce : on en comptait plus de mille à Co- rinthe.

Le culte de Vénus se maintint long-temps en Grèce dans son indécence primitive. Outre rhabitude, qui, chez le vulgaire, est un des plus forts soutiens des institutions antiques, le peu- ple avait un autre motif pour consulter ce culte :il était persuadé que ceux qui le mépri- saient attiraient sur eux la haine et la vengeance de la divinité. Les jeunes filles redoutaient les fureurs de Vénus; et la peur les rendait dé- votes.

Les prêtres racontaient la fable des Propae- tides, qui, rejetant le culte de cette déesse, en furent cruellement punies : elles sentirent dans leurs veines le feu de l'impudicité , et furent , dit Ovide, les premières femmes qui se pros- tituèrent a tout venant. Ëlè^e et Celène , filles de PrœtuSy furent punies pour la même faute. « On les vit, dit Elien , parcourir toutes nues, » comme des insensées , une partie du Pélo-


202 DES DIVINITES GENERATRICES

» ponèse et quelques autres contrées de la

» Grèce (i). »

Les Romains honorèrent plusieurs divinités génératrices. Vénus avait quatre temples h Rome, et y fut honorée, sous différens sur- noms, par différentes fêtes, célébrées au mois d'avril. Flore paraît être une des plus anciennes divinités génératrices que les Romains aient adorées ; la Vénus est bien plus moderne.

Les i^"^, :i2 et 28 avril étaient consacrés à honorer , sous différens noms , la mère de la génération des êtres. Les cérémonies de ces fêtes rappellent les prostitutions des religieuses des Orientaux. L'hymne intitulé Per^igiïium T^eneris, ou la Veillée de Vénus, offre des


(i) Élien , Histoires dii^erses , liv. 3 , chap, /^i.

Lorsque les anciens eurent oublié le motif des insti- tutions primitives , les cultes ne se soutinrent que par la crainte de la colère des dieux : aussi a-t-on dit :

Primus in orbe deos fecit tinior , ardiia cœlo Fulmina quiim caderenl.

Dans VHjpolite d'Euripide , Phèdre est représentée comme une malheureuse victime de la colère de Vénus : l'amour désordonné qui là tourmente est l'ouvrage de cette divinité persécutrice. Racine est entré dans le sens du tragique grec , en faisant dire à sa Phèdre :

C'est Venus toute entière h sa proie attachée.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODEKNES. 2o5

traits de conformité. On j voit que les Ro- mains, à l'exemple des Phéniciens et des Grecs, dressaient des tentes ou des cabanes de feuil- lages consacrées aux mystères de l'amour.

L'obscurité naissante de la fin du jour, l'om- bre des arbres, l'abri de ces tentes formées de branches de myrtes , symbole des amours for- tunés , enhardissaient les désirs, et dérobaient quelques alarmes à la pudeur.

(( Demain, lit-on dans cette pièce, la mère » des Amours, sous des cabanes verdoyantes » de myrte , dressées à l'ombre des arbres , » dictera ses lois à la jeunesse. »

Diane est trop chaste, suivant le poète ^ pour être invitée à cette fête. « Si vos regards pudi- » ques pouvaient se fixer sur ces jeux, dit-il à » cette déesse , vous verriez , pendant trois )) nuits, des chœurs déjeunes filles et de jeu- )) nés garçons, couronnés de fleurs , errer dans » vos bocages, ou se reposer délicieusement » sous les cabanes de myrte (i). ))


( I ) Les courtisannes publiques étaient à Rome , comme en Grèce, les prêtresses de Vénus ; Ovide l'atteste dans ses Fastes , à l'occasion des fêtes vinales et floréales consa- crées à cette déesse. « Jeunes filles, dévouées aux plaisirs » publics , célébrez la divinité de Vénus , honorez-la j> d'un culte assidu : cette déesse procure des richesses


J204 I>ES DIVINITES GENERATRICES

Les pères de l'église , et notamment saint Augustin clans sa Cité de Dieu ^ se sont forte- ment récriés contre les indécences de ces fêtes; mais ils n'ont pu réussir à les faire abolir entiè- rement.

Dans les pays où les prostitutions religieuses n'étaient pas connues, il se pratiquait des céré- monies qui leur ressemblaient. Dans le temple de Bélus, à Babylone, chaque nuit, une femme choisie était conduite par un prêtre , et couchée sur un lit magnifique situé dans le sanctuaire.

Voici comment s'explique Hérodote en par- lant de ce temple : a Personne n'y passe la » nuit, à moins que ce ne soit une femme du » pays dont le dieu a fait choix , comme le » disent les Chaldéens , qui sont les prêtres de » ce dieu. ^)

« Ces mêmes prêtres ajoutent que le dieu )) vient lui-même dans la chapelle , et qu'il se » repose sur le lit : cela ne me paraît pas croya-

» à celles qui font profession de se livrer aux caresses » du vulgaire. Demandez-lui , l'encens à la main , la » beauté , la faveur du peuple , l'art des gestes agaçans , » des paroles séduisantes, etc. » {Fastes , liv. 3.) Dans le même livre des Fastes , Ovide dit de la fête des flo- réales : « Mais pourquoi la troupe des courtisanes ce » lèbre -tr-elle ces jeux ? »


CHEZ LfcS ANCIENS ET LES MODERNES. 2o5

)> ble. La même chose, dit encore Hérodote , » arrive à Thèbes en Egypte, s'il faut en croire » les Egyptiens ; car il y couche une femme » dans le temple de Jupiter thébéen; et l'on » dit que ces femmes n'ont commerce avec » aucun homme. La même chose s'observe » aussi à Patarès en Lycie , lorsque le dieu » honore cette ville de sa présence , alors on )) enferme la grande prêtresse la nuit dans )) le temple (i). ^

A Jagrenat, ville de l'Inde , les prêtres de Wischnou, pendant les huit jours que dure la fête de ce dieu, conduisent encore dans le vaste temple qui lui est consacré une vierge, qui y passe la nuit pour épouser le dieu, et le consul- ter sur la stérilité ou l'abondance de la récolte prochaine (2). C'était à Babylone, à Thèbes et îi Patarès, comme c'est aujourd'hui à Jagrenat , non le dieu , mais les prêtres , qui , à la faveur des ténèbres de la nuit , épousaient la jeune mortelle.

Ce qui est remarquable , c'est qu'on adore encore à Jagrenat^ comme on adorait à Baby-

(i) Hérodote, Clio , chap. 182.

(2) Vojage dans le Mogol et VJndoustan , par Ber- nier. — Essais historiques sur l'Inde, par Delaflotte , pag. 218.


2o6 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES lone, une divinité qui préside à la génération, et que les jeunes filles de Jagrenat, avant de se marier, viennent faire une offrande à leur Vé- nus, comme celles de Babylone en faisaient à la leur. Un autre trait de ressemblance existe dans la forme de ces divinités, mères de la gé- nération: elles étaient représentées en Assyrie, en Phénicie, à Paphos, comme elles le sont dans l'Inde _, a Jagrenat, à Benarès, à Kesscrech et ailleurs , sous la forme d^ne borne , d'une pierre pyramidale (i). ♦

On connaît les dissolutions des mystères cé- lébrés chez les Grecs d'Alexandrie en l'honneur d'Isis, de ceux d'Athènes, célébrés par la secte des Baptes en l'honneur de Cotjtto ou de /^e- nus la Populaire : on peut y joindre les mys- tères de Flore, de Bacchus, de la bonne déesse chez les Romains.

Nefujez point y dit Ovide, en s'adressant à

des hommes^ nefujez point le temple de Mem-

phis ou Von adore la génisse du Nil : là^ on

fait tout ce que Jupiter jfit autrefois (2). Et

ailleurs, le même poète dit au gardien de sa


(i) Voyez le T^ojagc de Bernier en Orient , et sur- tout celui d'Henri Grosse , ainsi que la note de Langlès sur le Vojage Norden , p. 3 19.

(2) Multas illa facit , quodfuit ipsa jovi.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 207

maîtresse : Ne t'informe point de ce qui se passe dans le temple de V Egyptienne Isis.

Juvénal confirme l'usage des prostitutions dans le temple d'Isis ; et , à cette occasion , il donne à cette divinité égyptienne une épithète fort injurieuse (i).

Dans sa Satire IX , le même poète revient encore sur les prostitutions pratiquées dans le temple dlsis; il nous apprend même que Vénus y était souvent remplacée par Ganimède (2).

Ces prostitutions dans les temples étaient si universelles qu'Hérodote n'a pas hésité de dire : « Presque tous les autres peuples _, si l'on » excepte les Egyptiens et les Grecs, ont » commerce avec les femmes dans les lieux » sacrés (5). »

Ces exceptions paraissent même un eflPet de la complaisance de l'auteur; et ce qu'il dit ail- leurs sur le même sujet prouve qu'elles ne sont guère admissibles, comme on l'a déjà vu , et comme on va le voir.

Juvénal ne fait point de telles exceptions, et s'exprime plus nettement qu'Hérodote sur cette


(i) Aut apud Isiacœ potiiis sacraria lenœ.

Satyr. 6, vers. 489.

(2) Satyr. 9, vers. 22.

(3) Hérodote , Euterpe , chap. 64-


J2o8 DES DIVINITES GENERATRICES

coutume, où, après avoir parlé de plusieurs lieux consacrés à ce libertinage religieux, il ajoute : Quel est le temple oie les femmes ne se soient point prostituées (i)?

Les Dionysiaques des Grecs étaient fort indé- centes j mais il paraît que les Bacchanales des Romains les surpassaient encore. La civilisation ajoute ses vices aux institutions vicieuses déjà consacrées. Tite-Live nous a laissé un ta- bleau révoltant des désordres qui se prati- quaient dans ces assemblées nocturnes et reli- gieuses.

Les mystères de Bacchus étaient célébrés à Rome dans le temple de ce dieu, et dans le bois sacré appelé Simila^ situé près du Tibre. D'a- bord, les femmes seules y étaient admises; et la lumière du jour en éclairait toutes les cérémo- nies. Des dames respectables et mariées étaient tour-à-tour revêtues de la dignité de prétresses. Aucun bruit scandaleux ne s'était élevé contre ces assemblées mystérieuses, lorsqu'une femme de la Campanie, nommée Pacculla MirnUy ob- tint le sacerdoce des mystères de Bacchus. Elle en changea entièrement l'institution, en ini- tiant ses deux fils. Cet exemple fut suivi : des

(i) Nam quo non prostat femina templo ?

Satir. g , vers. 24.


CHEZ LEé ANCIENS ET LES MODERNES. 200

hommes furent introduits; et les désordres avec eux. Par ordre de la même prêtresse, les mystères ne furent plus célébrés que la nuit. Avant elle , ils n'avaient lieu que trois jours par année; elle les fit célébrer chaque mois, et pendant cinq jours. Les jeunes garçons qu'on y admettait n'avaient jamais plus de vingt ans. Dans un âge plus avancé, ils auraient eu moins d'emportement pour les plaisirs, une imagina- tion moins inflammable, un esprit moins cré- dule et moins propre à recevoir les impressions qu'on voulait leur donner.

Introduit par des prêtres dans des lieux sou- terrains, le jeune initié se trouvait livré à leur brutalité. Des hurlemens affreux, et le son de plusieurs instrumens, comme cymbales et tam- bours , servaient à étouffer les cris que la vio- lence qu'il éprouvait pouvait lui arracher.

Les excès de la table, où le vin coulait en abondance, excitaient à d'autres excès que la nuit favorisait par ses ténèbres. Tout âge, tout sexe, étaient confondus. Chacun satisfaisait le goût auquel il était enclin; toute pudeur était bannie; tous les genres de luxure, même ceux que la nature réprouve, souillaient le temple de la divinité (i).

(i) Plura virorum inter scsc quàm fœminarimi esse stiipra.

IT. l4


210 DES DIVINITES GENERATRICES

Si quelques jeunes initiés témoignaient de la honte pour tant d'horreur, opposaient de la résistance aux poursuites de ces prêtres liber- tins, ou même s'ils s'acquittaient avec négli- gence de ce qu'on exigeait d'eux, ils étaient sa- crifiés j et, dans la crainte de leurs indiscrétions, on leur ôtait la vie. On les attachait fortement à certaines machines, avec lesquelles ils étaient subitement enlevés et plongés ensuite dans une caverne profonde. Les prêtres justifiaient en public leur disparition, en disant que le dieu irrité était Fauteur de cet enlèvement.

Les danses, les courses, les cris des hom- mes et des femmes qu'on disait agités d'une fureur divine, et qui ne l'étaient que parles fumées du vin , formaient un épisode principal de ces cérémonies , et faisaient diversion à d'autres désordres. On voyait des femmes, les cheveux épars, tenant en main des torches allumées, aller les plonger dans les eaux du Tibre sans les éteindre. Ce prétendu miracle s'opérait, dit Tite-Live, parce que la matière inflammable de ces torches était composée de soufre et de chaux.

Des crimes d'un autre genre s'ourdissaient dans ces assemblées nocturnes. On y préparait des poisons; on y disposait des délations et de


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 21 I

faux témoignages; on fabriquait des testamens; on projetait des assassinats.

On y trouvait des initiés de toutes les classes, et même des Romains et des Romaines du pre- mier rang: leur nombre était immense. Ce n'é- tait plus une société, c'était un peuple entier qui partageait ces désordres abominables, et conjurait même contre l'état. C'est sous ce dernier rapport que le consul Posthumius fit envisager cette aggrégation, lorsqu'il la dénonça au sénat de Rome; et cette seule considéra- tion peut-être détermina ce sénat superstitieux à porter atteinte à la religion, en abolissant ces assemblées abominables ; elles furent dissoutes l'an de Rome 564 (0-

Si les Romains abolirent pour quelque temps les Bacchanales, ils laissèrent subsister le culte de la. bonne Déesse, Les hommes, à la vérité, mais non les excès, étaient bannis de ces mys- tères.

(c Elles nous sont connues, les secrètes pra- » tiques du culte de la bonne Déesse ^ dit Juvé- )) nal. Etourdies par le bruit des trompettes,


(i) Tite-Lwe , quatrième décade, liv. 9 ,011 de l'édi- tion de Drakenborchhfs , liv. 3g , chap. 8, 9, 10 et 11.


512 DÉS DlVIl^lTES GENERATRICES

» enivrées de vin, ces Ménades luxurieuses » courent échevelées, et appellent, par des » hurlemens, Priape à leur secours. Qui pourra » exprimer l'ardeur libidineuse qui les dévore? » qui pourra peindre leurs danses lascives, » mêlées de cris, et les torrens de vin vieux » dont elles sont toutes inondées? Voyez Lau- » fella^ qui, une couronne de fleurs à la main, >) provoque jusqu'aux servantes des plus viles » courtisanes, et remporte le prix de la débau- » che; mais Médulline la surpasse dans l'art » des postures et des mouvemens lascifs. Ce » sont ici les plus grands excès qui attirent le » plus de gloire : rien n'est figuré, tout est réel » dans leurs actions. Les vieillards les plus re- » froidis par l'âge, Priam et Nestor, s'enflam- » meraient à la vue de leur lubricité , s'ils pou- » vaient, sans en être révoltés, en supporter » le spectacle. Bientôt ces Furies, irritées par » les progrès de leurs désirs, dont la violence » leur est insupportable^ font retentir leur ca- » verne de ces cris : Qu on fasse entrer des » hommes y il en est temps! Serait-il endormi , » mon amant? quon V éveille. L'amant ne vient » pas. Faites venir des esclaves^ s'il ne s'en » trouve point ^ un porteur d'eau. Point de por- » teur d'eau. Elles sont réduites à demander,


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 21 3

u faute d'hommes^ Tassistance d'un vil qua- » drupède (i). »

Les Romains transplantèrent le culte de Vé- nus dans les Gaules. Le port de V^endres ou de Vénus, portas Veneris, était consacré a cette déesse; car Vendres était, par contraction , le nom que les Gaulois donnaient à la mère des Amours : on en a la preuve dans le moiv endre-di^ jour de Vénus, Plusieurs lieux sont encore, en France, nommés Prendre, Ventre, Vendœu- vre^ etc. : ce qui ferait présumer qu'ils doivent cette dénomination au culte que cette divinité y recevait.

Si l'on en croit une légende en vers de saint Romain , évéque de Rouen , le culte de Vénus existait encore dans cette ville au septième siè- cle. Dans les murs de Rouen était un château fortifié : là, sous des voûtes ténébreuses, des


O) Desiint hoinines : rnora nulla per ipsam

Quominùs imposilo clunem submittal asello.

Juvcnal , Satire 6.

Sans doute Juvénal , usant de son privilège de poète , a chargé le tableau ; mais, en rabattant des exagérations que je lui suppose , il nous restera assez de données, si l'on y joint sur-tout ce que Tite-Live nous a conservé des anciennes bacchanales , pour décider que les Ro- mains avaient abusé de ce culte aussi indécemment que l'avaient fait les Grecs et les Orientaux.


21 4 DES DIVIiVlTÉS GÉNÉUATIIICES

sectaires de la déesse se livraient aux excès de la table, et puis à tous ceux de la débauche la plus effrénée. Au centre du château, s'élevait un édifice appelé temple de Vénus : une idole de cettedéesseyétaitadorée;etses prêtresses, à qui notre légendaire peu poli donne le titre dont le vulgaire grossier apostrophe les plus viles courtisanes, y remplissaient scandaleusement leur indécent ministère. Saint Romain détruisit tous ces repaires de prostitution, renversa le temple, brisa l'idole, et mit en fuite les prê- tresses et leurs partisans (i).

C'est a ce point de dépravation que dégénéra un culte dont les motifs étaient originairement purs; un culte, à la vérité très-susceptible d'a- bus, qui ne put s'en préserver, mais dont les premiers fondateurs avaient des intentions louables. Ils le croyaient sans doute nécessaire à la propagation de l'espèce humaine, à sa prospérité; propre à réunir les familles, à res- serrer les liens sociaux, à maintenir la paix et l'union entre les nations, à accroître la popula- tion, et peut-être à détruire des habitudes vi- cieuses qui lui sont contraires. Il faudrait avoir vécu dans les lieux et dans les temps oii ces

(i) Vita sancti Romani. Thesaur. aneçdot , t. 3, col. p. i656.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 21 D

institutions ont pris naissance, pour pouvoir sainement les juger (i).


(ï) Après tant de témoignages irrécusables, tant de preuves réunies sur l'existence des prostitutions reli- gieuses , on sera sans doute étonné d'apprendre qu'un homme, justement célèbre par sa philosophie , par son génie, par l'éclat et l'universalité de ses talens , que Voltaire , dans son Dictionnaù^e philosophique , au mot Babel , ait traité ce que rapportent, à ce sujet, Hérodote et son traducteur Larcher , de fables , de contes de Mille et une Nuits. « Ces contes d'Hérodote, dit-il, sont au- » jourd'hui si décriés par tous les honjiêtes gens , la » raison a fait de si grands progrès , que les vieilles et » les enfans mènie ne croient plus à ces sottises. >•

On aurait ici facilement raison contre Voltaire : à son opinion , dépourvue de preuves , on pourrait opposer le témoignage de l'antiquité tout entière. Une réfutation en règle n'est pas nécessaire : les autorités nombreuses que je viens de citer sont une réponse suffisante : je m'en tiens là. Je vais seulement , pour l'instruction des lecteurs , placer ici des réflexions faites par un homme qui a plus observé les mœurs des différentes nations de l'Orient, et qui a plus voyagé, que Voltaire : « On juge » mal les peuples anciens , quand on prend pour terme

» de comparaison nos opinions et nos usages ,

» on se donne des entraves gratuites de contradictions , » en leur supposant une sagesse conforme à nos prin- » cipes : nous raisonnons trop d'après nos idées , et non » pas assez d'après les leurs. » ( Voyage en Syrie et f.n Egypte , par Volney , tom. i . )


2lb DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

Ces motifs, qui ont fait naître les institutions dont je viens de parler, ont aussi amené des pratiques, des usages, qui ont des rapports avec elles, qui, comme elles, ont ce carac- tère que, dans nos mœurs, nous qualifions d'indécence.

L'on peut croire que, si l'acte de la généra- tion était honoré comme religieux, les mem- bres, principaux coopérateurs de cet acte, de- vaient jouir au moins des mêmes prérogatives: aussi, les organes de la génération , loin d'être un objet de ridicule ou de honte, étaient-ils très - considérés et honorablement qualifiés. Leur exposition aux regards publics ne causait point de scandale, ne blessait ni les mœurs, ni les convenances. Ces objets étaient même reli- gieusement invoqués dans les sermens les plus solennels. Jurer, en j posant la main, était une pratique aussi sainte que de jurer en po- sant la main sur l'autel : c'était donner la plus forte garantie de l'inviolabilité d'une promesse. Sésostris, roi d'Egypte, pendant le cours de ses vastes conquêtes , faisait dresser, chez pres- que tous les peuples qu'il avait soumis, des colonnes portant cette inscription : Sésostris ^ roi des rois^ seigneur des seigneurs ^ a conquis ce pays par ses armes. Chez les peuples belli- queux et braves, ces colonnes offraient l'image


CHEZ LES ANCiENS ET LES MODERNES. HlJ

(le la virilité ; et, sur celles élevées chez une nation lâche et sans énergie, on voyait au contraire la marque du sexe féminin. Ces repré- sentations n'avaient alors rien d'indécent; et les historiens de l'antiquité, qui nous en parlent^ ne leur font point ce reproche (i).

Psammetichus , autre roi d'Egypte, voulant retenir dans leur pays des soldats égyptiens ^ qui , mécontens, se retiraient en Ethiopie, leur parla de leur patrie, de leurs femmes, de leurs enfans : ces soldats alors relevèrent leur tuni- que , et, montrant le signe de leur virilité, ré- pondirent qu'avec cela ils ne manqueraient ni de femmes ni d'enfans. Ce fait est cité par Dio- dore de Sicile, comme une bravade, et non comme une action contraire à la décence (2).

Les mœurs des Hébreux, sur-tout avant la loi de Moïse, ne différaient guère de celles des peuples qui les environnaient : elles étaient

(i) Hérodote, Euterpe , chap. io2;Diodore de Si- cile , liv. I , sect. 65.

(2) Uiodore de Sicile , liv. 1. Ce trait rappelle celui de Catherine Sforce. Ses sujets révoltés , s'étant emparés de ses enfans , et menaçant de les tuer , cette femme , plus courageuse que pudique , se découvrit aux yeux des insurgés , et leur dit : <( Voilà de quoi avoir d'autres » enfans. » Sublatâ veste nudatoque ventre, en, inquit, quo possiin liheros iterlmi procreare.


210 DES DIVIMTES GEKEnATRICES

formées des mêmes idées, des mêmes principes. Noé, étant ivre, montra sa nudité : il n'en est point blâmé; mais son fils Cham, qui s'en était moqué , est maudit ainsi que toute sa pos- térité.

David, en dansant de toute sa force devant l'arche, relève trop haut son éphod de lin, laisse voir ce qu'il devait cacher, et fait rire les servantes de Jérusalem. Sa femme Michol lui en fait ensuite desreproches: David, piqué, ré- pond : (( Je danserai, je paraîtrai plus vil en- » core que je n'ai paru, je serai méprisable à » mes propres yeux et devant les servantes )) dont vous parlez; et même j'en ferai gloi- » re (i). » David n'est point blâmé pour avoir, pendant une cérémonie publique et religieuse, commis une indécence , et montré sa nudité: c'est au contraire sa femme Michol qui est pu- nie pour lui en avoir fait le reproche : elle fut frappée de stérilité.

Ces deux exemples prouvent le grand res- pect des Hébreux pour les instrumens de la gé- nération; mais nous avons de ce respect plu- sieurs autres preuves : ils y portaient la main dans leurs sermens solennels; et alors le ser- ment était réputé inviolable.

(i) Les Rois , liv. i , chap. 6 , vers. i4 et suiv. , 20 , 21 et22.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 219

Lorsqu'on fait dire à Abraham, s'adressant a Eliézer : Mettez la main sur ma cuisse ^ et pr^o- mettez-moi que vous ne marierez point mon fils à une Cananéenne , lorsqu'on fait adresser, par Jacob mourant, ce discours à Joseph : Tou- chez m,a cuisse, mon fils y et jurez-moi que vous ne m enterrerez point en Egypte , on a inexac- tement traduit le texte hébraïque : ce n'est pas de la cuisse qu'il est ici question, disent les plus savans commentateurs; et les Rabins croient qu'un tel attouchement était institué pour ho- norer la circoncision.

Cet usage s'est conservé dans ce pays jusqu'à nos jours. Les Arabes, suivant plusieurs voya- geurs, soit pour saluer, soit pour engager leur promesse dans la forme la plus solennelle, por- taient la main en cet endroit : en voici un exemple récent, rapporté dans une lettre de l'adjudant-général Julien à un membre de l'institut d'Egypte.

« Lorsque les Mamlouks parurent pour la » première fois à Rahmanyéh , nos avant- » postes arrêtèrent un habitant du pays qui » traversait la plaine. Les volontaires qui le » conduisaient prétendaient l'avoir vu sortir » des rangs ennemis, et le traitèrent assez du- » rement, le regardant comme un espion. Me » trouvant sur son passage , j'ordonnai qu'il


220 DES DlVIlNîITES GElNERATRtCËi>

» fut conduit au quartier-général , sans qu^on » lui fît aucun mal. Ce malheureux , rassuré » par la manière dont il me vit parler, chercha » à me prouver qu'il n'était point le partisan » des Mamlouks. ... Il vit bien que je ne pou- >) vais le comprendre : alors il lève sa chemise » bleue, et prenant son Phallus à poignée, il )) reste un moment dans l'attitude théâtrale » d'un dieu jurant par le Styx. Sa physionomie » semblait me dire : Âpres le serment terrible » que je fais pour vous proui^er mon inno- » cence ^ osezHvous en douter i Son geste me )) rappela que, du temps d'Abraham, on jurait » vérité en portant la main aux organes de la » génération (i). »

Une pratique qui a beaucoup de rapport avec cette manière de jurer a subsisté dans le nord de l'Europe; et c'est une loi qui en atteste l'existence.

Un article des lois que Hoel-le-Bon fit au dixième siècle , pour la province de Galles en Angleterre , porte que , si une femme violée veut poursuivre en justice celui qui lui a fait

(i) Mémoires sur VÉgjpte , publiés pendant les campagnes de Bonaparte, partie deuxième , p. igS. — Extrait d'une lettre de Fadjudant-général Julien au ci- toyen Geoffroy , membre de l'Institut d'Egypte , de Ro- sette , le 20 vendémiaire an 7 .


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 221 cet outrage , elle doit, en proférant le serment déclaratif du crime et du criminel , poser sa main droite sur les reliques des saints, et, de la gauche, tenir le membre viril de Taccusé (i).

Chez les orientaux^ la nudité des femmes n'était pas plus honteuse que celle des hommes.

Moïse, dont l'objet principal était d'établir des lois absolument opposées aux usages des Egyptiens et des Chananéens ou Phéniciens, prescrit aux Hébreux de ne point imiter ces peuples , et de ne point découvrir ce qui doit être caché dans les femmes qui leur sont pa- rentes ou alliées. « Vous n'agirez point, leur » dit-il , selon les coutumes du pays d'Egypte » où vous avez demeuré, ni selon les mœurs » du pays de Chanaan, dans lequel je vous ferai » entrer. Vous ne suivrez ni leurs lois, ni leurs » règles. . . . INul homme ne s'approchera de » celle qui lui est unie par la proximité du » sang pour découvrir ce que la pudeur veut » qui soit caché (2). »

(i) Voici le texte latin de la loi : Si mulier stuprata lege cum illo agere velit , memhro virili sinistrd pre- henso, et dextrâ reliquis sanctorum impositâ , juret super nias qubd is per vim se isto memhro vitiaverit, ( Voyage dans le département du Finistère , tom. 3 , pag. 233).

(2) Lévitique , chap. 18 , vers. 3,6, etc.


OLl'2 DES DIVINITES GENERATRICES.

Moïse spécifie ensuite tous les degrés de pa- renté dans lesquels de telles indécences envers les femmes doivent être prohibées. Il parle aussi des délits plus graves encore , et ajoute : « Vous ne vous souillerez pas par toutes ces w infamies dont se sont souillés tous les peu- » pies que je chasserai devant vous, et qui ont )) déshonoré ce pays-là. Je punirai moi-même » les crimes de cette terre, afin quelle re- )) jète avec horreur ses habitans hors de son » sein (i). »

Ainsi , on peut conclure de ces paroles que les indécences prohibées par Moïse étaient communes aux Egyptiens^ dont les Hébreux venaient de fuir le pays, et aux Chananéens ou Phéniciens, dans le pays desquels ils allaient s'établir.

On voit en effet, par plusieurs traits de Fliis- toire, que la pudeur n'était pas la principale vertu des Égyptiennes. On a déjà remarqué que, pendant quarante jours ^ elles allaient se présenter au taureau Apis, se découvraient fort indécemment devant cet animal-dieu, et se li- vraient à des indécences, pareilles ou plus gra- ves encore, auprès du bouc sacré. Dans quel- ques autres circonstances, elles ne se mon-

(i) Lévitique^ chap. i8^ vers. ?4 ^* ^^-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 225

traient pas plus réservées. Lorsque, chaque année, elles se rendaient par eau à Bubastis, pour y célébrer la fête de Diane, hommes et femmes, confondus dansle même bateau, s'exer- çaient par des chants, des danses, accompagnés du son de la flûte et du bruit des castagnettes. (i Lorsqu'on passe près d'une ville, dit Héro- » dote, on fait approcher le bateau du rivage. » Parmi les femmes, les unes continuent à » chanter, à jouer des castagnettes; et d'autres » crient de toutes leurs forces, et disent des » injures à celles de la ville. Celles-ci se met- » tant à danser; et celles-là, se tenant debout, » retroussent indécemment leurs robes. La » même chose s'observe dans chaque ville » qu'on rencontre le long du fleuve (i). ))

Dans la guerre que Cyrus , roi de Perse, eut à soutenir contre Astyage, roi des Mèdes, on vit un pareil trait d'indécence, Les historiens de l'antiquité nous le donnent comme un acte de patriotisme et de courage. Astyage, après avoir harangué ses troupes, tombe avec vigueur sur l'armée des Perses : ceux-ci, étonnés, plient et

(i) Hérodote, Euterpe f chap. 60. Ce qui est remar- quable, c'est qu'à la dernière circonstance près cet usage se pratiquait encore en France ; et les bords de la Seine offraient , comme ceux du Nil , de pareils as- sauts, de pareilles ripostes.


2^4 DES DIVINITES GÉlSERATIltCES

reculent insensiblement. Leurs mères et leurs femmes accourent vers eux, les prient de re- venir à la charge; et, les voyant balancer, se découvrent à leurs yeux, leur présentent les flancs qui les ont portés, et leur demandent s'ils veulent se réfugier dans le sein de leurs mères ou de leurs épouses (i). Cette vue et ce reproche les font retourner : ils sont vain- queurs.

Plutarque place ce trait au rang des actions courageuses des femmes. 11 ajoute, après l'avoir rapporté, que Cyrus, plein de reconnaissance et d'admiration pour cet acte d'indécence et de patriotisme, fît une loi portant que, toutes les fois que le roi de Perse entrerait dans la ville , chaque femme recevrait une pièce d'or (2).

Tacite dit, décrivant la mort d'Agrippine, qui fut assassiné par son fils Néron, que cette prin- cesse se découvrit devant ses bourreaux, et leur cria : Frappez-moi au ventre. Uterum proten- dens, ventremjèri eœclama^^it (5).


(i) Cunctantibus , sublatâ veste , obscœna corporis ostendunt , rogantes niim in uteros matrum vel uxo- rum velint refugere. ( Justin. , Hist. , lib. i , cap. 7 ).

(2) Plutarque , OEuvres morales , Traité des actions courageuses des femmes , chap. 5.

(3) Tacit. , Annal.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 225

Pendant la guerre civile entre Vitellius et Othon,destroupes de ce dernier empereur péné- trèrent dans la provincedesAlpes maritimes, ety commirent beaucoup de désordres. Une femme ligurienne cacha son fils que les soldats pour- suivaient : les tourmens, la mort même ne purent lui faire avouer le lieu de sa retraite; mais elle répondit : C'est là qiiil est caché, en mettant à découvert les flancs qui l'avaient porté. Uterum ostendens y dit Tacite, qui rap- porte ce fait non comme une indécence, mais comme un exemple remarquable de tendresse maternelle et de courage (i).

Le visage était et est encore la partie hon- teuse du beau sexe des pays orientaux ; un long voile le dérobe aux yeux des amateurs. Ces femmes cachent ce que nos Européennes met- tent à découvert, et montrent sans difficulté ce que celles-ci couvrent scrupuleusement (2).

(i) Tacit. , Hist. , lib. 2 , cap. \ 3.

(2) Les Français qui ont voyagé récemment en Egypte ont éprouvé cette différence complète entre les objets divers qui affectent la pudeur chez les Egyptiennes et chez les Européennes : ils ont remarqué des Egyptiennes , occupées aux travaux des champs ou sur les bords du fleuve, qui , à l'approche d'un homme, et sur-tout d'un étranger , s'empressaient de relever leur vêtement ,et de se découvrir le derrière pour cacher leur visage. II. l5


1lÇ> DES DIV13NÏTES GENERATRICES

Les Grecs étaient tout aussi indiflPérens sur les nudités que les autres peuples de l'Orient: ils s'en servirent comme d'un moyen politique^ et propre à ramener un sexe vers l'autre, à ex- citer des désirs qui devaient tourner au profit de la population.

C'étaient les vues de Lycurgue, lorsqu'à Sparte il institua des exercices et des danses où les jeunes filles et les jeunes garçons figuraient en public entièrement nus. « Pour prévenir la » mollesse d'une éducation sédentaire, dit Plu- » tarque, il accoutuma les jeunes filles à pa- » raître nues en public, comme les jeunes gens; M a danser, à chanter, à certaines solennités, en » présence de ceux à qui, dans leurs chansons, » elles lançaient à propos des traits piquans de » raillerie, lorsqu'ils avaient fait quelques « fautes, comme elles leur donnaient des louan- » ges quand il les avaient méritées .... La nu- )) dite des filles n'avait rien de honteux , parce )) que la vertu leur servait de voile, et écartait » toute idée d'intempérance. Cet usage leur » faisait contracter des mœurs simples, leur » inspirait entr' elles une vive émulation de vi- » gueur et de force , et leur donnait des senti- )) mens élevés, en leur montrant qu'elles pou- » vaient partager avec les hommes le prix de » la gloire et de la vertu ....


CHEÏ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ^2"]

» C'était aussi une amorce pour le mariage, » que ces danses et ces exercices que les jeunes M filles faisaient en cet état, devant les jeunes » gens qui se sentaient attirés, non par cette » nécessité géométrique dont parle Platon, w mais par une nécessité plus forte encore: » celle de l'amour. Non content de cela, Ly- » curgue attacha au célibat une note d'infamie : )) les célibataires étaient exclus des combats » gymniques de ces filles; et les magistrats les » obligeaient, pendant l'hiver^ de faire le tour « de la place tous nus, en chantant une chan- » son faite contre eux, et qui disait qu'ils » étaient punis avec justice pour avoir désobéi » aux lois (i). >'

Cette dernière disposition démontre évidem- ment le but du législateur : il voulait peupler

(i) Plutarque , T^ie de Lj curgue , chap. 21 et 22.

On a beaucoup raisonné sur les institutions de Ly- curgue, et notamment sur celle dont je viens de parler. On s'est beaucoup récrié sur l'indécence de ces filles offertes nues aux regards du public , et même sur l'in- décence plus irritante encore de leur costume ordinaire , qui laissait en partie leurs cuisses à découvert.

Pour juger sainement de pareilles institutions , on doit commencer par se dépouiller de ses préjugés , con- naître ensuite la situation . le caractère du peuple où elles ont été établies, ses rapports avec les peuples


22$ DES DIVINITÉS GENERATRICES

sa république; il voulait la peupler de citoyens forts, robustes, et capables de la défendre avec zèle, avec vigueur. Connaissant toute l'influence des femmes sur les hommes, il forma cel- les-ci de manière qu'elles pussent à leur tour former au moral, comme au physique, des hommes propres a remplir ses sages intentions. Le succès qu'il obtint prouve son grand génie, l'excellence de ses institutions.

Platon adopta ces mêmes idées, qui, sans doute, n'étaient point contraires à celles de son temps et de son pays ; il voulait que les filles , avant l'âge de puberté _, entrassent nues dans la carrière, et que les jeunes gens des deux sexes


voisins , les différens caractères de ceux-ci ; se reporter ^ s'il est possible , au temps où vivait le législateur ; con- naître ses données et ses moyens.

Lycurgue sentit la nécessité de former pour sa ré- publique des hommes d'une trempe extraordinaire , d'une force d'âme et de corps capable de faire prospérer son ouvrage. Il savait que les femmes contribuent beau- coup , dans une nation , à former le caractère des hom- mes : il étendit ses institutions jusqu'aux sources de l'existence. Il lui fallait des femmes qui ne fussent ni délicates , ni bégueules , ni timides , mais des viragos dont la plus grande vertu fût l'amour de la patrie. (]ette république de Sparte , qui a fait l'admiration des anciens et des modernes , a duré plus de cinq cents ans.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, 229

dansassent ensemble nus, afin de se connaître réciproquement (1).

Il faudrait joindre ici la description des exercices gymniques, des scènes indécentes qui accompagnaient les pompes religieuses, et les fêtes de diverses divinités, des danses las- cives des Grecs et des Romains, où les nudités et même les gestes lubriques ne blessaient au- cunement la décence, et ne rappelaient sou- vent que des idées religieuses; mais mon objet n'est point d'offrir ces nouveaux tableaux. Le lecteur judicieux conclura facilement de l'ex- position des opinions, des mœurs, des usages et des institutions que je viens de lui faire, que ces opinions, que ces mœurs, que ces institu- tions dérivent de la chaleur du climat et de la nécessité de favoriser la population.

Il conclura que la pudeur, vertu de conve- nance, n'en est une que pour les peuples qui en ont pris l'habitude; que cette habitude ré- sulte ordinairement de la température du pays qu'ils habitent, et de la nécessité de se vêtir; et que la pudeur diffère de la chasteté.

11 conclura que la différence des climats pro- duit la différence des opinions sur ce qui paraît décent, et sur ce qui ne le paraît pas; que

(i) Lois de Platon, tom. i, liv. 6; et tom. 2, liv. 8^


^5ô 1>ÊS t)lVl]yitÈS GENÉBATRÎCËâ

les mêmes causes ont agi sur les pratiques religieuses ; que ce qui , dans les religions comme dans les coutumes civiles^ choque dans un temps, dans un pays, n'a rien de choquant dans un autre temps, dans un autre pays; enfin^ ils concluront que le culte du Phallus, du Priape, dont j'ai exposé les diverses cérémo- nies dans ce chapitre, ne blessait nullement la pudeur^ ne contrariait point les préjugés des nations où il était en vigueur. En effet, on ne trouve chez les écrivains de l'antiquité aucune plainte, aucune déclamation contre ce culte; ce ne fut que dans un siècle corrompu qu'ils plaisantèrent sur Priape et son Phallus, comme sur la plupart des autres divinités. Les chré- tiens sont les premiers qui s'élevèrent sérieu- sement et avec force contre ce dieu et ses images (i).

(i). Les écrivains du christianisme , dans leurs décla- mations , nous ont fait connaître , mieux que ceux du, paganisme, les détails de ce culte.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 25l


J\^l^^^^^^«^^^,^t\J^.^^sv^^^^^^,^^sv^^Al^^x^^^J^^sv^^sv'^^s\.^^sv^.^^,


CHAPITRE XI.


Du Culte du Phallus chez les Gaulois , les Espagnols les Germains , les Suèves et les Scandinaves.


Avant rétablissement des Romains dans les Gaules, et tant que la religion des Druides resta pure, et sans mélange de pratiques étran- gères, le culte des figures humaines ou d'ani- maux en fut absolument banni : c'est une vérité établie par plusieurs historiens de l'antiquité, et qui n'est contredite par aucun monument antérieur à l'introduction de l'idolâtrie ro- maine. Le culte de Priape, qui en faisait partie, fut en conséquence inconnu aux Gaulois et aux Celtes. Il eût été possible cependant que les Phéniciens, qui faisaient commerce avec ces peuples, eussent, long-temps avant les con- quêtes de César , tenté d'établir ce culte parmi eux; mais une religion fortement constituée, que protégeaient des prêtres revêtus d'une


252 DES DIVINITES GENERATRICES

grande autorité, et par conséquent peu dispo- sés à se laisser dépouiller d'un culte qui leur était profitable, à y substituer une nouveauté qui n'était pas leur ouvrage, et qui contrariait les dogmes, les rits dont ils étaient les gardiens, ne leur permit pas de réussir.

D'ailleurs les Gaulois, quoiqu'ils n'eussent pas la réputation d'être chastes, étaient cepen- dant pudiques; et lorque, par bravade, ils se présentaient nus dans les combats, ils avaient soin de couvrir ce que, chez les nation civili- sées, la décence défend de mettre en évidence. Le climat des Gaules , plus froid que celui de l'Italie et de l'Orient, avait habitué les habitans à se vêtir. Ce fut l'habitude de cacher certaines parties du corps, et non la Nature, comme on le dit vulgairement , qui fit naître chez eux la pudeur.

Ce caractère pudique des Gaulois se remar- que encore dans les premières figures humai- nes qu'ils érigèrent lorsqu'ils eurent admis les pratiques et le culte des Romains. Une statue de femme, qui paraît fort ancienne, conservée au château de Quénipili, en Bretagne, est re- présentée avec une étole dont les deux parties descendent de son cou jusqu'au milieu de la figure, et en couvrent le sexe. Une statue d'Hercule, qui existe dans la même province^


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 235

est représentée avec la ceinture amplement couverte d'une peau de lion. Plusieurs statues de Mercure, trouvées sur la cime du mont Donon, situé entre la Lorraine et l'Alsace, quoique nues, offrent des singularités dont il serait difficile de trouver des exemples parmi les monumens purement romains. Le signe sexuel y est absolument caché ou déguisé. A sa place ^ une de ces statues présente un gros bouton en forme de tête de clou; une autre porte une bandelette qui entoure ses reins, et couvre l'endroit qui caractérise la masculinité; enfin trois autres Mercures, également nus, au lieu de sexe, laissent voir deux larges anneaux passés l'un dans l'autre (i).

Cet éloignement que marquèrent d'abord les Gaulois pour les nudités complètes et pour la représentation des parties sexuelles ne fut pas de longue durée, et ne put résister, comme

(i) Mémoires manuscrits sur les antiquités de l'Al- sace et du mont Donon , accompagnés de dessins.

Cette singularité m'en rappelle une autre du même genre. Les bas -reliefs du tombeau du roi Dagobert , qu'on voyait autrefois à Saint-Denis , et depuis dans le jardin du muséum des antiquités " nationales , re- présente l'âme de ce roi aux prises avec des diables. On voit , à l'un de ces derniers , au lieu de sexe , une face humaine.


254 I>ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

on le verra bientôt, à l'exemple des Romains, leurs dominateurs. Mais toujours est-il certain que le culte du Phallus ou de Priape ne fut point admis dans les Gaules avant les conquê- tes de César (i).

(i) Aucun monument celtique ne prouve que ce culte y fût établi avant cette époque ; car il ne faut pas con- sidérer comme des productions de Fart , comme des objets de cultes , les prétendus Phallus que Borel dit avoir découverts auprès de Castres. Voici comme s'ex- prime cet auteur.

M La seconde merveille du pays est le mont dit Puj-' M talos , que nous pouvons nommer mont des Priapo— » lithes , à cause qu'il est rempli de pierres longues et

» rondes en forme de membres virils ; car , outre

» sa figure , conforme au membre viril , si on la coupe , » on y trouve un conduit au centre , plein de cristal , » qui semble être le sperme congelé. Aux uns , on » trouve des testicules attachés ; d'autres sont couverts >• de veines , et d'autres montrent le balanus , et sont » rongés comme étant échappés de quelque maladie » vénérienne ; et même parmi eux se trouvent des pierres » ayant la figure des parties honteuses des femmes , et » quelquefois on les trouve jointes ensemble , et quel- » ques - uns se trouvent de figure dioite , parmi ceux » qui sont courbés , etc. » ( Les Antiquités de la ville de Castres , par Borel , liv. 2 , p. 69 ).

Il est probable que ce sont ici des produits de la na- ture , des espèces de stalactites dont les formes , extrê- mement variées , se rapprochent souvent des ouvrages de l'art.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 255

Les peuples du nord de l'Europe n'offrirent pas les mêmes obstacles à l'introduction du culte du Phallus, Soit que les Phéniciens, qui, comme on le sait, transportaient par-tout où ils pouvaient aborder leurs marchandises et leurs dieux, y aient transplanté ce culte 5 soit que ce culte leur soit parvenu des parties septen- trionales del'Asie, il est certain qu'il j existait avant l'établissement de la domination romaine dans la Germanie.

Les Saxons, les Suèves, et autres peuples du nord, adoraient des divinités qui, certainement, ne leur venaient pas des Romains : telles étaient les trois dieux , souvent réunis, appelés Odin ou Woden^ Thor et Fricco, Odin était le père (i), Thor^ son fils (2), et Fricco était la


(i) Odin ou Wodin ou Qodan , est évidemment une divinité orientale , dont le nom même n*a presque pas été altéré par les Germains. Us en ont fait le mot Gott , nom générique de la divinité, Tadjectif^wf , bon , bien , et gotz , idole. On donna à ce mot la signification de joie, qui est une émanation de la divinité ; et les Latins l'ad- mirent dans cette acception , et en firent leur mot gau- dium. C'est la même divinité que le Gotsu-ten-00 des Japonais , le Godan ou TVodan de l'Indostan , le Pout, Boutan, Bouda, Boudham , ou Gadma, ou Godant ^^s Cingalais et des Siamois.

2) Thor était une divinité - soleil. Ici , comme en


256 DES DIVINITÉS GENERATRICES

même divinité ou le même symbole que le Phallus , ou Priape.

Adam de Brème , dans son Histoire ecclé- siastique du nord, rapporte que, dans la capi- tale des Sueons, appelée Uhsolol, et voisine de la ville de Sietonie, on voyait un temple re- vêtu d'or, dans lequel les statues de ces trois dieux étaient exposées aux adorations du peu- ple. Thor, placé sur un trône , occupait le milieu, comme le plus puissant; à ses côtés étaient TVoden et Fricco. Ce dernier figurait avec un énorme Phallus. Avant que les Ro- mains eussent introduit chez les Germains l'usage de représenter les dieux sous des figures humaines, Fricco n'était qu'un grand Phallus isolé.

Chez les Saxons, où il était nommé Frisco , on l'adorait sous cette dernière forme; quelque- fois au dieu Fricco on substituait une divinité appelée Frig^a; c'était la déesse de la volupté, la Vénus germanique et Scandinave.

Elle était représentée tenant un Phallus à la main. On voit encore des Phallus sur les bâ- tons ramiques, aux points correspondant au commencement de l'année : ce qui a fait croire

Orient , le culte du Phallus était réuni à celui de cet astre.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 257

à Olaûs Rudbeck que le culte phallique avait pris naissance dans la Scandinavie, et que de là il s'était propagé chez les Orientaux.

Ce culte avait dans le nord le même motif qu'en orient. « Si les femmes , dit Olaûs » Rudbeck, honoraient si religieusement le » soleil sous l'emblème du Phallus, c'était » non-seulement dans l'espérance de voir la » fécondité s'étendre sur la terre, mais aussi » sur elles - mêmes : elles y étaient portées » moins par la débauche que par l'honneur » attaché à la maternité^ car rien, parmi elles, » n'était plus méprisé qu'une beauté sté- » rile (i). »

On voit ici les emblèmes de l'un et de l'autre sexes, adorés sous des noms à peu près sem- blables, Fricco et Frigga, et réunis au dieu- soleil Thor. Les mêmes rapports se trouvent dans le Phallus des Orientaux et le Lingam des Indiens.

Telle fut la divinité équivalente du Phallus, que je crois avoir été introduite dans l'antique Germanie par les Phéniciens, ou par les peu- ples de l'Asie septentrionale.

Lorsque les Romains eurent soumis la Gaule à leur domination, ils introduisirent leur culte

(i) Atlantic. , tom. 2, p. 298 et 294.


2 38 i)ÈS DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

parmi ses habitans. D'abord, ils ne s'immiscè- rent dans la religion des Gaulois que pour y abolir l'usage des sacrifices humains; puis, at- tirés dans les Gaules par le commerce, la guerre, et des fonctions publiques, ils y naturalisèrent leurs personnes et leur culte. Les Romains dominaient : les Druides , dé- pouillés d'une grande partie de leur autorité, avaient perdu leur influence sur le peuple ; et la religion des vainqueurs devint celle des vaincus. Les dieux du capitole vinrent s'établir dans les Gaules, se mêlèrent aux divinités cel- tiques, les dominèrent bientôt, ne leur lais- sèrent pour adorateurs que les habitans des campagnes , et pénétrèrent jusqu'au sein de la Germanie.

Priape , quoique tombé dans le mépris chez les Romains, suivit dans cette migration la bande céleste , s'établit dans les Gaules, dans la Ger- manie , et laissa dans ces différens pays des témoignages de l'existence et de la longue du- rée de son culte.

Les Gaulois, les Bretons, les Germains, lui dressèrent des autels, adorèrent ses simulacres, lui confièrent la garde des jardins, l'invoquè- rent contre les maléfices contraires à la fécon- dité des champs, des bestiaux et des femmes.

En Espagne , Bacchus était adoré avec son


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 25g

Phallus SOUS le nom à' Jlortanès; et, dans l'an- cienne Nebrissa, aujourd'hui Lebrixa^ ville de l'Andalousie, son culte était établi, h Les habi- n tans de Nebrissa , dit Silius Italiens, célèbrent « les orgies de Bacchus. On y voit des Satyres « légers et des Ménades , couverts de la peau (( sacrée, porter^, pendant les cérémonies noc- « turnes , la figure de Bacchus Hortanès (i). (( Ce Bacchus Horthanès ne différait point de (( Priape. » En France , plusieurs monumens antiques de ce culte existent encore. Les cabi- nets des curieux offrent des Fascinum , des Phallus , des Priapes de toutes les formes. Le Phallus énorme en marbre blanc , trouvé à Aix en Provence , et qu'on voit près des eaux thermales de cette ville , est orné de guirlandes : il fut certainement un ex-voto offert à la divi- nité des eaux par un malade guéri ou espérant de l'être.

Les bas-rehefs du pont du Gard , de l'am- phithéâtre de Nîmes, offrent des variétés sin- gulières dans les formes du Phallus : on en voit de simples, de doubles avec une attache, et de triples, dont les trois branches sont béquetées par des oiseaux , et munies d'ailes , de pattes d'animaux et de sonnettes. Un de ces triples

(i) De Bello punico , lib. 3, vers. SgS.


2^0 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

Phallus est bridé et surmonté par une femme qui tient les rênes (i).

Dans la ville de Saint-Bertrand , et dans le ci-devant Comminge, on a découvert un Priape entier, terminé en hermès, au sujet duquel le président d'Orbessan lut, en 1770, une disser- tation à l'académie de Toulouse. L'idole est ca- ractérisée par une corne d'abondance remplie de fruits , et plus encore par son signe ordi- naire (2).

Une chapelle dédiée a la même divinité exis- tait anciennement à Autun , sur la montagne de Couard : la plupart des historiens de cette ville en font mention.

Dans un cimetière ancien , situé près de Bor- deaux, au lieu appelé Belaire, ou Terre nègre, on découvrit en 1807 un bras phallique en bronze. Les doigts de la main étaient disposés de telle manière, que le pouce se trouvait placé entre Vindex et le médium. De ce bras semblait sortir deux Phallus, l'un en repos , l'autre en état de vigueur. Au bras , d'un pouce et demi

(i) Antiquités de Nîmes, par Gautier, p. 60, et Des- criptions des principaux lieux de France, toni. 2, pag. 162.

(2) Nouveaux Mélanges de V Histoire de France , tom. 2 , pag. 28.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 241

de longueur, était un anneau par lequel cette amulette phallique pouvait être suspendue (i).

Plusieurs Phallus de bronze ont été décou- verts dans les fouilles faites sur la petite mon- tagne du Châtelet en Champagne, où était bâ- tie une ville romaine. Voici comment en parle M. Grignon, qui a présidé à ces fouilles : a Trois c< Phallus pour pendre au coup. Ces Phallus- <c amulettes prouvent que les dames sollici- « taient la protection du dieu Priape. Un de « ces Phallus est triple : l'attribut du milieu est a en repos ; les deux collatéraux sont dans un (( état du plus grand degré de puissance. Les (( deux autres, garnis de leurs appendices et « pélières , sont simples (2). »

Dans les mêmes fouilles, M. Grignon a dé- couvert encore les fragmens d'un Priape colos- sal : ces fragmens consistaient en une main ^ avec partie de l'avant-bras , et dans le signe caractéristique de cette divinité. Les propor- tions gigantesques de cette dernière pièce ont tellement frappé M. Grignon qu'il lui applique


( I ) Détails fournis par M. le baron de Caila , auteur de la découverte de cette amulette.

(2) Bulletin des fouilles faites, par ordre du roi, d'une ville romaine sur la petite montagne du Châtelet, p. 18-

II. 16


2/[2 DES DIVINITES GÉNÉRATRICES

les épithètes qu'employa Virgile pour peindre le géant Polyphème :

Monstrum horrendum , informe , ingens , etc. (i).

Dans les fouilles faites à Labatie-*Mont-Sa- léon, emplacement d'une ville romaine, appelée Mons Séleucus , département des Hautes-Alpes, on a découvert un grand nombre d'antiquités , parmi lesquelles étaient plusieurs Priapes. Un seul a été décrit : son menton est barbu ; sa tête est couverte d'un bonnet ; ses bras sont cour- bés, et ses mains appuyées sur les hanches (2). Un des plus singuliers monumens de ce culte est celui qui fut trouvé dans un tombeau antique découvert près d'Amiens. Il est en bronze , et représente une figure humaine en pied, coiffée et à demi-vêtue du capuchon ap- pelé Bardocuculus, Cette figure est dans l'atti- tude d'un homme qui marche. Elle est composée de deux pièces, dont une supérieure, compre- nant la tête, les bras et le tronc détachés de la

(1) Bulletin des fouilles faites^ par ordre du roi, d'une ville romaine, sur la petite montagne du Chàtelet , pag. 5i.

^2) Archéologie de Mons- Séleucus, ville romaine dans

le pays des Yoconces , aujourd'hui Labatie-Mont-Sa" léon, préfecture des Hautes - Alpes , à Gap, 1806, pag. 35.


CHEZ LES AIVCIEJNS ET LES MODERNES. 245

partie inférieure , laisse voir le Phallus qu'elle recelait clans sa cavité : alors ce Phallus est supporté par des jambes humaines. Lexhapitre de la cathédrale d'Amiens a conservé cette antiquité dans ses archives jusqu'à la révolu- lion (i).

A Anvers , Priape jouissait d'une grande vénération ; et son culte y était si solidement établi qu'il s'est maintenu, malgré le christia- nisme , jusqu'au dix-septième siècle, comme je le prouverai dans la suite de cet ouvrage.

Plusieurs vases antiques portent des pein- tures ou des bas-reliefs offrant l'image des fêtes du même dieu, appelées Priapées : ils ont été découverts en France , et sont conservés dans les cabinets des curieux, u J'ai vu dans la sa- » cristie de l'église de Saint-Ouen à Rouen , » dit M. Millin , un ciboire orné de médaillons )) antiques , représentant des Priapées et des )) scènes de bergers siciliens avec leurs chè- » vres (2). »

M. Grivaud a publié dans son Recueil d'anti-

(i) M. Vialart de Saint-Morys a eu l'obligeance de m'en envoyer une copie en cire. M. Grivaud l'a fait gra- ver dans son Recueil d'antiquités.

(2) Monumens antiques , inédits , par A. L. Millin , tom. I j p. 262.


^44 l^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

quités plusieurs iigureset amulettes priapiques* Il nous apprend qu'il a les dessins de beaucoup d'autres figures trouvées à Arles, à Moissac et ailleurs, mais qu'il a renoncé à les publier , à cause de leurs extrêmes obscénités.

Ces citations sont suffisantes pour prouver que le culte du Phallus et de Priape fut intro- duit dans les Gaules par les Romains , et qu'il y triompha de la répugnance que leurs habi- tans marquèrent d'abord pour ses indécences.

Le culte de Priape eut le même succès en Allemagne, et s'y maintint jusqu'au douzième siècle. Le nom de ce dieu n'y avait même presque point éprouvé d'altération. Le culte seul avait reçu l'empreinte des mœurs barbares et guerrières du peuple chez lequel il fut trans- planté. Ce n'était plus la divinité qui présidait à la fécondation des animaux et des végétaux , à la prospérité de tous les êtres vivans, aux plai- sirs des amans, des époux; c'était un dieu tuté- laire du pays , un dieu féroce , comme le ca- ractère des habitans , qui, au lieu de lui offrir des fleurs , de faire couler le miel , le lait sur ses autels, les abreuvaient de sang humain. Ce culte ressemblait à une plante exotique qu'un sol ingrat avait fait dégénérer.

Les habitans de l'Esclavonie , encore livrés, dans le douzième siècle , aux pratiques du pa-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 2/^5

ganisme , avaient en horreur le nom chrétien» Ils rendaient un culte a Priape , qu'ils nom- maient Pripe-Gala. Ces peuples , ennemis de leurs voisins, qui avaient embrassé le christia- nisme , faisaient des incursions fréquentes sur les diocèses de Magdebourg et de la Saxe. Les traitemens qu'ils exerçaient sur les vaincus étaient d'autant plus cruels que le motif de leur animosité était sacré.

Plusieurs prélats et princes de Saxe se réu- nirent , vers l'an 1 1 1 o , pour implorer le secours des puissances voisines. Ils écrivirent aux pré- lats d'Allemagne , de Lorraine et de France , et leur exposèrent la situation déplorable où les plongeait la haine de ces idolâtres. Leur lettre , dont les expressions semblent dictées par le désespoiretl'ardeur delà vengeance, avait pour objet de solliciter contre eux une croisade par- ticuhère. On y trouve quelques légers détails sur le culte de ce Priape.

(( Chaque fois, y est-il dit, que ces fanatiques » s'assemblent pour célébrer leurs cérémonies » religieuses, ils annoncent que leur dieu Pr/pe- » Gala demande pour offrandes des têtes hu- » mames. Pripe-Gala est, suivant eux, le même » que Priape , ou que l'impudique Beelphégor. » Lorsqu'ils ont , devant l'autel profane de ce » dieu , coupé la tête à quelques chrétiens , ils


246 DES DIVINITÉS GENERATRICES

» se mettent à pousser des hurlemens terribles, » et s'écrient : Réjouissons-nous aujourd'hui : » le Christ est vaincu y et notre invincible » Pripe-Gala est son vainqueur (i). »

Les faits contenus dans les chapitres suivans, en prouvant la continuité du eulte du Phallus parmi les chrétiens, ne laisseront plus de doute sur son existence ancienne dans les Gaules et dans la Germanie.

(i) Voyez la lettre c^Aldegore , archevêque de Mag- debourg , et que les prélats ou princes séculiers écri- virent aux évêques de Saxe , de Lorraine et de France , dans le tom. i , et aux pag. 626 et 626 de V amplis- sima Collectio veterum scriptorum.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 247


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CHAPITRE XII.


Du Culte du Phallus parmi les Chrétiens , des Fascinum ou Fesnes , des Mandragores , etc.


L'habitude est, de toutes les affections humaines, la plus dangereuse à combattre, la plus difficile à détruire. La raison ne réussit ja- mais contre elle ; et la violence n'en triomphe que lorsqu'elle est constamment soutenue et long-temps prolongée. On ne doit donc pas être surpris d'apprendre que le culte du Phallus se soit maintenu dans les pays oii le christianisme fut établi ; qu'il ait bravé les dogmes austères de cette religion ; et que , pendant plus de quinze siècles, il ait résisté, sans succomber, aux efforts des prêtres chrétiens^ fortifiés sou- vent par l'autorité civile.

Mais, il faut l'avouer, ce triomphe ne fut pas complet. Ce culte céda aux circonstances: il fut obligé de 5e travestir, d'adopter des formes et des dénominations qui appartiennent au chris-^


248 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

lianisme, et d'en prendre les livrées. Ce dégui- sement favorisa sa conservation , et assura sa durée.

Priape reçut le nom et le costume de saint; mais on lui conserva ses attributions, sa vertu préservatrice et fécondante , et cette partie sail- lante et monstrueuse qui en est le symbole. Priape , métamorphosé en saint , fut honora- blement placé dans les églises, et invoqué par les chrétiennes stériles , qui , en faisant des of- frandes, achetaient l'espérance d'être exaucées. L'on vit souvent les prêtres chrétiens remplir auprès de lui le ministère des prêtresses de Lampsaque.

Ce n'est pas seulement dans les premiers temps du christianisme que le culte de Priape subsista parmi les peuples qui avaient embrassé cette religion : ce mélange n'aurait rien d'ex- traordinaire ; des peuples ignorans et routi- niers, incertains entre deux religions, dont l'une succède à l'autre, pouvaient bien, en adoptant les dogmes de la nouvelle , conserver les pra- tiques et les cérémonies de l'ancienne ; mais ce culte s'est maintenu jusqu'au dix-septième siècle en France, et existe encore dans quelques par- ties de l'Italie.

Le fascinum des Romains, cette espèce d'a- mulette phallique que les femmes, et sur-tout


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 249

les enfans , portaient pendue à leur cou ou à l'épaule, fut en usage chez les Français pendant plusieurs siècles. De fascinum ils firent, par contraction , le mot fesne. Us nommèrent aussi ces amulettes mandragores ^ nom d'une plante dont les formes de la racine se rapprochent de celles du sexe masculin, et à laquelle on attri- buait en conséquence des vertus occultes et préservatrices contre les maléfices. On faisait, en l'honneur de ces amulettes phalliques , des incantations , des prières : on lui adressait des vers magiques pour en obtenir du secours.

Une pièce intitulée Jugemens sacerdotaux sur les crimes y qui parait être de la fin du hui- tième siècle , porte cet article : a Si quelqu'un » a fait des enchantemens ou autres incanta- » lions auprès du. fascinum^ qu'il fasse péni- » lence au pain, à l'eau, pendant trois carê- » mes (i). »

Le concile de Châlons, tenu au neuvième siècle, prohibe cette pratique, prononce des peines contre ceux qui s'y livrent, et atteste son existence à cette époque.

Burchard, qui vivait dans le douzième siè- cle, reproduit l'article de ce même concile, qui

(1) Judicia sacerdotalia de crimmibus : veterum scriptorum amplissima collectio y tom. 7, p. 35.


25o DES DIVINITÉS GENERATRICES

contient cette prohibition. En voici la traduc-- tion :

(( Si quelqu'un fait des incantations aufas- » cinum, il fera pénitence au pain, à l'eau, » pendant trois carêmes (i).

Les status synodaux de l'église du Mans , qui ont de l'an 1:^47? portent la même peine contre celui qui « a péché auprès ànfascinum, » qui a fait des enchantemens, ou qui a récité » quelque formule, pourvu qu'elle ne soit pas >) le symbole, l'oraison dominicale ou quelque » autre prière canonique (2). »

Au quatorzième siècle, les statuts synodaux de l'église de Tours, de l'an 1 596, renouvellent la même défense. Ces statuts furent alors tra- duits en français; et le moi fascinum y est ex- primé par celui defesne : « Si aucun chante à w fesne aucuns chantemens, etc. (5). »

On voit, par ces citations, qu'on était en usage d'adresser diM fascinum des chants, des prières, des formules magiques. Oie fascinum n'était point de ces amulettes dont la petitesse du volume permettait de les porter pendues au

(i) Burchard;, lib. 10 ,cap. 49-

(2) Statuta Sjnodalia Ecclesiœ Cenoman. : Amplis^ sima colleetio veterum scriptorum , tom. 7 , p. 1377.

(3) Supplément au Glossaire de Ducange , par Car- pentier , au mot Fascinare,


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 25ï

COU, mais c'était un Phallus de bais ou de pierre de la nature des Phallus sculptés sur la porte des maisons particulières , des édifices publics. Il faut remarquer qu'il n'était pas dé- fendu d'adresser à ce simulacre indécent , le symbole des apôtres, l'oraison dominicale, et autres prières canoniques.

L'usage de placer des Phallus à l'extérieur des édifices publics, afin de les préserver de maléfices, est constaté par plusieurs monumens existans : on en voyait sur les bâtimens publics des anciens. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que les chrétiens, dirigés par leurs vieilles superstitions, en ont placé même sur leurs églises. Un artiste, qui a parcouru la France, et qui s'est attaché à dessiner les monumens chrétiens, a rapporté plusieurs exemples de l'existence de cet usage (i).

Sonnerat dit , dans son Voyage aux Indes et a la Chine , à propos du Lingam , qu'on en voit la figure sur le portail de nos anciennes églises^ sur celui de la cathédrale de Toulouse, et de quelques églises de Bordeaux (2).

(i) Les dessins de cet artiste , destinés à l'Académie des Belles -Lettres, sont passés, on ne sait comment, entre les mains d'un particulier qui en prive le public,

(2) Voyage aux Indes et à la Chine, tora. i, p. 3aa.


2^2 DES DIVINITES GENERA^TRICES

Une autre amulette, plus portative , et de fi- gure semblable, fut en vogue au quinzième siècle , on la nommait mandragore. Elle devait éloigner les maléfices , et procurer richesses et bonheur à ceux qui la portaient sur eux pro- prement enveloppée.

L'usage des mandragores , comme amulettes, est fort ancien. La Genèse rapporte que Ruben trouva des mandragores à la campagne , et les porta à sa mère Lia. On leur attribuait sans doute alors la faculté de procurer la fécondité, dont les femmes des Hébreux étaient si jalouses. Rachel, qui, comme Lia sa sœur, était femme de Jacob , demanda ces mandragores avec ins- tance : Lia les refusa d'abord; mais, lorsque Rackel eut déclaré qu'elle lui permettrait de passer la nuit suivante avec Jacob si elle vou- lait les lui accorder, elle se rendit à ce prix; et, pour coucher avec ce patriarche, elle donna ses mandragores (i).

Le culte des mandragores et les idées su- perstitieuses qu'on y attachait furent en vi- gueur dans toute l'Europe. On accusa même les templiers d'adorer en Palestine une figure appelée mandragore: ce qui est exprimé dans

(a) Genèse y chap. 3o , vers. i4 et suiv.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ^55

un interrogatoire manuscrit des religieux de cet ordre (i).

Un cordelier, nommé frère Richard , fit, en avril 1229, contre l'amulette mandragore un vigoureux sermon. Il convainquit les hommes et les femmes de son inutilité, et en fit brûler plusieurs qu'on lui remit volontairement. « Les » Parisiens, dit un écrivain du temps, avaient » si grant fo^ en ceste ordure que, pour » vray, ils croyoient fermement que, tant » comme ils l'a voient, mais qu'il fut bien net- » tenient en beaux drapeaux de soie ou de lin » enveloppé, que jamais jour de leur vie ne » seroit pauvre. »

L'auteur dit ensuite que ces mandragores avaient été mises en vogue (c par le conseil » d'aucunes vieilles femmes qui trop cuident » sçavoir, quant elles se boutent en telles » meschancetez, qui sont droites sorceries et » hérésies (2). »

C'est sans doute des mandragores que veut

(i) Voyez au dépôt des manuscrits de la Bibliothèque royale , fonds de Baluze , rouleau n. 5.

(2) Journal de Paris , sous les règnes de Charles VI et Charles VII , p. 121.


^54 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

parler un poète chroniqueur du quinzième siècle dans la strophe suivante :

J'ai puis vu sourdre en France ,

Par grant dérision ,

La racine et la bum aliis mulierculis , vel alice eodem instrumento sive alio tecum ? Si fecisti , quinque annos per légi- timas ferias pœniteas.

Fecisti quod quœdam mulieres facere soient, ut^ jam supradicto molim,ine , vel alio aliquo m.ac}iina— mento , tu ipsa in te solam, faceres fornicationem 7 Si fecisti , unum annum per légitimas ferias pœniteas , ( Burchard , lib. 19 , édit. in-B", p. 277 ).


206 DES DIVINITÉS GENERATRICES

former la nature, qui semblent accuser d'im- perfection l'ouvrage de la divinité _, et qui in- terdisent sottement l'usage au lieu d'interdire l'abus. Ces lois irréfléchies, dictées par un zèle aveugle, ont produit beaucoup plus de désor- dres qu'elles n'en ont évité. L'impétuosité des sens, trop contrainte, on le sait, est comme un torrent qui surmonte la digue qu'on lui oppose, et ne se précipite qu'avec plus de violence et de ravages; ou comme le salpêtre, dont l'explosion a d'autant plus de force qu'il est comprimé dans le tube qui le contient.

11 est vrai que, si les prêtres voulurent la cause, ils condamnèrent les effets. S'ils fondè- rent la continence absolue, ils blâmèrent et punirent les désordres qu'elle entraîne. Ils s'op- posèrent autant qu'ils le purent aux pratiques superstitieuses et obscènes dont je viens de parler; mais ils n'agirent pas de même à l'égard d'autres pratiques non moins indécentes. Moins sévères et plus adroits, ils tournèrent à leur profit le culte antique établi par les Romains , et qu'une longue habitude avait fortifié. Ils s'approprièrent ce qu'ils ne purent détruire; et, pour attirer à eux les adorateurs de Priape, ils convertirent cette divinité à la religion chré- tienne.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 267


^^^,^^sv^^x^^sv^^^l.^^sv^^A<^^^.^^sv^^sv^^x^svv^^x^Asv^^tv^^sv'vv>


CHAPITRE XIII.


Continuation du même sujet; Culte de Priape sous les noms de saint Foutin , de saint René , de saint Gueilichon , de saint Guignolé , etc.


On donna à l'antique dieu de Lampsaque les noms de quelques saints de la légende : noms qui avaient des rapports avec l'action à laquelle ce dieu présidait, ou avec ses attributs les plus plus caractéristiques.

On honorait en Provence, en Languedoc et dans le Lyonnais, comme un saint, le premier évêque de Lyon, appelé Pothin^ Photin ou Fotin. Ce nom était vulgairement prononcé Foutin. Dans Grégoire de Tours, ce nom est écrit Fotin : il dit qu'il fut inhumé dans le sou- terrain qui est au dessous de l'autel de la Basi- lique de Saint-Jean, et que la poussière qui provenait de la raclure de son tombeau, prise sur-le-champ avec de la foi, était un remède assuré contre plusieurs maladies. On verra


208 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

bientôt que la raclure produite, non de son tombeau, mais d'une partie de l'idole du même saint Fotin^ fut, dans la suite, fort en usage comme un remède énergique.

Le peuple prononça Foutin; et, comme sou- vent il juge des choses d'après leurs noms, il jugea que saint Foutin était digne de rempla- cer j-^^m^ Prâpe(i) : on lui en conféra toutes les prérogatives.

Saint Foutin de Vara^es était en grande vé- nération en Provence : on lui attribuait la vertu de rendre fécondes les femmes stériles, de ravi- ver les hommes nonchalans, et de guérir leurs maladies secrètes. En conséquence, on était en usage de lui offrir, comme on en offrait autrefois au dieuPriape, des exvoto en cire, qui repré- sentaient les parties débiles ou affligées, a On » ofï're à ce Saint, lit-on dans la Confession de » Sanciy les parties honteuses de l'un et de vt l'autre sexe, formées en cire. Le plancher de » la chapelle en est fort garni; et, lorsque le » vent les fait entrebattre, cela débauche un M peu les dévotions en l'honneur de ce Saint.

(i) Dans plusieurs pièces des Priapées , ce dieu est qualifié de saint. On trouve des inscriptions antiques où Bacchus et son compagnon Eleuthhre portent le même titre.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODETINES. 269

» Je fus fort scandalisé, quand j'y passai, }) d'ouïr force hommes qui avaient nom Fou-- » tin, La fille de mon hôte avait pour mar- » raine une demoiselle appelée Poutine (i). »

Le même saint était pareillement honoré à Embrun. Lorsqu'en i585 les protestans prirent cette ville, ils trouvèrent parmi les reliques de la principale église le Phallus de saint Foutin, Les dévotes de cette ville ^ à l'imitation des dévotes du paganisme , faisaient des liba- tions à cette idole obscène : elles versaient du vin sur l'extrémité du Phallus , qui en était tout rougi. Ce vin, reçu dans un vase, s'y aigrissait : on le nommait alors le saint vinaigre ; « et les ji femmes, dit l'auteur qui me fournit ces dé- » tails, l'employaient à un usage assez étrange. )) Il ne donne point d'autres éclaircissemens sur cet usage : je le laisse à deviner (2).

A Orange, il existait un PhalluSy qai faisait l'objet de la vénération du peuple de cette ville. Plus grand que celui d'Embrun, il était de bois, recouvert de cuir et muni de ses ap- pendices. Lorqu'en i562, les protestans ruinè-

( i) Journal d'Henri III , par l'Etoile , tom. 5 ; Confes- sion de Sanci , liv. 2 , chap. 2 ; et les notes de le Duchat sur ce chapitre.

(2) Idem,


270 DES DIVINITÉS GENERATRICES

rent Téglise de saint Eutrope, ils se saisirent de l'énorme Phallus^ et le firent brûler dans la place publique.

Une fontaine, située près d'Orange, dont les eaux, à ce que croyaient les bonnes femmes, avaient la vertu prolifique, a peut-être fait naître l'idée d'établir dans la ville un simulacre qui eût la même vertu, et produisît les mêmes effets; et Priape se trouva en rivalité avec la JNayade de la fontaine dont les eaux étaient bues parles femmes stériles qui voulaient ces- ser de l'être.

Suivant le même auteur, il y avait àPoligny un saint Foutin , auquel les femmes allaient se recommander pour avoir des enfans. Il en était un autre dans le diocèse de Viviers , ap- pelé saint Foutin de Cruas, On en trouvait en Bourbonnais , dans la petite ville de Vendre , sur les bords de l'Allier. A Auxerre , ce Saint fécondait miraculeusement toutes les femmes qui l'invoquaient (i).

En Auvergne, à quatre lieues de Clermont, près de l'ancienne route de cette ville à Li- moges, est, sur la partie orientale d'une mon- tagne appelée Tracros , un rocher qui semble


(1) Confession de Sancj, liv. 2 , chap. 2 , et les notes de le Duchat.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 27 1 en être détache. Ce rocher isolé présente de loin la forme d'une statue. Les habitans le nomment saint Foutin. Ce rocher, ainsi dé- nommé , n'aurait point de rapport à mon su- jet, et pourrait être pris pour l'image de saint Photin y dont j'ai parlé , si la forme de cette espèce de statue n'était pas caractérisée de ma- nière à ne laisser aucun doute sur le motif de sa dénomination. En effet, en se plaçant dans la plaine qui est au nord ou nord-ouest de la montagne de Tracros , on s'aperçoit que saint Foutin a les formes phalliques énergiquement prononcées.

On ne doit pas douter que les habitans du canton n'aient rendu un culte à cette figure : sa dénomination de saint le prouve \ et Ton y conserve la tradition des cérémonies supersti- tieuses qui s'y pratiquaient autrefois.

Les habitans du Puy-en-Velay parlent en- core de leur saint Foutin , honoré dans leur ville à une époque très- rapprochée de la nôtre, et que venaient implorer les femmes stériles. Elles raclaient une énorme branche phallique que présentait la statue du Saint : elles croyaient que la raclure, infusée dans une boisson , les rendrait fécondes.

C'était, comme on va le voir, le moyen le plus généralement employé pour obtenir de


2^1 DES DIVIIVITES GENERATRICES

ces saints à Phallus la fécondité qu'on leur demandait.

C'est sans doute d'un de ces saints que veut parler Court de Gebelin, lorsqu'il dit, à propos du bouc de Mendès : « J'ai lu quelque part ou j'ai » entendu dire que, dans un coin de la France » méridionale, il existait, il n'y a pas long- » temps , un usage analogue à celui-là : les >) femmes de cette contrée allaient en dévotion » à un temple dans lequel était une statue de

) saint, qu'elles embrassaient dans l'espoir de

» devenir fécondes (i). »

Dans un petit couvent d'anciens ermites , vivant sous la règle de saint Augustin , situé à Gironet, près Sampigny, était invoqué par les femmes stériles un saint Foutin ^ qui jouissait de beaucoup de réputation. Non loin de ce cou- vent se trouvait , sur la hauteur d'une mon- tagne, un couvent de Minime , sous l'invocation de sainte Lucie ^ que les femmes stériles invo- quaient aussi pour devenir fécondes. Anne d'Autriche, épouse de Louis xiii, y alla en pè- lerinage (2).

On trouve des traces du culte de saint Fou-

(1) Histoire religieuse du Calendrier , p. 420.

(2) Extrait d'un Mémoire adressée V Académie Cel- tique , par M. L. R


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 27^

t^7z jusqu'en Allemagne. Un écrivain de ce pays en parle comme d'un Saint fort connu au dix- septième siècle, et auquel les filles, prêtes à devenir épouses , faisaient hommage de leur robe virginale.

Cet auteur raconte qu'une jeune épousée, la première nuit de ses noces, chercha, par une supercherie, à écarter, sur sa conduite passée, les soupçons de son mari ; et , pour exprimer que l'honneur de cette femme avait déjà reçu quelques atteintes , il dit qxïelle avait depuis long-temps déposé sur V autel de saint Fou tin sa robe de virginité (i).

Saint Foutin n'est pas la seule dénomina- tion que porta Priape parmi les chrétiens ; et ses autres noms^ comme celui-ci, avaient tou- jours quelques rapports avec la vertu supposée du Saint. Une de ces idoles existait, sans doute depuis le temps des Romains , dans le lieu de Bourg-Dieu y diocèse de Bourges. Les habitans, qui avaient beaucoup de foi , continuèrent _, lorsqu'ils furent devenus chrétiens, à lui rendre un culte. Les moines du monastère n'osèrent

(i) Sponsa quœdam rustica quœ Jam in sinu divi FuTiNi virginitatis suce prœtextam deposuerat. ( Thœ- ses inaugurales de Virginibus ; faccciœ facetiarum , pag. 277).

II. i8


374 I^ES DIVIINITÉS GÉNÉRATRICES

détruire des pratiques religieuses consacrées par le temps; et Priape fut adoré dans l'abbaye de ce lieu, sous le nom de saint Guerlichon ou saint Greluchon (i).

Les femmes stériles venaient implorer sa vertu prolifique, y faisaient une neuvaine; et, k chacun des neuf jours, elles s'étendaient sur la figure du Saint, qui était placée horizontale- ment; puis elles raclaient une certaine partie de saint Guerlichon , laquelle était aussi en évidence que celle de Priape : cette raclure, délayée dans l'eau, formait un breuvage mira- culeux.

Henri Etienne , de qui j'emprunte ce fait , ajoute : « Je ne sais pas si encore, pour lejour- » d'hui , ce Saint est en tel crédit, pour ce que » ceux qui l'ont vu disent qu'il y a environ » douze ans qu'il avait cette partie-là bien usée » à force de la racler (2). »

{i) S. Guerlichon ou S. Grelichon, comme le nomme Pierre Viret , dans son Traité de la vraie ou fausse Religion (liv. 7 , chap. 35). Le Duchat croit que ce nom lui est venu de gracilis , grelot. Au reste , ce nom est encore aujourd'hui une injure triviale , appliquée ordinairement à un homme vil , attaché honteusement à une prostituée.

(2) Apologie pour Hérodote, tom. 2 , chap. 38 , p. 254.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 2J^

Le même auteur met au rang des saints de cette espèce un saint Gilles, qui, dans le pays de Cotentin, en Bretagne, avait aussi la répu- tation de procurer la fécondité que les femmes sollicitaient avec des cérémonies pareilles (i). Il parle aussi d'un saint René ^ en Anjou. Le trait qui caractérisait sa vertu fécondante pa- raissait dans la plus grande évidence. Les céré- monies que les femmes pratiquaient pour se rendre le Saint favorable étaient d'une telle indécence qu'Henri Etienne, d'ailleurs très- libre dans ses expressions, n'ose les décrire. (( J'aurais honte, dit-il, de l'écrire; aussi les » lecteurs auraient honte de le lire ! »

Ssânt Regnaud fat comme S3iint René (2) , et , peut-être k cause de la ressemblance de noms, un saint à Phallus , fort honoré autrefois par


Traité de la vraie et fausse Religion , par Pierre Viret, liv. 7 , chap. 35.

(i) Le Duchat , dans ses notes sur l'Apologie pour Hérodote , pense qu'on attribue à S. Gilles la vertu fé- condante , parce que son nom a du rapport avec eschilles^ qui signifie sonnettes.

(2) S. René fut érigé en Priape , à cause des rapports de son nom avec le mot reins. On fit, par la même raison , pareil honneur à S. Regnaud.

Il paraît que S. Cj-re s'immisçait dans les aitribu-


276 DES DIVINITÉS GENERATRICES

les Bourguignons (i); saint Arnaud y autre saint de même caractère, était moins indécent que saint René, ou plutôt il ne l'était que par in- tervalle. Un tablier mystérieux voilait ordinai- rement le symbole de la fécondité, et ne se le- vait qu'en faveur des dévotes stériles ; l'inspec- tion des objets, mis à découvert, suffisait, avec de la foi, pour opérer des miracles (2).

Dans les environs de Brest, a l'extrémité du vallon où coule la rivière de Penfel , était la chapelle du fameux saint Guignolé ou Guin- galais (5). Le signe phallique de ce saint consis- tions de Priape , si ron en croit ces vers qui se trouvent dans les Bigarrures du Seigneur des Accords :

Je suis ce grand vœu de cire Que l'on offrait à saint Cyrc Pour l'enflure des rognons.

(1) Quelques personnes me sauront gré de ne point rapporter les vers cités par le Duchat sur les vertus de saint Regnaud.

(2) Tableau des différentes Religions , par Saint- Aldegonde, tom. i , part. 5, chap. 10.

(3) Ce saint, appelé Guinolé , Guignolé , Guignolet , Gunolo , Vennolé y Guingalais , TVinwalocus , fut le premier abbé de Landevenec en Basse-Bretagne , l'an 480. Ses différentes légendes offrent des fables ridicules. C'est sans doute le rapport qui se trouve entre son nom et le mot gignere, engendrer , qui a valu à ce saint les attributs et les vertus de Priape.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 277

tait dans une longue cheville de bois qui tra- versait sa statue d'outre en outre, et se montrait en avant d'une manière très-saillante.

Les dévotes du pays agissaient avec saint Guignolé y comme celles du Puy avec saint Foutiriy celles de Bourg-Dieu avec saint Guer- lichon. Elles raclaient dévotement l'extrémité de cette cheville miraculeuse; et cette raclure, mêlée avec de l'eau, composait un puissant anti- dote contre la stérilité. Lorsque, par celtecéré- monie souvent répétée , la cheville était usée , un coup de maillet, donné par derrière le Saint, la faisait aussitôt ressortir en avant. Ainsi, tou- jours raclée, elle ne paraissait point diminuer. Le coup de maillet faisait le miracle.

Voici ce que je lis dans la relation d'un sé- jour fait à Brest en 1794 - " Au fond du port de » Brest, au delà des fortifications, en remon- » tant la rivière , il existait une petite chapelle » auprès d'une fontaine et d'un petit bois qui » couvre la colline ; et , dans cette chapelle , » était une statue en pierre honorée du nom » de saint,

» Si la décence permettait de décrire Priape » avec ses indécens attributs, je peindrais cette » statue.

» Lorsque je l'ai vue, la chapelle était à moi- » tié démolie et découverte , la statue en de-


^ijS DES DIVINITÉS gÉnÉkATRICES

» hors, étendue par terre, et sans être brisée; » de sorte qu'elle existait en entier, et même » avec des réparations modernes , qui me la » firent paraître encore plus scandaleuse.

» Les femmes stériles, ou qui craignaient de )) l'être^ allaient a cette statue; et, après avoir » gratté ou raclé ce que je n'ose nommer, et w bu cette po D'ailleurs, les nudités complètes en statues, en tableaux, se voient par-tout à Rome et à Naples, dans les jardins, les vignes, les villas y dans les places publiques, et jusque dans les églises.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 29 1

Cette considération diminue un peu 1 eton- nement que peut produire Fexistence actuelle en ces pays d'un culte semblable à celui que les anciens rendaient à Priape. Voici ce que j'ai pu recueillir de l'état de ce culte.

Le Fascinum est encore en usage dans la Fouille; et les habitans modernes de cette pro- vince , en imitant cette superstition des an- ciens y ont aussi imité le motif qui les y déter- minait. C'est pour écarter les maléfices et les regards funestes de l'envie qu'ils appendent, avec un ruban , aux épaules des enfans des fascinum de corail, qui ont souvent la forme des mains ithjphalliques , et que les Italiens appellent yFcrt (i).

Les joyaux préservatifs que les enfans por- tent à l'épaule dans le royaume de Naples, les femmes et les enfans les portent au cou dans la Sicile : c'est un usage qui a été observé par plusieurs voyageurs.

Mais ce n'est pas à ces amulettes que se borne le culte de Priape en Italie.

Suidas, moine grec, qui écrivait au onzième siècle, dit qu'en Italie le dieu de la génération est nommé Priape ; que les bergers lui rendent


(i) Note fournie par M. Dominique Foi'ges Davan- zati y prélat de Canosa.


292 DES DIVINITÉS GENERATRICES

un culte; et que son idole représente un enfant dont le membre sexuel est remarquable par sa longueur et son état d'énergie : Qui penem hahet magnum et intentum (i).

Il restait encore au dix-huitième siècle^ dans le royaume de Naples, des traces manifestes de ce culte.

Dans la ville de Trani , capitale de la pro- vince de ce nom , on promenait en procession , pendant le carnaval , une vieille statue de bois qui représentait Priape tout entier, et dans les proportions antiques : c'est-à-dire, que le trait qui distingue ce Dieu, était très-disproportionné avec le reste du corps de l'idole: il s'élevait jusqu'à la hauteur de son menton. Les habi- tans du pays nommaient cette figure il santo MembrOy le saint Membre.

Joseph Davanzati , archevêque de cette ville, qui vivait au commencement du dix-huitième » siècle, abolit cette cérémonie antique (i). Elle était évidemment un reste des anciennes fêtes de Bacchus, appelées Dionjsiaques chez les Grecs, Libérales chez les Romains, et qui se


(i) Suidas , au mot Priapiis.

(2) C'est à un Napolitain , Dominique Forges Da- vanzati, neveu de l'archevêque Davanzati, et prélat Canosa, que je dois cette anecdote.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 295

célébraient vers le milieu du mois de mars. On sait que le Phallus ûgurdât avec distinction dans ces pompes religieuses. "

Un culte semblable existait en 1780 dans le même royaume; et peut-être il y subsiste en- core. Les détails que je vais donner sont ex- traits d'une relation écrite en italien par un particulier habitant du lieu où ce culte est en vigueur. Cette relation, adressée à sir TVilliams iya7?zz7to7z, ambassadeur du roi d'Angleterre au- près de la cour de Naples, fut ensuite trans- mise, par ce ministre, à Joseph Banks, prési- dent de la société royale de Londres.

A Isernia, ville de la comté de Molise, il se tient tous les ans, le 17 septembre, une foire du genre de celles qu'on nomme en Italie Per^ donanze ( Indulgence ). Le lieu de la foire est sur une petite colline située entre deux riviè- res, à un petit quart de lieue de la ville. Dans la partie la plus élevée de cette colline, est une ancienne église , avec un vestibule , qu'on dit avoir appartenu à l'ordre de Saint-Benoît : elle est dédiée à saint Corne et à saint Damien. Pen- dant la foire , qui dure trois jours, on fait une procession à laquelle on porte les reliques de ces saints. Les habitans des environs, attirés par la dévotion et par le plaisir, s'y rendent en foule. Ceux de chaque village ont un costume


2C)4 ^ES DIYIFITES GENERATRICES

particulier^ en outre les jeunes filles, les fem- mes mariées, et les femmes de joie (^Donne di pirtce/"e),p^enl chacune un habit qtii distingue leurs divers états. Ce concours offre un spectacle très-varié.

On voit dans la ville d'Isernia, ainsi que dans le lieu où se tient la foire, des hommes qui vendent des figures en cire, dont les chrétiens font des oftVandes à leurs saints, comme les païens en faisaient h leurs dieux : ces figures sont appelées vœux ou ex voto. Ces vœux en cire ont la forme du membre affligé , pour la guérison duquel les dévots viennent intercéder le saint. On lui fait hommage de ce simulacre j on l'append à sa chapelle; sans doute afin que le saint, l'ayant sans cesse devant les yeux, n'oublie pas ce qu'on lui demande , ou plutôt de peur qu'il ne se méprenne , et que sa vertu n'atteigne une partie saine, au lieu de la partie malade.

On y voit des jambes, des bras, des faces humaines en cire ; mais ces vœux-là ne sont pas les plus nombreux {^ma poche sono questé). Ceux qui abondent le plus chez les marchands, et ceux pour lesquels les dévotes ont de la prédilection, je les nommerai, comme les an- ciens Grecs, Phallus. L'auteur que j'extrais les appelle Membri inrili di cera. On en voit de


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 295

tous les âges , clans tous les états, de toutes les orandeurs.

Ceux qui débiteiît^ cette marchandise tien- nent une corbeille et un plat : la corbeille con- tient les Phallus en cire; et le plat sert à re- cueillir les aumônes des dévots acquéreurs. Ces marchands vont criant : Saint Côme, saint Damien! Si on leur demande combien ils les vendent, ils répondent : Plus vous donnerez ^ plus vous aurez de mérite.

Sous le vestibule de l'église sont deux tables. Près de chacune d'elles est assis un chanoine. L'un, qui est ordinairement le primicier, crie à ceux qui entrent dans l'église : Ici on reçoit ï argent pour les messes et pour les litanies. L'autre, qui est l'archiprètre, crie aussi de son côté : Cest ici que Von reçoit les vœux. Celui-ci recueille, dans un"assin, les vœux de cire que les dévots ont achetés à la foire, et reçoit quel- ques monnaies que chacun d'eux ne manque pas de lui donner en déposant son vœu.

On ne voit guère que des femmes à cette fête. Ce sont elles qui en font presque tous les frais; ce sont elles qui prient, avec le plus de ferveur , les deux saints qui jouent ici en com- mun le rôle de Priape; ce sont elles, sur-tout, qui contribuent le plus à décorer leur chapelle de nombreux Phallus en eux. L'auteur italien


296 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

ajoute une particularité remarquable : lors- qu'elles présentent à l'archiprétre le simulacre de cire, elles prononcepf ordinairement de pareilles phrases : Saint Corne, je me recom- mande à toi. Saint Côme^ je te remercie. Ou bien : Bon saint Corne, c'est ainsi que je le veux (i)*

En disant ces mots, ou quelques autres sem- blables, chacune d'elles ne manque jamais, avant de déposer le Phallus , de le baiser dé- votement.

Cela ne suffit pas pour opérer des guérisons miraculeuses, pour féconder les femmes stéri- les : il faut une autre cérémonie , qui est sans doute la plus efficace.

Les personnes qui se rendent à cette foire couchent, pendant deux nuits, les unes dans l'église des pères Capucins^ les autres dans celle des cordeliers; et, quand ces deux églises sont insuffisantes pour contenir tout le monde, l'église de Y Ermitage de Saint-Côme reçoit le trop plein.

Dans les trois édifices, les femmes sont, pendant ces deux nuits, séparées des hommes. Ceux-ci couchent sous le vestibule, et les fem- mes dans l'église ; elles y sont gardées, soit dans

(1) E questo h quello che osservai.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 297

^ l'église des Capucins, soit dans celle des Cor- deliers, par le père gardien, par le vicaire et par un moine de mérite. Dans V Eanguedoc, dans plusieurs autres lieux, et notamment en Suède (2).


(i) Je rapporte un seul exemple de celte espèce de peine , tiré d'un cartulaire de Champagne : « La » femme qui dira vilonie à autre, si com,me de pU" » tagc y paj-era cinq sols , ou elle portera la pierre ->. toute nue en sa chemise à la procession , et celé la » poindra après en la nage (fesse) d^un aiguillon. >» (Glossaire de Charpentier, au mot Naticce. )

(2) Voyez , pour ces différens usages j le Glossaire de Ducange , aux mots Processiones publicœ , Vilania , Lapides cntenatos ferre , Putagium ; le Supplément


3lO DES DIVINITES GEJNERATRICES

Tous ces usages, attestés par les chartes de communes, monumens les plus authentiques et les plus curieux de l'histoire des mœurs de nos aïeux, paraissent avoir été généralement admis en France, ainsi que dans quelques au- tres pays de l'Europe.

On punissait tout aussi indécemment les femmes publiques coupables de quelques ex- cès. On les condamnait à parcourir les rues de la ville, toutes nues, et montées sur un àne, le visage tourné du côté de la queue de cet animal. C'est à cette punition que le duc d'Orléans, frère de Louis XIII, fit condamner la Neveu , après avoir fait plusieurs fois la dé- bauche chez elle. Cette courtisanne, fameuse et immortalisée par deux vers de Boileau, par- courut les rues de Paris, montée toute nue sur un âne (i).

Il faut parler de ce droit odieux qui, pendant plusieurs siècles, a subsisté en France et dans d'autres états, par lequel les seigneurs séculiers

audit Glossaire , par Carpentier , aux mots Approbatus , Fonis j Naticce ; les Coutumes et établissemens du château de Clermont-Soubiran , imprimés à Agen en 1596. On y voit une gravure en bois qui représente ce châtiment. Voyez aussi Olaus Magnus, de ritu gentium septent. , lib. 4 ? cap. 6. (i) Fureteriana , ^, 224.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5l 1

et ecclésiastiques enlevaient aux époux les pré- mices du mariage, et venaient, par leur pré- sence impure, souiller la couche nuptiale. Ce droit était connu en Ecosse, en Angleterre, sous les noms de marchette et de prélibation; en Piémont, sous celui de cazzagio ; et en France, sous ceux de cullage , culliage ou de jus cunni (i).

Les moines de Saint-Théo dard jouissaient de ce droit sur les habitans de Mont-Auriol, bourg qui avoisinait leur monastère, u Dans » les droits féodaux, dit l'historien du Quercy^ » ils avaient le jus cunni, reste de l'ancienne » barbarie, droit aussi déshonorant pour ceux » qui l'exigeaient que pour ceux qui y étaient » assujétis (2). »

Les habitans, si vivement outragés, s*adres-


(i) Voyez le Glossaire deDucange, au mot Marcheta.

(2) Histoire du Qucrcy, par de Cathala-Coture, t. i, cliap. 10, p. i34 et suiv.

Je ne puis partager l'opinion de l'historien du Quercy. Le déshonneur est pour celui seul qui ordonne et se croit en droit de commettre des violences : celui qui les endure malgié lui n'est déshonoré que dans l'esprit du sot vulgaire. L'assassin et non la victime est criminel, et encourt l'infamie publique. Il faut répéter ce principe, qui , quoique très-évident , n'est pas encore entré dans, toutes les têtes , comme on le voit ici.


5 12 DES DIVINITES GENERATRICES

sèrent au seigneur suzerain, le comte de Tou- louse, qui leur permit de s'établir près d'un de ses châteaux, situé dans le voisinage de l'ab- baje. Ils s'y portèrent avec empressement. Plus libres et à l'abri de la tyrannie monacale , ils prospérèrent ; et leur nouvelle habitation reçut le nom de Moiitauban, Tel fut l'événement qui donna naissance k cette ville considérable du Quercy.

Ce droit, perçu par les rois OU Ecosse, y avait excité plusieurs soulèvemens. Les seigneurs de Persanni et de Preslj, en Piémont, s'étant re- fusés à le remplacer par une contribution, leurs sujets secouèrent le joug, et se donnèrent à Amédée IV, comte de Savoie.

Le seigneur de Bargone dans les états de Parme, aujourd'hui département du Taro, jouissait du même droit. On raconte qu'une jeune mariée, voulant s'y soustraire, se jeta par la fenêtre de sa chambre. Il résulta de cet évé- nement tragique que ce droit atroce ne fut plus exigé (i).

Les chanoines de la cathédrale de Lyon pré- tendaient aussi avoir le droit de coucher, la


(i) Description historique, etc. , des États de Parme, par Moreaii-Saint-Mérrj { Manuscrit.)


CHEZ LES ANCIENS ET LES MtODERNES. 3l5

première nuit des noces, avec les épousées de leurs serfs ou hommes de corps (i).

Les évéques d'Amiens, les religieux de Saint- Etienne de Nevers, avaient le même droit, et le percevaient effrontément.

« J'ai vu^ dit à ce sujet BoëriuSy à la cour de )) Bourges, un procès porté, par appel, devant » le métropolitain , par lequel un curé de pa- » roisse prétendait avoir le droit de coucher, » la première nuit des noces, avec la nouvelle » mariée. La cour abolit le prétendu droit, et » condamna le curé à l'amende (2). ))

Il ajoute que plusieurs seigneurs de la Gas- cogne ont le même droit, mais qu'ils se sont réduits à introduire seulement, dans le lit de la nouvelle épouse, une jambe ou une cuisse fa moins que les vassaux n'entrent en composition avec leur seigneur, et ne payent ce qu'il leur demande. Ce droit est nommé cuissage ou droit de cuisse,

« Un seigneur , qui possédait une terre con- » sidérable dansle Vexin normand, assemblait, » ditSaint-Foy, au mois de juin, tous ses serfs.


(i) Camillus Borellus, Bibliotheca , Germ. , tom. i ; Essais sur Paris , par Saint-Foy , tom. 2 , p. 172.

(2) Boerius Decis. 297 , n* 1 7 j Ducange , Glossaire , au mot Marcheta.


3l4 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

» de Funet de l'autre sexe, en âge d'élre mariés, » et leur faisait donner la bénédiction nuptiale; ^> ensuite on leur servait du vin et des viandes. » Il se mettait à table, buvait, mangeait, et se » réjouissait avec eux; mais il ne manquait ja- » mais d'imposer aux couples qui lui parais- )) saient les plus amoureux quelques condi- » tions qu'il trouvait plaisantes. Il prescrivait » aux uns de passer la nuit de leurs noces au » haut dun arbre ^ et dy cojisommer leur ma- » riage; à d'autres, de le consommer dans la )) rivière dAndellCy oit ils se baignaient pen- » dant deux heures nus en chemise^ etc. (i). » Rapportons quelques traits de l'ancien état

(i) Essais historiques de Sai'mi'Foy , tom. 5, p. 167 et ï58.

Ce serait un tableau assez curieux que celui qui of- frirait les droits absurdes, ridicules et iiidécens, auxquels les seigneurs du bon vieux temps assujétissaient leurs serfs ou vassaux. J'en rapporterai ici un seul exemple , que l'on trouve consigné dans les registres de la Cham- bre des Comptes (liasse 21 des Aveux du Bourbonnais, aveu de la terre de Breuil , rendu par Marguerite de Montluçon, le 27 septembre i3g8). Après avoir établi le droit qu'avaient ces seigneurs sur les femmes qui bat- taient leurs maris , l'acte porte : Ite?n et insuper qua- libetjilia communis , sexus videlicet viriles quoscum- que cognoscente , de novo in villa, Montislucii e^^e- niente _, quatuor denarios semel , aut unum bombumy


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5l5 de la prostitution dans les villes; mais , au- paravant, arrêtons-nous un peu sur ses causes. Dans les états civilisés, la cause première de la corruption des mœurs consiste en ime trop grande réunion d'habitans dans un même lieu. Les causes secondaires, qui donnent une acti- vité funeste aux miasmes moraux, sont le dé- faut de police , la disproportion des fortunes^ et un trop grand nombre de célibataires. Une police qui ne réprime point convertit les vices particuliers en habitudes générales , les auto- rise, les fortifie. La trop grande disproportion

swe vulgariter un pet, super ponteni de Castro Mon- tislucii solvendum.

« En outre , chaque jBlle publique qui se livre à quel- » que homme que ce soit , lorsqu'elle entre pour la pre- » mière fois dans la ville de JMontluçon , doit payer , » sur le pont de cette ville , quatre deniers , ou y faire » ujipet. » ( Traité de la police^ par Delamare , tom. i , p. 49^; Glossaire de Ducange , au mot Bomhum, etc.)

On trouve dans ce Glossaire un autre exemple d'une pareille redevance. Celui qui , en Angleterre , tenait en fief des terres de sergenterie , dans le territoire de He- mingston , comté de SufFolc . était obligé de venir, cha- que année , le jour de Noël , à la cour , et de faire , de- vant le roi , un saut, un sifflement et un petit pet.... Debuitfacere, die natali domini^ singulis annis, coràm domino rege iinum salturr? ^ unum siffletum et unum bombulum.


3l6 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

de fortune divise la population en deux classes ; l'une, oisive, pour se soulager du poids de l'en- nui ^ concevant des goûts successifs et toujours plus irritans; des jouissances factices ou raffi- nées, a besoin de corrompre; l'autre, tour- mentée par des besoins réels, a besoin d'être corrompue ponr recevoir le prix de la corrup- tion. Les célibataires, quelle que soit la loi qui leur commande cet état, ne peuvent long- temps résister au vœu de la nature, parce que les lois qui la contrarient sont toujours impuis- santes ; ils sont donc réduits à les transgresser , et à augmenter le nombre des agens de la cor- ruption publique. Ainsi ce n'est point le man- que de prêtres célibataires, comme on le pense vulgairement, mais cesontleurspassionsetleur multitude qui contribuent à amener la dépra- vation des moeurs. Il est constant que le pays de l'Europe où les mœurs sont le plus dépra- vées est celui où les prêtres sont le plus abon- dans .c'est un fait avéré, devant lequel vien- nent se briser tous les sophismes contraires.

Or, dans les siècles dont j'esquisse les mœurs, cette grande population des villes, cette cause première de leur corruption n^existait pas aussi éminemment qu'elle existe aujourd'hui. Les villes capitales de provinces étaient bien moins habitées que ne le sont certains villages, el Paris


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. SiJ

moins peuplé que certaines villes de provin- ces; et cependant, quoique les cérémonies re- ligieuses et la crédulité ne manquassent point, la corruption était dans les treizième, quator- zième et quinzième siècles, par le défaut de police et l'abondance de célibataires, beaucoup plus grande qu'elle ne l'est maintenant. Je vais en fournir quelques preuves.

On trouve que, dès le commencement du douzième siècle , Guillaume YII , duc d'Aqui- taine et comte de Poitou, fit construire^ dans la petite ville de Niort, un bâtiment sembla- ble à un monastère , où il recueillit toutes les prostitu黀s. Il voulut en faire une abbaje de femmes débauchées, dit Guillaume, moine de Malmesburj. Il y créa des dignités d'abbesse, de prieure et autres, dont il gratifia les plus distinguées dans leur commerce infâme (i).

Depuis long-temps il existait à Toulouse un lieu de débauche très-célèbre , auquel plusieurs de nos rois donnèrent des privilèges ; il portait de même le nom d'abbaje, Charles VI donna en sa faveur des lettres dont voici quelques passages. Il débute ainsi : « Oye la supplication

(i) De Gestis rerum angloruni, TVillelnii M aimer- buriensis y lib. 5, p. 170.


5l8 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

)) qui faite nous a été de la partie des filles de » joye du bordel de Toulouse, dit grant ab- baye, etc. )) Puis il ordonne au sénéchal et viguier de Toulouse et autres officiers de faire « lesdites suppliantes, et celles qui, au temps à » venir, seront ou demeureront en Yabbaje » susdite^ jouir et user paisiblement et perpé- » tuellementy sans les molester ou souffrir être « molestées y ores ne pour le temps à venir. » Ces lettres sont du mois de décembre 1589(1).

Charles VII, en 1425, accorda aussi des lettres de sauve-garde en faveur de la même mai- son de la grant abbaye , occupée par les fem- mes publiques^ à la demande des capitouls et du syndic de la ville. « On voit par ces lettres, » disent les historiens du Languedoc, que la » ville de Toulouse retirait quelque profit de » ce lieu de prostitution : tant on était, en ce » temps-là, peu réservé à garder du moins les » bienséances (2). »

Dans plusieurs autres villes de France , les lieux de débauche étaient qualifiés à' abbaye -^

(1) Histoire générale du Languedoc , tom. 4 ? Preu- ves ,p. 370. Ordonnances des Rois de France , tom. 7 , p. 327.

(2) Histoire générale du Languedoc ^ tom.4,p- 4^5.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5 19

et celles qui y présidaient portaient le titre A'abbesse (i).

A Paris, les femmes prostituées formèrent un corps de profession. « Elles furent, dit » Saint-Foj, imposées aux taxes, eurent leurs )) juges, leurs statuts. On les ic^^e\ii\t femmes » amoureuses y filles jolies de leuj^ corps. Tous » les ans, elles faisaient une procession solen- » nelle lejour de la Madeleine. On leur désigna, » pour leur commerce, les rues Froimentel, » Pavée, Glatigny, Tyron, Chapon, Tire- » Boudin, Brise-Miche, du Renard, du Hur- » leur, de la Vieille-Bouclerie, l'Abreuvoir, )) Maçon et Champ-Fleuri. Elles avaient dans )) ces rues un clapier qu'elles tâchaient de ren- )) dre propre et commode. Elles étaient obli- » gées de s'y rendre îi dix heures du matin, et » d'en sortir dès qu'on sonnait le coiwre-feu , » c'est-à-dire à six heures du soir en hiver, et )) entre huit et neuf en été. Il leur était absolu- » ment défendu d'exercer ailleurs, même chez » elles. Celles qui suivaient la cour, disent du » Tillet et Pasquier, étaient tenues, tant que le » mois de mai durait, de faire le lit du roi des » ribauds (2). »

(i) Glossaire de Ducaiige,au mot Abatissœ , et son Supplément , par Carpentier , au même mot.

(2) Essais historiques sur Paris , tom. i , p. 97 et 98,


320 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

C'est dans le même siècle que les rois Charles VI et Charles VII accordaient des pri- vilèges aux maisons de débauche de Toulouse, faisaient des règlemens pour assurer l'état de celles de Paris ; que Jeanne P« , reine de Na- ples et comtesse de Provence, organisait un lieu de prostitution à Avignon. Elle voulut que la supérieure, qualifiée ô^abbesse, fût renou- velée chaque année par le conseil de la ville ; qu'elle prononçât sur les démêlés qui s'élève- raient entre les femmes de son couvent.

L'esprit de la religion ou plutôt du fanatisme, se montre dans cette institution honteuse. La reine Jeanne veut que ce lieu de prostitution soit ouvert tous les jours, excepté le samedi et le vendredi saint, ainsi que le jour de Pâques. Elle prescrit à l'abbesse de n'y laisser entrer aucun juif. Si quelqu'un d'eux parvenait à s'y introduire à la dérobée^ et qu'il eût commerce avec une des filles, il devait être emprisonné et fouetté publiquement (i).

Cette maison était établie à Avignon, rue du Pont- Troué, près du couvent des Au- gustin s.

(i) Histoire générale de Provence, par Tabbé Papon, tom. 3, p. i8o et i8i ; Description des principaux lieux de France , tom. i , p. 187 ; le Pornographe , p. 35o.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 521

Le pape Jules II, pour éviter de plus grauds niauX;, donna, le 2 juillet i5io^ une bulle qui autorise l'établissement d'une pareille maison dans un quartier désigné. Les papes Léon X et Clément VII confirmèrent cet établissement, à condition que le quart des biens meubles et immeubles des courtisannes qui l'habitaient ap- partiendrait, après leur mort, au couvent des religieuses de Sainte-Marie-Madeleine.

La charte de franchise de la petite ville de Villefranche, en Beaujolais, accordée en i5j5 par Edouard II, sire de Beau jeu, offre des traits trop remarquables pour ne pas les rap- porter ici. Je ne parlerai point de l'article où l'on permet aux maris de battre leurs femmes, ni de celui par lequel les adultères sont con- damnés a faire, tous nus, une course par la ville : ces circonstances se trouvent spécifiées dans la plupart des chartes de commune des villes de France ; mais je m'arrêterai à celui qui porte (( que, si un homme et une femme, tous » deux ministres de la débauche publique; que » si un garçon, dévoué à la prostitution, ou si >i une fille dévouée à la prostitution, viennent » à dire des injures à un bourgeois de Ville- » franche ou à un de ses amis, il peut les frap- .)) per par un soufflet, pai un coup de poing T. II. 21


522 DES DIVIISITÉS GENERATRICES

» OU par un coup de pied, sans encourir Fa- » mende (i). »

Ainsi une ville, à peine peuplée de trois ou quatre cents âmes, contenait, dans son enceinte, des lieux de prostitution pour les deux sexes. Nos mœurs offrent-elles ces exemples?

Les fêtes, les cérémonies particulières et pu- bliques, servent aussi à caractériser les mœurs. Je vais parler de quelques-unes.

Le célèbre Castruccio de Castracani , géné- ral des Lucquois, après la bataille de Seravalle, qu'il gagna sur les Florentins, donna des fêtes éclatantes sous les yeux de ses ennemis. Il fit jouer à la course du palio des femmes prosti- tuées toutes nues. Le prix de cette course était une riche pièce d'étoffe, d'où cet exercice tire son nom (2).

Sous le règne d'Henri III, on vit en France des fêtes accompagnées de pareilles circons- tances. « Le mercredi, i5 mai 1677, le roi, au )) Plessis-les-Tours , fit un festin à monsieur le )) duc son frère, et aux seigneurs et capitaines » qui l'avaient accompagné au siège et à la » prise de la Charité; auquel les dames vêtues

(i) Libertas et Franchesia J^illœfranchce , Descrip- tion des principaux lieux de France , tom. 6 , p. 170.

(9.) P orno graphe , p. 354; — Machiavel, Vie de Castruccio Castracani,


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. S^iS

y. de vert, en habit d'homme et à moitié jiues, » et ayant lem's cheveux épars comme épou- )j sées, furent employées à faire le service, w La reine-mère fit son banquet à Chenon- » ceau (i). »

Les entrées des rois ou des princes, dans di- verses villes, étaient souvent accompagnées de spectacles qui blesseraient aujourd'hui les yeux les moins chastes.

Lorsque Louis XI fît, en 1461, son entrée à Paris, on plaça devant la fontaine du Ponceau, dit Fauteur de la chronique de ce roi , « trois » belles filles faisant personnages de sirènes )) toutes nues; et leur veoit-on le beau tetin, » droit, séparé, rond et dur, qui était chose » bien plaisante, et disoient de petits motets et » bergerettes (2). ))

Dans l'entrée du roi François I^^ et de la reine Claude, fille de Louis XII, à Angers, qui se fit en i5i6, on représenta, sur la cîme d'un

(i) Journal de l'Etoile, tom. i ,p. 2o5.

(2) Chronique de Louis XI sous l'an 1461.

Le même écrivain dit : qu'après cette scène indécente,, un peu au dessous de la fontaine du Ponceau , on voyait un homme en croix représentant Jésus crucifié , entre deux larrons. Il est présumable que la toilette de ceux qui jouaient les rôles de Jésus en croix et des deux larrons , était L-x même que celle des Sirènes.


5^4 r>ES DIVIINITÉS GÉNÉRATRICES

cep de vigne, un Bacchus, ayant dans chaque main une grappe de raisin qu'il pressait. De Tune sortait du vin blanc en grande quantité, et de Tautre du vin rouge. Au pied de ce cep de vigne, « était représenté, dit Bourdigné, le )) patriarche Noé endormi, et montrant ses » parties honteuses. »

Près de lui étaient écrits ces vers :

Malgré Bacclius , à tout son chef cornu , Or son verjus me sembla si nouveau Que le fumet m'en monta au cerveau , Et m'endormit les C tout h nu (t),

Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, fit, en 1468, son entrée à Lille. Parmi les fêtes que les habitanslui donnèrent, on remarquait la représentation du Jugemejit de Paris. Trois Flamandes se chargèrent du rôle des trois déesses. Celle qui figurait Vénus , était d'une tailleélevée, et d^un embonpoint qui caractérise

(i) Récréations historiques ^ par Dreux du Radier , tom. I ,p. 270 et 271.

Monstrelet , en décrivant une fête que donna , en 1453, le duc de Bourgogne, dit qu'on y voyait : « Une » pucelle qui, de sa mamelle , versait liypocras en grande )>^largesse; à côté de la pucelle était un jeune enfant qui, » de sa broquette, rendait eau rose. » ( Chroniq., vol. 3 , fol. 55, V'.)


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 525

les beautés du pays. La Junon, toute aussi grande, offrait un corps maigre et décharné. Pallas était représentée par une femme petite^ ventrue, bossue par devant et par derrière, dont le corps était supporté par des jambes grêles et sèches.

Ces trois déesses parurent devant Paris , leur jugCj et devant le public, nues comme la main. D'après la description de leurs formes et de leurs attraits différens^ on présume que le Paris flamand n'hésita point à donner la pomme à Vénus (i).

Les spectacles étaient aussi fort indécens: on n'oserait pas aujourd'hui , en petit comité , lire les scènes qu'on jouait en public sous Henri IV :

La farce nouvelle et récréative du médecin qui guérist de toutes sortes de maladies j, et aussi fait le nez à ï enfant dune fem,me grosse , etc.

La farce joyeuse et récréative dune jemme qui demande les arrérages à son mari,

La farce nouvelle, contenant le débat dun jeune moine et dun vieil gen-darmes par de^ vant le dieu Cupidon, pour une fille,

(i) Pontus Heuterus, in car. Pugnace,\Sh. 5, p. 385; — Récréations historiques de Dreux du Radier, tom. i , pag. 272.


320 DES DIV USITES GEWERAÏRICES

Ces pièces sont d'une indécence fort cho- quante de paroles et d'intention (i).

Avec de telles moeurs, de telles pratiques, on doit penser que la décence ne se trouvait ni dans les vétemens, ni dans les paroles,, ni même dans les écrits.

Le Dante parle de l'impudicité des femmes deFlorence, qui se montraientenpublicla gorge entièrement découverte (2). Ce poète vivait au treizième siècle.

Pétrarque nous peint l'extrême corruption et la débauche effrontée qui régnaient à Avi- gnon, pendant que les papes y faisaient leur séjour.

Philelphe, qui vivait au quinzième siècle, parle avec une liberté vraiment cynique des débauches excessives et invraisemblables dont il a été témoin dans la ville de Gênes, et se plaint du peu d'égards qu'on a dans cette ville pour la pudeur publique (5).

Les prédicateurs déclamèrent encore plus vivement que les poètes contre la nudité des gorges; mais les déclamations des uns et des

(i) Y o-^ez Recueil de plusieurs /arces tant anciennes que modernes 3 Paris, 1612.

(2) Purgatoire , chant 23.

(3) Philelphe , neuvième décade , Satire 10.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 527

mitres ont été, conime on sait, presque tou- jours sans effet.

Écoutons un prédicateur du quinzième siè- cle, dont le nom est inconnu, u Qu'elle est » rare, cette pudeur parmi les hommes du » siècle! dit-il; ils ne rougissent pas, en pu- » blic, de blasphémer, déjouer, de voler, de )) prêter à usure, de se parjurer, de proférer » des paroles déshonnétes, mais même de les » chanter; et les femmes laissent à découvert » leurs bras, leur cou, leur poitrine, et se » montrent ainsi devant les hommes, afin de )) les exciter aux crimes horribles de l'adultère, )) de la fornication, du viol, du sacrilège et de )) la sodomie (i). »

On nommait, au quinzième siècle, les cour- tisannes élégantes, Gores, Gaures ou Gaurières, et les robes décoletées, fe robes à la grant Gore: c'est pourquoi un autre prédicateur, cé- lèbre par la grossièreté de ses paroles et par ses bouffonneries, frère Maillard, s'écrie souvent contre mesdames les bourgeoises qui portent des robes à la grant Gore (2). 11 dit ailleurs : « Et vous, femmes , qui montrez votre belle

( I ) Sermo communis de temporeprœdicabilis} senno 3, de pœnitentiâ , sine paginaiione.

(2) Sermon 4? mardi avant l'Avent, fol. i3.


528 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

» poitrine, voire cou, voire gorge, voudriez- » vous mourir en cet état(ij? »

» Dites-moi, femmes imbécilles, n'avez-vous » pas des amans qui vous donnent des bou~ )) quels? et ne placez-vous pas, par amour pour » eux, ces bouquets au milieu de votre sein? » Eh bien, vous êtes inscrites dans le livre du » diable (2). )>

Michel Menoty autre prédicateur du même temps, se récrie également contre la nudité du sein des femmes. Il parle de celles qui , non contentes de porter des habits au dessus de leur étïit^ se couvrent d'ornemens mondains, suivent la mode des grandes manches, pren- nent un air effronté, et découvrents leur poi- trines jusqu'au ventre, afin d'attirer les regards des amateurs (5).

« C'est à vous que je m'adresse. Mesdames, » dit le même prédicateur : quand vous venez >j à l'église, il semble, à voir vos habits pom-

(i) Sermo 29 , troisième dimanche de l'Avent, fol. 79^ verso. Vojez aussi les mêmes reproches dans les ser- mons 38 ;, fol. g8 , sermon [\\ , fol. 106 , verso.

(2) Idem. Sermon du premier dimanche de Carême _, part. 2 ,fol. 4i.

(3) Pectiis discoopertum usque ad ventrem. Menot^ sermon , férié seconde , après le deuxième dimanche de Carême , fol. 26.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 52g

» peux, indécens et des brailles ^ que vous êtes » au bal. Lorsque vous allez à la danse, dans » des festins ou aux bains, habillez-vous comme w il vous plaira ; vna.is , quand vous vous ren- » dez à l'église, je vousenprie, mettez quelque )) dijQPérence entre la maison de Dieu et celle du » Diable (i). »

Un autre prédicateur cite un exemple de la punition qu'éprouvaient, dans l'autre monde, les dames qui montraient leur sein. « Un cer- )) tain prêtre, dit-il, pleurant sa mère, morte, )) et désirant connaître l'état de son âme, fit des prières que Dieu exauça. Etant près » de l'autel, il vit sa mère liée dans un sac, » entre deux démons. Sa chevelure, qu'elle )) avait pris soin d'orner pendant sa vie , était » alors formée de serpens enflammés; sa poi- » trine, son cou et sa gorge, qu'elle laissait » ordinairement à découvert, étaient occupés » par un crapaud qui vomissait des torrens de » feu (2). ))

Ces prédications, cet exemple épouvantable, ne changèrent rien aux habitudes des dames;

(i) Idem, férié troisième , après le premier dimanche de Carême , fol, 94 , verso. Je fais observer <cjue les mots soulignés sont ainsi en français dans le texte latin de l'auteur.

(2) Sennones discipuli de tempore et sanctis , sermo 84 j adjinem.


55o DES DIVINITÉS GÉiNÉRATRICËS

et le désir si naturel de plaire aux hommes et de leur causer des émotions triompha autre- fois, comme il triomphe aujourd'hui, de la peur des châtimens éternels et du crapaud vo- missant du feu.

Les femmes, du temps de Montaigne, avaient les mêmes habitudes. Après avoir parlé des hommes, qui, avant lui, portaient l'estomac dé- couvert, il ajoute : a Et nos dames, aussi mol- )) les et délicates qu'elles sont, elles s'en » vont tantost entre-ouvertes jusqu'au nom- » bril (i). »

De très-bons chrétiens ont, dans des temps plus récens, déclamé , hélas! toujours en vain, contre les nudités des gorges ; je ne dois pas m'en occuper davantage ; mais, pour l'édifica- tion des lecteurs, je vais indiquer leurs ou- vrages (2).

(1) Essais de Montaigne , tom. 2 , liv. 2, chap. 12, pag. 220.

(i) De V Estât honneste des Chrétiens en leur accous- trement, par un ministre du saint évangile , in-S**.

De l'Abus des nullités de gorge , in-i 2. A la suite du cet ouvrage , on trouve une ordonnance des vicaires gé- néraux de l'arche vêché de Toulouse, de l'an 1670, contre la nudité des bras , des épaules et de la gorge , et de l'indécence des habits des femmes et des filles.

Lettre écrite par un séculier à son ami , sur les im- modesties et profanations qui se commettent dans les


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 53 1 Les hommes^ outre l'usage de découvrir leur estomac, en suivaient dans le même temps un autre bien plus indécent. Ce qu'on appelait la braguette, au seizième siècle, était une espèce de vêtement qui, en les couvrant^ montrait les formes secrètes de la virilité, aussi exactement qu'un gant montre celles de la main. Les vieux portraits en pied nous offrent des exemples de cette mode singulière. Il paraît qu'elle com- mençait à tomber du temps de Montaigne, cf Que voulait dire cette ridicule pièce de la » chaussure de nos pères, qui se voit encore y) en nos suisses, dit-il? A quoy faire la monstre >j que nous faisons à cette heure de nos pièces » en forme sur nos gregues; et souvent, qui )) pis est, outre leur grandeur naturelle, par » faulseté et imposture (i)? »

Les indécences dans les manières de parler

églises , avec la déclaration du roi et l'ordonnance de Monseigneur le cardinal de Noailles , archevêque de Paris, 1717.

(i) Essais de Montaigne , liv. 3 , cliap. 5.

J'ai vu en Suisse, dans l'église de l'abbaye de Mûri , un dessin à la plume qui représentait une procession nombreuse. Les hommes y avaient leurs braguettes très-apparentes. Une main récente a cherché à faire disparaître cette incongruité de costume que les pro- grès de la décence rendaient trop sensible.


552 DES DIVINITES GENERATRICES

OU d'écnre n'étaient pas moindres que celles qui existaient dans' les vétemens.

Les sermonaires nous fournissent des exem- ples nombreux, que je puiserai, non dans les livres dirigés contre eux , mais dans leurs pro- pres ouvrages. Les partisans des prédicateurs doivent me savoir gré de cette modération, qui prive ce chapitre de plusieurs traits singuliers et piquans.

(c Pauvres pécheurs! s'écrie Maillard, le » bienheureux Anselme, qui était moine, ne » vivait pas comme vous; il ne mangeait point » de la chair; il n'avait point, comme vous, » des filles de joie dans sa chambre, à pain et » à pot (i).

» INous avons plusieurs mères qui vendent » leurs filles, qui les prostituent elles-mêmes; » elles leur font gagner leur mariage à la peine » et à la sueur de leur corps (2).

» Est-il beau de voir la femme d'un avocat, )) qui a acheté un office, et qui n'a pas dix » francs de revenus, vêtue comme une prin- » cesse? Sa tête, son cou, sa ceinture, sont » couverts d'or. Et vous dites qu'elle est vêtue

(i) Maillard, tom. 1 , sermon 6 du premier dimanche de TA vent, fol. 32 verso.

(2) Maillard, sermon sixième du premier dimanche de l'A vent, fol. 48, verso.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 555

h suivant son état! A tous les diables l'état, )) vous, la femme, et vous aussi, M. Jacques, >> qui leur donnez si légèrement l'absolution! » Elles disent, sans doute : Nos maris ne nous » dojinent point de tels habits ; mais nous les » gagnons à la peine de notre coiys. A trente » mille diables une telle peine (i). »!

11 fait tenir le propos suivant à une femme en colère. « Va, put... infâme, tu tiens bord.. y) en ta maison (2). » !

Il s'adresse ainsi aux femmes de Paris : « Vous

» êtes des p qui tenez des lieux de débau-

)) ches; vous avez fait vos filles p comme

» vous, et vos fils macquer... (5). »

Encore quelques citations de ce grossier prédicateur, et de son étrange éloquence: elles nous offrent le tableau fidèle des mœurs du quinzième siècle.

Voici ce qu'il dit des femmes de Paris qui

(i) Carême prêché à Saint-Jean-en-Grève, par Olivier Maillard , en 1498, sermon 26 du deuxième dimanche de Carême , fol. 60.

(2) Idem, ib.,£ol. 74. Vade meretrix infamis , tu tenes bordellum in domo tua.

(3) Estis meretrices quœ tenuistis lupanaria

et fecistis jilias vestras meretrices sicut vos , et jilios vestros lenones , (maquereaulx, g alliée). Sermon 38 du quatrième dimanche de TA vent, fol. 98.


354 ^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

vont aux bains : k Sainte Suzanne , lorsqu'elle )) lavait ses pieds clans son jardin , fit éloigner » ses suivantes , de peur d'être vue par elles ; n et vous , au contraire , vous restez toutes )) nues dans les bains, et vous montrez aux » autres ce que vous devez cacher (i). ^)

Le prédicateur Menot fait aussi, à ce sujet , de plus graves reproches aux femmes de Paris. (( Dieu sait, dit-il, lorsque vous êtes décou- » vertes dans les bains , depuis les mamelles )) jusqu'à la plante des pieds, quels sont vos » regards impudiques, vos attouchemens cri- » minels, vos paroles indécentes ^ et, ce qui » est pis encore, vous ne rougissez pas d'y » conduire vos propres filles qui sont toujours » avec vous (2). »

(( Et vous, femmes^ dit Maillard, qui faites » des signes amoureux à vos amans en disant » vos heures ; et vous, madame la bourgeoise , » qui êtes remplie de luxure, mais qui avez un

(1) Et ostenditU verenda vestra aliis. Sermon 23 du samedi du deuxième dimanche de l'Avent, fol. 78, verso. Dans le sermon 36 du troisième dimanche de Carême , fol. 88, il dit que Suzanne n'osait pas seulement mon- trer ses jambes ; « et vous , ajoute-t-il , vous n'avez pas » honte de paraître toutes nues devant les autres, et >» de vous livrer à vos dissolutions. »

(2) Senno 4© , die sabbato post 3 dominicain , fol . 45.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 355 « extérieur de dévotion lorsque quelqu'un vous » parle, vous dites : Ne parlons point de cela, » et vous crachez par terre , et dites : Fi, fi , » taisons^nous ; je dis que c'est un péché mor- » tel, etc. (i). ;)

Il reproche ailleurs aux époux de se livrer aux plaisirs du mariage , en présence de leurs domestiques et de leurs enfans (2).

Je ne finirais pas si je voulais rapporter tous les traits caractéristiques de l'impudeur et de la débauche du quinzième siècle, que présen- tent les sermons de Maillard et autres prédi- cateurs. Ils répètent sans cesse les mêmes re- proches , et sur-tout ceux qu'ils adressent aux mères qui prostituent leurs filles pour leur faire gagner leur mariage a la sueur de leur corps : ce qui ferait croire que l'usage alors en était assez général.

Il répète également ceux dirigés contre la débauche des prélats , des chanoines et des moines, qui ont, dit-il, publiquement des concubines, avec lesquelles ils vivent à pot et à

(i) Sernaon i^ , férié 6 du premier dimanche de l'Aveiit, fol. 5i.

(2) Sermon 3 du troisième dimanche après la Pen- tecôte , fol. 14.


556 DES DIVINITÉS GENERATRICES

cuiller y et les présentent toujours comme les principaux corrupteurs de la jeunesse.

Il va même jusqu'à dire que les filles de douze ans sont déjà dressées au métier de cour- tisannes, et en vont à la moutarde.

Le prédicateur Menot ^ qui, comme Mail- lard^ a prêché long-temps à Paris, peint les mêmes mœurs avec les mêmes couleurs , les mêmes talens , avec des expressions aussi tri- viales, aussi peu ménagées.

Barlctte^ autre prédicateur, n'est pas moins indécent. Je ne rapporterai , de ses sermons , qu'un seul passage, où, à propos de l'amour charnel, il introduit une jeune fille qui lui adresse ces paroles, que je suis forcé de para- phraser. (( mon père! mon amant m'aime » beaucoup : il m'a donné de très-belles man- )) ches rouges; il m'a fait plusieurs autres pré- » sens. Il m'aime d'un véritable amour : je le » vois bien par l'ardeur apparente qu'il éprouve » près de moi (i). »

(i) On ne peut, sans blesser toutes les règles de la pudeur , rendre autrement ce que le moine effronté ose , sans nécessité , exprimer dans un sermon : Vidimus cura turgesceret virgultus , fait-il dire à cette jeune tille. Y oyez fructuosissimi atqiie amœnissimi sermones fratris Gabrielis Barlette , dominicd prima adi'entus Domini , fol. 266 , verso.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 357

Si les prédicateurs étaient aussi licencieux, on doit juger que les poètes, les conteurs et autres écrivains devaient l'être davantage. Les fabliaux, et sur-tout ceux qui sont contenus dans le troisième volume qu'en a publié Bar- hazan; les Contes de Bocace, ceux de la reine de Navarre , les Cent Nouvelles racontées à la cour du duc de Bourgogne , le Pentagruel de Rabelais y et mille autres ouvrages de ce genre, en offrent la preuve.

Les historiens n'ont pas été exempts de cette indécence, ou plutôt de cette insouciance dans la manière de décrire certains objets. Froissarty historiographe et chanoine, à propos du sup- plice de messire Hugues le Despencier le fils , en rapporte une circonstance, avec des expres- sions de la plus grossière débauche (i).

Jean ^Auton, prêtre et historiographe de Louis XII, en parlant _, dans l'histoire de ce monarque, d'une naissance monstrueuse, em- ploie, au grand étonnement des lecteurs ac- tuels, les mêmes expressions que Froissart. Il les répète sans répugnance; et elles se trouvent, en toutes lettres, dans l'édition qu'en a donnée Théodore Godefroy (2).

(i) Chroniques de Froissart , vol. i , cliap. i4^ p. 11. (1) Histoire de Louis XÎI, par Tean d'Auton, chap. ^Cj, pag. 221.

IT. :22


558 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

Le moine Gaguin, aussi historiographe de France, a composé un poëme sur l'Immaculée Conception delà Vierge. (( On y trouve, dit un » moderne, les idées les plus sales et même les » plus libertines; elles sont telles qu'on ne » peut les rendre en français sans offenser la » chasteté de notre langue. »

Le même écrivain nous apprend qu'à son poème de l'Immaculée Conception Gaguin joignit l'éloge d'une de ses maîtresses^ cabare- tièrede Vernon, Dans cette pièce, il vante les oentillesses de cette belle, ses bons mots, la commodité de ses chaises, la bonté de son vin et des lits, et sur-tout les beautés cachées de la nymphe, que notre bon moine paraît avoir par- faitement connues (i).

Dans plusieurs écrits de ce temps, ce n'était pas seulement l'expression, mais la matière qui était indécente; et cette indécence est bien plus choquante, lorsqu'elle est aUiée à des sujets de rehgion. En voici encore un exemple, dans une fable donnée, comme un événement véri- table, par le prêtre qui la raconte pour l'édifi-

(i) Voici sa description :

Uisus , rerba, jocos , fulcra , cubile , merum, Albeiites coxas , inguina , crura , nales. Et veneris , etc.

Voyez Récréations historiques ,iom. 2, p. i85, 186.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 550

Ccition publique. Elle est lelic que, par respect pour certains lecteurs, je me garderai bien de la traduire littéralement.

Un prêtre, véhémentement soupçonné d'a- voir forniqué avec une très-grande dame d'une ville, craignant d'être arrêté^ prit la fuite. Ar- rivé dans une forêt, il rencontre un homme dont l'extérieur annonçait un saint reliaieux. Vous êtes triste y lui dit-il; quelle en est la cause? contez-moi votre peine* Le prêtre avoua tout. Si vous étiez privé entièrement de ce qui y en vous y a été le plus coupable ^ lui ajouta le moine, vous pourriez retourner avec sécurité à la ville y et convaincre de calomnie ceux qui vous accusent. Voyons, Il voit, il touche; et le plus coupable disparaît. Il faut le dire : cet homme, sous l'apparence d'un saint moine, était le Diable en personne. Le prêtre, joyeux, retourne à la ville, pour offrira ses accusateurs cette preuve irréfragable de son innocence. Il arrive dans son église, fait sonneries cloches, convoque le peuple. Là , en présence de la mul- titude, et, monté sur un lieuéminent^ il veut, avec confiance, produire sa preuve. Mais, ô mi- racle ! ô déception du diable ! il produit aux yeux des assistans une preuve toute contraire, et cette preuve est monstrueusement évidente (i).

{\) Et Keligiosiis inquit 'y leva vestimenta tua et


54o DES DIVINITÉS GENERATRICES

Si, en obscénité, ce conte n'égale pas les ouvrages impudiques de Pierre VArétiiif et le Capitole ciel Forno, composé par Jean Casa y archevêque de Bénévent, il peut aller de pair avec ceux de YArioste, de Bocace, de Coquillarty officiai de Reims ;, de Beroalde de Ver\^illey chanoine de Tours, de Rabelais, curé de Meudon, de l'abbé Grécourt, et de plusieurs autres conteurs de cette espèce, tous ouvrages dont la matière indécente doit entrer pour quel- que chose dans la composition d'uné'^histoire morale des siècles passés.

Dois-je oublier ici le tableau des mœurs dis- solues du seizième siècle, que nous a laissé Brantôme, dans son volume des dames galan- tes, etc.? Quelle corruption ! et quelles couleurs grossières emploie cet auteur pour nous la peindre, pour la préconiser, pour la rendre

tangam illud. Prout tetigit , illud menibrum penitUs illico disparuit. De quo sacerdos multum gavisus in villam est reversus , et, pulsatis campanis, innocentiœ suœ sinceritatem ostensurus ; et, congregatis parochia- nis, continua spe plenus , stans in cancellis , et confi- denter elevatis vestimentis , mox menibrum suum abondantiiis quàmpriiis apparuit ^ et sic ipsum dœmon in humand forma decepit. (TractatusS de credulitate dœmonibus adhibenda , doctoris felicis Hemmerlein , malleus maleficorum , tom. 2 , p. 3i i.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5^1

aimable! On y trouve tout ce que le génie de la luxure, favorisé par l'opulence, l'oisiveté et l'exemple, peut imaginer de plus recherché. Les personnes dont il décrit les déportemens étaient , par leur rang et leur fortune, à l'abri des vices qu'entraînent ordinairement le défaut d'éducation et l'indigence; ainsi leur conduite en est moins excusable. C'étaient des rois, des princes, des grands seigneurs: des reines, des grandes dames , auxquels il donne constam- ment la qualification ôîHioiniêtes , lors même qu'il prouve qu'ils ne l'étaient pas; c'étaient des personnes d'une classe dont les actions servent le plus ordinairement de modèle à celles des autres classes de la société.

Les supercheries employées par les épouses pour tromper leurs maris, par les filles pour tromper leurs mères, leurs surveillantes, afin de satisfaire des goûts défendus, sont exaltées comme des actions vertueuses. L'assurance avec laquelle il fait l'éloge de ces désordres frappe d'étonnement les lecteurs actuels, et donne la mesure de l'opinion et de la moralité de ses contemporains. C'est ainsi que Machia-- vel conseillait publiquement les crimes politi- ques, que le cardinal de Retz se vantait de ceux qu'il avait commis, que le vieux et san- guinaire Mojitluc se glorifiait de ses actes de


542 BES DIVINITÉS GÉNÉllATKIGES

cruauté, et que, long-temps avant eux, Pierre, abbé de Vau-Cerney, faisait l'apologie des trahisons et des perfidies dont son héros, le dévot et cruel Simon de Montforty se rendit coupable (i).

(i) Qu'on lise, si on le peut sans indignation , les volumineux Commentaires de Biaise de Montluc ; et Ton verra presque à chaque page les traits de sa cruauté. Ce n'est pas un ennemi qui Ten accuse : c'est lui-même qui s'en vante. Voici quelques-uns de ses titres de gloire.

Malgré les traités qui permettaient aux protestans de Calîors de s'assembler pour faire le prêche, le clergé et les catholiques de cette ville mirent le feu au bâtiment où ceux de cette religion étaient réunis ; et, à mesure que ces malheureux échappaient aux flammes, ils étaient mas- sacrés. La cour^ à la nouvelle d'un pareil attentat^ nomma une commission pourjuger les coupables. Plusieurs cha- noines , et même l'évêque de Cahors , furent convaincus d'être les auteurs de l'incendie et des meurtres. Montluc, lieutenant-de-roi en Guienne , arriva lorsqu'un cha- noine , nommé Viole , que , dans son idiome gascon , il appelle i?iez//e , allait être condamné à mort. Il s'adresse au président, et lui dit que, s'il prononce la sentence, il le tuera. Des le premier mot , dit-il , qu'il ous^rira la bouche , je le tuerai. Puis il lui dit : Tu déclareras ici devant moi ce que Je te demajide , ou je te pendrai

MOI-MEME DE MES MAINS J CAR j'eN AI PENDU UNE VINGTAINE PLUS GENS DE BIEN QUE TOI , ni que ceuX

qui ont assisté à la séance. Après ce discours, digne d'un bourreau en colère, Montluc mit en fuite le tribu-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 545

Tout se ressentait de celle grossièreté, de relie licence de mœurs. Les peintures, les ta-

liai, et sauva les ciiminels. Il était toujours accompagné de deux bourreaux qu'on appelait ses valets- de-chambre. Lui-même s'en fait honneur. Je recouvrai secrètement, dit-il, deux bourreaux, lesquels on appela mes laquais, parce quHls étaient souvent après moi. Ayant saisi un protestant nommé Verdier , il nous apprend qu'il avait deux bourreaux derrière lui bien équipés, et qu'il aida lui-même à l'exécution de ce malheureux. Un ministre protestant se hasarda de venir implorer un jour sa pro- tection. « Je commence à jurer , dit Montluc , et Vem- » peignai au collet , lui disant : Je ne sais qui me » tient que je ne te pende moi-même à cette fenêtre, » paillard; car j'en ai étranglé de mes mains

» UNE VINGTAINE de plus gens de bien que toi Je

» peux dire , avec vérité , quil nj a lieutenant- de-roi » en France qui ait plus fait passer d'Huguenots par

» le couteau et par la corde que moi ; et si je n'en

» ai pas fait assez ni tant que j'ai voulu, il n'a pas tenu » à moi. » On ferait un volume , si l'on voulait rap- porter tons les traits d'injustice , de perfidie , d'inhu- manité dont ce vieux militaire s'honore dans les longs mémoires qu'il a écrits pendant sa vieillesse. Je n'ai jamais fait de lecture plus pénible.

Les trahisons , les perfidies , les cruautés de Simon dç Montfort surpassent peut-être celles de Biaise de Mont- luc. Je n'en citerai qu'un exemple. Simon de Montfort faisait, par ordre du pape, la guerre à Raymond VI, comte de Toulouse. Pour s'emparer des terres de ce comte et le dépouiller de ses biens, Simon de Mont-


544 Î^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

pisseries qui décoraient les maisons des riches^ reçurent l'empreinte du siècle. J'invoque encore

fort avait besoin de faire passer des troupes dans le Quercy. Cela n'était pas facile par la force : il eut re- cours à la perfidie : le légat du pape se chargea de trahir. Il fit des propositions de paix au comte de Tou- louse ; l'invita à venir dans l'église de Narbonne, afin d'y cimenter la paix aux pieds des autels. Le comte crut à la sincérité de ce prélat , suspendit les hostilités , et se rendit , avec ses principaux officiers , dans l'église de Narbonne. La cérémonie eut lieu avec les solennités ordinaires ; la religion sembla cautioimer la sincérité des sermens réciproques. Ces sermens , et l'appareil reli- gieux qui devait les rendre plus sacrés , n'étaient qu'une comédie sacrilège que faisait jouer le légat , afin de fa- ciliter le passage des troupes de Simon de Montfort dans le Quercy. Ce trait de scélératesse de la part de ce guer- rier , qui en a bien fait d'autres , est moins étonnant que l'immoralité et l'effronterie de l'écrivain contem- porain qui le raconte. « Pendant que le légat , dit-il , « amusait , enjôlait , par une fraude pieuse , les ennemis » de la foi assemblés à Narbonne , le comte de Montfort » put s'avancer dans leQuercy et dans l'Agénois^ y recevoir » des renforts qui venaient de France , et combattre avec » avantage les ennemis du Christ. O fraude pieuse l 6 » piété frauduleuse du légat ! »

Voici le texte : Egit ergo misericordiœ divinœ dispo- sitio ut, dum legatus liostes fidei qui Narbonnœ erant congregati alliceret et compesceret , fraude PIA , cornes Montisfortis et peregrini qui vénérant à Francid passent transire ad partes Caturcenses et


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 545

sur cet objet le témoignage d'un prédicateur du quinzième siècle.

(( Souvent les peintures et les tapisseries, » dit-il, représentent des sujets abominables » et pleins de dissolutions, capables d'émou- » voir et d'enflammer les désirs des cœurs les » plus insensibles. On en voit communément » dans les palais, dans les chambres des prin- )) ces; et plût à Dieu qu'il ne s'en trouvât » point dans celles des prélats et des ecclésias- » tiques !

Aginenses , et suos imo Christi impugnare inimicos. O legAti FB.ÀUS pià! o pietas fraudulenta! {Petrus Val. cap. 78. )

Je ne ferai point ici d'observation particulière , le texte en dit assez ; mais j'observerai qu'en général nos anciens nobles , après avoir , pendant le cours de leur vie , commis toutes sortes de violences , voyant s'en approcher le terme , commençaient à avoir peur de l'en- fer , et croyaient en esquiver les tourmens et s'absoudre de leur crimes nombreux , en donnant des biens aux monastères. C'est ainsi que le Policliinel des joueurs de marionettes frappe ou tue sans raison tous ceux qui se présentent à lui , et finit par trembler devant le diable lorsqu'il apparaît.

Simon de Montfort et Biaise de Montluc , ainsi que Catherine de Médicis et le cardinal de Richelieu , ont été placés , dans l'ancienne galerie du Palais-Royal , au rang des hommes illustres de France.


546 DES DIVINITES GENERATRICES

» J'ai vu, ajoute-t-il, et je ne mens point. » des peintures aussi ordurières, dans Tinté- }) rieur d'une église très-célèbre, et qu'on avait )) ainsi décorée pour la solennité de Pâques. » J'en eus horreur en les voyant : je les fis en- }) lever et porter ailleurs (i). »

Le château de Fontainebleau, construit et décoré par des artistes italiens, que François I^^ avait attirés en France, présentait^ suivant la coutume du temps, un grand nombre de pein- tures obscènes. « On y voyait, dit Sauvai, des » dieux, des hommes, des femmes et desdées- » ses qui outrageaient la nature, et se plon- )) geaient dans les dissolutions les plus mons- » trueuses. »

En 1645, la reine, parvenue à la régence, fit détruire beaucoupde ces peintures, dit le même écrivain : la perte s'éleva à plus de cent mille écus (2).

Les livres manuscrits destinés à la prière, et qu'on appelle des Heures , étaient autrefois ornés de miniatures. Les curieux en conservent où ces miniatures offrent des scènes très-scan- daleuses (5).

(1) Sermonum dominîcaliwn totiiis anni frairis GuiLLELMi Pépin ; sermo 2 , Dominica 23 ;, post Tri- nitat. , fol. 25 1.

(2) Amours des rois de France , par Sauvai.

(3) J'ai vu à la Bibliollièque royale , au dépôt des


CHEZ LES ANCIENS ET LES M01>EIINES. 5^^

Combien de nudités et de demi-nudités or- naient autrefois et ornent encore les églises , et sur-tout leurs portails extérieurs ? Que de saints et de saintes, en statues ou en tableaux, laissent à découvert ce qu'on ferait an crime aux gens du siècle de ne pas cacher ? Il fallait que les images, les peintures et les figures in- décentes fussent bien communes dans les égli- ses, puisque le concile provincial tenu à Paris en ï52i fut forcé d'en prohiber l'usage (i).

J'ai vu un jEcce homo nu comme la Vénus de Médicis, et qui, comme elle, et presqu'aussi maladroitement qu'elle , employait ses mains pour couvrir ce qu'il ne faut pas montrer. J'ai vu des saintes , aussi négligemment drapées


manuscrits , des Heures écrites au seizième siècle , or- nées de belles miniatures dont quelques - unes , pla- cées au commencement du volume , représentaient les quatre saisons. L'hiver était figuré par une chambre où l'on voyait assis , aux deux côtés d'une cheminée, un homme et une femme dans le costume du temps. La dame était représentée relevant ses vêtemens autant qu'il était possible de le faire étant assise. Les miniatures des livres d'église , manuscrits , offrent souvent des in- décences plus révoltantes encore.

(i) Depicturîset imagiràbus , ùt omnis indecentia et superstitio in illis cesset. ( Concilium Parisiense . art. IX. Amplissima collectio , tom. 8, col. 1021. )


548 DÈS DIVINITES GÉNÉRATRICES

que les trois Grâces de Oermain Pilon ^ et qui, comme elles, étaient placées dans une église (i).

Le Jugement dernier , peint par Michel- Ange y dans la chapelle du Vatican , à Rome ; le même sujet, traité par Jean Cousin, dans le tableau qu'on voyait autrefois aux Minimes du bois de Vincennes, outre les nudités com- plètes, oiFrent des scènes, sinon luxurieuses , au moins qui prouvent l'intention licencieuse ou la gaieté déplacée de leurs auteurs.

Dans les treizième et quatorzième siècles, et, par suite, dans le seizième siècle, les arts d'imi- tation , appropriés aux mœurs , produisaient souvent, pour les monumens civils et religieux, plusieurs ouvrages qui nous paraissent aujour^ d'hui indécens ou ridicules»

M. Legrand d'Aussy, dans son voyage d'Au- vergne , a remarqué sur l'autel de la Sainte- Chapelle de Vic-le-Comte les figures d'Adam et d'Eve, au milieu desquelles on voyait une ViergeMarie. Les corps des deux premiers pa- rens du genre humain étaient représentés dans une nudité complète, j « mais ce qui passe l'in- » décence, dit notre voyageur, et ce qui devient

(i) Le groupe des trois Grâces, de Germain Pilon , était placé dans une chapelle de la ci-devant église des Célestins à Paris.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 549

^) vraiment scandaleux et digne des reproches » les plus graves, c'est l'emploi qu'Adam fait » d'une de ses mains .... Hé quoi, s'écrie-t-il » tout indigné, le débauché le plus impudent » n'oserait se montrer aux yeux du publicdans )) une semblable attitude ! et on la trouve sur » un autel (i) ! v

On voyait encore à Paris, en 1660 , dans la chapelle de sainte Marie l'Égyptienne, un côté de vitrage qui y était depuis plus de ti^ois siècles, et que le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois fit enlever à cette époque. Il représentait la sainte sur le pont d'un bateau , troussée jusqu'aux genoux devant le batelier, avec ces mots au- dessous : Comment la sainte offrit son corps ^u batelier pour son passage (2).

Ceci n'est qu'une naïveté conforme à l'usage du temps et à l'indifférence générale où l'on était pour les nudités , mais ce que je vais ra- conter ofiPre des intentions bien caractérisées.

Un abbé du couvent de Saint-Geraud d'Au- rillac avait fait peindre au seizième siècle, dans un cabinet de jardin destiné à ses débauches, des figures nues , représentant les deux sexes

(1) J^qyage dans la ci-devant haute et basse Au- vergne, tom. I ,p. 246.

(2) Essais historiques sur Paris, par Saint - Foix , tom. I ,p. 218.


55o DES DIVINITÉS GENERATRICES.

dans les postures les plus indécentes. Ce cabi- net portait un nom obscène , qui caractérisait sa deslrnation. Les désordres qui régnaient dans cette abbaye étaient si excessifs que, d'après la plainte des habitans de la ville, elle fut sécularisée (i).

(i) Une enquête manuscrite, composée de plus de quatre-vingts témoins, et dont j*ai une copie , contient les faits les plus étranges , les plus scandaleux. L'abbé était Charles de Saint-Nectaire ; il mourut en 1 56o«  Le cabinet où étaient peintes ces nudités portait le nom de f...oir de monsieur. Les généalogistes et les auteurs du Gallia-Christiana nous disent que cet abbé , qui au- torisait toutes sortes de crimes et débauches dans son couvent, était aussi illustre par sa noblesse que par sa piété. Chercher la vérité dans certaines histoires , c'est comme si on la cherchait dans les formules de comph- mens que s'adressent , chez les nations civilisées , des hommes peu familiers qui se visitent.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 55l


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CHAPITRE XVI.


Suite du même sujet. De la Fête des Fous et des Sous- diacres ; des Processions composées de personnes en chemise ou entièrement nues ; des Flagellations pu- bliques j de Tusage de donner les Innocens , etc.


Quelques sectes du christianisaie prescri- vaient des actes généralement réprouvés par la bienséance et la religion. Les Adamistes , les Turlupins y les Picards y et certains ana- baptistes, allaient nus, et commettaient pu- bliquement l'œuvre de la chair. Ou a vu très- récemment quelques libertins , couvrant d'un voile religieux leurs dispositions à la débauche, chercher, mais vainement, à propager la même doctrine.

Passons à d'autres sujets.

Les fêtes des fous , des sous^diacres , de ïâne y etc. , etc. , imitées des saturnales an- tiques , et qui se célébraient dans presque toutes les églises de France , mériteraient ici


552 DES DIVINITÉS GÉnÉRATIIICES

une longue exposition. Quoique leurs cérémo-' nies burlesques et indécentes soient très-con- nues et attestées par un grand nombre de té- moignages authentiques , mon sujet exigeant que j'en fasse mention , j'en parlerai, mais le plus succinctement qu'il me sera possible.

Les prêtres d'une église élisaient un évêque des fous y qui venait , pompeusement accom- pagné, se placer dans le chœur sur le siège épiscopal. La grand'messe commençait alors ; tous les ecclésiastiques y assistaient , le visage barbouillé de noir, ou couvert d'un masque hideux ou ridicule. Pendant la célébration , les uns , vêtus en baladins ou en femmes , dan- saient au milieu du chœur, et y chantaient des chansons bouffonnes ou obscènes. Les autres venaient manger sur l'autel des saucisses et des boudins , jouer aux cartes ou aux dés devant le prêtre célébrant, l'encensaient avec un encen- soir, ou brûlaient de vieilles savates, et lui en faisaient respirer la fumée.

Après la messe, nouveaux actes d'extrava- gance et d'impiété. Les prêtres, confondus avec les habitans des deux sexes , couraient , dan- saient dans l'église , s'excitaient à toutes les fo- lies , à toutes les actions licencieuses que leur inspirait une imagination effrénée. Plus de honte , plus de pudeur; aucune digue n'arrê-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 353

tait le débordement de la folie et des passions. Le lieu saint, qui en était le théâtre, n'en im- posait plus.

Au milieu du tumulte , des blasphèmes et des chants dissolus , on voyait les uns se dé- pouiller entièrement de leurs habits , d'autres se livrer aux actes du plus honteux libertinage.

La scène se portait ensuite hors de l'église. Moins sacrilège , elle n'en était pas plus dé- cente. Les acteurs, montés sur des tombereaux pleins d'ordures, s'amusaient à en jeter sur la populace qui les entourait. Ils s'arrêtaient , de distance en dislance , vers des théâtres dressés exprès pour leurs folies. Là ils renouvelaient leurs jeux en face du public. Les plus libertins d'entre les séculiers se mêlaient parmi le clergé, et, sous des habits de moines ou de religieuses, exécutaient des mouvemens lascifs , prenaient toutes les postures de la débauche la plus effré- née : ces scènes étaient toujours accompa- gnées de chansons ordurières et impies.

Ces cérémonies , étonnantes par leur mé- lange avec la religion , par le lieu sacré où elles s'exécutaient en partie , et par la dignité sacerdotale dont étaient revêtus les acteurs, ont subsisté pendant douze ou quinze siècles ; elles ont trouvé des apologistes parmi les doc- n. a5


554 I>ES DIVIJMTES GENERATRICES

leurs de l'église, et n'ont été abolies qu'avec la plus grande difficulté (i).

Dans les premiers siècles du christianisme y les prélats fouettaient les pénitens pour les ré- concilier à l'église (2).

Lorsque, vers la fin du douzième siècle, la confession fut généralement établie parmi les chrétiens, les confesseurs fouettèrent eux-mêmes leurs pénitens et pénitentes qui , pour cette exécution , se plaçaient dans un lieu secret de l'église. Saint Louis, roi de France , se laissait fouetter très-rudement par ses confesseurs. On sent quels désordres devaient résulter de pa- reilles pénitences, plus propres d'ailleurs à al- lumer qu'à éteindre certaines passions (5).

(i) Vojez Mémoires pour servir à la fête des Fous , par DuLilliot.

{•?.) De sacra episcoporuni autoritate , J. Filesac , p. 365 ; — Glossaire de Ducange , au mot Palmata ; — Glossaire de Carpentier , au mot Disciplina.

(3) Les prêtres vendaient la confession. Il arrivait que les jeunes filles qui voulaient gagner leurs pâques et qui n'avaient point d'argent pour payer le confesseur , se prostituaient pour en avoir. Voici ce que rapporte dont Carpentier , dans son Supplément au Glossaire de Du- cange , et au mot Confessio.

« Le suppliant ayant rencontré une jeune fille de » qeinze à seize ans , lui requiert qu'elle voulut qu'il


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 555

Ceux qui étaient excommuniés, pour obtenir leur absolution , étaient fouettés publiquement j et souvent on les forçait de suivre , tout nus , les processions, et de porter h la main, ou pendu au cou, l'instrument de leur supplice.

Quelquefois le patient ou la patiente, entiè- rement nu, recevait le fouet pendant tout le cours de la procession. Il ne s'en faisait guère qui ne fût accompagnée de quelques individus de l'un ou de l'autre sexe, le corps entièrement découvert et rougi par les coups de fouet. Cet usage barbare et indécent s'est conservé jus- qu'au seizième siècle.

Ce fut sans doute l'habitude de voir des pé- nitens tout nus et fouettés, suivre les proces- sions pour obtenir l'absolution de leurs péchés, qui inspira l'idée de ces attroupemens d'hom- mes et de femmes nus, de ces nuées de fouet- teurs qui, vagabondant en procession de ville en ville , offrirent , pendant trois ou quatre siècles , le spectacle de leur nudité , de leur dévotion extravagante , et de leur noble ému- lation à se déchirer le dos à grands coups de fouet. L'Allemagne fut , en 1 257 , le premier

» eut sa compagnie charnelle , ce qui lui fut accordé » par elle ; par ce qu'il lui promist de donner une » robe et chaperon , de l'argent pour avoir des souliers » Gi pour aller à confesse le jour de Pdques.


556 DES DIVINITÉS GÉTsÉRATRICES

théâtre de ces tristes et lamentables farces. Bientôt, en 1260, l'Italie imita un si bel exem- ple ; elle offrit un peuple entier, transporté d'une sainte fureur, armé du fouet, marchant en procession et se flagellant à tour de bras. (( Nobles et roturiers, jeunes et vieux, les en- )) fans même de cinq ans parcouraient les rues » et les places publiques des villes , et , sans )) pudeur, s'y montraient entièrement nus y à y) l'exception des parties sexuelles, qui étaient

» seules couvertes On les voyait par

)) troupes de cent , de mille , de dix mille , » précédés de prêtres , portant la croix et la » bannière, remplir les villes, les églises, et se » prosterner devant les autels. Les bourgs , les )) villages n'en étaient point exempts. Les plai- )) nés , les montagnes semblaient retentir de » leurs lamentations (i). »

Les femmes s'en mêlèrent j nobles ou non, vierges ou épouses, se fouettèrent sans pitié; point de bras qui ne fût fouettant , point de dos qui ne fût fouetté. Mais ces flagellations ne furent pas du goût de tout le monde. Le pape Alexandre IV refusa de les approuver, la France de les adopter; et le roi de Pologne porta des peines graves contre les flagellans qui tente- raient de s'introduire dans ses états.

(i) Histoire des Flagellans , pai l'abbé Boileau.


CHEZ LES ANCIENS ET LES 3I0DERNES, SÔy

En 1 296 , de nouvelles troupes de fouetteurs parurent en Allemagne; mais, en i5^g, la con- tagion était générale. L'Allemagne fut inondée d'hommes et de femmes nus, qui se fouettaient à toute outrance. ^Angleterre devint aussi le théâtre de leur religieuse fureur. On vit cette fois les femmes, animées d'un beau zèle , cou- rir les villes et les campagnes, et exposer à l'admiration publique leur nudité ensanglan- tée. La France seule se préserva de la contagion.

Cette manie ne se calma un peu qu'au sei- zième siècle, où les fouetteurs furent organisés en sociétés de pénitejis ou de battus ^ qui se sont maintenus jusqu'à ces derniers temps. Ils eurent la permission de se déchirer la peau tant qu'ils le voudraient, et non pas celle de vagabonder en se fouettant (i).

De si beaux exemples ne furent point sans fruits; ils autorisèrent une autre institution

(i) f^ojez sur ces différentes insurrections de fouet- teurs , le Glossaire de Ducange , aux mots verheratio , pœnitentiarum redemptiones , gesia trei>irorum archie- piscoporum , siib anno 1296 ; — Ainplissima collectio , tome 4^ p. 362, 4^9 y — Chronic. Alherti continuatio y — Altéra Chronic i OnillcJmi de Nangis , — Spicileg. d'Achery , tom. 3, p. 11 r — Anonimi Carthusiensis , de rcligionwn origine , amplissima collectio ^ tom. 4? p. 81 ; — Thésaurus anecdoloruni , tom. 9., p. 906 , etc.


558 DES DIVINITÉS GENÉBATRICÊS

moins cruelle, aussi dévole et aussi indécente?-' Depuis le treizième jusqu'au dix-septième siècle^ on vit des processions composées d'hommes , de femmes et d'enfans en chemise ou absolu- ment nus.

Les Romains , pour obtenir de leurs dieux la pluie ou le beau temps , faisaient ancienne- ment des processions, nus-pieds, appelées nudipedalia. Les premiers chrétiens s'en mo- quaient (i); mais les chrétiens, dans les siècles suivans, ne s^en moquèrent plus, imitèrent les 7iudipedalia , et firent, par les mêmes motifs, des processions nus-pieds.

Déjà, au septième siècle, on voit l'empereur Héracîius faire une procession les pieds et la tête nus. Au huitième, Charlemagne en fit une pareille avant d'aller soumettre les Huns. Ces exemples furent généralement imités. C'est le sort des abus, lorsqu'ils ne sont point réprimés dans leur origine, d'aller toujours en croissant. On poussa plus loin cette dévotion ; la nudité ne se borna point aux pieds ; on se dépouilla de ses habits , et l'on fît des processions en chemise.

(i) C'est Tertulien sui-tout qui se moque du iiudipe- dalia , et de plusieurs autres pratiques payennes que les chrétiens ont depuis imitées Vojez Tertuliani apologe- ticus , cap. [\o adfniem.


CHEZ LES ANCIEINS ET LES MODERNES. 55g

Les treizième , quatorzième et quinzième siècles offrent un grand nombre d'exemples de processions composées de personnes de tous les âges , de tous les états , de tous les sexes , nus-pieds et en langes^ comme on s'exprimait alors ^ c'est-à-dire, n'ayant pour tout vêtement qu'une chemise. C'était aussi dans cet équipage qu'on allait faire des pèlerinages volontaires ou forcés.

Lorsqu'en 1224, Louis Vlll se rendit a la Rochelle pour en chasser les Anglais, la reine Isemburge , et autres princesses , firent célé- brer à Paris, pour le succès de ses armes, une belle procession , où les habitans , et même des étrangers , figuraient nus-pieds et en che- mise ; quelques-uns même étaient absolument nus (i).

En 1241 , les habitans de Liège, à cause d'une grande sécheresse, instituèrent une pro- cession , où il fut résolu que le clergé et le peuple marcheraient, pendant trois jours con- sécutifs, les pieds nus et en chemise (2).

(i) Guillaume Guyart , dans son livre intitulé la Branche aux rojOJix lignages , dit à ce sujet:

De gens prives et d'étranges

Par Paris, nus-pieds et en langes ,

Que uni des trois n'ot chemise.

(2) Amplissimn Colle ctio y tom. 4 ; p- ï i<5i •


36o DES DIVINITÉS GENERATRICES

Joinville avoue que lui-même , prêt à partir pour la croisade, visita plusieurs monastères où étaient des corps saints , et qu'il fit cette espèce de pèlerinage , pieds déchaus et en langes (i).

Saint Louis, étant en Palestine, ordonna une procession où les chrétiens devaient se trouver nus-pieds et en langes (2).

Une jeune fille fut guérie au tombeau de saint Louis. Sa mère fit vœu d'aller avec elle chaque année en pèlerinage vers ce tombeau , nus-pieds et en langes.

Un ancien commentaire sur le Pseautier porte ces mots : Cest encore coutume en seinte église que li peneanciers ( pénitens ) vont nuz- piez et en langes (5).

(i) Histoire de saint Louis , par Joinville, édit. de 1761 , p. 27.

(2) Vie de saint Louis , par le confesseur de la reine Marguerite, p. 826.

(3) Vojez le Glossaire qui est à la suite des Vies , Annales , Histoires et Miracles de saint Louis , au mot langes. On y trouve aussi ces deux vers tirés du fabliau de la Patrenostre du vin.

S'il oz en langes et deschaux , Et par les froiz et par les chaux.

Dans le roman de Wacce , 011 lit ces deux vers , cités


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 36 1

Il est inutile de fatiguer le lecteur par de nouvelles citations, de s'arrêter à prouver moins, quand on peut prouver plus, et d'ajouter de nouveaux témoignages de l'usage de faire des processions en chemise , lorsque je peux dé- montrer que l'on s'y montrait tout nu et dé- pouillé de ce dernier voile , et que les chrétiens se portèrent, par excès de dévotion , à cet ex- cès de folie et d'indécence.

Nous avons déjà vu que , dans la procession faite à Paris en 1 224 pour le succès des armes de Louis VIII , parmi ceux qui figuraient en chemise , il s'en trouvait de plus zélés qui s'y présentèrent tout nus. On lit, dans le livre des Miracles de saint Dominique , qu'un particu- lier fit vœu de venir visiter les reliques de ce saint , les pieds nus et sans chemise ( midis pe- dibus et sine camisid) (i).

Des lettres de grâce de l'an 1 354 condamnent

par Ducange . au mot peregrinatio :

En Jerusaletu fit pérégrination ,

En langes et nuz-piez à grand dévotion.

Voyez aussi le Supplément au Glossaire de Ducange, par Carpentier , aux mots lingius et roba lingia.

( 1 ) Supplément au Glossaire de Ducange , par Carpentier, au mot camisia.


502 DES DIVINITES GENERATRICES

un coupable à faire un pèlerinage nus-pieds ^ sans vêtemens et sans chemise (i).

En i5i5, des pluies abondantes, accompa- gnées de frimas , firent , au mois de juillet , désespérer de la récolte. Pour obvier à cette calamité , on eut recours aux processions. Il s'en fit une, de Paris à Saint-Denis, célèbre par la grande multitude de personnes des deux sexes qui s'y trouvèrent. Elle fut suivie de plusieurs processions particulières, où tous les assistans, excepté les femmes, étaient entière- ment nus (p).

On pensait sans doute alors que les femmes étaient moins susceptibles de s'enflammer à la vue des nudités viriles, que les hommes l'é- taient à celle des nudités féminines.

Vers la fin du seizième siècle, époque où la raison commençait à faire quelques progrès , mais qui furent presque neutralisés par les pro- grès que fit en même temps le fanatisme , on vit plusieurs processions où les hommes et les

(i) Nudus pedes et sine robis lùigis , Supplémenl au Glossaire de Ducange , au mot litigius.

(2) Quin imo , exceptis mulierihus , lotis nudis cor- poribus processionaliter conjluentem. ( Continuatro Chronic. de Nangis , an i3i5 ; Spiçilegiiiw d'Acherj, tom. 3 ,p. 70.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 365 femmes marchaient nus-pieds et en chemise. Quelques écrivains du temps en font mention , et s'en moquent ; l'esprit de parti peut avoir dirigé leur plume, peut les avoir portés à exa- gérer les folies de leurs antagonistes : ils sont suspects. Ce n'est point de leurs écrits que je veux emprunter mes citations , mais de celui d'un bon et zélé catholique , dont je rappor- terai scrupuleusement les paroles.

« Ledit jour ( 3o janvier iSSg) de lundi, » se fit aussi, en ladite ville (de Paris), plu- » sieurs processions auxquelles il y a quantité » d'enfans, tant fils que filles, hommes que » femmes, gui sont tous nus en chemise , tel- » lement qu'on ne vit jamais si belle chose, » Dieu merci. Il y a telle paroisse où se voit » de cinq à six cents personnes tous nus , et à » quelques autres , huit à neuf cents. . . . , selon )) la grandeur des paroisses.

» Le lendemain , mardi , dernier jour dudit » mois, se firent de pareilles processions ^ les- » quelles s'augmentent de jour en jour en dé- » votion. Dieu m,erci,

» Ledit jour (5 février), se firent, comme )) aux précédens jours, de belles processions, » où il y en avait grande quantité de tous nus , » et portant de très-belles croix. Quelques-uns


564 I^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

» qui étaient à ladite procession , nus, avaient » attaché à leurs cierges ou flambeaux de cire » blanche qu'ils portaient , des croix de Jéru- » salem ; les autres , les armoiries desdits dé- » funts cardinal et ducs de Guise ; aussi quel- >} ques-uns desdits qui étaient en procession )) avaient par- dessus leur chemise ou autre » linge blanc qu'ils avaient de grands chape- » lets de patenotes.

» Le lendemain , quatrième dudit mois de » février y fut fait de pareilles processions.

)) Ledit jour de mardi , quatorzième dudit » mois de février, et jour de caresme-prenant*, » et jour que l'on avait accoutumé que de voir » des mascarades et folies, furent faites, par » les églises de ladite ville , grande quantité de » processions que y allaient en grande dévo- » tion, même la paroisse de Saint-Nicolas-des- » Champs, où il y avait plus de mille per- )) sonnes, tant fils, filles, hommes que femmes, ^) tous nus y et même tous les religieux de » Saint-Martin-des-Champs qui étaient tous )) nus-pieds ; et les prêtres de ladite église de » Saint-lNicolas, aussi nus-pieds, et quelques- » uns tous nus y comme était le curé, nommé » François Pigenat, duquel on fiiit plus d'eslat » que d'aucun autre, qui était tout nu, e(


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 565

» n'avait qu'une guilhe de toile blanche sur

» lui (i).

» Ledit jour , vendredi vingt-quatre dudit

» mois de février, tout du long du jour, l'on

» ne cessa de voir aussi les processions, et ez

)) quelles il j avait beaucoup de personnes,

)) tant enfans que femmes et hommes , qui

» éi^ienX tous nus y et lesquels portaient et re-

» présentaient tous les engins et instrumens

» desquels notre Seigneur avait été affligé en

» sa passion, et entr 'autres les enfans des jé-

i) suites, joints à ceux qui y vont à la leçon ,

» lesquels étaient tous nus et étaient plus de

(( trois cents , deux desquels portaient une

» grosse croix de bois neuf pesant plus de

» cinquante, voire soixante livres, et y avait

» trois chœurs de musique (2), »

(i) Guilbe est certainement le même que guimple , dont nous avons fait guimpe, Guùnple était une bande de toile dont les femmes couvraient leur gorge, et que les chevaliers plaçaient sur leurs casques. ( VojezJ)\x- cange , au mot Guimpla. ) Ainsi le curé Pigenat , un des plus célèbres boute-feux de la ligue , ne devait être, par cette faible draperie , que très-légèrement couvert.

(2) Journal des choses advenues à Paris ^ depuis le 23 décembre i588 , jusqu'au dernier jour d'avril 1689^ imprimé parmi \q?, prem>es du Journal d'Henri HT, t. 2, p. 459.


566 BES DIVINITÉS GENERATRICES

Le curé de Saint-Eustache, plus raisonnable que les antres curés de Paris, voulut faire quel- ques remontrances sur ces pieuses indécences; on le traita de politique et d'hérétique. Il fut contraint, pour éviter la fureur populaire, de se mettre à la tête des processions , « où , dit » l'Estoile, hommes et femmes, garçons et » filles, marchaient pêle-mêle, et où tout était » de caresme-prenantf c'est assez dire qu'on » en vit des fruits (i). »

Voilà l'usage des nudités, des indécences religieuses, bien prouvé par des témoins ocu- laires , et sur-tout par an témoin qui en fait l'apologie, comme d'une chose louable et sainte. Cette apologie naïve est une conséquence né- cessaire des opinions du temps où elle a été faite. Les nudités n'étaient point encore des indécences , et pouvaient s'associer avec les actes religieux.

On portera le même jugement sur un autre usage en vigueur dans les mêmes temps; quoi- que ennobli par des qualifications et des céré- monies religieuses^ il était plus indécent et plus susceptible d'abus que celui dont je viens de parler.

(i) Journal d'Henri III, par V Es toile , sous l'an- née i58g.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 367

Le jour, la veille ou le lendemain de quel- ques fêtes solennelles de l'église , les personnes les plus vigilantes, soit séculières, soit ecclé- siastiques , allaient de grand matin , en céré- monie, trouver dans leur lit ceux ou celles qui y dormaient encore.

Au Puy-en-Velay^ le jour de Pâques et les six jours suivans , quelques chanoines , après matines , accompagnés de choriers et d'enfans de chœur, précédés de la croix et du bénitier, se rendaient processionnellement chez leurs confrères paresseux, entraient furtivement dans leur chambre , les surprenaient au lit , leur donnaient de l'eau bénite , et chantaient l'an- tienne : Hœc dies quarn fecit Deus, etc. Le chanoine paresseux s'habillait aussitôt , était conduit avec cérémonie à l'église, et condamné à payer un déjeûné à ceux qui l'avaient ré- veillé (i).

Le même usage se pratiquait à Nevers. Les chanoines , et autres membres du clergé , al- laient , dans l'intervalle de la fête de Pâques et de celle de la Pentecôte , réveiller en céré- monie leurs confrères paresseux. Sans doute cette pratique était , à Nevers , accompagnée de circonstances indécentes ou criminelles ; car,

(i) Mercure de France, mai 1735 , p. 898.


568 DES DIVINITÉS GENERATRICES

en 1246, elle fut prohibée sous peine d'excom- munication ; et le statut qui porte cette prohi- bition la traite d'usage détestable (i).

On verra bientôt , par les faits suivans , de quelle nature pouvaient être ces indécences , et ce qui a pu mériter, a cette cérémonie , la qualification de détestable.

Dans quelques villes, les habitans, le lende- main de la Pentecôte , et de grand matin , s'introduisaient dans les maisons de ceux qui n'étaient point encore éveillés, en emportaient quelques effets qu'ils trouvaient sous leurs mains , et allaient ensuite faire un repas à l'auberge. Celui à qui on avait enlevé ces ef- fets était obligé , pour les ravoir , de payer l'écot (2).

A Nantes, une cérémonie pareille était en usage le lendemain de la fête de Pâques. Voici ce qu'on trouve dans le concile tenu en cette ville en i45i , 011 cet usage fut prohibé : « Les » prêtres des églises et quelques autres per- » sonnes se répandent dans les maisons de la » ville, entrent dans les chambres, saisissent

(i) Fragmentum statutorum ecclesiœ Nivernensis , thesaur. anec d, ,toin. 4>P* ïo-jo.

(2) Supplément du Glossaire de Ducange , au mot Pentecoste.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 369 » ceux qui sont couchés dans leur lit, les em- » mènent tout nus dans les rues et dans les » places publiques , les conduisent ensuite, eu » poussant de grands cris , dans les églises, les » placent sur l'autel et ailleurs, et jètent de » l'eau sur eux : ce qui trouble l'office divin , » occasionne des accidens, comme des lésions » et quelquefois des mutilations de membre. )} En outre , quelques autres personnes, prêtres » ou laïcs, vont, de grand matin , le premier » jour du mois de mai , dans les maisons de » leurs voisins. Ils en emportent quelques ef- » fets, et forcent ceux à qui ils appartiennent » de payer pour les ravoir (i). >^

A Angers , même coutume : les personnes trouvées le matin dans leur lit étaient égale- ment portées dans l'église et sur l'autel, entiè- rement nues. Ce sont les expressions du concile d'Angers, qui, en i44S, prohiba cette pra- tique.

On la nommait dans quelques villes Prisio ; mais , dans d'autres pays oii elle avait lieu le jour de la fête des Saints-Innocens , elle en reçut le nom. On disait innocenter, donner les

(i) Concilium Nanetense , anno 1491 ? Supplément au Glossaire de Ducange , par Carpentier , au mot nt personœ seculares , ipsœ pro tam, inhumanis sceleribus eorum, juxta\ leges seculi, morte sœvissimd damnarentur. (Nemoiis unionis tractatus6, cap. 34, p. 374.)

Les prédicateurs Barlette et Maillard parlent de ces assassinats commis par des religieuses ; O quot luxurice ! 6 quot sodomiœ ! ô quot fornicationes ! Clamant la- rinœ latibula ubisuntpuerisuffocati{io\. 262, col. 2. )


582 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

Ceci rappelle ce que rapporte le moine Ma- thieu Paris, historien anglais, de l'évéque de Lincoln, qui, sous le règne d'Henri III, pour s'assurer de la débauche ou de la chasteté des religieuses, parcourait leur couvent, et tou- chait la gorge de chacune (i).

Ceci rappelle encore la dissolution de la plu- part des religieuses de France, avant, depuis et après les guerres civiles de la Ligue : leurs couvens étaient appelés des lieux de plaisirs ^ et recevaient des qualifications plus déshono- rantes. Sauvai nous apprend que les religieuses de Montmartre, abandonnées à la prostitution, empoisonnèrent l'abbesse qui voulut les ré- former.

Les religieuses de l'abbaye de Mauhuisson , près de Pontoise, celles de la ville de Saintes , de la Trinité, à Poitiers^ de F^illemur, en Albi- geois; de l'abbaye du Ljs, près Melun; celles de Sainte-Catherine-^ les-Proi^ins f célèbres par leurs galanteries avec les cordeliers de cette

Le second dit aussi : Utinam haberemus aures apertas , et audiremus voces pueronwi ùi latrinis projectorinn et injluminibus! (fol. 74, col. 2. )

(1) Ad domos religiosariim veniens , facit exprinii mammillas eainimdem ^ ut sic phjsice , etc. ( Hist. An- Ijlic. Henvic. III, p. io5. )


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 585

ville, et une infinités d'autres, peuvent être ranfifées dans la même classe.

Ces individus, dévoués à la chasteté, se li- vraient à des débauches plus excessives encore. Le libertinage, autorisé parmi quelques prêtres des religions antiques, n'était pas plus grand que celui des prêtres du christianisme, quoi- qu'il fut proscrit sévèrement par cette religion. Le débordement était porté à son dernier de- gré; les lois de la société, et celles de la nature, étaient horriblement outragées (i).

(i) Je n'ose pas détailler, mais j'indique ici quelques goûts honteux , quelques habitudes infâmes , auxquels étaient livrés plusieurs membres du clergé. Cependant mon assertion modérée est pour ainsi dire cuirassée de preuves. En voici quelques-unes. Thiery de Nient parle ainsi des monastères de la Frise : In quibus penè omnis religio et observantia dicti ordinis , ac timor Dei abs— cessit. Libido et corruptio carnis inter ipsos mares et moniales _, necnon alia multa mala , excessus et vitia quœ pudor est effari , per singula ( monasteria ) suc— creverunt, ac de die in diem magis pullulant et virent in ipsis. ( Nemoris unionis tractatus 6 , cap. 34 ?

P' 374. )

François Ahar Paes^ pénitencier du pape Jean XXII, évêque de Sylves et nonce en Portugal , s'exprime plus positivement encore : Adolescentibus impudicè abusi sunt : heu ! heu ! intra sanctam ecclesiam, multi re— ligiosi et clerici , in suis latebris et conventiculis , et laici jam in plerisque ciK'itatibus , maxime in Italid


584 ^ES DIVINITES GENERATRICES

Plusieurs autres écrivains ecclésiastiques , respectables par leur doctrine, et dont l'état doit inspirer la plus entière confiance, nous

publiée quodammodo nefandum gjmnasium consti— tuunt , et palœstram illius Jlagitii abominatione se exercentes , et optimi quique epheborum in lupanari ponuntur. (De planctu ecclesiae , lib. 2 , cap. 1 ^fol. 3. ) François Pic de la Mirandole , dans son discours intitulé De reformandis moribus , adressé au pape Léon X et au concile de Latran , dit : Nostra verb et in sacras œdes Jit irruptio , et ab illis etiam ( "proh dolor!) fœmince abîguntur ad eorum libinides ex— plendas, et meritorii pueri à parentibus commodantur, et condonaniur his qui ab omni corporis etiam concessâ voluptate sese immaculatos custodire deberent y ht post ea ad sacerdotorum gradua promoventur , cetatis flore transacto jam exoleti.

Outre les ouvrages déjà cités sur cette matière, on trouvera des preuves générales et particulières de la cor- ruption du clergé dans presque toutes les histoires des treizième , quatorzième , quinzième et dix-septième siè- cles. On peut consulter Bermond Chauveron , chanoine de la cathédrale de Viviers , qui a composé un gros livre intitulé : De publicis concubinariis , lequel ne traite que du concubinage des prêtres ; Paul Olearius d'Heydel- bergue , auteur d'un petit traité intitulé : Dejide conçu- binarum in sacerdotes , où il parle de l'arrogance et de l'esprit dominateur des concubines des prêtres. Il dit qu'elles sont les maîtresses absolues dans leurs maisons, et qu'elles veulent avoir les places les plus distinguées à l'église.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ^S5

fout avec les mêmes couleurs, et en traits géné- raux, la peinture de cette partie des mœurs du clergé des siècles passés. Je pourrais joindre leurs témoignages à ceux que je viens de rap- porter. Je pourrais, pour compléter le tableau, y réunir la longue série des lois qui^ pendant près de douze siècles, ont recommandé aux prêtres une continence absolue: lois qui, tou- jours reproduites, ont toujours eu besoin de l'être; lois impuissantes, dont l'inexécution continuelle atteste, ou leur propte vice, ou la continuité de l'infraclion.

A ces traits généraux, je pourrais joindre encore une infinité de traits particuliers répan- dus dans diverses histoires^ dans les annales des tribunaux, ou dans les différentes archives, et qui s'appliquent aux individus, même à ceux qui, dans l'ordre sacerdotal, sont les plus émi- nens en dignité. L'histoire des papes fournirait une récolte abondante. Je pourrais encore en- richir cette matière des déclamations virulentes et très-multipliées de la plupart des prédica- teurs du quinzième siècle, et sur-tout de celles des écrivains du protestantisme, que mon im- partialité m'a fait un devoir d'écarter; mais le peu que j'ai dit suffit à mon sujet. Ce que j'ai découvert, en ne levant qu'un coin du voile, doit faire juger de ce qui reste à découvrir;

II. 25


586 DES DÎYIIVTTÉS GElSÈRAtRICtS

d'ailleurs je suis las de remuer ces ordures; et mon lecteur, sans doute, éprouve la même lassitude.

Est-ce, je le demande, à la corruption étrange des siècles passés, ou à la loi qui com- mande la continence , est-ce à ces deux causes réunies qu'il faut attribuer les désordres du clergé? Cette question sort de mon sujet: j'en laisse à d'autres la solution ; mais je ne puis m'em pécher de rapporter ici ce que disait le sa- vant Pie II : St l'on a eu de bonnes raisons pour défendre le mariage aux prêtres , il en est de meilleures pour le leur permettre (i).

Voilà cependant quels étaient ces siècles si vantés par l'ignorance et par l'habitude indéra- cinable de louerle passé auxdépensdu présent; voilà quels étaient ces temps où régnaient, dit- on, l'innocence et la pureté; voilà ces mœurs qu'on nous donne pour exemple; voilà ces hommes, ces bons aïeux, qu'on nous cite pour modèles (2).

{\) Sacerdotibus magna ratione siihlatas Jiuptias , majori restituendas videri. ( Platin ;, de vitis Ponti- ficum. )

(2) Les mœurs dont je viens de donner un faible aperçu ne se rapportent à peu près qu'aux quatorzième , quinzième et seizième siècles. Les louangeurs du temps passé, ne sachant guères fixer l'époque fortunée où ré-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ^Sj Indécences dans les lois, indécences dans les mœurs publiques et dans la vie privée, indé- cences dans les jeux, indécences dans les pro- ductions des arts , indécences dans les cérénio-4i nies civiles, dans le culte, et jusque dans lejL lieux les plus sacrés.

Je le demande maintenant, le culte du Phal- lus ou de Priape était-il étranger à de telles mœurs? Son indécence ne pouvait-elle pas s'associer à de telles indécences ? Ceux qui souffraient des nudités réelles, des actions bouffonnes et obscènes jusque dans les céré- monies religieuses, jusque dans les lieux saints, jusque sur les autels de la divinité, ne pou- vaient-ils pas s'cccommoder d'une nudité fac-

gnaient l'innocence et les vt rtus , diront peut-être qu'elle existait dans les siècles prccédens. Si mon sujet m'eût permis de parler des mœurs des dixième , onzième et douzième siècles , quels tableaux affreux de crimes , d'er- reurs absurdes et de malheurs j'aurais eu à offrir! Des maladies contagieuses, la famine , les guerres , ont désolé presque continuellement la France pendant ces trois siècles ; point de lois , point d'administration publique. Le plus fort se faisait obéir : les crimes restaient impunis et quelquefois honorés; la religion était de la magie ; une grande partie des Etats restaient incultes ; on vendait publiquement , dans les marchés , de la chair humaine : la stupidité et la férocité des hommes égalaient la misère publique.


588 DES DIVINITÉS GENERATRICES

tice, d'une nudité en représentation? Le culte de Priape, qualifié du nom de quelque saint, présenté sous les formes chrétiennes, pouvait-

  1. il choquer les opinions de nos bons dieux y et

j^ie pas concorder avec elles? Des mœurs aussi Corrompues, des pratiques aussi abusives, n'é- taient -elles pas enharmonie avec les pratiques des cultes antiques? Ceux qui rendaient un culte à de prétendus nombrils, ii de prétendus prépuces de Jésus-Christ , à la queue de l'âne conservée à Gènes, étaient-ils bien éloignés du culte du Phallus {i)l

(i) On compte une douzaine de prépuces à Jésus- Chvist. Il y en avait un chez les moines de Coulombs , un autre à l'abbaye de Charroux , un troisième à Hil- desheim en Allemagne , un quatrième à Rome, dans Saint- Jean-de-Latran , un cinquième à Anvers , dont j'ai parle' dans cet ouvrage ; un sixième au Puj-en- Vêlai dans l'église de Notre-Dame , etc. , etc.

Les nombrils de Dieu étaient tout aussi multipliés. Je ne puis m'empêclier de citer , à cet égard , une anec- dote peu connue. A Cliâlons , dans l'église collégiale de Notre-DaniJ-de-Yaux, était un saint nombril de Dieu , qui faisait beaucoup de miracles. L'évêque du diocèse, ./. B. de N o ailles ^ s'avisa, en 1707 , de faire ouvrir, en présence de plusieurs experts , le reliquaire qui le con- tenait. On y trouva , au lieu du saint nombril , trois grains de sable. Les chirurgiens et autres gens de l'art en dressèrent leur procès -verbal. Les chanoines , fu-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 58g

Quant à moi, je pense, et plusieurs person- nes partageront mon sentiment, que le culte de Priape christianisé est moins attentatoire à la pudeur publique, choque moins la raison, est moins opposé k la religion, moins avilissant pour elle, que ne le sont la plupart des usages, des cérémonies, des abus, des désordres que je viens d'exposer.

Les mœurs des temps auxquels existait le culte de Priape parmi les chrétiens étant bien connues, l'existence de ce culte n'a plus rien

lieux de cette découverte , qui nuisait à la dévotion po- pulaire , se pourvurent contre l'évêque indiscret, et sou- tinrent, avec chaleur, que ces trois grains de sable étaient ie saint nombril. Il y eut plusieurs procédures à ce sujet qu'on peut voir dans un imprimé intitulé : Lettre d'un Ecclésiastique de Châlons aux Docteurs de Paris.

Quant à la queue d'âne , conservée précieusement à Crênes, dans l'église des Dominicains^ il en est fait men- tion dans un livre d'église contenant l'office de la se- maine sainte. En voici les expressions :

« Degno e encora di sapere corne la coda d'ujie di quei duo anhnali , in questo atto adoperati d'el si- gnore ^ senza arte humana incorreptibile si consen^a hoggi di in Genoa presso mei padri di san Dominico , facendo pia reinenhrenza d'ell humilita c'hebbe il figliolo di Dio per noi in questa intrata. » ( Jeaninus e Capugnano ord. Preedicatorum , in declarationibus super officium hebdomada* sanctse. Venitiis, 1786, p. 12.)


Sgo DES DIVINITÉS gÉnÉIUTRICES

d'étrange, d'invraisemblable: il prospérait par de telles mœurs, comme prospère un vé- gétal placé sur le sol qui lui est le plus con-. venable.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5gi


wX>ASVVVSVX:V<V XVXXAXXVV VVV\i\SV\SNSV\SVV\SVV.X\SV WV VWVAîWW


CHAPITRE XTII.


Considérations générales sur les Divinités génératrices , et sur le Culte du Phallus.


Il semble que, Funion des deux sexes étant suffisamment recommandée par la nature ;, et provoquée par l'attrait du plaisir, il n'était pas nécessaire que les lois civiles et religieuses in- tervinssent pour en ordonner la pratique : c'est cependant ce qui est arrivé chez diverses na- tions de l'antiquité, et ce qui se maintient en- core chez plusieurs nations modernes. J'en ai fourni des preuves nombreuses (i), et je voudrais découvrir la source, le motif d'une institution aussi étrangère à nos mœurs, et qui parait si contraire à la marche naturelle de l'esprit humain.

Les hommes, dans l'enfance des sociétés, étaient-ils donc tellement assailhs de besoins,

(i) l^ojez ci-dessus chapitre lo , p. 227.


392 DES DIYIINITÉS GÉNÉRATRICES

tellement abrutis par la vie sauvage, tellement occupés et endurcis par l'habitude de lutter sans cesse contre des animaux féroces, contre des ennemis, leurs semblables^ qu'ils fussent insensibles aux douceurs de Tamour? je ne puis le croire. L'homme sauvage, et la brute, malgré leur isolement et leur férocité, sont tourmentés par ce besoin impérieux de la na- ture; et toutes leurs facultés sont mises en action pour assouvir cet appétit dévorant. Leur instinct les guide avec sûreté. Un torrent magné- tique, dont les obstacles accroissent la violence^ entraîne un sexe vers l'autre; et leur union, si vivement désirée, n'a pas besoin d'être com- mandée par des lois (i).


(1) L'amour des peuples grossiers et sauvages ne res- semble point à celui des peuples civilisés , ou , pour m'expliquer plus exactement, l'amour , chez les indi- vidus robustes dont le système musculeux prédomine le système nerveux , est différent de l'amour chez les personnes plus faibles où le système nerveux a la supé- riorité. Chez les uns , il est un besoin impérieux , une passion purement brutale ; chez les autres , il ne se borne pas à un seul point : il occupe , pour ainsi dire , la capacité tout entière d'un individu , tout son sys- tème sensitif. C'est bien le besoin de jouir ; mais ce be- soin est précédé , est déguisé par celui d'être aimé. Ce sentiment délicat, ces préludes innocens et enchan-


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5g5

Si l'état sauvage n'est pas contraire à cette union, pourquoi si long- temps, chez un grand nombre de peuples, ces lois ont-elles existé? Auraient-elles été dictées par les femmes, tou- jours avides d'hommages et de plaisirs? Mais les femmes, dans les premiers temps des socié- tés, étaient esclaves soumises, recevaient la loi, et ne la donnaient pas.

Pour en trouver la cause , il faut remonter aux premiers âges des sociétés humaines; il faut se représenter leur situation et leurs besoins. Les peuplades aujourd'hui existantes, et que nous nommons sauvages, nous en offrent un takleau fidèle; et l'on peut, sans craindre de se tromper, appliquer aux plus anciennes sociétés humaines les traits qu'elles conservent. 11 faut se figurer des familles isolées, séparées les unes des autres par de vastes chaînes de montagnes, des rivières, des forêts ou des déserts, chacune d'elles vivant des produits de la chasse, du lait, de la chair de leurs animaux domestiques, ou des fruits que produit le sol qu'elles habitent. Pour protéger leurs récoltes, leurs troupeaux,

>teuis, qui font le charme et les chagrins de la jeunesse , appartiennent à une situation paisible , à une civilisa- tion avancée , à des mœurs douces , mais ne sont point le partage de l'homme sauvage.


!>94 Î^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

contre la dent des animaux voraces , contre la rapacité elles incursions des familles voisines; pour pouvoir étendre, proportionnellement aux progrès de la population et de leurs be- soins, le territoire qu'elles occupent; pour fa- voriser leurs expéditions de chasses sur des ter- rains vastes et illimités, expéditions qui furent, dans les sociétés naissantes, comme elles le sont parmi les peuplades sauvages^ des sources in- tarissables de haines et de guerres; pour jouir enfin d'une sécurité complète, et assurer la subsistance de chaque famille, il fallait une po- pulation capable de balancer ou de surpasser celle des familles voisines dont on avait à j;e- douter les atteintes. La force, qui résulte d'une population nombreuse, pouvait donc seule calmer tant d'inquiétudes, amener l'abondance et la prospérité. Elle fut la nécessité première des sociétés , et devint le principal objet de leur ambition réciproque. Puissance , richesses , bonheur, devaient résulter d'un plus grand nombre d'individus; et tout ce qui tendait a les accroître fut saisi avec empressement; tout ce qui pouvait nuire a cet accroissement fut com- battu avec le même zèle. Aussi semble-t-il, d'après les traditions qui nous restent de l'an- cien état des sociétés^ que les esprits étaient dirigés vers ce bat unique, comme vers leurs


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. SgS

premiers besoins. Toutes les institutions, dans ces premiers temps, aiusi que je Fai remarqué, n'avaient que ce motif. Les espérances les plus jflatteuses d'un père de famille consistaient dans une postérité nombreuse (i).

D'après ces dispositions, il ne faut plus s'é- tonner de ces institutions antiques, favorables à la population; de ces prostitutions solennelles consacrées par des religions qui, elles-mêmes, ne présentaient que l'exercice sanctifié de ce qui composait les mœurs des nations. Il ne faut pas s'étonner de trouver dans l'antiquité tant de divinités favorables à la génération, à la fé- condité : ce sont les besoins des hommes qui ont créé les vertus des dieux.

Des obstacles nuisirent à la population -, et les ressources employées pour les surmonter ne servirent qu'à donner plus de consistance aux institutions qui lui étaient favorables.

Les mâles d'uiîe peuplade , souvent occupés a des expéditions de longue durée, à des chas- ses, à des guerres presque continuelles, où la plupart perdaient la vie, ne suffisaient peut- être pas à la fécondation des femmes.

Leur longue absence, leur éloignement des femmes, la chaleur du climat, la jeunesse de

(i) Voyez ci-dessus chapitre 9 , p. 181 et suivantes.


596 DES DIVINITÉS GENERATRICES

ces guerriers ou de ces chasseurs, et par consé- quent Fimpétuosité de leurs désirs, les portè- rent sans doute, pour les assouvir, à s'écarter du but de la nature. Ces jouissances supplé- mentaires, inutiles et par conséquent nuisibles à la population, justement abhorrées dans les sociétés civilisées, ne furent que trop fréquen- tes dans les sociétés primitives.

Ces divers obstacles aux progrès de la popu- lation, et notamment le dernier, furent de nouveaux motifs pour rapprocher les deux sexes, pour commander leur union, pour leur en faire une loi expresse, et en favoriser l'exé- cution par tous les stimulans possibles : chaque société naissante n'avait pas de plus pressant intérêt.

Ce fut alors que la religion s'unit à la politi- que pour réparer ce que les longues absences et la mort des hommes, et sur-tout ce que leurs habitudes stériles faisaient perdre à la po- pulation, en invitant même les étrangers à sup- pléer au défaut des hommes de chaque peu- plade (1).

^i) Un trait de l'histoire iiioderne vient à l'appui de mes conjectures. En i';07 , une maladie épidémique em- porta une grande partie des habitans de l'Islande. Le roi de Danemarck , pour la repeupler , permit à chaque


CHEZ LES AINCIENS ET LES x^IODEKNES. Sgy

Ce sont sans doute des peuplades faibles et peu nombreuses qui, pour s'accroître, se for- tifier, et pour s'attacher les peuplades voisines par l'attrait du plaisir et par les liens du sang, instituèrent les premières ces solennités où les jeunes filles étaient tenues de se livrer, un jour de chaque année, aux caresses des étrangers; ou bien ces coutumes qui obligeaient les fem- mes et les filles d'aller au devant des voyageurs pour leur offrir l'hospitalité et la moitié de leur couche. Le plaisir des individus et l'intérêt gé- néral, étant d'accord, firent fleurir ces institu- tions, fondées sur de telles bases. Sanctifiées par la religion et l'habitude, elles furent durables et respectées : aussi ont-elles été en vigueur chez presque tous les peuples de la terre, et se sont-elles maintenues jusqu'aux temps oii les progrès de la population les rendaient inutiles, et où ceux de la civilisation faisaient rougir de s'y soumettre (i).


fille d'avoir jusqu'à six bâtards sans que son honneur pût en souffrir. Les femmes usèrent fort bien de la per- mission. L'île se repeupla bientôt. Le mal était réparé ; mais les femmes continuaient toujours le remède. Il fallut une autre loi pour abolir la première. {Esprit des L sages et des Coutumes , tom. 2 ^ p. 291 , 292. ) (i) On sait que ^ chez les Musulmans , à une certaine


ZgS DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES.

On sait que les prostitutions religieuses exis- taient encore chez plusieurs peuples de l'Orient peu de siècles avant l'ère chrétienne, qu'elles se sont perpétuées en certains lieux quelques siècles après, et qu'elles subsistent aujourd'hui dans plusieurs cantons de l'Inde. Quant à l'u- sage qui obligeait les femmes à partager leur lit avec les voyageurs, il était sans doute plus gé- néral encore; car, malgré les ravages d'un long espace de temps, de nombreux restes s'en sont conservés jusqu'à nos jours (i).

heure du matin , on avertit , du haut des minarets, les époux de s'occuper des devoirs conjugaux. Les jésuites, par le même motif , avaient établi le même usage dans les peuplades des Guarangs : «( Ils faisaient, dit Félix de » Azara , sonner une grosse cloche à minuit pour ré- » veiller les Indiens, et les exciter a la propagation. » ( J^ojage dans V Amérique méridionale , tom. 2 , chap. II , p. 175. )

(i) Kamul est un district de la province de Tangutli, autrefois sous la domination du grand Kan de Tartarie. Les habitans ont une langue particulière, et adorent des idoles. Lorsqu'un voyageur arrive dans ce pays , le maître de la maison où il a choisi son domicile enjoint à sa femme , à ses filles et à ses parentes, de satisfaire à tous les désirs de l'étranger. Il abandonne ensuite sa maison , sans doute pour n'être pas témoin importun de l'usage qu'on va en faire , et ne rentre chez lui que lorsque l'étranger en est parti. Cette manière d'exercer


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5gg

Je ne place point au rang des prostitutions religieuses primitives l'usage auquel les fem-


Thospitalité est regardée par ce peuple comme un acte de religion. La beauté des femmes de ce pays devait ac- croître la dévotion des voyageurs.

Lorsque Mongu-Kan monta sur le trône , en i25i , il ordonna l'abolition de cette coutume. Pendant trois ans elle n'eut pas lieu ; mais , dans cet intervalle , les productions de la terre ayant manqué , quelques autres malheurs étant survenus aux habitans, ils envoyèrent auprès de Mongu-Kan des ambassadeurs chargés de solliciter le rétablissement de cet usage. Le Kan l'ac- corda en faisant cette réponse. « Je sais qu'il est de mon » devoir de mettre des bornes à cette coutume scanda- » leuse; mais, puisque vous tirez gloire de votre honte, » vous pouvez vous en couvrir ; et vos femmes peuvent » continuer désormais à rendre leurs services charita- » blés aux étrangers. » Marco Polo qui rapporte cette anecdote , et qui voyageait dans ce pays vers la fin du treizième siècle, dit que cet usage subsistait encore de ?on temps. {Histoires des J^ojages et Décow^ertes dans le Nord, par Forster, tom. i,p. 117, 118.)

Le bour;v de Martaouan , situé à dix lieues d'Alep , est célèbre parmi les voyageurs européens _, à cause du même usage qui y est encore aujourd'hui en vigueur. Le chef du pays , ainsi que chaque père , chaque mari , et même chaque amant, vient offrir aux étrangers sa fille , sa femme , son amante. Les voyageurs n'ont que l'embarras du choix , et ne sont teiius qu'à mar- quer leur reconnaissance par quelques pièces de mon-


4oo DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

mes de j3lusieurs villes de l'Orient étaient sou- mises, qui les obligeait à se rendre à la pré- tendue volonté d'un dieu , et à passer la nuit dans un temple, afin d'être fécondées par la

naie. Un Français, qui a passé dans ce lieu , en rap- porte l'anecdote suivante :

« Les liabitans n'oublient pas , dit-il , de citer aux » étrangers l'histofre d'un bon vieux missionnaire qui , » allant dans l'Inde , passa par Martaouan. Ce pieux ») sexagénaire , préservé , par son âge , des tentations de M toutes ces syrènes , croyait le lendemain que ses » jeunes confrères auraient été plus sages que les com- » pagnons d'Ulysse ; mais il eut la douleur de se voir » forcé , comme boursier de la compagnie , de payer à » ces hospitaliers le prix de leur complaisance. » ( Mé- moires historiques du J^ojage de Ferrières - Sauve- beuf . )

Même usage à Chichiri , dans l'Arabie-Heureuse ; et une récompense légère suffit aux jeunes filles qui s'ho- norent d'accorder leurs faveurs aux étrangers.

Les Tschuktschs offrent de même leurs femmes aux voyageurs ; mais ceux-ci , pour s'en rendre dignes , doi- vent se soumettre à une épreuve dégoûtante. La fille ou la femme qui doit passer la nuit avec son nouvel hôte , lui présente une tasse pleine de son urine : il faut qu'il s'en rince la bouche. S'il a cfe courage , il est regardé comme un ami ; sincère sinon il est traité comme un ennemi de la famille.

En Afrique, sur la côte de Riogabou, même pratique. Dans le royaume de Juida , c'est un acte de religion que


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divinité même. C'est là une suite, une dériva- tion de la disposition des esprits, de l'extrême crédulité des peuples, dont le sacerdoce abusa : fourberie religieuse qui mettait sur le compte du dieu le libertinage des prêtres, et amenait dans leurs bras les plus belles femmes du pays.

Dans ces solennités galantes, où les étrangers étaient pour ainsi dire invités à venir au secours des nationaux, on choisissait, pour en être le théâtre^ un terrain neutre, une frontière, un carrefour^ les peuples, qui habitaient les bords de ]a mer, et les insulaires, en consacraient le rivage à celte cérémonie. Les bornes, les pier- res limitantes qui s'y trouvaient, regardées comme des talismans protecteurs, le furent bientôt comme des divinités tutélaires du terri- toire. C'était dans le voisinage de ces espèces de divinités rustiques que se passaient ces scènes voluptueuses, instituées par la politique, cou- de peupler ou de fonder des lieux de prostitution pour les étrangers.

Pendant le séjour de Cook à Otaliiti , les insulaires offrirent aux Anglais de son expédition ,1e spectacle d'un sacrifice religieux fait à l'Amour par un jeune garçon et une jeune fille d'onze à douze ans.

Je composerais un volume de semblables usages : je ne dois faire ici qu'une note.

T. ir. 26


402 DES DIVINITÉS GENERATRICES

sacrées par la religion. Les bornes, adorées comme protectrices des territoires, le furent à cause du voisinage de ces prostitutions reli- gieuses, comme divinités génératrices et fécon- dantes^ qui, mâles dans un pays, femelles dans un l'autre, présidaient aux amours, à l'acte de la génération.

De là le culte des différentes divinités ado- rées, suivant le pays, sous divers noms, qui se rapportent au dieu Jmour, à la déesse Venus-, divinités qui n'étaient représentées, dans l'o- rigine et long-temps après, que sous la forme d'une pierre limitante, d'une borne grossière» Telles étaient les Vénus de la Syrie, de l'Ara- bie, de Paplios, etc., et \ Amour à Thespie. Telles sont encore, dans l'Inde, la plupart des divinités qui président à la génération (i).

Une révolution arrivée dans les religions, ei causée par l'adoption du culte des morts, fit insensiblement substituer, d*abord en par- tie, puis en totalité, des formes humaines à ces objets grossiers de la vénération pu- blique; et, lorsque les beaux-arts, en Grèce,


(i) Vojez^?>\xx l'origine de ces divinités génératrices représentées par des bornes, le tome i" du présent ouvrage, cliap. 21, p, 4ï5etsuiv.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4o5 furent arrivés à leur perfection, Vénus , dans presque tous les lieux où elle était adorée, excepté à Paphos, ovi sa forme antique lui fut conservée, et où elle resta constamment une pierre de bornes (i), Vénus ^ dis-je,fut repré- sentée sous la figure d'une femme jeune, et resplendissante de grâces et de beauté.

Lorsque les besoins d'un accroissement dç population cessèrent de se faire sentir, lorsque l'institution des prostitutions religieuses fut devenue inutile , lors même que les progrès de la civilisation et des lumières en firent aperce- voir l'indécence, ces prostitutions furent encore continuées. La force de l'habitude, l'attrait du plaisir, l'intérêt des prêtres, et les idées super- stitieuses qu'ils attachaient à ces pratiques, les firent maintenir long-temps. Vénus, disaient-ils, punissait sévèrement les jeunes filles qui mé- prisaient son culte; elle était cruelle dans ses vengeances. Une fureur erotique devait s'em- parer d'elles, et les porter aux plus grands excès; tel était le châtiment réservé à ces incré- dules. Ces prêtres citaient, à ce sujet, des exem-

(i) Simulacrum Dece non effigie liumanà ; continiius orbis latiore i lilio tenuem in ambitum, metœ modo , exsurgens. Et ratio in obscuro. (Corn. Taciti Historia, lib. II, cap. 3. )


4o4 ï>t^S DIVINITES GENERATRICES

pies terribles. L'on ne pouvait apaiser cette déesse, éviter ses caprices, ses fureurs, assurer la sécurité de sa vie, que par quelques sacrifices dignes d'elle.

Le culte de Vénus, ou d'autres divinités correspondantes, remonte aux premières épo- ques des religions. Il existait bien avant celui du Phallus ou de Priape, qui n'est qu'un des résultats de la religion astronomique: aussi la fable indique-t-elle cette antériorité de Vénus, en la faisant mère de Priape; et cette dernière divinité, qui n'est qu'une extension du culte du Phallus, n'est pas même placée par Hésiode au rang des dieux : tant elle était récente en Grèce.

Le besoin d'un accroissement de population est donc la seule cause de ces cultes.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4^5


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CHAPITRE XVIII.


Résumé sur l'Origine , les Progrès , les Variations suc- cessives du Culte du Phallus.


Deux animaux figurés dans le zodiaque, qui y marquaient Téquinoxe du printemps, et qui ont porté le même nom en Egypte, le Bouc et le Taureau célestes, adorés en représentation, puis adorés vivans en Egypte, furent l'origine de ce culte; et leur membre génital, symbole expressif du soleil fécondant la nature à cette époque brillante de l'année, devint le mo- dèle des Phallus. Ces copies furent considé- rées comme des objets sacrés, doués de la fa- culté génératrice de l'astre du jour, comme un talisman puissant, dont l'influence bienfaisante attirait sur les végétaux et sur les animaux l'a- bondance et la vie, et les préservait des maux


4o6 DES DIVINITÉS GENERATRICES

contraires. Pleins de ces idées, les anciens pla- cèrent le Phallus dans tous les lieux où la fé- condité était désirée, dans tous les lieux oii la stérilité était à craindre. Les Phallus-Bouc et les Phallus-Taureau furent multipliés : on les. adjoignit aux troncs d'arbres, aux bornes qui bordaient ou limitaient les terrains cultivés, comme un talisman protecteur et bienfaiteur des récoltes; on leur rendit des honneurs di- vins ; on les plaça dans les temples ; ils figuraient dans les pompes religieuses, dans les mystères consacrés à différentes divinités.

Jusqu'alors le Phallus fut isolé, ou n'était adhérent qu'à des bornes ou à des troncs d'ar- bres; mais, lorsque le cuite des morts eut amené l'idolâtrie ou le culte des figures humaines, il s'opéra, chez plusieurs peuples de l'antiquité , un changement général dans tous leurs objets d'adoration. Ces divers objets reçurent, d'abord en partie, puis en totalité, des formes de l'homme. La métamorphose cependant ne fut pas tellement complète qu'ils ne conservassent quelques attributs, quelques caractères qui dé- celaient leur origine ou leur forme primitive. Je n'exposerai pas ici tous les effets de cette ré- volution religieuse : cette matière fait partie


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4^J

du premier volume auquel je renvoie le lec- teur. Je dois me borner auK objets qui se rap- portent au culte du Phallus.

Les deux animaux, signes du zodiaque, aux- quels le Phallus doit son origine^, subirent la loi générale , et reçurent, dans leur représenta- tion, quelques parties de la figure humaine. Le Taureau sacré fut souvent représenté, comme il se voit encore dans plusieurs monumens an- tiques, avec une tète d'homme^ surmontée des cornes de cet animal. On poussa plus loin la métamorphose: toute la partie antérieure de la figure eut la forme humaine, tandis que le reste représentait le corps, le dos et les pieds d'un taureau. Cet assemblage monstrueux fut nommé Minotaure, être fictif, fruit des pre- miers progrès de l'idolâtrie, sur lequel les Grecs ont débité des fables si absurdes, et que les mythologues anciens et modernes ont ex- pliquées d'une manière si diverse.

Le Bouc sacré éprouva la même métamor- phose : on le représenta avec la moitié du corps humain, tandis que sa partie inférieure retuit les formes du quadrupède, et que la tête hu- maine en conserva les oreilles et les cornes. Cette figure monstrueuse devint les divinités Pan y Faune y Sils^ain, Satjre ^ etc., que l'on


4o8 DES DIVINITES GENERATRICES

confondit souvent avec Priape, parce que sou- vent ils en eurent le Phallus.

Les bornes, les troncs d'arbres, se ressentirent de ce changement. On plaça à leur extrémité une tête humaine, et par suite la moitié du corps humain. Ainsi composés, ces bornes, ces troncs d'arbres, constituèrent les Hermès y les Termes f les Mercures , ou ces idoles que nos artistes nomment, irès-imipTopremeni ^Jigiires en gaines.

Mais comme ces pierres limitantes, ces troncs d'arbres portaient déjà, pour la plupart, des Phallus, on les leur conserva dans cette nou- velle composition; et les divinités identiques, Hermès, Terme ou Mercure, furent^ en con- séquence, souvent confondues avec Priape, dont ils portaient le trait caractéristique. Quel- quefois cependant on les distingua de cette dernière divinité par une dénomination parti- culière. Ils furent nommés Hermès casmillus, et quelquefois Mercure au m^embre dressé.

Pendant un temps, l'origine de ces diverses figures composées fut presque effacée de la mémoire des hommes; et, comme elles avaient des formes, des attributs communs et des pro- priétés semblables, on ne les distinguait cha- cune par une dénomination particulière que d'après la place qu'on leur assignait. L'idole à


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 409

Phallus et à pied de bouc, placée dans des prai- ries, dans des terres cultivées, devenait le dieu jPrt/iy placée dans les forêts, sur les montagnes, c'était Faune, SUvaùiy Satyre,- dans les vignes, c'était Bacchus au Jierf tendu; sur les limites des territoires^ sur les chemins,, à l'entrée des mai- sons, l'idole à Phallus recevait le nom à'Her- mès casmilluSy ou Mercure au membre dressé ; enfin la même idole, érigée dans les vergers, dans les jardins, constituait le dieu Hortanes ou Priape,

Ainsi, conservés dans les temples, exposés dans les mystères, portés dans les pompes re- ligieuses , le Phallus-Bouc et le Phallus-Tau- reau, restant isolés, et conservant leur forme primitive, ne furent que des objets sacrés et secondaires pour le culte; mais, lorsqu'ils furent adjoints à divers corps, à des pierres limitan- tes, à des troncs d'arbres, qui reçurent quelques parties de la figure humaine, ils contribuèrent à constituer de véritables divinités, dont les noms, comme je viens de le dire, variaient suivant la place que ces idoles occupaient.

On ne doit pas confondre les Phallus, objets sacrés du culte antique, avec les ex voto qui lui ressemblent. Ces dernières figures étaient offertes à Priape par des personnes affligées ou affaiblies dans la partie k laquelle présidait ce


4lO DÈS DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

dieu : les offrandes en étaient les images. L'on se persuadait qu'en appendant ces ex voto au- près de l'idole divine, l'original, dont ils étaient les copies, se ressentirait de l'influence de ce voisinage, ou que le dieu, ayant sans cesse de- vant les yeux l'image du membre malade, ne pourrait se dispenser de lui accorder sa guéri- son. Quelquefois les ex voto phalliques étaient, comme on l'a vu, des monumens de la recon- naissance. Ceux ou celles qui, dans la lutte amoureuse, s'étaient distingués par de nom- breux exploits attribuaient dévotement leur valeur à l'assistance de Priape, et lui faisaient hommage d'autant de Phallus ou de couron- nes qu'ils avaient remporté de victoires.

Les Phallus-amulettes devaient leur vertu à leur forme. Suspendus aux chars des triom- phateurs, au cou et aux épaules des femmes et des enfans, on leur attribuait celle de détour- ner les effets funestes des regards de l'envie ; mais cette vertu acquérait plus de force et d'efficacité lorsque, comme cela se pratique encore dans l'Inde, ils étaient bénis par un prêtre.

Isolé dès son origine, isolé dans les mystères et les pompes religieuses, le Phallus fut sjm- bole saeré.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, ^l I

Isolé et réduit à un petit volume, il fut talis- man, amulette,

Appendu aux idoles ou dans les chapelles de Priape , ou d'autres divinités bienfaitrices, il fut offrande, ex voto.

Adjoint à un corps quelconque, il fut dieu, et servit à composer plusieurs divinités.

Telles sont les variétés de culte et de forme que les progrès successifs de la superstition et des arts firent subir au Phallus,


4l2 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES


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CHàPiTRE XIX.


Étrange opinion des peuples sur les moyens d'accroître les vertus divines du Phallus , ou d'attirer les bien- faits de Priape.


Terminons cet ouvrage par quelques obser* valions sur la croyance populaire relativement au culte des divinités obscènes et aux moyens de se les rendre propices, et sur une er- reur, autrefois Irès-accréditée , dont l'origine doit être imputée aux nombreuses erreurs qui constituaient les premières religions du monde.

Il paraît que les anciens avaient une opi- nion, bien étrange à nos yeux, sur les moyens d accroître la vertu préservatrice et fécondante du Phallus, Ils croyaient sans doute que , plus les scènes dans lesquelles ils le représentaient en sculpture ou en peinture étaient animées ; que plus elles offraient de raffinemens et d'excès


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4l5

de débauche, plus la divinité en était flattée, plus on fixait son attention, on déterminait sa bienveillance, et on la disposait à se rendre aux vœux des mortels. Les plus fortes indécences étaient des preuves de la dévotion la plus fer- vente.

Cette opinion, qui nous paraît révoltante, est cependant la conséquence naturelle de celle qui attribuait des goûts particuliers a chaque divinité, et qui consistait à croire que chacune d'elles répandait plus ou moins ses bienfaits, suivant qu'on flattait plus ou moins ses goûts favoris. Les prémices des plus belles fleurs, des plus beaux fruits, étaient offerts aux divinités qui présidaient à ces productions de la nature. Les dieux cruels voulaient du sang; on leur immolait des animaux et même des hommes; et, pour satisfaire davantage leur goût sanguinaire, on muhipliait les victimes. Ainsi on était persuadé que plus on versait de sang, plus la divinité était satisfaite ; que plus on était cruel, plus on était religieux.

Si nous appliquons celte direction de l'opi- nion publique à d'autres divinités, à d'autres objets religieux, au culte de Vénus, à celui du Phallus ou de Priape, nous obtiendrons cer- tainement les mêmes conséquences. Ces divi- nités, présidant à la propagation de l'espèce


4l4 3DES DIVINITÉS GENERATRICES

humaine, à la génération des étres^à Facte par- ticulier qui procure cette propagation et cette génération elle-même, devaient recevoir, de leurs adorateurs les plus zélés, des témoignages excessifs de leur dévotion. Si les images de la volupté, si les scènes libidineuses flattaient les dieux qui y présidaient, étaient crues nécessaires pour se les rendre favorables, on devait en conséquence, pour atteindre plus sûrement ce but^ pour attirer leur faveur en plus grande abondance, pour les forcer en quelque sorte à répandre de nouveaux bienfaits, on devait, dis-je, excéder la mesure ordinaire des homma- ges qu'on leur rendait, et offrir à leurs goûts sensuels les images variées de la volupté la plus recherchée.

C'est pourquoi les lieux consacrés par la re- ligion , les temples, les tombeaux, dans les pays où le culte du Phallus et de Priape a existé ou existe encore, offraient et offrent dans leurs bas-reliefs, dans leurs peintures ouautres pro- ductions de l'art, des témoignages nombreux de cette opinion abusive.

L'imagination la plus déréglée, la plus livrée aux écarts de la débauche et des sens émous- sés^ peut-elle concevoir des scènes aussi lasci- ves, aussi révoltantes pour des yeux européens, et sur-tout des Européens de notre siècle, que


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4l5

celles que présentent, dans l'Inde, la plupart des lieux consacrés à la divinité? Il est peu de pagodes qui n'offrent ces images licencieuses. Les excès qui ont procuré une honteuse célé- brité auxhabilans de Sodôme, aux Phénicien- nes, aux Lesbiennes, etc., y sont retracés sans aucun voile à côté des objets les plus saints de la religion. Tels sont, par exemple, les bas-re- liefs des pagodes diElephanta^ de Tricoidour , de Tre<^iscarré y et autres dont j'ai parlé (i).

Les Mexicains étaient dans le même usage; et leurs temples offraient souvent les manières les plus vartées par lesquelles peut s'opérer l'union de l'homme et de la femme.

Les Grecs et les Romains poussaient égale- ment à l'excès ce genre de dévotion. Les mo- numens quinousrestentde leurs Bacchanales , de leurs Priapées, sont tels qu'au premier abord on est tenté d'attribuer ces productions au délire d'une imagination corrompue, à l'in- tention de réveiller les désirs, d'enflammer les sens, tandis qu'elles sont pour la plupart des témoignages de piété, ou l'image fidèle de ce qui se pratiquait pendant les fêles et les céré- monies religieuses de cette espèce de culte. On a vu sur le couvercle d'un vase antique,

'^i) Voyez ci-dessiis chapitre 6, pag. gS.


4l6 DES DIVINITÉS GÉnÉhATRICES

qui paraît avoir été employé à des usages sa- crés, un énorme Phallus, qu'une figure de femme entrelaçait avec ses bras et ses jambes.

On a publié les dessins des peintures de deux vases grecs du musée de Portici, On y voit un marchand de Phallus , qui en offre un panier rempli , à une femme, laquelle s'extasie à la vue de leur proportion extraordinaire (i). Une autre femme est ravie en admiration devant un jeune homme, nu, qui se montre à elle dans l'état le plus énergique et le plus indécent. Un autre sujet représente un homme vigoureux tout occupé à l'action qu'on a reprrffchée à Onan, et sur lequel le médecin Tissot a composé un ouvrage très-utile à la jeunesse, et qui, pour l'intérêt de la société, devrait faire partie des lectures journalières des jeunes gens.

Une autre scène enfin offre un homme et une femme exécutant cet accouplement impur et stérile, cet attentat au culte de Vénus, par lequel cette divinité reçoit un outrage impar- donnable.


(i) On croit que cette composition a pu fournir l'idée d'une composition allégorique ingénieuse , et beaucoup plus décente , trouvée dans les ruines d'Herculanum , et qu'on a fait graver sous le titre de Marchande d! Amours.


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, /j.! 7

L'antiquité nous offre un très-grand nombre d'exemples de semblables scènes. Le lecteur me saura gré sans doute de ne pas souiller da- vantage son imagination par de nouvelles des- criptions de ce genre. Celles que je viens de lui offrir suffisent pour lui donner une idée de la nature de ce culte, de l'opinion que les an- ciens s'en étaient faite, et de l'extrême licence apportée dans la composition des objets qui lui étaient consacrés.

Les vases dont je viens d'indiquer les peintu- res lascives étaient des objets religieux. Ils sont dans le Musée du roi de INaples, à Capo di Monte. Ils ont été découverts dans des tom- beaux, près de Nola; et l'on sait que les tom- beaux étaient, cbez les anciens, sacrés comme le sanctuaire.

Le savant auteur qui a décrit ces vases, et publié les dessins de leur peinture, vient à l'appui de mon opinion, ce On rencontre, dit-il, » dans les monumens, une multitude de Pria- » pées ; on en trouve même dans les lieux les » moins susceptibles de les recevoir : ce qui » prouve combien les Grecs étaient familiari- )) ses avec ces images que, dans nos moeurs, » nous nommons obscènes.

Les Priapées, représentées comme objets

II. 27


4l8 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES

» religieux, sont en très-grand nombre

» Quelque système qu'on se fasse a cet égard ^ » il faut toujours revenir à celte idée principale^ » que les anciens n'y voyaient qu'un emblème » de la nature fécondante, et de la reproduction » des êtres qui servent à la composition et a » l'entretien de l'univers. C'est à cette idée que » nous devons ces Priapes de toutes les formes )) qu'on rencontre dans les cabinets, et ces of- » fraudes de toute espèce, qui rappellent le )) culte du dieu de Lampsaque. »

Le même auteur parle de lampes antiques qui offrent des images licencieuses, et dont plusieurs sont conservées à la Bibliothèque royale : il croit qu'elles pouvaient être appli- quées à l'usage de la religion.

Il cite les pierres gravées, et même des mé- dailles, appelées spintriennes ^ qui représentent, à ce que l'on a cru , les débauches de Tibère dans l'ile de Caprée, et les bizarres accouple- mens auxquels il donnait le nom de Spintriœ. Il place au rang des plus célèbres productions antiques de ce genre le groupe du Satyre et la chèvre du Musée de Portici, qu'on ne peut voir qu'avec une permission particulière; un autre groupe, à peu près semblable, trouvé à Nettuno, vendu par le cardinal Alexandre Al- bani au dernier roi de Pologne, et conservé


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 419

actuellement à Dresde; le Priape du Musée du cardinal Albani, avec l'inscription, Sauveur du Monde, et le Priape du Musée de Flo- rence.

Il termine en disant : « que les deux vases )) grecs qu'il décrit, ayant été trouvés dans des )) tombeaux, prouvent que les représentations » licencieuses pouvaient elles-mêmes être ap- » pliquées à la religion, parce qu'on n'y voyait )) alors que le signe de la force fécondante et » reproductive, représentée de quelque ma- » nière que ce fût. Dans les Bacchanales, dans » les initiations, plusieurs cérémonies avaient » rapport à cette idée : ainsi il n'est pas éton- >j nant qu'on trouve des Priapées dans des )) tombeaux des anciens, comme on y rencon- » tre des Bacchanales (i). ^^

Si l'on s'étonnait moins de ce que la religion des anciens a commandé des sacrifices humains, le plus grand attentat contre les sociétés, que de ce qu'elle a consacré l'acte de la reproduc- tion des êtres, acte conservateur de l'espèce humaine j s'il nous paraissait moins étrange de voir l'homme abuser, par piété, de son pen- chant h la cruauté que de le voir abuser, par

(i) Description de trois peintures inédites de vases grecs du Musée de Portici.


420 DES DIVINITES GENERATRICES, ETC.

le même motif, de sa propension naturelle aux plaisirs de l'amour, nous ferions nous-mêmes la satire de nos propres opinions, et nous avouerions notre préférence pour un culte qui détruit et donne la mort à celui qui conserve et donne la vie.


FIN.


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TABLE


DES CHAPITRES CONTENUS DANS CE VOLUME.


Chapitre premier. — Origine du Phallus et du

Culte du Taureau et du Bouc zodiacal .... pag. 1 7 Chap. II. — Du Culte des Taureaux et Boucs sacrés; de ses rapports avec le Culte du Phallus ou de

Priape ^i

Chap. III. — Du Culte du Phallus chez les Egyptiens. 52 Chap. IV. — Du Culte du Phallus en Palestine et

chez les Hébreux 71

Chap. V. — Du Culte du Phallus en Syrie , en Phé-

nicie^, en Phrygie , en Assyrie et en Perse 80

Chap. VI. — Du Culte du Phallus chez les Indiens. 98 Chap. VII. — Du Culte du Phallus en Amérique, • 1 16 Chap. VIII. — Du Culte du Phallus chez les Grecs. 1 20 Chap. IX. — Du Culte du Phallus chez les Ro- mains 1 49

Chap. X. — Du Culte de Vénus , de quelques autres Institutions et Usages religieux qui ont

rapport au Culte du Phallus. 181

Chap. XI. — Du Culte du Phallus chez les Gau- lois , les Espagnols , les Germains , les Suèves et les Scandinaves 201


422 TABLE DES CHAPITRES.

Chap. XII. —Du Culte du Phallus parmi les Chré- tiens. Des Fascinum ou Fesnes. Des Mandra- gores ,etc pag. 247

Chap. XIII. — Continuation du même sujet. Culte de Priape sous les noms de saint Foutin , de saint René, de saint Guerliclion , de saint Gui- gnolé , etc 267

Chap. XIV. — Du Culte du Phallus chez les Chré- tiens d'Italie et de Naples 29a

Chap. XV. — De quelques Usages et Institutions civiles et religieuses des siècles passés , dont l'in- décence égale ou surpasse celle du Culte du Phallus 3o ï.

Chap. XVL — Suite du même sujet. De la Fête des i^ow^ et des Soudiacres\ des Processions com- posées de personnes en chemise ou entièrement nues ; des Flagellations publiques ; de l'Usage de donner les Innocens , etc 35i

Chap. XVII. — Considérations générales sur les Divinités génératrices, et sur le Culte du Phallus. 3g i

Chap. XVIII. — Résumé sur l'Origine , les Progrès, les Variations successives du Culte du Phallus. . ^o5^

Chap. XIX. — Etrange opinion des Peuples sur les moyens d'accroître les vertus divines du Phallus, ou d'attirer les bienfaits de Priape 4^^


FIK DE LA TABLE DES CHAPITRES.


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TABLE RAlSOrVNEE


DES


DIVINITÉS GÉNÉRATRICES


CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES.


Abbaye. Nom de plusieurs aucieus lieux de prostitution. Ab- baye de cette espèce, fondée à Niort par Guillaume VII, duc d'Aquitaine, 317. Pareille abbaje établie à Toulouse, et pro- tégée par les rois Charles VI et Charles VII, 817, 3i8. Pareille abbaye établie à Avignon par la reine Jeanne h'^ , 820. Voyez Lieux de prostitution.

Abbé de Vau-Cei-nay. A]>\^e\\e fraude pieuse une trahison, Sjf.

Abbé de Saint-Geraud d'Aurillac. Sa conduite dissolue^ pein- tures obscènes qu'il fît faire dans un cabinet • nom obscène de ce cabinet , 349.

Abbesses. Titres de femmes qui présidaient aux lieux de prosti- tution, 3 17, 3 18, 819.

Abraham. Sa femme Sara lui fournit une concubine , i85. Abraham exige qu'Eliézer mette sa main sur sa cuisse, ou plu- tôt sur sa virilité, en faisant un serment , 219.

AcnÉLoiis. Dieu-soleil représenté avec les cornes du taureau céleste , 28.

Adonis. Dieu-soleil en Phéuicie, 88. Fctes lugul>rcs , ensuite


42/4 TABLE RAISONNÉK

joyeuses , célébrées en son honneur, id. Le Phallus lui est con- sacré, 89. Fable composée à ce sujet, id. Signification de ce mot. Id. La note.

Adultères. Peines portées contre eux, 3o8j sont promenés par la ville 5 les femmes portent des pierres dans leurs che- mises , 809. Autre circonstance plus indécente de leur châti- ment , 3o8 et 321.

Amour. West pas le même chez les peuples sauvages que chez les peuples civilisés, 392. La note. Amour représenté comme Vénus par une borne, 402. Sacrifice fait à l'Amour par les ha- bitans d'Otahiti, 4oï-

Amulettes. Phallus-Amulettes chez les Égyptiens, 58; chez les Indiens , loi ; chez les Romains , 167 et 168 j chez les Gaulois, 241 , 248 et 249 (Voyez Fascinum et Mandragores). Fétiches ou Amulettes phalliques pendues au cou ou aux épaules des enfans, 257 , 291 et l\\o.

Andis. Pénitens de l'Inde, 106.

Ane, consacré à Priape. Ses cris sauvent Vesta des atteintes de ce dieu; l'âne est mis au lang des astres, i4o. On sacri- fiait un âne à Priape, i44- Ane désiré dans les mystères de la bonne Déesse à Rome, 2i3. Ane, monture ordinaire des femmes publiques condamnées à être promenées par la ville , 3io» Queue d'un âne conservée à Gênes comme une relique, 388 et 389. La note.

Angers. Usage indécent pratiqué dans les églises de cette ville , 369.

Antoine-de-Paule (saint) , invoqué à Sarragosse pour procurer aux femmes la fécondité, 287.

Anvers. Elle e'tait le Lampsaque de la Belgique. Priape y était adoré sous le nom de Ters , 281. Son idole; les femmes stériles en raclaient le Phallus , 283 et 284.

Aphaques (Temple des), sur le mont Liban, consacré aux prostitutions religieuses, 195. Lempereur Constantin le fait dé- truire, id.

Apis. Noms du Taureau et du Bouc zodiacaux adorés vivans en Egypte ; aS et 26. Voyez Taureau et Bouc.


DES DIVmiTÉS GÉNÉRATRICES , ETC. 425

Apologistes du temps imsse : leur ignorance ou leur partia- lité', 3o2 et 3o3.

Arabes modernes. Mettent la main sur l'organe de la généra- tion en faisant un serment solennel, 219. Exemple re'cent et remarquable de cette pratique , 219 et 220.

Arménie. Venus y est adorée sous le nom de Diane Anaïtis : les prostitutions religieuses y sont en usage, 197, 198.

Arnaud ( saint ) , saint Priapique. Son Phallus e'tait couvert d'un tablier que les dévotes ste'riles levaient pour devenir fé- condes , 276.

AsTARTÉ. Est la Venus de Biblos , 88; et de toute la Phë- nicie, 194.

Assyrie. L'abbé Mignot pense que le Pliallus est originaire de ce pays, 52.

Atis. Dieu-soleil de la Phrygie. Le Phallus lui est consacré; 90 j sa fable , id.

AuGiLES. Peuples d'Afrique; les prostitutions religieuses sont en usage chez eux, 198.

Avignon. La reine de Naples y fonde un couvent de femmes publiques présidées par une abbesse, 820 ; en fait les règle- mens , id.

AuTON (Jean d'), prêtre et historiographe de France; gros- sièreté de ses expressions, 387.

AuTUN. Ville où Priape avait une chapelle, 240.

AzA, fils du roi David. Détruit les idoles de Priape, dont sa mère était prêtresse, 77; chasse les efféminés ou consacrés du pays de sa domination , 197.

B.

Baal ou Beel-Phégor. Nom de Priape dans la Palestine, 71 et suivantes. Des femmes desservent son temple, 75- Cérémo- nies obscènes et dégoûtantes de son culte, 76 et 77.

Babylone. Toutes les femmes s'y prostituent en l'honneur de Vénus une fois dans leur vie, 190 et 191. Dans cette ville et dans le temple de Belus , on voyait une idole qui était figurée avec les deux sexes, 90, 91. Le dieu fait choix d'une femme de Babylone, pour coucher avec elle dans le temple, 204.


^26 TABLE RAISONWÉE

Bacchantes. Elles ouvrent la marche de la procession des Dio- nysiaques, ou fêtes de Bacclius ; elles y portent des vases pleins d'eau, 125. Groupes de Bacchantes et de Satyres^ ils sont demi-nus, 1275 leurs agitations, leurs danses, id.

Bacchanales. Nom des fêtes de Bacchus en Italie, i53 , ï54 et 187. De'sordres excessifs des Bacchanales à Rome, 211; elles sont abolies par ordre du se'nat, id. ; elles sont semblables aux Dionysiaques des Grecs, id.

Bacchanales (les) se trouvent repre'sente'es dans les tombeaux avec des Priapées , 4i5, 4^6.

Bacchus. Dieu-soleil. On le représente avec la tête du Taui'eau céleste, avec ses cornes, quelquefois avec ses pieds, 28, et il porte les noms de Bacchus Tauricorne , ou Tauriforme , 27 ; appelé Djonisius par les Grecs, 128 ; ses fêtes , 124 et suivantes. Polym- nus lui promet de lui faire trouver sa mère. Engagement honteux que fait Bacchus avec ce jeune homme. Il fabrique un Phallus , et en abuse, 129 et i3o.

Bacchus. Est nomme' Liber chez les Italiens : introduction de son culte chez ce peuple, 149 et i5o. Abominations qui se pratiquaient dans ses mystères à Rome, 208 et suivantes . Elles sont abolies ,211.

Bacchus au nerf tendu. Espèce de Piiape, 409.

Baptes. Sectaires célèbres par l'indécence de leur culte, i33 et 206.

Barlette, prédicateur du iS^ siècle. Passage ordurier d'un de ses sermons, 336.

Baubo, femme d'Eleusis. Donne Thospitalité à Gérés- lui ofire le Cfcéon pour la rafraîchir, i35. Emploie un moyen singulier et obscène pour la déterminer à le boire , i36.

Belus. a son temple dans Babylone. Idole qui s'y trouvait et qui représentait les deux sexes, 90 et 91. On y voyait un lit, où ve- nait chaque nuit coucher une femme de Babylone, que le dieu e'pousait, 204.

Bergamasques. INora que Rabelais donne aux ceintures de chas - teté , 3o5. La note.

BiBLOS, ville de Phénicie. C'est dans cette ville qu'Isis trouve le corps d'Osiris; son époux , 6^. Adonis, dieu-soleil, y est adoré, 88.


DES DIVINITÉS GÉINÉRATRICES , ETC. 4^7

Ce que racontent les prêtres de Biblos sur Adonis, 89. Les jeunes filles de cette ville adorent Ve'niîS sous le nom àAstarté , et se prostituent en son honneur, 194.

Boeuf Apis. Voyez Taureau.

Bouc. Signe du zodiaque, appelé aujourd'hui Cocher céleste ou le Chevrier , est place' dans la division zodiacale du Taureau, 23 et 24. U est adoré comme l'emblème du soleil du printemps, 24 et 4o5. Sous le nom de Pan à Mendès et à Chemmis, 34 ^ et sous celui d'Apis en Egypte ,2 5.

Bouc. Il mérita d'être placé au rang des dieux, à cause de son membre génital, 33. Ce membre fut adoré , id. Le Phallus en est le simulacre, 33 et 34- Culte qu'on rendait au Bouc sacré, 44 et 45 5 ressemble à ceux qu'on rendait à Pan, à Priape et au taureau Apis, 45-

Bouc. Les Egyptiennes se prostituent à lui, ^6. Le bouc leur préfère la chèvre, 47- Reste de ce culte à Chemmis, 46 et \'j. Bouc chargé des iniquités du peuple chez les Hébreux , 48. Bouc Azima a créé le ciel et la teri'e , id. • Bouc adoré dans les grottes d'Iloura, dans l'Inde , sous le nom de Mendès , 48. Les Romains se refusent à adopter les prostitutions, du culte des boucs; adoptent les Lu - percales qui y ont du rapport, 49 et 5o. Bouc représenté dans Per- sépolis, comme le Taureau céleste Test dans les bas-reliefs de Mi- thra, 91.

Bracquemart de Rolla>"d. Les femmes le baisent pour devenir fécondes, 286.

Braguette. Ce que c'était, 33i j indécence de ce vêtement , 332.

Brantôme. Immoralité de son volume des Daines galantes, 340, 341 .

BuRCHARD, évêque de Worms. Obscénité de certains canons pé- nitenciaux qu'il a recueillis, 261 et 262. La note.

BuBASTis. Ville d'Egypte où se célébrait la fête de Diane, 223 ; décences des Égyptiennes en se rendant à cette fête, id.


CabaretiÈre de Vernon, maîtresse du moine Gaguin. Vers qu'il iui adresse, 338.


428 TABLE KAISOWNÉE

Câbires, i5i. Voyez Coryhantes.

Canara. Pays de l'Inde où les jeunes filles sacrifient leur virgi- nité' à l'idole de Chiven, io8. Les prêtres de ce pays vont tous nus, et les femmes leur baisent, par de'votion, leur partie sexuelle, iio.

Canephores. Jeunes filles portant des corbeilles à la procession de Bacchus, i25.

Canons PENiTENCiAUX. Obscénités qu'ils contiennent, 262, 263, 264 et 265.

Carrara (François de). Met en vogue, à Padoue, les ceintures de chasteté, 3o3. En est puni, idem.

Carthage. Sa fondation. Des prostitutions religieuses sont éta- blies, près de cette ville, dans un lieu appelé Sicca f^eneria, igS.

Castruccio de Castracani. Fête indécente qu'il donne, 322.

Cazzagio. Droit qu'exigeaient quelques seigneurs du Piémont sur les nouvelles mariées, 3io, 3ii. Voyez Piémont.

Ceintures DE chasteté. Leur origine, leurs progrès en Italie, 3o3. La mode n'en est point adoptée en France, 3o4.

CÉRÉMONIES PUBLIQUES, remarquables par leurs indécences, 322, 323, 324, 325.

CÉRÉMONIES RELIGIEUSES, indécentes, 353 et suivantes, 354, 355 etsui vantes, 36o et suivantes.

CÉrÈs. Le culte du Phallus fait partie des mystères de cette déesse, appelée la T^ierge sainte, i33. Cérès cherche par tout le monde sa fille Proserpine j s'arrête à Eleusis , dans l'Attique ; sa douleur lui fait refuser le Cycéon que lui présente la femme Baubo , i35. Elle l'accepte lorsque cette femme est parvenue à la faire rire, i36.

CÉLIBATAIRES. Pciucs portécs contie eux parles lois de Lycur- gue, 227. Sont une des causes secondaires de la corruption des mœurs, 3 1 5, 3x6.

Chair humaine, vendue dans les marchés, 38^. La note.

Cham se moque de son père Noé, qui montrait sa nudité j il en est puni, 218.

Chanoines de la cathédrale de Lyon, ont le droit de coucher avec les nouvelles épousées de leurs serfs, 3x2, 3x3. Liberti- nage des chanoines j ont chacun plusieurs concubines , 38o.


DES DIVIINITÉS GÉJNÉRATRICES^ ETC. 420

Charles VI , roi de France. Protège un lieu de prostitution établi à Toulouse et appelé la Grande Abbaye, 317, 3 18.

Charles VII protège le même lieu, 3i8.

Charles-le-Témeraire. Donne une fête à Lille, 324^ spectacle qu'on y Toit.

Chemmis. Nom d'une ville du Delta qui signifie bouc, et où le bouc zodiacal e'tait adore' sous la forme d'un bouc vivant, 24.

Chèvre : groupe du satyre et de la chèvre du muse'e de Portici et du musée de Dresde, ^16.

Chiveiv ou SivEN , ScivA EswARA , IxoRA. Divinité' indienne. Ses sectaires révèrent le Lingam , 96, 97. Le Lingam, ou le simu- lacre du sexe masculin, est son emblème, 96. Fables composées sur ce Dieu et son Phallus, 112 et 11 3.

Chrétiens. Ils détruisent le culte du PJiallus en Egypte, 69. Déclament sans succès contre les Phallus, eu Grèce, 146 et 147; contre le Phallus des Romains, 179. Les Esclavons, adorateurs de Priape, immolent des chrétiens à cette divinité, 244 et 245.

Culte de Priape parmi les chrétiens, 247.

Chrétiens (les) n'ont pas les mêmes raisons que les païens pour rendre un culte à Priape, 3oo.

Ciboire d'un église de Rouen, où se voient des priapées, 243.

Circoncision. Son ancienneté, son objet, 184. De quelle ma- nière elle est honorée suivant les rabins, 219.

Clermont-Soubiran. Petite ville du Languedoc; manière indé- cente dont on y punissait les adultères, 309.

CoLOPHON. Ville de l'Ionie où Priape recevait un culte particu- lier, 143.

Côme et Damien (saints). Ces deux saints remplissent, en par- tie, le rôle du dieu Priape, 293. On les invoque, comme on invo- quait Priape, pour des maladies secrètes, 295, 296. Phallus en cire, qu'on leur présente, 294, 296 et 296. Huile de Saint-Côme. Onction que l'on en fait , 297 et 298. Les prêtres vendent cette huile aux dévots, 298.

Concile de Constance. Gx'and nombre de concubines sui- vent les pères de ce concile, 377.

Concubinage. Il n'était point prohibé chez les anciens^Hébreux, i85 et 186. Concubinage public des prêtres chrétiens, 373. Est au- torisé par les évêques, qui en retirent un profit, 374 et 376.


/|30 TABLE KAISONNÉE

Concubine. Les anciens patriarches en avaient : leurs épouses mêmes leur en fournissaient , i85. Salomon , outre sept cents e'pouses reines, a trois cents concubines , i86, 187. La même con- cubine servait au père et au fils, 186.

Concubines des prêtres cbi-e'tiens , autorise'es par les e'vêques , qui vendent la permission d'en avoir, 878 et 874. Grand nombre de concubines suivent les pères au concile de Constance, 877. Con- cubines des e'vêques assistaient aux visites qu'ils faisaient dans leur diocèse, 878.

Concubines des chanoines, 879. Concubines des prêtres en gé- néral, id. Sont arrogantes , et veulent avoh' les premières places dans l'église, 878. La note.

Confesseurs. Ils fouettent les pénitens, 854- Vendent la confes- sion , 854 et 855. La note.

Congo. Dans une fête célébrée en cette partie de l'Afrique, on porte un grand Phallus, comme autrefois en Egypte, 53, 54-

Congres. Ce que c'est, 3o6^ ses indécences, 807 et 808.

Consacrées, Consacrés. Wom que le texte hébraïque de la Bi- ble donne aux prostitués des deux sexes, 196.

Conte , ridicule et obscène , donné comme un événement véri- ble par un prêtre, 889.

Continence. Désordres qui résultent des lois qui l'ordonnent, 261 et 262. Les lois qui prescrivent la continence sont très-souvent violées, 8i5 et 816. Question de savoir si la continence du clergé est cause de ces désordres, 886.

Coquillage univalve , pendu au cou comme une amulette , 258.

Corbeilles sacrées portées par les canéphores. Objets mysti- ques qu'elles contiennent , 125. Appelées ci5/e , et transportées en Italie par des corybantes, i5i et i52.

Corne du bélier céleste, attribuée à Jupiter-Ammon, 27.

Corne du taureau céleste, donnée à Bacchus , à Harpocrates , à Achéloûset autres dieux, 28. — Conie d'abondance. Son origine, ic?. Corne d'abondance attribut de Priape, 171 et 240.

Corybantes. Introduisent le culte de Bacchus et du Phallus en Italie et enEtrurie, ï5i.

CoTiTTO. Espèce de Vénus populaire : ses mystères nocturnes, 188 et 167.


DES DIVINITÉS GÉNÉUATRICES, ETC. 43 1

Coutumes. Il ne faut point juger celles des peuples étrangers d'après nos prëjuge's, loi.

Courtisanes de la Grèce( Étaient prêtresses de Vénus, 199, 200. Voyez Femmes publiques.

Croix. Suivant plusieurs savans, la croix repre'sente le Phallus; la triple crois, le Triphallus, 58, Sg, 167 et 168. Croix applique'e à la planète de Vénus 5 trouvée dans le temple de Sérapis à Alexan- drie, 60.

Croix chrétienne, accolée chez les Indiens avec le simulacre de la génération , i o3 .

CuissAGE ou Droit de cuisse. Droit par lequel divers seigneurs plaçaient une cuisse dans le lit de la nouvelle mariée, 3i3 et 3x4.

CuLLAGE, CuLLiAGE , Jus cunni , droits féodaux. Voyez i?/a7'- chette.

Culte. Conformité des cultes rendus au taureau Apis, au bouc de Mendès, à Pan, et à Priape, 43, 44 ^t 4^-

Culte des Morts. Changemens qu'il opère dans toutes les reli- gions, 406 et 4^7-

Cure (un) plaide pour soutenir le droit qu'il dit avoir de cou- cher avec les nouvelles mariées de sa paroisse. Jugement de la cour de Bourges à cet égard, 3i3. Curé de Paris qui assiste nu à une procession, 364- Curé de Saint-Eustache, plus raisonnable que ses confrères, 366. Les habitans des campagnes demandent que les curés aient des concubines , pour qu'ils ne débauchent point leurs femmes, 3^6. Voyez Prêtres.

Cyceon : boisson mystérieuse en usage dans les mystères d'E- leusis. Cérès refuse d'en boire, i35. Elle y consent enfin, i36. Cyllenieiv'S. Ils rendent un culte particuher à Priape, i43.

D.

Dante (le) parle de l'impudicité des dames de Florence, 326.

Davanzati (Joseph), archevêque de Trani, abolit les restes du culte de Priape en cette ville , 292 .

David. Découvre, on dansant, sa nudité dans une cérémonie pu- blique. On se moque de lui- ce qu'il répond à sa femme Michol, 218.


432 TABLE KÂIS0N1VÉ13

DÉESSE. Excessive dépravation des mystères de la bonne Déesse à Rome, 211 et 212.

Devedassïs. Danseuses nommées Bayadères par les Europe'ens • leur initiation aux mystères de l'amour, 100.

Diable. Celui repre'senté sur le tombeau du roi Dagohert porte, à la place du sexe , une face humaine , 233. La IVbte. Joue un tour diabolique à un prêtre libertin, 339.

Diane-Anaïtis. Est la Venus des Arme'niens, 197. On l'honore par des prostitutions religieuses, 198.

Dieu. Celui des He'breux, fort en colère contre ceux qui se li- vraient au culte du Phallus , 72. Ordonne que tous les princes du peuple soient pendus , ibid. Moïse ne suit point cet ordre , et fait passer au fil de Fe'pée vingt-quatre mille hommes, id. INouvel ordre de Dieu portant que tous les Madianites soient tués pour le même sujet, ^3.

Dieux. Un grand nombre est invoqué dans l'acte du mariage , i5g. — La note. Dieux qui couchent avec des femmes , et les épousent pendant la nuit dans leur temple , 204 et 2o5. — Dieux du Capitole introduits dans la Gaule et la Germanie, 238.

Dijon. L'usage de donner les innocens e'tait établi autrefois dans cette ville, 371.

DiONYSius. Surnom de Bacchus chez les Grecs, i23 et 124. Voyez Bacchus.

Dionysiaques . Fêtes grecques, 124. Se célébraient huit jours avant les Pamylies des Égyptiens, ibid. Leur simplicité dans leur origine, 124 et 126. On y portait le Phallus, i25. Descrip- tion de la pompe rehgieuse des Dionysiaques, 126, 126 et suiv.

DiAPHALLUS, ou double Phallus, 167,

DuRiVAU. Voyez Rivau (du).

E.

Eau. Celle découlée du Lingam est sacrée, et produit des miracles dans l'Inde, 106.

EccE Homo : comment représenté, 347.

Ecosse. Les rois de ce pays avaient le droit de coucher avec les nouvelles mariées, 3t2. Los habitans se soulèvent contre ce droit odieux, id.

Efféminées. Ce que c'est j leurs cabanes, 1 96 et 197. ^za, roi, les


T>ËS DIVINITÉS GÉNÉRATRICES , ETC. 43^

•ï;hasse Je son pays, et Josaphat, son fils, en fait exterminer un grand nombre, 197. Josias fait abattre leurs cabanes, id.

Egypte. Du culte du Phallus en ce pays, Sa et suiv. Soldats d'Egypte se de'couvrent devant leur roi Psammetichus, 217.

Égyptiennes Se de'couvrent devant le taureau Apis nouvel- lement élu, ^2. Se prostituent au Bouc sacré, 47; qui leur pre'- fère des chèvres, id. Portent à la fête de Bacchus un grand Phal- lus en procession , et le font mouvoir, 54- Leur inde'cence en se rendant à la fête de Bubastis, 223. Celle des Égyptiennes moder- nes ,'224.

Élephanta. Pagode indienne près de Bombay, 98 j |inde'cence de ses bas-reliefs, idem.

Eleusis. Lieu de l'Attique oùse célébraient les mystères de Gé- rés, i33. On y chante un hymne où l'aventure de Baubo et de Ccrès est exprimée, i36.

Elissa. Fuit la ville de Tyr, aborde dans l'ile de Chypre, 192^ y arrive pendant que les jeunes filles célèbrent la fête de Vénus , en enmène quatre-vingts , et les maiie avec les jeunes Tyriens de son expédition j fonde la ville de Carthage, 193.

Embrun. Dans la principale église de cette ville était le Phallus de Saint Foutin : culte que les femmes lui rendaient, 269.

Époptes. Mnistres du culte de Cérèsj ce qu'ils cachent aux initiés, i34.

Époux. Procédure indécente à laquelle sont soumis ceux qui demandent le congrès, 3o6, 307 et 3o8. Assujétis à des lois tyran- niques de la féodalité, 309 et suiv.

Équinoxe du printemps , célébrée par des fêtes chez les anciens, 2 1 .

EscLAVONS. Us adorent Priape sous le nom de Pripe-Gala, lui offrent des sacrifices humains, 245 et 246.

Estomacs découverts. Déclamation des prédicateurs contre cet usage, 329 et 33i.

Etrurie. Introduction du culte du Phallus en ce pays, i5i et i52.

ÉvÊQUES. Ceux d'Amiens ont et usent du droit de coucher avec les nouvelles mariées, 3i3. Évêque des Foux : comment élu, 352. Celui de Strasbourg ne veut point permettre le mariage aux prê- tres de son diocèse j plainte à cet égard, 374. Évêques d'Allema- gne vendent aux prêtres la permission d'avoir des concubines, 374

n. a3


454 TABLE RAISON IN ÉE

et 375. Ércque anglais touche le sein des religieuses pour juger de leur chasteté, 882.

Excommuniés .'|Se laissent fouetter tout nus pendant la marche des processions pour obtenir Tabsolution, 355.

Ex-voto, offerts à Priape. Étaient des Phallus, 174. Ex-voto priapique de la ville d'Aix en Provence, 289. Ex-voto priapique qui était dans la chapelle de Saint-Foutin de Varages, 268. Ex- voto offerts à Saint-Côme et Sain t-Da mien, 294 et suiv.

Ex-VOÏO PHALLIQUE, l^XO.

ÉzÉCHiEL , prophète. Ce qu'il dit de la fornication des femmes Israélites, avec des Phallus d'or et d'argent, 78 et 79.


Fables mythologiques. Elles furent composées après la naissance de l'idolâtrie, 89. Les fables du Phallus ou de Priape n'ont aucun sens allégorique, ^o. Fable du Phallus chez les Égyptiens, 65 et suiv.

Fables égyptienne, phémcienne et phrygienne, sur l'origine du Phallus, s'accordent en un point, 90. Fables indiennes sur le Lin- gam, 112 et suiv. Fables des Grecs sur le Phallus, i3oetsuiv. Leur obscénité , i32 , i33 et i34- Fables de Priape , leur indé- cence, 139. Fable de l'Ane consacré à Priape, 140. Fable des Propœtides , inventée pour inspirer la crainte de Vénus, 20 ï. Fables racontées par un docteur en théologie sur des Phallus, 359.

Fascinum. Nom du Phallus-Amulette chez les Romains, 164. C'est un préservatif puissant, 164 et i65. Diverses circonstances où il est employé, id. Ses formes variées : est adjoint a.\xMullos, i65, et empreint sur divers objets mobiliers. Il y en eut de doubles et de triples 167. Fascinum en usage parmi les chrétiens, 248. Peines portées contre ceux qui l'invoquent, 249 et 25o. Fascinum pendu au cou et aux épaules des femmes et des enfans pour éloigner les regards de l'envie, 249 , 257 et 291 .

Fascinum en usage dans le royaume de Naples, appelé Fica , 29T.

Faune, même divinité que Pan , Satyre , Priape , 45 , 4^9 ^t 410.

Femmes égyptiennes. Se découvrent devant le taureau Apie,


DES DIVINITÉS GÉNÉRATIIICES , ETC. 455

4a \ se prostituent au Bouc sacré, 4^. (Voyez Égyptiennes.) Fem- mes Israélites : fabriquent des Phallus et en abusent , 78 et 79. Femmes indiennes : mettent une partie de leur coi'ps en contact avec le Phallus ou Lingam. Les jeunes épousées sacrifient au Phal- lus leur virginité, 108. Femmes de l'Inde baisent la partie sexuelle des prêtres de Chiven, iio.

Femmes turques (les) baisent la partie sexuelle des fous ou saints de Dieu, 1 1 1 , la note. Femmes de Lampsaque sont courtisées par Priape, i4o. Femmes romaines couronnent le Phallus, i54; le placent dans le sein de Vénus, iSS^ ont 'un sénat où elles se ras- semblent pour décider sur des matières de galanterie ou de dé- bauche, 1575 s'asseyent sur le Phallus, 160,161 ; l'enjambent, 162.

Femmes (les) mariées des Hébreux procurent des concubines à leurs maris, i85. Salomon a sept cents femmes, outre trois cents concubines, 186. Femmes de Babylone se prostituent en l'honneur de Vénus, 190 et 191. Celles de Chypre , de Paphos, en font autant, 192. Même usage près de Carthage, 194^ à Biblos, iW. • à Héliopolis 5 au temple des Aphaques, 195^ chez les Israé- lites, 196 et 197; en Arménie, ic?. • chez les Lydiens, 198 j chez les Augiles, id.-.^ lesNasamons, id. Les Femmes de Naucratis se prostituent dans cette ville, 199. Celles des Gindanes s'hono- rent de leurs prostitutions; comment, 201. La note.

Femmes. Celles deBabylone, épousent les dieux pendant la nuit dans leur temple, 204 ; celles de Thèbes font de même, 2o5; ainsi que celles de Patarès- et celles de Jagrenat, id. Moïse défend aux Hébreux de découvi'ir les femmes qui leur sont parentes, 221. Action indécente et courageuse des femmes des Perses, 224.

Femmes ( les vieilles ) mettent en vogue les mandragores en France, 2 53. .Femmes qui portent à leur coiffure des formes du Phallus, 260. Les Femmes chrétiennes ont imité des anciens les fornications avec le Phallus, 261. Pratiques magiques et obscènes des femmes chrétiennes pour se faire aimer de leurs maris ou pour les faire périr, 262 et 263. La note.

Femmes (les) invoquent, pour devenir fécondes, saint Foutin de F'arages, 268 ; saint Foutin d' Embrun, saint Foutin de Poligny, saint Foutin de Ci^as,'i']Oj une idole appelée Ters , 280, 281 et 282 ; et saint Foutin duPuy, en Velay ,271. EUes font des libations aux Phallus, les raclent et en avalent la poussière,


456 TABLE RAISON (NÉE

269, 371 j elles en font autant à saint GuerUchon , i'j\ • et à saint Guigiwlé , 277.

Femmes (les) s'e'tendent , pour devenir ft^condes, pendant neuf jours sur la fîgui^ horizontale de saint Guerlichcn, 274^ demémequc sur le tombeau de saint Antoine-de-Paule, à Saragosse, 287 . La note.

Femmes (Inde'cènces des) ste'riles en invoquant St. René', 276 et 276. Elles lèvent le tablier qui couvre le sexe de Tidole de saint Ainaud, 276. Celles des environs d'isemia, offrent des Phallus en cire aux saints Côme etDamien, baisent ces Phallus, 295 et 296.

Femmes : comment elles sont fe'conde'es par les vertus de saint Côme et de saint Damicn, 296 et 297.

Femmes et filles accuse'es d'impudicite's, sont visitées toutes nues 3o5. Femmes mariées visite'es, 807 ; même par des hommes, 3o8.

Femmes adultères : comment punies autrefois, 3o8 et 809.

Femmes publiques, condamne'es à parcourir la ville toutes nues et monte'es sur un âne, 3 10. Les femmes nouvellement mariées sont assujéties à recevoir leur seigneur dans leur couche , id. et 3i i .

Femmes pubiques (les) font un pet, pour le seigneur de Montlu- con, en entrant dans cette ville, 3i4 et 3i5. La note.

Femmes publiques : sont réunies par Guillaume VII, duc d'Aqui- taine, dans un couvent où elles sont pre'sidées par une abbesse,3j'].

Femmes publiques de la grande abbaye de Toulouse, prote'gëes par Charles VI , 817 et 3i 8 j et par Charles VU, 3i8.

Femmes publiques de Paris. Elles sont soumises à une organisa- tion, font des processions , suivent la cour, et font le lit du roi des Ribaiids, 319.

Femmes de la cour, à demi-nues, servent à table en un festin, 322. Trois femmes flamandes figurent toutes nues dans un specta- cle public, pour repre'senter les trois de'esses du jugement de Pâris^ 324 et 325.

Femmes qui ont la gorge nue , 826 et suiv. ; comment elles en sont punies, 8295 comment elles gagnent leur dot, 882 et 338. Voyez Parisiennes, Indécences.

Femmes qui se fouettent et suivent les flagellans, 356. Les fem- mes font en chemise certaines ce're'monies religieuses , 359 ^^ ^^ '•> assistent, nues en chemise, aux processions , id. et 862^ y assistent toutes nues, 864. Différens pays où les femmes se prostituent aux. étrangers, 897 et suivantes.


DES DIVINITÉS GÉiNÉRATRICES, EIG. l\Tyj

FesiNE. INora que les Français donnaient au Fascinum des Ro- mains, îSc.

FÊTES publiques et privées où Ton voit des femmes nues, 822 323, 36 1 et 362 j avec des postures indécentes, 32 \. Fêtes des Fous et des Soudiacres, 35 1, 352 et 353.

Fie A, nom du Fascinum en Italie, 291 .

Fille qui se prostitue pour gagner de l'argent , aûn de payer son confesseur à Piîques, 354 ^^ note. Filles. Voyez Femmes.

Flagellans. Leur troupe vagabonde dans divers pays, leurs in- décences , 355 et 356. Les femmes se rangent parmi les flagoilans , 356 j sont enfin organise's en sociétés, 357.

Flagellatio:;«s. Les pénitens les recevaient de leurs confes- seurs, 354. Saint Louis se soumet à cette pénitence, id.

Fontainebleau : peintures obscènes de ce château 5 la reine les fait détruire, 346.

Fornications des Égyptiennes avec le bouc de Mendès, 46 et 47 ; des Hébreux avec les femmes des Madianites, 7a 5 des femmes israelites avec des Phallus d'or et d'argent, 78 et 79. Les Indien- nes forniquent avec les prêtres, croyant jouir des embrassemens de leur dieu, 109. Défendues aux Hébreux, 196.

Fornications des chrétiennes, et même des religieuses qui for- niquent avec des Phallus comme les femmes Israélites, 261 et suiv. FoTiN ou FouTiN , saint qui remplit chez les chrétiens les fonc- tions de Priape, 268 5 saint Foutin de Varages , figure des ex-voto de sa chapelle, 269^ saint Foutin d'Embrun, représenté avec un long Phallus : les femmes lui font des libations avec du vin , 269 • saint Foutin de Poligny ^ de Cruas 5 saint Foutin près Tracros en Auvergne, 270; ses formes phalliques encore existantes, 271.

Fous (les) sont honorés chez les Turcs comme des saints de Dieu : ils sont nus. Étrange hommage que leur rendent les fem- mes, III. La note. Fête des Fous, 35 1 , 352 et suivantes.

Foutin ( saint) paraît dériver du nom de Tutinus ou Futinus. i58. La note.

Foutin (saint) du Puy en Velay : pratique employée par les femmes pour être fécondées par ce saint, 271.

Foutin (saint). En Allemagne, les nouvelles mariées d'-posent sur son autel leur robe de virginité, 373.


438 TABLE RAISONNÉE

Fraude pieuse. Trahison ainsi qualifiée ^par Piètre, abbë de Vau- Cernay, 342. La note.

Fricco, Dieu-germain. 11 est repre'senté avec un énorme Phal- lus, et n'e'tait auparavant qu'un Phallus isole, 286.

Frigga, divinité' femelle correspondante au dieu Fricco : c'e'tait la Venus des Germains et des Scandinaves, 236.

Froissart, chanoine et historien de France. Ses expressions or- durières, 337.

G.

Gaguin, moine et historiogi-aphe de France. Ses écrits obscènes, 338.

Garçons et Filles publiquement dévoués à la prostitution dans la petite ville de Villefranche en Beaujolais, 32 1 et 322. Il leur est défendu d'insulter les bourgeois, à peine d'être battus, 322.

Gaulois. Le culte du Phallus et de Priape n'existait point chez eux avant l'arrivée des Romains , 234- Us étaient moins chastes que pudiques, 232. Les premières idoles qu'ils fabriquent, à l'exemple des Romains, ont toutes le sexe couvert, 233. Les Romains introduisent chez les Gaulois les dieux du Capitolc et le dieu Priape, 238.

Génération. Son acte était honoré dans plusieurs pays, 182- est sanctifié, 189 et suiv. Divinités qui y président. Voyez Vénus, Priape, Mylitta, Astarté , Diane- Anais , Cotytto, la Bonne Désse, Bacchus, etc.

Germains. Le culte du Phallus était introduit chez eux avant l'arrivée des Romains dans leur pays, 235. Leur dieu Priape était nommé Fricco, et leur déesse Vénus, Frigga, 236. Les Romains introduisent chez les Germains les dieux du Capitole , ainsi que le dieu Priape, 238.

Gilles (saint), saint Priapique, révéré en Bretagne, 275.

GiNDANES, peuples de la Lybie. Ils portent les marques de leurs prostitutions fréquentes, et s'en honorent, 199. La îiote.

GoDEFROY DE BouiLLON. Envoie le prépuce de N. S. à Anvers, pour y remplacer le culte de Priape, 281.

Gorge nue des femmes. Déclamations des prédicateurs contic cet usage, 327 et suiv. Châtiment épouvantable réservé aux fem- mes qui découvrent leur gorge, 328 et 329,


DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES, ETC. 4%

Gorge r^uE des hommes. Voyez Estomacs.

Grâces (les trois) de Germain Pilon, placées dans une église, 348.

Grecs. Du culte du Phallus chez eux, 120 et suivantes. Ils composent leur religion de tous les cultes des Orientaux, i23.

GuERLiCHOjj (saint), saint Priapique, révéré à Bourg-Dieu, 278 et 274' Les femmes y faisaient des neuvaines, s'étendaient sur la figure du saint, et raclaient son Phallus, 274»

GuiGNOLÉ (saint) , saint Priapique , révéré dans les environs de Brest j son Phallus, rûclé par les femmes stériles, ne diminue point, 277. Son culte a existé jusqu'au 18^ siècle, idem.

Guillaume VII, duc d'Aquitaine, établit à Niort un lieu de prostitution présidé par une abbesse, 317.


H.


Harpocrates, Dieu-soleil, représenté avec les cornes du taureau zodiacal, 28.

Hauts lieux : ce que c'est chez les Hébreux, 78.

HÉBREUX. Du culte du Phallus chez ce peuple , 71 et suivantes. Vingt-quatre mille d'entre eux sont égorgés par ordre de Moïse et par la main de leurs parens, pour avoir rendu un culte à Béel Phégor, 72. Ils continuent, malgré cette punition, à rendre un culte à ce Dieu, 74. Adorent Priape sous le nom de Miphelet- zeth, 77.

HÉBREUX. Le concubinage est en honneur chez eux, i85. L'in- ceste a lieu sans blâme, 180 j mais ils rejettent les jouissances nuisibles à la population, 187. La virginité est vm opprobre chez ce peuple, 187. Les prostitutions religieuses sont proscrites par Moïse, ig6. Néanmoins elles y sont en usage, 197. Leur manière singulière en prononçant un serment, 219. Moïse leur défend de découvrir leurs parentes, 221.

Héliopolis. Le temple de cette ville est consacré à Vénus et aux prostitutions religieuses, igS.

Hercule. Idole de ce dieu trouvée en Bretagne, le sexe cou- vert par une ceinture tenant une peau de lion , 232 et 233.

Hermaphrodite. Idole ayant les deux sexes, dans le temple de


44o TABLE BAISONNÉÈ

Belus à Babylone, 90. Bardesatie a vu une pareille idole dans rinde, 93 j elle y existe encore, 95.

Hermès. Pierres de boraes auxquelles on adjoint une partie du bouc ou du taureau céleste, 27. Hermès au membre droit exis- tait chez les Pelasges, avant les colonies e'gyptiennes , 122. Priape est repre'senté à Lampsaque comme un Hermès, i38. Il est repré- senté de même dans d'autres parties de la Grèce, i38 et suçantes, 408.

Hermès. Alcibiade et ses compagnons de débauche détruisent les Hermès d'Athènes; ces Hermès sont des espèces de Priapes, i38. Philippe, roi de Macédoine, comparait les Athéniens aux Hermès : pourquoi, id. Hermès-Priape, i43. Hermès-Casmillus, 408 et 409.

Hermontis. Temple de l'ancienne Egypte : ses bas-reliefs, 63.

Heures. Livres de prières: leurs miniatuxes obscènes, 346 /a no/e,

HiÉrapolis. Temple magnifique de cetteville, 81. Ses richesses, 82. Deux Phallus colossaux se trouvent à l'entrée de ce temple, id. Leur hauteur extraordinaire , 83.

Hoel-le-Bon. Loi singulière qu'il établit pour les filles violées, 320, 221.

HortanÈs. Surnom sous lequel Priape était adoré chez les Espa- gnols, 239 et 409-

Ho RUS. Dieu du jour, 66.

Huile sainte. Manière indécente d'employer celle de saint Côme et de saint Damien, à Isemia, 297 et 298.

L- J.

Jacob. Épouse les deux sœurs. Chacune d'elles lui fournit une- concubine, i85 et 186. Jacob exige que Joseph , en faisant un ser- ment, mette sa main sur sa cuisse, ou plutôt sur sa virilité, 219. Ses deux femmes , Lia et Rachel , se disputent la possession des mandragores, 252.

Jagrenat. Pagode de l'Inde, 98. Les brames y donnent une femme à leur dieu, 109 et 2o5.

Jeanne I^e, reine de Naples. Fonde à Avignon un lieu de prosti- tution présidé par une ahhesse , elle en fait les règîemens, et en pxclut les Juifs, 32Q.


DES DIVINITÉS GÉNÉllATRICES , ETC. 44^

Jephtk. Va pleurer sa virginité sur les montagnes, 88.

JÉSUITES de riude. Leur querelle avec un capucin de Pondy- chëri, 102,

Jeux qui se pratiquaient en Grèce pendant les grandes Dionysia - ques, 129.

I]SDE. Culte du Phallus dans Tlnde, gB et 5UiV. Filles de Plnde croient ne pouvoir être reçues en paradis avec leur virginité, 188.

Indécences. Celles des figures représentées dans les pagodes de l'Inde, 197, et suiv. Indécence des groupes de satyres qui sui- vaient la pompe religieuse de Bacclius chez les Grecs, 127, 128 et 129. Indécence de l'aventure de Bacchus et de Polymnus, 129; de celle de Baubo et de Cérès, i35 et i36. Indécences des femmes ro- maines dans la cérémonie du Phallus, i54 et i55. Voyez Femmes. Indécence dans la manière dont les Hébreux prêtaient les sermens, 219. Les Arabes^ modernes suivent la même pratique, id. et 220. Indécences prononcées par les filles violées dans le pays de Galles, 221. Indécences défendues par IMoise, 222. Indécence des femmes égyptiennes, en se rendant à la fête de Bubastis, 223. Indécence des femmes des Perses en une circonstance péi-illeuse, 224.

Indécences. Quelques-unes sont indiquées par les lois de Ly- curgue, 225 et 226. Leur motif , 228. Indécences pratiquées par des femmes chi-étieunes pour se faire aimer de leius maris, ou pour les faire péi-ir, 262. La note. Pareilles indécences des mêmes femmes etdes religieuses, 263, la note. i6^,la note, €t265,lanote. Indécence des femmes en invoquant saint René, 275 et 276. Indé- cence ^» onctions faites avec de l'huile de saint Corne et de saint iMmien, à Isernia, 298. Indécences de quelques usages rela- tifs au culte du Phallus, 3oi et suii\ Indécence de la visite des femmes accusées d'impudicité , 3o5. Indécence de la procédure du congrès, 3o6, et suiw. Indécence des peines portées contre les adultères, 3o8 et 309. Indécence des peines portées contre les femmes publiques, 3io. Indécence du droit de marchette, 3io. Indécences de quelques droits féodaux , 3 1 3. Indécences de quel- ques fêtes et cérémonies publiques, 322, et suw.

Indécences dans les vêtemeus, 325 5 des dames de Florence, d'A- vignon, de Gênes, 325 et 326^ des femmes françaises, 327 , et suiy, Indécence dan? les vctemcns des homme?; 329 et 33o. In-


442 TABLE KAISONNÉE

décences dans les manières de parler ou d'écrire, 33 1 et 5/aV. In- décences des Parisiennes aux bains, 334- Indécences des prédica- teurs, 332 et suw. Indécences des conteurs, des poètes et des histo- riens, 337^ des théologiens, 338, à 34o.

Indécences des écrits de plusieurs prêtres , moines ou évèques , 336, 337 et 5atV. Indécences des tableaux , tapisseries, peintures, statues , qui se trouvaient anciennement dans les palais des rois, dans les églises, dans les livres de prières, 3^5 et suiVante*. In- décences de la Fête des Fous, 35o et suii^. Indécences des pénitences publiques et privées, 353 et 354- Indécences des flagellans, 355 et 356. Indécences des processions chrétiennes, 358 et suii^. Pratiques indécentes exercées contre les paresseux, 367. Contre le sexe en certains jours, 371.

Indécences : plus les représentations priapiques étaient indé- centes, plus les anciens croyaient se rendre agréables à la divinité, 412. Indécence de plusieurs monumens anciens et modernes, 4ï4 Indécence des représentations de deux vases du musée de Portici, 416 et suiw.

Infanticide. Crime autrefois commun dans les couvens de reli- gieuses, 38o et 38i.

Innocens : donner les Innocens, ce que c'est, 369. Indécence de cet ancien usage, 369 et suiv.

JosAPHAT, roi de Juda.Fait exterminer un grand nombre d'effé- minés, 197.

JosiAS. Fait renverser les cabanes des efféminés qui étaient dans la maison du Seigneur, 197.

IsERNiA. Ville du royaume de Naples où le culte de S||S|e s'est conservé jusqu'à nos jours : détails de sa foire, de ses églises, et de ce qui a raj^port au culte de cette divinité, 293, 294 et suii'. Cette ville vient d'être détruite par un tremblement de terre, 298. La note.

Isis, oulaLune. Cherche et retrouve le corps de son époux Osi- ris, en recueille les diverses parties : ne trouvant pas sa partie sexuelle, elle en forme un simulacre qu'elle consacre dans les tem- 65, 66 et 67.

Israélites. Leurs femmes fabriquent des Phallus d'or et d'ar- gent, et en abusent, 78 et 79. Voyez Hébreux.

Italiens. Sont accoutumes à voh- des figures nues, 290,


DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES, ETC. 44^

Ityphalles. Groupes d'hommes qui faisaient partie de la pompe deBacchus, 148. Ityphallique {main), i65.

Jugement de Paris, repre'sente à Lille. Singularité de ce spec- tacle j costumes et figures des trois de'esses, 824 et 325.

Jugement DERNIER. Obscénite's des tableaux qui le repre'sentent, 348.

Juifs. Exclus du lieu de prostitution établi à Avignon par la reine de Naples, Sao.

Jules II, pape. Etablit un lieu public de prostitution à Rome,

321.

JuNON. Par un charme secret, rend monstrueux Priape, fils de Vénus, iSg et i4o. — Est figurée à Lille par une Flamande maigre et sèche, 325.

Jupiter- Ammon. CeDieu est représenté avec les cornes du bélier céleste, 27.

K.

Kamul. Pays où les femmes partagent leur lit avec les étran- gers, 398. La note. Le Kan de Tartarie veut en vain. abolir cet usage, Sgg. La note. Il le tolère, id.

Karjnak. Temple de l'ancienne Thèbes en Egypte : ses bas-re- liefs, 63.

Redeschoths. Nom des prêtresses de Priape chez les Hé-


L.


Lampsaque. Ville dont les habitans convertissent les premiers le Phallus en divinité appelée Priape, i4o et i^i ^ sont fort dévots à cette divinité tutelaire de leur ville, \^i. Médailles de Lampsa- que, 142.

Laris. Sectaires de l'Inde, vont tout nus, et portent le Lin- gam, 107.

L AVIN luM . On y célébrait les Libérales et la pompe phallique, 1 54 . Une femme de distinction venait placer une couronne sur le Phal lus, id.

Liber. Nom de Bacchus en Italie, 102.

Libéra. Nom de Vénus en Italie, idem.


444 TABLE r.AISONWÉE

Libérales. Nom des fêtes de Bacchus en Italie, i53. Lieux de plaisir. Nom donné à plusieurs couvens de religieuses, 382.

Lieux de prostitutions. Fondés à Niort par Guillaume Vil , duc d'Aquitaine, 817 j protégés à Toulouse par les rois Charles VI et Charles VII, 3i7 et 3i8j organisés à Paris, Sigj fondés à Avignon par la reine de Naples, Sao; et à Rome par le pape Jules II, 321. Ceux établis à Villefranche en Beaujolais, sont composés de personnes des deux sexes , 821 et 322. Voyez Abbaye.

LiKGAM. Nom du Phallus chez' les Indiens, 35, 96. Diverses formes des Lingams , 96. Lingams colossaux dans la pagode de f^illenour, io3. Lingam d'une longueur prodigieuse représenté dans la pagode de Tricoulour, 100. Lingams colossaux, io3 et 104. Culte qu'on leur rend, 104, io5 et 106. Les femmes de l'Inde se mettent en contact avec le Lingam, 108. On y conduit les bes- tiaux pour être fécondés, 108. Lingam de fer auquel les jeunes filles sacrifient leur virginité, id. et 109.

Loi de Babylone qui prescrit la prostitution aux femmes, 190. Loi de Lycurgue, qui ordonne aux jeunes filles et aux garçons de se présenter nus dans les exercices publics, 226 012275 motifs de cette loi, 227 et 228. Platon propose une loi semblable , 228. Loi singulière, et indécente du pays de Galles, 220. Les lois qui prescri- vent la continence sont très-souvent violées, 261, et suivantes.

LoTH. Il offre ses filles aux habitans de Sodome : lui-même a des enfans de ses propres filles, i85.

Louis (saint), roi de France. Se laisse fouetter par ses confes- seurs, 354 j ordonne des processions composées de personnes' en che- mise, 36o. On fait à son tombeau des pèlerinages en chemise, id.

Lupercales. Fêtes qui ont des rapports avec le culte du bouc , 49 et 5o.

Lycurgue. Ordonne aux jeunes filles et aux garçons d'assister aux exercices publics tout nus, 226 5 motifs de cette loi , 227 et 228.

Lydiens. Les prostitutions religieuses sont en usage chez eus » 198.

Lyon. Les chanoines de la cathédrale de cette ville prétendent au droit de coucher avec les nouvelles mariées, 3 12.


DES DIVINITÉS GÉNÉRATIUCES , ETC. l\l\^

m

M.


Maacha , mère du roi Aza. Est prêtresse de Priape chez les He'- breux, 77.

Machina mulierum ou Machinamentum. Ce que c'est 5 abus qu'en font des femmes et des religieuses, 263, 264 et 265.

Madianites (les) et Moabites (les) adorent Be'el-Phe'gor, 71 i le dieu des He'breux ordonne que, pour cela, ils soient tous tue's, 72.

Maillard, prédicateur du iS^ siècle. Ce qu'il dit des femmes de Paris, de leurs vètemens inde'cens, 8275 ^^^ libertins, 332 j des femmes de Paris, qui prostituent leurs filles pour leur faire gagner leur dot, 333, 334 ^t 335.

Main ityphallique, i65. La 3Iain de gloire , ou mandragore, rappelle la main ityphallique, 256 et 291.

Mandragore. Amulette phallique en usage parmi les chre'tiens, 249. Mandragore chez les anciens He'breux, 252. Les Templiers sont accusés d'adorer une Mandi-agore, 252. Sermon d'un cordelier contre les Mandragores, 203. Un poète chroniqueur de'clame con- tre elles, 254. Comment cette amulette acquiert sa vertu magique, 254 et 255. Formes et pratiques superstitieuses emploje'cs pour leur donner de la vertu, 255, 256. La note.

Marchette. Droit fe'odal qui autorisait les seigneurs à coucher la première nuit des noces avec les nouvelles marie'esj diflerens noms de ce droit, 3i i ; des moines, des chanoines, des curés s'arro- gent ce droit, 3i i, 3i2 ; plusieurs en sont punis, id., id.

Mariage. Les Romains invoquaient un grand nombre de divini- te's pour la consommation du mariage, 159. La note. Mariages profanés par les droits de la féodalité, 3 12 et suiv. Mariage con- sommé sur un arbre et dans la rivière, 3 14. Voyez Congrès. Ma- riage des prêtres, prohibé, 374. Un paiticulier est assassiné par des prêtres, pour avoir voulu le proscrire, 376. Opinion du pape Pie II, en faveur du mariage des prêtres, 386.

Marie l'Egyptienne (sainte). Comment elle était représentée dans sa chapelle, 349.

Martel. Petite ville du Limousin. Manière indécente dont on y punissait les adultères, 309.


446 TABLE IIAISONNÉE

il

^^Martaouan. Bourg d'Asie où les femmes partagent leur lit avec les étrangers, SSg. La note. Anecdote de missionnaires chrétiens à ce sujet, 4oo. La note.

Melampus. 11 introduit le culte de Bacchus et celui du Phallus en Grèce, 120, 121 et 122.

MendÈs. 'Ville ^d'Egypte. Le bouc zodiacal y était adoré sous la forme d'un bouc vivant, 24. Ce bouc est le même que Pan, id. Mendts signifie houe et pan, 24 et 4^.

Mekdesiej\s. ils adorent des boucs , 44*

Menot, prédicateur du iS^ siècle. Déclame contre la nudité des gorges, 328 et 329^ contre les indécences des femmes de Paris, en prenant les bains, 334-

Mercure. Yoyez Hennés.

Mercure. Plusieurs statues de ce dieu, trouvées sur le mont Do- non, entre la Lorraine et l'Alsace, dont le sexe est caché ou dé- guisé, 233.

Messaline, épouse de Claude, oflre quatorze couronnes à Priape, 170 et 1^6.

Mexique. Le culte du Phallus y existait dans les villesde Panuco et de ïlascala, 117.

Miches. Espèces de pains qui ont les formes phalliques ou véné- riques, 256.

MiCHOL, femme de David. Est punie pour avoir fait des repro- ches à son mari qui s'était découvert en public, 218.

M1NOTAURE. Origine de ce monstre, 407.

Mipheletzeth. Nom que portait Priape chez les Hébreux , 77. Rabelais applique ce nom à la reine de l'île des Andouilles, 78.

Missionnaires. Plusieurs couchent avec des femmes du bourg de Martaouan, 4oo- ^« note.

Mithra, Dieu-soleil de Perse. Ses monumens symboliques, où se voit un scorpion mordant les parties génitales du taureau cé- leste, 85 et 86. La note. Explications des bas-reliefs symboliques de Mithra, 91 et 92.

Moïse. 11 fait massacrer, par ordre de Dieu, vingt-quatre mille Israélites qui adoraient Béel-Phégor, 72. Fait tuer tous les Madia- nites pour le mêmesujet, 73. Prohibe les prostitutions dans la maison du Seigneur, 74. Défend aux Hébreux de découvrir les femmes, sur-tout leurs parentes, comme le faisaient les Chananéens, 221.


DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES , ETC. 4^7

^NIoi.NES de saint Théodard jouissaient du droit de coucher la première nuit des noces avec les mariées, 3ii. Les habitans, indi- gnés, abandonnent le territoire des moines, et fondent la ville de ^lontauban, 3 12.

Moines de saint Etienne de Nevers avaient le droit de coucher avecles nouvelles épousées, 3i3.

Montaigne. Il croit se rappeler avoir vu dans son pays une cé- rémonie semblable à celle du couronnement du Phallus, 260. Dit que les femmes de son pays portent une forme de Phallus sur leur coiffure, id.

MoNTAUBAN. Cause singulière de la fondation de cette ville du Quercy, 3ii et 3 12.

Mont Donon, situé entre la Lorraine et TAlsace. Particularité des figures de Mercure qu'on y trouve, 233.

MoNTFORT (Simon de). Sa trahison est préconisée sous le nom de fraude pieuse par l'abbé de Vau-Ceraay, 343 et 34 j. La note.

MoNTLUc se fait gloii'e de ses actes de cruauté, 341 , 34^ et 343. La note.

MoNTLUçoN. Droit singulier et honteux que les seigneurs de cette ville exigeaient des filles publiques, lorsqu'elles passaient sur le pont de cette vUle, 3i4 et 3i5. La note.

MuLLOs. Simulacre du sexe féminin : est réuni au Phallus, i32, i33. Amulette des Romains appelée Fascinum , 164.

MuTiNUS. Nom du Phallus chez les Romains, i63. Les fem- mes romaines s'asseyent dessus avant leur mariage, 160 et 161 ; Tenjambent, 162. Forme du Mutinus, 162. On se prosterne devant son idole, i63. Sa chapelle, id.

Mylitta. Nom de Vénus chez les Assyriens: onFinvoque à Ba- bylone, lors des prostitutions religieuses, 190 et 191.

Mystères du Phallus. Ils sont les premiers auxquels se font initier les Egyptiens qui prétendent au sacerdoce , 56. Melampus n'a pas découvert aux Grecs le fond des mystères du Phallus, 121. Mys- tères de la déesse Cotytto, i33. Mystères de Cérès : le Phallus en fait partie, i34. Prostitutions religieuses dans plusieurs mystères, 204 et 2o5. Mystères de Bacchus : ses abominations, 207 et ao8. Abolis, 211. Mystères de la Bonne Déesse à Rome: leur dépra» vutiou, 211 et 2X2.


44^ TABLE RAISOJNINÉE.

N.

Nantes. Un'usage indécent pratique dans les églises , est con- damné par le concile de cette ville , 368 et 869.

Nasamons. Peuples de la Lybie, qui se livrent à diverses pros- titutions religieuses, 198.

Naucratis. Ville d'Egypte où les filles font le métier de cour- lisannes, 19g.

Ne VERS. Singulier usage pratiqué en cette ville, 869.

Neveu. Nom d'une femme publique promenée dans Paris, toute nue et montée sur un âne, 3 10.

Niort. Ville du Poitou, où Guillaume Vil, duc d'Aquitaine, établit un monastère comjwsé de femmes publiques, présidé par une abbesse, une prieure, et autres dignitaires, 317.

NoÉ , étant ivre , montre sa nudité , et son fils Cbam est maudit pour s'en être moqué, 2185 est représenté nu dans une cérémonie publique 5 vers faits à ce sujet, 324.

Nombril DE Dieu. Est conservé à Chalons : l'évêque de cette ville visite cette relique ; ce qu'il trouve dans le reliquaii-e j plainte des chanoines à ce sujet, 388. La note.

Nudité en usage : provient de la chaleur du climat, 182. Nudi- tés découvertes par des soldats égyptiens, 2175 par Catherine Sforce, 2 1 7 /<? nof e 5 parNoé et par David, 218. La nudité des femmes n"'était pas plus honteuse , chez les Orientaux , que celle des hom- mes, 221. La nudité des filles et des garçons, ordonnée par les lois de Lycurgue, 226 et 227. Platon recommande de pareilles nudités, 228. Les nudités se voient en Italie jusque dans les églises , 290 et 291.

Nudités dans les processions et promenades publiques, 3o8, 809, 3 10 et 321. Dans les fêtes publiques et entrées des rois, 322 et 323. Nudité d'une figure de Noé, 824. De trois femmes représentant les trois Déesses, 824 et 826. Nudités dans les processions, 359 «^ suh\ Nudités de quelques auties pratiques, 869 et 870.

Nudipedalia. Ce que c'était chez les anciens païens^ les chré- tiens s'en moquent, puis les imitent, 358 et suivantes.


DES DIVINITÉS GÉNÉKATRICES , EEG. 449

0.

Odin ou Woden. Dieu germain, père du dieu ïhor, 235.

Onction faite à Isernia : son indécence, 298.

Opinion e'trange des Anciens sur les moyens d'accroître la vertu du Phallus 412 et suu'antes.

Opinion, Elle est fausse lorsqu'on préfère, dans les religions, les sacrifices cruels aux sacrifices amoureux, 406 et 4i3.

Orange. Ville du coratat Venaissin. Quel Phallus on y adorait 5 sa fontaine prolifique, 269 et 270.

Organe viril de la géne'ration. Il était, et il est encore eu grand honneur chez les Orientaux, 1 10, 218. Dsjuraient en posant la main dessus ,2185 ce n'était point une chose indécente chez ces peuples , 2 18 et 219, ni chez les Arabes modernes, 219 et 220. En France, on donne à des pains la forme des organes de la génération des deux sexes, 255 et 206.

Ornée, Lieu situé près de Corinthe , où Priape recevait un culte p articulier, i43.

Orphiques ( secte des). Adopte le culte du Phallus, i45. Ses mœurs austères, et puis corrompues, id.

Osée, prophète. Ce qu'il dit contre le culte de Béel-Phégor, 74*

OsiRis. Dieu soleil , le même que Bacchus, 56. On porte en pro- cession sa figure, munie d'un triple Phallus, 56. Procession de l'idole d'Osiris, représentée dans divers bas-reliefs des anciens temples d'Egypte , 63 et 64. Osiris représenté couché, 64. Fable relative an Phallus d'Osiins, 65.

OsiRis. Principe du bien. Est renfermé dans un coffre par son frère Typhon , principe du mal, 65. Isis reti^ouve à Biblosje corps d'Osiris- qni est coupé en quatorze parties , 66. Isis les recueille et leur rend les honneurs funèbres, 66. L'image de «on Phallus est fabriqué par Isis, et exposé dans un temple , 67.


Pagodes. Temples des Indiens : on trouve des Lingams et des bas-reliefs indécens dans celles de P^ischfîou, d'JEléphanta gH]a.

II. 29


45o TABLli KAISOKNÉE

Note j dt Tanjûre, 98 • de Goudoulour et Tricoulour, 99 ; de J'tt- viscdré , toi j de Âamessourin, 106 j de Jagrenot, 98 et 1 r i .

Pains, appelés Miches. Ils ont les formes phalliques, a56 et 267. Pains fabrique's avec du blé détaché du corps nu d'une femme, 262. Pains fabriqués sur le derrière nu d'une femme, 262 et 263.

Palestine. Culte du Phallus en Palestine, 71 . Voyez Hébreux.

Pamylies. Nom des fêtes du soleil celébi'ées en Egypte à Téqui- npxe du printemps , 55. Sont semblables aux Pliallopliories des- Grecs, 121 ; et aux Priapées des Romains, 172 et 178.

Pan. Le Bouc zodiacal est adoré sous ce nom à Mendès et à Chemnis,24et 25.Ces deux noms de ville signifient Pan en Egypte, 24 et 25. Pan accompagne le& deux soleils Osiris et Bacchus , 44- Pan , Faune, Sylvain , Satyre : divinités identiques avec Priape , 26 et 409.

Pandarons. Moines indiens, qui portent le pulleiar au bras, dans une boîte d'argent, 101. Ils sont surnommés Cachicaoris, 106.

Paphos, ville de l'île de Chypre. Vénus y est adorée, 19a; sous la forme d'une borne, 402 ; on y célèbre des prostitutions re- ligieuses, Ï92»

Paris. État des filles publiques dans cette ville, 319.

Parisiennes. Portent des mandragores pour devenir riches, 253. Ont la gorge découverte, 827 , 328 et 329. Comment elles gagnent de quoi fournir à leur luxe, 332 et 333. Indécences qu'elles se per- mettent dans les bains publics , 334 et 335.

PaïarÈs, en Lycie^Le dieu du pays couche avec sa grande prê- tresse, 2o5.

Pegaze. Il introduit le culte du Phallus dans l'Attique, i3 x .

Peintures anciennes. Leur indécence j peintures obscènes pla- cées dans les églises, 345 j dans les palais, 344; ^"r ^^^ livres de prières, 348, 349 et 35o ; dans les maisons monastiques, 35o.

Pèlerinages. Sont faits par des personnes en chemise, 36o; par des personnes sans chemise, 362.

PÉnitens. Ils se laissent fouetter parleurs confesseurs, 354 et 355.

PÉnitens (société de). Leur origine, 357. 11 leur est permis de se fouetter, mais non pas de courir les villes, id.

Perse. Culte du Phallus en ce pays, 91.

Pet. Redevance féodale que payaient les filles publiques en en- trant dans la ville de Montlucon, 3i4et 3i5. La note.


DES DIVINITÉS GÉNÉRATUIGES , ETC. 4^1

PsTRAaQUB. Ce poète parle de la corruption des habitans d'Arignon , 326.

Phallique. Danse de ce nom, exécutée pendant les létes de Bar- chus, 127.

Phallophores. On nomme ainsi ceux qui portaient les Phallus dans la pompe religieuse e^ecute'e en Thonneur de Bacchus, ia5 et 126.

Phallophories. Fêtes du Phallus chez les Grecs : elles res- semblent aux Pamylies des Egyptiens, 13 1 ; et aux Priapc'es, 172.

PhâLOE. Genre de construction qui portait ce nom, 84. Phallus : ce que c'est, 17. Etendue de son culte, 17 et 18. Son origine, 19, 20, \o^. Epoque approximative où ce culte a pris nais- sance, 20. Le Phallus dérive du culte du taureau et du bouc du zodiaque ; il est le simulacre de la partie génitale de ces deux ani- maux sacrés, 26, 27, 28, 82 et 406. Le Phallus, dans son origine, était isolé, 29 et 407- Lorsqu'il fut adjoint à des figures humaines, il était disproportionné avec cette figure , 3o. Il a une coudée de haut en Egypte, 3i. Il est aussi grand que la figure à laquelle il est adjoint , id. Les femmes égyptiennes portent en procession un Phallus adjoint à une petite figure humaine ; elles le font mouvoir 3i, 49 6t 5o. Il n'appartenait pas originairement à cette figure hu- maine, 3o et 3i. n est le simulacre de la partie génitale du tau- reau Apis, 33. n est le simulacre de celle du bouc, 33 et 34- On attribua au simulacre ou au Phallus la vertu du soleil du prin- temps, dont il était l'emblème, 34. Difïerens noms du Phallus, 35 et 36.

Phallus. Incertitudesurlepeuple chez lequel il a pris naissance, 02 et 53. Procession du Phallus en Egy pte , 53 , et au Congo, 54- Phallus triple adjoint à la figure d'Osiris, 56. Les mystères du Phallus étaient les premiers auxquels se faisaient initier les aspi- rans au sacerdoce, 56. Phallus embaumé, placé sur la momie d'une femme égyptienne, 57. Opinion sur la nature de ce Phallus id. Phallus-Amulette, 58. Les Phallus sont-ils repi'ésentés par des croix, comme le pensent plusieurs savans, 58 et 5g. Le Phallus est ajouté à des figures d'animaux, d'hommes ou de divinités, 60 et 61 ; est réuni à une tête du taureau Apis, 61. Phallus monstrueux ajoutés à des figures d'enfans, 61 et 62. Phallus ajouté aux figures d'Osiris ou de Bacchus, 62 et 63. Phallus d'Osiris en contact avec


452


TABLE KAISONINEE


les ofiïaïuîes placoes sur son autel, 64. Fable composée par les prê- tres égyptiens, pour justifier le culte du Phallus, 65 et suh'. Isis^ pour remplacer la partie sexuelle d'Osiris, que Typhon a jetée dans le ]\il, fabrique un Phallus en bois de figuier, IVrige en divi- nité', et l'expose dans les temples à l'adoiation des peuples, 66. Formes variées du Phallus en Egypte, 68.

Phallus. Son culte chez les Hébreux, 69 et suiw. Les femmes, des Israélites fabriquent des Phallus d'or et d'argent, et forniquent avec, 78 et 79.

Phallus. Son culte en Syrie, 80 et 5uiV. Phallus colossaux à l'entrée du temple d'Hiérapolis, 82 ; leur hauteur comparée à celle des touis de Notre-Dame de Paris, 83; sont dédiés par Bacchus à Junon, idem.

Phallus. Un homme reste sept joui's et sept nuit? sur une de ces figures , et adresse au ciel des prières pour ceux qui font des offrandes, 84 et 85. Phallus sur lequel est montée une petite figure humaine, 86 et 87.

Phallus. Des pénitens nus offrent le leur à la femme de Visch- nou, 99.

Phallus. Nommé Lingam dans l'Inde, 96. Voyez ce mol. In- certitude sur l'existence du culte du Phallus en Chine, ti^.

Phallus. Son culte au Mexique, 1 16.

Phallus. Son culte chez lesGrecs, xio-^ il est introduit chez eux par Mélampus, 121. Les Grecs portent le Phallus dans les Dionysia- (^ues ou Fêtes de Bacchus, 124 et i25. Bacchus fabrique un Phal- lus en mémoire de Polymnus : de quelle manière indécente il abuse de ce Phallus, i3o et i3i. Pégaze introduit le culte du Phallus dans l'A ttique , i3i et i32. Phallus de verre dans lequel boivent les initiés aux mystères de Cotytto, i33. Culte du Phallus dans les mystères de Cérès et de Vénus, i33 et i34-

Phallus. Déclamation des premiers chrétiens contre son culte, 145. Il est révéré par la secte appelée Orpliique, rjS. La multipli- cité des Phallus rend la terre féconde, 146. Le culte du Phallus subsiste chez les Grecs jusqu'au 7e sitcle de l'ère chrétienne, i47- Phallus en ex-voto appendus à l'idole de Priape, i45, 289 et 41 1 • Los dévots viennent baiser le Phallus de Priape, i45.

i^HALLUS. Son culte chez les Romains, ijo et siiiv. Les Cory-


DES DlVliNlTES GElNEUA TRICËS , ETC. 4^0

bantes ou Cabyres introduisent le culte du Phallus en Italie, i5i. Le Phallus est nomme, chez les Romains, Mutinus, i53 et 154. Pompe phallique à Lavinium : le Phallus y est couronne solennellement par une femme de distinction, 154- Autre pompe phallique, i55; objet de son culte, i56. 11 est aussi nommé Tutu- nus ou Titunus , iS^, i58, i5g, 160, etc. Phallus ou amulette des Romains, nommé Fascinum , 164 et 4ii , ses formes diverses, 164 et i65. Placé sur les chars triomphaux des Romains, les Vestales lui rendent un culte, i65. Phallus doubles et triples, 166, aSSetaSg. Enorme Phallus du Priape romain, 176, méprisé chez ce peuple, 177, 178 et 179.

Phallus. Son culte chez les Gaulois, 281 ; il n'y existait point avant l'arrivée des Romains, 23 1, 282 et 284. Pi étendus Phallus trouvés dans les environs de Castres • erreur de Borel à cet égard, 234. La note. Le culte du Phallus, soit par les Phéniciens, soit par les peuples du nord de l'Asie , est introduit dans la Germanie avantParrivéedesKomainsdansce pays, 235. Phallus des Gei'mains appelé Fricco, 287. Phallus énorme de la ville d'Aix en Provence, 240. Phallus triples des Egyptiens , 54- Phallus doubles et triples du B|pt du Gard et de l'amphithéâtre de INîmes : leur singularité, 24o^hallus de bronze, trouvés dans les fouilles de la montagne du Chiitelet, 241. Phallus colossal trouvé dans les mêmes fouilles 241.

Phallus. Son culte chez les chrétiens, 247. H prend les formes chrétiennes, 247 et 248. Phallus placés sur les portes des édifices et des églises des chrétiens, 25 1.

Phallus. Conte absurde d'un docteur en théologie, sur des Phal- lus vivaus qui se nourrissent d'orge et d'avoine, 259. Amas de Phallus vivans dans un nid d'oiseau , idem , et la note. Montaigne croit se rappeler avoir vu en Gascogne une cérémonie pareille à celle du couronnement du Phallus, 260. Les femmes chxétiennes, etmême les religieuses, abusent du Phallus comme les Israélites, 26 1,262 et 263. Phallusde saint i^ottùrt d'Embrun : les femmes y font des liba- tions, 269 et 270. Phallus de la ville d'Orange : sa forme est brûlée par les protestans, id. Les femmes stériles raclaient le Phallus de saint Foutin , 172; de saint Guerlichon, '2'j'j et 278 j celui de saint Guignolé , 278 et 279; celui d'une idole priapique, appelée Tevs, 281 et 282.

Phallus. Son culte chez \ti chrétiens du iS*" siècle, 291. Phal»


U^k TABLE RAISOWNÉE

lus en cire , oficrts aux saints Corne e.i Damien , 3965 le» femme» dévotes les baisent, 296.

Phallus et Priape. Leur culte est moins ancien que celui de Venus, 4o3 et 4o4-

Phallus ex-voto, 410 et 41 1 •

Phallus-amulettes, idem, bénis par les prêtres, id.

Phallus. Ses vertus; comment les anciens croyaient Paccroître, 4i2et4i3.

PhakÈ, Surnom du soleil dans la secte des Orphiques, il est re- pre'senie' avec un Phallus place' en sens inverse, i45.

PhÉnicie. Culte du Phallus dans ce pays, 80. Il est associé, comme ailleurs, au culte du soleil, appelé yîdonis à Biblos, id. Culte de Vénus en Phénioie, 194. Les prostitutions religieuses sont en vigueur dans plusieurs villes de ce pays, \q\ et igS.

Philelphk. Il parle des débauches excessives existantes dans la viUe de Gênes, 327.

PiÉmojNT. Plusiears seigneurs de ce pays couchent avec les nou- velles mariées^ noms qu'y portait ce prétendu droit, 3ii ^ les peu- ples se révoltent contre deux de ces seigneurs, 3i i et 3i2.

Pierre. Abbé de Vau-Cernay , nomme fraude pieuse um des trahisons de Simon de 3Tontfort, 344- ^^ note.

PiGENAT. Curé de Paris du temps de la Ligue, assiste presque entièrement nu à une procession, 364-

Platon. Veut que les jeunes filles et les garçons paraissent nus dans les jeux publics, 228 et 229.

PoLYMNUS ou Prosumus. Se charge de conduire Bacchus près de sa mère Semelé, 129; à quel prix, i3o. 11 meurt en chemin. Bac- chus lui élève un tombeau et fabrique un Phallus à sa mémoire. Action obscène de Bacchus à ce sujet, i3o.

Pompes phalliques. Voyez Processions.

Population. Son accroissement est Tobjet de plusieurs rites et pratiques religieuses, 184, 186 et 187 ; et la nécessité première des anciennes peuplades, 290. Les obstacles nuisibles à la popu- lation sont levés jiar plusieurs moyens, 291 et 292.

PoRTici. Musée des rois de Naples : description de deux vases qui s'y trouAcnt, 4i6-

PrjETUS. Ses filles s«.nt punies ]'our avdir inépvisé le culte d«  Vénus, 201.


DES DIVINITÉS GÉNÉRÂTillCES, ETC. 4^^

Prédicateurs. Leurs déclamations contre les gorges nues et autres indécences, 337, 328, 329 et 33o. Obscénités de leurs dis- cours, 341, 342, 343 , 344; 345 et 346.

Prépuce deN. S. 11 est envoyé' à Anvers, par Godefroy deBouil-. Ion pour y remplacer le culte de Priape, a8i> On en compte un«  douzaine , 388. La note.

Prêtres. Ceux de l'Inde jouissent les premiers des filles qui vont «€ marier, 109 et suw. Donnëitt des femmes à leur dieu, et font les fonctions du Dieu-e'poux , 1 10,

Prêtres de Chiven, Us officient tout nus. La chasteté leur est recommandée, même en pensée, sous peine d'être lapidés, 108. Ceux de Canara , se promènent tout nus dans les rues : étrange <lévotion des femmes en cette circonstance , 110. Fourberie et libertinage des prêtres en divers pays, 2o5, ao6 et 399. Leurs débauches et leurs crimes pendant la célébration des mystères de Bacchus à Rome, 208, 209 et 210. Prêtres chrétiens président à la procédure indécente du congrès , 3o6j ont le droit de coucher avec les nouvelles mariées, 3i i .

Prêtres. De quelle manière un prêtre libertin fut trompé par le diable, 339. Prêtre nu aux processions, 365. Prêtres con- cubinaires, 3^3. Les habitans des campagnes demandent qu'ils soient mariés, 374. Les évêquesleur font payer le droit d'avoir des concubines, 374 et 375. Des prêtres assassinent un particulier qui voulait proscrire leur mariage , 376. Avilissement dans lequel ils tombent, id. Arrogance de leurs concubines, 384- La note.

Priape, Priapis. Ces noms dérivent de la syllabe Pri et du mot Apis, 26. Adoré chez les Hébreux sous le r.om de .Béel-Phe- gor, 71, sous le nom de Mipheletzeth, 77. Ses prêtresses, 76. Maa- cha , mère du roi Aza , est la grande-prêtresse de Priape chez les Hébreux, 77. Aza détruit les idoles et le sacerdoce de Priape, id.

Priapes sur lesquels sont placés des hommes, 87, 88. Priape d'ai- rain, 88. Les habitans de Lampsaque convertissent le Phallus en divinité particulière appelée Priape , l'i'j. Sa fable, 139, 140. Il caresse les femmes de Lampsaque; ce qui en résulte i4o. Un /ïn«  est consacré à Priape : pourquoi , 1 4 ' • Priape est qualifié de sau- veur du monde, \\\, ' 77 t^t 4i9- Priape . On lui rend un culte particulier à Lampsaque, 1 89; â Pria- pix, dans l'île de Priapos, dans celle de Priaponèse, i4a ; à Ornée,


456 lABLE UAiSOJNNÉE

à Coloplioii , clicz les Gylleniens , lf^3. Chez les Romains, i58. Sa figure , 169. 11 était peint en rouge , id. Place clans les vignes, les vergers, 169 et 177. Confondu avec Mercure, 172. Ofl'randes à Pi'iape, 174- Ses chapelles, idem. De'votion des Romaines à ce dieu, 174 et 170.

Priape à double et à triple Phallus, 166. Son idole est de bois de figuier ou de saule, 1G8. Portrait de Priape chez les Romains, 168, 169, 170 et 171. Il est un pre'servatif chez les Romains, 172. Offrandes qu'on lui faisait, 178. Devenu un objet de ridicule et de mépris, ses idoles furent abandonnées aux enfans, 177. Les chré- tiens déclament contre son culte, 178. La superstition etThabitude le soutiennent, 179 et 180. Son culte chez les Germains, sous le nom de Fricco , ^36 et 237. Les Romains introduisent chez ces peuples leur culte de Priape, 237. Idole de Priape trouvée dans la ville de Saint-Bertrand, 240.

Priape. Sa chapelle à Autun, sur la montagne de Couard, 240. Culte de Priape établi à Anvei's, 243. Était encore en vigueur chez les Escla vons , au 12e siècle : ce dieu y est nommé Pripe- Gala, 244 et 245. ils immolent des chi'étiens à ce dieu , 246. Culte de Priape chez les chrétiens, 247- Reçoit les noms de quelques saints du christianisme, 267 et 268.

Priape. Son culte existait encore au i8« siècle dans la ville de Trani. Forme de son idole : ce culte y est aboli • par qui , 292. Ce culte existait encore de nos jours à Isemia, 298. Détails relatifs à ce culte, 294 et .st/iV. Il est en rapport avec les mœurs des chré- tiens du siècle passé, 389. Priape du musée de Florence, ^16. Du musée du cardinal Albani , 417-

Priape ou Priapis, ville de la Troade, i4'2.

PriapÉes. Fêtes de Priape, 172. Leur description , 172, 173. On les retrouve dans les bas-reliefs de plusieurs vases antiques, 243. Un ciboire de la sacristie de Saint-Ouen de Rouen offre des mé- daillons antiques qui représentent des Priapées, 243 et 244'

PriapÉes. C'est ainsi qu'est nommé un recueil de plusieurs piè- ces de vers sur le dieu Priape, 179 et 180.

PriapÉes , en peintures ou en bas-reliefs , se trouvent souvent dans des tombeaux, sont des objets religieux, ^\ft, 417, 4*9 ^^ ^'^^'

Priapes^eus. Dieu-soleil , Apollon. Il est adoré à Priapis, 142.

Priaponese. Ile du golfe Céramique, il^i.


DfîS DIVINITÉS GÉNÉRATRICES, ETC. /jSj

Priapos. Ile de la mer d'Ephèse, i4a.

Printemps (e'quinoxe du). Époque célèbre de l'année chez les unciens, 20. Fêtes en son honneur, 21.

Pripe-Gala. Nom de Priape chez les Esclavons du 12» siècle, 245. Sacrifices horribles que ces peuples lui font, 246.

Prisio. Nom d'un usage singulier et indécent pratiqué dans plu- sieurs églises de France, 369.

Procession. Les Egyptiennes y portent une petite figure munie d'un grand Phallus qu'elles font mouvoir, 53 et 54- Pareille pro- cession dans le Congo, 54- Procession où l'on voit la figure d'Osiiis munie d'un triple Phallus, 56. Autre procession où l'on porte lïdole d'Osiris, 64. Procession des grandes Dionysiaques, 124 et laS,

Procession ou pompe phallique célébrée à Lavinium, i54. On y portait le Phallus sur un char magnifique , et une dame romaine venait le couronner, i54.

Procession de filles publiques de Paris le jour de sainte Made- leine, 319. Les excommuniés figurent aux processions, et y sont fouettés, 355.

Processions où les dames romaines transportaient le Phallus de sa chapelle dans le temple de Vénus, i55, i56 et iSy. Processions chrétiennes où les adultères sont obligés d'y assister nus , 309.

Processions de flagellans , 356 et 357.

Processions composées de personnes ayant les pieds nus, 358 et 359; de personnes en chemise, 359 ^^ 36o ;^ de personnes nues et sans chemise, 362, 363 et suw.

Prostitutions religieuses. Elles sont fort en usage dans le culte de Vénus, 189. A Babylone, 190 et 191. Dans l'île de Chypre, à Paphos, 191 et 192. A Sicca-Veneria , près de Carthage, 193. Dans toute la Phénicie- à Biblos, 194. Au temple des Apha- queset à Héliopolis, T95. Chez les Hébreux, 196 et 197. En Armé- nie et en Lydie, 197. Chez les Augiles, 198. Chez les jVasamons et àNaucratis, 198, 199. Les prostitutions religieuses se maintiennent dans les mystères, 201. Existent encore, 398 et suiw.

Prostitutions dans les villes : ses causes, 344- Lieux de prosti- tution nommés abbaye (Voyez ce mot). Les prostitutions religieu- ses ont, pour cause unique, le besoin de l'accroissement de la po- pulation, 393, 396 et 399. Elles existent encore chez plusieur»; peuples, 4*50 et ^o\. ra note.


4^8 TABLE RAISONKÉE

Prostitutions religieuses dans le royaume de Juida, 4oi.

PsAMMETiCHUS, roi d'Egypte. Des soldats révoltes se découvrent devant lui, a 17. Motif de cette conduite, id.

Pudeur. Née de l'habitude de se vêtir, et des pays froids, 18a, est une vertu de convenance ; elle diiTèx'e de la chasteté , 229.

PuLLElAR, Figure qui représente dans l'Inde la réunion des deux sexes, loi et 102. Les sectateurs de Chiven le portent pendu à leur cou ou à leurs bras dans une boîte d'argent , loi. Anecdote singulière sur le PuUeiar, 102 et io3.

Puy, ville du Velay. On y révérait saint Foutin, et les femmes y raclaient son Phallus pour devenir fécondes, 371. Cérémonie singulière pratiquée autrefois dans cette ville, 867.


QuEîiiPiLi. Château de la ci-devant Bretagne, où se trouve una idole féminine dont le sexe est Aoilé par une sorte d'étole, 1Z1.

Queue d'âne , conservée à Gênes comme une relique , 889 la noie. Ce qu'en dit un moine italien, ibid.

R.

Raclure du Phallus. Ce remède pris en décoction , est un spéci- fique contre la stérilité des femmes, 274? 276, 276 et 277. On ne connaissait point, chez les anciens, l'usage de racler les Phallus, 3 00.

Ramessourin. Temple très-renommé consacré à Chiven dans l'Inde, 106.

Religieuses. Celles accusées d'impudicités , sont soumises à une visite, 3o5. Leur débordement , 38o et 38i. Singulier moyen em- ployé par un évêque d'Angleterre , pour s'assurer de leur chas- teté, 382. Religieuses de France : leurs débauches, 38a et 383. Religieuses infanticides , id. Empoisonnent une abbesse qui vou- lait les réformer, 38:^. Regnaud (saint). Saint Priapiquc, révéré parles Bourguignons, 276.

René (saint). Saint Priapique, révéré en Anjou : cérémonies in- décentes des femmes stériles, 276.

Ribauds (roi des), Les filles publiques de Paris, suivant la cour, -sont tenues de faire son lit pendant tout le mois de mai, 3 19

Rivau (du). (Je qu'il fait jKiur donner les innocens , 371.


DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES, ETC. 4^9

RoCAMADOUR, ville du Rouergue. Les femmes, pour devenir fé- condes, baisent le verrou de la porte de Téglise de ce lieu, et une barre de fer appele'e Bracquemart de Rolland^ 286.

Romaines. Les femmes, pour être rendues fe'condes, se font frap- per avec des lanières de peau de bouc , 5o. Placent une couronne sur le Phallus, i54. Se mettent en contact avec Pidole appelée Mutinus , 160, 161 et 162. Voyez Femmes.

Romains. Du culte du Phallus chez ce peuple, 149. Leur escla- vage pour les superstitions et les prêtres contraste avec leur cou- rage, 149 et i5o. Ils introduisent leur culte chez les Gaulois et les Germains j les dieux du Capitole sont reçus chez ces peuples , et avec eux le dieu Priape, 287 et 238.

Rome. Le pape Jules II établit dans cette ville un lieu de pros- titution^ plusieurs papes, ses successeurs le confirment et font de règlemens à ce sujet, 32 1.

S.

Sabbat des sorciers, paraît tirer son origine du culte du Bouc sacré, 5o et 5i.

SabÉisme ou culte des astres, 20,

Saint Nectaire, abbé d'Aurillac. Ses débauches, nom obscène du lieu où il les exerce j les peintures lascives qui s'y trouvent , 35o. La note.

SaintsdeDieu. Ce que c'est en Turquie. Acte étrange des femmes à leur égard, m, la note. Saints à Phallus : voyez les noms des saints /*'oufj>î, Guignolé, Giierlichon, ReTié , Regnaiid, Arnaud, Cyr, Gilles, Corne et Damien.

Salomon. Ce roi surpasse en sagesse tous les rois de la terre, 186. Il épouse la fille du Pharaon d'Egypte, a commerce avec la reine de Saba, a de plus sept cents femmes et trois cents concubines, élève des temples à des idoles, 186.

Samos. Les prostitutions religieuses y sont abolies; par qui,. 201 .

Santo Membro (il). Nom que les habitansde Trani donnaient à une idole de Priape, 292.

Satyre, même divinité que Pan, Faune, Sylvain et Priape , 45 et 46. Groupe de Satyres dans les pompes religieuses de Bacchus en Grèce; imlt'cence de leur action, 126, 127 et 128. Satyre, es-


46o TABLE RAlSOiXNÉE

pcce de Priape, 409- Groupe du Satyre et de la chèvre du musée de Portici , 416. Pareil groupe à Dresde, ^i^.

Sauvage. L'état de l'homme sauvage est celui des plus ancien- nes socie'te's du monde, 288 et 28g.

Sauveur du mojnde. Titre donné à Priape dans une inscription antique, i44, 177 61419.

Saxons. Ils adorent trois dieux, dontTun est une divinité phal- lique, 235.

Scorpion. Est représenté piquant l'extrémité de la partie géni- tale du taureau renversé par Mithra, 85. La note. Il devait piquer riiomme placé sur l'extrémité d'un des Phallus d'Hiérapolis si cet homme venait à s'endormir, 85.

Seigneurs , laïcs ou ecclésiastiques. Ils prétendent au droit de coucher avec les nouvelles m ariées, 3 1 o . Divers é vénem ens à ce sujet , 3ii. Plusieurs seigneurs de Gascogne sont réduits à ne mettEC qu'une jambe ou une cuisse dans le lit de la nouvelle mariée, 3i3. Droit singulier d'un vieux seigneur du Vexin normand, sur le ma- riage de ses vassaux, 3i3 et3i4. Droit honteux exigé sur les filles publiques, par les seigneurs de Montlucon, 3i4 et 3i5. La note.

Sémelé, mère de Bacchus. Ce Dieu va la chercher aux enfers, 129 et i3o.

SÉNAT des dames romaines. Est établi par Héliogabalc à l'oc- casion de la fête du Phallus : droits et privilèges que lui accorda cet empereur, i56.

SÉrapis. On trouve plusieurs ci-oix dans le temple de cette divinité, à Alexandrie, 60.

Serment. Se prononçait en posant la main sur l'organe de la gé- nération, 219. C'est ainsi qu'on jurait dès le temps d'Abraham et de Jacob j c'est ainsi que jurent encore les Arabes modernes, 319 : e-.emple d'un pareil serment, 219 et 220. Les filles violées, dans le paj-s de Galles, posaient une main sur les reliques des saints, et l'autre sur la partie virile de leurs violateurs en pi'ononçant leur serment, 221.

SÉsoSTRiS, roi d'Egypte. Fait élever des colonnes portant une Inscription fastueuse et les marques des deux sexes, 216 et 217.

Sforce (Catherine ) , princesse de Forli , se découvre devant ses sujet? révoltés , ?:i7, L'r note.


DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES , ETC. 4^1

Sicca-Veneria, lieu près de Carthage consacre à Venus cf. aux prostitutions religieuses, 193 et 194.

Silène, nourricier de Bacchus. Etait représente dans les l'êtes Dionysiaques monté sur un âne, et à demi-ivre, 127. Son âne prend dispute avec Priape sur certaines prétentions, x^j.

SYLVAIN. Espèce de Priape, 407 et 409.

SiTA, femme de Wisclmou. Bas-relief qui la représente entou- rée de pénitens nus lui ofiVant leur Phalhis, 98.

Soleil printaunier. Est figuré dans le zodiaque parle taureau et le bouc, 21 . Le soleil cliez les anciens était représenté par les divers animaux, qui sont les signes du zodiaque, 25. Soleil nommé Bat- chus et Osiris chez les Egyptiens, Baal et Beel chez les Ass}'- riens , adonis en Phénicie , Atis en Phrygie , Mithra en Perse , Apollon en Grèce. Voyez ces différens noms.

Sorcières. Plusieurs font des amas de PhaQus prétendus vivans : conte d'un théologien à ce sujet, 209, et la note.

Spintriexnes. Nom de pierres gravées représentant des obscéni- tés, 418.

Sphexger, inquisiteur. Contes absurdes et indécens qu'il publie, ' 209. La note.

Succoth-Benoth. Lieu consacré aux prostitutions religieuses, le même que Sicca-Veneria, 193 et 194.

Suéde. Manière indécente dont on punissait dans ce royaume les adultères, 809.

SuÈvES. Adorent trois dieux, dont l'un est une divinité phalli- que, 235.

SyrÈnes. Sont représentées à Paris dans une cérémonie publique par de belles filles toutes nnes, 323.

Syrie. Culte du Phallus en ce royaume, 80. V. Hiérapolis.

T.

Taly. Joyau que les Indiennes portent à leur cou : on y voit quelques hiéroglyphes , et leLingam, 102. Les capucins veulent faire quitter cet ornement aux chrétiens de l'Inde : querelle qu'ils ont avec les jésuites ; parti moyen que les missionnaires ndoptent sur cette matière, 102 et io3.

Ta:\jore. Pagode de l'inde , 98. La note.


^62 TABLE RAISON NÉE

Tapisseries représentant des sujets indecens. Voyez Peintures. Targilies. Fêtes grecques où figurait le Phallus, 137. Taureau. Signe du zodiaque : à quelle époque le soleil entra dans ce signe à l'équinoxe du printemps , 20. Adoré comme soleil printannicr, 21, 4^5. Les taureaux, les beerofs et lès Taches jouent un grand rôle dans la mythologie , 22 , 23. La note. Le taui-eau adore' est nomme Apis, comme le bouc sacre', 25. Les membres de cet animal sacre ont été adorés isolément, et appliqués à des bor- nes , à des troncs d'arbres, et à des figures humaines, 28 et 29. Le volume de la partie sexuelle du taureau Apis détermine son élection, 29. Ainsi que certaines taches de sa peau \i.

Taureau sacré. Culte qu'on lui rendait, 4i- Deuil à sa mort, 42. Joie lorsqu'on lui donnait un successeur; cérémonies observées en cette occasion, ^'x. Les Egyptiennes , pour être rendues fécon- des, se découvi'ent devant le taureau Apis, 4^ et 43. Le scorpion mord ses parties génitales, 85 et 86. La note.

Temple. Le taureau Apis en habitait un magnifique à Mem- phis , 43. Magnificence de celui d'Hiéi-apolis, 81. Ce qui se prati- que dans celui de B élus à Babylone, 204. Richesse de celui du dieu Thor à Ubsolol, 236.

Templiers. Sont accusés d'adorer une figuré appelée mandra- gore , 252.

Tejjtiris ville d'Egypte : bas-relief de son temple, 64.

Ters. Nom de Priape à Anvers, 281 ; signification de ce mot, i<L

Thamars. Elle se déguise en prostituée : fornique avec son beau- père, et en a deux enfaus, 186.

Thor. Dieu germain, fils d'Odin, 235.

Thau. Image de la croix, Sg.

ThÈbes, ville d'Egypte. Possède un temple dédié à Jupiter, où ce Dieu communique avec les femmes qui y couchent, 204.

Thoth. Colonnes cruciformes chez les Egyptiens, 59.

T1AZOLTEUTI, Priape des Mexicains, 117.

Toulouse, ville de France. Une grande abbaye de filles publi- ques instituée dans cette ville, est protégée par les rois Charles VI etCharles VII, 3i8 et 819. Cette ville eu retire quelque profit, 819.

Trani. Ville du royaume de Psaples où a été découvert un ta- bleau votif représentant Priape avec un triple Phallus, 167. Le <^ulte de Priape s'y est conservé jusqu'au t8<" siècle, 392. L'idole


DES DIVINITÉS GÉIVÉRATRÏGES , ETC. 4^5

de ce Dieu y était porte'e en procession , id. IXom de cette idole ^_ •ig-i. J. Davanzati abolit les cére'monies de ce culte , id.

TrÉviscarÉ, pagode de l'Inde. Inde'cence des bas-reliefs de cet édifice, loo^ et de ceux des chai's qui servent ans pompes re- ligieuses dans ces contre'es, loi .

Trinité des Indiens. Sa figure caractéristique, 97. Description du piédestal qui exprime cette trinite', 100.

ÏRIPHALLUS, ou Phallus triple. Osiris figure dans les processions des pamylies avec un triple Phallus, 55 et 56. 'Opinion de quelques savans sur les Triphallus, Sg. Priape à Triphallus de'couvert à Trani, 167; sur i'amphithe'âtre de Nîmes 5 au pont du Gard, aSg ^ et dans les fouilles de la montagne du Châtelet, en Champagne , a4i.

TuTUNUS ou TuTiNUS. Nom du Phallus chez les Romains, 35, i58, 159. La note. Voyez Mutinus.

TypHON, principe du mal, frère d'Osiris. Renferme Osiris dan* un coffre et le jette dans le Ml , 65. Retrouve ce coffre, coupe le corps en quatorze ou vingt-six parties, et les disperse çà et là, 66.

U.

Union monstrueuse des femmes égyptiennes avec les animaux sacre's, 46 et 47' Des femmes indiennes avec un Phallus de bois ou de fer, 108 et 109. Union indiquée du Sinus-Veneris avec le Muti- nus, i56.


Vas mystique. Il faisait partie de la pompe processionnelle de Bacchus, ia6.

Vases du musée de Portici. Indécences des scènes qu'ils repré- sentent, 416. Ces vases étaient des objets religieux, 4^7 ^ trouvés dans des tombeaux, id.

Vesta, endormie, est sur le point d'être violée par Priapê, 140.

VÉNUS. Ce nom dérive de Succoth-Benoth et de Sicca-p^ene- ria, qui était le lieu consacré aux prostitutions religieuses, 193. et ^02. Vénus est appelée Mylitta par les Babyloniens, 191 ; et Astarté en Phc<nioio, 194. Les jeunes filles de la Grèce redoutent sa colère et se so";rr.ettent à son culte, uoi. Cette déesse est figurée


464 TABLE RAlSOî^lNÉE DES DIVINITÉS , ETC.

clans une fête publique à Lille par une Flamande chargée d'em- bonpoint, 324-

VÉNUS, mère de Priape. Est trompée par Junon , i3g. Son culte iiiconnu chez les Romains du temps des rois, iSa. Est associe' à celui du Phallus, i55. Cére'monie où les dames romaines plaçaient le Mutinus dans le sein de Ve'nus-Ericie , i54 et i55. Du culte de Véuns et autres institutions , etc., i8i . Il a pour objet de favoriser la population , 188. 11 ne consistait que dans des pros+itutions reli- gieuses, 189 et 190. Ve'nus est adore'esous la forme d'une borne, ou d'nne pierre pyramidale indistinctement dans divers lieux , 206. Origine de cette divinisation symbolique, 4<^ï- ^^^ culte se main- tient en Gi'èce, 201. Pourquoi, id.

VÉNUS. Indique'e par les prêtres comme une de'esse cruelle qui punissait les jeunes filles rebelles à son culte, 4o3. Son culte est plus ancien que celui du Phallus ou de Priape, 4o4-

Vierge sainte. Surnom de Ce'rès, i33.

ViLLEFRANCHE en Beaujolais. Petite ville où se trouvait des lieux de prostitution tenus par les deux sexes, 32 1. Charte de franchise d'Edouard II à cet e'gard , ibid.

Vinaigre (saint). Est produit parle vin dont les femmes d'Em- brun arrosaient le Phallus de saint Foutin, 269.

Virginité. Les filles et les jeunes mariées de l'Inde sacrifient leur virginité au Lingam 108. Les Romaines en offrent, par un certain contact, les pre'mices à Mutinus , 160 et 161. Elle est un opprobre pour les filles nubiles, chez les He'breux , 187. Les filles de l'Inde croient ne pouvoir aller en paradis avec leur virginité' , 188. Les filles, prêtes à e'pouser, de'posaient sur l'autel de saint Foutin leur robe de virginité, 273.

Voltaire : son opinion sur les prostitutions religieuses , 21 5 la noie. Censure de cette opinion , id.

Walpurge (sainte) d'Anvers, origine de cette prétendue sainte ; signification de ce nom , 281 et 282. Opinion de Goropius à ce sujet, id.

z.

Zodiaque. Les signes du taureau et du bouc, ou le chevrier , se trouvent dans la même division zodiacale , 23, 24, 4^7 •

FIN DE LA TABLE RAISONNÉE.



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