The Book of the Knight of the Tower  

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Kunstformen der Natur (1904) by Ernst Haeckel
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Kunstformen der Natur (1904) by Ernst Haeckel

The Book of the Knight of the Tower (full French title: Livre pour l'enseignement de ses filles du Chevalier de La Tour Landry) is a book commenced by Geoffroy IV de la Tour Landry in 1371, and which he continued writing at least until 1372. It was translated into English (as The Book of the Knight of the Tower) by William Caxton and completed, according to his colophon, on 1 June 1483, during the reign of Edward V. It was further translated into German as Der Ritter vom Turn in 1493. The Livre pour l'enseignement de ses filles served as a tutorial for De la Tour Landry's daughters on proper behavior when visiting the royal court, which, the knight warns, is filled with smooth-talking courtiers who could potentially disgrace them and embarrass the family. The author was a widower, and concerned for his daughters' welfare. He takes a strong moral stance against the behavior of his peers and warns his daughters about the dangers of vanity.

The German Der Ritter vom Turm was the work of Marquard von Stain, a member of the Swabian nobility. He himself had two daughters, Elsa and Jakobea, for whose benefit he claims to have translated the French text.

Another English translation older than Caxton's survives in manuscript; British Library, Harley no. 1764. The manuscript was written in the reign of Henry VI of England.

Full text[1]

Harvard Collège Library



TH« GIFT OP


Edgar Huidekoper Wells


BllMIMi


Â


x


f*.


LE LIVRE


DC CHEVALIER


DE LA TOUR LANDRY


Paris. — Impr. Gniraudet et Joaaott, 338, me Saint^Honoré.



LE LIVRE

DE LA TOUR LANDRY

Pour V enseignement de ses filles

Publié d'iprèa les manuBcrite de Paris et de Londres


H. ANATOLE DE MÛNTAIGLON

AmiED <I6ti! de l'Ecole dt> €h.n»



A PARIS

Chez P. Jannbt, Libraire



f r




■ . K


PRÉFACE.


e livre du chevalier de La Tour a joui d'u- ne grande vogue au moyen âge. Souvent Iranscrit par les copistes , il obtint de S bonne beure les bonDeursde l'im pression. Publié d'abord par le père de lalypogra,pbie aogloi- se, le célèbre Caxton, qui l'avoit traduit lui-même, il fut, neuTans après, traduit et imprimé en Allema- gne, où il est resté au nombre des livres populaires. Moins beareux en France, le livre du chevalier de La Tour n'y eut que deux éditions, de la premiËrc moitié du ReizîËme siècle , connues seulement des rares amateurs assets heureux pour en rencontrer un exemplaire, asseï riches pour le payer un prix exorbitant-

En publiant une nouvelle édition de ce livre, nous n'avons pas en vue son ublilé pratique. Nous voulons seulement mettre dans les mains des hommes des choses du passé un monument littéraire quabte, un document précieux pour l'histoire de:



^J


l'It


ACE.


mœurs. 11 esL piqimnt et iiistrucliF, en se rappelant coniDifl contraste les lettres de Fénelon sur ci de voir ce qu'étoil au xlv siècle un livre sur VU cation des Biles.


La famiite du fhevalier de La Tour Landry.



Hais I avant de parler de l'œuvre , il convient de parler de l'autenr, et de rassembler les dates et les Tuts, si petits el si épars qulls soient, qui ee rappor- tent à sa biographie, à celle de ses aucêlreB ei de ses liU : car, si son nom existe encore, l'on verra que sa descendance directe s'est bientôt éteinte, circon- stance qui , en nous fixant une limite rapprochée de lui, nous obligeoil par là mâroe d'aller jusqu'à elle , pour ne rien laisser en dehors de notre sujet. Celte partie généalogique sera la première do cette pré- face; nous aurons à parler ensuite de l'ouvrage lui- même, des manuscrits que l'on en connoit, et enfin des éditions et des traductions qui en ont été faites: ce seront les objets tout naturels et aussi nécessaires de trois autres divisions.

Pour la première, deux généalogies manuscrites, conservées au\ Manuscrits de la Bibliothèque impé- t'iale', et qui nous ont été communiquées par M. La-



Préface. vij

cabane ; le frère Augustin du Paz, dans son His- toire généalogique de plusieurs maisons illustres de 'Bretagne, Paris, Nie. Buon, 1621, in-f»; Jean le Laboureur , dans son Histoire généalogique de la maison des Budes, Paris, i656, in-f>, à la suite de Tfais- toire du maréchal de Guébriant ; le Père Anselme ; Bom Lobineau et Bom Morice , dans les preuves de leurs deux Histoires de Bretagne, contiennent des renseignements précieux ; mais il ne suffiroit pas d'y renvoyer, il est nécessaire de les classer et de les rap- procher.

£t d'abord, le lieu de Latour^Landry, — siège de la famille, et qiû, après avoir dû recevoir son nom de son château seigneurial et d u nom d'un de ses membres, en est devenu à son tour l'appellation patronymique, — existe encore sous ce nom dans la partie de l'ancien Anjou , limitrophe du Poitou et de la Bretagne , qui forme maintenant le département de Maine-et-Loire, il se trouve dans le canton de Chemillé , à 27 kil. de Beaapréau , entre Chollet, qui est à 20 kil. de Beaupréau, et Yezins , éloigné de 26 kil. du même- endroit. Autrefois , le fief de Latour-Landry étoit a sis et s'étendant sur la paroisse de Saint-Julien de


la notice manuserite, drenée par feu messire René de Quatreburbes , ieigneor de la Rongère , et comninni<iuée au mois de may 169a par M. le marqua de la Rongère , son fils. Dans l'une, cette men- tion est de la main de d'Hoiier, qui l'a signée , et qui a fait d'évi- dentes améliorations; elle est paginée lag A i56. Comme ehaenne de ces copies contient des renseignements particuliers, nous désigne- rons la copie du cabinet d'Hoiier, comme étant la plus complète , par Généai. nu, 1; et l'autre , qui n'est pas copiée jusqu'au bout , par GéuétU, m. », Quand nous citerons sans numéros, c'est que le Csit se trouve dans les deux.


viij Préface.

([ Conciles I », qui esV &i5 kil. de Mantes, canton de

Loroui , dans la partie bretonne du département de

U Loire-lnrérieure. Les restes du doDJOD des sei- gneurs subsistent encore maintenant, me dit-on , à Lalour-Landr^, notamment une grosse tour très an- cienne, dont on [ait , dans le paye, remoutur la cod- alruction au lii' siècle , et je regrette de ae pouvoir En donner de description *.

Les généalogies manuscrites commencent par le liA- loiir-l.andry du roman du roi Ponthos, roman sur le- quel nous aurons à revenir plus lard, et comme, se fon- dant sur Bourdigné , elles mettent en 495 la descente Fabuleuiie en Bretagne des Sarrazins, contre lesquels ce I.8tour imaginaire se dislingua à cùtê du non moins imaginaire l'onthus . le généalogiste continue fort Daivemeot en disant que •• la chronologie , qui i> souvent sert de preuve pour connoitre le degfdde » fiUalion, Toit juger que ce Landry peut avoir été le !• père de Landry de Latour! vivant eQ577,etmaire » du palws sous Cbilpéric i" . » La copie de d'Hozier ne va pas si loin ; elle se contente de le croire Bon grand- père. Il n'est pas difficile mûntenanl de dire quelque chose de plus historique.

Ain^i, Je croiroit: membre de la famille de La- lour l'Etienne de La Tour, Slefatm de Turre, qui fi- gure comme tÉmoin dans une pièce de 1166°, et


,m i:iuuT Lioilrf, 1. Dnni LnlH>»i


Préface. ix

dan9 006 pièce de 1182 ^ dan» ce dernier cas avec le titre » concluant pour notre supposition , de séné- cbai d^A^jou. En 1200, «n Landry de La Tour , sire dttdit lieu, de llsle de Bouin, de Bourmont, de la, Comouaille , etc. , eut procès à raison du tiersage de Mortaigne, à cause de llsle de Bouin *. Vingt ana après y on trouye un personnage de ce nom, et déj4 avec le prénom de Geoffroy; au mois de mai 1220, le jour de }a Trinité, un Geoffroy de La Tour est en- tendu à Nantes à propos du ban du sel, que se dispu- t<Henit.le duo de Bretagne et Tévéque de Nantes ^.Trente ans «près, un autre Landry de Latour échangea cette terre, déjà nommée, de llsle de Bouin, avec le sieur de Macheoou^ contre celle de Loroux-Bottereau; et, vers la in de ce même siède, nous retrouvons un autre La- tour , encore ayec le prénom de Geoffroy ; car « Qeuf* » firey de la Tor, escuier », figure avec Olivier de Rogé, Bemabes , seigneur de Derval , Guillaume de Per- val et autres 1 dans une convention passée entre le duc de Bretagne Jean 11 étales nobles , par laquelle il consent à changer le bail et garde-noble e^ rachat ; la pièce est datée de Nantes « le jour du samedi » avant la feste SainWYkûre, en Tan de Tmcamation jst mil deus œnt sessante et quinze. (1276), meis » de janvier ^.T»

». Dom Lobine«n , Premvn , col. 3i6 ; et Dom Morice , Preuve», I, col. 689,

s. Généâl. wu. 1.

3. Dom Lobiiiean, HUteire , I , «iS; Preuvee, col. 377; et Dom Morice , Histoire, I. 1750, p. i5o; et Preuves, I, eol. 847*

4* Généal, m*. 1.

5. Dora Lohintnkt Histoire , I, •7a ; Preuves, eol. 4*6 ;— et Dom Morice . Histoire, \, p. fto6 ; et Preuves^ I. col. 1039.


Préface.

nalureh . Meus, je le répète, cette conclusian, que je crois la plus probable, ao nous donne pas le nom de la mère de notre Geoffroy.

En lout cas, celui-*! ne fut pas le seul enfant : car la généalogie manuscrite place comme second fils un Arquade de Rouge, ca nous apprenant, de plus, qu'il épousa Anne de la Haye Passavant ', fille de Briand de la Haye et de Mahaud de Rougé, sœur ai- née de Jeanne de Rougé, et toutes deux filles de Ron- nabes de Rougé. Ceci est pour nous très curieux; car, — comme on verra que notre Geoffroy épousa cette Jeaoïie de Rougé, sœur cadette de Hahaud, — Anne de la Raye, fille de Mabaud de Rougé, sœur aî- née de Jeanne, se trouvoit, en épousant Arquade, avoir sa tante pour belle-sœur. On pourroit en infé- rer aussi que, les deux belles- sœurs étantsans dou- te à la distance d'une génération, Arquade ctoil beaucoup plus jeune que Geoffroy, son frère aine.

La mention la plus ancienne que nous trouvions de notre auteur nous est donnée par lui-même. Il ra- conte dans son livre la conduite dos seigneurs qui se trouvoienl avec le duc de Normandie, depuis le roi Jean, au siège d'AguiUon, petite ville d'Agenoie , si-


poftiphiiun . ai eu Pi^lou H du


Préface. xiîj

tuée an confluent du Lot et de la Garonne. Comme Froissart' a parlé longuement de ce siège, qui, commencé après Pâques de Tannée i346, cette an- née le 16 ayril , fut levé au plus tard le 2a août ', il en faut conclure que notre Geoffroy, qui en parle comme un témoin, étoit déjà en état de porter les ar- mes. Nous sommes après cela long-temps sans le ren- contrer. Au premier abord , on seroit disposé à lé retrouver en i356 dans le sire de La Tour que Froi»- sart 3, et que le prince Noir dans sa lettre à Tévéque de Worcester sur la bataille de Poitiers^, mettent au nombre des prisonniers folts par les Anglois ; mais comme Froissart, dans son énumération des seigneurs présents à la bataille, qu'il donne un peu avant ^, met un sire de La Tour parmi les nobles d'Auvergne , il est probable que c'est de celui-là qu'il s'agit ^, et non

1. Ed. Bachon , t. T, !!▼. i, part, i*^*, p. ais-63.

«. Hiêtoire du Languedoc de Dom Vie et de Oom VaJssette , li" vre xxxj . § 18 A as ; éd. in-fol., t. IV, p> «59-69 ; éd. in-S"), t. Vif , p. 161-3.

3. Froissait, éd. Buchoa, Ht. i , part, ij , chap. xlij, tome I, p. 35i.

4« Arekœologia Britannica^ in-i», I, p. s 1 3 ; et Buchon, I, 355 , à la note. — Le prince de Galles le met parmi les baonerets ; et c'étoit aussi le titre du nôtre , ce qui rendroit l'erreur encore plus facile.

5. Froissart, IhiA., ch. xl , p. 35o.

6. C'est délai encore qu'il est question dans le grand poème de Bertrand Du GuescUn, par Cuveliers, comme étant l'un de ceux qui se joignent au duc de Berry (137s) pour aller faire le siège de Saiote-Sevère .

Le ngneur de La Tour en Auvergne fivé.

Plus loin on l'appelle

Le $igneur de La Tour qu'en Auvergne fut né.

{CoUect. des docum. inédits , Chronique de Ou Guesclin , publiée


xiv Préface.

pas du nûtre , qu'il auroit cerUioement niU pirmi les nobles de Poitou. Haie c'est bien lui qui figure le i3 juin t3G3 duiB l' la moustre de M. Mauvinet, cheva- II lier, et des gens de sa compagnie, sans le gouvet' u Dcmeat llloasleur Amaury, comte de Craon, Ileute- » nant du roy es pays de Touraine, Anjou et Poï- H tou. B On j trouve le iiom : o Monsieur G ieffroy de » La Tour u, suivi de la mention relative à l'objet de la montra : r< cheval brun ; ïi eecus ' u.

C'est, comme on le verra, en 1371 et iSja qu'U a composé BOD livre; à cette époque, il dloît déjà ma- rié depuis assez long-temps pour avoir des fils et des Biles dont l'^ge demandolt qu'il eût à écrire pour eux des livres d'éducation. L'époque de sou mariage est inconnue; mois ou sait 1res bien le Dom de sa femme. C'éloit' Jeanne de Rongé 3, dame de Cornouaille, fille puînée de Donabes de Rougé, sei- gneur d'Erval •, vicomte de la Guei'cbe, conseiller et chambellan du roi^, et de Jeanne de Maillé, dsrae de Clervaux, fille elle-même de Jean do Maillé , sei- gneur de Clervaui, et de Tliomasse de Doué ; la sœur aJnée de Jeanne, c'est-à-dire Mahaulde Rougé, eut, comme on l'a vu , une fille , nièce de Jeanne, qui


i. Qméal. «u.; Pd P.i .


1


Préface. xr

épousa Arquade de La Tour Landry, beair-frère de oeIle-<;i. Nous aurons encore quelques mentions à inre de Jeanne de Rougé , mais nous préférons les laisser à leur ordre chronologique.

En 1378, Geoffroy envoya des hommes au siège de Cherbourg ; mais il n'y fut pas lui-même, car, dans Tac- . te du « prêt fait à des hommes d'armes de la compa- B gnie du connétable, par deux lettres du roi du 8 » et i3 ocV>bre 1378, pour le fait du siège de Chier- • bour -n , on lit à la suite de l'article M. Raoul de Hontfort : « Pour M. de La Tour, banneret, un autre » chevalier bachelier et onze escuiers, receus en » croissance dudit Montfort, à Valoignes, le 18 nov. ; » à lui , dccxiv liv. * i>

Il est probable qu'en 1379, Jeanne de Rougé, fem- me de Geoffroy, a été gravement malade, car, le 20 octobre de cette année', elle fit son testament, insti- tua ses deux' exécutrices testamentaires Jeanne de Mûllé, sa mère, et dame Huette de Rougé, sa sœur, dame de Roaille, et choisit sa sépulture dans l'église Notre4)ame-de-Meleray, au diocèse de Nantes, au- près de la sépulture de son père 3.

En i38o, il résulte de la pièce suivante que Geo^


1. Dmn M «riee , Prêtant, II, e<^. 391.

s. Du Pm . 167. qui appelle Jeanne de liste la mère de Jeano» de Rongé.

3^ Mort deox ans après, en 1377 (Dn Pas, p* 656). Un autre Messire Bonnabet de Ronfé est indiqué par Bouchet {Annale» «tAquitaine , quarte partie, folio xiT ) eomroe tué à la bataille de Poitiers le 19 noTeabre 1 356, et enterré chez les frères mineurs de Poitiers. Lee armes è^ Rongé sont de gueules, à une croix pattée d'argent ; éSm m tresvent dans l'armoriai de Jean de Bonnier, dit Berry. kéiwt dTanMft di Chailes t^. (Fonds Colvert» n» 9653.6.5.)


IVJ


PRF.FACE.


froy prit part à la guerre de Bretagne : a Nous, Jean D de Bueil , certifions à tous par noslre serment qa«  » les persoDues ci-dessous nommez ont servy le roi o noslre dit seigneur en ses guerres du pays de Bre- M tagne, en noBtre cotnpaignie et soubs le gouveP- » nemeat de H. ie connétable de France, partout le n mois de février pause.... M. GouITroj, sire dé » La Tour, bannerel.... Donné à Paris, le 3a avril, p) aprez Pasquea i38o '. n Trois ans après, ntnls trouvons aussi le nom de GeoFFroy dans >i la moustre 11 de Monsieur levesque d'Angiers , banneret, d'un n autre chevalier banaeret , huyt autres nlievaliers H bacheliers et de trente et cinq escuiers de sa com- B pagnie, receus ou val de Carsell le ij'^ jour de D septembre, l'an i3fl3. y Elle comaienoe : u Ledit ■n MoDs l'evesque, baouerel. Mess. Geuffrayde La » Tour, banneret, el<;.*B

En i383, la femme de Geoffroy de La Tour Laù- dry vivoit encore : car, dans cette année m^mo, son mari acquit avec elle le droit que Huet de Coesma, écuyer, avait au moulin de Brifont ou de Itrefoul, assis à Saint-Denis de Candé'; maiselle mourut avant lui, car il épousa en secondes noces Marguerite des Roches ', dame de la Mothe de Pendu , qui avoit épousé CD premières noces, le 2S mars i3^o, Jean


PRéFAGE. xvij

de-Clereodbaut» ohdvalier* ; comme on verra que les eofiliils des premiers mariages de Geoffroy et de Mar- goerito des Roches se marièreat entre eux y il n'est paç dÊBB probabilité, de penser que ce mariage tardif eut pournaison le désir de mêler complètement les bienç des deux familles, et qu'il précéda les mariages de leurs enfants, ce qui le reporteroit avant Tannée iSSg. . En prenant cette date comme la dernière où npus trouvions Geoffroy ,^ - et il est probable que les marier ges de ses enfants avec ceux de sa seconde femme , qui sont postérieurs, se firent de son vivant, — il seroit toujours certain qu'il a vécu sous les règnes de Phi^r Uppe vi de Valoiis, de Jean ij , de Charles v et de Charles vi; mais je ne puis dire en quelle année il est mort, car je ne crois pas qu il faille lui rapporter la mention du a Geoffroy de La Tour, esc., avec dix-neuf « autres », cité* parmi les capitaines ayant assisté au siège de Parthenay, qui fut fini au mois d'août i4i9«  Outre la qualité d'écuyer, tandis que depuis long- temps Geoffroy est toujours qualifié de chevalier banneret, les dates seroient à elles seules une assez forte raison d'en douter; en effet, les années comr prises entre i4i6 et i32^, première année où il soit question de Geoffroy, forment un total de 73 ans, et, Qorame au »ège d'Aiguillon, en i346, on ne peut pas lui supposer moins de vingt ans, il faudroit ad- flMttre qu'il se battoit encore à 93 ans, ce qui est à peu près inadmissible. Il faut croire que c'est un de


t. Anelmt , VU, 583 D. — Clerembaut portoit bii|«lé d'argent 0t de sable , de dix {uAcea. Généal, m$ê. a. Dom Noriee , Prtmtet , H, col. 99a.

f.


iviij Préface.

eee (ils. On n'en indique parlant qu'un seul; mais il est certain qu'il en a eu au moiiia deux, puist^uei dans son livre, nous le verrons mentionner plusieurs fois «f«^I«. Pour terminer ce qui le conceme, j'ajou- terai que la généalogie manoscrite le qustifie de sû- gneur de Dourmocl, de Bremont et de Clei-vaui en Bas-Poitou, et que Le Laboureur < le qualiSe de ba- ron de La Tour Landry, de Beigneor de Bourraont, Clermont et Frigné, et de fondateur de Notre-Dame- de-Saint-Sauveur, prè5deCand6,ordrede Saint-Au- gustin. La Croix du Maine, I, 377, le qualifie de sienr de Notre-Dame de Deaulieu, ce qui est vrat, tirant ■ana doute ce titre du propre livre de notre auteur*. Nous ne doolODS pas qu'il oe se trouve plus tard d'autres meotioni relatives à Geoffroy. Uejis d'autres histoires généalogiques, mais surtout dans des pièces conservées aux Arcliives de l'Empire et aussi dans celles d'Angers, il est impossible qu'il ne s'en Iroare pas iDcidemment de nouvelles menlious ; mais il au- toit fallu trop attendre pour avoir tout ce qui peut eiisler, et ce premier essai pourra même servir i faire retrouver le reste.

Nous pourrions arrêter id ces détails géDéalogi' ques; mais >1 est difflcile de ne pas dire quelque* mots de ceux-^ mêmes pour lesquels Geoffroy avoil écrit, et, comme sa descendance mâle s'est éteinte au bout d'un siècle , de l'indiquer jusqu'au momeat où le nom, encore eiistant, de La Tour L^n-


dry, 9k été ti*iuup«rté;daii6Mtiie autre famiDe par un niamge. Sur loule cette .deflceddapçe ,. M. Piçhon 4 irottYé dans^^les :pièoeib.iariiui8crite8 les plps curieux el les ii^ils^ibQiidaAteidétalteyaQtaitaraetit toute la pr<v> oédm^ de è'^hdèremettté'aBè La. Tour Landry V il ^ iDaèleséiéiiiieiita<l*iâii0:étiide dé moeurs iiistoriquef trèi întéMsinte^etqu'tlaBkKMf Inalheureux de ne^pas lui Toir.èséeiilèr.tPourÏHitre âujcft , ^i se rapporte ipbm peftieàlièreiieiil à Geoffroy et à son œuvre; quelqiiMt iadiaatioDS fttffîronlé ! ,

i •ChadeB de' 141' Tenir Landry' se inturia deux fois, d%lM)rdà J<ann§ ddrSoudé S ensuite, ie 24 janvier l389*,4 ieumetGkirenifoauit, fille de Màr^erite des Roches^ seconde feléBie de Geoffroy, cette lois avee Ja cJause ^e^siieaBne dlerembaultdemeùroit hé- cilièredacS&jiaifldn^.CbarlèB eiiM hoirs, issus de oe inariage^ porieraent écartdé de, La Tour et de Clr- •r09ri>aiilt;.c0 qui n'arriva pas,- pàrceque Gilles Cle- cemboult 1 ^re de Jeanne > dévenu beau-frère de Qi^ries de'M.iTejQr, continua la postérité. La gé- néalogie jaftfnwerita £ût mourir Charles de La Tour au mois4^ootobrei i4t5, à la bataille d'Amcourt, et, 'Welfietynous trouvons a Le seigneur de La Tour » dans 4t les noms des princes, grans maîtres , seigneurs et » chevaliers firanebois'qui moururent à la bataille j» d'Aôneourt »» donnés par Jean Lefebvre de Sûnt- .Bemy àbsiiita ie son récita Nous aroi»d^àparlé^ ■.».'•• •• ■• -

1. GénétU, m$, 9« — k. Généal. nu, s. La Gén. i, ne parle pat do 00m de sa preauère femme. — Anselme, VU, 583 o.

a. Ed. Buefaon» dans le Panthéon, ch. Ixiv, p. 409. — Man- airelet le cite avaai ; Paris, i6o3, m-fol. I, a3o t«*.

S. Yoy. p. xtQ.


xs Pbéfàce.

d'uD Geoiïroy de La Tour, figurant au eiégo de Par' Ihecay eu i4)9i et probable m eot Bis de l'auteur des Enseignemenls. Peut-élre faut-il encore regarder comme un autre de ses fils un Hervé de La Tour, quiservoit comme gendarme en novembre i4i5 dans la compagnie d'Olivier Ductiâtel, en décembre de la même aaaée dans celle de Jeban du Buch, en juin l4i6 dans celle de Jeban Papol'. Cependant nous trouvoDS 4 la fin de \a, IraductiOD de Caiton, dont nous dirons plus tard la scrupuleuse eiaclitude, cette phrase : m hit ig reherced t'n the booke of my Iwo tonnes, absente de nosmanuacrilB, mais qui devoit se trouver dans celui suivi par Cailan, et étabiiroit qu'en 1^71 notre auteur n'avoit que deux fils.

Quant aui filles, elles doivenl avoir été au nom- bre de trois ; en eUet , si aucun des manuscrits que nous avons vus ne parott avoir appartenu à Geoffroy, — et il serait difficile d'en être sur, à moins d'y trouver ses armes et celles de Jeanue de Rougé, ou même de Harguerile Desrochee, — toutes lesfoisqu'ily a uae mbiature initiale, on y voit toujours trois filles, et û n'est pas à croire que cette ressemblance ne soit pas origicairement produits par une première source autheulique. Malheureusement je n'en puis nommer qu'une, Marie de La Tour Landry, qui épousa en iSgl*, le 1" novembre^, Gilles Clerembaull, fils de la seconde femme de Geoffroy et frère de la fem- me de Charles, Bis de Geoffroy. Gilles Clerembault étoil chevalier, seigneur de la Plesse , et i


3,1»1.


J


pRiFAGÉ. xxj

d'eafants* de Marie de La Tour, morte évidemment ayant i4oo, puisque, le i5 octobre i4oo, il épousa letnne Sauvage, qui lui survécut^.

  • ^ Charles de La Tour Landry eut pour fils, N..., que

les généalo^es manuscrites font figurer, comme son père, à la bataille d*Âzinoourt, en disant qu'il mou- mt peu après de ses blessures, sans lûsser d'enfants ; Ponthi», qui resta le chef de la famille; et trois au- tres fils', Thibaud, Raoulet et Louis, morts tous trois sans laisser d'enfants* Charles eut aussi au moins une fille, nommée Jeanne, peut-être l'aînée de tous^ pnisqu'on la cite la première *. Il se peut qu'elle ait élé mariée deux fois , cs^ c'est peut-être elle qu*il faut reconnoftre dans la Jeanne de La Tour Landry^ dame de Clervaux , qui fut femme de Je«ii ou Louis de Rochecbouart \ Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle fut la première femme de Bertrand de Beauyau<^, seigneur de Précigny, Silli-le-Guillaume et Briançon, qui devint cons^er et chambellan du roi, président en sa chambre des comptes à Paris , grand-maître de Sicile et sénéchal d'Anjou. Il sortit de ce mariage


'* i« Cénéol. MM. — ». Amdme , ui mpra, — 3. Généai» m$, t. . 9. Génémk mi». — Le L«b«orear, p. 80.

3. AnMlme , IV, 564 B et 653 B, c. — Leur flUe Isabean éponta Renaud Chabot , qui eut nn grand procèa contre le seigneur de Lt Tour Landry au sujet de la justice de Clervaux . obtint , le ao jani -1464, pour Ini et son Ils aîné, réniiaûon d'un meurtre eoBiJnis à «ette occasion , et mourut vers 1476. " Anselme , Md»

4* D'urgent, à quatre lions de gueules, eantonnei, armes et lampasses d'or, à une étoile d'aïur en cœur. — Sur nn beau ms* miscrit des Ethiques en firançms, qui lui a appartenis, cf. M. Paulin Pnria, Jfnmcaerifi/Vaiifoit, t. IV, 33o-a.


xxij Peéface.

Iroia lils et (ruls iilles <, et Jeanne ëtoil tnorle ven i436, puisque ce fut par contrat du a février i437* que Bertrand se rcinariaÂFrancoisedeBrezé;nansei»i lement il survécut encore à celle-ci, mais, après avoir épousé ea troisièmes noces Ide du Chàtelet, il épousa en quatrièmes noces [tlanche d'Anjou, Aile naturelle du roi René , et a les armes de toutes ces alljantiei » sontremarquéesdansleségllsesdes Augustin», Cor- » delières. Carmes et Jacubius d'Angers, où le corps 9 de ladite Jeaone receut sépulture, ce qui estjustiflé » par son tombeau K n

Pour PoDthus , nous savons qu'il fut chevalier, seigneur de La Tour Landry, de Counoont, du Lo- roui-Botlereau et baron de Bouloir en Vendaniois*; il donna en i4a4 aux prieur et couvent do Saint- Jean l'Ëvangélitte d'Angers !a dixmo des grains de ea terre de CoiVoaillee ", par acte signé de Jean de Lahëve " ainsi qu'il est remarqué au trésor des tiltres » deChasteaubriant°», etilpossédoil aussi une terre quelBducde6retagneluiconlisqua,parcequ'il tentât le parti d'Olivier de Chatillon'. Ce doit être lui qui se rendit otage à Mantes pour répondre de rcxécutîon du mariage (il mars i43i) entre le comte de Mont- fort et Yoland , fille de la reinede Sicile ", et qui reçut ensuite une coupe dorée, en même temps que sa (em-


ni la UuuTO d» Bai». iB-i-. H , HO. >7j de Bretaigne, souvent réimprimé ; c'était ^a moyen de populariser l'illustration de la famille .et d'^ faire reculer tràs loin Tancienneté, — Bourdj- gné, comme on la vu, s'y est laissé prendre, -—que de la mettre aumiUeu d'une action à la fois romanesque et à demi^]^U>nquQ. Les La Tour Landry ont voulu avoir au^si leur roman,, pomme les Lusignan avoient .Jféiasine. Nous n'avons pas à entrer dans le détail de 06 très pauvre- roman, qui se passe eii Galice, en Bre- tagne, et en Angleterre, lu à suivre les péripéties des jBBOurf dePontbus et de Sidoine, traversées par les (ourberies d|i traitre Guennelet et enfin courpnnées par un mariage. Qe qu'il nous importe de signaler c'est la certitude de l'origme de ce roman. Le héros 4e i^toiro porteienom fort particulier d'un des nom- bres de la famille, ei, parmi. ses compagnons, se voit toujours au premier rang Landry de. La Tour. Tous les noms propres son^ de ce côté de la France; ce sont : Ge^^ECroy de Lusignan, le sire de Laval, d'Ou* celles et de Sillië, Guillaume et Benard de la Roche, le sire de Doé , Girard de Chasteau-Gaultier, Jean


1. Dom Lobiaeaa, Prmoet, col. 1018; Dom Morice, Prewn, 11, col. is3ft-^. fl. CoUection Mieliaad «t Potijonlat. V térie. II! , «96,


xxiv Préface.

Hnlevriér. Les quelques noms de localités frau^îil concourent aussi à la Diéme preuve : c'esl i Vanott que se tajt le gmod lourDois , et , quaod j'anoée se réunit, c'eEl à la tour d'Orbondelle , près de Tsll»- moDl ; or Tolmont est uu bourg de Vendée (Poitou] situé à i3 kil. des Sables. Un passage donnennt peut-être la date eiacle de la composition du roman, c'est lorsque, pour réunir une armée contre les Sai^ rasïns, on écrit à la comtesse d'Anjou : car, dit le romancier, le comte étoit mort et sou flls n'avoit que dix ans. Hais c'osl trop long-temps m'arréler à ce livra, qu'il était pourtant nécessaire de signaler'.

L'on ne connoSt que deux enfants de Ponlhus, Blanche et Louis l"^ du nom. Blancbe épousa Guil' lauma d'Avaugour. soigneur do La Hocbe Habile, de GrefneuviDoctdeHesnil Raoulet, baillf deTouraine, veuf do tlarie de Coullietes, femme en premières noces de Cilles Quatrebarbes'. On donne ordiuaire- ment cette Blanche commit fille de Louis V du nom ^; mais la remarque de d'Uozicr* est formelle sur ce point : 1 Bien que les mémoires de la maison de La » Tour Landry remarquent icelle Blancbe de La s Tour estre issue de Louis et de Jeanne (juatrebar' s bes; néanmoins tous les tillres que j'ay mepereua^ B dent le contraire , et particulièrement l'arrest, sur requeste, du Parlement de Paris, que ladite Jeanne


pRÉFàcÈ. xxr

» i^atrebarbes, -demeurée veufve, obtint, le dernier » jour de décembre i453, contre Blanche de La Tour, f » aussy yeufve , où il est porté en termes exprès «qu'elle estoit scnur de feu Louis de La Tour, mary > de Jeanne Quatrebarbes. » Quant à Louis de Là 'Tour, chevalier, baron dudit lieu et du Boulloir, sei- gneur de Bourmont, la Gallonnère, de la Comouaille; de Clenranx , Rue dlndre et Dreux le Pallateau , il épousa en i43o Jeanne Quatrebarbes, dame de La Toudie Quatrebarbes, etc.^ fille de Gilles Quatre-^ «barbes et de Marie de CouUietes^. Louis étoit mort avant i453, et, le aa juin i455, sa veuve, enpré^ sence de son fils Christophe , ratifie un acte fait le 6 juin précédent par son procureur et le procureur de Blanche de la Tour, veuve de Guillaume d'Avaugour *. En i458 elle fit son testament, et nomma pour ses exé- onteurs testamentaires René, Christophe et Louis, ses enfants*.

On vient de voir les noms des trois fils de Louis; un quatrième, Geoffroy^, paroît être mort de bonne heure, puisqull n*apas laissé de traces. Pour René, y se démit en i438 de ses biens, sauf le» seigneuries de la Gallonnère et de Comouaille, en faveur de Chris- tophe, son frère puîné, ûnsi qull est vérifié dans le Msor des titres de Ch&teaubriant ', se fit prêtre et

• . . *

1. Généai, nu, i , qoi donne font le» titres de Jetnne Qnttre-


s. GémM, nu. i.

3. Des extraits de ce testament et de qaelqnei jmtres pièces poatérieures sont jointe à la Géitéal. mê, i. 4« Le Labonrenr (page 80), qui le eite arant ses frères. S. Géttéoi. m»» 1.


xïvj Préface.

mourul le 4 >"^ i%^'- Pour Christophe, Buurdi gné* nouB apprend qu'en i449 i' se trouva au siég de Rouen avec le duc de Calabre , fils du roî René qui étoit allé secourir sod père. En i4Ci> , il Irajisi gea pour des terres avec Pierre d'Avaugour, B! de Guillaume et de Blanche de la Tour; eu t463 U donna procuration audit Pierre de recevoir le Foi et hommage dus à ses (erres ; en i4f>9 ■ i rend adveu de la terre du Genest au comla d Mooforl , et , la même aonée , fonde dans l'égliso di Genest des prières à dire le jour de la Toussaint avant la graDd'messa, pour les Ame^ de ses prédèoes fleurs^. Il mourut sans eii fan ts, puisque ce fui Louis 2* du nom, qui resta chef de la famille. Uavoit épou 6é Catherine Gaudin, Elle d'Anceau, sieur de Po^ ou Basée , et de Marguerite D'Espinaj Lauderoude maison alliée à celle de Laval *.

C'est en lui que s'ét«igiiit la descendance m&le d noire Geoffroy^ car Louis n'eut que des iilles. On vu que Blanche, dont on le [aisoit le père, n'étoi pas sa DUb, mais sa tonte ; ses filles furent François et Marguerite, ufemoie de Renâ Bourré, seigneurd u Jarzé, dont la postérité est tombée dans la maisa » Du Plessis des Roches Pichemel, de laquelle est U, 1 n marquis de Jarzé°. » Quant à Françoise, fille tdué et principale héritière de son père Louis, elle épousa n le 3n juillet i494, Hardouin de Maillé, lo'dunom

■ - Gtnlal. ni.; Le LabouKur. p. Sa.


» né en i^a . Il s'obligea de prendre le nom et les ar-> a» mes de La Tour, sous peine de 5o,ooo écus; mais, ^ «près la mort de ses frères sans hoirs mâles , il se « déclara aîné de sa maison, et François I^' releva ses » descendants de cette obligation, leur permettant de 9 r^rendre le nom et lee armes de Maillé, en y ajou- 9 tant le nom de La Tour Landr^f ^ » Les armel de Vaille' «ent bien 'Connuee, d'or à trois fascés ondéel de gueules; mais celles de La Tour Landry le sont Jttoi moins, précisément à cause de Tabandon qui en Alt lût. Le Laboureur (p«. 80) dit qu'elles sont d'iNr à une iasce crénelée de 3 pièces et massompiée de sa* ble ; Gaigni^es,;qui les a dessinées et blasonnées de sa main sur un feuillet de papier, passé, comme toute la partie héraldique de sa collection, dans les dos«ers du Cabinet des titres, nous donne de plus Témail de la lasce » qui étoit de gueules. La description qui s'en trouve en tête des généalogies manuscrites a un dé* taa différent: elle indique la fasce comme bretessée, e*e8t-à-dire crénelée, de trois pièces et demie. Il n'est pas rare die trouver uçe iiisce crénelée de d^oz pièr ces et^deux demi-pièces ; :dan8:le cas de trois pièces et demie, il faudroit , sa place n'étant pa5 indiquée» ipiettre W demHfMÀce.à dextfe; mais nous préférons BOUS teniir 4 U première ormoirie, 'qui est la plue probable, puisqu'elle, ne sort. pas des conditions orr

1. Anieline , Vil» So% ; 1 1 La Ciiainaye de» Boit , IX , 3i4.


Du livre d«ï Enseignements.

Dès les premiers mois de son ouvrage , Geoffroy de La Tour Landry a pris Boin de dous apprendra la date de sa composition, par la fa^on dont il entre en matière: u L'on mil trois cens soiiaote et onze, u Si la mention du printemps n'est pas, comme il est pos- sible, tant elle est dans le goût des écrivains de l'é- poque , une pure forme littéraire, ce geroil même au commencement de l'année , puisqu'il parle de Via/Ut d'avril '. Le livre ne tut Qni qu'en iSja , car nous y trouvons cette date mentionnée formellement*, et nou^ n'aurions pas même besoin de cela pour en être Bûr, puisqu'à un autre endroit il est parlé de la bataille de Grécy comme ayant eu lieu a il y a nvj ans > ; comme elle s'est donnée, ainsi qu'on sait, le iG août l346 , les vingt-six ans nous auroient toujours don- né celle même date de i372>

Il y a aussi une remarque curieuse à faire sur cette préface, c'est qu'elle a été écrite en vers, et Geoffroy, sans le vouloir, a pris soin de nous le faire tooclierdu doigt, quand il dit(v. p. 4) qu'il ne veut point mettre ce livre en rime, mais en prose, afin de l'abréger, c'est-à-dire de le faire plus court et plus


A


Préfacms* xxix

rapidement. C*est la preuve la plus complète qu'il a Toulu d*abord récrire en vers, puisqu'on retrouve dans tout ce qui précède cette remarque, non seule"^ ment une mesure régulière, maôs presque toutes les rimes, tant il Ta peu changé en le transcrivant en prose. Pour le oontrer, il suffit d*en imprimer une partie de cettt feçon ; avec des changements absolu- ment insifiâfiants, on retrouve toute la phrase poé- ûqne:

L*an mil trois cens soixante et onze y En un îardin estoys sous rombre. Comme k l'issue du mois d*aTril , Tout morue, dolent et pensif; Mais un peu je me re^ony Du son et du ehant que je 007 De ces gents oysilloas saa? tiges Qui cbantoient dans leurs langaiges. Le merle , mauf is et mésange , ' Qui an printemps rendoient louange, Qui estoient gais et enToisiez. Ce donlx chant me fist envoisier Et tout mon eueur sy esjoir Que lors il me va sou? enir Du temps passé de ma jeunesce Comment Amours en grant destresce M^af oient en eelluy temps tenu En son senr ice, où je fu Mainte heure liez, autre dolant , Si comme &it k maint amant . Mes tous mes manlx guerredonna Pour ce que belle me donna , etc.

On pourroit encore continuer pendant plus d'une page; mais ced suffit pleinement à la démonstra-


PnÉFACE.

tîon. DiiTEEte, nous savons de Geoffroy hi-méme qirtt Bvoit écrit envers; car, quelques lignes après ce que nous venons de ciler , il continue — je rdiAbtic encore la forme des vers primitifs :

En elle loul me deliloje, Car en celluf leuipa je Caisoje Chantons, ballades et ronilcBux, LaU, vlrelsji et rhans nouTeaux De teut le niieuli que Je savoje. Hiis la mort, qui Ireslous guerroie , La prisi , dont maiuie iriatcur Ay receu et maime douleur.

Sans chercher d'eiemplea plus aDciens, ceux de Que- nés de Oétbune, de Thibault de Champagne et de tant d'autres , il est rnolba rare qu'on ne pensoroit de trouver à cette «époque des grands seigneurs ayant écrit eu vers. Ainsi, l'historien du grand maréchal de Boucicaut , oë en i368, et (ils de celui que con- nut DDlre GeoCFrof, parle unsi de lui : u Si preinl à D devenir joyeui, jol;, chantant, et gracieux plus n que oucques mais, et se preiot à f^re balade, ron- ideauijVirelajs, laiBetcomplaiQtesd'amoureux sen- B liment, desquelles choses faire gayeniept etdoulce- a ment Amour le feist en peu d'heures un si bon s maistre que nul ne l'en passoit; si comme il ap- II perl par le livre des cent ballades, duquel faire lu; » etie eeneschal d'Eu Teureatcompiû gnons au voyage » d'oultro mer.., Ji avoit ohoisy dame.., et, quand » à danse ou à Teste s'esbaloit où elle feut, là.... n chauloit chansons et rondeaux , doal luy raesme » avait tait le dît, et les disoit gradeuflemenl mut


PAâfÀCÉl xxxj

D donner secrètement à entendreà sa <iame en se 9 coiiq;>laignant en ses rondeanx et chansons comment 9 l'amoar d'elle lé destraignoit^. » Noms ne connais* sons aucune pièce de notre Geoffroy ; mais U eét po^ sible qu'il y en ait dans les recueils fait» au xt«  siècle, et, sll s'en trouvoit portant comme suscrïptioo le nom de messire Geoffroy , on pourroit les Im at- tribuer.

Non seulement il n'écrivit pas ses Enseignements eh vers , mus il ne paroît pas les avoir écrits tout entiers lui-même : car dans oe même prologue il nous dit (p. 4) q^'il emploie deux prêtres et deux clercs qu'il avoit à extraire de ses livres,» comme la » Bible , Gestes des Roys et croniques de France et 9 de Grèce et d'Angleterre et de maintes autres » estranges terres », les exemples qu'il trouva bons à prendre pour faire son ouvrage. Dans tous lès cas; Tesprit du temps étoit trop porté à se servir éter*» nellement des faits de la Bible , de l'Ëvangile et de la Vie des Saints , pour que Geoffroy , n'eût-il em->- ptoyé personne , eût échappé à cette condition de son q[>oque ; mais c'est à l'inspiratÎQn toute religieuse de ces aides que nous devons la prédominance , ex* oelleate d'intention , mais littérairement regrettable^ des histoires tirées de la Bibles qui ne nous appren- nent rim. La ^viràon en neuf fautes du péché de notre première mère doit être aussi de leur fait , et je verrais encore une trace de leur collaboration dans


1. L« Ihrre des faicts du bon meuire Jean le Maingre, dit Boif deaat, maréchal de Fnuice et gonvernear de Gennes, i'^ partie. •b. il.— CoOcet. Mkhwid et P«ii|ottUt. ^^^ •«"«> t. II. p. aai.


xxxij Préface.

la manière dont le plan luiQOncé n'est pas sui façon régulière :car, en plusd'un endroit. Ton trouve qull sera parlé d'abord de telle nature d'eiemptes et ensuite de telle autre, et, quand cela est fini, le livre revient sur ses pas pour reprendre nue pai'tie qui avoil paru Gomplète. Quoi qu'il en soit, que la quan- tité de ces exemples pieui cl leur phraséologie lente, et loul à tait analogue à celle des sermons du même temps, soient ou non du faitdes aides du chevalier ou du sien, la valeur et notérél du livre ne sont pas là. Si tout en étuit de cette sorte, il ne serviroit à rien de le remettre en lumière , car ces histoires pieuses n'ont en elles aucune utilité , pas même celle de donner l'esprit du temps ; celut-ciest assez bien conoo pour qu'on n'ait sur ce point nul besoin d'un nouvel exemple, et le livre n'esl pas assez ancien pour être 'important comme monument de la langue, en dehors de sa valeur particulière. Ce par quoi il est curieux, c'est par les histoires contemporaines qu'il raconte ; c'est en nous montrant dans le monde, si l'on peut K servir de cette expression toute moderne , des per- sonnages historiques et guerriers', comme Boucicaut et Beaumanoir, en les faisant agir et parler ; c'est en nous entretenant des femmes et des modes de son temps, et, toutes les fois qull parle dans ce sens, soit que ces parties soient les seules écrites p)ar le cheva- lier même, soit qu'elles lui fussent plus heureuses. Bon style s'allégit et prend réellement de la forme et du mouvement; si même tout en étoil de cette sorte, son iniérêt et son importance en seroient sbgulière- menl augmentés. 11 a, du reste, eu peu de bonheur auprès de quel-


Préface. xxxiij

ques uns de ses juges. L*auteur de la Lecture des Li- vres françois au T\y* siècle ^, Gudin dans son his- toire des contes ', et Legrand d^Aussy dans une no- tice spéciale', qui, par là même, auroit dû être phis étudiée et plus juste, en portent un jugement à pe«  près aussi peu intelligent. Pour eux, le livre n^est composé que de capucinaàes ou d'obseénîtés. Sans y voir de capucinades, je conviendrai que tout le monde gagneroit à ce que la Bible eût été moins largement mise à contribution; mais il n*est pas possible de trouver le livre obscène, non seulement dlntention, mus de fait. Us se fondent sur les deux histoires de ceux qm firent formcation en Téglise , sur quelques réflexions et sur quelques conclusions peut-être un peu simples et même maladroites; mais il y a loin de là à ce qu'ils disent. Il seroit d*abord difficile d'admettre qu'un homme évidemment bien élevé et des meil- leures façons de son temps, versé à la fois dans le monde et dans les livres, et qui, de plus, est le père de celles à qui il s'adresse , eût été moins réservé qu*on ne Tétoit autour dé lui. De plus, en dehors de qudques passages, plutôt naïfs que grossiers , il fait preuve, an contraire, d'une délicatesse singulière: , iinai il seroit difficile de trouver à cette époque une •nalyse et une appréciation plus fines et en même temps plu» honnêtes des sentiments que les raisons mi-


1. NélangM tirée é'nae grande bibliotbèqne. io-8, vol. D, 1780,

». EUe forme le i*** vol. de see Contes. Parie, Dabin, 1804. a f d. in-8, 1 , aoi*8.

3. Notiee des manoeerite de la Bibliotbèqne , jn-4<* , t. V, an 7, p. iM-i66. .

3.


.xwiv Préface.

tes pur loi dans laboucbe de sa [emme, lorsqu'il a avec olle celte conversalion qui forme un des plus longs et des meilleurs chapitres. Maïs, pour dire qu'il y a dans ce livre même des groEsièrelcs , il faut do pas pen- ser à ce qu'étoit la chaire & celte époque , ue pas penser à ce qu'étoleot lesfabliaui^ or les femmes entendaient tes sermons à l'église, les fabliaux dans leurs châteaux ou dans leurs maisons, où l'on faisait irlesjongleurs. Dans ces siècles, tes femmes, pour e époque de leur vie, nlgnoroient its; rhonnéteté éloil dans lacon- -e arrivée jusqu'aux fornies vrai de dire, en considéranl


la chose c

duite et n'élolt pas encc

du langage. Il seroit plus


la questioD en conooissance (le cause, que le livre du chevalier témoigne, au contraire , d'un sentiment de réserve qu'il ne seroit, à cette époque, pas étonnant d'en trouver absent.

Il y auroit eocore bien d'autres choses à dire sur le livre même ; à montrer, comme Caxtoo et le traduc- teur allemand l'ont dcjàdit,que Geoffroy n'a pas seu- lement fait un livre pour de jeunes Slles. mais un livre général qui s'applique à loule la vie des femmes. Il y auroit à eiamioer surtout les idées d'éducation et de morale qui en ressortent, et la forme sous la- quelle elles sont présentées ; mais il seroit nécessûre de beaucoup citer, et, comme les conclusions àUrer ressortent naturellement de k lecture elle-même , il vaut d'autant mîeui les laisser faire au lecteur, que le but d'une préface doit être beaucoup moins de juger complètement l'ouvrage, et d'en rendre la lec- ture inutile, que de donner les renseignements et de résoudre les questions de fajt que le livre ne peut


Préface. xxxv

donner ItiUméme et que le lecteur ne doit pas avoir à chercher. Je dinû seulement que Ibuvrage doit moins rester dans la classe des livres si nombreux ^rits pour. des éducations spéciales — il y seroit par trop loin du Discours sur l'Histoire universelle et du Télémaque — qu'être joint aux livres si curieux qui 8ont consacrés durant tout le moyen-àge à la dé- -^^^ fense ou à Tattaque des femmes. Il y tiendra sa place, du côté honnête et juste , auprès du livre de Chris- tine de Pisan, du Ménagier de Paris^ — plus piquant peut-être parcequll est plus vainé et s'occupe de la vie matérielle, mûs'plus bourgeois et moins élevé de ton et d'idées, — auprès d'autres livres encore qu'il est inutile d'énumérer ici. Tous ceux qui s'occuperont de l'histoire des sentiments ou de celle de l'éducation ne pourront pas ne point en tenir compte et ne pas ^ le traiter avec la justice qu'il mérite.

Enfin , il est encore nécessaire d'ajouter que nous savons à n'en pouvoir douter , car nous l'apprenons de notre Geoffroy, qu'il avoit écrit un livre semblable pour ses fils. Il le dit positivement au commence- ment: a Et pour ce... ay-je fait deux livres, l'un » pour meê fiU, et l'autre pour mes filles , pour ap- » prendre à rouoiancier '... » Dans deux autres pas- sages * il y fait de nouveau allusion : « Par celluy » vice l'en entre en trestous les autres vij vices mor » tels, comme vous le trouverez plus à plainou livre- » de voz frères, là où il parle comment un hermite » qui eslut celluy péchié de gloutonie etlefist et s'en.

L. Pag« 4 de cette édition. ». Pages 175 et 179.


xxv]


Préface.


D yvra, et par celluy il cheist en tous les vij péchiez B morlels , et avait cuidié eslire le plus petit deB » vij 1 ; et plus loio, quand il parle da Christ por- tant sa croix , qui se retourne vers Les sûntes rem- Dies, « et leur monstra le mal qui pais avint au pays, > si comme vous le trouverez ou livre que j'ai (ait à a voz frères d. Le meilleur manuscrit de Paris avoit remarqué ce fait, car il met ici eu marge cette re- marque : a Nolei qu'il Bsl uug livre pour eea filz. n 11 foUoit aussi que dans un manuscrit, probablement plus eiact ou plus voisin du premier original, il j en eût uue autre mention, précisément à la fin; car nous trouvons dans la Bdèle traduction de Casioa celte phrase, que nous avons déjà eu occasion deciter dans la parUe généalogique : n as ît is reherced in H the booke of my two sonnes andalso in an ewan- B giU. »

Malbeureuscmenl nous ne savons ce qu'est devenu ce second livre du chevalier, écrit sans doute dans le mâme goût que ses Enseignements à ses Slles, qui devolt être aussi composé de récits pris dans les his- tcnres et les chroniques et d'aventures contempo- raines. Peut-4tre devons-nous sa perle et le peu de succès qu'il paroît avoir eu — car nous n'en avons trouvé de mention nulle part — à ce que le bon chev^ lier y aura trop laissé f^re à ses chapelains , et que le livre, ainsi presque uniquement rempli par de trop réelles répétitions, n'a pas eu assez d'intérêt pour sorbr du cercle pour lequel il avoil été fût. Il «t vrai de dire aussi que, son point de vue étant gé- néral, — des histoires masculines sont des histoires de Unies sortes — il se trauvolt avoir à lutter, pour


PRiFACE. xxxvij

Ifûre 8on chemin, contre tous les recueils de contes , tandis qu*une réunion dliistoires uniquement fémi- nines, étant quelque chose de plus rare et de plus nou- veau , a eu plus de chances pour sortir de la foule et pour demeurer en lumière.

Quoi qu*il en soit, il existe peut-être encore en ma- nuscrit, mais sans le nom de son auteur , au moins d'une manière formelle, soit sur le titre, soit dans Tintroduction ; et le chevalier, qui, comme on Ta vu, ne révisoit pas le travûl de ses aides avec assez de soin pour lui donner une dispoâtion et une forme générale bien asûses, et n*a pas mis de fin au livre de ses filles, a bien pu ne pas écrire de prologue pour le livre de ses fils. Mais l'on auroit deux points de repère qui feroient reoonnoltre à peu près à coup sûr le second ouvrage : ce sont les deux histoires citées, celle de lliermite qui tomba dans tous les péchés pour s'être abandonné à la gourmandise comme au plus petit, et celle du Sauveur portant sa croix, prédisant aux saintes femmes le mal qui devoit arriver au pays, c'est-à-dire la ruine du Temple et la dispersion des Juifs. J'ai parcouru, sans rien trouver qui me satisfît, quelques uns des recueils anonymes dliistoires qui ont été écrits en grand nombre vers cette époque ; tfautres seront plus heureux que moi.

m.

Manuscrits.

La Bibliothèque impériale possède, à ma connois- sance, sept manuscrits du livre du chevalier de


xxxviij Préface.

La Tour. Je vais les décrire brièvenient, en lH rangeant , dod dans l'ordre de leurs numéros , mala setoD l'époque de leur transcription et selon leur va- leur relative.

Le plus ancien est le n° 74"3 du fonds frao^ois. Il est Bn parchemin, de Tormat în-rdio mediocrt , et écrit sur deux colonnes do trente lignes. Il a i4a Feuillets, dont les trois premiers sont occupés par la - tible, les feuillets 5 à ) a8 par le leile, et les feuilleta n8 à i4o par Thistoire de Griselidis. Le premier feuillet est tout encadré d'ornements courants , dans la miniature, le chevalier, assis sur un bancde gazon, est velu d'une jaquette très courte et coiffé d'un boo- DOt lilas, découpé de In façon la plus extravagante et Inmoins analogue aux conseils du livre surla simpti. cité B av(»r dans sa toilette. Les trois filles, en robes à longues manches, sont toutes trois debout ; l'ainée a sealo une ceinture, et la troisième a la tête nue. Les lettres capitales sont bleues à dessins rouges. Quoique le plus ancien, et certainement du ciimmen- cemeat du xv* stède , l'adjonctioD, toute convenable d'ailleurs, de Griselklis, prouvoroit que le manu- scrit n'eslqu'uno copie et n'apasotéliiitpourrauteur lul-okâiDe ; malgré cela — et maintenant pour recon- Doitre sûrement uu manuscrit fait pour l'auteur , Il faudroil y trouver ses armes et celles de l'une de sos deux femmes — celui-ci est excellent et le tneilteurde tous, avec celui de Londres, dont nous parlerons plus

Le manuscrit qui vient après celui-là, et que j'ai connu le dernier, porte le n° long du fonds de Gai- gnières. 11 est in-folio mediocri sur parchemin , i


Préface. xxxix

deuxcoloonesde trente-six lignes, et agi feuillets, dont 82 de texte, 2 de table et 7 pour l'histoire de Grise- lidis. La miniature est très grossière et peut même avoir été ajoutée postérieurement.

Dans le n^ 7078 * du fonds françois, le livre du che- valier de La Tour n*est qu'une partie ; on petit voir, ' pour llndication des ouvragés qui raccompagnent , la description que M. Paulin Paris en a faite dans ses Manuscrits françois (V, 1842 , p. 71-86). Qull suffise ici de dire que dans ce volume notre texte' et la table des chapitres oiccupent , sur deux co- lonnes de 35 lignes en moyenne , les feuillets 55 à 122^. La copie en est très inexacte, et le scribe' n*a pas dû être payé à la page , mais à forfsût, car pour avoir plus tôt fini, il ne s'est pas fait faute dé sauter des parties de phrase, dont l'absence n'ajoute pas à la clarté. Il doit même avoir touiiié des feuil- lets de son original ; car, sans que ses cahiers soient incomplets , on trouve deux fois dans sa copie une lacune qui correspond à celle d'un feuillet, et qui, la seconde fois, porte sur une des histoires les plus inté- ressantes, celle de M"**" de Belleville, dont il n'a tran- scrit que la fin. La langue commence déjà à s'y mo- difier. Une mention écrite sur la dernière feuille de garde porte qull a appartenu à Guillaume du Che- min y de Saint-Madou de Rouen ; sur la première feuille de garde est collé Técu des Bigot, d'argent à un chevron de sable , chargé en chef d'un croissant d'argent et accompagné de trois roses, posées deux


1. En marge da feuillet 86 on Ut les denx noms : « Meittre Ro- bert le Mojae n et • GnilUame Saro, etcùyer, dem* à Sainct •••• »


xl Préface. ^P

en cher et uoe en poiate; on ; Ut ausùle nom de Thomas Bigot, père U'Emeric, et l'écu est répété sur le dos de lï reliure ; ce volume portait dans leur bibliothèque le ii° i48*. J'oubliois de dire qu'il y a une miniature initlslo en camaïeu , mais eaai împor-

I.e maauBcrit de Sain t- Victor , n" 853, relié en l85a , en maroquin rouge, avec le H, F. de la der- niËre République, est sur parchemin, de format petit ÎQ.fa carré , i 89 longues lignes par page et d'une grosse écriture do la fin du iv' siècle. Les deux pre- miers feuillets sont occupés par une table divisée en 89 chapitres ; le premier feuillet du texte, qui porte en haut la signature Dubouchet, l64a , a une détes- table miniature , et, sur la marge, deux ccussons en losange, partis, à deilre, d'or à la croix contre-hei^ nùnée , et , à seoeslro , de gueules à trois fasces da vair à la bordure d'or. Nous ne savons i qui appar- tiennent ces armes; noue ferons remarquer seulement que les maisons de Mercœur en Auvergneetde RoyË- re ea limousin portent de gueules à trois farces de vair*. Les douze derniers feuillets sont occupés par l'histoire de Griselidis, et c'est pour cela que le re- lieur a mis sur le dos ; Miroir des femmes marUt*.

Le n° 7673' , qui porte dans le fonds Delamarre le n°333, eât sur parchemin et petit in-4° i deux co- lonnes très étroites et de 3o lignes. Il est incomplet en tête de quelques feuilleta, et commence an coote de celle qui mangea l'anguille : i' [lin exemple vous


i.lUbliol. RleMiiuii


Préface. xlj

ik Yueil dire sur] le fait des femmes qui mangeoient » les bons morceaux en Fabs^ce de leuris maris. » Les derniers feuillets du ms. sont très mutilés ;^ il est même incomplet de la fin, car le recto du dernier feuil- let — leverso est collé smr une feuille de papier qui en soutient les morceaux — s'arrête dans la fin de l'his- toire de Catonnet. Les fers -de la reliure, qui est du dernier âède et isan» titre sur le dos , paroissent al- lemands.

Le m 7668 est sur parchemin» de format petit in«  4®, et dans sa reUure originale de Ihhs couvert de velours vert et garni autrefois de fermoirs. Il est écrit à longues lignes d'une- écriture très cursive et négligée, de la fin du xv« siècle; lee feuillets 1 à 125 sont occupés par notre roman, ia6.A'i34 par la pa- tience de Griselidis, f35 ài3g recto par lliiistoire du chevalier Placides et de son martyre, après lequel il 'fot nommé saint Eustache, enfin i39 verso à i44 par le Débat en vers du corps et de Tâme, le même dont on trouve une édition dans le recueil que j'ai copié au British Muséum et dont laréimpression forme les trcMS premiers volumes de V Ancien Théâtre fran- çoie. A la fin du Débat se trouve la signature Ledru , évidemment celle du cc^iste. Le volume a feit partie de la bibliothèque royale du château de Blois , car on lit sur le feuillet de garde : Bloys^ et au dessous : « Des hystoires et livres enlrançoys. Pul» i» (pulpito 3 iHîmo). — Contre la munûlle de devers la court. » An xvil« siècle , oa mit sur le premier feuillet le n? ■ccuiii , et plus tard les n?» io5a et 7668, qui est le numéro actueL Au commencement, le chevalier, seul dans son jardin , est peint dans la grande lettre, et


slij Préface.

t'encadrem eut assez délicat de la page, formé de riii' ceaux, de Deurs et de fraises, offre deux M, Tua rose , l'autre bleu , et la place, malheureuse m eol grattée, d'un éou d'armoiries.

Le n" 3189 du Supplément frauïois est un petit in folio sur papier, d'uue très mauvaise écriture de la Qn du xv siècle. Après un traité en frauçois sur les péchés et les commande m eots de Dieu, se trouve notre roman , incomplet d'un ou deux feuillets, cor il ne commence que dans la première histoire, celle des deux Hllee de Terapereur de ConstanUnople, par ces mots: a... toutes foiz qu'elle s'esveilla.etpriadfr- n votcment plus pour les mors que devant et ne de- » nioura guerresque ung grantroyde Grèce la feist B demander, etc. »

Sans les autres bibliothèques de Paris , je n'en connois qu'un manuscrit sur véiin , de la Bn du iV siècle et sans importance, & U bibliothèque de l'Ar- senal ', il a été indiqué par Hvnel dans son catalo- gue des bibliothèques d'Europe [Lipsise, iWio, ln-4*( col. 340).

Mais il n'y en a pas de manuscrits qu'en France, car, pendant mon séjour à Londres, j'en ai pu voir et collationner un excellent, aussi bon, sinon même meilleur que notre manuscrit y^oZ. C'est sur leur comparaison, et en me Servant des deux, que j'ai éta- bli le leite que je publie; ils sont les deux plus an- ciens, contemporains l'un de l'autre, et ne sont pas écrits dans un autre dialecte, ni même avec une or- thographe sensiblement dilTérenle, ce qui m'apennis ûe prendre toujours la meilleure leçon donnée par l'un ou par l'autre, sans craindre d'encourir le repro-


Préface. xlnj

w mélangé des fonnes contraires et mis 6 des choses opposées. Il se trouve au Bri- leum, dans la collection du roi S où il porte numéro la marqué : 19 c viii. Ce manuscrit,' )hemin, est composé de cahiers de huit feuil- 3 réclames» à 33 longues lignes à la page, {feuillets, chiffrés en lettres du temps de son m. Le livre de La Tour Landry y occupe les 1-121 ; le livre de Melibée, par Christine de* es feuillets 122-146 , et l'histoire de Griseli- feuillets 147-162. Sur deux derniers feuillets,' t: restés blancs, une main postérieure a ajouté leille M* Jehan de Meung. En tète du texte se une miniature; le chevalier, vêtu d'une robe i longues manches et tenant un rouleau de sur ses genoux, est assis sur un banc de ver- i fait le tour du pied d'un arbre ; la partie du )ù il se trouve est entourée d*une haie carrée sèment coupée, et le fond n'est pas un pay- lais un treillis ; quant aux trois filles, toujours , l'ainée a une robe rouge avec un col ouvert e et de très longues manches ouvertes ; lés ro- i deux autres sont rouges pour l'une, couleur ir pour l'autre , et leurs manches très justes couvrent presque toute la main. Le manuscrit ppartemr ensuite à quelque artiste du temps, ' feuillets blancs et les gardes sont couverts légers croquis au crayon roux d'hommes ar- d'hommes et de femmes à cheval.

Catalogue of the manuscripts of the King's library, an to tbe catalogue of the Cottonian library, by Pavid Caa< ily Ubrarian, 1734 , in-4 \ p. »9S« 


  • liT


Préface,


La bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles ei sède* deui manuscrits sur parcbemin [0°* 9^03 et 9543]-, l'un d'eux a été, sous l'empire, à kBiblioth^ que duroi(Belg. n° ii5), où l'a vu Logrand d'Ausay, qui le cite en tête de sa notice surle Livre desEasoi- gnemeols insérée dans le 5* volume des Notices des Manuscrits; depuis il a fait retour à la Bibliotbèqua de {tourgogne. Nous ne les coanoissons pas ; mms le manuscrit 74'^ ^t celui de Londres sont trop bons, et en même temps trop conformes, pour qu'il nous eût été nécessaire d'en consulter encore d'autres.

Enfin LaCroiiduHaine' nous apprend qu'il avoit aussi par deversiui le livre écrit i la main, et le duc de LaValltèreen possédoil aussi un ms., qui forme len" l338 ducatalogueenlroia volumes (1783, 1, p. loC): a Leàievalier de LaTour,\ùr-M., niar. rouge. Beau s manuscrit sur vélin du xV siècle , contenant g8

  • feuillets écrits en antûenne bâtarde, à longues li-

» gnes. Il est décoré d'une miniature, de tournoures » et d'ornements peints en or et en couleurs, u II ne fut vendu que 60 livres, bien qu'il fût certainement très supérieur comme teite aux éditions de Guillau- me Euslace, qui se veudoient pourtant bien plus cher, comme on le verra tout à l'Iieure , car nous n'avons plus à parler que des éditions et (les traduc- tions de notre auteur.


nit da I'IdwUIh léMnl. |

J


Préfàgb. xlv

IV.

Traductions et éditions,

J*a i dit en commençant qull ayoit été fait deux traductions angloises du livre des Enseignements. L^une, la plus ancienne, qui remonte au règne de Henri VI , est inédite et est consenrée en manuscrit an British Muséum, dans le teds Harléien (n«  1764* 67, C.^). C'est un man^fKnit à a colonnes de 4i lignes, d'une excellent» ti très correcte écri- ture, malheureusement incomplet de la fin et qui a beaucoup souffert. Le premier feuillet a une lettre ornée et un entourage épurant, et tous les chapitres ont une lettre peinte. Au deuxième feuillet, on lit les signatures de deux de ses anciens propriétaires, Path- lus Durant et Iktvid Kellie y- écrites à la fin du xv!** siècle et au commencement du siècle suivant; on trouve marne au feuillet 37 cette mention, de la main de Kellie : u James by the grâce of God King of En- 9 gland, France and Irelandand of Scotland and de- 9 fender of the faith. » Dans son état actuel , le ma- nuscrit a54 feuillets et commence : a In the yere of the 9 incamacion of our lord m ccc Ixxi as y was in a gar- 9 den ail hevi and full of thought... », et se termine dansHûstobe des deux sœurs (p. a38 de notre texte), parles mots : a withoute ani wisete y clothed myself » in warme », suivi du mot dothes comme réclame. La traduction est exacte, )a langue excellente et cer- tainement bien moins traînante et embarrassée que

1. Nares , CaUlofoe of Ihe mM. of Uie UurUian library , 4 vol. iB-f>, Loodon, i8o8*i5 ; II . p. ao8.


xlvj Préface.

celle de Caitoa. Du resite, ceui qui voudraient iToir de plus complets détails sur cette traduction anon;- Tae pourroDt en voir d'amples fragments Irsoscrlts dans un eiicellect article de la première Relraspee- tive Review, publiée à Londres il y a une vinglaine d'années'. La sévérité angluise paroft avoir empé- cbê l'auteur de citer les bistoires les plus curieuses préférable ment à celles dont l'Iionnéteté est la trop unique valeur; mais ces extraits su fli sent pleioemont pour faire juger du mérite de h traduction, et c'est pour nous la plus utile partie de leur travail.

La seconde traduction est de Cailon, le plus an- cien irtiprimeur de l'Angleterre , et il est curieux de voir le livre de notre auteur être une des premières productionsde la presse dans unpafs étranger. On Bwl quel nombre Caxton a publié de traductions du fran- Sois, et il nous sufSt de le rappeler, car une énumé- ralion noua mèneroil beaucoup trop loin. Le livre est un iii'4'i ^ool les cahiers , de huit feuillets cha- cun , sont signés aii-niii]. tl commence par une pré' face du traducteur, qui dit avoir entrepris cet ouvra- ge sur la prière d'une grande damo qui avoll des fil- les; aucun bibliographe angloîs n'ayant fait même le nom de cette proteetrlce du


Digiilnr, tiUlcil by Henri Sonlhen


oITrlnil; euUl^, CunbrMglI. ud } 7. p.ru II, T. .77-9*. - LVlioIe


Préface. ^Ivij

travail de Caxton , nous ne pouvons qu'imiter leur silence; nous aurions donné cette préface en appen- dice, si on ne pouvoit la voir reproduite dans l'édi- tion des Typographical antiquities de Jps. Ames, donnée par Dibdin * . Les caractères employés par Cazton sont ceax. dont on peut voir dans Ames le foc- simile d'après les chroniques d'Angleterre '. £'est.ce caractère irrégulier, plein de. lettres liées entre el«  les et de mêmes lettres de formes différentes, qui 2q>porte plutôt l'idée d'une écriture assez incorrecte que d'une impression; elle est très analogue à un fao- simile donné dans Ames (p. 88) d'une copie manus- crite d'Ovide qu'on attribue à Caxton. Après la pré- face, qui tient le premier feuillet , et la table qui en tient trois, vient le texte, qui commence : a Hère be- » gynneththe book wbiche the knygbt of the toure^ JD made and speketb of many fayre ensamples and » thenseygnements and techyng of bis doughters.: » Il se termine par la mention suivante : « Hère fy- » nyssbed tbe booke whicb the knygbt of the Toure » made to tbe enseygnement and techyng of bis » doughters translated oute of frenssb in to our ma- » temall Englysshe tongue by me William Gaxton , V whicb book was ended and fynysshed the first day » of Juyn the yere of oure lord ro.cccc Ixxx iij ^nd 9 emprynted at Westmynstre tbe last day of Jan- y> yuer, the first yere of the règne of kynge Rychard


!• London . 4 vol. iih-4'^. tSio. t. i, n» •; det Gtxton, p. tot-S. t. N" 4 d^ 1* planche de Buire portant le n» 8 , et placée ea face de la page 88.

3. Caxton ne sait pas le nom de Landry.


-i


xlviij Préface,

D the thyrd. d On a quelquefois mis i tort ce livre sous la date de i4B4; l'année t4S3 ayant été comprise entre le 3o mars et le iSavrîl, et Edouard IV éUnt mort le 9 avril i483, c'est bien cette aoiioe i483 qui est la première anuée du règne de Richard IIP.

Les exemplaires complets eo sont, du reste, assez rares. Ames (i8in) ne cite que trois exemplaires, celui de lord Spencer, du marquis de BlandFord et de Sa Majesté; ce dernier est sans doute l'exemplaire complet que nous avons vu au Britisb Muséum. Il y ea aurait encore un dans \a Blbliotbèque publique de Cambridge et deux à la Bodléienne, mais imparfaits tous deux d'une feuille. Uu exemplaire sur idlia, marqué 5 1. 5 e\t,, chez M. Edwards, cat. de 17941 n" 1267, étoil en 1810 chez M. Douce; mais ce fut un prix bien vite dépassé ; ainsi l'exemplaire de la vente de WhiteKnights fut payé 83 livres ) shilling, et celui de la vente de Brandt, on 1807, fut aoheld 111 livres G shillings pour lord Spencer*.

QuaDt à la traduction même, elle est d'une in- croyable fidélité et d'une si naïve exactitude, que, par ses méprises, et il y en a, on pourroit recoanottre ft coup sur le manuscrit même suivi par Caxton, et, si on le rencontroit , U ne pourrait pas y avoir de doutes sur ce point, tant sa phrase est calipiée si son leste, avec un mot à mot si fidèle que la pureld


n, BiMdiIKcii SpflKtrisn


n-aS7.\.ÎV.,


..67-«,


Préface. xlix

de son anglois 6n souffre le plus souvent. Du reste, on en pourrabientôt juger, carM. Thomas Wright, auit publications de qui notre ancienne littérature doit autant que Tanciénne littérature de son pays, en va publier uiie réimpression etactc pour le Warton Club, dont il est un des fondateurs. Si la traduction inédite du British Muséum étoit complète, il faudroit incontestablement la suivre, à cause de sa supério- rité sur celle de Gaxton. On pourroit prendre le parti de composer Védition pour les trois quarts avec la traduction inédite et pour là fin avec Gaxton. Cepen- dant la langue des deux traducteurs est si différente, qu*en mettant une paiiie de Tœuvre de Tun à la suite de Tœuvre de 1 autre, onauroit à craindre d*ar- riverà un effet trop disparate, et, comme le Caxton est introuvable, les bibliophiles préféreront peut- être en avoir la reproduction entière.

Enfin j'ajouterai, à piropos de' l'édition de Gaxton , que, si rare qu'elle soit maintenant, c'était au xvi® siècle, en Angleterre, un livré qui étoit tout à fait en circulation i J'en donnerai pour preuve ce curieux pas- sage du Book ofHusbandry, publié en i534 par Sir Anthony Fitz-Herbert, qui avoit la charge importante de lord chief justice ' . L^appréciation est trop curieuse pour que je ne la reproduise pas en entier ; parlant de la fidélité qu'une femme et un mari doivent avoir dans les achats qu'ils font au marché, il continue : a Je pour- » rois peut-être montrer aux maris diverses façons

1. Je tire le ptstage, non du livre, nécessairement inconnu à un étranger, mais de l'article qui loi est consacré dans la nouvelle Rétrospective Review, London , RusseU-Smith, in-8o. No 3, May i853, pages a64-73.

4.


I


Phéf*


T doDl leurs femmes les trompent, et indiquer de raé- u me commeDt les maris trompent leurs femmes. u Mais pi je le faisois , j'indiquerois de plus subtiles u fai^Ds de tromperies que l'un ou l'autre o'en sa.-. i< voit auparaviiDl. A cause de cela, il me semble Il meilleur de me taire , de peur de faire comme le ï ciievalier de La Tour, qui avoit plusiottfB fll- B les, et, par l'affeotiou paternelle qu'il leur portoil, » écrivil un livre dans une boune intentioD, pour les n mettre à même d'éviter et de fuir les vices et de n suUre les vertus. Il leur eoseigoo dans ce livre » pomment, si elles étolent courtisées et tentées par » un bomme, elles devraient s'en défendre. Et, dans '• ce livre, il munlre tant de façons si oaturoUes dont i> un bomme peut arriver à son dessein d'Amener » une femme à mal , et ces façons pour en venir u k leur but sont si subtiles , si compliquées , îma- » gioécs avec tant d'art, qu'il seroît difficile à aucune u de résister et de s'opposer au désir des hommes. ■ Par ccdil livre, il a fait que les hommes et les fem- » mes conuoissenl plus de vices, de subljlités, de B tromperies, qu'ils n'en auroient jamais connu si le 1 livre n'eût p&s été fait, et dans ce livre il se nom- M me lui-même le cbevalïerde La Tour. Aussi, pour » moi, je laisse les femmes faire leurs affaires avec n leurjugement. n

Le jugement de lord Fitï<Herbcrt eufiiroit à prou- ver que Dibdin, pour avoir décrit le livre, ne l'avoit pas autrement lu ; car, renvoyant, dans les additions de Ames [T. 374], à la notice de Legrond d'Aussy, et faisant allusion aui passages purement naïfs dont c>'lui-cl fait des obscénilos, Dibdin ajoutoit qull (al-


J


Préface. Ij

loit espérer que Gaxton avoit sauté de pareils passa- ges. Je n'ai pas eu le temps de vérifier le Gaxton , nous n'en avons pas d exemplsdres en France ; mais je répondrois à Tavance de son honnêteté de traduc- teur, qui n'a pas dû se permettre le moindre retran- chement. Seulement Dibdin, qui avoit le volume à sa disposition , auroit pu 8*assurer du fait et ne pas en rester à cette singulière espérance.

Le livre eut la même fortune en Allemagne qu'en Angleterre : car il en parut en i493 une traduction allemande faute par le chevalier Marquard vom Stein. Comme Gaxton, il fut plus exact que ne le furent plus tard les éditeurs françois, et n'ajouta rien au livre des Enseignements ; mais , plus heureuse que celle de Caxton, sa traduction fut souvent réimprimée. La pre- mière édition, in-folio, parut à Bàle, chez Michel Fur- ter, sous ce titre : a Der Ritter vom Tum, von den » Exempeln der Gotsforcht vfi erberkeit y>, c est-à-dire Le Ghevalier de La Tour, des exemples de la piété et de rbonneor. En tête se trouve une préface du tra- ducteur, mais qui ne contient que des généralités de morale ; nous ferons remarquer seulement que, peut- être par suite (l'une faute d'impression ou d'une dif- férence dans un manuscrit, la date delà composition du livre n'est plus 1371, mais 1370. Le volume, d'une superbe exécution, et dont le British Muséum possède un très bel exemplaire, a 73 feuillets et est orné de 4^ gravures sur bois, réellement faites pour Touvrage, bien dessinées et bien gravées. Le cheva- lier y est toujours représenté armé de pied en cap , même dans la gravure initiale, où il est , idée assez bizarre, représenté endormi au pied d'un arbre, pen-


lij Préface.

ûmi que ses deux Hlles sont debout à cAté de lid; mais, à part colle singularité, celte suite dVHugfro- (t'oii» est tout à fait reniarqDable. Après celle édi- tion, nous citerons les suivantes, d'après Ebert < : une à Augsbourg, chez Schônsperger, 1498, in fo- lio; une à Bile, chezFurter, en i5i3; — Ebert di- sant aussi qu'elle a 73 feuillets et des grai'ures sur bois, il est possible que ce soit la première édition avec une nouvelle date changée, et, dans tous les cas, la nouvelle en est une réimpression, où l'on doit re- trouver les m é m ea bois - une^Striisbourg,cbezKnob- louch, en iSig, in-4'i enfin uneautre à Strasbourg, ebsz Cammerlânder, en i53S, in-folio, avec des gn- vures sur bois. Il y en a Ba.ns doute eu d'autres édi- tions; toujours est-il que tout récemment, en 1849. le professeur allemand O.-L.-B. WoIfTen a faille 8- volume* de sa collection de romans populaires qu'il a publiée à Leipzig chez Otto Wigand. Le prologue y est plus court, et l'on y voit, bien qu'en très petit nombre, quelques histoires nouvelles, celles de Pé- nélope et de Lucrèce, absentes de l'ouvrage origi- nal , mais qui prouvent que , dans ses éditions suc- cessives, la traduction de Marquard vom Slein a subi quelques remaniements. Le lilre y est devenu : n Un M miroir de la vertu et de l'faouneur des femmes et u demoiselles, écrit pour nnstmclion de ses 611m " par le trËs renommé olievatier de La Tdur, avec n de beUes et utiles histoires sacrées et profanes. >

1. AlIfi^nciiiH bibUa^pUichfi Ltiikon •oa Friedridi AUt


Préface. liij

Ce ne fut qu'en i5i4que parut la première édition Françoise , à Paris, chez Guillaume Eustace^. C'est un in-folio gothique , à deux colonnes, de xcv feuil- lets chiffrés, précédés de 3 feuillets pour le titre et la table et suivis d'un feuillet séparé , au recto duquel une gravure en bois représentant le pape , l'empe- reur et le roi de France , et au verso la marque de Guillaume Eustace. Cette gravure se trouvoit déjà au verso et la marque sur le recto du titre, qui est ce- \{iï-<iï : (c Le chevalier de la tour et le guidon des » guerres, Nouvellement imprimé à Paris pour Guil- » laume Eustace , libraire du roy, Cum puillegio » Régis », et au bas : a Hz se vendent en la rue » neufue nostre Dame , à lenselgne De agnus dei , » ou au palais, au troisiesme pilier. Et en la rue » saint-iacques, à l'enseigne du crescent. » A la fin se trouve cette mention : ce Cy fine ce présent volu- i> me intitulé le chevalier de la tour et le guidon

V des guerres , Imprimé à Paris en mil cinq cens et » quatorze . le neufiesme iour de novembre. Pour » Guillaume Eustace, libraire du roy et juré de lu- » niversité , dempurant en la rue neufve nostre-da-

V me, à lenseigne de agnus dei , ou au palais , en la » grant salle du troisiesme pillier, près de la chap- )> pelle où len chante la messe de mes seigneurs les D présidons. Et a le Roy, nostre sire , donné audit >} Guillaume lettres de privilège et terme de deux » ans pour vendre et distribuer cedit livre affîn des-


X. La Croix du .Vaine (BibUotkéque firançoise, édit. de 1779 . I, 161 et »77) ne parle que de cette édition , sur la foi de laquelle il • dit que le Gmd4m de* gutrrtê étoit de notre auteur.


hv Préface.

u Ire remboursé de ses fraîz et mises. Et detfend le- B dit Ecigaeur à tous libraires, imprimeurs et autres D du rof aulme de son limprimer sus p^nne de eon- a flscatiaa deedilz livres et dameode arbitraire jus- a ques après deux ans passez el acomplis à comp- ■a ter du iour et dal« cy dessus toÎs que ledit livre a «sté acheué d'imprimer, o

Le texte des Enseigoements, dans cette édition de Guillaume Euslace, occupe les Teuillels i â Ixrii; le feuillels liiiïi à iixxv soal occupés par le livre de Helibée el de Prudence, que l'éditeur a trouvé, com- me on le voit dans le manuscrit de Londres et celuide Paris (7073*), à la suite de celui dont il s'est servi; mms, avec peu de scrupule et pour bien donner au ctie- lier de La Tour le livra de Hëlibée , sur lequel nous




lu.il


aécrlt un raccordement par lequel ilmelMëlïbée dans laboucheduchevaJier.EnQn, les feuillets IxiKvàicv offrent le Guidon des guerres a fait par le chevalier » de La Tour n, ouvrage de stratégie qu'un aulre rac- cordement' de Guillaume Eustace met aussi daosk bouche du chevalier. H rorinoilprobablemenl la troi- sième partie du manuscrit suivi par Guillaume Eus- a,e alct n'est nullement du chevaiier de la Tour *.




la dii H. P. Pirti (Ku. ryi»


Préface. Iv

Le texte est orné de gravures sur bois, mais, moins soigneux que l'éditeur allemand, Eustace a employé bon nombre de bois tout faits, dont quelques uns se rapportent très peu au sujet qu'ils sont destinés à présenter aux yeux. Dans les exemplaires sur papier le format est très petit in-folio ; dans ceux sur vélin, la justification a été réimposée, et le volume est plus grand. La Bibliothèque en possède un superbe exem- plaire, avec 27 miniatures, que M. Van Praët' dit avoir passé dans les ventes de Pajot, comte d'On- sembray (n*» 627, 240 1. 19 s.), de Girardot de Pré^ fond (n* 890, 1^ l.), de Gaâgnat (n*» 2253, 200 1.), de La Vallière (n' i339, 3oo l.), de Mac Carthy (n» i549, 61 5 1.]. M. Brunet (I, 649) P&i'oit traiter comme le même celui qu'il indique comme vendu chez Morel Vindé 63i fr., et chez Hibbert, 33 livres, 12 shilings.

Comme texte , il faut reconnoitre, à la louange de Guillaume Eustace, que, pour un éditeur du seizième siècle, il pourroit avoir fait bien plus de modifications. Le prologue est beaucoup moins en vers, Forthogra- phe est modernisée ; mais le texte a certainement été


étonnant que les bibliographes n'aient pas remarqué la fausseté d'attribution de ces deux ouTrages. Debure (Gâtai. La Vallière , I, 4o€), cataloguant l'imprimé à la suite d'un ms., avoit , sans nier l'attribution . fait remarquer que le Gmidon ne se trouToit pas dans celui-ci.

1. Van Praét, Livres sur vélin de la bibliothèque du roi, t. IV. ■o 388, p. s63— 4> Ebert nous apprend qu'il y en avoit aussi un exemplaire sur vélin dans l'ancienne btblioUièque d'Augsbourg. Ce doit être celui que M. Van Praét indique comme vu par Gereken (Reisen. I, sGs) et par Hirsching (Reisen, II, 180) chez les frères Veitb, é Angsbourg. Un troisième exemplaire devroit s'en trouver daaa la bibliothèque de Genève (Van Praet, «64).


plus respecté qu'il




. La ^conde


ir celle-ci, grossières, à ce que medil


'ordmaire i iiDpresEion, qui doit cependiuitnS^


coDlraire pleioe de Tautes


juge très compétent, qui est in--4 de 'jo8 pages, y compris <i pages de table. Elle a un frontiâpii'e r»- présenlant un chevalier armé, un gooou en terre , et a pour litre : « S'ensuit le chevalier de La Tour et le u GuldoD des guerres, avec plusieurs autres belles u exemples, imprijnés nouvellenieDt par la veuve u Jehan Trepperel'.n H. Brunet, qui la dit gothique et nous apprend qu'elle a élé vendue, chez Heber, 6 livres i5 sbillingB, ajoute o et Jehan Jehannolc, après le nom de la veuve Trepperel. M. Berlin en possédoit un exemplaire qui, i sa vente (i 653, D- 133), a été adjugé au prii do 780 fr.

Après avoir examiné suecessivemcnt, comme je l'a- vois promis, la biographie et l'œuvre du chevaUeTt ÛQBÎ que les roanusci'ils et les éditionE de kod lîvn, je lui laisse enfin la parole, en m'excusanl de la lon- gueur à laquelle ces développements sont arrivëB. Uals si, dans un travail d'ensemble sur notre aa- cienoe lit téralure, l'ouvrage du chevalier de La Tou^ peut n'être cité qu'en passant, tous les renseigne- ments qui s'y rappoilent dévoient être réunis dan»


n essai qui lui est spécialement trouve en tête de son livre.


etfu^


s..



Cy commence la table du livre intitulé du chevalier de

la Tour, qui (ut (ait pour l'enseignement

des femmes mariées et à marier.


e. premier chappitre contient le prolo- gue. 1 Le second chappitre parle de ce que on doit faire quant oo s'esveille. 6

Le tiers chappitre parle de deux chevaliers qui amoient deux suers. 7

Le quart chappitre parle d'aae damoiselle que un seigneur vouloit violer. 9

Le quint, que on doit faire quant, oq est levé. 10

Le VI*' ,de deux filles d'un chevalier, dont Tune estoit devotte et Tautre gounnandoit. . ^^

Le VII% comment les femmes et les filles doivent jeû- ner! 14

Le VI11«, d'une folle femme qui chéy en un puis. 16

Le IX*', d'une bourgeoise qui mouru et n'avoit osé confessié son pechié. 19

Le X«, comment toutes femmes doivent être cour- toises. 23

Le XI% comment elles se doy vent contenir sans virer la teste çà ne là. 24


Iviij Table

Le XH', de la fille du roy de Dan Démarche, qui per- dit le roy d'Angleterre par sa folle caDtenancc, ^5

Le Xll[', de celle que le chevalier de la Tour refusa pour sa legière manière. aS

Le XIHI"^ chappitre parle comment la BIlo du roy d'Arragon par sa toile manière perdy le roi d'Es- paigne. 3o

Lb XV", de celles qui estrlvent les uoes aui: au-

Le XVI', de colle qui raenga l'anguille. 35

Le XVII", comment nulle femme ne doit estre ja- louse. 3G Le XV1II°, de la bourgeoise qui se fist ferir par son oultrûge. 4o Le XIX°, de celle qui sailly eus la lable. 4' Le XX°, (le celle qui donna la chair aui chiens. 44 Le XXI°, du dubat qui fut entre le sire de Beauma- noir el une dame. 46 Le XX11=, comment il fait périlleux à estriver à gens sgavans, el parle de la datne qui prist lengon au marescbal de Clermout. 5o Le XXIIl', de Bouciquaut et des trois daines, Ai Le XXllll", de trois autres dames qui vouldrenl tuer un chevalier. 54 Le XXV°, de celles qui vont voulenliers aux joustes et aux pelerïnojges. 55 Le XXVI" chappitre parle de celles qui ne veullent veslir leurs bonnes robes aux fosles. 58 Le XXV1!< parla de la suer saint Dernart, 6i Le XXVIll', de celles qui ne font que gengler i l'église. 63 Le XXIX', de saint Martin de Tours et de saint Brice


DES Matières. Ivk

et du dyable. 65

Le XXX, de celle qui perdy ^ ouir la messe. 66

. Le XXXI«, d une dame qui employoit le quart du jour

pour soy appareiller. 70

Le XXXII% de celles qui oyent voulentiers la

messe. 71

Le XXXIIl", de la bomie contesse qui tous les jours

Touloit ouir trois messes. 72

Le XXXIU^ chappitre parle de celles qui vont en

pelerinaiges sans devocion. 73

Le XXXV«, de ceulx qui firent fomicfition en Te-

gUse. 80

Le XXXVl«, du mo'me qui fist fornication en Te- glise. 81

Le XXXVIP, des mauvais exemplaires et des ma- lices de ce monde. 82 Le XXXVIIP, des bons exemplaires du monde. 83 f Le XXXI X«, de Eve notre première mère et de ses ' foUes. 85 Le XL' chapitre contient la tierce folie de Eve. 88 Le XLI^ fait mention de la quarte folie de Eve. 89 Le XLII*", la quinte folie. 90 Le XLIII% la VI» folie. 91 Le XLII1I% la VII« folie. 93 Le XLV% la VIII» folie. 9* Le XLYI% la 1X« folie. 96 Le XLYIl", d*un saint preudomme evesque qui pres- cba sur les cointises. 98 Le XLVIII' de celles qui cheyrent en la boue. 100 Le XLIX**, d'une damoyselle qui portoit baulx cuevre

chiefs. 102

Le L** parie d*un chevalier qui eut trois femmes et


^L(


Ix Table

comment sa première femme fut dampnée. io5 Le Lis de la seconde femme du chevalier et comment

elle fut sauvée. 107

Le LII«, de la tierce femme du chevalier et des tour-

mens qu'elle souffry. 109

Le LUI*', d'une grant baronnesse et des tourmens que

Tennemy lui Hst. m

^e LIIII*' parle de la femme Loth. 1 13

Le LV^i chappitre parie des filles Loth. 1 15

"^ Le LVI« parle de la fille Jacob. 117

Le Lyil% de Tfaomar, la femme Honnan. 118

Le LVIII% de la femme du prince Pharaon. 120

Le LIX«, des filles de Moab. 122

Le LX<^, de la fille de Madian. i23

îV^Le LXI*, de Thomar, la fille du roy David. 126

^lie LKII®, d'un bon homme qui estoit cordier. 126

Le LXIII*' parle du pechié d'orgueil et de Apemena

la royne de Surye. i32

Le LXIIII» chappitre parle de la royne Vastis. i34 Le LXV*', de la femme de Aman. i36

Le LXVI« chappitre parle de la royne Gesabel. i38 Le LXVII^', de Athalia, la royne de Jherusalem, et de

Bruneheust, la royne de France. i4o

Le LXVIII« chapitre parle d'envie, et de Marie, la suer

Moyse. i42

Le LXIX*' parle des femmes Archaria. i43

Le LXX*' parle de convoitise et de Dalida, la femme

Sampson. i44

Le LXXP chappitre parle de courroux et d'une da-

moyselle de Bethléem. i46

Le LXXII« chappitre parle d'une dame qui ne vouloit

venir au mandement à son seigneur. i48


DES Matières. Ixj

Le LXXIII^ chappitre parle de flatterie. i^

Le LXXIIII^ chappitre parle de descoavrir le conseil de son seigneur. i5i

Le LXX V« chappitre parle de desdaing, et de Midiol, la femme David. t53

Le LXXVI^ chappitre parle de soy pignier devant les gens. i54

Le LXXVII® chappitre parle de foie requeste et puis de la mère David, et après de la duchesse d'A» thènes. i55

Le LX\V111« chappitre parle de trayson. «56

Le LXXIX* chapitre parle de rappine. «67

LelIIIxx* chappitre parle de patience, et de Anna, la femme Thobie, et puis de la femme Job. i58

Le II Un et I' chappitre parle de laissier son seigneur et de Herodias que le roy Herodes fortray à son frère. 161

Le 11ll»Il<' chappitre. Cy laisse à parler des mauvai- ses femmes, et parlera des bonnes et de leur bon gouvernement , et comment Tescripture les loue ; et premièrement de Sarra, la femme de Abra- ham. 162

Le 1IlixxllI« chappitre parle de Hebecca. i63

Le lllh^llll chappitre parle de Lia, la femme Jacob. i65

Le IllluV" chappitre parie de Rachel. 167

Le llIlnVI» ohappitre parle de la royne de Chip- pre. 168

Le ininVlle chappitre parle de la vertu de charité et de la fille du roy Pharaon. 169

Le IllIxxVlll*' chappitre parle d'une bonne femme de Jhenco , app^ée Raab, et puis de ssdncte Ana-


/


Ixij


Tali-e


!, ot puis (le saincle Arragonde. Le lllhilX' chappitre parle d'ubstioence et parle du

père et de la mère Sampson. 174

Le II1l"^X' chappitre parle de aprendre sagesce et

clergie. 1 76

\/ Le 1111>>XI° chappitre parle de Rulb. 179

Le ini"XII" chappitre parle de souslenir son sei-

.^_^ gneur. )8o

Le ]Ill"'Xni" chappitre parle de adoulcir Tire de

ma seigneur. 1S2

Le I1I["«XIIU« chappitre parle dequerre conseil. i83 Le 1IIl'>XV'chBppitre parle d'unRpreudelemme. i85 Le ]ni""XVI' chappitre parle de Sarra, la femme

Thobie. 187

Le 1II1<>XV1I' chappitre parle de la rojce Hes-

ler. .89

Le llIliiXVIIl' chappitre parle de Suiianne, la Temme

JoBchim. igi

Le I1II"X1X' chappitre. Cy commence à parler des

femmes du nauvel testament . et premièrement de

saiucte Helizabcth , mère de saiut Jehan Bap -

tisle. ig3

Le centiesme chappitre parle de saincte Harie Hag-

>^ daleine. 194

Le CI" chappitre parle de deux bonnes dames, Fem-

nies à mescréans. 196

Le Cil' chappitre parle de sajncte Marthe, suer à la

Uagdaleine. 197

Le cm- chappitre parle des bonnes dîmes qui plou-

royent aprèa noslre seigneur quant il porloil la

croix. 199

Le Cllll" chappitre parle de pechiéd'yre et puisd'u&B


DES Matières. Ixiîj

bourgoyse qui ne vouloit pardonner ce que une femme luy avoit meffait. 201

Le CV<' chappitre parle comment les dames doyvent venir à rencontre de leurs amis quant ilz les vien- nent veoir à leur hostel. 2o4 Le CVI*» chappitre parle de l'exemple de pitié et com- ment un chevalier fist champ de batûUe, pour une pucelle délivrer de mort. 206 Le CVI1« chappitre parle des trois Maries. 208 Le CVUl* chappitre parle du saige. 210 Le CIX« chappitre parle de Nostre-Dame. 212 Le CX« chappitre parle de Tumilité Nostre-Dame . 214 Le CXl^' chappitre parle de la pitié Nostre-Dame. 216 Le CXÎI<' chappitre parle de la charité Nostre- Dame. 218 Le CXIIP chappitre parle de la royne Jehanne de France. 220 Le CXIIII* chappitre parle de plusieurs dames vefves. 221 Le CXV« chappitre parle d'un simple chevalier qui espousa une grant dame. 224 Le CXVI^' chappitre parle de bonne renommée. 226 Le CXVII« chappitre parle comment on doit croire les anciens. 227 Le CXVIII" chappitre parle des anciennes coustu- mes. 229 Le CX1X« chappitre parle comment nostre Seigneur loue les bonnes femmes. 233 Le Vh« chappitre parle de la fille d'un chevalier qui perdy à estre mariée par sa cointise. 236 Le VI"I« chappitre parle de messire Fouques de Laval qui alla veoir s'amie. 239


liiv Table des Matières.

Le VIoII' cbappitre parle des Gallois et des Gd-

loises. 341

Le VI"III' chappilre parle comment on ne doit pu

croyre trop legieremenl. a44

Le VliïIIII" chapitre parle du débat qui fut entre le

chevalier de Latour et sa femme sur le tait de amer

par amour. M^

Le VluV' cbappitre parle de la dame qui eâprouva

l'hermite. 266

Le VI»VI' cbappitre parle d'une dame qni estoit ri-

Le VIi>VlI° chapitre parle d'une dame bonuou' rable. 374

Le VIiiVIII' cbappitre parle dea trois enseiga»- ments que Catbon dist â Cathoueet , son fllz, et comment Catbon essaya sa femme. 377

Cy fine la table du livre composé

par le cbevalier

de la Tour.



l'E LIVRE

__J^;^J^eul tour

Etnr. ■ ^^^ filles,

'^'^'-'^-enae Prolog

"*] an và\ trois cea<! ^r.-

""« -«"'x n,e gue^ecf 'n^ "^ «-an.. Mes

pour ce que beUe

4



a Le LtvnE

et bonne me donna, qui de honneur et de tout bien . Bcavoiteldebelmain^en el de bonnes mœurs, el des bonnes estait la meillour, semesembloit,etla.t1eur. En elle tout me deliloye ; car en ccUui temps je fai- EOye diançons, liûï cl rondeaux, balades et virelayzt et chans nouveaux , le mieulx que je savoye. HaiB la mort qui tous guerroyé, la prist, dontutainle dou- leur en ay receu et mainte trislour. Si a plus de ne ans que j'en ay esté irisle et doulent. Car le vray cuer de loyal amour, jamais à nul temps ne à oui jour, bonne amour ne oubliera et tous dizluiensou- vieudra.

El ainsi, comme en cellot temps je pensOye, je regarday emmy lavoye, et vy mes filles venir, des- quelles je avoye granl désir que ù bien el à honneur tournassent sur toutes riens; car elles csloyent jeu- nes et petites et de sens desgamies. Si les devoil l'en loul au commencement prendre k chastier coar- bùsemcnt par bonnes exemples et par doctrines, û comme faisoit la Royne Prines, qui Tu royne de Hon- grie, qui bel el doulcemcntsçavoît chastier ses filles et les endoctriner, comme contenu est en son livre. El pour ce , quant je les vy vers moy venir, il me n lors souvenir du lempsquejeunces(oyeclqueave&' ques les compaignons clievauchoie en Poitou et en autres lieux. El il me sAuvenoit des faiz et des dii que ili me recordoient que ilz Irouvoient aveeques les dames et damoyseiles queilz prioieut d'amours; car il n'csloit nulz jours que dame ou damoisellc peussent trouver que le plus ne voulsissent prier) el, sy l'une n'y vouUisl entendre, l'autre priassent lans attendre. £t se il^ eussent ou bonne ou maie


DU Cheyalibr de La Tour. 3

responoe, de tout ce ne £Gusoyent-ilz compte; car paour ne honte n'en avoient , tant en estoient duiz et accoustumez , tant estoyent beaux langagiers et empariez. Car maintes foiz vouloient partout des- duit avoir, et ainsi ne faisoient que décevoir les bonnes dames et demoiselles, et compter partout les nouvelles, les unes vraies, les aultres men- çonges , dont il en advint mainte honte et maint villain diffame sanz cause et sanz raison. Et il n'est ou monde plus grant trayson que de décevoir aucunes gentilz femmes, ne leur accroistre aucun villain blasme ; car maintes en sont deceues par les grans seremens dont ilz usent. Dont je me débaty maintes foys à eulx et leur disoie : a Gomment estes- vous telz qui ainsi souvent vous parjurez ? car à nulle, forz à une, tendre ne devez. » Mais nulz n'y mettroit arroy, tant sont plains de desarroy. Et, pour ce que je vis celuy temps dont je doubte que encore soit courant, je me pensay que je feroye un livret, où je escrire ferove les bonnes meurs des bonnes dames et leurs biens faiz, à la un de y prendre bon exemple et belle contenance et bonne manière , et comment pour leurs bontés furent honnourées et louées et seront aussi à tousjoursmaiz pour leurs bontés et leurs biens faiz , et aussi par celle manière feray-je escrire, poindre , et mettre en ce livre le mehaing des maul- vaises deshonnestes femmes , qui de mal usèrent et eurent blasmes, à fin de s'en garder du mal où l'en pourroit errer comme celles qui encore en sont blas~. mées , et honteuses et diffemnées. Et pour cestes cau- ses que j ay dessus dictes , je pensay que à mes filles, que je véoie petites , je leur feroye un livret pour


4 Le LivRK

aprcndre à roumancer, affîn que elles peussent aprendre el ealudier, el veoîr et le bien cl le mal qui passé est, pour elles garder de cellui temps qui avenir est. Carie inonde est moult dangereux et moult envyeulx et merveilleux; car tel vous ritet vous fait bel devant qui par derrière s'en va bourdant. Pour ce forte cbose est à congooistre le monde qui à présent est, et pour cesles raysons que dîct vous ay, du vergier je m'en alay et trouvay cnmy ma voye Jeux preslrea et deux clers que je avoye, el leur dii que je vouloye faire un livre cl un exemplùre pour mes mieg aprandre ù roumancier et entendre com- ment elles se doyvenl gouverner et le bien du mal dessevrar. Si leur fia mettre avant et traire des livresque je avoye, comme la Bible , Gestes des B(^8 et croniqucs de France, et de Grèce, et d'Angle- terre, et de maintes autres estrauges terres; et chas- cun livre je fis lire , et là où je irouvay bon exomple poureïlraire, je le fis prendre pourfnirc ce livre, que je ne veulx point mettre en rime, ainçoys le iiâHi mettre en prose, pour l'abrégier el mie ubt entendre, et aussi pour la granl amour que je ay â mes. enfansi lesqueh je ayme comme père les doit aimer, et dont mon cuer auroil si parfaite joye se ils loumoyeni a bien et à honneur en Dieu servir el amer, et avtnr l'amour et la graco de leurs voysins el du monde. El pour ce que tout père el mère selon Dieu et na- ture doit enscignier ses enfans et les deslourner d6 maie voye et leurmonslrer le vray cl droit chemïii, tant pour le sauvemont de l'ame el l'onnour du corps lemen , ay-je fait deux livres , Tua pour mes filz cl l'autre pour mes filles, pour aprendre à rommancier,


DU Cheyalibk de La Tour. 5

et en aprenant ne sera pas que ne retiengnent au- cune bonne exemplaire , ou pour fouir au mal ou pour retenir le bien ; car il sera mie que aucunes foiz il ne lear en souviengne d'aucun bon exemple ou d'aucun bon enseignement, selonc ce qu'ilz cherront en taille d'aucuns parlans sur celles matières.



Lb PREMIER GhAPPITRB.

t c'est moult belle chose et moult noble que de soy mirer ou mirouoir des anciens et des anciennes histoires qui ont été es- criptes de nos ancesseurs pour nous mon- strer bons exemples et pour nous advertir comme nous yéons le bien fait que ilz firent, ou de eschever le mal comme Ten puet veoir que ilz eschevèrent. Sy parlay ainsy et leur diz : Mes chières filles, pour ce que je suiz bien vieulx et que j'ay veu le monde plus longuement que vous , vous veuil-je monstrer une partie du siècle, selon ma science qui n'est pas grant ; mais la grant amour que j'ay à vous, et le grant désir quej'ay que vous tournez vos cuers et vos pen- sées à Dieu craindre et servir, pour avoir bien et hon- neur en ce monde et en l'autre, car pour certain tout le vray bien et honneur, garde et honesteté de homme et de femme vient de luy et de la grâce de son saint esperit, et si donne longue vie et courte es choses mon- daines et terriennes, telles comme il luy plaist, car du tout chiet à son plaisir et à son ordonnance , et aussy guerredonne tout le bien et le service que on luy a fait à


6 Le Livre

ceni doubles, el pour ce, mes chières filles, ^t-îl bon servir tel seigneur, qui h cent doubles reat et guerredonne.


Cf parle de ce qa'on doit fat)


t M^ a f* [pour ce la première œuvre cl labeur que M Q^i homme ne femme doil faire , si est entrer m nUS '^' '^^ ^^ service ; c'esl à cnlendre que, '.»wS[ déscequeons'eaveille, alors le reoongnois- tre à seigneur et à créateur, c'est assavoir dire ses heures et oroysons, et , se ilz sont clers, luy rendre grâces etiouenges, comme de dire : Laudate Domi- num , omnes génies , benedicamus patrcm et filium , et dire choses qui rendent grâces et mercis à Dieu ; car plus haulie et saincte chose est de gracier et mercierDieuquelerequerre, carrequerro demande don ou guerredoit, el rendre grâces et loueoges est service et le mesUer des anges , qui touïjours rendent grâces à Dieu, honneor el louanges; car Dieu fait mieulx à gracier el mercier que à requerre, pour ce que il scet mieulx qull fauK à homme Cl & femme que ils ne sccvent eulx meismes. Après le doit l'en prier pour les mors avant que l'en s'endor' me, et aussi les mors prient Dieu pour ceulx qui prient pour euh , cl non oublier la doulce vierge Ma- rie, qui jour el nuit prie pour nous, el soy reconuiun- der à ses sains et à ses ssincies , et ce fait , l'on se


DU Chetalier de La Tour. 7

puet bien endormir ; car ainsi Ten le doit faire, tou- tes foys que Ten s'esveille, et ne doit l'en pas oublier les mors. Je vous en diray un exemple conutnent il est bon de prier Dieu et gracier pour les morts tou- tes les foiz que Ton s'esveille.



De deux chevaliers qui amoient deux suers, Cbavviirb IIK

omme il est contenu es histoires de Con- stantinnoble que un empereur avoit deux filles, dont la plus jnenne cstoit de bonnes meurs, et amoit Dieu et le adouroit, toutes foiz quelle s'esyeilloit, etprioit pour les mors. Si couchoient en un lict elle et sa suer ainsnée, et quant Tainsnée s'esveilloit , et elle ouoit à sa suer dire ses heures , elle s'en mocquoit et Ten bourdoit, lui disoit que elle ne la laissoit dormir. Dont il advint que jon- nesse et la grant aaise où elles estoient nourries leurfist amer deux chevalliers frères, moult beaux et moult gens, et tant durèrent leurs plaisirs et leurs a- mours qu'elles se descouvrirent Ihine à l'autre de leurs amourettes , et tant qu'elles mistrent aux deux che- valliers certaines heures pour venir à elles par nuit privéement* Et quant celui qui devoit venir à la plus juenne cuida entrer entre les courtines, il lui sembla qull veist plus de mille hommes en suaires qui estoient environ la demoiselle. Si en eut si grant hidcur et si grant paour qull èa iut tous


8 Le Livre

ef&ayex, dont la fiÉvre le pristet fui malades au Ut. Haiz à l'autre chevalier ne aviol pas ainsi , car il en- tra entre les courtines et cnt«inla la fille aînsnëc dft l'Empereur. Et quant l'Empereur sccut qu'elle fiit grosse, il la fist noyer par nuit et le cbevaÛer fîst es- corcbier. Et ainsi par celui faulx délit morurenl tous deux. HlBJz l'autre fille fut sauvée par ainsi comme je vous sy dit et diray. Quant vint à lendemùn l'en disoit par tout que le chevalier esloit malade au lit ; celle par qui le mal lui fust prins le viol veoir el lui demanda comment le mal lui esloit prins. Si luy eâ dist la vérité , comment il se cuida bouler es courli- nés, el il vit à mervdlle granl nombre de g:eDS en suaires environ elle, dont, ce disl-il, si graut paouret liideur me print que a pou que je n'euraigay, et én- cores en suis-jc tout efIrayË. El quant la damoiselle oyst la vérité , si en fust loule csmerveillée, el mer- ciaDieu moult humblement, qui sauvée l'avoit d'es- trepérïeeldeshonourèe, el dès là en avant elle aoara Et loua Dieu iDulesfiiriz qu'elle s'esveilla et pria moult doucement pour les mors plus que devanl, et se tint chastement et nettement, et ne demeura gaires quo un p-ant roy de Grèce la tîsl demander à son père, et il luy donna, el fust depuis bonne dame et denolle, et do moult granl renommée. El ainsi fut sauvée pour aourer el gracier Dieu et pour prier pour les dcf- functs. EtGasuerûnsnËe.quisemocquoitetsebour- doit, elle (ut morte et deshounorÉB, cl pour ce, mes chîëresfilles, souviengne vous de cest exemple, toutes foiz que vous esveillerez, el ne vous endorme:s jus- ques â ce que vous ayez prie pour les dciïans com- me faisoit la fille l'empereur.


DU Ch£yalier de La Tour. 9

Et encores vonldroye-je que vous sceussiez rexem- ple d^nne damoisdle que un grant seigneur vouloît avoir, par beau ou par laist, à faire sa voulenté et son fol plaisir.



Cjr parle d'une damoiselle que un grant seigneur

vouloit violer.

Chappitrb III1^

ont il advint que oellui seigneur la fis! cspier en un jardin où elle estoit reposte et mucée pour la paour de lui. Si estoit en un fort buisson et disoit vigilles des mors, et le grant seigneur par ses espies entra ou jardin et la vist. Si cuida tantost accomplir son fol délit; mais, quant il cuida touchier à elle, il lui sam- bla qu'il veist plus de x mil hommes ensepveliz qui la gardoyent. Si eut paour et s'en tourna en fuyant et lui manda que, pour certain, jamaiz il ne la poursuivroit de tel fait, et qu'elle avoit trop grant compaignie à la garder. Et depuis parla avecques elle et lui demanda qui estoit la grant compaignie qui estoit avec elle de gens aisepveliz ; et elle lui dist qu'elle ne savoit, fors que à ceste heure que il vint elle disoit vigille des mors. Sy pensa bien que ce fu- rent ceulx qui la gardoient. Et pour ce est bel exem- ple de prier pour eulx à toutes heures.


Cy parle de ce que


i doit faire qiutnd 01

PPITBB V'.


(ijoit^ elles filles, quant vous prendras â vous

^ E^X f^" ^' coniinanciés vos heures. Ce fBf^B doit cstre voatre premier labeur el vostre- premicr fait, et, quant voaB les dires, dictes-les de boB cuer et ne peiuez iwint ailleurs que votis pais^eï; car vous ne pourrie?, aler deux cbeoiins ft un coup, ou vous yrez l'un, ou vous yreï l'autre. Ainsi est-il du senicc de Dieu. Car, si comme dit le saigti en sa sapience , autant vaull celui qui oit el riens n'entent comme ccUuy qui (diasce el riens ne prent; et, pour tant, cellui qui pense es choses terriennes, et dit paternoslres el croisons qui lou- chent choses celestielles , c'est un tut contraire et une chose qui riens ne prouftite; ce n'est fors que à mocquer Dieu, el pour ce dit la Saiucle Escripture que la briefve oroison perce le ciel. Mais c'est à en- tendre que plus vault une briefve oraison courte dicle de bon cuer et devotemenl que unes grandes heures el longues et penser ailleurs, ou que autres qui parlent d'aucunes choses leurs heures disant. Hais toutes voycs qui plus en dist dévouement et plus vaull cl en a l'en plus de mcritles. El enco- res dist la Saincle Escripture que, tout ainsi com- me la doulce rousto d'avril et de may plais! à la




DU Chevalier db La Tour. ii

terre et Tadoulcist, etlafaitgenner et fructifier, tout ainsi plaisent les heures et les croisons à Dieu, dont vous trouverez , en plusieurs lieux et légendes des sains confesseurs, des vierges et des saintes dames, qullz faisoient leurs litz de sermens de vigne et se couohoient dessus pour moins dormir et avoir moins de repos, pour plus souvent et menu eulx esveillier pour entrer en oroisons, et ou service de Dieu ilz cô- toient jour et nuit, et pour cellui service et labeur ac- quièrent la gloire de Dieu, dont il monstre au monde appertement que ilz sont avecques luy en sa sainte joye , pour ce que il SssX pour eulx grans miracles et cvidens ; car ainsi guerrëdonnc Dieu le service quo Ten lui fait à cent doubles comme j ay dit dessus , et pour ce, \ï^\\(ts fiJies, dictes vos heures de bon cuer et dévotement sans penser ailleurs , et gardés que vous ne desjeunés jusques à ce que vous ayéa dictes vos heures de bon cuer ; car cuer saoul ne sera jà humble ne dévot. Après gardez que vous oyez toutes les messes que vous pourrez ouir , car grant bien de Dieu vous avenra, et sy est bonne et saincte chose et contenance , dont je vous diray un exemple sur celle matière.


Cy parle de deux fUleê d'un chevalier, dorU estoit dévoile et tatUre gourmandoitt\


a|=jtte^ 1 chevalier esloil qui avoit deuk 01 E^K '^'"'^^ esWlt de sa première femme, et M^^M^ l'autre de la seconde. Celle de la pre^

  • ^^-"^ mlÉre éloit à merveilles dévoie , ne ja-

mais ne mangasi jusqucs à tant qu'elle eust dictes ses heures toutes et ouycs toutes les messes qu'elle pouvoit olr. Et l'autre lillc estoit sy chtcre tenue et sy couvée que l'on lui laissoit faire le plusde sa voo- lenté , que , dès si tost qu'elle avoit ouye une petite messe cl dictes deux paiemostrcs ou trois, die s^ Tcnoil en la garde robe et là mcogoit la souppe au maUn ou aucune lescherie, et disoit que la teste lui ' lâisoit ma! à jeûner. Hais ce n'csloit que mauvaise amorson , et aussy quant son père et sa mère es- toient couchiez , il conveuoil qu'elle mangast aucim bon morsel d'aucune bonne viande. Si mena ccsie vie tant, qu'elle fust mariée à un chevalier saige et malideuK. Dont il advint que au fort son seigneur Eceust sa manière, qui estoit mauvayse pour le corps et pour l'ame; si luy montra moult doulcement et par plusieurs foiz que elle faisait mal de telle vio mener. Hais oncqucs ne s'en voult chasticr, pour beau parler que l'en luy sceust faire. Dont il advint une fois qu'il avoit dormy un sompoc, si lasla delez


BU Ghevalfer de La Tour. i3

lui et ne la tronva pas ; si en fut yriés , et se leva de son lit en un mantel fourré de gris et entra en une garde robe , où sa femme estoit , le cla^ier et deux variez; et mangoient et rigoloient tellement que Ten n'ouyst pas Dieu tonner, tant dcmenoient et jouoient hommes et femmes ensemble. Et le sei- gneur, qui regarda tout celluy arroy , en fut durement yrés; si tenoit un baston pour ferir un de ses var- iez, qui tenoit rebrassée une des femmes de cham- bre , et fery sur le varlet de ce baston qui fust sec, duquel en sailli une esclice enTueilde sa femme, qui estoit delez luy, en telle manière qu'elle eut Tueil crevé par celle mésaventure et par celle mescheance. Si luy messéoit trop à estre borgne, et laprist le sei- gneur en telle ha^nc qu'il se avilla et mist son cuer ailleurs , en telle manière que leur mesnage alla à perdicion du tout. Gest fait leur advint pour la mau- vaise ordenance de sa femme, qui accoustuméc s'es- toit à vivre dissoluemcnt etdesordonnéementle ma- lin et le soir. Dont le plus de mal sy vint devers elle , comme en perdre son oeil et Famour de son seigneur, dont elle en fust en mauvais mesnaige. Et pour ce faitr-il bon dire toutes ses heures et oyr tou- tes les messes à jeun, et soy acoustumer à vivre sobre- ment et honestcment , car tout ne chiet que par ac- coutumance et à Vusaigier, comme le prouverbe du saige dit :

Mettez poulain en ambléure.

Il la tendra tant comme il dure.

Si comme il advint à sa sueur. Elle se acoustu- ma en sa jeunesse à servir Dieu et TËglise, comme dire ses heures devottement et ouyr toutes les mes-


i4


Le Litrb

Il pour ce il advinl que Dieu l'en guerre-


ses à jeun.

donna et lui donna un bon cbevalier ricbe et puia- soDt, etvesquiavecques luy ayse et honnorabLemfinL Sy avini que leur père, qui moult estoit proudon- me, les ala vcoir toutes deux ; si trouva chiez l'aiw grans honneurs et grans richesses et y fui racev moull hoanorablemeoi, et chiez l'aulre, qui afdt Teueil trait, il y trouva l'arroy cl le gouveraeniQil nice et malostru. Dont, quaol il fu rcvenuz & son hoslel , il compta tout à sa fenime et lui reprouchft qu'elle avoii perdue sa fille, tant l'avoit couvteel nourrie chieremenl, et lui avoit laissié la resne tnip longue eu lui laissas l fdre toute sa voulenlè.pai quoy elle esloit en dure partie. El par cest esanple est bon de servir Dieu et ouir loules les messes que l'on puet oyr à jeun, et prendre en soy honneslerâi de boire et de mangier es droictcs heures d'eatoUT prime et tierce, eldesouperft heure convenable, se- lon le temps ; car telle vie, comme vous voudrez tenir et user en vosire jonnesce, tenir et user la voiildrei en vostrc vieillesce.


Cj- parle comment toutes les femmes doieenl

juner.

CnAPPitaK VII'.

^te«j9i* pri's , mes chiàres tilles, vous devrei ^Ê^^X J'^'"^^ t^"' comme vous serez à marier , ^^K^ trois jours en la sepmaine pour mieux nimS^Ut donter voire choir, que elle ne s'eagaye trop , pour vous lenir plus nellomeut


DU Ghetalier de La Tour. i5

en service de Dieu , qui vous gardera et guerredon- nera aa double, et, se vous ne pouvez jeûner les trois jours, au moins jeûnez au vendredi en 1 onneur du précieux sanc et de la passion Jhesucrist que il soufiry pour nous , et, se vous ne le jeûnez en pain et en yaue, au moins n'y mengiez point de chose qui preingne mort, car c'est moult noble chose, comme j'ay ouy racompter à un chevalier qui ala en une ba- taille de Crcstiens et des Sarrasins. II advint que uns cresliens ot la teste coupée d'une gisarme toute des- sevrée du corps; mais la teste sy crioit et demandoit confession , tant que le prestre vint , qui la confessa et lui demanda par quelle mérite c'estoit que elle pou voit parler sans le corps , et la teste lui repondit que nul bien n'estoit fait à Dieu qu'il n'empétrast grâce , et qu'il s'estoil gardé le mercredi de mengier char en l'onneur du filz de Dieu qui y fut vendu, et le vendredy il ne mengoit de chose qui prensist mort, et pour ce service Dieu ne vouloit pas qu'il feust dampné ne que il morust en un pechié mortel , dont il ne s'estoit pas confessé. Si est bon exemple qu'il se fait bon garder de mengier chose qui prengne mort au vendredi. Et après, belles filles, fait bon jeûner le samedy en l'onneur de Notre-Dame et de sainte virginité qu'elle vous veuille empêtrer grâce à garder nettement vostre virginité et vostre chas- teté à la gloire de Dieu et à l'onneur de voz âmes, et que mauvaise temptacion ne vous maistroye. Et si est moult bonne chose et moult noble déjeuner l'un des deux jours en pain et en yaue, qui est grant vic- toire contre la chair et moult sainte chose. Et si vous dy pour vérité que il ne chiet que à vostre voulenté


«6 Le Litre

et de vous y accoustumer; car tout no chiot que par accoutumauco de dire ses heures , d oir la messe et le service de Dieu , do jeûner et de faire saintes œu- vres comme tirent les sainles femmes, selon qu'il est contenu «>s U'^gendes et ^s vies des sains et dos sain- tes de paradis.



Cr parle trune femme qui ehêr en un puis, Chappitre VUl*.

ont je vouldroyo que vous eussiez ouy et releim rexemplo ilo la foie femme qui jcunoil le vondriHiy el le saminly. Si vous comploray d'une folle femme qui estoiten la ville de Romme, qui lousjours jeunoit le vendrady en lonneur de la passion du doulx Jhesucrisl, et le samedi en l'onneur de la virginité Noslre-Uamc, et aussy ces ij jours elle se tenoit neUement. Si advint que par une nuit elle ala i\ son amy en folye , si esloit 11 nuit obscure , et va arriver en un puis île vint toises de parfont, ou quel elle va cbcoir, et ainsi comme elle cheoit, elle s'escria : NostrcDame ! Si chév surlVaue et se trouva à dur connue sur une place, et luy vint une voix qui lui dit : a Pour ce que tu jeunes le ven- dredy et le samedy en l'onneur de la vierge Marie et de son filz , et que tu gardes ta char nettement , tu es sauvée de ce péril. » Sy vindrent lendemain les gens pour puisier de Teauc, et trouvèrent celle fem- me en ce puis , duquel elle fust tantost traite et mise








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i8 Le Litre

l'ame ou corps, qui n"os[ que fumier, boue et vera. Et quant le chctif corps a pechié par ses faulx délits, pour chacun peclûé il avient une tache noire A I'b- me. Cl se tient jusqucs à tant ce que le corps, qui a fait le délit et le pechiè, l'ait confessé el rcgebi aussi laidement et en la manière comme|il a tait, el faitte satisfacion. Et pour ce. belle fille, la voix de l'avi- sion vous dist que vous la curËs el ncLoyez les iacbes d'icellui vaissel, ce sont les taches de vos péchiez, et le faictes blanc comme il vint de l'orrèvre, c'est comme vous venistes des fons de baptême. Après vous dist que vous le meissiès en lieu où il feust tenu net el que voua le gardissiez d'ordure , e'est-à-dira que vous vous gardissiez d'aler en lieu où l'on vous allraye & faire pechié , el vous gardés de plus pe- cliier. Car bon esl de soy confesser ; mais mîeulx est, depuis la confession, de soy garderdey rechcoir arrière, car le recheoir est pire que le premier, et quant l'on se confesse , l'on doit tout dire sans riens retenir, elle direen la manière que on l'a fait. Donc, ma belle tille , dbt le prcudommo , je vous eu diray un exemple d'une bourgoyse moult puissant.


BU Chetalier »e La Toce. 19


Cy parle de la èoargKjnrse qmi mamrvU wamt «fer eonfeuer son peekîé.


II-.



ne booTgoîse eCoit qei «roit iHcme re- Domiiée d'estre créais kasas et cfcarito- ble, or die jeQZMÎl tros îcdss 4e £1 sep- maine, doot les ^ esioûnt «a psâ et es eaue; après elle doonoit moâh de grsss sanGOBes. et visiloit les malades, ec Bocrrtssoct les «pcdâos . et estoH aux messes jnsqvs an icâii . •?< dâctt raer- veilles de heures, et fid»it tonte !a siiKie w qse bomie feimne peost ûîre. S adrmt qce i^fle très- passa. Si luy Toolt Nostre Seî^Deor wocstrer poor exemple comment elle estoh perdre par mi seol pe- cfaië mortel; car la fosse oà elle fct mise se prist à filmer et la terre à ardoir. et aToit-oa Tea de naît trop de tourment sur la fosse. Si s'en esmerveîlliient moalt les gens du pais que c'eslût à dire ; car ilz pensoient qu^elle fenst sainrée sur tontes. Si eut nn saint homme en la dté, qni print la croix, Tesiolle et Veaue benoiste , et vint là ; si la conjura de par Dieu et en fit reqnesle à Dieu qull lui pleusl leur demonstrer pourqnoy cdle pueur et ce tourment estoit ; lors s'escria ime toîx qui disoit : a Oyez tous , je suis telle, la poyre pécheresse dampnée ou feu pardurablement , car Dieu demonstre que mon che- Uf corps rend famée et tourmoit pour exemple. Si


30 Le Livre

diray comment. 11 m'avinl que par la gayeté de ma char Je me couchay avec un moyne. Si ne losay oii«- ques regehir ne confesser, pour double d'estre accu- sée Gl pour la honle du monde, et craignoie plus le bobant du nioadc que la vengeance espirituelle, el pour cuidier offacier mon pechié je jeunoie et don- noye le mien pour Dieu, je ouoye les messes, et àh Eoye moullde heures, el me sembloil que les grans biens et abstinaoœs que je Taisoye eslaindroient Wen le peschié que je n'osoie regehir ne confesEer au preslre , el pour ce. j'en suis decoue et perdue. Car je vous dis à tous que qui meurt en pechîë mor- tel et ne le vuclt regehir, il est dampné perpètuellft' ment, ainçois doit dire sou pcchit aussi viIlaiBn&- ment comme il fui fait et par la manière, n Et quaM elle eut tout ce dit, lous ceuU qui là esloienl furent moult esbabis; car il n'y avoit nul qui ne pensasl qu'elle feust sauvée. El ainsi dist li preudons cesl exemple à celle femme qu'elle confessaal et qu'elle deist tous ses pecbiés ainsi comme elle les avait tait, et elle ostcroit les laichcs du vaissel d'argenl, ce sont les laiches de son ame , el sy confessa celle femme, et fut depuis de sainte vie, el ainsi son.co- mancement de sauveraent ne fut que par les jeunes comme le vendredy pour la sainte passion, et le sa- medi pour la virginité de Nostre-Dame, dont elle fut sauvée du péril du puis, car il n'est nul bien qui ne soit mery. Sy est une moult sainte chose \ et, de lanl comme le jeûner fait plus do mat k la teste et au corps, de tant est la jeune de plus granl mérite et de plus grant valeur ; car, se la jeune ne faisoil mal i leimer , l'on n'y auroit point de mentes. Et encore»


BU Ghbyalier de La Tour. si

pour monstrer exemple comment jeune est de grant mérite , li rois de Nînyve et luy et sa cité en fut sauvez, si comme U est contenu ou grant livre de la Bible. Car Dieuavoit fidt fondre plusieurs villes pour les grans pechiés en quoy ilz se delictoient. Sy manda Dieu par le prophète à icelluy roy et à celle cité qulls seroyent aussi perilz se ils ne s'amendoient. Lors le roy et le peuple de la cité eurent moult grant paour, et, pour appaisier lire de Dieu, tous ceulx qui avoîent aage de jeûner jeûnèrent xl jours et xl nuis, et se mîstrent à genoidz , sacs sur leurs testes, et ^r leurs sacs nûrent cendre en humilicté, ^, quant Dieu vit leur abûssement et leur humilité , il eut mercy d'eulx ; sy furent sanvés et rappeliez de celle pestilence. Et ainsi par leur humilité et par leurs jeunes ils furent garentîz. Et pour ce , mes belles filles, jeune est une abstinence et vertu moult con- venable et qui adouldst et refiframst la char des mau- vaises voulentéz, et humilie le cuer et empêtre grâce vers Dieu, dont toutes jeunes femmes, et espedaul- ment les pucelles et les veuves, doivent jeûner, com- me dit vous ay cy dessus par plusieurs exemples , lesquels, se Dieu plaîst, vous retendrez Inen.


Cy parte eommcni toutes fem


^^ç^ près, mes belles filles, gardez que vous ^^^^D soiez courloises et humbles, car il n'est ^^^^ nulle plus tM>ile vertu , ne qui tant atlraite S@%n à avoir la grâce de Dieu el l'amour de tou- iCGgens.queeslrehumbleset courtoises; carcourtoi- sie vaint les félons o[^uilleux cuers, et à l'exemple de l'eapervier sauvage, par courtoisie vous le ferez franc, si que de l'arbre il vendra sur vostre poing, el se voos lui estiez en riens rudes ne cruelz, jamais ne vendroit, El donc, puisque courtoisie vaint oisel sauvaige, qui n'a nulle rayson en soy, doit caurlotsie mater el re- fraindre tout cuer de homme et de femme, ià (ant n'aienl le cuer orgueilleux , fier se félon ; courtoisie est le premier chemin et l'entrée de toute aniîstië et amour mtHidaine, et qui vaint les haulz couraigcs et adoulcist l'ire et tout le couroux de toute amistié, et pourtant est belle chose désire courtoise. Je coa- gnois UD granl seigneur en ce pals qui a plus con- quis clievaliers c t escuierset autres gens à le servir on faire son plaisir par sa grant courtoisie, au temps qa*!! sepovoit armer, que autres ne faisoient pour argent ne pour autres choses. C'est messire Pierre de Cram, qui bien fail k louer de honneur et de courtoises sur tous les autres chevaliers que je congnoys. Après je


DU Gheyalier Dt La Tour. 23

congnoys des grans dames et autres qui sont moult courtoises et qui en ont moult de belles grâces ac- quises de Famour des grans et de petits ; se vous mcmstrés vostre courtoisie aux petits et aux petites, c*est de leur faire honneur et parler bel et doulce- ment avec eux et leurs estre de humbles responses ; ceulx vous porteront plus grant louange et plus grant renommée et plus grant bien que les grans. Car l'honneur et la courtoisie qui est portée aux grans n'est foicte que de leurs droiz, et que Ton leur doit faire. Mais celle qui est faite aux petits gentilz hom- mes et aux petites gentils femmes et autres main- drez , telles honneurs et courtoisies viennent de franc et de doulx cuer, et li petiz à qui on la fait s*en tient pour honnouré, et lors il Tessauce par tout, en donne loz et gloire à cellui ou & celle qui lui a fait honneur, et ainsi des petis à qui Ton fait courtoisie et honneur, vient le grant loz et la bonne renommée, et se croist de jour en jour. Dont il avint que je estoye en une bien grant compaignie de chevaUers et de grans da- mes, si osta une grant dame son chapperon et se hu- milia encontre un taillandier. Si y avoit un chevalier qui dist : a Madame , vous avez osté vostre chappe- ron contre un taillandier », et la dame respondit que amoit mieux à Tavoir osté contre luy que à Tavoir laissié contre un gentil honrnie. Si fut tenu à grant bien de tous pour la bonne dame.


24 Lb Livre



Comment elles se doivent contenir sans virer

la teste çà etlà,

Cbappitre X1«.

près , en disant voz heures à la messe ou ailleurs, ne samblés pas à tortue ne A grue ; celles semblent à la grue et à la tortue qui tournent le visaige et la te»- te par dessus et qui vertillent de la teste comme une belette. Aiez regart et manière ferme comme le liniere, qui est une bcste qui regarde devant soy sans tourner la teste ne çà ne là. Soiez ferme comme de resgarder devant vous tout droit plaine- ment, et, si vous voulez regarder de costé, virez vi- saige et corps ensemble; si entendra len vostre estât plus seur et plus ferme, car Ton se bourde de celles qui se ligierement brandeilent et virent le visaige çà etlÀ.


BD Chevalier de La Tour. a5



Cjr parle de eelie qui perdît le rojr é^Afigleterre par sa foie contenance,

Chappiteb XII«.

ont je Yourroye que vous eussiez bien re- tenu Texcn^le des filles du roy de Dan- nemardie. Si vous en compteray. Ilz sont quatre voys de çât la mer qui anciennement se marièrent par honnour, sans convoitise de terre » conmnedes filles de roys ou de haulz lieux, qui soient bien nées ou qui aient renommée de bonnes meurs, de bel maintien, et fermes, et de bonnes manières, et les convient veoir se elles ont ce que femmes doivent avoir et se elles sont tailliéès de porter ligniée. Ces ii^ sont li roys de France, qui est le plus grans et le plus nobles ; Tautre est le roy d^Espaigne ; le tiers le roys d'Angleterre ; le quart est le roy de Hongrie , qui est de son droictmareschal des <;restiens es guer- res contre les mescréans. Si avint que le roy d'En- gleterre estoit à marier , et oy t dire que le roy de Dannemarche avoit iiiij moult bdles filles et moult bien nées, et, pour ce que icellui roy estoit preude et la royne moult preude femme et de bonne vie , il envoya certains chevaliers et dames des plus soufiS- sans du royaume à son povoir, pour veoir icelles fil- les ; si passèrent la mer et vindrent à Dannemarcbe. Et, quant le roy et la royne virent les messagiers , si en eurent moultgranlîoye«etleshonnourèrentetfos-


36


I.B LlVHfi


loyèrenl iiij joors, et imlz ne savoîi la vérité, laq ilz esliroicnt. Si ce coinlirent les filles et s'aflaitérent au mieulx qu'elles porent. Si avoil en la compaïgnie un chevalier et uue dame, moult congnoissant & moult soubtilz, et qui bien inectoieni l'eueil cl l'ea- tente de veoir leurs manières et conleuances, et au- cunes foiz les menaient en parolles. Si leur serobli que, combien que l'ainsnéefeust bien la plus belle, elle n'avoit mie le plus senr estai, car elle regardtHl menu et souvent çà et Ift et tournoit la teslc sur l'es- paulc et avoil le resgart bien verdlleuit. Et la ^* fiUo avait à merveilles de plait et de parolles, ei respon- doil souvent et menu avant qu'elle peust tout enten- dre ce dont on luy parloit ; la tierce n'estoit pas U plus belle à deviser, mais elle estoil bien la plus «jf- gréable et si avoit In manière et le mântien seur et ferme , cl paroloil assez pou et bien meurement , et son resgart esloit humble et ferme, plus que de nulle des iiij. Si eurent conseil et avis les ambassadcun et messagiers que ilz retoumeroienl au roy leur sâ- gneur pour dire ce que trouvé avoïent, et lors il pren* droit laquelle qui lui plaîroil. Et lors vlndrcol su roy el à la royne pour congié prandre de eulit et le» merciérent de leur bonne compaignie et de l'onnonr que ilz leur avoient faite, cl qu'ilz raporiefoienl à leur seigneur ce qu'il leur sombloil de leurs filles, et sur" ce il fcroit à son plaisir. Li rois leur donna de beaux dons. Si s'en partirent cl vindrcnl en Angleterre, et racontèrent A leur seigneur l'onncur que le roy et la royoeleuravoienlfaile. Aprèsrapporlèrcnllesbean- lei des filles el leurs manières et leurs maintiens, ety fui assez parlËdechascuned'elles, et y eut assés qui


BU Chevalier de La Tour. 97

soustenoient à prandre rainsnée ou la seconde par- honneur, et que ce seroit plus belle chose d'avoir rainsnée, et, quant ilz eurent débatu assez, li roys, qui estoit safes homs et de bon sens naturel , parla derrenier, et dit ainsi : « Mes anoesseurs ne se mariè- rent oncques par convoitise, fors à honnourctàbonté de femme, ou par plaisance. Mais j*ay ouy plus* souvent et menu mésavenir de prendre femme par beauté et plaisance , que de celle qui est de meure manière et de ferme estât , et qui a bel maintieng ; car nulle beauté ne noblesce ne s'apareille , ne passe bonnes meurs, et n'est ou monde grant aaise comme de avoir fenune seure et Senne d'estat et de bonne manière, ne n'est plus belle noblesce. Et pour ce je esliz la tierce fiUe, ne n'auray jà autre. » Lord si Venvoya qucrre, dont les deux ainsnées furent en grantdespitetgrantdesdaing. Et ainsi celle quiavoit Ut meilleure et la plus seure manière, fut royne d'An- ^terre, et Tainsnèe fut refusée pour le vertillement et lefpereté de son visaige et pour son resgard qui estoit un peu vertilleux , et l'autre seur après le perdit pour ce qu'elle avoit trop à feire et estoit trop emparlée ; si prenés, belles filles , bons exemples en ces filles du roy de Dannemarche , et n'aies pas trop l'ueil au veoir ne vertillous, ne ne tournés le visûge ne çà ne là ; quant voua vouldrez resgarder quelle part que ce soit, virés visaige et corps en- semble , et ne soies pas trop emparliers , car qui parle trop ne puet toujours dire que sdge. Et doitron bien à loisir entendre avant que respondre ; mais, si vous y fiiictes un peu de pause entre deulx, vous en respcmdrez mieulx et plus saîgement ; car


que le proverbe dît : aulant vault cellui qui oïl el 1 rieos n'entant comme cellui qui chasse et riens ne J prent, comme dessus csl dit.



Cy parle de celle que le ehevalier de La

laissa pour salegiêre manière.


i WU'.


i| Il if II III iiii Mil iilii lli ililli vous diray-je pour W ^^ exemple d'un fait qui m'en avint sur cestc W W^B ^^^'^'^- " "^'i" 'l"^ "'^^ ^'^'^ 1"° ^'^ '"^ ItBuwëw parloit de me marier avecques une bdle noble femme qui avoil père cl mère , cl si me ment mon srâgneur de père In veoir ; et quant nous [uma Ift , l'en nous fîst grant chière el liée. Si resgard^ celle doni l'on me parloit, et In mis en paroltes de tout plain de choses, pour savoir de son estre. Si clieismes en paroles de prisonniers. Dont je lui ifis ; n Hadamoisellc, il vaudroitmieulx cheoir a estre vos- Lre prisonnier que â tout plûn d'autres, et pense que vnslre prison ne seroil pas si dure comme celle dei Angloj'S». Si me rcspondit qu'elle avojtvcunagmrcs eel qu'elle vouldroil bien qu'il fcusl son prisonnior.EI lors je luy demanday se elle luy teroil maie prison, et elle me dit que nennil el qu'elle le tandroit ûna rïiier comme son propre corps, el je lui dis que celui ,►«) (stoil bien eureux d'avoir si doulce et si noble pri- ■on. Que vous dirai-je ! Elle avoit asscx dnlângaiga ((lui sambloil bien, selon ses parolles, qu'elle savoit


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T trC'P >ç.rr-zrzKZZ. lar :• il: rs .s..- - r. r--.- ; -r. €01 se b>:c ix: !2r "HiUiir?. in r.. >r: . .-.: ariage to-^ r^o ç^aâ «mc'jor. î«:ci :*.' TiiLiii*«f. iz l'en espemu «i *l*îs isi:r^> i:u-.«*»5. r: -:.i^* v ïDSoient.


Comment la fille au roy (TArragon perdit U ny j d'Espaigne par sa foie n.

Chappitbb

^^-^ e vouidroye que vous sçussicz l'exeo^ ^^m ^ commenl la lille ainsnée au ro; d'ÂrriT- l^Û ^< ë'^" Perdit ]e roy d'Espoigne par sa Mlie. K&-tfîa 11 eai contenu es gestes d'Espaigne que le ray d'Arragon avoil deux filles. Sy en vooll le roy d'Espaigne avoir une , el , pour mieulx eslire celle qui li ploiroit mieulx , il se conlrelisl en guise d'un servant et ala avec les ambassadeurs, c'est-à-dire KS messagiers, et ala avec luy un evesque el deux btr rons. Et ne demandés pas si le roy leur fist graol honneur et granl joye. Les tilles du roy se appar^U- renl et aloumëreot au mieulx qu'elles peurenl, at par especial l'oinsnèe, qui pensoit que les pan^M l'eussent pour elle. Si furent leans trois jours pour veoir et resgarder leurs contenances , dont il advinl que, au matin, le roy d'Espaigne, qui esioil desgiû- sië, resgardoit la contenance d'elles. Si rcsgarda que quant l'en salua l'ainsnée, que elle ne leur res- pondist riens que entre ses dens, et csloit fiëre «t de granl pori; mois sa suer estoil humble el de gnuit courtoisie plaine, et saluolt humblement le granl el le petit. Après il resgarda une fois que les deux suen jouoieut ensemble aux tables à deux chcvalieis; maiz l'ûnsnëe icnsa ft l'un des chevaliers et mena


BU Gheyalier be La Tour. Si

forte fin ; maiz sa suer puisnée, qui aussy avoît perr du, ne îaâsoii semblant de sa perte, ains faisoit aussy bonne chièrc comme se elle eust tout gaingné. Le roy d*£spaigne resgarda tout ce ; si se retraist à côté et appela ses gens et ses barons, et leur dit : a Vous sav^ que les roys d'Espai^e ne les roys de France ne se doivent pas marier par convoitise , fors noble- ment et à femmes de bonnes meurs , bien nées et bien tailliées de venir à bien et à honneur, çt à porter fruit , et pour ce j'ay veues ces deux filles et leurs manières , et me senû)la que la plus jonne est la plus humble et plus courtoise que n'est Tautre, et n*est pas de si hanltain couraige ni de si haulte ma- nière comme Tainsnée, comme j'ay peu appercevoir, et pour ce prenés la plus jeune, car je Veslis. » Si lui respondirent : « Sire, Tainsnée est* la plus belle, et se- ra plus grant honneur de avoir Tainsnée que la plus juenne.» Sirespondit queil n*estoitnul honneurne nul bien terrien qui s*acomparaige à bonté et à bonnes meurs, et par especial à Tumilité et à humblesce^ et pour ce que je Tay veue la plus courtoise et la plus humble, si la vueil avoir. Et ainsi Tesleut. Et adonc- ques Tevesque et les barons vindrent au roy d'Arrar gon et luy demandèrent sa fille plus juenne, dont le roy et tous ses gens en furent moult esmerveillez quHzne prenoientrainsnée, qui estoit la plus belle de moult. Maiz ainsi avint que la plus jeune fut royne d'Espaigne, pour estre hmnble et de doulces parolles au grant et au petit , et par sa courtoisie fut esleue. Dont Tainsnée eust grant desdaing et grant dcspit, et en fut toute forcennée, et pour ce a cy bon exem- |de comment par courtoisie et par humilité Ton ao-


39 Le LiTftR

«roisl en l'amour du monde : car il n'est riens si ptu- sans coinnic cstre humble el courloÏBe et saluer k grant et le petit, et non pas bire chtère de perte ne dega^D, car nulles geuUlz femmes ne doivent avoir nul efTro; en elles; elles doivent avoir gentilz cuera et'dedoulSes responces el esire humbles, comme Dieu disft en l'Envangille, que qui plus vaull eiscet plus SB humilie, car qui plus se umilie plus s'es- saulce , comme fisi cestc mainsnèe fille du roy d*A^ ragoa, qui, par sa courtoisie et son humilité, conqniïl à estre roync d'Espaigne et l'osla à sa suer l'aiosnÉe.


Cy parle de eelhs qui estrivent les u aux autres.

CBXPPiins XV".


a elles filles, gardez que vou S eslrîT ft fol , ne à folle , ne à gens foli qui S| ayent malc teste : car c'est grant péril. Je s en dirai un exemple que j'en vL 11 n chastel, où plusieurs dames el danitûgel- les demeuroient. Si y avoit une damoiselle, fille d'an chevalier bien genlUz ; si se va courrouscier à jeu de labiés, elle et un gentil homme, qui bien avoit m^e teste el rioteuse, et n'estoit pas trop saige. Si fut le debal sur un dit qu'elle disoit qu'il n'estoit pas droit; tanl avint que les paroUcs se liaulcèrent et qu'elle dil qu'il esloitcornarl et sol. Hz laissèrent le jeu par tenson. Si dis i la damoiselle : u Ma chière cousin^


BU Chbtalier be La Tour. 33

ne vous marrissiez de riens qall die, car vous savez qu il est de haultes paroles et de sottes responces. Si vous prie pour vostre honneur que vous ne prei- gnez point de débat aveoques luy, et le dis féablei- ment, comme je voulsisse dire à ma suer. » Maiz elle ne m'en voult croire, ains tença encore plus fort que devant, et lui distqull ne valoit riens, et moult d'au- tres parolles. Et il respondist, conmie fol , qull va- loit mieux pour homme qu'elle ne £dsoit pour fem- me. Et elle lui dist quil ne disdt mie voir, et creu- rent leurs paroles et surmonlérent tant que il deist que , s'elle feust sûge, elle ne venist pas par nuit es chambres aux hommes les hûâer et accoler en leurs liz sans chandoille , et elle s^en cuida bien venger, et lui dist qu'il mentoit, et iï luy dist que non faisoit et que tel et tel lui avoient vene. Siavoitlà moult de genz, qui furent esmerveillez, qui riens ne sçavoient de ce , et si y ot pluisseurs qui dirent que ung bon taire lui vaulsist mieulx , et qu'elle s'estoit batue par son baston mcsmes, c'est-à-ddre par sa langue et son hatif parler. Et après celles parolles , elle ploura et dist qull Tavoit diffamée, et il ne demoura pas ainsi, car il l'assaillit arrière devant tous et estriva et ten- ça tant que il luy dist encores qull y avoit veu pis, et dist paroles encore plus ordes et plus honteuses au déshonneur d'elle, que jamais ne luy chierroit pour secourre qu'elle face , et ainsy se ahontaga par son fol couraige et par sa haultesce de cuer. Et pour ce ainsy a cy bon exemple comment nulle femme ne doit tencier ne estriver à fol, ne à folle, ne avecques gens qu'elle sache qui aienthaultain couraige ; ainsi les doit l'en eschever, et, se l'en voit qu'ilz vueiUent par-

8


34 ^^ Livre

1er haultement ou grossement, Ten les doit laîssier tous piquiés, leur dire : « Beaulx s«nis, je vois bien que vous voulés parler hault ou noter; je vous lai- „ ray le champ et m'en yray » , et puis soy en aler et départir, si corne fist un chevalier que je congnoys bien, à une dame qui avoit maie teste et envyeuse, et disoit moult d'oultraiges au chevallier devant tous. Si dit le chevaUier : ce Dame , il vous plaist à (&re tant de merveilles ; se je vous escoate , je ne vous &is nul tort. Je voy bien que vous estes marrie, dont me desplaist. » Mais pour tant celle ne se voult onc- .ques taire, maiz tença plus fort, et quand le cheval- lier vit qu'elle ne se vouloit souffrir ne taire pour riens, si prisl un petit bouchon de paille que il trou- va et le mist devant elle, et lui dist : « Dame se vous voulez plus tencier, si tencez à ceste paille, car je la laisse pour moy et m'en iray. » Et il s'en ala et la laissa. Si fut tenu pour bien fait au chevallier qui ain- si l'escheva , et eue fut foie et seulle et ne trouva à qui plus tencer, et s'enffrenaisist se elle voult. Et ainsi le doit l'en faire, car l'en ne doit mie estriver à fol, ne à gens tenseurs, ne qui ayent maie teste. Aios les doit-en eschever, comme fist le chevallier à la da- me, comme oy avez.



BU Gheyalier de La Tour. 55

De celle qui mengaTenguiUe. Chapfitrb XYK

n exemple vous vueil dire sur le fait des femmes qui maoguent les bons morceaulx en Vabsence de leurs seigneurs. Si fut une demoiselle cpii avoit une pye en caige, qui parloit de tout ce qu'elle vëmt faire. Si avint que le seigneur de Tostel faisoit garder une grosse anguille dedans un vaissel ou un vivier, et la gardoit moult doerement pour la donnera aucuns de ses seigneurs on de ses amis, si ilz le venissent veoir. Si avint que Jadamedist à sa daviére que il seroit bqn de menger la grosse anguille, et au fait ilz lamengèrentetdistrent que ilz diroient à leur seigjneur que le loerre Tavoit mangée. Et quant le seigneur fiit venu, la pye lui commença à dire : a Mon seigneur, ma dame a man- .gië Tanguille. » Lors le seigneur ala à son vivier et ne trouva point de son anguille. Si vint à son hostel et demanda à sa femme que estoit devenue Fanguil- le, et elle se cuida Inen excuser, maiz il dit qu'il es- toit tout certain et que la pie le lui avoit dit. Sy ot céans assez grand noise et grant tourment. Maiz quand le seigneur s*en fut alez, la dame et la clavié- re si vindrent à la pye et lui plumèrent toute la teste en lui disant : a Vous nous avez dcscouvertez de Tanguille. » Et ainsi fut la povre pie toute plumée. Maiz de là en avant, quant il venoit nulles gens qui


t,-'


Lï Litre

r. >ï<M.. Vf- -o :•:• :?:•<$<•!:: ^rani front, la pie leur

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DU Chetaliëa ds La Tour. 37

saîfQ. Si en 4it celle danuHseik toute sa vie dfll&iile et boiteuse, et son mary lu reprouchpit bien sou- vent qull lui eust mieulx valu de non estre si jalouse que de avoir fait défaire son visage. £t ainsi par celle laideur et mescheance , il ne la peut depuis si par- fiiictement amer comme il souloit devant, et ala au cbange. £t ainsi perdit Tamour et Tonnour de son seigneur par sa jalousie et par sa follie. £t pour ce a-ey bon exemi^ à toute bonne femme et à bonne dame comment elles ne .doivent faire semblant de telz choses, et doivent soufifrir bel et courtoisement leur douleur, se point en ont, si comme souffîit une mienne tante, qui le me compta plusieurs fois. Celle bonne dame Ait dame de Languillier, et avoit un sei- gneur qui tenoit bien mil et y" livres de rente, et te- Doît moult noble estât. Et estoit le chevallier à mer- veille luxurieux, tant qu'il en avoît tousjours une ou deux à son bostel , et bien souvent il se levoit de delèz sa femme et aloit à ses folles femmes. Et, quant il vaM>it de folie , il trouvoit )a cbandoille alu- mée et llëaue. et le toaillon à laver ses mains. Et qwit il estoit revenuz, elle ne ly disoit rien, fors cpi'elle luy prioit qull lavast ses mains , et il disoit que il venoyt de ses chambres aisées : aEtp<Nirtant, mon sdgnoir, que vous venés des chambres, avez vous i^us grautmestier. de vous laver.» Ne autre ne lui reprouchoit, maiz que aucune foiz elle luy disdt privéement, àeulxtoosdeulxseulz : «Monseigneur, je sçay bien vostre fiiit de telle et telle. Maiz jà par ma foy, se I>ieu plaist, puîique c^est vostre plaisir et que je n*y puis mettre autre raonède, je n'enierayneà vous ne à elles pire chière ne sen]l>lant. Car je se-


roys bien folle de tuer ma teste pour l'esbat é


, puisque autremeol ne peut & is prie , mon Bcignenr, que ai


^ Maii.îÈ»


fadeï point pire chière, el que je ne perde TOslre


e bon semblant ;


u seurplus je


me deporieray bien et en soufreray bien tout ce qu'il TOUS en pliûra coraoïander. » Et aucunes fois , par ces doulces parolles , le cuer lui en piléoit el s'en ' gardoit une grant pif^. Et ainsi toute sa vie , par' granl obéissance et par grant courtoisie le vainqwnt; car par autre voie jamaiz ne l'eust vaincu , et Imt que au dcrrenier il s'en repcntist et se chasiia. Cy B bon exemple comment , par courtoisie et par obéis- sance , l'on puet mieulx chastier el desvoyer son sei- gneur de cclluy faict que par rudesse. Car il en eât le plus de tclz couraiges que , quant elles leur coo- renl sus, i!z se appunaisisseni et en font pis. Poor. tant, à droit resgarder, ne doit pas savoir le mary trop mal grÈ à sa femme se elle est jalouse de luy* Car li saige dit que la jalousie est grant aspresse dV mour, et je pense que il die voir; car il ne me chaul- droîl se aucun, qui riens ne me serdl ne quejàcaiiM n'auroye d'umer, se il faîsoil bien ou mal ; maiz de mon prouchain , ou de mon amy , je en auroye dou- lour et dudl au cucr se il avoit fait aucun grant mal -, el pour ce jalousie n'est point sans grant amour. Haiz il en est de deux manières , dont l'une est jàrè que l'autre ; car il n'en est aucune où il n'a nulle bûme raison, cl que il vault trop mieux s'en souffrir ponr leur honneur et pour leur estât. Et aussi l'omme ae doit pas trop rnsd gré savoir à sa femme se elle est un pou jalouse de luy ; car elle monstre commoit le


BU Gheyacibr de La Tour. 39

cuer lui duelt. Ainsi comme elle a grant paour que aultre ait Famour qu*elle doit avoir de son droict, selon Dieu et saincte Eglisse. Maiz la plus saige en fait le mains de semblant, et se doit reffraindre bel et courtoisement et couvertement porter son mal , et tout ainsi doit faire Tomme , et soy refraindre saige- ment au moins de samblant que il pourra; car c*est grant sens qui s'en peut garder. Maiz toutesfoiz la femme qui voit que son seigneur est un petit jalons d'elle , se il s'apparçoy t d'aucunes follies plaisantes qui ne lui plaisent pas , la bonne femq^ le doit por- ter sai ge men t sanz en faire semblant oevant nul. Sy elle luy en parle par nulle voye, elle le doit dire à eulx deulx le plus doulcement que elle pourra, en disant qu'elle scet bien que la grant amour qu'il a avecques elle lui fait avoir paour et doubte qu'elle, tourne s'amour ailleurs et lui dire qu'il n'en ait jà paour, car, se Dieu plaist, elle gardera l'onneur de eulx deulx. Et ainsi, par belles et doulces paroUes, le doit desmouvoir et ester de sa folle merencolie; car, se elle le prent par yre ne par baultes paroles , elle alumera le feu et luy fera encores penser pis et avoir plus grant doubte que devant. Car plusieurs femmes sont plus fières en leurs mensçonges que en parolies de vérité, et pour ce maintes foiz font plus de doubte. Et aussy vous dis-je que la bonne dame , combien que elle ait un pou de note et d'ennuy, elle n'en doit pas moins avoir diier son seigneur pour un pou de jabnsie , car elle doit penser que c'est la très grant amour qu'il a à elle, et comment il a grant ^ioobte et grant stoussy en son cuer que autre ait l'a- mour que il dûîi avoir de son droit, selon l'Église et


Dieu, et penser cl regarder se aullre hù fbrb


mour que il doit avoir.et quejamûz ;


cl'a;



que la joie de leur mariage scroit perdue, et leur m liage tourné à déclin et Uumera de Jour en jour. Et une chose, dont maintes se danaentmaUesljaloa-' sie et fait grant soussi et estroit penser, et pour ce a cy bon exemple comme l'en drat a couraige et son penser.


Cf parte de la bourgoise qui par son oultraige.

CnAPPitaEXVnr


^te*sp prts ne doit l'en point àson seigneur estri- ^^^y ver ne luy respondre son dosplaiair, eom- ^^^M me )a bourgoise qui respondoit â chas- Hi^SaUt cune paroUe que son seigneur luy disoil lant anvieusement, que son seigneur fut fcl et cour- rousciëdesoy veoir ainsi ramposner devant la gent; â en ot honte , et lui dist une foiz ou deux qu'elle se teusl, el elle n'en voulsisl riens faire. Et son sei- gneur, qui fut yrië.baulça le poing et rabbalibletTc, et oultre la fery du pié au visaige et luy ronqitl le nez. Si en fii toute sa vie deffaite, et ainsy par son ennuy et par sa note elle ot le nez tort, qui moull luy mesadviul. U luy eust mieux valu qu'elle se foust leue et soufTcrtc; car il est raison et droit <|ue le seigneur ait les haulies parolles, et n'est que Uonncur t la bonne femme de l'escouler el de soy


Dc CheyalieIH db^ La TotR. 4c

ieiàlt en paix et laisser tef hanlt perlor à son aet* gbenr, et aussy da contraire, car c'est grant honte de mtr femme estriver à son seigneur,. s(Ht dr<^t, soit lort , et par especial devant les gens. Je ne dis mie qriie, quant elle trouvera espace seul à seul , que par bel et p«r courtoisie, die le puet bien aprendre et \ny monstrer courtoisement quil àvoit tort, et ail est homme de Dieu il luy en saura bon gré, et s'il est an- tre , se n'aura elle &it que son droit. Car tout ainsy le ddt fiiire preude femme à l'exemple de la satge dame la royne Hester, femme du roy de Snrie , qui xnoult estoit colorique ethatif ; maiz sa bonne dame ne lui respondoit riens en son yre ; maiz après, quant elle véoit son lieu , elle fÎEÛsoit tout œ qu'elle vou- loit , et c'estoit grant senz de dames, et ainsi le doi- yent finre les bonnes dames à œste exemple. Gestes femmes, qui sont foies et rempon^ises, ne sont pas de Tobeyssance comme fut la femme d\m mardiant, dont je vous en diray l'exemple.


De eeïle qui saillit sur là table. Cbappitei X1X«.

ne fois i?vikil que trois marchans ve- ndent de l'emplette de querre draps de Rouen. Si dist l'un : C'est tn^ borne chose que femme, quand elle obeist vou- kntiers à son seigneur.— -Parlôy, fist l'autre, la moye m*obeist bien. — Yiayement, dist l'ïiutre , larmoyé,



4a


Le Litre


si comme je pense , me obeisl plus. — Voire , liera, mcctons une fennaille, laquelle obeyra mïettt^ etqOimieulxferaaucommandemenl de son marj. — .1 Jelevueil, firent les autres. Sy fut mise la fermaill«,r et jurèrent tous trois que nul ne adverliroit sa fèo»^ me, fors dire : Ce que je commanderay soit fait, com-"^ ment que ce soit. Si vindrcnt premièrement chn ' l'une. Sy disi le seigneur : Ce que je commenderay soit fait, comment que ce soit. Après cela le seigneur dist à sa r^ume : SaiUiez en cebassiu. — Et elle re» pondit : A quoy, ne à quelle besoingnc ? — Pour ce, " dîsl-il, que je le vueil. — Vrayement, dit-elle, je sauray avant pourqaoy je saille. Si n'en lîst rien ; à fût le mary moult fel , si luy donna une buffe... Après ilz vindreol ctaiès le second marchant et disti' ainsi comme dist l'autre, que son commandement feust fait, et puiad'illec ne demeura guèresajK^g- tpi"û la commanda à saillir ou bacin. El elle disl : ■ Pourquoyî El au fort elle n'en voolt riens faire, el en fut batue comme l'autre. Si vmdrenl chez le dors marchant. Si csloil k table mise et la viande dessns. Si dist aux autres en l'oreille que après menper il lui commanderoil à stûllir ou bacin. Et se misreat h table , et le seigneur dit devant tous que ce que il conimanderoît feust fait, comment qu'il feust. Sa Eem- me, qui le amoît et craiguoit, oyt bien la parolle; sy ne sçeut que penser. Si advint que il mengèr^tl oeu&molès,elD'yavoil point de sel fin sur la laUe. Sy va dire le mary: Femme, saul sur tultie; el )■ bonne femme , qui ot paour de luy désobéir, salllft sur table et almli table el viandes, et vin el voirres,- ct esouelles, tant que tout ala par la place. Conw:


DU Chevalier DE La Tour. 43

meut, dist le seigneur; estH» la manière? vous ne sçavés autre jeu fère; estes-vous desvée? — Sire, dist-elle, j*ay fait vostre commandement; ne aviez voua pas dit que vostre commandement feust fait, combien qull feust? je Fay faict à mon pouvoir, combien que ce feust vostre dommaige et le mien ^• carvoua m'aviez dit que je saillisse sur la table. — Quoy, dist-il , je disoye : Sel sur table. — En bonne foy, disi-elle, je entendoye y saillir. Lors y ot assés ris et tout prins à bourde , dont les aultres deux marcbans vont dire qull ne falloit jà commander qu'elle saillist ou badn, et qu'elle en avoit assez fait, ' et que son seigneur avoit gaaingnié la fermaille , et- fut la plus loée de obéir à son seigneur, et ne fut mie batue comme les autres, qui ne vouloient foire le ammandement de leurs seigneurs; car gens voittu- riers sy jchastient leurs fenunes par signes de cops;* et aussy toute gentil femme de son droit tnesmes doit Ten chastier et par bel et par courtoisie , car autre* ment ne leur doit Ten faire. Et, pour ce, toute gen- til î&Bome monstre se elle a franc et gentil cuer ou non, c'est assavoir qui lui monstre par bel et par courtoisie, de tant comme elle aura plus gentil et franc cuer, de tant se chastie elle mieulx , et obeist et Mt plus debonnairement le commandement de son seifpiieiir, et a plus grant doubte et paour de luy désobéir.!. Cw les boimes craignent comme fist la bonne fenmie au ti^s marchant , qui , pour doubtè de désobéir à aon-seigneur, elle sailly sus la table et abaty tout, et ainsi doit toute bonne fenune fère, cnâidre et obdr à -son seigneur, et fîEdre son com- anndementj soit tort, soit droit, se le commande-



ilranWii^^H


Ls Lit»! neat n'est trofi onteagnx, et, te il ; dt daMasmte, M denniHC le bbsrae , ti^toaséffteBT. Or tous a; un peu traîUië de IV bcânance et de la ounte qoe l'oa doit arw * aonatl- gDear, et cammenireii ne doit pssrespoodreàck» «me parolle de son sci^cur ne d'autre^ et qod f^ ril il y a et cxnnment la iille d'un chevalier en Abl son boaDouretsonestalengnntbalence, poiffM" Iriver et respondre an fol esmier, qui pour ce dat que fol el que nice et sot. Hais il est mainies gêna qui soM de sy haulUines paroles et de sy Dunntît coanàge qullz dient eu haslivelé loni ce qnllc HS- veut, cl que à la bouche leur vienL Pour ce mtcr grani péril de prendre tensou & telles gens. Carqiti 1^ prem, il met son bonoeur en grant adventun; car mainlcs gens en leur yrc dienl plus que ilt M scevent pour eulx mieulx vcngier. Si tous laissent de ceste malière ei tous parleray de celles qui igit- nent la char aux peliz chiens.


De celle qui donnait la char aux Chappitrb XX'.


s parleray de i%Ue qui dooixA is ^ chair et les bons morscaulx à ses petii P chiens. Une dame cstoit qui avoil deux • pelis chiens. Si les avoil sy chiCTS qu'elle y prcnoii moult granl plaisance et leur faisoit faire leur escuielle de soujtpes, ei puis leur donnoit de la



DU Chevalier de La Tour. 45

char. Sy y ot une fois nnfirére mendiant qui lui dist que ce n'estoit pas bien âût que les chiens fussent gros et gras là où les povres de Dieu estoient povres et maigres de faing. Si lui en soeut moult mal gré la ^une, et pour ce ne se voult chastier. Sy advint que la dame aooucha au lit malade de la mort, et y avint teUes merveilles que Fen vit tout appertement sur son lit deux peti): chiens noirs, et, quant elle transît» ilz estoient entour sa bouche et lui lechoient le bec, et, quand die fut transie, Ton lui vit la bouche toute ndre, que ilz avolentlediée, comme charbons, dont je Touy compter à une demoiselle qui disoit qu'elle Tavoit veue , et me nomma la dame. Pourquoy a cy bonne exemple à toute bonne dame commlsnt elle ne doit point avoir si grant plaisance en telle chose, ne domier la diar aux chiais ne les lescheries, dont les povres de Dieu meurent de faing là hors , qui sont créatures de Dieu et fois à sa semblance , et sont ses serfe et ses sergens , et cestes femmes ont pou ouy la parolle que Dieu dist en la sainte euvan- giUe, que qui fjedtbien à son povre il le Êdst à luy meismes. Cestes femmes ne resemblent pas à la bonne royne Blanche, qui fut mère saint Loys, qui ne prenoit point desplaisir ains faisoit donner la viaiule de devant elle aux plus mesaisiéz. Et après, saint Loys, son filz, le fiôsoit ainsy ; car il visitoit les povres et les paissoît de sa propre main. Le plaisir de toute bonne femme doit estre à véoir les orphe- lins et povres et petiz enfimzpar pitié, et les nourrir et les vestir comme fiûsait la sainte dame qui estoit comtesse du Mans, laquelle noorissoit bien xxx or^ pMiBSy et disoit que e^esloît S(m esbat^ et pour ce


46 Le LtvBE

fat unie de Dieu, el Ot bonne vie el bonne fig^

ren plos grant clarté el planté de petU eoEun:

iiHVt;ce nefiircnl pas Irapeiiz chiens que l'on vil* la mort de l'autre, comme ouy avei.


Du dehttt qui fui entre h sire de Beat


Cbappitrb XXK


rumaUn^J


s bdles filles, je vous prye que vooi le soyez mie des premières à prendra )m s Douveaulx.elqueencestui casTOW z les plus tardives et les detruiilm, cl par cspecial de prandre estât de femmes d'c8tnili|e pals , sy comme je vous diray d'un debal qui fM d'une baronnesse qui demouroit en Guienne et du are de Beaumaaoir, père de cestuicy qui A prêtent est, qui fui malicieux et saigc chevallier. La dante le arraysounoil de sa femme el lui dist : n Beau cousio, » je vien de Brelaij^e, et ay veu belle cousine vostre s femme, qui n'esl pas ainsi aloumëe, ne sa robe e^ 9 toffée comme les dames de Guicnne et de plusieun u autres lieux ; cor les pourfiï de ses courste et d<t B ses chapperona ne soni pas assez grans ne de la ï guise qui queurt à présent.» Le che^-alier luy ras- poodi : u Ha dame , puisqu'elle n'esl pas arrayëe à " voslre guise et comme vous , cl que ses pourfii V vous semblent peliz et que vous m'eu blâimés, t sachiez que vous ne m'en blasmcrés plus ; aîns b


DU Chevalier de La Tour. 4y

» feray plus comte et aussy nouvellement arrayée de

' 2> nobles cointises comme vous ne nulles des autres ;

x> car vous et elles n'avez que la moitié de vos corsés

9 et de vos chapperons rebufTez de vair et d'ermines ;

3> et je feray enoores mieulx, car je lui feray ses cor-

» ses et ses chapperons vestir en Tenvers, le poil de-

s hors. Ainsi sera mieulx pourfillée et rebuffée que

» vous ne les autres. » Après luy dit : « Ma dame « 

D pensés-vous que je ne vueiUe qu'elle soit bien ar-

2> rayée selon les bonnes dames du paix? mais je ne

x> v&û pas qu'elle mue Testât des preudes femmes et

x) des bonnes dames de honneur de France et de ce

» paîs qui n'ont pas prins l'estat des amies et des

» meschinesauxAngloysetauxgensdescompaignes;

b car ce furent celles qui premièrement admenérent

j> cest estât en Bretaingne des grans pourfilz et des

» corsés fendus es costez et lés floutans ; car je suy

XL du temps et le vy. Sy que, à prendre Testât de

S) telles femmes le premier , je tiens à petitement

9 conseillies celles qui le prennent, combien que la

9 princesse et autres dames d'Angleterre sont après

. J> long temps venus qui bien le pevent avoir. Mais

V j'ay tousjours oy dire auxsaigesque toutes bonnes

9 daines doivent tenir Testât de bonnes dames du

. 9 royaulme dentelles sont, et que les plus saiges sont

. 9 celles qui derrenièrement prennent telles nou-

.9 yeaultez. Et aussy par renommée Ton tient les da-

» mes de France et de oestes basses marches les

9 meilleurs dames qui soient et les moins blasmées.

» Mais en Angleterre en a moult de blasmées , si

» comme Ton dist ; si ne sgay se s'est à tort ou à droit.

9 Et pour œ est-il mieubL de tenir le fait aux dames


48 Le Litre

D qui ont meilleur renommée, d Si furent ccstCB ptb- roles dictes devant plusieurs , dont la dame se tint pour nice et ne sçeul que elle luy deust respoDdre, dont plusieurs se priodrent à rire et dirent enlreetu quTl lui vaulsisl mieulx un bon laire. El pour ce, belles tilles, a cy bonne exemple de prendre et te- nir l'estat moyen ei l'ostai des bonnes dames de son pays et du commun du royaulme dont l'en est , c'est assavoir dont les plus des bonnes dames usent com- . munément, et cspcclaulment les preudcs dames, 36- ' Ion ce qac cbascune le doit faire; car à prsndre nouvel estât venu d'esirangcs femmes ne d'aulrnj pays, l'en est plus lost moquée et rigolèe que dû lonîr j'eslat de son pays, si comme vous aveiouy dire que le bon chevalier, qui saigcs esloil et de grant gon- vernement, en reprint la dame. Et saichiez de oôllk que celles qui premiers les prennent dotiueot assez â jangler et à rigoler sur elles. Hais, Dieu mert^. aujourduy, dès ce que une a ouy dire que aucune i une Douveaultë de robe ou de atour, aucunes de cel- les qui oyent les nouvelles ne finiront jamais jusqws k tant qu'elles en aient la copie, et dicnt â leurs lei- gaeurs cliascun jour : a Telle a telle cliose qui irop s bien lui avient, et c'est trop belle chose; Je VOU u prie, mon seigneur, que j'en aye. a Et se son sdgnaor lui dist : « M'amic , se celle en a, les autres, qui sont B Temmes aussi sages comme elles, n'en ontpoinu— » Quoylsire, se ellesnesescevent arrayer, qu'enay- » je à lâireî puisque telle en a, j'en puis bien avoir » et porter aussy bien comme eile. u Si vousdy qu'el- les trouverontlantde si bonnes raisonsàleurdil, qu'il conviendra que elles aient leur part de-ceUenouveaulii


DU CHEyA.LI£R DE Là ToUR. 49

et cointise. Maiz cestes manières de femmes ne sont mie Toulentiere tenues les plus saiges ne les plus sça- vans, fors qu'elles ont plus le cuer au siècle et à la playsance du monde. Dont je vous en diray d'une manière qui est venue, de quoy les femmes servantes et femmes de chambres, clavièresetaultres de mendre estât, se sont prinses communément, c'estrà-dire qu'el- les fourrent leurs doz et leurs talons , autant penne comme drap, dont vous verrez leurs pennes derrière que ilz ont iaK>ttées de boue à leurs talons, tout aussy comme le treu d'une brebis soilliée derrière. Si ne priseriés riens celle cointise en esté ne en yver; car, en yver, quant il fait grant firoit , elles meurent de froit à leurs ventres et à leurs tétines, qui ont plus grant mestier d'estre tenues chaudement que les ta- lons , et en esté les puces s^ mucent, et pour ce je ne prise riens la nouveaulté ne telle cointise. Je ne perle point sur les dames ne sur les damoiselles atoumées, qui bien le pevent faire à leur plaisir et à leiir guise ; car sur leur estât je ne pense mie à parler chose qui leur doye desplaire, que je le poisse sçavoir ; car k moy ne affîert ne appartient fors les servir et honorer et les obéir à mon povoir, ne je ne pense sur nulles en parier par ùest livre, fors que à mes propres filles et à mes femmes servantes, à qui je puis dire et monstrer ce que je vueil et il me plaist.


Comment il fait périlleux estriver à gens sçafoiu J du siècle, et parle de la dame qai priât M

son au mareschal de Clermont.


Cha


XXIK


tf;^s^ filles filles, je vous diray un exemple coni- ^ W^ "'S"' f^* P^illeux parler ne tenir eatrif k| ^Êv, * gens qui ont le siècle à main et ont ma- Sitw^ffi iiiÉre el sens de parler. Car voalentias l'en gauingne pou à leur tenir estrif de bourdes ne de jangles , qui bien ne leur plaisent. Dont ïl adviul à une grand festc , où il avoil moult de gnos dames el seigneurs, et \h fut le mareschal de Clo^ mont, qui à mer^-cUlcs avoit le âècle à mùn, o me de beau parler et beau maintient, et de stavoir bien son estre entre tous chevaliers el dames. S j avoit une grant dame qui lui dist devant tout : o Clermont, en bonne foy, vous devci grant guer- redonà Dieu, car vous estes tenu pour bon chevalier et assez beau, et savez merveilles. Se feussiez s parfaiz , se ne fust voslre jangle et vosire mauva&e langue qui par foiz ne se puet taire. — Or, ma da- me, disl-il, est-ce donc la pire tache que j'aje?— Je pense que ouil, dist^elle. — Or voons, dist-tlien ce liil : il me semble, à droit jugier, que je ne l'ay pas si pire comme vous avez , et vousdiray pourquoi; vous m'avez dit el reprouchié la pire tache que j'^e selon voslre advi» , et , se je me uis de dire la [io


DU GHEYALtER DE Là TOUR. Si

que vous aîez, quel tort vous fois-je? Madame, je né suis pas ^ legier en parler comme vous estes. >> La dame escouta et ama mieux ne avoir jà parlé, ne es- trivé à lui, pour plusieurs raisons que je ne dy pas, lesquelles j'ay ouy compter qu'il en fust assez parlé, et distrent plusieurs que tçpp graint appertise n'a mestier , et U luy vaulsist mieux à soy estre teue. Et pour ce a cy bon exemple : car il vault mieulx au- cunes foys soy taire et soy tenir plus humblement qae estre trop apporte ne commander parolles à telz gens qui ont parolles à main et qui n'ont nulle honte de dire parolles doubles à plusieurs entendemens. JSt pour ce regardez bien à qui vous «nprâodrez à parler, et ne leurs dittes pcnnl de leur desplaiûr , car Testrif d'eulx est moult périlleux.


Cjr parle de Bouciquaut et de iij dames, comment il s'en chei^it,

Chavpitrs XXIIK

ncores vous parleray de ceste matière,

I comment il avint à Bouciquaut que trois dames lui cuidoient faire honte , et com- ment il s'en chevit. Bouciquaut estoit saige et beaul parlier sur tousles chevaliers, et si avoit grant siècle et grant senz entre grans seigneurs et dames. Sy advint à une feste que trois grans dames se seoient sur un comptouer et parloient de leurs bonnes ad- ventures, et tant que Tune dist aux autres : a Belles



5a Le Livre

cousines , honnie soit elle qui ne dira veriié par bon- ne compaignie , se il y a nulle de vous qui en cesté année feosl priée d'amours,— Vrayement.disl l'une, je l"ay esté depuis un an.— Parma fby, dist l'autre, â ny je moy.— El moy ausM, se dislla tierce. — Eldîatîà plus appertc : Honnie soit elle qui ne dira le nom de celluy qui derenieremenl nous pria. Par foy, se voi» dictes, je vous diray- Sy se vont accorder à dire Toir. — Vrayement , dist la premitre , le derrcnier qui me priafusl Boodquaut. — Vraiemenl, dist l'antre, et moy aussi. — El, disl la tierce, m lisWl moy.— Vrayement, dislrent les aollres, il n'est pas si loyal chevalier comme nous cuidions. Ce n'est que un bour- deur et un trompeur de dames. Il est céans; en- voyons le querre pour luy mettre ao nei ce iwt. » Sy renvoyèrent querre , et il vint ; si leur demanda : s Mesdames, que vous plaistî^Nous avonsàparitf à vous ; seez vous cy. » Sy le vouloienl faire seoir k leurs piei, mais il leur disl : «Puis que je suis venus ft voslre mandement, faictes-moy mettre des quar- reaulx ou un siège a moy seoir ; car, se je me seoje bas , je pourroye rompre mes estaclies , et vous me pourriei mettre sus que ce seroil aultre chose. ■ Si convint que il cust son siège, et quant il fin! asâs, icelles, qui bien furent yrécs, sy vont dire: a Comment, Bouciquaut, nous avons eslâ decenes du temps passé , car nous cuidions que vous fussiet voir disant et loyal ; et vous n'estes que on trom- peur et un moqueur de dames; c'esl vostrelaciie. — Commeni, madame, «avez-vous que j'ay fallî — Que vous avez fait î Vous avez prié d'amours bel- qui cy sont, et sy avés vous moy, ei û


DU GHETALIBa DB Là ToUR. 53

aviez juré à chascune de nous que vous Tamiés sur toutes autres. Ce n'est pas ymr, ains est mensconge ; car vous n'estes pas trois en vault, et ne povez avoir trcMS cuers pour en amer trois, et pour ce estes faulx et decevable, et ne devez pas estre mis ou compte des bons ne des loyaulx dievaliers* — Or, mes dames, aveat-vous tout dit ? vous avez grand tort, et vous diray pourquoy ; car à Teure que je le dis à chacune de vous, je y avoye ma plaisance et le pensoie ainsy, et pour ce avez tort de moy tenir pour jongleur ; nuuz j^ sonffiir me convient de vous, car vous avez vos parlers sus moy. » St quant elles virent qull ne s'es- bahissoit point, si va dire Tune : « Je vous diray que nous ferons. Nous en jouerons au court festu à la- quelle il demourra. — Vrayement, dist Tautre, d'en- droit moy je n'y pense point à jouer, car j'en quitte ma part. — Vrayement, fist l'aultre, sy fieds-je moy. — Lors respondit : Mes dames, par le sabre Dieu, je ne suis point ainsi à départir ne àlaissier ; car il n'y a cy à qui je demeure. » Si se leva et s'en ala, et elles demeurèrent plus esbahies que luy, et pour ce est grant chose de prandre estrif à gens qui scevent du aîède ne qui ont si leur manière et leur mainlieng. Et pour ce a ey bon exemple comment l'on ne doit point entreprendre paroUe ne estriver avecques oellesgens ; car il y abîen manière. Car celles qui aucunesfois eui^ dent plus saveur en sont par fois les {dus deceo^a, dont je vouldroye que vous sceussiez l'exemple seoi- hlaUe à eeste ey sur cette matière.


De iij atiltrea damea qui accutèrentun ehm

Cbapfitbb XX11II*.

QVM^l fui ainsi que trois daines avoient âî ^m mW "" chevalier de le) cas et de telle Aete-

I^MB raoce, el l'avoienl enfermé dans une chani- il^M^ bre lout seul et chascuoe dame avoit une (lommeelle, et au fort le jugièreol-cUes ^ mort, et que jamëz par telle guise QC dccerroil dame ne denÛH selle, Elsyestoieot sy courrouciées et s; yrécs mn luyque chascuoe tenoitle cousiel pour le ocdFe;i nul deblasme ne cxcusalion ne lui valait riens. Sy leur va dire : n Mes dames et damoiselles, puisqall B vous plaisl que je meure, sans remède ne meny u avoir, je vous pry à toutes qull vous plaise ft mcç n donner un don. o El au fort elles lui accordërenl. n Sçavcï-vous, dist-il, que vous m'avez octrt>yéî » — « Nennil, distrent-elles, se vous ne le dictes. ■ — Voua m'avez octroyé, disl-il, que la jJob pule de » voua toutes me frappera la première, v Lors sî fu~ rent esbahies et s'entreregardérent l'une Vautre , el pensa chascunc endroit soy : Se je frappoyc la pre- miére.jescroye honnie et deshonnorée. Et, quant il les vit aina esbahies et en esmay , il sailly en ]nés el court à l'uis, et le defferma et s'en yssy et ^nsi se sa va le chevalier. El elles demourèrcnt toutes esbahies et mocquëes. Et pour ce un poy de pcnsement vatill moult à besoing, soit h homme ou â Temmc. Si v


DU Chetalibr de Là Tour. 55

laisse de ceste matière et revien à celles qui ont moult le cuer au siècle , comme à estre es joustes et es festes, et aler voulentiers en pelerinaige, plusppur esbat.que pour dévotion.



De celles qui, vont voiUentiers aux joustes et aux pellerinaiges.

Chappitrb XXV«.

e vous diray une exemple d*une bonne dame qui recouvra un grant blasme sans cause à une grant feste d'une table ronde de joustes. Celle bonne dame estoit jeune et avoit bien le cuer au siècle, et chantoyt et dans- soyt voulentiers, dont les seigneurs et les chevaliers Tavoient bien chiëre, et les compaignons aussi. Tou- tes voyes son seigneur n*estoit pas trop liez dont elle y aloit si voulentiers. Msds elle vouloit bien en estre requise , et son seigneur lui en donnoit grans eslar- gissemens que on la requist et priast d*amer, et son seigneur le fedsoit pour paour d'accpierre la maie graoe des seigneurs , et que on ne deist pas quil en feust jaloux ; si la leur octroyoit-il pour aler à leurs lestes et esbatemens, et il mectoit moult de grans misc^ pour Faocointir à celles festes pour Tonneur d^eulx. Mais elle povoit bien apparcevoir que,"sll eust esté au gré et plaisance de son mary, elle n'y a- last pas. Et, si comme il est accoustumé en esté, tenap^.que Ten vdlle à dances jusques au jour, il


Le Livre


56

adt-iot.unerobei elle fust la nuit, l'en estaigny les torches el fisl 1^ grans hu7 el paoa cris, el qnuit vint que l'en : porta la lumi^ , le frère du seigneor de celle da vit que un chevalier lenoil celle dame et l'avoït m im pelii à eosté, et, en bonne foy, je pense lenufr- menl qu'il n'y eust nul mal ne nulle villenie. Hait toutes ibis le tibre du chevalier le disl el en pad> tant que son seigneur le sccut cl en cul si grant dn^ que il l'en mcscrul toute sa vie, ne depuis a ■ ?ers elle si grant amour ne si granl plaisance , amir me il souloil; c^r il en fut fol el elle folle et s'entre- rechïgn&rcnt , et en perdirent aussi comme tout Icar bien et leur bon mesnagc, cl par peijl d'acholsaa.

Je sijtiy bien une autre belle dame qui tiéB nw* lentiers esioitracoée aux gratis fesles. Si fu bbiniAe et mescreue d'un grant seigneur. Dont il advinIqu'eUc fiil malade de si longue maladie, qu'elle fut ti dclTaictc et n'avoil que les os, tant esloit malade, if cuidoit transir de la mort, et se (ist apporter be«u eSn DieuE. Lors disl devant tous:o Mes seigneurs, mes D amis et mes amyes, veeK en quel poini je suy. Je B souloye eslre blanche, vermeille et grosse, el la » monde me louoil de beaultË ; or povei;-vous veotr y que je ne semble point celle qui souloit cstre; je » souloye amer feslea , joustes el loumoys; n: 11 temps est passé ; il me convient que je aille A la » terre dont je vins. Et aussi, mes cliers amis et u amies , l'en parle moult de mal de moy et de mon D s^gneuriIoCraon;mtiis, parceluy Dieuquejedojs u recevoir et sur la dampnacion de mon ftme, il no D me requist oncques, ne me tist villcooie n


DU Chetàlisr de La Tour. 57

» le père qui me engendnt; je ne dy mie qu*il ne » ooscbast en mon fit ,- maiz ce fut sans villennie et 9 sans mal y penser. » Si en furent maintes gens esbahis, qui cuidoient que aultrement feust , et pour tant ne laissa pas à estre blasmée ou temps passé et son honneur blessié , et pour ce a grant péril à toutes bonnes dames de trc^ avoir le cuer au siècle , ne d*estre trop désirables dealer à telles festes, qui s*en pourroit garder honnourablement^, «ar c'est un fiût où moult de bonnes dames reçoivent moiilt de blasmes sans cause. Et û ne dis-je mie quil ne conviengne parfoiz obéir à ses seigneurs et à ses amis et y aler. Mais, belles filles, se il advient que vous y ailliez et que vous ne le puissiez: refuser bon- nement , quant vendra la nuit que Ten sera à dan- der et à chanter^ que pour le péril et la parleure du inonde vous fiuâez que vous ayiez tousjours de costé TOUS aucun de voz gens on de voz parais ; car se il advenoit (pie Ten estaingnist voz torcheô et la clarté , qallz se tenissent près de vous , n<Hi pas pour nulle doobtanee de nul mal, maiz pour le pieril de niau-» vais yeolx et de manvaiies langues , qui tousjours eqiîent et disent plus de mal quil n'y &, et aussy pour plna senremeni garder son honàonr contre!» Janglemn, qd voulentiers disent le mal et taisent le bien.


De celles qui ne veuUent vestir leurs bonnes robeH aux festea.

Cbappitre XXVK

gj=jM£-* n autre exemple vous diray de celles qui SI y^K ""^ veulent veaiir leurs bonnes robes aux M 1^» feslcs cl aux dymeaches pour l'onneur de '^"-^ Noslre Seigneur. Donl je vouldroye que vous sceussiez l'exemple de la dame qoe sa dein<nsclIo reprist. Une dame esioit qui avoit de bonnes robes el de riches ; mais elle ne les vouloit veslir aax di- menches ne aux festcs, se elle ne cuidast trouver no blés gens d'cstat. Et advint à une fesle de Noslre- Oame, quîfutàun dimanche, siluy vadiresB damoy- selle:nMadame,que ne veslés-vousnne bonne rot» pour l'onneur de la fesle! car il est feste de Nosb^ Dame et dymenche. — Quoy! dist-elle, nous né verrons nulles gensd'cstal. — Ha! madame, ce dist la damoysclle , Dieu et sa mCre sont plus grans el les doisi l'en plus honnourer que nulle chose mondaine i car il puet donner ou loUir de toutes choses à son plaisir, car lout le bien et honneur vienide lui, et pour ce doit l'en porter honneur à la fesle de luy et de sa benoyte chière mËre et t leurs sains jours. — Taisiei-vous , dist la dame , Dieu et le prestre et la gens d'esglise me voyent diascun jour ; mais les gens d'eetat uc me voyent pas, el pour ce m'est plus graot hcmneur de moy parer et coinloier conlre enlx,*-— •



DU Chevalier de Là Tour. 59

Ma dame, distla damoiselle, c^est mal dit. —Non est, dist la dame, layssiez advenir ce que advenir pourra, d Et tantost, à ce mot, un vent, chault comme ftn, la ferit par telle guise qu*elle ne se pot bou- gerne remuer, ne plus que une pierre , et dès là en svant la convenoit porter entre les bras, et devint grosse et enflée comme une pipe. Si recognut sa fol- lour et se voua en plusieurs pèlerinages et si fist porter en une Utièro, et à toutes gens d*onneur elle disoit la cause comment le mal lui estoit prins, et qùé c*e8toit la veng^nce de Dieu, et que bien estoit em- ployé le mal qu'elle soufiroit; car toute sa vie elle avoit porté plus d*onneur au monde que à Dieu, et avoit plus grant joye et plus grant plaisir à soy coin- toier quant gens d'estat venoient en lieu où elle fust, pour leur plaire et pour avoir sa part des regards, qu*elle ne faisoit par devocion es festes de Dieu ne de ses sains. Et puis disoit aux gentih et aux juennes femmes : « Mes amies, veez cy la vengencede Dieu » et comptmt tout le Mi et leur disoit : a Je souloye avoir beau corps bel et gent, se me disoit chascun pourmoy plaire, et, pour la louange et le bobant de la gloire que je y prenoye , je me vestoie de fines robes et die Ixûmes pennes hïea parées, et les faisoie faire bien justes et estroites ; et aucunesfoiz le fruit qui estoit en moy en avmt ahan et péril, et tout ce faisoie pour en avoir la gjioire et le loz du monde. Car quant je ouoye dire aux oompaignonsqui me disoient pour moy plaire : a Veez çy un bel corps de femme qui est 9 bien taillié d'estre amé d'un bon chevalier », lors tout le cuer me resjouissoit ; mais or povez veoir qoelle je suis, car je suy plus grosse et plus con-


straiale que une pipe, ne je ne semble pointceUi tal ; ne mes belles robes , que je avoye si chières que je ne youloye veatir aux dymencbes no aux bonnes fes- tes'pour l'honneur de Dieu, aemeauroQtJamaismes- tier.Hes belles Tilles elamies, amas Dieu, carU n'a monslré ma folio, qui espargnoyc mes bonnes rdJes Buxfestes pourmoy cointoier devant les gens d'estal pouravoirlelosctieregact des gens. Sy vous prye, mes amies, que vous prengniez icy bon exemple* > Ainsy se complaignoit la dame malade, ei (iil biai molade et cnflëe par l'espace de vij ans. El aprÉs. quant Dieu eut veu sa contricion et sa repenUnoe, si luy envoya santé et la gary toute saine, et fut dte lors en avant moult humble envers Dieu, et donna le plus de ses bonnes robes pour Dieu, cl se tint ûmpfe- ment et ne eut pas le cuer au monde comine^ souloit. Et pour ce, belles filles, a cy bon eunq>te commeut l'on doit plus parer et vestir sa bonne robe aux dimcnches et aux fesLes', pour bonnctir M amour de Dieu, qui tout donne, et pour l'amour de 9i doulce mère et de ses sains, que l'on ne doit ihin pour les gens terriens, qui ne sont que bouc et terni pour avoir leur grlce et leur los ne les regards d'etiU ; car celles qui le font par lelz plaisances , je pense quil desplaise à Dieu , et que il en prendra sa ven- genceencest siècle ou en l'autre, sy comme il tislde la dame , comme vous avez ouy, et pour ce y a bon exempte t loules bonnes femmes et bonnes dunee.



DU Gheyalibr de La Tour. 6i

De la mer saint Bernart. Chappitrb XXVIK

n antre vous vueil dire après de ceste ma- tière, n advint que saint Bernart, qui fut moult saint honune et noble et de hault lîgnaige, laissa toutes ses possessions et grans noblesses pour servir Dieu en abbaye ; et pour sa sainte vie il Ait esleu en abbè. Si vestoit la haire et faisoit grans abstinences et estoit grant aumosnier aux povres. Si^avoit une suer moult grant dame, qui le vînt veoir à grant foyson de gens et moult noble- meot adoumée de riches robes et d*atour de perles €lt de précieuses pierres, et vint en cest estât devant son frère qui preudomme estoit, et quant le saint bommé ^^t en cest grant arroy sa suer, sy se seigna et Iny tourna le dos , et la dame eut grant honte et lui envoya sçavoir pourquoy il ne daignoyt parler à elle, et il lui manda que elle lui avoit fait grand pi- tié de ravoir veue en tel ourgueil et desguisement et ûtesi deffaite. Et lors elle osta ses riches robes et ri- ches atours et se arroya moult simplement, et il lui dist : a Belle suer, se je aime vostre corps, je doy pair raison plus amer vostre ame; ne cuidiez vous pas quil ne desplaise à Dieu et à ses angelz de veoir tel bobant.'et tel orgueil mettre à parer une telle charoin- gne, qui, après vq jours que Famé en sera hors, purra que obture ne le pourra sentir ne veoir sans grant


fia Lf. Livre

horrcuret abbominacion. Belle suer, que ne peoscz- VODS uno fob de journée comment les povres ineii' rent de froît elde faiug là hors, que du x' de vostre coinlerie et de voz noblesces feussent plus de xl per- soimesrGssaisûctreTestus contre le froitî » Lors lui dist le saint proudomitie lanL de bien et lui desclaîra s; la folie du monde et les bonbons, el aussi le ssu- vemenl de l'ame, que la bonne dame ploura et de- puis list vendre le plus de ses robes et de ses rlcbés atours, et l'argent donna pour Dieu, et pristsimplos Teslemens el humbles atours, el mena sy sainte vie que elle eut la grâce de Dieu ei du monde, c'esl-é- dire des saiges et des preudcs gens , qui vauU mieux que celles des folz. Et pour ce , belles Qlles, a oy bon exemple comment l'en ne doit pas tant avmr le cuerau monde, ne mettre en ses coinUses poiir|dai(e auxfok el au monde, que l'en ne départe a_Dieu,<pa tout donne et donl l'en puet acquerra son sauvemont ; cor il vault mieulï moins avoir de ricties robes et d'atours que les povres gens n'en ayont leur part; carquimettoul pour avoir la plmsance du momie, je suis certain que c'est folie cl lempladon d'ennomy, et se doit l'en mieulx parer pour bonneur et amour de Dieu, c'est aux dimanclies et aux fesles, en reve- rancc et louange de luy et de ses sains, que pour ia folle plaisance du monde, qui n'est que umbre el veai au rcgart de lui qui tout puel et tout donne, et tous diz durera sa gloire.



DU Ghetalibr de Là Tour. 63

De celles gui ne font quejengler aux esglisea, Chappiteb XXVIIK

n autre exemple vous diray de celle qui loquençoit et jengloit à Tesglise quant elles doivent ouir le divin office. Il est contenu es gestes de Athènes que un saint hermite estoit, preudons et de sainte vie. Si avoit en son her- mitage une chapelle de saint Jehan. Si y vindrent les chevaliers , les dames et damdselles du païs en pelé- rinaige, tant pour la feste comme.pour la sainteté du preudomme. Si chanta Termite la grant messe, et, quant il se tourna après Teuvangille, si regarda les dames et damoiselles et plusieurs chevaliers et es- cuiers, qui bourdoyentet jengloyent à la messe et con- seilloient les uns aux autres. Si regarda leur folle contenance, et vit à chascune oreille de homme etde femme un ennemy moult noir et moult orrible qui anssy se rioyent et jengloyent d'eulx et escripvoient les parolles que ils disoient. Ces ennemis saiiloient SOT leurs cornes, sur leurs riches atours et sur leurs coîntises, aussi conmie petiz oiselez, qui saillent de brandie bi branche. Sy se seigna li preudomme et se esmerveilla. Et quant il fut à son canon , aussy comme en la fin , il les ouy flater et parler, et rire et bourder. Sy fery sur le livre pour les faire taire , mais aucuns et aucunes y avoit qui se teurent point. Lors dist : a Beau sire Dieux, foictes les taire et faictes


64 Lb Livse

congiUHStre leurs folies. Lors tous ceux qui se rioian et qui jeagloient se prindreul à crier et à braire , hommes et femmes , comme gens demoniacles , et soufroienl si grant doulour que c'estoil pileuse cho*e à ouïr- Et quant la messe fu chantée, les^thcrmile leur dit comment il avoit veu les ennemis d'enfer eulx rire des mauvaises conlenances quUz faisoîent à la messe , et après leur disl le grant péril où ilx cheoycDl de parler et de y bourder, et le grant pe- chiè où iU ontroient , comme à la messe et ou sgt- vioe de Dieu nuls el nulle n'y dort venir fors pour le ouïr humblement et dévotement et pour adaucer ci prier Dieu .[El après leur dist comment il veoît les en- nemis saillir et saulteler sur leurs cornes el sur Ite attours de plusieurs femmes, c'estoii ù celles qui Ic- noient parolles et contens aux compaignons et k cel- les qui pensoicnt plus en amourettes et aux deKt du monde que à Dieu, pour plaire et avoir les resgan des musars. Sur celles y veoit les ennemis espb- guer ; maiz sur celles qui disoieni leurs heuree et esioicnt eu leur devocioo, il n'y estoil pas, eom- bien que il y en avoil d'assez ceintes el bien parées; car il lient le plus au cuer. Et après leur dist quecelles quisecoinlissoienl pour mieulx e^lre regardées el y prenoieni plus grans plaisances que au service de Dieu, donnoienc grant esbat à l'ennemy. Après â advint que ceuk et celles qui cryoienl el estoienl lourmeo- tez, que les femmes gellcrenl leurs cornes , Icuts atours el leurs coinlises comme louics forcenaées; et lAutesfoiz flrenl illecques leur neufvaîoc, et au chieT de ix jours, à la prière du sainl henÂiie , ili rcvin- drent en leurs sens, et furent bien cbssliez dëfllï en


DU Ghbtjulibr db La Tour. 65

avaotde pwrlernede jengler oa servicedeDieu. Pour quoyil y a cy bon exemple comment nul ne nulle ne doit parl^ ne destourber le divin office de Dieu.



D'un exemple qui as^int à la messe saint Martin. Chafpiteb XXIX«.

t encores vouldroye que vous seeussiez qu'il advint à la messe de saint Martin de Tours. Le saint homme chantoit la messe ; sy lui aidoit son clerc et son filleul ; c'estdt saint Brioe, qui après luy fut arcevesque de Tours, lequel se prist à rire, et saint Martin s'en apparceut , et, quant la messe fîist chantée, saint Martin Tappdlla et luy demanda pourquoy il avoit ris , et il respondy qull avoit veu Tennemy qui mettoit en escript ce que les femmes et hommes s*entredisoyent tant comme il disoit la messe , dont il advint que le perchemin d'un des anémia fot trop court et petit , et il le prist à tirer anz dens pour le esloigner , et, comme il le tira fort, il lui esdiapa telement que il se fery de la teste contre la masière. El pour ce m'en ris. Et, qvant saint Martin eutouy saint Brice, et qu'il avoit veu ce, il Tii lûen qu'il estoit saint homme. Sy prescha sur cesie matito aux fiettOBes oomment c'estoit grant pecbiè de parler ne de oomeîllier à la messe , ne au service de Dieu, et qu'il vanldroit mieulx la moitié à i]*y estre paaque y parler ne y conseillier ; et encores sousfieniieiit les grans elers que l'en n'y doit dire

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G6 Lb L [THB

nulles heures, Uinl comme la messe dure el pag g cial tanl comme l'euvangille dure ne le per omnJ^ El pour ce, belles Elles, à cy bonne exemple comment vous devez contenir humblement et dévotement fi l'église, ne y lenir parolles ne jangler à nulluy^ riens quil aviengne.


De telle gai perdit à oïr la nu

CbappitugXXK

u^l^sw n grant exemple vous diray de ceuli qni M ^^R P^ ^ P^^^^ perdent à ouirta mcsscci M ^wJm la font perdre aux autre». J'ay ouy comp- as— ^ 1er le comple d'un chevalier el d'une danw! qui, dès leur jeunesse, prenoient moult grant délit k dormir i baulle heure ; sy le mùntindrent par telle guise que bien souvent ilz perdoicnt â oir la messe et la Soient perdre â leurs parois^ens ; Car la pa- roisse où ilsdenwuroient esloJt leur, elillec personne oe les osoit désobéir. Sy avint que à un dymencbe îlimandËreRlqueren les atlendbt, et quant ilz fiireiit venuz il fui midy passé. Sy rcspondîrenl pIu«euTs & la personne ou chappelain de l'es^lisc que il cetoil heure passée et pour ce il ne osa chanter et n'y ru point de messe celuy dymenche.ci fîst moult de mal aux bonnes geos; maïs à GOulTrir le leur convint. Si avint la nuit ensuivant en avision au chappelai^ y ïo\z ou par IroÎE, qu'il lui sembloil qu'il I mie graut compûgme de brebis en un champV


BU Chbtâlibr DE La Tour. 67

rM pcNDt de herbe. Si les voaloit mettre en un pas^ tîs pour paistre , où il n'aroit que une entrée « et ei) celle entrée avoît un porc noir et une truye cou- chiez au travers du chemin. Ces porcs estoient cor- nuz ; si avoient sy grant* paour lui et les ouailles ^Hz n^osoient entrer ou pastis et s'en aloienttantost arrière à leur toit, sanz paistre ne sans mengier. El puis une voix lui disoit : Laissiez-tu à entrer ne à obéir pour ces bestes cornues ? et lors il s'en esveil- la, et tout aussy comme il advint au prestre, il advint edle nuit au chevalier et à la dame tout en la ma- nière, maiz que il leur sembloit qu'ilz estoient devenuz le porc et la truie, et estoient cornus et ne vouloyent laissier passer les brebis ou pastis, et après cela ve- noyt une grant chasse de veneours noirs sur grans chevaulx noirs, et avoient grant quantité de lévriers et de grans chiens noirs, et, de ce qu'ilz arivoient, il leur sembloit qullz descombloient sur eulx et lors fidsoient la chasse sur eulx grant et merveilleux, et eomoientet huchoient, elles chiens glatissoient et les prenoient es cuisses et es oreilles, et dura la chasse moult longuement, tant qull leur sambla qullz es- toient prins par force et ocds, et sur ce ilz se esveU- lërenttous esmerveillez et effiroyez , et ceste advision leur advint deux foiz. Sy advint que la personne de resglise vint chiez le dievalier. Et lors le chevalier et la dame lui racontèrentleur advision, et aussi le pros- tré la sienne. Sy en forenl tous esmerveillez de quoy leurs advisions ressembloient; si dist le prestre au chevalier : a Sire, il y a un saint homme hermite cyprès en celle forest qui bien nous saura faire saiges de oeste chose. » Lors y alèient et comptèrent au


€8 L.B LiTEK

saint homme leurs advisions de point en p(û«l, M preudomme, qni moult estait saigesel de sûniévie, leur déclare tout leur iai t, et diat au chevalier : s Sire, vous et vostre femme esles les porcs noirs qui gar- diez le pertuis et l'entrée du pastis que les brebis n^ alassent paistre , ne que ih ne mangeassent de te bonne paslure , c'csl-ù-dire que vous, qui esles sei- gneur de la parroisse où vous demeurez , avez dra- tourbé les paroissiens et les bonnes gens de ouir le saint service de Dieu , qui est pasturc et repaîsse- meal de vie, especialement de la vie de l'ame, par vosire paresse et par voslre repos, qui dormei le jour comme porcs ; et les cornes que vous aviez es- toient les branches de pccbiè, el par cspèôal tes graus péchiez que vous faictes t faire perdre à aul- truy le bien fait et le service de Dieu, que voua m povez amender fors que par grant lAunnent. El pour lavengence dumelîait vous est demonstrë que vous en serez chaciez cl tourmentez des ennemis d'enfer , et pris et malz par pure chace , si comme vous kustes par voslre advision , et sy vous dy oer- tainemenl qu'il vous vaulsist mieulx cent fois pour une ne ouir point de messe que la toilir aux autres ne que osier au preslre sa devocion. Cor, quant il atlendoil trop longuement, il se cDurout«ît ou pe- chiédlre, dont les uns vont en la taverne, lea aultret s'en vont et les aultres perdent leur devodon , el parfois le prestre s'enyre et pcrt sa bonne devocion, et chante sur son péril ; el tous ces péchiez el ces maubt viennent par vous et par vostre pechië de pa- resse, dont vous en rendrez compte, et en serei ohacez, tourmentez, prins el mis & mort, c'est & dire


jiD Chbyalibb Bfe La Tour. 6$

en Yoyed'estre dempné. » Lors le chevalier fu moult esbahy et demanda oonseil comment il en pourroH &ire. Lorsle saint homme lui dist que par trois dimen- dies il se agenoillast devant les paroissiens et leur criast mercy que ilz luy voulsissent pardonner le mefiEût et que ilz voulsissent Dieu prier pour luy et pour sa femme , et qu'il leur voulsist pardonner y- ceulx meffaiz, et que dès là en avant il seroit Tun des iHremiert à Teg^ise ; sy le cmifessa Termite, et luy baflla celles penitanoes et autres , si que dès là en avant il se diistia, et memèrent, lui et sa fenme , nostre Sdgnear , de leur avoir demonstrè celle de- monstraaoe. Si vous dy que dès là en avant ilz es* toient luy et sa kmme de» premiers au moustiery et aussy li preudoms dist an prestre la vision et la luy desdarasureelle matière, etque Dieux devoitestre le plus craint et doubté que le monde, et premier servy . Pour quoy , belles filles , prennez cy bon exemple à vous ^urder que par vostre personne vous ne &ciez perdre la messe à plusieurs, ne leur devodon par vostre paresse ne par vostre négligence , car mieulx vous vauldroit à n'en olr point, et je vouldroye que vous sceussiez et eussiez apris Texemple de la dame qd mettoit le quart du jour à elle appareillier .


Vatie dame qtà melîoU U quart du ji à elle appareiUier.

CB^rrtTBB XXXI*.

le estoii qui avoit son b ]l delei l'esglise. Simettoit lon^emcnlâso; m apparciUicr eUltourner, si que il ennufiNI V moult a la personne de celle église cl au paiToisûens. Si avint par un dlmenche qu'elle esUil tuodIi longue, et lousjours mandons! qu'elle Teusia- leadue, commeat que ce fusl. Sy estoil moull haulle heure et cnnuyoit A tous. Si en y avoyt plusiran qui s'cDlredisoieat : « CommcoL ! cesie dame ne sera mats huy pignëe ni mirée î » Si en avoit aucune qui distrent : i Hal mirer lui coTtiil Dieux , qui tant de Tois nous &il icy muser el attendre.» Et si comnie il pleust a Dieu, si comme pour oxcmplaire, ainsi com- me elle se miroil a celle heure, elle vit a rebours l'enDemj ou mirouer qui lui monstroit son derrière, si lait, si orrible, que la dame issy hors de son sens comme demoniacle ; sy fut uo long temps malade , et puis Dieuï luy envoya santé, et se chastia â tura que clic ne misl plus grand paioe a soy arroyer ne

esire sy longue , mais mercya Dieu de l'av
--- — — ^-^ r — ■ ■ -- --■*■■ , la I,

Dé celle qui ouoit ifoulentiers la messe. Chappitrb XXXII*.

r TOUS diray sur cestc matière un exem- ple d'une bonne dame et de sa sainte vie, qui amoit moult Dieu et son service, et la journée qu'elle ne ouist messe, elle ne mengast jà de chûr ne de poisson et fust à grant ma- laise de corps. Sy advint une foiz que son chapellaîn fust tellemept malade qull ne povoit chanter ; la bonne dame ala et vint moult à malayse de quoy elle perddt la messe. Sy ala au dehors en disant., : « Biaux sîre Dieux, ne nous oubliez pas, et vueilliez nous pourvecHT de vostre saint service ouir. » Et en celles paroles elle regarde et voit deux frères qid venoient ; lors elle ot grant joye et leur demanda ae iU cfaanteroient messe, et ilz ddstrent : a Oil , dame, ae Dieax plaist 1», et la bonne dame mercya Dieu ; si dianta le plus jeune des frères , et k Teure qull fist les trois parties du saint sacrement, le viel frère re- garda et vit saillir Tune des parties en la bouche de la bonne' dame ea manière d'une petite clarté. IjC jeune frère regardoil partout qu'estoit devenue Time des pirties et trembloil de paour ; et le vieil frève 8*en apperoeost moult bien de la tristeur deson eom- paigDon ; ay vint à lui et lui dist qull ne s'esmayaat, etqueoequeilqueroitestcnt sailli en la bouche de la dame pour certain. Et lors il feost aaaoré etjl


fa Le Livre

mercya Dieu de ses ^ns miracles, et aii vint & la bontie dame qui lanl amtnt le saint service de Dieu. Car, pour ccrtaiu, cy a bon exemple; car, selon la sainte escripltirc , ceuli qui ayment Dieu et son service. Dieu les aymc. si comme il monsira ai^rlemenl k celle bonne dame qui tel désir avoîl de le veoir et de l'ouir, comme ouy avez.


D'une conleMe qui chascunjour vouloil


I


Cbapmtks XXXIIK

e vouldroye que vous eussiez bien kI b w ^ l'exemple d'une bonne conlesse qui tous ■ ïurs vouloit ouïr trois messes. Sî'sloU 'i en pelerinaige ; sy va cheoir l'un de ses cbappelains d'un cheval à lerreet se mesboignasi quil ne peut chanter. Sy fut la bonne dame A trop grant mesehief de perdre l'uue de ses messes. Si sa codI' pidgnoit moult humblement à Dieu el devolonent , etDieux lui envoya un angelc ou un sùnt en guise d'un prestre ; mais, quand il o( chanta el il fut desvesUi, l'en ne sceut qu'il advint , pour serchier que l'en sceusl faire. Sypensa bien la bonnedaniequeÙeux le luy avoyt envoyé et l'en mercia moult bumblenieni. El pour ce a cy exemple comment Dieux pourvoit oeulx qui ont devocton el amour en son saint ser- vice et à luy , et je pense qu'il y ail pou de femmes Bujourd'uy qui bien ne se passent ft moins de Irohi


BU Ghbyalibr DR Là Tour. 75

messes ouir, et leur souffist bi^ d\iiie, tant ont pe<- lîie amour et detodon en Dieu et en Bon service ; car ouir son service repute sa propre personne. Car (juiraime et craint , il le vnelt souvent veoir et ouir sa.sainte parole; etaussydu contraire, quifi*y abien le euer s*en passe ligierement , comme plusieurs font ai]yourd*iiy, qui ont plus le cuer au siècle et au délit de la char que à Dieu.



De ceUeê qui vont vauUniiers e$ peUerîna^es. Chapfitrs XXXIllI*.

n autre exemple vous vneîl dire d^une dame qui estoit juenàe et avoit le euer au siècle. Si estoit un escuier qui estoit amou- roux d'elle , et elle ne le heoit pas aussy, et pour phtt avoir d'aise et de lieu pour parler et pQ«r boimier ensemble , éfle tiûsoit accroire à son aeigiMiir qu^elle s'estoit vouée pour aler en peleri- Ba%e, et son seigneur, qui preudhomme estoit , le aonffiroit, pour ce que il ne luy vouloit pas desplaire. Sy advfa&t une fois que elleetyceluy escuyer alèrent en im pelerinaige d'une place de nôetre Dame. Si fax&it moult aysiez emny le chemin de parler en-^ semble , car ilz y entendiMcnt bien plus que i dire leure heures et y tvolent bien plus grant plaisir et plus grant ddit^ dont il advint que, quant ilz forent Venus là et ilz forent au bon de la messe, l^emiemy, qd tousjours est ea eguet de enfienâ>er et tempter


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Lb Ln


>l femme, les tint si subgiez de tacion el en celluy fol plaisir, qu'ilz avoieat plus leiin yeulï el leurs plaisances (t resgarder l'un l'aulre cl k faire peiiz signes d'amours qu'ilz n'avoient au divin service , ne que à dire dévotement leurs heures. S advint, par appert miracle, que il prist si grani ntali la dame saudainemenl, que celle se eslraingnotst et ne sçavolt se elle cstoit niorle ou vive. Si en fust em- poriëc cnire bras en la ville comme cbose morle, et fut trois nuix et IroiE jours sans boire et sans tittm- gier, et n'y congnoissoil l'en ou mort ou vye. Sy fttt envoyé querre son seigneur et ses amis , qui fur«it mouh doulans de ceste aventure, el la reganJoienl et si ne sçavoienl se elle en mourroit ou vivroit, dont il advbt que la dame , qui en grant doulour cstcâli vît une advisioD moult merveilleuse; car illuysraiv- btoyt qu'elle veoit sa mère et son père, qui mon c»- toyent pieçà, et b mère luy monstra ses mamdleB: «Belle fdle, veez cj la nourreture ; aime et liomieara ion seigneur comme tu feia ceste mamelle , puiscpH l'eaglise te l'a donné. « Et après son père luy djst^: u Belle fille , pourquoy as-tu plus grant plaisance ne plusgrant amour â un autre que à ton seigneur f re- garde œ puis qui est de costé loy, et saichiez , se ti chiez ou feu de maie chaleur , que lu chieiras der dans. D Et lors elle regardoit et veoit un puis plein de feu delei luy si prôs que à pou qu'ell Si en esWit toute eflrayèc, et après son père et m Jnère lui monsiroient bien cent preslres ireslous ra- vestus de blanc , el le père et la mère lui dîsoîonl t a Belle fille, nous vous mercions d'avoir reveshins* tes gens cy. h Et après cela il lui sembloit qu'elle


DU Chetaxi£r bbXa Tour. 7$

veoit l'ymaige de Nostre Dame qui tenoyt une cotte et une chemise et lui disoît : a Geste cotte et ceste chemise te gardent de cheoir en ce puis. Tu as ordi ma maison et mocquêe. » Et en ycelluy effroy elle i(*es?eilla et gelta un grant souspir. Si eurent son aeigneur et ses amis grant joye, et virent bien qu'die ii*e8l(Mt pas morte, et la dame se trouva vaine, el lasse de la vision et paoureuse du feu et de la flambe du puis où elle estoit deue cheoir. Sy demanda un prestre, cpie on luy ala querre, un saint preudomme religieux qui estoit grant derc, yestoit lahaire et est- toit moult de saincte vie. Si la confessa et elle luy dist toutes ses advisions et la grant paour que elle avoyt eue de cheoir ou puis , et aussy elle luy dist tous ses péchiez et ses jeunesses, et le saint homme lui desdara son avision et lui dit : . « Dame, vous estes moult tenue à Dieu et à sa donlce » mérè, qui ne vueillent mie la perdidon et la daipp- 3 nadon de vostre amè , ains vous desmonstrent vos- ii Ire péril et vostre saulvement. Premièrement. ilz » vous ont &it demonstrer vostre père et vostre mère, 9 dont vostre mère vous disoit : Bdle fille , voy les » mamelles où tu preiz ta nourreture ; ayme et ho» M oeiffe ton sdgneur conmie tu fdz cestes mamelles. V Mm doolee iutnye , G*est à entendre que, puisque » sainte église vous a dooné sdgneur, que vous le 9 devez doubter et amer tout aussy comme vous » amiez la mamdle de vostre mère et y prenez nov^ 9 rissement. Et anssy comme Fenfant laisse tontes 9 dioses pour la lette et ladoulceurdulait, dont il ■9 prent croissemeol et nourretiire , aussi doit toute abonne femme sdon Dieu et selon sainte loy amer


>6


Le Livre


s son seigneur sur tous autres, et laisùer te D très amours pour celle ; m comme nostre seîgneoî D par sa sainte propre bouche dist que l'on loi » deguerpiat père et mère , suera et frères et toutei B autres choses pour l'amour de son seigneur, et que D ce n'estoieni pas deux cbars. Tors une, que Dieu aTtdl » conjointe on une et que homme ne povoit séparer, » c'est-à-dire que homme ne povoit ny ne dev(nt D fourtraire l'amour l'un de l'autre, puisque Keia B et l'csgliBe les avoil unys et conjoins ensemble. El B eoixires vous dist vostre mère que vous y prenis- D ùez nourreture comme en ses mamelles, c'esiM- ■B dire et entendre que se que vous amez vostre td' » Bncur sus tous, que ce seroit votre nounitiire et » vostre bien, et honneur vous accroistra de jour en • jour comme l'enfant croist par la nourriture de It s mËre et de sa mamelle, c'est la doulceur du lait,

■ qui signifia la granl doulcenr, la joye et l'ai B qui doit estre en loyal mariaigc, et la grâce de Dien o y habile. Après vostre père vous dist : Belle fille, B pourquoy as-tu plus grant plaisance et plus gnuit 9 amour à aullre que à ton seigneur! regardâcepnii B qui est delèz loy, et saches, se luobez sd fende

■ maie chaleur, que (u y chierros. C'eat-A-dire qw^ n se vous amez plus aullrc que vostre Hàgoeur, na n que autres habitent k vous, forsqne luy, que w B charrez ou puis, où vous serez arse el touslée pi D le dclil de la maie plaisance et malle chaleur qae

■ vous avez eue uUeurs. Et pour ce vous morira-il > le puis de feu et la vengeance et la punidon qall u convient souffrir pour le délit de celle folle fÀù- B sauce. Après ilz vous monsirèrent les prwinG


BU Chetalieh hb La Tour. 77

9 l)l8D8 et Yoas dissent que tous les aviés revestu»; 9 pour ce vous ea merdoient ; c^estoit signiffianoe que V YOU8 aviez &it revestir les.prestres et. fait dire des p inçsses pour eulx» dont ilz vousremercioient , car 9 soiez certaine que aussi comme vous faictes pour 9 eulx et pour les autres deffuncts , que ilz prient s pour TOUS et sont marriz quant ilz voyent que ceulx

» qui font bien pour eulx sont en voye de perdicion.

9 Si comme vous avez bien peu apparcevoir queilz 9 sont.très bien marriz de la temptadon que vous » aviez eue et de la folle plaisance par laquelle vous 3» estiez en voye d*estre perdue, et pour ce voua en 3» venoyent secourir pour amour du bien fait et des 9 messes et des aumosnes que vous aviès ilût et &it 9 flaire pour eulx. Après veistes limage de Nostre- 9 Dame qui tenoy t une cotte et une chemise et disoit ; 9 Geste cotte et ceste chemise te gardent de cheoir 9 en ce puis, car tu as ordi ma maison et Tas moquée. 9 G*eatr-à-dire que vous aviez esté en son esglise et 9 plus pour plaisance d'autruy que pour Tamour 9 d^elle, et c'estoientles folz regars et les iblz plaisirs 9 que vous preniez en celluy par qui d'amours vous 9 emprensistes la voye et le voyaige , et pour ce 9 vous dist la voix que vous aviez ordy et moquée .9 samaison, c'est son église ; car tous ceulx et celles 9 qui y viennent par autre plaisance que par dévpcion 9 du saint lieu et se couvrâotdu service pour trouver 9 lieu d'esbat et délit terrira, ceulx moquent Tesglise 9 et la. maison de Dieu. Ainsi fut-il de vous, selon 9 vostre faitetvostreadvision. Après vous Tordeistes 9 et empeschastet, comme la voix vous dist. Ce fut 9 quant vous.aviez plus le cuer à luy et en la plaî-


8 Le Livre

B sancc de Tolie que au divia service , et de cellui B mctlitU Dieu vous a voulu tnooslrer vostre def-

■ faulte et vous fisl venir celluy grant mal el celle s grant hachie que vous avez senti. El cesle grâce, s qui vous vint par chasliement et demonstraoce , » fut par le service et bien tait que vous feysies t D deux pavres femmes, dont vous donnasies t l'une

> nnc cote et à l'autre une chemise , el vous dist la

> voix que la 00 tte et la chemise vous avoyeni gardée » de dieoir ou puis, c'est-à-dire que le bien faite! B l'aumoBnc que voua aviez fait pour Dieu tous

> avoit gsrdè de périr et d'cslre perdue, se vous fiu-

■ tiet cheoite en la folie oii vostrc cuer avoit mil » s'entenie et sa folle plaisance. Sy devez granl B guerredon à Dieu et grant service de voua avwr B daigné demonstrcr vostre erreur. Si vous derei B en avant garder d'encheoir un tel pcril comnie de. B perdre honneur et l'ame d'tivoir plaisance de amer B nul tant comme voslre seigneur, à qui vous >vet

■ promis foy et loyaulté, ne le changer pour pire » ne pour meillour, et celle le change, qui plusuiM » autre que son semeur et mont et paqure sa foj B el sa loy. Si vous est. Dieu mercy, beau mirauer.* Et ainsi li demonstra le prcudomme son advision et laeonfessaetl'enaeignalemieulxquTlpol, ella da- me guerist et mcrcia Dieu , et laissa toute sa toile plai- sance, dont il advint, bien environ demi an ou eavî- Ton après, que l'escuier, qui l'amoit par amours, viol d'un voyaige et d'une armée où il avoit esté. Si U vint veoir, cointe el jolis , et si commenta à bounkt et jangler et lui user d'un tel langaige , dont aulres- fcys luy avoit usé; sy la trouva toute estrange; lors


BU Cheyalibr DE La Tour. 79

fut tout esbahy et esmerveillé et luy demanda : « Ma dame , à quel jeu ay-je perdu le bon temps, la » joye et Tespérance que j'avoye en vous de vivre 9 joyeusement? » Et la dune lui respondit que tout odfui temps est passé ; car jamais je ne pense à amer ne avoir plaisanoe à nuUai fors en mon seigneur. Et lors elle lui compta Tadventure qui lui advint. Si eoida ifioult la tourner; nudz il ne peut, et, quant il vit qull ne pot et qu'elle estoit si ferme, si la kûssa ei dist à plusieurs la bonté et la fermeté d'elle, et Fen prisa et la honnonra plus. Et pour ce a cy bon exemple comment Ton ne doit pas aler aux sains Toiaiges pour nulle folle plaisance , fors pour le divin service et amour de Dieu , et aussy comment il fiût bon faire prier et faire dire messes pour son père et pour sa mère et pour ses autres amis; car aussy ilz prient et empêtrent grâces pour les vifis qui bien font pour eulx, conmie ouy avez; et aussy fait Ten bien de donner pour Dieu , car Taumosne si acquiert grâce de Dieu à celluy qui la donne, si comme ouy avez. Sy vous diray un autre exemple qui avint en mie église qui est en ma terre, et a nom Nostre-Dame de Beaulieu.


8o L« LiTftB



Deceulx ^ui firent fornication en fesgUse.

CHAFPITftB XXXV*.

il avint en celle église à une vigiiles 4e No$tre4)ame que un quiavoit nom Pevrot Luart et qui estoit sergent de Cande en la mer, si coucha avec une femme sur an autel. Si advint un miracle qu'ilz s'entreprindrentet s'entrebessonnèrent comme chiens, tellement tiullx lurent aussy pris de toute le jour à journée , ai qpe ceulx de Tesglise et ceulx du païx eurent assez kinr de lez venir veoir ; car ils ne se povoient départir^ el convint que Ton venist à procession à prier Di^ pour eulx, et au fort sur le soir ilz se départirent. Donifl convint que Tesglise feust puis dédiée, et oonvmlpir pénitence qu'il alast par troix dimenches cnviroii Tes^ise et le cymetière, soy bâtant et recordant son péché. Et pour ce a cy bon exemple comment Fen se doit tenir nettement en sainte église; et enoores vous diray un autre exemple sur ceste matière, com- ment il avint es parties de Poitou n*a pas trois ans, dont je vous en diray Texemple.



DU Chevalier be La Tour. 8i

Du moine qui fist fomicatîon en V église» Chafpitrb XXXVK

n Poitou avoit une abbaye qui a nom Chie- vre Paye , dont Tesglise a esté empirée pour les guerres. Le prieur d'icelle abbaye avoit un nepveu qui avoit à nom Pigière. ^ avint à un jour de dymenche que Ton dit matines et la messe. Si demandoit Ten partout cellui Pigière, et ne povoit estre trouvé. Mais toutefois tant fut quis et cerchié qull fut trouvé en Tesglise en un coin- gnet sur une fenune, embessonné, et ne se povoient départir Tun de sus l'autre, et telement que tous y vimlrent, etlepovre moigne avoit grant bonté et grant dodl, et si y estoit son oncle et tous les aultres moignea, et toutes voyes au derrain , quant il pleust à Dieu, Us se départirent, et celuy moyne Pigière de duâl et de honte laissa Tabbaye et s*en ala ailleurs. Se fut moult grant exemple comment Ton se doit garder de faire mal pechié de délit de char en Tegll- se ne d'y parler de chose qui touche celle orde matiè- re, ne si entreregarder par amour, fors que par amour de mariaige. Car comme Dieu dit en TEuvangUle, si comme racompte Tun des euvangelistres, que le doulx Jhesocrist entra en une esglise qui lors appe- lée étoit le temple. Sy y vendoit Peu merceries et marchandise, et, quant Dieu vit ce, si les mist hors, et dist que la maison Dieu devoit estre tenue necte^

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8i Le Livre

ment ei qu'elle devoit eslre mayson de saintes croi- sons el de priÈres, non pas mmaon de marchandises ne maison à faire nul délit de pechîè ; cl, à conforter ceste raison, Noslre Seigneur en a bien demonlré ap- pert miracle, coramevousaveï ouy qu'il a tait nagaires en CCS deux églises , comment il lui dcsplail que on ordiat sa sainte maison ne son egliec.


V exemptai


Jeledy pour « 


1


Bvons par le mond< U 15 exemplaires , et y a moull de ceulx qol seprenneutpUistoïilauxmauvaisesque aux bonnes, et ceulx qui le fonifoloycnt, et se desnalurentelse met- tent hdrs du droit chemin , c'est des commuideniens de Dieu le père, qui tout bien et sauvcmeni enseigna et le baille par escripl par loy, laquelle nous leooas pelitemcnl. Car nous veons quele plusdemondcsc gouverne selon le délit de la char et selon la viUnno gloire du monde, comme les uns qui se ourgueillis- sent pour leur boaul£, pour leur richesse, pour leur genlillesce; aullresy a qui sont envieux desbienset des honnours qucils voimt a autruy plus que à eulx; aulresya qui sont yreus et gardent leur mal coer «t


DU Ghbyalier be La Tour. 83

félon en rencune, autres qui sont sus la lecherie de luxure espns et enflambez plus ordement que buefs ne bestes sauvaiges , autres qui sontlecheurs et frians sur leurs gueulles de bons vins et délicieuses vian- des; autres sont avers et convoyteux d'avoir Taulruy bien, autres qui sont hoqueleurs, larrons , usuriers , rapineux , parjures, traittres et mesdisans , et cestes manières de gens monstrent bien que ilz sont enfTans de la doctrine à leur maistre que ilz ressemblent; par sa doctrine et temptacion et par son conseil ilz font iceulx maulx; c*est Fennemy de ténèbres qui les at- tise et les esmeut à faire yceulx péchiez et les y tient bien jusques à la desliance de vraye confession, par laquelle ilz sont délivrez, et de ceste manière de gens est le plus du monde entechiez et surpris.


Des bons exemplaires du monde, €haffitrb XXXYIII*.

prez, y a d'aultres qui sont plus saiges et qui.ontplusle cueret Fesperance en Dieu, et, pour lamour de la crainte que \\l ont envers luy, ilz se tiennent chaste- mesDl et nettement, et se combattent contre les ten- tations des brandons du fieu de luxure , et aussi se tiennent plus soubrement de viandes délicieuses, par quoy la diar est temptëe, car la délicieuse viande et les bons vins et les deliz du corps sont alumail et tison du feu de luxure. Et autres qui ont



84 Le Livre

grâce d'avoir soutïisance cODtre convoitise, et au- tres qui ont fi-anc cuer et pileux aux povres , et sont loyaulx «justes vers leuraproucbains et voÏMiis, et son! paisibles , et , pour ce , Dieux les fait vivre en pais et paisiblement; car qui le mal cl In note quicrl, le mal et la douleur treuve; voulentiers le voit l'en advenir. Car aucunes gens par leur greni yre et convoitise se bastent de leurs basions mesmos et se pourchassent de jour en jour pôae et ennuy. Et pour ce, Dieux bencisl en l'Euvan- gille les débonnaires de cuer et les paisibles; el toutes ccstes gens , qui ain^ se Uennent ncltemenl en la cramte el en l'amour de Dieu et de leurs voï- âns.monstrent bien qu'iU ressemblent à leur bon màistre , c'est-à-dire à Dieu le père , de qui ils tien- nent ses sabs commandemcns , si comme sûnie ir ilz ont eu franc cuer i les an Élz de Dieu, qui vie et de joie pardurable, el iul bien et sauvement puiser. . , ajés jour et nuil le cuer ou lui, et l'amcz et le craigniez , et il vous sauvera de tons perilz et de toutes lemplacions mauvaises, el pour ce, mes belles filles, je vous \-ueiI monslrer et desclairer par ce livre les preudes femmes et bonnes dames que Dieux loue en sa Bible , qui , piiT leurs saintes euvres et bonnes meurs, furent et seront i tousàours mais louées, pour quoy vous y prengniei bon exemple à vivre à tousjours mais honneste- ment et nettement comme celles firent. Et aussj vous monslrcray et desclareray aucunes mauvuses qui furent diverses et crueuses , lesquelles (iiiërent


Eglise leur enseigne

retenir,

est bon exemplaire de

fontaine où l'on puet le

Et pour


su Chetaliek se La Toue. 85

mal , afin de y prendre bon exemide de tous garder du mal et de la perdkâon où dks cfaeyrent.



De Et^ej nosire première mère.

Chappitee XXXIX^

le premier exemple de mal et de pediié, par t quoy la mort est entrée en oestoy monde, ^si vint par Eve, nosire première mère, qm petitement garda le commandonent de Dieu et ronneur où il ravoit mise ; ear il Favoît fntle dame de toutes choses vivans qui eslûjent aoobz le ciel, et que tous lui obeyasoient eCfeisBenI sa Toolenlé. Et se elle ne feust dieute en pecliîé de desobeys- sanœ , il n'y eust poisson en la mer, ne beste sur terre , ne oisd en Tair que tous ne fenssent à son obeyssanoe , à en prendre et à en deviser là où il Iny pleust, sans nul desdit, et aossy elle eust enfms sans dottlour et sans péril , ne jamais ne eust Ten feimg ne soif, frrât ne cfaant, travail ne maladie , ne tristesse de cuer, ne mort terrienne nulle. Nulle eaue ne la peust noyer, ne fea ardoir, ne glaive, ne aul- tre chose blescier; nnOe cbose ne Iny peust nuire, ne fayre oouroucier. DoDeqoes pensons et r^ardons comment un pediié, sans {dus, la mist de si grant honneur et gloire si bas et en tel servage; car elle perdit toute Tonnear et la richesse, laissa la gldre et toute robeyasanœ pour le pechié de désobéis- sance. Or resgankms donoques en quoy pedia la


S6 Le Livre '^^M

première femme, atfm, mes chiéres filles, de TttriT en garder, si Dieuplaist, par la bonne doctrine que ïous prendrés en bons exemptes. Sy vous dy que le premier pechiâ de nostre mère vint par mauvaise accointance, pour ce qu'elle linl parlement au ser- pent, qui avoîl, ce dil l'escripture, visaige de femme moull bel et moult humble, lequel parloil humble- ment et coinlement; si l'cscauia voulenliers el pri- vëement, dont elle fist que folle; mr se au com- mencement elle ne l'eust voulu escoulcr et s'en esirê venue à son seigneur, elle l'cust desconHt à sa grani honte. Et ainsi le fol escoutemenl lui fist dommaige. El pour ce , belles filles , n'esl pas bonne chose d'es- conter gens qui langaigent et qui ont l'art de bel parler, ne que eacouler doulces pnrolles et cou- vertes; car par fois elles sont decevables et veni- meuses, el en puel l'en acquerre blasme. Après cel- Ini serpent advisa son point el la trouva senlc et loing de son seigneur, et pour ce lui monstra A loysir son faulx langaigc , et dont il n'est pas bon de demourer seul à seul à nuUuy , se il n'est de ses prochains. Et je ne dis mie que l'on ne doyc faire honneur et courtoisie à chascun scion ce qu'il vault; mats l'on met trop plus son honneur en balance de trop respondre que de pou ; car l'une parolle altrail l'autre et à cbacunes foys convient qu'il en soit dit d'aucunes dont îlz se pueent après jangler ou bour- der, et pour ce est bon exemplaire à toute droite dame.

La seconde folie de Eve nostre première mère est i ce qu'elle respondy trop legîÈremenl, sans y penser, quant l'ennemi Lucifer lui eust demandé peur ^oan


DD Chevalier de La Tour. 87

elle et son mary ne mangoient du fruit de Tarbre de vie, comme ilz faisoient des autres. Ce fut celle qui respondit sans le conseil de son mary, et lui y tint parolle , dont elle fit que folle, et luy en meschey ; car la responce ne lui avenoit mie, ains appartenoit à son seigneur à en respondre; car Dieu avoit baillé la garde d'elle et du fruit à son seigneur, et divisé de quel fruit ilz mangeroient. Et pour ce peust avoir res- pondu que il en parlast à son seigneur, non pas à elle, et sefeust couverte et deschargée. Et pour ce, belles filles, devez prendre en ce bon exemple que, se au- cuns vous requiert de foUe ou de chose qui touche contre vostre honneur, vous vous pouvez bien cou- vrir et dire que vous en parlerez à vostre seigneur ; ainsi vous les vaincrez et ne ferés pas comme la se^ conde folie de Eve, qui fîst la responce, sans ce que elle s*en oouvrist ne sans le conseil de son seigneur. Et pour ce, belles filles, je vouldroye bien que vous rcCenissiez Texemple d*une bonne dame de Acquillée, que le prince d*Acquillée prioit de folles amours. Et, quant Û Teust assez priée et assez parlé, elle lui res- pondit que elle en demanderoit ravis à son seigneur; et quant le prince vit ce si la laissa ester et oncques plus ne lui en parla, et disoit à plusieurs que c'estoit une despar&ities dames de son paîx, et ainsi la bonne dame en receut grand pris et grant honneur. Et ainsy le doit fakre toute bonne dame , non pas res- pondre de soy meismes, comme fist Eve.


«ÎS^


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La iij' fautte de Eve.

Chappitmb XL'.

j^^^^l a tierce folie de Eve fui qu'elle dc reconla 1^ ^9^ pas A droll la defTcnso que Dieu avoil i^ ^^B '^"'^ ^ ^'^^ t ^ '^i' seigneur-, doçtns y "tr.ju ^ mist division. Car Dieu leur avoit dit que se'ût muigeoient de cellui fruit qu'ils en mourrcùeal, elpour ce, quant elle fiât larcsponce au serpens, elle ne diat mie plaitincment la vcritâ, aiuçois dist : •• Se nous en mangions, nous en morrioiis par adventure- ■ Ainsi mist condicion en la rcsponse, si comme main- tes folles femmes font quant l'on leur parle de folie. Hais Nosire Seigneur ne leur avait pas mis de par aventure. Car la simple responsc de par aventure, que rennemi trouva en elle , lui donna pié de par- ler plus largement et dc plus la tempter, tout sanj comme celles qui escoutent et respondent k^iëre- mcni à ceulx qui les requièrent de fol amour. Cor, par les simples responses et par l'escouler, îli don* nenl voye et lieu de parler plus avant, ûnâ comme il avinl k Eve, noslre première mère, qui cacoula l'ennemi janglcr et rcspondil sans le conseil de son seigneur. El pour ce l'ennemi la tempia et lui dist : n Vous en pourrez bien mangier, et si n'en mourrai mie, ains sere^ aussi beaulx comme Dieu cl si seau- reï bien et mal. Et sçavez-vous pourquoy ïl a def- fendu que vous ne mangiez point de co fruil! Pour


DU Chetalier d-e La Tour. 89

ce que, se vous eo mengiez, vonsseriez aussy beaux et aussi clers et- aussi puissans 'Comme lui. » Ainsi la folle cuida qull dLst vray, et le creut par convoitise et par beau parler, tout aussi comme font les folles femmes qui croient de legier les belles paroUes des jangleurs qui les conseilloient à foloier contre leur honneur et leur estât par flatterieset folles promesses, et leur jurent assez de choses qullz ne leur tiennent mie. Aucunes îm les folles les croyent tant qu*elles viennent et ae- consentent au fol délit , dont elles se trouvent depuis deceues et moquées. Car, quant ilz ont Dût leur foldéHt, ilz les Udssent comme diffa- mées honteusement.



De la quarte folie de Eve, Chappitrb XLK

la quarte folie de Eve si fut du fol regart , I quant elle regarda Tarbre et le fruit de vie que Dieux leur avoyt deffendu. Si luy sembla trop bel et delitable, dont le désira par le regart et en fut temptée ; ainsy par le fol regart cheit en folle plaisance. Et pour ce a grant péril à regarder legierement. Car le saige dit que le pire-ennemi est Tueil, dont maintes ont esté deceués par &ulx regars. Car il est maintes gens qui de leur grant art font on &ulx semblant et un faulx regart , comme maintes gens qui regardent afâcheement et font le débonnaire et le gracieux, et font le pensis en


90


Le Ln


leurs faux regars, dont maintes fois maintes ei deceuea, car elles cuidi^nt qu'ilz le Eacenl par dcs- Ire&se d'amours, et ilz ne le font que par faux semblant pour les décevoir. Et pour ce a cy bon exemple pour soy gailtier de faux regardcurs. Car maintes fotz l'im y est doceu. Car, quant l'ennemi les trcuve en I0I2 fols regars et dclix, il les point cl enllambe de foie lemptacion , par qiioy il les tient liez du fol ddil, et du fol délit les fait cbeoir en l'orl fait, dont elles per- denlcorpselame; doncques tout vient par fol regvl. Dont je vouldroye que vous sceussieK l'exemple du roy Duvid, que, par un fol regart de regarder la femme lirie, il cheyt en fornication d'avoultire, puis eu omicide, comme de faire tuer son chevalier Une, drat Dieu en prinst plus grant vongcnce sur luy et Gur son pueple, dont l'achoyson avint p; cl regart, si comme il advint à Eve, noslre première mËre, qui par son fol plaisir et regart chey ou fol bit, dont Coût le monde et l'umain lignaige l'acheta chicre- menlct àgranldouleur. Car par celluy regart et cel- luyfaitla mort vint au monde. Elpource osicy bni exemple de non regarder folemcnt ne alticheemeal.


Cda


m/e folie de £.'e

PITBB XLIK


a qubtc folie fut de louchier, ( Sliabita au fruit, dont il vaulsîst-q y que elle n'eusl eu nulles m lest périlleux le louchier aprËs le regard > quand les deux vices se consentent de mauvaise VO*


BU Chetalie'r Dfi La TauR. 91*

lente. Et pour ce dist le saîge en la sapience que- Ten se doit garder de touchièr à délit dontlé cuer isoit blesdé ne r&me ; car fol atôuchementeschaiiffé le cuer' et enflambe le corps. Et, quant raison est aveuglée qui doit le cueur et la fenestre gouverner, Fenchiet enpediié et en fol deliz ; et encore dit le saige, qui se ▼éullseurement gouverner et nettement garder, doit deux ibis ou trois aviant ses mains regarder que à nul for fiût àtoucbier , c'est à dire, avant que le faire et entreprendre, deux foyz ou trois y penser. Carié' touchièr et le bayser esmeuvent le sanc et la char telement que ils font entrobliér la crainte de Dieu et honneur de cestmonde. ÂinsimonUdemal se esmeul et avient par fols baisiers et atouchcmens, tout ainsi comme il avint à Eve qui atoueha au fruit de vye.


De la ly • folie de Eve, C H AP PITRB XLIII.

vj* faulte si hit pour ce que elle men- du fruit deffendu ; ce fut le plus fort [du dolereux &it. Car, par celluy fait Lnous et tout le monde fusmes livrez au péril de la mort d'enfer , et estrangez de la joye pardurable. Si avons cy grant exemple comment par le trespassement d'une petite pomme soyent devenus tant de douleurs et^demaulx. Hé, Dieux, comment ne poise Ten assavoir comme Dieux pugnira ceulx qui



ga Le Livre

foDl teh forraix de viandes et qui se delîltenl eO bl niorseauls de quoy ils nourrissent leurs ventres et leurs charongnes , qui par celui délit la fonl ea- mouvoir en fol délit de luxure el d'autres pecbiez. Pourqud; ne regardent-ilz aux povres lanûLIcuxqui meurent de froit el de faing et de soif, dont Dieux leurdemandera compte au grantjour espovenubleî Et saichiez que pecbiè n'est pas du tout 11 trop ipen- gier, mais au délit de la saveur de la viande; dooi le saigc dit que la mort gist dessoubz les délices, ausâ comme le poisson qui prent l'aini par la viande tpi y est alachée , el c'est la mort. El aussi comme les poisons et le venin est mis ou bon morcel , dont l'omme mueri, el aussi la saveur du délit , que l'on proniés délicieuses viandes, ocâenl l'ame el la péris- sent par le délit du corps , et aussi Cûmme le deBal de la pomme ocdst Eve nostre première mère ■ la- quelle vint au pechié, comme font maintes gens; car îlz viennent ù escoutcr la folie, et puis aux regars cl puis au (ouchier, et du louclùer au baisier, et du baisier au fait du faulx délit, comme Rt Eve, qui as- savoura la pomme après le regart et le touclûer.


BU Chbyalieb de La Tour. 93



De la vij^ folie de Eve, Chappitrb XLIIIP.

yQ^ folie de Eve fut pour ce qu*elle ne ireut pas ce que Dieu lui avoit dit que iUe mourroit scelle mengoyt du fruit Mais Dieux ne lui avoit pas dit qu'elle mourust si tost de la mort du corps , mais sim- plement luy (iïst que elle mourroit. Si fist-elle première ; ce feust ce /pie elle eut desobëy à Dieu , et cheoitte en son yre et en son indignadon. Après elle mourust de la mort du corps , ce fut quant elle eust esté une grant pièce au labour du monde et souf- fertes maintesdoulours, peines et mesaîses, si comme Dieu lui avoit dit et pronmiis, etau derrenier, après la mort, elle descendy en la prison qui estoit commune, dont nul ne eschappoit, c'estoit le porche d'enfer ; or elle fot en prison , elle et son mary et leur lignée, jusques à tant que Dieu vint en la croix ; ce fut Tes^ pace de V" ans et plus, et adonc Dieux les délivra et œulx qui Tavoient servy et ebey en la vieille loy, et les mauvus laissa; il print le grain et lessa-il la paille ardoir. flelas ! que ne pensons, nous et eeulx qui sont endormis et nourris en péchié jusques au jour d^, de nous amender, et non mie d'estriver tousjours à la folle espérance de cuidier tousjours vivre ne de attendre à soy admender sur son derre- nier joar,et ilz ne voiaitpas la mortqui seaprouche


g4 Le Livre

d'eulx de jour ea jour el vient soudainement, comme le larron qui enire par l'uis dorriËrc el emble les biens, coppe les gorges, et ne scei l'en quant il rienl, et après celluy larron luy embeUst de jour en jour à embler el persévère tant que il est prins et le des- Iruil l'en ! Et ainsi esl-il des pécheurs qui pecbent de jour en jour , tant que la mort les prenl , et ne sa- vent lore, comme le larron, à qui tant embeUisi de mal fmc qu'il ne se peut tenir d'aier et de venir et soy delictcr en ses larrecius tant qu'il est prias el mis à mort, et aussi esl-il du pécheur qui tant vait et vient à sa foie plaisance et à son fol delict que l'oD s'en apparvoit, et csi sceu tant quelle est dif^mée et deshonnourËe du monde el liaye de Dieu et des anget.


De la i-Hj' folie de Eve

CaAFPITBB XLV°.


UedoniSP


1 viij" folie fut qu'elle qu Siairesonpécliié, «ce futqueeUe ^pomme à son mary et luy pria que il en mengast avec elle , cl il ne loi voutott du«  desobéir comme fol, et pour ce furent tous deuipii- sonniers du pechiË et de aostre graut mal ; donl a cj bon exemple que, se femme conseille mal à son sei- gneur, il doit penser se elle lui dit bien ou mal el 1 quelle Bn la chose puet venir. Car l'en ne doit mis estro si enclin à sa femme ne si obéissant que l'en ne peiue se elle dit bien ou mal ; car ilz sont maintes


DU Chetalier de La Tour. 96

femmes auxquelles ne leur chault , mais que leur Youlenté soit faicte et accomplie. Dont je congneux un baron qui tant crut sa femme que par son fol ccHiseii il prist mort , dont ce fîit dommage. 11 lui vaulsit mieux qu'il Teut moins crainte ne congneue, et aussi, comme Adam, qui folement creut sa femme, à sa grant doulour et à la nostre. Et aussy, toute bmme femme doit bien penser quel conseil elle veult donner & son seigneur, et qu'elle ne luy con- seille mie à foire diose dont il ait honte ne dom- maige pour acomptir sa foie youlenté. Car, se elle est'saige, elle doit penser et mesurer à quelle fin ou bien on mal la chose puet venir ; car eÛe y partira et ou bien et ou mal. Et , pour ce y doit bien poiser avant qu'elle riens lui conseille, ne ottroye, ne pour amour ne pour hayne d'autruy. £t , aussi comme Eve ne vouJoit bien faire, elle ne devoit mie conseil- lier à £aire mal ; car il y eust assez eu d'elle. Et pour ce est cy bon exemple, se l'on ne veult foire bien , que Ton ne doit pas conseillier à autruy à foire mal. Et aussy, se l'on ne vuelt jeûner et bien faire, l'en ne doit pas autre desconseillier ne destourber à auitruy; ains dbt le saige que l'on a sa part ou pechié , c'est à dire cculx qui lui estent sa devocion et qui le con- seilient & desjeuner et à foire pechié. Et , pour ce , qui n*a voulenife de bien faire, si le laisse Ton bien foire aux autres, et ne leur conseillier riens contre leur ame , car ilz partidperoient au pechié.


La ix* folie de Eve.

Chappitbb XLVl".

(■ folie et lu grsigneur fut la derreuiè- . car, quant Dieu la mîst à raison pour- ^quoy elle Bvoyt trespassË son commande- Simenl et fait pechier son seigneur. Ion elle excusa et dist que le serpent lui avait laiL bire et conseillië. Dont elle cuida aUegier son pocUè pont chargier autruy. Dont il sembla que Dieu s'en cour- rouça plus que devant, pour ce que Dieux lui res- pondist que dont de là en avant en seroit la busîllt entre elleel l'cnnemy, pour ce qu'elle crut contre luy et qu'elle vouloil eslre pareille b. Dieu , et pwir tt qu'elle passa son commandement, et pour ce ([u'ellt creul plus l'cnnemy que lui qui L'avoit faiele, et pour ce quelle dcceut son seigneur par son fol coosâl et que elle s'cslbri^ de excuser sou meffaictel son pe- cMé, et pour cesles causes Dieu ordonna la balailte entre homme et femme et l'enneiny. Car moull " desplut à Dieu l'excusacion , comme il fait aujour- d'uy de lelK qui viennent à confesàon devant leur prestre , qui est en lieu de Dieu , si se excaseni «a leur confession devant leur prestre, et polliceol meffait, c'est-à-dire qu'ih ne dient pas leurs pedûéf sy vilment comme ilz ont mcRait, et en ont honte de le dire ; maiz ih n'avoient pas honte de le foire. El pour ce ilz ressamblent à nostre première mère En


DU Chevalier de La Tour. 97

qui se excusoit. Maiz saint Pol dit que qui veult estro bien nettoyé et lavé, il doit dire aussy laidement con- tre luy et plus comment il le &it, ou autrement il n'est point nettoyé. Car, si comme dist saint Père, tout aussi comme demeure voulentiers le larron là où Ten le celle et là où Ten muce son larrecin, et ne va pas voulentiers là où Ten Tescrie et hue, tout aussy est- il de Tennemy qui emble les âmes par ses tempta- dons , et se muce et reboute es corps et es lieux où il n*csl pas escrië , ne hué , ne descovert par confes- sion; car celui qalse confesse souvent et menuFes- cric et le hue, et est la chose qui soit qu'il plus het et craint. Sy vous laisse à parler de nostre première mère Eve et comment Tennemy la fisl pechier et er^ rer. Si vous parieray comment nulle saige femme ne doit estre trop hasdve de prendre les nouveautéz ne les premières cointises, comment un sains homs en prescha nagaires , et après ycelle matière vous parieray de Fexemple d'un chevalier qui ot trois femmes, sur celle matière, et puis je retoumeray au compte et à la matière des mauvaises femmes, com- me Û est contenu ou livre de la Bible, et comment il leur prist mal , et pour estre exemplaire de vous en garder. Après la matière des mauvaises femmes, je vous comptteray des bonnes, et comment TEscrip- tare les loue.


»


D'un ei-e/iijiic qui prcscha sur les comn'»^

Chappiibe XLVll".

) e voua diray comment un st

ïvesque prescha nagaires , qui à mer i les esloit griml clerc, et esloil on un sep- 1 avoil grant foyson de dames el de damoj'selles , dont il y en avoit d'allournëes ik la nouvelle guise qui couroit, et estoient bien branchuea el avoient grans cornes. Dont le sainl homme com- mea^a à les reprendre et à leur baillier moult de exemples, commeal le déluge ou temps de Mo£ fui pourTorgueil et desguiseures des hommes, et espé- dalementdcsfcmmes, quisccontrcfidsoieDtdeBtourB' cl de robbes. Dont l'enitcmy vil leur orgueil el leurs desguiseures, et les list chcoir en l'ordure du vil pe- cbié de luxure, et, pour ceulx peclûËs, il co des- plust tant b Dieu qu'il fist pleuvoir xl. jours et xl. nuis sans cesser, tant que les yaues surmontèrent Ja terre de x. coudées sur la plus haute moniaigne, el lors tout le monde fut uayé et perilUé. El ne de- meura que Noé et sa femme el iraiz fili! el Irtûï fil- les, el tout advint par celui pcchiÉ. Et après, quant l'eveaque leur eust monstre cet exemple cl plusieura autres, il dist que les femmes qui esloieot ainsy cor-_ nues Ql branchues ressamblcnl les Umaa c les licornes, et que elles faisoleut les cor hommes cours vesUis, qui monstroient leurs a


BU Ghstalieh se La Tour. 99

leurs brayes et ce qui leur boce devant, c'est leur vergoigne, et que ainsi se mocquoient et bourdoient Tun de Tautre , c'est le court tèstu de la cornue. Et encore dist-il plus fort, que elles ressamblent les cerfs branchus qui baissent la teste au menu boys , et aussy , quant elles viennent à Tesglise , regardés les moy, si Ten leur donne de Veaue be- noyste, elles baisser<mt les testes et leurs branches. Je doute, dist l'evesque, que Vennemy soit assis entre leurs brandies et leurs cornes ; et pour ce les Mi- il baisser les têtes et les cornes, car il n'a cure d Teaue benoysie. Si vous dy qall leur dist moult merveilles et ne leur cela rien de leurs espingles ou de leurs atours, tantqull les fist mornes et pensives, et eurent sy grant honte qu'elles bessoient les testes en terre, et se tenoient pour moquées et pour nices. Et y en a de celles qui ont depuis laissées celles branches et celles cornes et se tiennent plus simple* ment aujourdliuy ; quar il disoit que telles cointises et telles contrefaictures et telles mignotises ressam- Moyent à Hraingne qui fait les raiz pour prendre les mousdies ; tout aussy faitl'ennemypar sa temptacion la desguiseure aux bonunes et'aux femmes, pour en- namourer les uns des autres et pour prendre les mu- sars aux delizdes folz regars, et, par les mignotises des fioles plaisances qullz croyent et ceulx folz regars et iblles plaisances, Tennemy les tempte et point, et les prent et lie, comme fait l'yraingne qui prent les mousches en ses rais et en ses tentes. Car telles con- tre&ictures et desguiseures sont les raiz et les tentes derennemycommel'yraingnelesmousches, si comme nuH)inptc unswt bermite en la vie des pères, à qui


100 Le IjIvrb

il fut demonLrë par l'ange, si comme vous pwfB trouver escript pins b plain. Après ce leur dist t]UO le plus du blasme du pcchiè csloit en celles qui premièremcnl prennent telles dcsgulaeures , et que les plus tbUcs estaient les plus hardies, et que toute bonne ^amc et saige doit bien soy craindre de les entreprendre jusqu'à ce que toutes conunuoËment les ajciit entreprinsQS et que Tonne puisse plus buîr selon le monde. Car, selon Dieu, les premières se- ront plus blasmées, et mises èshaulx sièges les der- renières. L'e\;csquo, qui prudomme esloil, dist an bon exemple, sur le fait de celles qui se hastoient de prendre les premières nouvcllelez et cointises, et dist


I


' cbeirent en la houe. ^^^^^^

IIBE T^^l

le plusieurs dames cl *^^|^| t conviées à une nopces. S^^^


^muculI advint que plusieurs dames cl d j^c^selles furent conviées à une nopces. ! [^ PS renia la beneyçon et s'en vindrent tOutA tt^â^piè par esbat là où on devoU foire le (Ësncr. Sy avoit un bien petit maroîz entre deuiL, e( bien mauvoiz chemin. Sy dislreut les plue jucnne* fommcs : Nous yrons bien par ces marois ; car le chemin y est plus droit. Les autres, qui esloicni les plus meures Cl les plus saiges, distrent qu'elles yroîeut le grant chemin, car 11 estoit le plus sec el le plus seur. Les juennes, qui estoicnt plaidnes de leurs


DU Chevalier de La Tour, toi

voulentez, n'en vonldrent rien faire, et Guidèrent aler au devant et prindrent le chemin des marois, où il avoit vieilles cloyes pourris, et, quantelles furent sur les cloyes, les cloyes fomlirent et elles cheyrent en la boue et en la fange jusques aux genoulx, et furent toutes souilliées,etconvintqu'elles retournas- sent arrières à Tautre chemin, après les autres, et el- les se ratissèrent à coustaubc leurs diausses et leurs robes, et fiirent crotèes et souillées , et ne demandez mie comment, et on les demanda bien partout, et tant queronentmen^ë le premier mes avant qu'elles ve- Dissent. Et quant elles vindrent sy comptèrent codh. ment elles estoîentchaitez en la boue. Hé ! dist une bonne damé et saige qui esUxt venue le grant chonin , vous nous cuidiez estre au devant pour estre les premierez à Fostel, et ne nous vouliez suivre. Il est bien employé ; car je vous dy pour vray que telle se cuide avandé qui se desavance , et telle cuide venir la première qui se treuve la dernière. Sy lui bailla ces deux parolles doublement et couvertes ; car, se^ Ion ce que dist le saint preudomme , ainsi est-il de ce siècle ; car celles qui premières prennent les nouveanltëz et les joûvetéz qui viennent par le monde, elles cuident moult bien faire desavancer les

anltres pour av
Et trou-

vera raysons par quoy il convendra qu'elle en ait, ou la noise et le meschief sera en Tostel , ne jamais n'y aura paix jusques à ce que elle en ait sa part aussi comme l'autre, soit droit, soit tort; elle ne re- gardera pas que le plus de ses voisines en ayent avant, ne ne enquerra se les bonnes dames qui sont renommées et tenues pour saiges en ont encore pirins telles nouveaultez; il convient que elles aillent les premières comme firent celles qui cheyrent en la fonge. Si est grant merveilles de telles, cointises et de telles nouveaultez, dont les grans clercs dient que les honmries et femmes se dcsguisent en telle manière que ilz ont doubte que le monde périsse, comme il ûsi ou temps de Noé, que les femmes se desguisè- rent et aussy firent les hommes; maiz il despleut plus à Dieu des femmes que des hommes, pour ce qu'elles se doivent tenir plus simplement. Dont je vous en diray une merveille que une bonne dame me compta en ccst an, qui est l'an mil trois cens Ixxy. Elle me deist que elle et tout plein de da- moisdles estcnent venues à une feste de Sainte-Mar- guerite, où tous les ans avoit grant assemblée, et là vint une damoisele moult cointe et moult jolye, et estoit plus diversement arroyée que nulles des autres, et, pour son estrange atour, toutes la vinrent regar- der comme une beste sauvaige ; car son attour ne sambloit à nul des autres, et pour ce eut-elle sa part des regars. Si luy demanda û bonne dame : a M'a-


io4 Le LivKE

mie, eommeDl appellez-vons eesl aUOurf » Et ci lui nspooiii que l'on l'appciloil l'attour du gibeu • — a Du ^betl » dtst la cUune. n En nom Dieu, le nom » Q'esl pas bel , ne l'atour plaisant. » Si als la vois amont ei aval que celle damoiselle avoit nommé son alour l'alour du gibet, et chacun s'en jengla, cl la veDoient veoir comme petis enfans. Si demanday ii la bonne dame la manière de cellui atour; sy la me devisa; maiz en bonne foy je le retins pcUteoient, mail que, tant qu1l me semble, qu'elle me disl qu'il esloit buull levé sus longues espiègles d'argent phiB d'un doy sur la leslc comme un gibet pour eslre esuwigement. Si o'estoil pas leuue celle damdadle i trop sage , et esloit mouit bourdée ; et ainsi dua- cune nycc amolune sa nouveaulté cl sa desguiseurc. Sy vous laisseray à parier de cestes desguisures ot atours; je vous ay diteomment l'evesque les «bas- tioyl el souieuoit et prouvoyt par la sainte eacriptuTO que, quant les bommcs et par espccial les femmes su cointissoienl et desguiâOienl,que c'estoil conlro mal temps de morlalit^ ou de grans guerres, comme an- denncment est advenu , et comme encore on lo puei Tcoir chascun jour et le appercevoir, el que c'est un pet^ié d'orgueil, par quel les angels cheyreul du del, par qui le déluge vint quant le monde fut iwyè, pac lequel la luxure y est conceue par h reôi orgueil.



DU Gheyalibe Dk La Tour, loa

Du chevalier qui eut iij femmes, Chappitrb L*.

elles filles , je yoùldroye que vous scens- , slez et eussiez bien retenu l'exemple d'un cbevalior qui ot troys femmes. 11 fut un chevalier môult preudomme et de bonne vie qui avoit un onde herante, âiint homme et de religieuse vie. Ce chevalier eut sa prenûère femme qu'il ama à merveilles. Si va advenir que lamort, qui tout prcnt,la print, dent le chevalier fut â dolent que a peu quil n'en mourut de dueil et de couroux. Si ne savoit son confort prendre fors que aler soy pomplaittdre à Termite son oncle, que il savoit saint homme. Si vint a lui pleurant et doolousant et re- grettant sa femme, et.le saint hermite le eonfortoit le plus bd qull povoyt, et au fort le chevalier le pria i joîAtet mains que il voulsist Dieu prier que il sceust se die estoit perdue ou sauvée. Le saint homme eut pitié de son neveu et ala en la chappdle et adoura Dieu, et requist que il lui pleust lui demônstrer où elle esloit, et qnûit il eut esté grant pièce en oroi- son, il s'endonni et lui !ut ad\is qu'il veoit la povre ame devant monseigiiear saint Michiel et lennemy de l'autre part, et estoit en une balance et son bien fieût avec elle et d*antre partie l'ennemy avec les maulx qu'elle avoit fiûts, et, entre les autres choses, la chose qui plus pesoit et qui plus lagrevoit, c'cs-


io6


Le Livre


loienl ses robes qui moult cstoieot fines et fourfi de vair el de gris et letlicèes de herimiies. Si se es- crioill"ennemi eldisoit: « Ha, saint Hichîel, sire, B cesie femme avoil dix paires de robea, que longues, » que courtes, que costcs hardies, et vous saveï bien D qu'elle en eust assez de la moitié moins, c'est B d'une robe longue et de deux courtes et de deux » Colles hardies, pour bien se y passer setcu une a simple dame, et encore elle s'en deusl bien passer s t moins selon Dieu ; elle en a trop de plus de nidt n lié, el de la valeur d'une de ses robes I. panel D gens en eussent I. bonnes cottes de burci, qui (hU s souffert tel Iroit et tel mesaise en cest yver envîroa » elle, ne oncques pitié n'en eust, et du forfait de B ses robes ces povres en fuissent revesluz et garaniii » de froit n. Sy apportoit l'ennemi les robes qui par forfait estoient , et les mbt en la balance, et les an- neaulx et petits joyaux qu'elle avoit receux des com- pagnons par amooroltes, et grant foysou de nuiea et de mauvaises parollcs que elle aviût dictes en àiSùr ment autniy par envie et toulir leur bonne renoiD' mée; car moult avoit esté envieuse et mesdisant;» elle n'avoit riens fait que tout ne feust illecques rap- porté , et toutes ses robes et celles chosetcs furent pe- sez en la balance , tant que ses maulx passèrent son bien ftut et l'emporla l'ennemy, et lui vesty ses robes toutes ardontes et pliunnes de feu el de flambe, et ta povre ame plouroit et se doulousoil moull piteuse- ment. Et puis l'ermite s'esveilla et racompts ce ftiltt chevalier son neveu, et commanda que toutes an robes feussent données pour Oîcu et toutes depBrtiea aux povres.


DU Chevalier de La Tour. 107



De la seconde femme du chevalier. Chapitre LP.

près le chevalier se remaria, et furent lE)ien V. ans ensemble, et puis elle morust ; et le chevallier, se il fut dolent de la pre- mière , il fut bien autant ou plus de la se- nde, et vint à son onde plourant et menant grant leil , et luy pria , comment il avoit autrefois fait , ill sceult où estoit sa femme, et pour la pitié de f le preudomme se mist en oroyson. Si vist et I fot revellé et demonstré qu*elle seroit sauvée ; liz die seroit c. ans ou feu de purgatoire pour cer- nes faultes qu*elle avoyt faittes en son mariaige, fti que un escuier s'estoitcouchié avecques elle, et or autres petitz péchiez , et toutesfois si s'en es- A^tte confessée plusieurs fois ; car, s'elle ne s*en 181 bien confessée, elle eust esté dampnée. Si dist saint homme au chevalier cpie sa femme estoit Hirée, dont il eut grant joye. Si regardez que pour . pechiè celle fut tant en feu ; mais bien puet estre, comme dit le saint homs , que ilz avoient commis délit environ x. on xij. foiz; car pour chascun fait délit Ten est vi}. ans ou feu de purgatoire, non ob- mt la confession, car le feu de vg. ans n*est que or esporgier et purifier Famé de chascun fiiulx lit Si ne lUvoit-elle pas foit à homme marié , ne irestre, ne àmoiiie, ne engendré enflant; mais


jo8 Le Livre

pour cellui pechiô mortel , pour chac l'en le fait, l'en est vij. ans ou feu et en tlambe en purgatoire, non obatant la confession. Sy prenez icjTi belles filles , exemple comment celluy làulx ilelil râl chicr actielÉ, et comment il convieol une toh le comparoir, cl auBsy de celles qui ont tant de robes cl qui mcstenl tant du leur pour elles parer pour avoir les regars du monde et la plaisance des gens. C'eH un ^rant alu mail, dont l'en chietvoulenliers au pwiUfi d'orgueil, cl de cellui d'orgueil en cellui de boilMr qui sont les deux pires pechiéa qui soient, et-ipp Dieux plus bel. Et or regardez comment il ea priA à la première femme du chevalier, qui en fut damp- nëe et perdue, et toutesfois en a-il mainles par le monde , qui ont bien le cuer à lairc achcicr une robe de Ix. ou de iiii" francs; mais elles lendrtùeot A granicbose se elles avoient donne pour Dieu «  seul franc ou une cote d'un franc k un povre hoiiH me; or regardez comment celles qui ont plu- àeurs corsÈs oi robes, dont elles se passHiûeQl Uen de moins, comment elles enrespondrontesiraio- temenl une fois. El pour ee, toute bonne femme, selon ce qu'elle est ei selon sa puissance, s'en doil passer au mains qu'elle puct, el donner pour Dieu le seurplus pour OGlre vesiue en l'autre sR-cle. ti comme fircnl les saintes dames et les saintes vier- ges, comme racontent leurs légendes, comme de sainte Elisabcib , de sainte Katherine el de sdnlt Agathe el de plusieurs, qui donnËrenl leurs TOlm Ot leurs biens aus povres pour l'amour do Dieu* Kl i testes exemple le doivent faire toutes boniiM In- mes. Or vous ay parlé des deux premiëroa fera


DU Cheyalieii de La Tour. 109 du cheTalief ; si vous parleray de la tierce femme*


■■I ^



De la tierce femme du chevalier. Chapitre LU*.

près le chevalier eut la tierce femme et furent grant pièce ensemble ; et toutes- foizellemorut à la parfin, dont advint que le chevalier deut morir dedueil et de regret , et , quant elle fiit mcMie , le chevalier vint à ton oncle, et lui pria quil voulsit prier pour sa femme. Toutesfoiz le prcudomme en pria tant quil luy vint en advision que un ange le signoit et mons- troit le tourment que Ten la feisoit souffrir, ne pour qiioy; car il veoit appertenant que un ennemy la teopit d'une de ses griffes par les cheveux et par la liesse , comme un Uon tient sa proie , si qu'elle ne povoit la teste remuer ne çà ne là , et puis lui met- toit alesnes et aiguilles ardans par les sourcilz , et par les temples, et par le front jnsques à la cervelle, et la povre ame s'escryoit, à diascune f(Hz qu'il lui bouioit Talesne ardent. Sy demanda pourquoy on luy Êûsoit cette gnnt doukor, et Pange lui respon- doyt que c'estoit pour œ qu'elle avoit affaitié ses aoorciz et ses temples, et son front creu , et arra- chié son peil poorsoy eoidîer embellir et pour plsdre au DMHide., et qall .oanvenoyt que en chascune place et pertuis dont ehascim poÛ avoit esté osté, ^pM chascun jour coitfiiodlement y poignist Fa-


1 10 Le Livre

Icsneardanl. Et aprËs, quant il luj oi Mt-J frir ce martire, qui mouli longuement dure, ud autre anncmy moult hideux vint ft grans dens hideu- ses ei aiguës , la preudre au visaige et luy broyer el mascliier, el après cela vint avecques grans bran- dons de feu ardant luy enflamber el bouler en vi- saige ^ enVayement el douleurouscmenl que l'er- mite en avoit telle paour et hideur qu'il tratnbloil tout, mais l'ange l'asseura el luy disi qu'elle l'avoyl bien desservy ; si demanda pourquoy et il respoit' dy : Pour ce qu'elle s'esloît lardËe et peinte le vi- saige pour plaire au monde , et que c'esloit un àet pires péchiez qui feust et qui plusdesplaisoitàpîea, OBTc'osLoit pechié d'orgueil, par lequel l'cnalbûtle pecliié de luxure et tous aultres péchiez moriell dont le monde périt par le déluge et depuis plu- sieurs citez en sont arses et fondues en abtsme, car sur toute rien il desplait au créateur, qui tout tou^ ma, dont l'en se veult donner plus grant beaulté qu nature ne luy apporte , el si ne souEBsl pas à homme ne à femme eslre fait et compassé à sa sainclc ymvge où les sains angcis tant se délitent; car si Dieu eust vonlu.de sa sainte pourvcance, elles n'eussenipas esté femmes, ainsçois les eust faictes besies mues ou aorpens. El donc pourquoy regardent-elles à la grani beauté que Dieu leur a faictes, et pourquoy mcstent- elles ft leur visaige ou à leurs chiefs aultre chose que Dieui leur a donné. Et pour ce n esl-il nue de MT^ veilles se elles endurent ceste pénitence, car oeelti- disll'angel. Ta biendeservy, étalez vewr IcoQliU. el vous verres le visaige moull effrayé et hUMf. Sire, dit Termite, sera-elle guères en oellui WflP-


DU Chevalier de La Tour, m

meqt? Et Tange dist : mU ans, et plus ne lui en voult descouYiir. Maiz quant Tennemy lui mettoit le bran- don de feu ou visaige , la povre ame se escrioit , et doulousoit et maudissoit Teure (ju'elle avoit onc- ques esté engendrée, et estoit foible et douloureuse. Et de la paour que le saint hermite en eust il se es- veilla tout effrayé, et vint au chevallier et lui compta son advision, et dont le chevalier fut moult esbahy, et ala veoir le corps que Ton vouloit ensepvelir» Mais le visaige en estoit si noir, si let et si orrible à veoir que c'estoitgranta£Qiction. Adonc creut-il bien que c*estoit voir ce que son onde Termite luy avoit dit. Si en ot grant horreur et abhominacion et pitié ensem- ble, et tant que il laissa le siècle, etvestoitle vendredy et le meccrêdy la haire, et donna le tiers de toute sa revenue pour Dieu, et usa de saincte vie de là en avant, et ne luy chaiUoit des boubans du monde, tant fust effrayé de ce qu'il avoit veu de sa femme derreniére et de ce que le preudomme lui avoit dit qull avoit veu.


D'une princesse. Ckappitrb LIIK


t , pour affermer cest exemple, comment elle peut bien estre vraye, je vous en compteray d'un autre, lequel n'a gaires

advint. Je vy une baronnesse bien grant

dame, laquelle Fen disoit qu'elle se fardoit, etvy



lia Lk Livre

cellujr qui luy bailioit ctaascun an telle cttm avoit d'elle bonne pension par chascun an, si comme ' il disoit en son privé. La dame fui nn temps moult honnourée et moultpuissan te. Symorust son seigneur et vint en abûssani de Bon honneur et estai , et fiit un temps que elle avoitplusdelx. paires dérobes, sy comme l'on disoit. Mais depuis, à la pariin, elle s'en passa bien ù moins et en ot bien peUlcment, dont j'ay ay raconter à plusieurs que , quant elle fui morte, son visaige devint tel que l'on ne sçavoit qne o'csloil ne quelle conlrefaiture; car ce ne sambloîl point visaige de femme, ne nul ne le prisl pour ri- saifie de femme, tant estoil hideux et orrible à veoir. Sy pense bicnquc le fardementdel&painture, qu'elle vouloil faire et mettre en elle, estoil l^cho)-soD de cellui fait. Pourquoy, mes belles filles, je voii3 prj, prenez cy bon exemple et le retaiez en vos cuere, et ne a^iouslez k vos faces , que Dieux a bictes à sa EOinleymaige, fors ce que luy et nature y ont mis; ne rapetissiez voz sourcilz ne fronts, et aussy & vos die- veux ne mettez que lessive : car vous trouverei, de divinmiracle.enresglisedcNosire Dame do Roche- madour plusieurs tresces de dames el de Jamoiset' les qui s'estaient lavées en vin el en autres choses que en pures lessives, et pour ce elles ne pcu- rent entrer en l'esglise jusques & tanl que elles eurent fait coppcr leurs tresses, qui encore y sont- Ce fait est chose vraye et esprouvëe. Et ^ voia dy que ce fut très grant amour A monstrcr à ceUts à qui elle les monstra : car la glorieuse viergu Marie ne vouloyt pas qu'elles perdeisseni leurs pas, leur travail ne leurs pellerinages, ne que elles feusK»!


DU Chevalier de La Tour. ii3

perdues pardurablement ; sy leur voult monstrer leurs folies et les ramençr de perdicion. Sy est cy moult bel. exemple et mirouer,. et moult évident à ouïr, et à concevoir, et 4 vecûr à toutes manières de femmes pour le temps à venir, et pensez comment de Taagedu temps de Noê, que tout le monde noya et perist par les orgueilleuses deffaictures, et les des- guisures, et par les feu'demens des folles femmes , dont les lecheries et viles luxures yssirent , par quoy ilz furent tous et toutes perilz et noyez , fors vig. personnes sans plus.



De la femme Loth* Chappitrb LIIIK

n exemple vous diray de la femme Loth ,

  • que Dieux avoit gettée de Gomorre, elle

let son seigneur, et troix de ses filles, et Dieu luy avoyt deffendu qu*elle ne regar- dast point derrière elle ; mais elle n*en fist riens , ainçoys y regarda, et pour ce devint comme une pierre , tout aussy comme Saint Martin de Verlo, quant il fist fondre la dtë de Ërbanges , qui estoit en Feveschië de Nantes, laquelle fondy par le pechié de luxure ei d^orgueil, aussy comme fist la cité dont Lotbfùt sauvé, c est deGomorre, Sodome, et autres v. citéft que Dieu fist ardoir par feu de souffre jusques en abysme, et devindrent lac et eau , et furent tous perilz, et la cause iiit to^pour le vil pechié de lu-


(itl Le Livre

xure, qucja ne fail à nommer, qui put Uni ordemcnt que la pueur en va au ciel et beslourne lOul le ciel là toute l'ordre de nature. Sy on fiirenl vg. dtés arses de fouldrcs poans pour ce que ilï usoieni de Torde ardeur du (eu de luxure. Car qui le povoit faire « le feiaoil et s'eu efforçoyt de lo faire, sans y garder loy ne raison de nature, et tout aussy comme leurs cuers esloienl ars et espris de celluy vil pechié et feu de luxure , nostre Seigneur les ardy eulx et ions leurs bjcns par fouldrcs de feu et de souffre , qui tant est horrible et punnl. Et ainsi , l'une chaleur altrait l'autre, elcefutlavcngenccct lapugniciondeDieule père. Si est bel exemple commcnll'cn se doit garder du feu de luxure fors du iait de mariage , qui est commandement de Dieu et de sainte Eglise. Après ce que lu femme Lotli regarda derri^reselle pour vcoîr le tourment des pécheurs qui perissoienl par eçtlay feu de fouldre, et ai Bsl contre le commandeineutde Dieu et la defTense qui luy avoileslâ^le, etiitUsi-' gnîfiance â cculx que Dieux délivre de péril et 06tt parfois depechitmorlel, c'est âceulx à qui il doima grâce de eulx confesser et de repentir, et quant ilz sont neltoîez et confessez, et que l'en leur a deffen- duqu^U ne regardent point derrière eulx. C'est A dire que ilï ne retournent plus en peehié et que îli se gar- dent nettement dorénavant, et puis ilz rclournenl arrière à leur [techiè , ou en fait ou en dit, et se re- mettent arrières au peiil cl en l'ordure où ilï estolenl, tant que ilz devendront pierre, et néant, et plus queneanl, si comme elle fist. Je voutdroye que vous seeussieï l'exemple de la damequî laissa son seigneur, oui esioit moult bel chevallier, et s'en ala avecqucs un


BU Gheyàlier bk Là Tour. ii5

moigne , et les frères d*elle la poursuyvoient , et la quislrent tant qiillz la trouvèrent la nuit couchiée avecques le moigne. Si coppèrent les chos^ du moigne et les jettèrent au visaige de leur siier, et puis les mistrent tous deux en un grantsac, et grant foyson de pierres dedens, et les jettèrent en un es- tanc, et ainsi furent tous deux perilz ; car de mau- vaise vie mauvaise fin : car c'est un pechié qui con- vient que une fois soit sceu ou pugny.



Des filles Lotk. Chappitrb LY*.

ncore vous diray-je un exemple des filles

Loth, comment Fennemi les tempta vilain- nement. Elles virent leur père tout ' nu sans braies ; si furent toutes deux temptées de sa compagnie, ets'entredescouvrirent leur fait, et vont entreprendre à enyvrer leur père ; si le festoyè- rent et le firent tant boire que il fut yvre, et lors eues se couchièrent et si se mistrent delez lui et Tesmurent à fomicatioa, et tant qull les despucella toutes deux, car il cuidoit que ce feussent autres qu'elles, et ainsi feut deceu par vin. Si est moult périlleux pechiè de gloutonnie que de vin, et en avient moult de maulx; et toutesfoiz elles engrosserait toutes deux et eurent deux fils, dont l*un eut nom Moab et Fautre Anion, dont les païens et la mauvaise loy descendit d'eulx. Et moult en vint de maulx par celluy pechié. Et dist


/


ii6 Le Litrz

l'en que elles se coinliérentels^DOUrguillérent, et pour ce l'ennemi les templa plus ligieremenl â faire celluy vilpechi^, et disiren que l'une ^aUza l'autre et ainsi l'autre le Ust par mauvaiz caoscil. El pour c«  je TOuldroye que tous aceussiez l'exemple de la foie damoiscUe, qui, pour un ctiappcron que un chevalier luy donna, elle fist tant et borgigna que sa dame fi£t sa voleulé et que elle la fist deshonnourer ; dont il avint tel meschiefque, au fort, un varlel que le sei- gneur avoil nourry s'en appcrccust et le disl à son seigneur, et le seigneur s'en mist en espic, taal que il trouva le fait, Si occist ie chevallier que il trouva avecques sa femme, et sa feaimc il mist en charire perpétuelle, où elle mourut doulereusemenl. Sy tA- vint que le seigneur passât devant la cbartre où ^ estoil ; si l'escouta et elle se doulousoit en soy M maudissoit qui lui avoit ce fait &irc ne conseitlië. fil alors il envoya scavoir qui esioît celle qui le oonBeil Itty avoit donné, et elle dcscouvry sa danKHseUe. &l lors le ctievalior la fist venir devant luy et luy com- manda qu'elle deist vérité, et au fort elle luy disl la vérité et qu'elle en avoyt eu un chapperon, et le sœ- gneur luycavaya<iuerrelechapperon, Dt> qutuilille vist, sy lut dist : « Ma damoiselle, mal le veisies ce a chapperon et pour pou de chose vous estes deBaioU u et avez esté cause do ma trifitesse, et je juge ^va)» a col et ie chapperon soit couppè toutensemltic. v S luy fist veslir cl coupper le col et le cliapperon (oui ensemble, et ainsy fut fait ce jugement. &y reganla comment il fait bon prendre bonne compaignio U femmes de service nettes qui n'ayent eu nul hlauue; car cestc damoyselle n'avoii pas esté trop SBiee,CMa-


DU ÛHETALIlfrR nu liÀ ToUR. Hj

me Ten dit Et pour ce est l^ime ehese de prendre bonnes fmnmes et neltesf; car mauvai$es feitimes conseillent tropde rad à juenne dame, comme fiât U folle suer des fillesLotb ôt; comme fi^ celle folteda^ noyselle, qui en eutsmi gnenredon et sa desserte.


" ■ ■ !■



De la fille Jacob» Chappit&b LVK

e vous dUray un autre exemple de la fille Jacob , qui , par sa joliveté de cuer, laissa Tostel de son père et de ses firères pour veoir Tatour des femmes et Tarroy d*un autre pays. Dont il avint que Sichem, le filz de Amon, quiestoit grans sires, la regarda et vist qu'elle esto|t belle, et si la pria de folle amour, tant qull la> desçia- oella« Bt, quant lesxij. firères d'elle le sœurent, si viii- (beot là et le occistrent, luy et le plus de son lignaîge etrde ses gens du pays, pour la honte que ilz eurent de leur suer, qui- ainsi âvoit esté despucelléek Or mgardez comment par 161e femme vient le grant isiat et.le domroaige» car par sa juennesee et par son legiepcoQrai|eadi^edlegrantoedsion, toutaussy «omme-fl fui de. te fiUé au roy de Grèce,, qui, par sa fUe«oioiir et par fdlz^aeiiiblaos, elle ^pcoiota. le: filz d\in eoDte^ qui Fengroissa!, dont le rdy son père en figt guerre aq çonle, et en morut plus àe mil person- nes» et eust la guerre encores plus duré quantlf^ frère 4tt roy, qui.saiges ettoît, yiot au roy, son firère etlui


ii8 Le Livre

disi : a Sire, je me merveille mooll quepoiirt B et le délit de voslre fille a esté perdu mainl bÔD « chevalier et maint bon preudomme par sa jolivelé. » 11 vous vaulsisl trop mieulx que elle n'etisloncques » esté née. r Et lors disl le roy qu'il disoîl voir. A- donc il fist prendre sa fille par qui 1c mal avait esié. si la fÎBl deapeeier d'cspées par menues pièces, el de- puis disl devant U)us qu'il esloit bien raison qu'elle îéusl ainsi despeciée . par qui tant de bonnes gêna avoienl esté mors et occis.


De Tkaniar, qui fust femme Honam

CHAPPtTBK LVIl'.

gCJ^i-^ e vueil que vous oyez Veiemple jSa n^ ^ "'^' l"* '"^ femme Sonaln, qui estoilï ^^^ Juda, filz de Jacob et frère de Joseph. ^&-ffl2ï Geatui Honain fut trop pervers el félon el de mauvaise vie, laquelle je ne vueil pas toute dire, dont Dieux voulsl qu'il en morut soudainement el pileusemenl. Et quant Thamar se vil sans seigneur, dont elle n'avoit oncques eu lignée ne enfant, se pensa i^ue le pËre de son seigneur engendroii bien et qu'il n'cstoil pas brehaing , et pour ce convoita à avoir sa compaignie folement et contre la loy. El tant fist qu'elle vint couchier par une nuit avec loy, et le deceut tant qu'il engendra deux cniïans, dont l'un ot nom Phares et l'autre Amon, dont mcuU de mal en vint et mainte tribuladon; caf les enbus^


DU Cheyalier DE Là Tour. 119

sont mal engendrez et qui ne sont de loyal mariage , ce sont ceulx par qui sont les guerres et par qui les ancesseurs sontperduz. Parquoy je vouidroye que vous sceussiez l'exemple du roy de Napples. Il est contenu es croniques de Napples qull y ot une foie royne qui ne garda pas son corps nettement ne loyal- ment à son seigneur, et tant qu'elle conçut un filz d ung autre que du roy son seigneur. Si advint que icelluy fut roy après la mort du roy, et quant il fust en eage il fut fel et aigres, et n*amoit point ses barons ne ses chevaliers, ainçoys leur fut dur et fel, et pre- noit amendes et tailles , et effbrçoit femmes et usoit de mauvaise vie , tellement que il encommença guer- res à ses voisins et à ses barons, et tant que le royaul- me fut en essil et en povreté par moult long temps. Si avoit un baron moult preudhomme et moult bon chevalier, qui ala à un hermitaige où avoit un saint hermite moult religieux et qui moult sçavoit de choses. Si lui demanda le chevalier pourquoy ne comment ilz avoient tant de guerre au pais, et se elle dureroit gaire. Et le saint hermite respondy : « Sire, » il convient que le temps ait son cours , c'est assa- » voir, tant comme cest roy durera et un sien filz, la A tribulacion ne cessera, et vous diray pourquoy. Il «■est ainsi que cest roy n'est pas droit hoir, ains est » advoultre et emprunté , et pour ce ne pue^il jouir s> de son royaume ne de Tamour de son pueple, et » convient que lui et son royaume ayent doulour et » tribulacion tant comme faulx hoir y soit;. mais son i> filz n'aura ja hoir, et là fauldra la faulce lignée s et reviendra le royaulme aux drois hoirs , et lors » fauldra la pestillence et vendra paix et toute ha-^


Le Litre

'B&on royaulme. n Et, ai le preudomme 1g dtBt, ainsi avint; et encore disl-il plus , car il parla de la faulce royne sa mère, laquelle seroil pugnie en ce siècle et en l'aulre , c'est assavrtr que ia femme du roy son Hlz l'encuseroit vers son seigneur que elle se eoucheroil aveeques un de ses prebsires, et que son filz le roy les trouveml en- semble el les feroil tous deuit ardoir eu une four- naise. Et ainsi comme le saint homme le dîsl il BdTiut.etpourceestbele&empleâ toutes femmes de soy tenir nettement en son mariage : car pour faire un &ulx hoir il advient tant de mal ot de tribulacioQ au paix où il a seigsouric ; car par les feulx hoirs w perdent les seigneuries, et les mères fîo sont damp- nécs pcrpeluellcmenten enfer, tant comme lescnfans en tiendront point de lu terre de leur parraslre.. C'est-à-dire du mary de leur mère.


Cy parle de la femme du rojr Pharaon et de Joseph le fîlz laeob.


LVIIl".


Joseph J


rx^a^ elles filles, je vous diray un exe jffi mj» d'un grant mal qui vint par regrirt ri « I^V par folle pl^aance , si comme il advint ■SmoB à Joseph le filz Jacob , celui qui liit vendu par ses Irëres au roy Pharaon. Cellui iosepti estoiiitmerveillesbeaulilz, saige et humble, et pou son bon service le roy l'amoit moult et Itû l»- <


PU Chbyàliva DÉ Là Tour, isi

bahdomut touz les biens de son lûyiAilme. la royne le regarda, qui le vit bel et jttenne; sy Tama mer- veilleusement de folle amour, et lui monstra moult de folz signes d'amours par regars et par autres fols semblans, et qumit elle vit que il n'y vouloit eitfendre ni se consentir à sa mauvaise volentë, elle en fut toute forsenée, et tant qu'elle Tappella en sa chambre et le pria de foie amour. Maiz lui, qui estoit preudomme, luy respondi que jà il ne seroit traistre envers son sôgnéur. Et quant elle^rit cela» elle se courrouça et le prist aux ponos par le mantel et s^esr cria à la force tant que tous vindrent, et elle dist qu'U la vouloit efforder, et lors le roy le fiât pciaîuk^ et mettre en la chartre; etyfust longtemps^ Et après ce , IKeu , qui ne l'oublia pas pour sa bonlé, le fîst délivrer, et ftist plus grand maistre que par avant ou royaume, et plus amé et plus honnouré. Et pour ce est cy bon exemple que Dieux reliëve tou^iours les justes et ceulx oà il treuve loyauhé, et la faulce royne fut punye; car il ne dônoura goures qu'elle momt mauvaisement et souddaineniént de mal^ mort. Et ainn Dieu guerredonne à chaseun son mé- rite. Et pour ce est cy bon exemple de bien faire ; car oncques de bien faire ne vin^ que bien et faonr- neur; ainsi, comme dit l'Esvangille, il n'est bien qui ne soit mery 61 mal cfiii ne èoi| puny. Car de fieire Êiulx hoirs ne viendra cpe maulx et tribuladons^ès lieux où ils smgneuriront M dont ilz auront la poesté', et les doulercHses mères seront livrées à la grant mort dleàfer, ne jamais n'en istcoat tant comme les advoukres ^'eles onifina tebdnmt terres ne biens du «oury leurs mères, ^e'eat chose vraye, si comme


plusieurs qui s sainte Escriplui


Le Livre

'. le Icsmoignen^Q


Cj- parle des fîllet Moah .


U\'.


%


\ autre exemple vous vueii dire des nalviiises femmes (Jejadiz, comme desfil- I les Moab. Vous aveu ouy commenl Moab fui faulsemenl engendré contre la loy, cl s de mauvais arbre bl mauvais fruit. Car seslillcs furon t folles et plaines de pechiÈ de luaurs. Dont d ad\mt que Balaam, qui estoit payen, pour grever l'ost dca filz Israël , tisi coinlir et pansr celles folles RUes de très riches draps, et puis les envoya en l'ost des Ebrieux, c'estoil lepucple de Dieu, afîa de les faire pecb'er et de mettre Dieu contre euU en yre; si vindrcnt moull coinles et moult jolives en l'ost. Syen j otmouilqui furent tempiez et en RrenI leur fol delict, dont les princes de l'ost n'en firent poiol semblant , et Dieu s'en courrouça et manda par Hoyse que les princes qui celle iniquité avoîoni laiste et soustenuc, feusseï)! penduz el mis i mort, dont Moyse fil crier le ban que Dieu avoil commandé, et ainsi fut fait, et plusieurs fiirent |)ods et deslniiz pour celluy fait cl vil pechié de hinirc- Si est cy grant exemple aux chevctainefi des 06U qui suelîrent à faire force et qui sueCTrent les gtan» ribaulderies, etpueenlveoiri


DU Chetàliea'dë'La Tour. i23

Dieu le père, et la pugnicionqui en fut fkitte par son commandement, et puet Ten bien veoir comment tel pechié desplait à Dieu , et comment tant de màult en adviennént, comme ouy avez et comme vous or- rez, si comme le compte la Bible et la sainte Escrip- ture.



Cy parle de la fille Madiam. Chappit&b LX«.

|i vous diray un autre exemple comme au- tre foys en advint en Tost des filz Ysrael, |c*estoient les Juifs, qui estoient peuple de Dieu et tenoyent sa loy. Sy avint que la fille Madiam, qui païen estoit, et des nobles dlcelle loy, celle fille, qui fut temptée, ot le cuer si joly et si ^y que elle se cointit et vint en Tost des Ebrieux, ce sont les fils dlsraél. Elle fut cointeetjolie et moult richement parée , et ne venoit que pour le cheval et le hamoiz, c'est à dire pour soy foire acomplir son délit, et tant advint que un chevallier de Tost la vit, lequel en fut legîerement tempté , et tant que il la fit venir en son logiz etfit son délit avecque elle. Et si comme il pleust à Dieu il envoya Finées, qui es- toit un des meilleurs chevalliers de Tost et Tun des plus grans dievetaines, et estoit nepveu Aaron. Celluî oyt dire que telle iniquité se faisoit en leur ost, éomme avecque une payenne qui n'estoit pas de leur ioy. Si vint courant Fèspée nue et les trouva ou fait;


â le« va tout deux percier l'un sur t'auire, et a reni Tillaioeinent et ordemeoU Si avûi nom lo cht- nllier qui fxisoii la follie Zambry, du lignage Sy- meon, quienoil des ûj.phitceâ de laloj. MabpoDi ce De fiisl-il pas espargnié; car les priaces el Les cbe- velaines de l'osl, qui veoicnl commeut Dieu ouyroil pour culi qui combatuiienl à dix lant de gens que ili u'esloicot, et que toute la victoire et le sauTemcot que ih avoient leur venoil de b grâce de Dieu et de appert nùracle, el pour ce , avoienl paour de cbedi en [j-rt de Dieu, el en ceste cause lenoient-ib bouoe justice, car il u'estoit pas rajBon que leurs gensse couchassent avecques gcos d'autre loy, comme les Crcstieos avecque lesJuifz el Sarrasins. Elaossy^i se tcDoienl Qctiement cl ioyaumeat en la CTaînle e( en l'amour de Dieu, et Dieu leur donuoit victoiresal les garaniissoit des grans perilz, uc ja o'eusseui i faire à ù granl nombre de pueple ne de gêna d'ar- mes que Uz ne veoissenl au dessus. EtpouroertuOi ce que Dieu veull garder nulle chose ne lui peut nuyre, eipovezbicn veoir comment Dieux hct le pe- cliiii de luxure cl comment il veult qu'il en stnl puny, laquelle chose convient que soit ou eu ce sië- de ou en l'autre.



ht) Ghetàlibu i>e La Touti. i25

■ ■' ■ ' ■■ I II ■ r ■ H ■

De ThamUT, ta fiUe du roy Bavidé Chappitrb LXI<*.

iDcores, mes chières filles , vous diray un autre exemple comment Ton ne doit pas estre ne demourer seul à seul avecques nul , tant soient ses psnrens ne ses pro- chains ne autres , si comme il advint de Thamar, fille au roy David, cïue son frère Âmon despucella. Celluy Àmon fut tempté contre Dieu et contre la loy, et, pour acomplir sa mauvaise vôulenté, il se fiaingny estre malade et se faîsoit servir à sa suer, et h *re^urdoit de fitulx regart et puis la bâisoit et acoloit, et tant fist petit à petit que il Teschauffa et la deÉpucella. £t quant Absalon , son frère de père et Aère , le sceut, il en fut tout forsenné et yré, et , de fine ire et courroux il occist son firere Amon, qui celle deloyauhé avoit fsdcte à sa isuer, et en vint moult de mal, et pour ce a cy bon exemple com- ment toute fenmie qui veult nettement garder son honneur et son estât ne doit point demeurer seul à seul aveeques nul homme vivant, fors avecques son seigneur ou avecques son père ou avecques son fils, et non avecques aoltres, car trop de maulx et de tentations en sont avenues, dont, se je vouloye, je en raconteroie moolt de telles de qui Ten dist qu'il leur est mal pris et de leurs proodiains parens. Sy est grant péril de se fier en nul; oar rennemi est trop


136 Le Livre

Boublilz, et la char qui est jueime et gaye esl aisiée à lempler, et pour ce se doil l'en garder en loulei] gardes et prendre le plus scur chemin, doatje voul-^ droje que vous sceussiez comment il en priBt à une , mauvaise femme qui csloil femme d'un cordier quij faisoit cables et cordes à gros vaisseaulx de mer ~ une bonne ville.


1 ian homme quiesloit cordier.

Chappiibb LXII".

s bons homs estoit qui catoil cordier. L^ Si avoit une femme qui n'estoit pas trop e qui ne gardoit pas sa loyaullé s luy, oÎDS par une (aube houliërc qui pour un bien pou d'argent lalisi folaier, el s'accorda à un prieur qui estoit riches, grans maislres et htxurieux ; car la convoitise d'un petit don el de pcliz joyaux la fist venir au fait, et pour ce dist le saige que femme qui prcnt se venl. Sy advint une foiï que cclluy prieur esloil venus couchier par iiuit avecques elle, ci, ainsi comme il s'eo yssoit de 1& chambre, le feu se priiit à alumer, et lanl que le mary |p vil yssir hors-, si s'eflroya et dit qu'il avoit veu yssir gent. La femme en fist l'cffraiËe el dis! que c'estoit l'cnnemy ou le lultin. Dont le bon hotniM ai en fui en granl tristesce et en granl merencoliie. La femme, qui fut maUcieuse, alla à sa houlitre el & sacoramÉreelleur dist son fait. La houliere.fjoieo-



DU Gheyalier dé La Tour. 127

toit faulse, regarda qu'il aloit et venoit, portant ses cordons â faire la corde. Sy vint et commança à iiler à une quenouille de layne noire. Et puis, à l'autre retour que le bonhomme faisoit, elle en prenoitune autre de laine blanche. Sy luy va dire li bons homme, qui estoit plain et loyal : a Ma commère, il me semble que vous filliez maintenant laine noire. — Ha, dist- elle, mon compère, vrayement non faisoye. » Après il revint Tautrefoiz, et elle avoit prins Tautre que- nouille et il regarda et va dire : « Comment , belle commère, vous aviez maintenant blanche quenouille. — Ha, biaux compère, distrelle, que avez-vous? en bonne foy , il n'en est riens. Je voys que vous estes tout moume et bestoumé ; car vrayement il a esté anuyt jour et nuit, et, en vérité, l'en cuideveoirce que : l'en ne voit pas, et je vous voy moult pensif. Vous avez aucune chose. » Et le bonhomme, qui pensa qu'elle dist voir, lui va dire : « Par Dieu , belle commère, j'ay anuit cuidié veoir je ne sçay quoy issir de nos- tre chambre. — Ha mon doulx amy , dist la vielle , en bonne foy ce n'est que la nuit et le jour qui se bestoument. » Si le va tourner de tous poins et ap- paisier par sa faulceté.

Après une aultre foiz lui avint que ileuida prendre une poche aux piez de son lit pour aler au marchié à iîj . leues d'illec, et il prist les brayes du prieur, et les troussa à son eisselle. Et quant Û fut au marchié et il cuida prendre sa podie, il prist les brayes , dont il fut trop dolent et courouèîë. Le prieur, qui estoit cachié en la ruelle du Ht, quant il cuida trouver ses brayes, il n*en trouva milles, fors la poche qui es- toit de cosié. Et lors il loeut bien que le mary les


}


ia8 Le Livre ^^^H

ayoil prinses el emportées. Sifut la feiume à^î^H^ meschicT, étala k sa commère de rechief «t luy compta . son bit, cl pour Dieu qu^ellcymeist remède. Si hii difil : B Vou| prondréa unea brayeset je en preridray unes autres, el je lui diray que aous avons louUs Inuyes, et ainsi le firent. Et quanl le preudomme fui revenu moult dolenl et moult courouciez, sy vint la faulse commère le veoir, et lui demanda quelle cUière il taisoit : Car, mou compère^ distelle, je me âquble que vous n'ayes trouvé aucun mauvais encontre ou que vousn'ùez perdu du voslre. — VrByement,dîsl le bonhomme, je n'ay rïens pcrdn ; mais je ay bjen autre pensée. Et au fort elle fist tant qu'il laj dist comment il avoit trouvé unes brayes , et , quanl elle l'oay, elle commença à rire et à lui dire : Ha, mon chier compère, or voy-je bien que vous esleç àetea cl en voye d'estrc tempté ; car, par ma fby , il ny a femme plus prcudc fomme en cesie viUt\ que est la vostre , ne qui se garde plus nellemeot envers vous que elle Ml. Vraymcnl , elle et moy et aullres de ceste ville avons poses brayes pour nous garder de cesFaulx ribaulx qui parfoiz prennent ces bonnes da- mes a cop, cl, afin que vous sachie» que c'esl vërilâ, regardez se je les ay. Et lors elle hauJsa sa robe et luy monslra commentelleavoit brayes, el il regarda et vit qu'clleavoil brayes et qu'elle dîsdt voir ; ^ la crut, et ainsi la faulce commère la sauva par y. fbÎK. Hais au fort il convient que le mal s'^preuve ; car le bonhomme se prisl garde qu'dle aloit moutl souvent chicz cellui prieur et s'en donna mal cour- roux ; si luy va dcffendrc qu'elle ne t'ust sy hardw sur l'ueil de la icsle que plus elle n'y alast. Sj m


DU Chevalier de La Tour. 129

s'en peut tenir, comme Fennemy et la temptacion la poingnoit. Si advint que le bon homme fist semblant d'aler hors; si se mussa et cacha en un lieu secret, et tantost la foie femme ala diiez le prieur, et son sdgneur ala après et la ramena et luy distque male- ment avoit tenu son commandement. Sy ala en la ville et fist marchié à un drurgicn de renouer y. jambes cassées, et quant il eut fait son marchié il re- vint à son hostel. Si prist un pestail et rompist les deux jambes & sa femme et luy dist : a Au moins ten- dras-tu une pièce mon commandement, et ne yras plus où il me desplaist oultre ma deffencc.» £t quant il eust ce fait, il la prist et la mist en un lit ; sy en- voya querre le mire, et fust là une grant pièce. Et au derrenier Icnnemy la moqua ; car il lui fist tant trouver de foie plaisance en son fol pechié qu'elle ne s*en voulst chastier, ains, quant elle fîist aussi com- me guerie,le prieur vint à elle, et le bon homme s'en doubla et fist semblant de dormir et de renfiler , et toutcsfoiz il escouta tant que il ouyt faire à sa femme le villain fait, et il tasta, et trouva que le faii estoit vray. Et lors il fiist siforsené que il perdit toute mé- moire et tira toutbell^nent un long coustel à pointe et jetta hastivement de la paille ou feu , et, ce fait , quant il le vit, si fiert à coup, etva coudre et per- der tous deux ensemble jusques à la couste , et les oecist en cellui vil pechié. Et, quant il eust ce fait, il appelle ses gens et ses voisins et leur monstra le fait et envoya querre la justice. Sy en fut tenu pour ex- cusé, et se merveiUérent moult les voisins pour ce qu elle s'estoit tournée à amer cellui prieur, qui es- loit gros, gras, noir et lait et mal gracieux , et son

9


mary estoil juenoc el bon homme , i dommc et riche ; mniz aucunes femmes ressenUJ^t à la louve, qui eslit son amy le plus fsilly et le plus lait ; aiQsi le kit la folle femme par le peohié el la teinpladon de l'cnnemy, qui lousjoura attire le pé- cheur et la pécheresse ùpechiè mortel, et dotant comme le pechié est plus grant, a-il plus granl pnis- aancc sur les pcclieurs. El pour ce qu'il estott hom- me de religion et la femme mariée , cstoll le pcdiié greigneur: car pour ctrlain, selon l'escripture el se- lon ce que l'en en puel veoir partout visib1em«it, se une femme le bit à son parent ou ù son cMnpère, de tant comme le parent lui sem plus près de chair et de sanc, de tasi sera-elle plus fort templée cl ea sera plus ardante , el ausay fi gens d'esglise que à gem laiz Cl a gens mariez plus que A autres qui oe le soM mie. Et ain^, de tant comme le peclûè est pins «îl- lain et plus horrible , de tanl est la templadon plus ardente, ety a plus de fok et de mauvaise plaisance, pource que l'ennemy y a plus de povoir en un ^ranl pechié mortel que ou petit. El pource est bien âl\ que tant va la cruche à l'eaue que le cul y demeure. Car celle foie femme avait son sei^eur qui csloil fob plus bel el plus gracieux que le moyne, el si e toit cschappée de lelz perilx, comme la fausso fetii' me sa commère et sa houlîère l'avoil ij. foiz sau- vée el garcntic, et depuis y estoll alée surladef- fensr' de son seigneur, et de rechief depuis la grant douleur qu'elle avoit souITepIe, comme des ij. jam- bes avoir rompues, et encore ne s'en vouloil chu- ter. Et dont est-ce une chose vraie el esprouvée que ce n'est que leraplacion de renncoiî qui aînei


DU Chevalier de La Tour. i3i

tient les eeurs enflamblez de oeulx qu*il puet temp- ter et îaire cheoir ea ces laz et en celluy vil pechié de loxure et aux aujbnes pecbiez mortels, comme il fist à celle foie pécheresse et àoellui fol prieur, lescpielz il fist mourir ordemeat et villement. Or vous ay .monstrà par pluseurs exemples de la Bible et de g^tes des Roys et d*aatres escriptures comment le pechié de luxure put à Dieu et les desguiseures des foies femmes, eteomment le déluge en vint, et en fîit tout le monde pery fors que viij. personnes, et com- ment Gomorre et Sodome et cinq autres cités en furent arses de feu de souffire jusques en abisme , et comment tant de maulx et de guerres, d*occisions et de tribulacions en sont venues moult souvent par le monde , et comment la pueur en put aux angels et à Dieu , et comment les saintes vierges qui sont en la grant joye au del se laissiérent de leur pure voulenté martirer avant que eulx y consentir ne faire pour doua ne pour promesse, si comme il est conte- nu en leur légendes, comme de sainte Katherine, de sainte Marguerite , de sainte Cristine , de sainte Luce, et des unze milles vierges et de tant d'autres saintes vierges dont ce seroit grand chose à racon- ter la x" partie de leur bonté et fermeté de cuer et de eourage , qui vainquirent toutes les temptadons de la char et de Tamemi, dont elles conquistrent le royaume de gliûre où elles sont en la grant joye pudurable. Or vousdy, mes belles filles, qu'il n'y a que ûire qui se vieuU garder nettement, c'est amer Dieu et craindre de bon cuer et penser quel mal, quelle honte, quelle doleur et aviltance en vient à Dieu et au monde, et comment on y pert l'amour de


i32 Le Livrb

Dieu, cl i'ame, el l'amour àe ses parcos et roinour du monde. Sy vous pry tnoull doulcement comme mes très cbières filles que vous y pensez jour el naïl quant mauvaises lemplacious vous assauldront, et que aoîès vaillans et seures el résiste* fort encoa- irc, et regardez du lieu dont vouscstes e qaei mal et déshonneur vous en pourroit venir.


Cr parle .


r h fait d'orgueil.

PITRE LXUI-'.


^SGS^i ^ ^><^ louchier sur le fait d'aucunes tem- Tl^^VI '"^ ^^ ^'^ orguillirent des honneurs et \^^ J(( des biens que Dieu leur avott donoé M ^la** ne povoicnt souffrir â aise, si coniine ïleet contenu en la Bible. Il raoompte de Apammia. ËUe dVn chevalier simple qui avoit nom Bèjait. Gdle Apcniena fust beUe el juenoe . et laot que le Hoy de Surye, qui estait moult puissant ray, la pris! en amour, tellement que par sa solize il la prinsl k femme, et fust royne, et quant elle se vit en sy grsDi puissance elsyhonnourèe elle ne prisa neos ses pa- rons, et avait honte et desdaing de t» vcoir ne cm- conlrer, «devint foie et orpuwllense sur toute riena, mesmentienl ne daingnoit-clle porter au Hoy ùgiwil honneur comme elle devoit, ponreequ'die le veoit «mpje homme et débonnaire, et ne daignoit luii>- nourer lesparensdu roy, tant fuat orguilleusoM de- te. Et tant Est que toutes manières de gens la prin-


DU Cheyalierde La Tour. i33

drent en hapie et tant qa*dle fiut eoiiitbucée vers le roy, fust à tort ou adroit, par telle manière qu'elle fiist chassée et envoyée par Fendictement des pa- ïens du roy. Et ainsy par son desespoir et par son orgudl elle perdit le grant honneur où elle estent ; ear nuûntes gens et maintes femmes ne pevent souf- frir honnour ne aise ensemble, et ne finent d'ac- querre buchetes et langaiges d'orgueil et d'enyie, et tant qu'elles se mettent du hault en bas comme fist ceste foie rcyne, qui estoit venue de petit lieu à grant honneur, et ne le povoit souffrir; car toute femme qui voit son seigneur doulz et simple , sans grant malice, de tant lui doit-elle porter plustost hon- neur ; car elle s'en honneure luy mesmes et ra a plus de louenge et de honneur de ceukqui la voient, et se doit plus tenir close et plus simplement , et soy efforcier de garder et de tenir s'amour et sa paix, car les cu^rs ne sont pas tousjours en un estât ; pierre vire et cheval chiet. L'on cuide par foiz que tel soit bien simple et sot, qui a malicieux cuer et dange- reux, et pour ce ne puet femme trop honnorer ne obéir à son seigneur quel qull soit, puis que Dieu le lui a donné. Je vous vueil dire l'exemple de la femme du roy Herodes le grant. 11 avoit une fem- me que il amoit moult merveilleusement. Sy ala à Rome, et advint que les gens de son ostel luy firent nuysance par devers son seigneur; car ilz ne l'a- moient point, pooroe que elle estoit trop fière, et luy rapportèrent qu'elle avcMt un privé amy. Sy ja des- honnourèrent,.d(mt Herodes fut moult courroudé et Je luy reprodu, et elle luy respondit tro^ fière- ment et orgueilleusement, et ne prist pas son sei-


)34 Le LivHE

gncur par bel ne par courtoisie ne si humbifll comme elle devoit. El son seigneur fust fol et âes-*" pileux de la ouïr parler ainsi orgnilleusemenl; sy priai un couslel e\ la feryt. Sy en morut, dont Q fust lapais moult coummdé, car il ne trouva paa Is rïiose vraye ; et ûiisi par son hauliain Ittngtige se tiat occire. Et pour ce c&l bon exemjile à loute benne femme de eslre humble et courloyse et de rospon- dre humblement et doulccmenl enconire lire et corrous de son seigneur. El pour ce le saige Sale- mon dit que par courtoisie et doutées paroles doi- vent les bonnes femmes abatrc lire el corroz de leurs seigneurs. Car 1c seigneur de son droit doit avoir sur sa femme le lianit parler, soit tortoudreit> et espeeialment en son yre devant les gais, et, son jre pasKÈe, elle luy puet bien raoostrer qu'il avoil tort, ei ainsi tendra la paix el l'amonr de son sei- gneur et de son hostc! , ne ne se fera pas bl3»ncr. ne baslre , ne occire , comme fiât la première fem- me au roy Herodes.


Cj- parle de In royne Vatlù- ^^^M

CaAPTiTB» LXnil". ^^

isdiray un antre exemple de laroyne

5 Vastis, qui fugi femme an roy Assuère, U

p adviniqueleroy tint une feateavecquesses

^ barons, el là furent touz les grans barons

a lerre. Sy mcngièrenl eu une sale et la rojiie


BU Chevalier de La Tour. i35

en une audtre, et, quant vint après disner, les ba- rons distrent au roy qu*il loi pleust qu*ilz veyssent la royne, qui merveilleusement estoit belle; le roy la manda une foiz, ij. foiz, iy. foiz, et oncques n*y daigna venir. Sy eust le roy moult grant honte, et demanda conseil à ses barons que il feroit, et le conseil fust que il la chaçast vij . ans hors de avecques luy, pour donner es autres exemple de mieulx obéir à leurs seigneurs. Et ainsi le fist le roy^ et en fit une loy que dès là en avant toute femme qui escondiroit son seigneur de riens qull lui conmandast et que ce feust chose raysonnable, qu'elle seroit v^. ans en mue à petit de viande pour lui monstrer sa defTaulte , et encore tiennent>îlz celle coustume en celluy royaulme. Sy eust honte la n^ne qui se vit bouter en mue, et ploura et se donlousa; mais il n^estoit pas temps ; car par son orgueil elle fust mise en mue vij. ans. Sy devez ycy prendre bon exemple ; car, par especial devant les gens , vous devez fiûre le conmandement de vostre seigneur et luy obéir et porter honneur et luy monstrer sem- blant d*onneur, se vous voulez av(Hr Tamour du monde. Mais je ne dy mie que, quant vous serez priveement seul à seul , vous vous povez bien es- largir de dire ou &ire plus vostre volcnté, selon ce que vous saurez sa manière. Je vous diray Texem- du lyon et de sa propriété; quant la lyonnesce lui a aucun despit £ût , il ue retournera plus à elle de tout le jour ne la nuit, pour chose qu*il aviengne.Sy lui monstre ainsi sa seigneurie, et est bon exemple à toute bonne femme, quant une beste sauvaige, qui nulle raj'son ne sœt fors que nature qui lui esmcut,


(36 Le Livne

se fail craindre el doubler â sa compaingne. OrJi gardez dont comment \s. bonne femme ne doyl dn- plaire ne désobéir à son seigneur que Dieui U a donné |>ar sod saint sacremeni.


Cy parle de la fem


ïqui fus! femme du seneachal du roy, et B vlntdenËanlct de petites gens;3j'deviDl riche par son service et acquist Icrres et possessions, el gouverna aussy comme le plus du royaume. £l quant il devint sy riclie et que il eust tant de bien , si s'en orguillist et fust iicr et presumpcieux, «1 tou- loil que l'en se agcnoillast devant lui et que chaseun luy feist une grant révérence. Sy advint que Martlo- cius, qui estoitnoublesbomset avoîlnourryla royne Ester, qui fut bonne dame et juste, et à eellui Jlar- doeius desplaisoil sur tous l'orgueil el la presump- don d'icellui homme, quiesloil venu de ofanl. Si ne lui daignait faire honneur ne soy lever contre lui ne lui faire nulle révérence, dont cellui Aaman m fiisl bien fe) et s'en plaigny à sa femme. El sa Icninie, qui futd'aussy grant couraigeel orgueilleuse comme lui, 1; conseilla que il feist lever on gibet devant son bostel et que il le feist p^dre iUecques, et lui meiei aucuD cas t sus. Et le fol creust sa femme i Mn


DU GheyàLier de La Tour. i3j

grant meschief , et qnaiit il fust pris et le gibet fîit levé les amis de luy alërent à la royne couraDt el lai domptèrent comment Aaman vouloit faire à cel-^ lui qui Tavoit nourye. Et la royne y envoya tantost pour celiuy lait et envoya querre cellui Aaman ; si vint devant le roy,.et fiist la chose bien enquise et diligemment, tant qu'il fut trouvé que Mardodus n'a- voit coulpe, et que Tautre le faisoit par envie. A- donc la royne Ester se agenouilla devant le roy son seigneur, et requisl que Ten feîst autelle justice de Aaman le seneschal , et qu'il feust pendu devant sa porte et ses vij. enffans,pour monstrer exemple que faulsement et par envie Vavoit jugié. Et ainsi com- me la bonne royne le requist il fust fait, et lui avec SCS Yij. enffans fut pendu devant sa porte , par son orgueil et par son oultrecuidance et par le fol conseil de sa femme. Dont c'est grant folie à un homme qui est venu de petit lieu et de néant de soy orgueillir ne se oultrecnidier pour nul bien terrien qall ait amassé , ne mesprisier autrui ; ainçois , se il est sage, il se doit à tous humilier, afiin de cheoir en la grftce de tous et affin que l'en ne ait envie ^ur-lui. Car Fen a plus souvent envie et despit sur gens qui viennent de petit lieu que sur ceulx qui sont de bon lieu et d'ancesserie. Et aussy la femme ne fîit pas saigc, quant elle vit lire et le courroux de son sei- gneur, de le soustcnir en sa folie. Car toute saige femme doit bel et courtoisement oster l'ire de son seigneur par donlces paroles, et espéciaulment quant elle le voit esmeu de foire aucun mal ou aucun vil- lain fait dont deshonneur ne blasme leur en peust venir, si comme fist la femme à Aaman , qui ne re-


i38 Le Litre

prist pas son seigneur de sa folie, ainçois i'atisa H îi donna foi conseil, pourquoi il mourut vilement et ordoment. Sy a cy bon eiemple comment l'en ne doit point souslenir son seigneur en son yrc ne en sa malc colle, aingois le doit rcn courtoisement re- prendre el mouslrer les raysons petit à petit, et com- ment il en pourroit avenir mal ou dommaige i l'ame ou au corps. Et ainsi le doit faire toute saige bmme vers son sdgneur. Pourqnoy, belles filles, prcnci y exemple et regarder quel mal en avint & Aaoum par la sotiic de sa femme.


Cy parle de la royne Gaabel.

Cbappitbk LXVK

4I^^r prÈs vous compteraj l'exemple d'une malc ^^a\« royne diverse el tropcruellc, et comment H^AU il lui prist. Ce fut la royne Gezabel, qui v^HMl avoit moult de maies taches. Premwre- ment elle haioit les povres et tout homme qui se peust chovîr, dont elle ne peut amander; elle Iwioit les hermites et les gens d'esglise et tous ceulx qui enseignoiesl la foy. elles faisoil rober etbalre, ay que il les enconvenoit fouir du royaulme. Elle n'a- voit merci de nul , et pour ce estoik msudhe et haye de Dieu et du pueple. Ung bon homme csttùt qui avoil nom Naboth , qui avoit une pièce de vingne moult bonne, cl le roy la vouloit moull bien avoir par achat ou autrement. Hais le bon bomme ne al '


i



DU Ghbyalier de La Tour. 139

vouldt ooDseotir de bon cuer. Si dist le roy Acas à celle dame sa femme que il estoit bien marry et que il ne povmt avoir celle vingne, et celle lui dit qu'elle la lui feroit bien avoir, et si fist-elle, car par trayson elle fist murdrir le bon bomme, et fist venir faulx temoings qui recordérent que le bon bomme lui avoit la vingne donnée, dont il en despleut à Dieu, et envoia le roy lozu pour le guerroyer, tant que ccUui roy prist le roy Acas et bien lu. enfihns, que grans que petiz, que il avoit ànourir cbiez ses hom- mes, et leur fist à tous les testes coupper. Ce fust la punicion et la vengence de Dieu. Et quant est de la maie royne Gczabel, elle se mist en un portail par où le roy Jozu passoit , et se cointit de draps d'or et de hermines à grans pierres précieuses, toute desguisèe en autre manière que les autres femmes n'estoicnt, tant estoit désespérée et orgueilleuse, et, dès qu'elle vit le roy, elle le commença à maudire et à Û dire toutes les villenies qu'elle povoit , et le roy la com- mença à regarder, et la oointise et la desguiseure de sa robe, et escoutcr la malice et l'orgueil de sa langue; lors il commanda à ses gens que ilz y alassent et qulls la feissent cheoir la teste toute première de- vant tout le peuple, et ainsi comme il le commanda il fut fait , car ilz la prindrent et firent cheoir la teste première, tellement qu'elle fut morte laidement. Sy coomnanda le roy que par sa cruaulté et les grans maulx qu'elle avoit fois faire qu'elle n'eust point de sépulcre, et non eust-elle, ne de sépulture, ains fust mengée des chiens et devourée. Et ainsi chcist son grant orgueil et sa fierté, et par telle voye se venge Dieux maintes foiz de ceulx qui n'ont pitié des po-


)4o Le Livre

vres el du povre peuple ei des serviteurs da< église, et qui par cniaulléel par convoitise font ftire muriresetfaulsiesmoiognages, comme fis! celle faul- ce royne.qui ainsi le tist el quisoustial son seigneur en folie, dont mal lui prist. Sy esl cy bon exemple eommenl l'en doit estre piteuse des povres el des serviteurs , el non enti.ser ne donner mal conseil à son seigneur, et aussi non de soy desgulser, maîh temr Testât des bonnes dames de son |>ays, el aussi non iCDcer ne dire grosses paroles A plus grans et k plus fors de soy.


Cy parie de la royiie Atalia et de la royni Bruneheuai.


Cha


s LXVII*.


I


Sfi^^ *■' '^la'ia vous vueil dire un aulre cicm- 1 kSIIi P^ < '^t"^"^ t'st royne de Jtëniaalnn, H Uk£ ^^ '^st maie et diverse et sans pitié; «bt, iWSéŒl quanl Ozias son Qlz fut mort . ce fuU taie qui en [raison fisl oedre tous les cnfans de son fila et tous les hoirs, fors seulement ung que uns pir.tt- doras qui avoil nom Joadis lisi nourrir sccrelomoni. Celle roync se niist en saisine du royaume cl de loui les biens , et fist moull de dlvcrsilez au puepli^, do tailles el de subsides, si comme celle qui vtAaA sana rayson et sons pjlié , el (|uanl elle eusl assex lait de mal et de oruaullà au royaulme , l'eiiiTant qui norry esloil celeemcnl el cellui Joadis qui nourry Tavoil la iirindreul et la firent mourir de malle mon el honteuse. El ain» eust gucrrcdon de sa mérite


à


DU Cheyalier ds La Tour. i4i

parim; car Dieu rent tousjonrs sa déserte à homme et & femme, ou à vie ou à mort. Car il n'est mal que une foyz ne soit pugni, ou au loing ou au près. Je vouldroye que vous sceussiez l'exemple et le compte d^one royne de France qui avoit nom Breneheust. Ce fust la femme dont Sebille parla en prophétisant et dist : « Brune vendra de vers Espaigne ou royaume de Gaule, c^est France, qui fera merveilles de cruaul- tez et puis sera detraicte. » Et ainsi en advint ; car elle fist oodrè de ses enffans et des enffans de ses enf&ns très grant nombre, ne ne vous en pourroit- on racompter k moitié de la cruaultô d'elle ne des meurtres ne traisons et occisions qu'elle list, et au fort elle fost payée si comme il pïeust à Dieu , car un enfibnt qui eschappa, qui fust fîlz de son filz, qui soeust les grans maulx et cruaultez qu'elle avoit feiz, brs mist le fait en jugement devant ses barons, et fnst jugée à destraire àqueuez de chevaulx. Et ainsi Iu8t fidt, et mourut mauvaisement tout aussi comme mauvaisement avoit fait murtrir le sang royal in- nocent. Et pour ce dit le saige que dès vij. ans vient eaue à fin, c*est-à-dire que tant va le pot à Teaue que le cul en demeure.


\


Cy parle du fait d'envi

CnAPPiTBB LXVtl^.

e vous diray un exein{dc sur le Ut 4'cn- viedeHarïe, la suerdeHoyses, (jni dici ^ par envie qu'elle cstoit aussi Uen it BiAi le Hoyses son frûre, et que IMen ouatt aussi bien ses resquestes comme celles do Xoyses, et ce dit-elle pour soy moquer et par envie, dont Dieu s'en corrouça et la fist devenir mest^e, UU qu'elle fusl ostée et séparée d'entre les autres gens, et loulcs voycs Moyses et Âaron eu eurent grani pi- lié el firent requesto à Dieu qu'il luy pleusl la pio- rir ; et à leur rcqueste Dieu la gueryt. Si prenei exemple comment il fait mal avoir onrie sut autruy, Gt comment Dieu punist cesie-cy, qni esloit une dM nobles damoyselles qui fust en celui temps, taol quïl la sépara d'entre le^ autres gons par celle moseUerie. Car maittles foiz Dieu punist ain« les envieux et les mesdisans. El pour ce, belles filles, prenez y boa exemple, car trop est villain vice de soy louer pour aullruy abais^r.



DU Chevalier de La Tour. i43

Cjr parle d'une des femmes Acharîa. Chappitrb LX1X« 

ont je Youldroye que vous sceussiez ua autre exemple sur ceste matière de une des femmes à ung grant seigneur qui avoît nom Archaria. Sy avoit ij . femmes se- l(m la loy, dont Tune avoit nom Phenomia et Tautre avoit nom Anna, qui moult estoit preude femme et bonne dame, mais nulz enffans ne povoit avoir. Sy estoient alors plus prisées et honnourées celles qui enfibns portoient que celles qui n'en portoient nulz, dont Tautre femme en estoit moult de grant orgueil, pour ce que elle en avoit moult de beaulx enffans, et pour ce avoit Tautre femme en despit et avoit envie et desdaing sur elle, et se mocquoit d'elle en disant villenies, et qu'elle estoit brehaingne et terre morte, dont Fautre avoit grant honte et ploroit menu et souvent, et se complaignoit à Dieu, et Dieux qui Tu- milité et la padence de Ihine vit, et Tenvie , le den- gîer et le despit de Tautre, et si regarda selon sa miséricorde , car il fist mourir touz les autres enf- ouis de Tautre fSemme , et à celle qui nulz n'en avoit il en donna plantivement, dont son seigneur la prinst en grant amour, et Tavoit plus chière que l'autre k qui ses enflans estoient mors. Et pour ce sont les ju«  gemens de Dieu moult merveilleux ; car il hct toute manière d'envie, et les chastie quant il lui plest, et


■ 44 Le LivRB

essBuce l'umble qui mercy requiert, et |iour bon exemple que nulle femme ne se doil orguôDir des biens et des grâces que Dieux lui donne, ne avoir despil ne envie sur autres, si comme eustfheaomia, qui ftvoiL enffans et avoït envie et despîl sur Anna qui n'en avoit nulz, et pour ce Dieu ta puuist sur ses enfians, qui tous moururent, et en donna à l'autrcquï tous vescuraut. S; sont ainsi les jugcmena de Dieu. Et pour ce y doit l'en prendre bon exemple et m )]umiliei- envers luy et n'avoir envie oc dcs|Ht sur nalluy. Sy vous laisseray cesle matière et leray d'une autre sur le fait de


Cy parle de Cl Chappiirb LXX'.


ilcsusl^ldt


e VOUE diray un autre exemple si d'une faulce femme qui eus) nom DalidA, r qui fut Cerome Samson fordii , lequel I'b- à merveilles, el tant qu'il ne feisi pai aucune chose que elle ne sceuaL Et pour le graol amour que il avoit en elle, il fustsyfolque S UdKs- couvrit que toute so forœ esloit ea ses cheveuli. Et quant la (aulcc femme le sceosl elle Bat (tire aux paiens, qui estaient ennemisde son seigneur, (tue,s4 ilz luy vouloienl donner bon loyer, elle le leur lé- roit prendre. Et les paiens luy promislrcDt <]uo , M elle le povoil faire, ilz luy donroicni certaine SOmnH d'or et (le robes. Et celle, qui fust deccue par c<m-


DU Chevalier de La Tour. «4^

voitise , fiât endormir son seigneur en son giron et puis lui tondit ses cheveulx, et envoya querre les païens qui estoient embuschez et le fist prendre, et, quant il fîi esveillié , il trouva sa force perdue, qui sceombatoitbienà iij. mille personnes, et, quant ils le tindrent, ilz le lièrent et puis lui crevèrent les yeulx, et le faisoient tourner à un moulin comme à ung cfaeval aveuglé. Or regardés comment convoi- tise deceust celle folle femme, qui, pour un pou d'or, traïst son seigneur, qui estoit le plus fort et le pluâ doublé homme qui oneques feust ne jamais sera. Et pour certain cuer convoiteux oze bien faire et en- treprendre tout mal : car il fait les nobles rapineux et tirans sur leurs gens , et les ders et les religieux symoniaulx en tirant lautry par faùlces semonces, et fait les bourgeois et autres usuriers, les povres larrons et murtriers , les pucelles et les mariées pu- tains, les enfOuis desirans la mort de leur père et de leur mère pour avoir le leur seulement. Judas, par convoitise d'argent , trahy nostrc Seigneur, et aussi par convoitise le font aijyourd'uy les advocads et plaideurs, qui vendent et bestoument venté , car ilz alongent le bon droit du bon homme pour tirer à avoir plus de l'argent , et y a plusieurs qui pren- nent <jLc ij. costés, et aussy vendent par c<mvoitise leur parole que Dieu leur a donné pour prouOiter au bien commun. Et pour ce est convoitise moult decevable, qui fist foloier et périr la femme Samson, qui tant es- toit bel et fort et puissant. Et pour ce a cy bon exem- ple pour soy garder de ccst vice. Et depuis Dieu ren- dit à celle femme son guerredon ; car elle espousa un des payons, et firent une nopce. Si le sceut Sam-

10


V


i46 Le Livhb

son, à qui ses cheveux estoient revenus et sa force revenue. Si sefist mener eo la maboD où iU estoient au dianer,prësilu maislre pillierdelasale,et, qs il fui au pillier, illeprïslâsesij. mains et le escoust si trËs fort que il abaiil la maison sur eux , et là fut mort le mary el la mariée cl le plus de gens qui es< toient aux nopces. £t ainsi se venga Je sa fkulcc femme , laquelle morut mauvaisemenl , car Dieu vouist qu'elle fust pugnie de sa tnauvaislië, et c'q&- toil bien raison que de mal l'aire ly vensisl mal.


ty parle de c,

CnAPPiinE LXX1°.

s vueil dire commenl par un petit ^ de ceurroux il advint grans mauU, Un V preudomme esloit qui moult e»toil noble J homme el qui estoit de mont d'Effraim, et se maria à une damoisalle île Bethléem. Sy Bilvint que pour pou de cbose elle se courrouça el s'en viol cbiez son père. Le preudomme en liisl moult do- lent et la vint querro , et son père la blasma el U rubailla à son seigneur, qui l'emmena el be anuita va la ville de Gabal, où avolt foies jucnncs gens et m- pris de luxure. Sy vindrent k lliostel où estoîl c«Ue femme et son seigneur, el rompirent les huis; ai prindreni k force la femme du preudomme «I l'co- fordèrent moult Tillainement et horriblement, a oncques ne la lessiéreol pour l'oslc, qni moull a


DU Cheyalibr de Là Tour. «47

fust dolent, eomme celui quivouloit baîllier une de ses filles pour la garantir. Mes oncques n'en voul- drent riens foire, et, quant se vint au matin, celle qui se vit ainsi honnye et deshonnorée eust telle honte et tel dueil qu'elle mourut es pies de son seigneur, dont le preudomme en deust mourir de dueil et de honte, et remporta toute morte à son hostel; et se pensa, puis que morte estoit , que il la mettroit en ûi. pièces avec certaines lettres et Penvoieroit à ses prouchains amis, affîn qullz en eussent vergoingne et que ilz en voulsissent prendre vengeance. Dont il avint que ses ami» et les an^is d'elle en eurent tel dueil et tel yre que ils se assemblèrent ensemble et vindrent à Gabal et ocôrent bien xxxiij mille per- sonnes, que hommes que femmes. Sy fut prins pour ung tel ùât telle vengence, et tel le compara qui n'en avoit que faire. Si a cy bon exemple comment femme œ doit point laissier ne guerpir son seigneur, pour yre ne pour courroux qu'ilz ayent ensemble, et eomment saige femme doit entendre et souffrir bel et «ourtoisemeiit le courroux de son seigneur et le lais- rier rappaisier, et le prendre par bel, non pas le laissier eomme fistcestedamoiselle, quilaissason seigneur, et eonvint qull la vensist querre chiez son père, par la- quelle aiée elle momt piteusement et en vint tant de maulx et de douleur, comme tant de pueple en estre mort. Car, se elle ne se fiist bougée d'avecques son seigneur, jà celluy mal ne fust advenu, et pour ce est-il bon de adouldr son cuer, et c'est le droit de eaige femme qui vieult vivre paisiblement et amou- reusement en la pok de son seigneur.


Cy parle d'une femme au mandement de


qui ne volait vt son seigneur, '

LXXIK


vouldroïe que vous sccussiez le ^ et l'exemple de la dame qui ne daignoit ir mengîer, pour niandemeni i|ue god ' seigneur li feist, tanl esloUTole etdepileu- se, et pour pou de chose. Et quant son seigneur vil que pour mandement qull lui feist elle ne vouldt venir mengier, il envoya quorre son porchier, (pi» esioil vils et let, et lit apporter la louaillo de la Cui'- Sine, et iil dresser une labte devant elle et Dwllr» edie orde louaille, et fil asseoir le porchier, et puis lui disi; « Dame, puis que vous ne voulei venir àmon » mandement ne mangicr en ma compagnie, je vous n baille eest porchier et eeste toaoilte. » £i celle fiisl encore plus courroucée que devant, et au fwi elle vil bien que son seigneur subourdoild'Blie;sïse reffrcnaetcoRgnustsarolie, et pour cenulle femme lie dmt escondire ne rcffuser le mandemoni de son seigneur se elle vieull s'amour et sa paix garder. Car, par bonne raison , humblesce doit première- inenl venir de devers elle.


BU Gheyàlibrdb Là Tour. 149


-*>•



Cjr parle de flatterie. CHÀ»»iTmB LXXIII».

e YOU8 diray sur Texemple de grerie. Une grini dame avoît un filz qui avoit nom Giasana, qui estoit moult grant seigneur, et estoil ilé en une bataille où il momt. 8y esloit sa mère à grant esmay et douleur de sça- Toir de ses nouvelles. Sy avoit un flateur en sa eompaignie qui ly disoit : « Ma dame, ne vous esma- yez, car monseigneur vostre filz a eu victoire et a pris moult de prisonniers. Si lui convient demeurer une pièce pour ordonner 4a son foit. » £t ainsy de telles flateries paissoit sa dame et lui disoit joye de néant. Car cellui. greeur ne deist jamais à sa dame chose qull sceust qull lui deust desplaire , aussi comme sont flatteurs et flatteresses , qui jà ne diront à leur seigneur ne à leur dame chose qui leur desplaise, et taysent la venté, et leur dis^t tout leur bon, et leur font joie de néant, si conune fist le foulx flatteur qui à Jouel, lai)onne dame , Daisoit accroire que son filz avoit eu victoire et en amenoit ses prisonniers ; et c*cstoit bien le contraire « car il estoit mort , dont depuis , quant la bonne dammc le secut, elle en deust mourir de dueil. Sy est mauvaise chose d'a- voir flateurs entoor luy ; car ilz n'osent dire la ve- nté ne donner 'loyal conseil, ainsi font souvent for- voier leur seigneur et -leur dame de droit chemin.


i5o Le Litre

Il semble les onclianteurs, qui font » rharbon que ce soit une belle chose; car ilz loentla ehosc par devaol et plus la blasmcnt par derrière. Sy ne doit l'en point croire en leurs los; car ilz ne vous font que decepvoir pour vous plaire ei pour avoir du voslre ; car vous les devee mieulz co^ois- trc que ils ne vous congnoissent, si vous estes sai- ges. Hais voua deve^ amer cculx qui vous diront vostre bien et ne vous cèleront point venté pour nulle double; et ceulîi seront voz amis. Car les greeurs semblent le faulx mire, qui prent l'argent sans veoa le mal ; liculx )1a(eurs déçoivent les riches, si comine tist un dateur à une vcnderesse defi^imaiges, qut A merveilles csloit laide, el il lu^ faisoil acroire que cite estoit belle et doulce. Et la Femme estoii si foie que elle cuidoit qu'il deisl voir, et k chacune Ibix hri donnoil un fromaige, et puis, quant il l'avoit eo , 3 se moquoit d'elle par derrière.

_Je vouidroie que vous sceussiez un exemple qtie je vy en Angoulesmc quant le duc de Mormandic vint devant Aguillon. Sy avoil chevaliers qui irayoient par esbat encontre leurs chappcrons. Si comme le duc vint en ccUui pMï , par e^l ai de- manda à un des chevaliers un arc pour traire, et quant il ot trait, il y en eut ij. ou i^. qui distrenl : n Monseigneur a bien trait. — Sainle-Harie. 6st un, B comme il a trait royde. — Ha , fist Vautre, je ne D voulusse pas esirc armé et il m'eusl feni. •> Sy conmencièrent à le moult louer de son trait , mah, à dire vérité, ce n'estoil que flatterie , car il tray le pire de louz, ei pour ce est granl meneille conmcnl choscuQ flate et grée aux seigneurs et eux dames du


DU Cheyàlier de La Tour. . i5i

jour dliui, et leur font acroîre que ilz sont plus grans et plus saiges que ils ne sont, et par leurs flatenes les font oultrecuidier.



Cjr parle de descownrir le conseil de son seigneur^ Chàppiteb LXXIIIK

e vueil que vous oyez Texeraplc de la femme Samson fortin, qui descouvry son seigneur. 11 advint que Samson fortin avoit fait une fermaiUe à xxx. robes de saye avecques certains gens qu'ilz ne pourroient pas deviner certaine devinaOle. Sy advint que sa femme ne 11 fina tant de parler qu'elle sceut que c'estoit et tant qull lui descouvry le (ait de la devinaille , et, quant elle le sceut, elle en descouvrit son seigneur, et lui fist perdre la fermaiUe de xxx. robes de saye ; et quant son seigneur sceust qu'elle Teust découvert, sy la commença à hair et la mist hors de avecques lui, et ala aux payens qui avoient gaingnéc la fer- maille , sy en prist xxx, lesquelz il despouilla pour despit de sa femme. Et pour ce a çy bonne exemple conment femme ne doit descouvrir pour nulle chose le secret ne le conseil deson seigneur, affin qu'elle ne diiéc en Tire et en oorroux de luy ne en sa hayne, comme fist la fenune Samson fortin, qui en perdy l'amour deson seigneur. Car c'est trayson quantï'eh se fie en sa femme et clic descueuvre ce qu'elle doit celer. Je vouldroie que vous sceussiez le compte de



i5a Le Livre

l'escuicr qoi essaya sa femme, que il vit Juemte. 8^

ly va dire : n M'amie , je vous diray nn grant con-

u scil , mais que vous ne m'en descouvriés pas pour » riens. Je vous dj que j'aypomii-'^Hf'i. mas i»ur B Dieu ne le dictes mie. d Et elle respoudit que par sa foy non feroit-elle. Sy li iiisl bien tari que le jour ne venoitpourl'BlerdireA sa commâre, et, quant vint qu'elle peut trouver aa voisine, elle lui disl : o Ha, » ma très douloe amie, je vous deisse «n grant oon- » seil , mais que vous ne le déistes pas » , et elle lui promist que non fcroil-elle. « Se Diou m'aist , il cs( n advenu une granl merveille à mon scigiwur, car » pour certain, ma doulce amie, il a pont uj.Deu& » — Saincte Marie , fisl l'autre , commenl puol ce «fr^ » Ire? c'est granl chose, u Si b'«i paiiy celle A qut le conseil avoit cslè dit , cl ne se peut leolrdfi lïl6^ dire à une aulre , et lui dist que toi cscuier d avoit |>ODl ii^ . eufz. El puis celle le dit à un autre, qui dit que il en avoit pont v , et absi crcost la chose d'une en autre, quclcsij.eufzvindrcntàcent, etiantfjue loul le pays en fusl plein de renomëe . el que l'ea- cuier le sceust par plusieurs gens. Et lora il appoUa sa femme cl plusieurs de ses pareus, et lui disi : « Dame, vous m'avez raoull bien cren la chose quo " je vous avoîe dit en conseil , car je vous avoye dh ■1 que je avoye ponlij. eufï; mais. Dieu mercy, le s conte est crcu, car l'en dil que il y en s cenl. Sy D avez desCDUvert mon conseil, u El ainsi colle ae lint pour honteuse el pour nice, el ne sceust que respondre. Et par ceste eïemple se doit jçardcr uiuie bonne femme de descouvrir lo secrcl de son sei- gneur.


DU CHEVAtlBR DE La ToUR. iSi



Cy parie de deèdèung. CflArviTRE LXXV^

elles filles , je vueil c[ae vous oyez Texem^ pie de Michel, la femme David, qui fut fille au roy Sattl. Le roy David , qui saint homme estoit, aimoit Dieu et Tesglise sur toute rien. Sy avint que, à une grant feste qullz faisoient devant Tarche , où estoit le saint pain de la manne qui vint du ciel , dontles pères furent rassa- siez , et les tables de la loy , et la verge dont Moysc avoit fait partir la mer, et, pour honnourer Dieu, le roy s'estoit mis en la compaignie pour chanter et pour harper avecques les prestres, et se desmenoit et fiiisoit la plus grant joye qu'il povoit à Dieu et à Feglise. Sa femme le regarda , si en eust desdaing et dcspit, et s'en bourda et lui dist que il sembloit un ménestrel et un jongleur, en se mocquant de luy. Et le bon roy respondit que Ton ne se pnet trop humi- lier envers Dieu, ne le trop sorir, né honnourer son csglise ; car de Dieu vient tout le bien et honneur que homme et femme pevent avoir. Sy en despleust à Dieu dont elle en avoit parlé; sy fust de lors bre>' haingne et malade , et aussy comme toute séparée de lui, parce que Dieu luy vouist monstrer sa folie ; car toute bonne femme doit esmouvoir son seigneur à servir et hoimorer Dieu et Tesglise , ne ne doit point son seigneur mcspriacr de ce que ilcuide bien



iS4 Le Livre

fare, ne bourder, ne avoir despit sur luy, né» cialment le reprendre devaol les gens pour rien lui aviengne, soit torl, soil droit, fors qu'er privé , quant il n'y a que euU deux. Car, selon ce que dit le saige en la sapicncc, quant homme se voit leedangier ne reprendre, devant les gens, desBEem- me ne de samesfioie, aucunefoiz le cuer luyenRc, ou en fait pis, ou on responl ouliragieusomoDt ea fait ou en dit , et pour ce est bonne chose de repren- dre doulcement et priveemenl son seigneur.


Cr parle de sny pingnier dei'anl les geitn

CHAfFlIRBLXXVl


tgewi\ tdovamu


^jE^irtl n nuire exemple vous diray de 1 JH ^^K li* femme Unes , qui demouroit

'^s-~^ giloil a une fenestre dont le roy la povràl liien veoir ; sy avait moult beau chîef et Julonl. El par cela le roy en fut temple et la manda, et fisi tant que il pécha avecques elle, el, par le faulx délit, il commanda â Jacob, qui etoît chei.-eloine de son ost , que il mcist Lrics en tel lieu do la ba- taiilo que il fusl occis. Sy porta Unes les lectros de sa mon, car ainsy fust faict. Et uosi pécha le ley David doublement, en luxure et eu bomidde , demi Dieu s'en corrova moult A lui, et en vint mooltda rnaulx ù luy et à son royaume, dont le complc w> roit long à escouter. El lout ce pocbiô vînt poitrAQ'



DU Cheyalier de Là Tour. i55

piogmer et soy orguillir de son beau chief , dont maint mal en vint. Sy se doitr toute fenftne cachier et oéleement soy pingner et s*atourner , ne ne se doit pas orguillir, ne monstrer, pour plaire au monde, son bel chef, ne sa gorge, ne sa poitrine , ne riens qui se doit tenir couvert.



Cjr parle de folle requeste. - Chappitme LXXVIK

|a mère au roy Salomon requist à son filz que il donnast la mère sa femme, qui 'moult bonne dame'estoit, à Donno, qui estoit païen et ennemy. Sy respondit le roy que jà son annemy n'auroit la femme de son sei- gneur de père, et si se tint sa mère pour nice et pour honteuse d^avoir esté escondite, et pour ce doit toute fennne penser se elle requiert chose rayson- nable avant qu'elle requière son seigneur ; car celle requeste estoit bien diverse. Je vouldroye que vous sceussiez là foie requeste que la duchesse d'Athènes fist au duc 8(m seigneur. Elle avoit un frère bastart. Sy requist au due que il donnast sa propre suer à femme; et le duc, qui vit sa simplesce, s'en soubrist et lui dissimula le foit, et dist qu'il en par- leroit à ses amis. Et l'autre pourchassa touz les jours le fait, et au fort il lui dist qu'il, n'en serdt rien jà fait, dentelle s'jen corrouça et s'en mist au lit malade de yre et de corroz» et se fist prier devenir


i56 Le Livre

au duc et de couchicr avec lui , et au fort H corrouça,ct s'enfla le duc loUemcntquo par graôt jr6 il jura que jamais elle ne coucheroil en son Ul, et l'envoya en un chaslel bien loing de lui. Dont )-c5 a bonne exemple que femme se doit bien garder de requerre à son seigneur de chose qui n'est bonnette, et après commentelle ne doit pour nul corroux dea- cibàr ft son seigneur, par quoy il se coirouœ aspre- ment contre elle , ne tenir son cuer comme list celle duchesce, que le duc chassa d'aveoques luy par sa folie et par son fol couraige.


Cy parle Je trayêon, ^BAPPiTKi LXXVIII,


lient lo^M


'exemple de une faulsc femme^ ^deux temtnes estoient qui egtoientto

n UD hoBtel, lesquelles Bvoient deux enf- afiins maies d'un temps. Sy advint a I^uie que son enfîant cstaingnil , et , quant elle le vit mort, si ala, commo faulsc femme, emblcr l'entlant vif qui estoit k sa compaigne et y mlst le mort su lieu. £t quant celle à qui estoitte vif vit cdlid mort au lieu, syle regarda et congnustqueoe n'esloll {MU le sien. Sy en fusi bien grana contcns, et en vint I?' cas et le fait devers le roy Salemon. Et quant il «U' oi leur débat il dist : o Baillez-moy «ne espte rt a en bailleray à chacune la moitié. » Celle ft <(«? l'enftiant n'esloil pas respoodist qu'elle le vouloit


DU CUBYALIER DE La ToUR. iSj

bien ; mais ïmtre dist que F^iffiinl ne fust pas ocds, et qu*eUe youloit tûen qu'elle Tenst tout quitte. Âr donc le roy juga que renffant feust baillé à eelle qui ne vouloit pas que renfihnt fust occis j et que le cuer et la diair d'elle en avoît pitié , et que Tau-^ tre, qui Youloit quil fust departy, n'y avoit riens. Et ainsi fust la trayson de k mauvaise femme csprou- vée. Et pour ce a grant péril de couchier petit enf- fant delès soy, car bien souvent ilz estaingnent; sy y chiet grant péril.



€jr parle de rappine. Chappitrb LXXIX^

n autre exemple £eust de la femme au roy Jéroboam. Hz avoient un raffont malade. Sy envoya le roy la royne à un saini bom- me profdiète lui prier que il empetrastgué^ EÎaoaàleur enf&nt. Si se déguisa la royne et vini an saint bomuie» qui point ne veoit. Mais, par la grâce du Saint-Esprit , le saint prophète lui escria à haulte V0Î3L : c Royne, femme Jéroboam, vostre filz mourra » anuit de bonne mori^ maiz tous voz autres enf<^ » fans raoorront de maie mort, sans sépulture, tout o par le pechié de leur père , qui est tyrant sur son » menu pueple, et de mala eonsdenoe et luxurieux, y $i s'en retourna la rùyne et trouva son filz mort. Si dist le fiût à son seigneur. Mais pour ce ne s'en voult-* il amender, et pour ce périrent tous ses enfiEsuns. Et


^!^-0* 6 vouldroie que vous socussicz le f^M U^ et l'exemple de la dame qui ne da^iA ^£|^^ venir mengier, pour mandement que eon

  • ^-^9 seigneurli feist, tanl eatoil foie elthipileu-

se, el pour pou de chose. Et quant soa seigneur vil que pour mandemenl quil lui feisl elle ne voûtait venir mengier, il envoya querre sou porchiep, <ioî esloit vils et let, et lit apporter la touaille de ta oui- sine, et fit dresser une table devant elle cl meUre eelleorde touaille, et fiiasseoir le porchier. et puis lui dist; n Dame, puis que vous ne voulei venir à mon B mandement ne mangier en ma compagnie, je vons » baille cest porcbier et eeste touailic. d Et oalle fust encore plus courroucée que devant , et au fort elle vit bien que son seigneur se bourdoil d'elle; si ae reffrenaetcQDgnusl sa folie, et pouroenulte Temmo ne doit escondtre ne refTuser le mandement do scta seigneur se elle vieull s'amour et sa paix gnder^ Car, par bonne raison , humblesce i ment venir de devere elle.



DU Cheyalibrdb Là Tour. i49

Cy parle de flatterie, CHÀP»iTmB LXXIII».

e TOUS diray sur Texemple de grerie. Une graol dame avoit un filz qui avoit nom Giasana, qui estoit moult grant seigneur, et estoit aie en ime bataille où il mbrot. 8y estoit sa mère à grant esmay et douleur de sça-^ toîr de ses nouvelles. Sy avoit un flateur en sa eompaignie qui ly disoit : « Ma dame, ne vous esma- yez, car monseigneur vostre filz a eu victoire et a pris moult de prisonniers. Si lui convient demeurer une pièce pour ordonner 4a son foit. » £t ainsy de telles flateries paissoit sa dame et lui disoit joye de néant. Car eellui. greeur ne deist jamais à sa dame chose qu'il sœust qu'il lui deust desplaire , aussi comme sont flatteurs et flatteresses , qui jà ne diront à leur seigneur ne à leur dame chose qui leur desplaise, et taysent la venté, et leur dis^t tout leur bon, et leur font joie de néant, si conune iist le foulx flatteur qui à Jouel, laJbonne dame , DEÛsoit accroire que son filz avoit eu victoire et en amenoit ses prisonniers ; et c'cstoit bien le contraire « ear il estoit mort , dont depuis, quant la bonne damme le secut, elle en deiist mourir de dueil. Sy est mauvaise chose d'a- voir flateurs entonr luy ; car ilz n'osent dire la ve«  rite ne donner loyal ccnseil, ainsi font souvent for- voier leur seigneur et^leur dame de droit chemin.


i5o Le Litre

Il semble les enciianteurs, qui fonl semblani au rharbon que ce soit une belle chose; car ilz loentla chose par devant et plus la biasmenl par derrière. Sy ne doit l'en point croire en leurs les ; car ilz ne voua font que decepvoir pour vous plaire et pour avoir du vostre ; car vous les àevez mieulz cognois- tre que ils ne vous congnoissent , si vous esl^ sai- ges. Hais vous devez amer ceulx qui vous diront vostre bien et ne vous cèleront point vcrili pour nulle double; elceulx seront voz amb. Car les greetirs semblent le faulx mire, qui prent t'argenl sans veolf te mal; ticukflateursdecoivcnt les riches, sicomme fist un flateur à une venderesse de fromajgea , qui ft merveilles estoit laide, et il luyfaisoitacroire que elle esloll belle et doulce. El la femme estoil » foie que elle cuidoit qu'il dcist voir, et à chacuDe fmz loi donnoil un fromaige, eL puis, quant il l'avoil bu, il se moquoit d'elle par derrière.

Je vouldroie que vous sceussiez un exemple que je vy en Angoulesme quant le duc de HormamUe vint devant Âguilloo. Sy avcût chevalière qui trayoieut par csbot cucontre leurs chapperons. Si comme le duc vint en cellui parc , par eabal si de- manda k un des chevaliers un arc pour traire , cl quant il ot trait, il y en eut ij. ou iij. qui dislrcnt : » Monseigneur a bien Irait. — Sainte-Haric. iîst UD, » comme il a trait royde. — Ha, fist l'autre, je nC o voulsisse pas estrc armé et il m'eu^l féru. » Sy conniendèrcnt à le moult louer de son trait, mus, à dire verilé, ce n'esloit que flatterie , car il tray lo pire de louz, et pour ce est grant men-eille conment cbascun Qatc et gréo aux seigneurs et aux daaiesdd i


DU Chevalier de La Tour. . iSi

jour dliui, et leur font acroire que ilz sont plus graps et plus saiges que ils ne sont, et par leurs flateries les font oultrecuidier.



Cjr pétrie de descomn'ir le conseil de son seigneur* Chappitre LXXIllK

e vueil que vous oyez Texeniple de la femme Samson fortin, qui descouvry son seigneur. 11 advint que Samson fortin avoit fait une fermaille à xxx. robes de saye avecques certains gens qu'ilz ne pourroient pas deviner certaine devinaOle. Sy advint que sa femme ne li fina tant de parler qu elle sceut que c'estoit et tant qu'il lui descouvry le fait de la devinaille , et, quant elle le sceut, elle en descouvrit son seigneur, et lui fist perdre la fermaille de xxx. robes de saye; et quant son seigneur sceust qu'elle Teust découvert, sy la commença à hair et la mist bors de avecques lui, et ala aux payens qui avoient gamgnèe la fer- maille , sy en prist xxx, Icsquelz il despouilla pour despit de sa femme. Et pour ce a cy bonne exemple conment femme ne doit descouvrir pour nulle cbose le secret ne le conseil de son seigneur, affîn qu'elle ne chiéc en Tire et en corroux de luy ne en sa hayne, comme fist la femme Samson fortin, qui en perdy Tamourdesonsdgneur. Car c'est trayson quantl'ense fie en sa femme et ellcdescueuvre ce qu'elle doit celer. Je vouldroie que vous sceussiez le compte de


iSa


Le Livre


i'escuîer qui esBaya sa femme, que il ly va dire : a M'ainie, je vous diray un grant coii~ H scit , mais que vous ne m'en descouvriés pas pour » riens. Je vousdyquc j'ay ponlij.ocub, maïs pour » Dieu ne le dictes mie. » El elle respondîl que par sa foy non fcrDit-elle. Sy li fus! bteo larl que le jour ne venoit pour l'aler dire b sàconunëre, ei, quant vint qu'elle peut trouver sa voisine, elle luidisl : a Hr, » ma 1res doulce amie, je vous d«sse un grant ccm- a seil , mais que vous ne le dei^Les pas <> , et elle lui promist que non feroil-elle. « Se Dieu m'aisl, H esl B advenu une granl merveille & mon seigaeur, car » pour certain, ma doulce amie , il a pont iij. oentt. a — Saincte Marie, flst l'autre, comment puel ce es^ » treî c'est granl cliose. u Si s'en parly celle A qui le conseil avoit eslè dit , cl ne se peut tenir de l'aier dire A une autre , et lui dbt que tel escuîer u avoit pont iiij.euFz. El puis celle ledit à un autre, qui dit que il en avoit poni v , cl ainsi creosl la chosfr d'une en autre, que les ij, eufe vindrenl h cent, ci «ut que tout le pays en fusl plain de renomme, ei que l'es- cuier le sceust par plusieurs gens. Et lors il appella _-sa femme ei plusieurs do ses pareas, et lui disi : R Dame, vous m'avez moull bien creil la cliose que H je vous avoie dll en eonsdl , car je vous avoye dît 1 que je avoye pont iJ. cuft ; mais, Dieu mercy, lé « conte est creu , car l'en dîl que il y on a cent. SJ- ■ avez descouvert mon conseil. » Et ainsi celle «  Ilot pour honteuse et pour nice , c respondre. Et par cesie exemple toute boone femme de descouvrir le wcr^l de i gneur.


DU Chevaiier de La Tour. i53r



Cy parie de deèdiung. GHAPFITmB LXXV*.

elles filles , je vueil que vous oyez rexem>^ pie de Michol, la femme David, quiiiil fille au roy Saûl. Le roy David , qui isaint homme estoit, aimoit Dieu et Tesglise sur toute rien. Sy avint que, à une grant feste qu'ilz faisoient devant l'arche , où estoit le saint pain de la nuume qui vint du ciel , dont les pères furent rassa- siez, et les tables de la loy, et la verge dont Moyse avoit fait partir la mer, et, pour honnourer Dieu, le roy s'estoit mis en la compaignie pour chanter et pour harper avecques les prestres, et se desmenoit et Sûsoit la plus grant joye qu'il povoit à Dieu et à Tegiise. Sa femme le regarda , si en eust desdaing et dcspit, et s'en bourda et lui dist que il sembloit un ménestrel et un jongleur, en se mocquant de luy. Et le bon roy respondît que Ton ne se puet trop humi- lier envers Dieu, ne le trop servir, né honnourer son csglise; car de Dieu vient tout le bien et honneur que homme et femme pevent avoir. Sy en despleust à Dieu dont elle en avoit parlé; sy fust de lors bre-' haingne et malade, et aussy comme toute séparée de lui, parce que Dieu luy voulst monstrer sa folie; car toute bonne femme doit esmouvoir son seigneur à servir et hoùnorer Dieu et Tesf^ise, ne De doit point son seigneor mespriser de ce que il cuide bien


i54 Le Litre

faire, ne bourdcr, ne avoir despil sur luy, ne. cialmenl ie reprendre dcvanl les gens pour riens qui lui avicngne, soit tort, soit droit, fors qu'en son privé , quant il n'y a que eulx deux. Car, selon ce que dit le saigc eu la sapiencc, quant homme se Toil lesdangier ne reprendre, devant les gens, de sa fem- me ne de sa mesfcnie, aucuncfoiz li! cuer luy enfle, ou en (ait pis, ou en respoul oultragieusament en Fait ou en dit , et pour ce est bonne chose do repren- dre doulcement el priveemeni son seigneur.


Cy parle de soy pingnier devant les gens,

ChafpitrbLXXVI'.

lu tre exempte vous diray de BersaW^e , Ë* la femuie Uries , qui demouroit devaDl la '§ palais du roy Ilavid. Si se kioil et pio- V gnoit à une fenesire dont le roy la pm-oil avoit moult beau chief e* bjpnl. Et par cela le roy en fut temple et la maoda , «i fisi tant que il pécha avccques elle, et, par le btulx délit, il commanda ù Jacob, qui el(Hl chevetoioe de son ost, que il meist Dries en tel lieu de la ba- taille que il fust occis. Sy porta Uries les leclres de sa mort , car alnsy fiist faict. Et ainsi pécha le ko; David doublement, en luxure et en homicide, (tom Dieu s'eu corroda moult â lui , et en vint mooU de maulx â luy el ft son royaume, dont le compte se- roil long à osGOuter. Et tout ce pecliii vint pot» suy


BU Chevalier bb La Tour. i55

{Hogiuer et soy orguillir de son beau ehief , dont maint mal en vint. Sy se doit- fonte fenfme cachier et céleement soy pingner et s'atourner , ne ne se doit pas orguillir, ne monstrer, poar plaire an monde, son bel chef, ne sa gorge , ne sa poitrine , ne riens qoi se doit tenir couvert.



Cjr parle de folle requeate, • Cbappitre LXXVIK

la mère au roy Salomon requist à son filz que il donnast la mère sa femme, qui 'moult bonne dame'estoit, à Donno, qui estoit païen et ennemy. Sy respondit le roy que jà son annemy n'auroit la femme de son sa- gnenr de père, et si se tint sa mère pour nice et pour honteuse d*avoir esté escondite, et pour ce doit tonte femme penser se elle requiert chose ray son- nable avant qu'elle requière son seigneur ; car celle reqneste estoit bien diverse. Je vouldroye que vous sœussiez là foie requeste que la duchesse d'Athènes fist au duc son seigneur. Elle avoit un frère bastart. Sy requist au duc que il donnast sa propre suer à femme; et le duc, qui yit sa simplesce, s'en soubrist et lui dissimula le feit, et dist qull en par^ leroit à ses amis. Et l'autre pourchassa touz le» jours le fieût, et au fort il lui dist qull. n'en seroit rien jà fait, dont, die s'en corrouça et s'en mist au lit malade de yre et de corn», et se fist prier de venir


i56 Le Livre

>D dac et de couchier avec lui , et au fort te due 9d corrouça, et s'enfla le duc lellemen l que par grani yro il jura que jamais elle ne coucberoil en son lîl , et l'envoya eu un chaaiel bien loing de lui. liant ycy a brmne exemple que femme se doit bicu garder de requerre à son seigneur de chose qui n'est honsNtp, et apris commentelle ne doit pour nul corrom des- (Aeir k son seigneur, par quoy il se corrouce asprp- meni contre elle , ne tenir son cuer comme fist celle duchesce , que le duc chassa d'aveoqucs luy par sa folie et par son toi couraige.


Cf parle de Irajraon. Cbappitui LXXVIII.


K^^SI


S^ntho 'exemple de une faulse fenun&'Ai S^ ngS^' femmes esloienl qui esloienl logées ^fiN^en un hostel, lesquelles Bvmcnldeuxeiif- iiiiiiiln fans maies d'un temps. Sy advîni k l'une que son cnffani eslaingnit, et, quant cllo lit vit mort, si ala, comme faulse femme, BinMer l'ifnfiant vif qui esKnt à sa compaigne ol y tnist le mort aa lieu. Et quant celle à qui esloitle vif vil cdlui mon au lieu, sy le regarda et cougnustquece n'esloHjias le sieu. Sy en fusl bien grans contens, et en vint \r sas et le fait devers le roy Salemoo. El quant it «Ut oz leur débat il disi : a Baillcx-moy une espéô pi M on bailleray à chacune la moitié, o Celle & <piS l'cnffant n'estolt pas reepoudist qu'eU* le vmiÛt


DU Chevalier de La Tour. 167

bien ; mais Tautredist que Tetifibnine fost pas occis, et qu'elle vouloit bien qu'eHe Veiist tout quitte. Ar donc le roy juga que renf&nt feutt baillé à eellq qui ne vouloil pas que renf&nt fost occis , et: que le cuer et la chair d'elle en avcHt (ntié , et que Tau-i tre, qui vouloit qu*il fust departy, n'y avoit riens. Et ainsi fust la trayson de 4a mauvaise femme csprou- vée. Et pour ce a grant péril de couchier petit enf- fant delès soy, car bien souvent ilz estaingnent; sy y chiet grant péril.



Cjr parle de rappîne, Chappitrk LXXIX«.

n autre exemple feust de la femme au roy Jéroboam. Hz avoient un enfElGmt malade. Sy envoya le roy la royne à un saint hom- me prophète lui prier que il empetrastguè-. risoaà leur enfihnt. Si se déguisa la royne et vint au saint homme^ qui point ne veoit. Hais, par la grâce du Saint-Esprit , le saint prophète lui escria à haulte toioL : « Royne, femme Jéroboam, vostre filz mourra 9 anuil de bonne mort^ maiz tous voz autres enf-^ » fans mourront de maie mort, sans sépulture , tout B par le pecfaié de leur père, qui est tyrant sur son TÊ meno pueple, et de malaconsdaice et luxurieux. » $i 8*en retourna la r^e et trouva son filz mort. Si dîst le iait à son seigneur. Mais pour ce ne s'en voult^ il amender, et pour ce périrait tous ses enfiEans. Et


i58 Le LivBE

pour ce eel bon exemple de mener et user d

vie, et de amer aon menu peuple et ne IcurblMm

griofzelnul lort;carlcpeGhiédu père et de la mers |

nuisl aux onfTans, si comme vous avez ouy que te 1

saint homme le dist à la foyno de son seigneur.


Cf parle de paeienc Cbappiibr mit:




S Anna , ta femme Thobîe, parla folemcnl t n seigneur, qui csloil preudhomine ei itliomnio, elensevelissoit les mors ((ofl un roy Sarrazin faîsoit occire en despil do Iltmi M de sa loy, et avoit nom Scnnacberip. Si advint que les arroadcUes chièrcnl sur les yeulx du preudhomme Thobie, et en fut long4emps aveugle , dont sa km- me lui disi par grant despil que le Dieu pour qui Q enseveliasoit les mors ne lui rendroit mie la veue. Lepmdhomme eneut cntuypacicoco, el lui ropon- dil que loul seroit t son plaisir, doni i) advint que elle en fusl bien pugnye de malaïUes, et, quant il picusl ù Dieu , il rendit au bon tiomme sa veue , CI veoit tout cler. Et , par cesi exemple , toulA bonao femme ne doit point laidengier son seigneur, M megpriser de chose ne de maladie que Dieu luy ei^ Toye. Car le baston est aussi bien levé sur le salng eammc sur le malade, comme vous avea ouy de Tbobie qui tut guéry, et sa femme qui pari» ml fui


DU Chevalier de La Tour. iSq

malade. Dont je veul que vous saichez Texemple de la claviëre Sarra, femme au petit Thobie. Geste Sarra fut moult preude £emme et fust fille Raguel; elle ot vij. seigneurs, que Tennemy occist tous, pour ce quHz vouloient user d*un trop villain fait, que jà ne fait à nommer. Celle bonne dame reprist une fois sa clavière dhm méfiait que elle avoit fait ; mais celle, qui fust fière et orgueilleuse, lui reproucha ses sei- gneurs, en elle avilant. Mais la bonne dame nç res- pondist riens , ains ot pacience et ploura à Dieu , en disant qu'elle n'en povoit mais et que Dieux fist du tout à son plaisir. Et, quant Dieux vit son humilité, il luy donna cellui Thobie à seigneur, et eurent de beaux eniffans et moult de biens et d'oniieur ensemble. Et celle qui tença à elle et lui reproucha ainû , si fina mauvaisement et eut depuis assez moult de hontes, et la bonne dame beaucoup d'onneur. Et pour ce est bon exemple comment nul ne doit reprouchier le mal ne le meshaing d'autruy. Car nul ne se doit point esmerveillier des vengences ne des jugemens de Dieu ; car tel reprouche le mehaing d'autruy qui Ta après pire et plus honteux, si comme il plaist au créateur à iiEÛre ses vengences et ses punitions.

Si vous diray encore un autre exemple sur le Ceût de pacience. Vous avez bien ouy, selon ce que ra- conte la Bible , comment Dieux voult et souffry que Job , qui fut saint homnie, feust tempté et trebuschié de ses grans honneors en bas , si comme cellui qui estoit saint homme et riche et puissant comme un roy» premièrement quant il perdit ses sept filz et troîx filles» et puis tontes ses bestes vivans et toutes ses richesses et tous ses babergemens, qu'il vist tous


arJoîr,


1 lanl quo riens ne iui dcmoura^f


eorps d« luy el de sa lèmine, el fut si pauviQ^) luy conTÎnl goair en un fumier, où les vers lui avoiem tout rungiâ la teste el esloieat par ses cbeveuix. El sa femme lui apportoîl du relief et luy sotislcaoît la vie. Donl il avint que une fois elle se courrouça, si eomme elle fusttemptée, et lui dist : o Sire, mourtez- veus eu ce fumier, puis que aulremeD t ne vous povca avoir, n Et toutefois, combien qu'elle le deist paryre^ elle ne le vouloil pas, comme bonne preude feroms qu'elle estoil. Hais le preudhomme ne luy rcspondbt Fions, fors que tout fcust au plaisir de Dieu, ct.tpïl fusl mercië de tout. Ne oncques. pour mal a leur qu'il lui avcnist, il u'cn ilisl Rutremenlfora que mercier Dieu de tout. El quand Dieu l'eul bien es- sayé el bieu esprouvÉ , si le redressa Cl lui donna autant de bien et d'onueur comme il eut oncque*. El aussi comme ce fait advint au ^iol tcsiamool esl- il avenu au nouvel , donl vous en trouverez l'exem- ple en la légende saint Eustacc , qui perdîsl terres e( biens et femme et eoffans . bien par l'esiiace de »ij ans, et puis Dieux le releva el lui reodj- sa funtmo cl ses enflons et plus la moilië de terres, richesstia et honneurs icrriennes queilz n'avcÀenl onoqucs inaîi coz. Pour ce avous-nous cy bon exemple comment nul ne doit despire le mehaiug ne le mal d'autruy, car nul nescet qui àl'ueil lui pent, ne nul uesedott «mierveiilier ne esmaier des fortunes ne des ItiLiK lacions à soy ne & sçs voysins, et doit l'on du lout mercier Dieu , comme firent Job et saint Euttaoc. et avoir bonne espérance eu Dieu et soy humlUEr, et penser que Dieu est aussy puissaul de tondre le


DU Chevalier ae La Tocr. 161 bien au double «comme il le tôult,-et avoir en soy pa- denoe et humilité , et de tout mercier Dieu , et avoir en lûy bonne espérance.



Cjr parie de laîssier son seigneur, Chappitre IIIUxI».

n autre exemple vous diray des jmauvaises femmes. Si fut de Herodias, que Herodes tollist et fortraist à son frère , prophète, qui estoitsimpleshoms, etsonfrère Herodes estoit divers, malicieux et convoiteux. Ce fut celluy qui fist occire les innocens pour cuider occire legrant roy dont Testoille faisoit demonstrance. Car Hercxies avoit paour que eellui roy lui tollist son royaulme , et pour ce fist-il occire les innocens; il fut traistre et des- loyal à son frère , car il luy fortraist sa femme con- tre Dieu et contre la loy, dont saint Jehan Baptiste le reprenoit. Et pour cefust-il en hayne de Herodes, car celle faussefemme Herodias haioit saint Jehan, et par celle hayne empetra-eile sa mort vers Herodes, et fut moult diverse femme et fma mauvaisement, et son seigneur ausâ, comme eellui qui fùst occis par cirons ; tout aussi comme il avoit fait occire les pe- tîs innocens, tout aussi voulst notre seigneur que par les plus petites choses il feust occis en langueur, comme par cirons, qui sont les plus petites choses et bestes qui soymt. Or vous ay compté ite maies femmes, comme il

il


i6i Le Livab

csL contenu en la Cible, qui fir^t moult den et de divcrsiiez , pour estre exemplaire aux BtUr» pour soy garder de faire mal. Si vous diray ei trail- teraydesbonnes, que la sainleEscriplure loue moult. Et pource est bon de mmenlevolr leurs bonnes taches, pour y prendre bon exemple el bonnes meurs ; car Icaliens faiz el les bonnes taches des bonnes qui odi esté sontmirouer et exemple i. celtes qui sont el qui à venir sont , dont la première exemple est de Sara, que lu sabte Escriplure loc.


C/ laùse à parler d des bonnes et d


I femmes et parle leur bon gouvernement, icle escriplure les loe.


I


Et premièrement de Sarra, femme Abraham. Chapitbk IllUïII"

^9'^^\am fut femme Abrabam, moult bonne ^^^^(lame et saige, cl Dieu k garda de moult ^^â||]dc péril/.; car, quant le roy Pharaon la "'TW^îprisl, Dieu lui donna moull de maulz.de douleurs cl de maladies, et lanl qu'il convînt qu'il la rendit neclement à son seigneur. Ainsi Dieux la sauva par sa sainteté , si comme il a gardé plu- sieurs sains et saintes de feu et de eaue cl de glai- ves et de tourmens, si comme il est contenu eu U vie et en ta légende des sains et saintes. Car ainà sauve Dieux ses omis et ses amies. Ceste Sara souf-


DU Chevalier se La Tour. i63

'firit mouh de hontes et de douleurs. Elle fust bien eent ans brehaigne ; maïs pour sa sainte foy et ftour la ferme loyaulté et amour qu'elle portoit touzjours

' à son seigneur, et pour son humilité, Dieu lui donna un âlz , qui fut saint homme ; ce fut Isaac , dont les

,ii}. lignées y s^irent, et Dieu le lui donna pour la iprant bonté d'elle.



Cy parle de Rebeca. ^HAvitmi IlIIxxIIIe.

n autre exemple tous diray dé Rebeca , qui à merveilles fust belle et bonne et plaine de b<Hmes mœurs. €este Rebeca est moult louée en la Sainte escripture sur toutes, comme d'estre doulce femme et humble. Elle fust femme Isaac et mère Jacob. L'escripture tesmoingne qu^elle ama et honnoura son seigneur sur toutes, et se tenoit devant luy sy humble et sy doulces responses donnoit, que pour mourir elle ne deist et ne feist chose dont etie le cuidast corroder, et pour son humilité elle sembloit mieux servante de Tostel que la dame. Elle fut moult lon- guement brdiaingne; mais Dieu , qui aime saint et net mariage et hmnilité, li donna ij. enf&ns en une ventrée. Ce lot Esafi et Jacob , duquel Jacob yssirent lesxy. enj&ns qui furent princes desxq . lignées dont l^espitrede la Tooisfi^ parie, si comme saint Jehan le recompte que- il vit qoant il fut ravy au del. Geste


iG4 1'^ Livre ^^H

Rcbeca aima le plus Jacob , qui esloit le puîariHV lui fist par son sens avoir la beneyçon de son pftw,- sicoinme un leyon le racompte. Elle aimoit le plus cellui t[ui le mieulx se savott chevir et qui osioil de plus grant pourveance. Elle sembloil â la leonnesse et t la louve, qui aymeut plus celui de leurs &ons qui le mieulx se scel pourchacier; car Jacob estoil de grant pourveance et Esaû avoil son cuer en chas- ses , en boys et en venoysons. Et ainsi ne sont pas les enffans d'un père et d'une mère d'une manière ; carlesunsaimentunmestierel une manière de oeu- vre et tes autres une autre.

Je vous diray l'exemple d'un bon prcudonune et d'une proude femme qui furent long^temps en- semble sans avoir enfTans , cl à leur prière nosire Seigneur leur en donna un bel à merveilles. Or avoîenl-ilz promis que le premier sertnl mis et don- né à l'église pour à Dieu servir. Après cellui ils en eurent un autre qui ne fust pas si bel , et lors ilz vont changier leur propos et vont dire que ik meltr<Henl à l'église le plus lel et retendroient le plus bel pour eslre leur héritier, et Dieu s'en courrouça ei les priost tous deux, et ne leur Est nul tort, car l'un après l'ou- tre si furentdonnés, ne onques puis n'eurent lingnèe, dont ilz furent â grant douleur, Hais Dieu leur fist assavoir par le prophâle la cause el l'atdioison. El pour ce a cy bonne exemple que nul ne doit pro- mettre à Dieu diose qu'il ne vueïlle tenir, car nul ne peut moquer Dieu , comme cculx cy qui le cuidoîCnl moquer à bailler le plus Ici , et le plus bel retenir. Sy n'en verres ja nul bien venir à cculx qui ainsi le font, ne qui oslent leurs filz ne leurs filles de reli-


DU Chbyalieb. de La Tour. i65

gion , comme moygnes ou nonnains , puis que une fois ont esté baillez et donnez. Dont j'ay veu maint exemi^e de mes yeulx , comme plusieurs qui ont esté traiz des abbaies pour les terres qui leuF es- cheoient, comme de leurs frères ou seurs qui se moururent, dont la terre leur avenoit, et puis par convoitise Ten les ostoit.Mais, pour certain, de x. je n'en vi onques un devenir à bien , fors à meschiez ou honte, comme des hommes vivre et finer mal, et des nonnains que Ton ostoit tout aussi, car au der- renier elles toumoyent à mal et estoient blasmées, ou mouroient d'enffant ou finoient mallement. Et pour ce ne doit Ten oster à Dieu ce que promis et donné luy est une foiz.


Cy parle de Âlia, la première femme Jacob, Chapitre IlIUxUHe

e vous diray un autre exemple de Alla, la femme de Jacob. La Bible la loue moult comme elle amoit chierement son sei- gneur et la grant honneur que elle lui pourtoit , et comment elle se humiliet , et quant elle avoit eu effant elle en rendoit à Dieu grâces et mer- ds moult humblement et dévotement. Et pour ce Dieu lui donna les x^. princes qui furent les douze patriarches dont les douze lingnéesyssirent, qui tant furent preudommes, et aymërent Dieu et le crain- gnirent sur tous autres, et leur père et mère prioient



i66


Le Livre


chascun jour Dieu pour culx dès ce que ilz eatoM petis, el qoe Dieu les voulsist pourveoir de s'amour et desa graeo; et ilouy bien leurs prières, carîlï' furent saintes gens et taonnourez sur Mus. El pour ce est bon exemple que loul père el mère dotl chas- cun jour prier Dieu pour ses enfans , comme firent Jacob el Alia. Et si vous dy que jamaiî, pour nulle faulle ne riole que ih feissent, ilz^t maudissoienl nullement leurs enffans, ainçois les blasmoient par autre manière ou les batoient ; car ii vauldrûit mieulx cent foiz batre ses enffans que les mauldire une seule foiï, tant y a granl péril.

Dont je vous en diray une exemple d'une femme de ville. Elle esloit maie el se courrouçoil de le- gier, et aussy faisoit son mary, et par leur grant yrc ilz s'entrerechignoient cl arguoicnt souvent el menu. Sy avoient ung fi!/ d'enfaol qui leur avoil faite au- cune taulie ; sy le commenciérent louz deux à maul- dire, et l'enffanl, qui en fut yrè, leur respondit Iblle- mcnl, el le père et la mère, qui en Turent yrës, le voni donner â l'enncmy par leur courroux , el lors l'ennemy vient qui le saisy et le prisl par les bras el le haussa (oui de lerre , et par là où il tnlst Is miûn I e feu se prinst, cl perdit la main et le bras, par ^oy il fut pery toute sa vie. El pour ce est granl péril de maudire ses enffans ne de leur destiner mal , et pis encore de les donnera l'ennemy, par courroux ne par yre que l'en ait svecques enlx. Et pour ce prenez ey bonne exemple, el vous en souviengne, comme vous devez destiner tout bien à vos enQans , et prier IHen pour eulx, comme faisoit Jacob et sa femme A leufs enl&ns, que Dieu monta et exaaiça sur tooMleV'-'


DU Cheyalike bb La Tour. 167 lingnées et generacions, et non pas faire comme le fol homme et la foie femme, qui par leur grant yre maudissoient leur énfi^t , et ctepuis le domièrent à Temiemy, de quoy Fenfi^t fut pery toute sa vie.



Cy parle de tiackel, la seconde femme de Jaçob* Chavvitrb lIIIxxV*.

n autre exemple vous diray de Rachel, la secotide femme de Jacob, qui fut mère de Joseph, que ses frères vendirent en £gipte«  Dlcdle parole moult lasainteescripture, et la loue comment elle amoit à merveilles son sei- gneur, et la grant obéissance que elle lui faisoit. Sy eust celluy Joseph, dont tant de bien yssy, et en mo- rut en gèsine, et dit-Fen que ce fut pour ce qu^elle s'enorgueilly de la joye qu'elle en eut, et n'en ren- dit pas grâces à Dieu comme faisoit Alia. Et pour ce a ey bonne exemple que toute bonne femme doit touzjours rendre graœs et mercis à Dieu dès ce qu'elle a eu enffant, à comme faisoit Alia et comme faisoit sainte EUzs^,quifut fille au roy de Hongrie et femme à Londegume^ Celle bonne dame, quant elle avoit eu eoffiuit, elle foîaoit vaiir ses prestres et ses clers, et leur faisoit rendregraces et mercier Dieu,.^ faisoit faire simples, levailles, sans grans arrois, mais à ses levailles ^e fi^soit donner à mangier aux po-- vres qui prioient pour son enfEeuat, et aussi la bonne dame prenoit son enfiuit aitre ses mains et Toffroi


t66 Le Livre

àraulelea reDdanl gracesà Dieu, el lui prîfntbi btement pour lui que il le voulsisi moultcplîer ea sa grâce el en s'amour, et en celle du monde. Et pour ce Dieux essaulça ses enfTans, lesquels vindrent à grani honneur. El pour certain tout le bien et hon- neur vient de Dieu , car c«lluy qu'il aime il Ves- saulcc vers luy et vers le monde , el tout cesl bien vient par humilité, comme par humilité de ces bon- nes dames advint bien à leurs cnHans ; car pour vray il n'est riensque Dieu prise eiayme tant comme hu- milité, car pour certain il ne fust pas descendu du ciel ou ventre de la benoisie vierge Marie k ne feust ce que elle se humilia tant que elle respoudist à l'ange Gabriel que elle cstoit chamberi^ de Dieu et qu'il fcysl aussy comme il lui plairoit. Elle ne se poroil plus humilier que de soy appeler chambe- riâre.


Cy parle de la roj-ne de Ckippre. Chappithb mUiVK


m


^utn^ ont je vouldroye que vous sceussiez S ^^E l'exemple d'une royne de Chippre. Elle ne 1 ^^i@ povoit avoir enffani el cstoit de dur aage,

  • ^S&i et loulesfois.par la bonlfi de son seigneur

et d'elle, à leur prière Dieu leur donna un beau fil», dont la joje fut moult granl ou royaume. Et de la grant joie que ilz en eurent iU firent crier fesies et joustcs , et envoyërent querre tom les grensMt^


170


Le LiVRB

n ah fcut mfe ï


nvenoit qoe son Rh fcut mfe ï mort, sy la S un voissel et l'envoia sur Teaue, et alasl où il plairoit à Dieu , comme celle qui grant pitié et granl douleur avoit de veoir occire son filz (I0- vani elle. Sy avinl, comme il i^eust è Dieu, que le vessel va arriver devant k cliambre de la fille an roy Pharaon delez un prael, laquelle cstoh en Ves- bat en ce verger avecques ses damoiselles. Sy lu- rent cclluyvessel arriver delès elles. Syala elle eises damoiselles dedens le vaiascl, et trouvèrent l'enfbnt enveloppe , qui k incrVeilles estoit bel . Sy le regar- da la Hlle et en eut pilië, et le Ust nourir en sa gtkF- de-robe moult chiërement, et l'appeldl son lik par bourdes , duquel enffaut vint tant de bien ; car Dieu Teslust et esiably maistro et gouverneur de l«ut son pueple, et lui monstra moult de ses secret, et lut bailla la verge de quoy il departy la mer et la ro- clost, et de laquelle il k&l y^tre eaue vive et doulce de la pierre. Et aussy lui bailla les tables de la loy, et moult d'autres grans amislicï il lui dcmooslra. Et de celle nourriture et celluî servaige la damoy- selle en feust bien gucrrcdonnée, W Dieu ne oublie pas le service que l'on lui faisi pour charité comme nourrir les orphelins, car c'est un oeuvre de miséri- corde que Dieuxaymo moult, si comme il est contenu en la vie sûnte Elisabeth, qui norrissoit les onihe- lins et les faisoit aprendre aucun mestier. Dont une bonne dame qui n'ovoil enfTant que ung, lequel t'en ala baingnier; sy chey en une fosse et y fuatviij. jours entiers, et sa mère estoit charitable A Dieu «ti sainte Elisabeth ; dont il avint que, k luitiéme jour, la mère songea que son fils otUiïl en UHQ fsiSA- ,


DU Chetalier de La Tour. 171

(Teaue, et que sainte Elisabeth le gardoit et lui (H*; soit : « Pour ce que vous avez tousjour& nourry et » soustenu les orphelins, nostre seigneur ne veult 9 pas que vostre enflant muire ne ne périsse. Sy le fai- » tes peschier. » Et lors la mère se leva et ala' faire peschier son filis et le trouva tout sain et vif, dont renffjAnt dist que une moult belle dame Tavoit tousjours gardé et lui avoit dit : m Dieu vieult qu»' 3> tu soyes sauvé pour la charité et miséricorde de ta » mère, qui voulenliers hourist et soutient les orphe- » lins et les petis enffons.» Et pour ce a cy bon exemple comment Yen doit norrir les orphelins et les petis enffans qui en ont mestier , car c'est à merveil- les grant aumosne et grant diarité, et qui mouh plaist à Dieu. Et de ce nous monstre exemple la bis- che et plusieurs autres bestes, qui, quant nva occis leur mère et leurs faons, demeurent sans nourreture, elles les nornssent de leurs bonnes natures jus- ques à tant que ils se puissent vivre tout par eulx.


Cjr parle (Tune bonne dame de Jerico appelée •

Raao,

Chavpitrb IlIIxxVIII<

n autre exemple vous diray sur cest fait..

Il advint que en la ville de Jerico avoit

mue kaaoe cpii avoit nom Raab, laquelle

estoit blasmée, mais charitable estoit.

Dont -il avîntqiie eertains preodes honànesqui y es-



1^3 Le Livre ^M

toieni venus pour enseigner le pueplc sy trOÇH les gêna de U ville moult maulx et crueulx, qu'ils s'en alërent respondre et cachicr chiez celle femme, et les mussa dessoubz troa&scaulx de tin et de chanvre, et ne tes peurcnt trouver pour cerche- mentqiie ils feissent, et puis ta nuit les avala par une corde el les sauva. Dont il aviat qu'elle en fust (lien guerredonnèe, car la ville fui depubpiise, et hommes cl femmes tous mors, fors Baab et sa mcs- gnie, que Dieu fist sauver pour ce qu'elle avoit sauve sea sergens. Et pour ce dit bien la sainte Ëuvanjpllo. Ik où Dieu dit que le bien et le service que l'on lui fera, ou à ses serfs pour lui, que il le rendra à ceol doubles. Dont est-ce bon cxcmplo de faire bien depuis est rendue! meri àccnt doubles. Dont je mal que vouqjdchiez l'exemple de sainte Annastaiae, qui fust mise on charlre; mais Dieu la fisl deli^Ter et lui fisl assavoir qu'elle esloit délivrée pour ce qu'elle souslenoil du sien propre les povres prisonniers et les enchartrez, et là où elle sçavoit que aucun y c toit mis sans cause et à tort, par envie ou par aucune debte, elle y misl tant du sien el de sa peine qu'il feus t délivré. Et pour ce Dieu l'en guerredonna au double. Et mesmement le doux Jhesucrist dit en l'Eu- vangille que augrantjour du jugemcnl il auramcr- cydeceulxqui auroulvisité les encharlréz elles ma- lades el les povres femmes en gesines. Car à celluy jour espovantable il en demandera compte et en cou- vendra rendre raison , dont je pense bien que main- tes en seront rcprinscs de en faire bonnes respoaces. Et pour ce, belles filles, pensez-en à présent, à comme fist sainte Arragonde, qui fust rojucdefwt ,


BU Cheyalier de La Tour. 178

ce, qui les povres enchartrez visitoit, repaissoit et nourrissoit les orphelins, et visitoit les malades. EU au fort, quant elle vit qu'elle n'y pourroit entendre à sa vouïenté, pour doubté de desobéir à son sei- gneur, elle laissa son seigneur et tout Tonneur et la gloire du royaulme et la joye mondaine, et s'en fouy en tapinaige de Paris jusques à Poitiers, el là se ren- dîst en Tabbaye et se fist nonnain, et laissa le siècle pour mieulx servir à nostre Seigneur sans crainte de nulluy, dont depuis Dieu fist tel miracle pour rà- mour d'elle que ung arbre qui donnoit umbre au millieu de leur cldstre, lequel estoit devenu sec tant estoit vieulx, mais nostre Seigneur à sa prière le reverdist tellement que il geta escorce et Âieille nouvelle, contre le cours de nature. Mais riens n'est impossible quant à Dieu , et maintes autres grans mi- racles fist nostre seigneur pour elle. Et pour ce est bon exemple de faire charité , comme ouy avez de ces ij. bonnes dames et de celle bonne dame Raab, comment elles firent et comment Dieu en la parfin les guerredonna de leurs bons services.


De abstinence .

«tt@ij?* 6 VOUS diray autre exemple du père ei £^U ^ ^'^ '^ '"^'^ '^^ Sampson fortin , qui es.- ^^ ^ loienl saintes gens eu leur mariage , mais ^O-^W nuls enffans ne povoionl avoir. Sy en tu- reut-ils envers Dieu en mûute olameuf et ortùson. UnjDUf la bonne dame fut Jil'esgUse, qui pourloR estoil appelle le lempla ; si comme elle prîoit nostre seigneur en plorant, Dieux ot pilië d'elle et lui en- TOia un ange qui lui dtst qu'elle auroit un filz qui seroit le plus fort homme qui onques l'usl, el loquel debastroii et essauccroti par sa force la loy de Dieu. La bonne dame vint t son seigneur et le li i^. SoQ seigneur se gêna eu oroison el pria Dieu quil lui pleust à lui demonstrer sou ange, el lors Dieu leur envola son ange qui leur disl celles paroles, el quilz jeûnassent et qu'ilz feisseut abstinences, el aussi que ilz se gardassent de trop boire et de trop gourman- der. n Car n, dist l'ange, « le trop gourmander el le B trop mengier, fors es heures deues, el aussi le trop u boire guerroyé le corps et l'âme, s Et quant tl leur eut ce dbt si se party, et \\i tirent le comman- dement de l'ange et jeûnèrent el tirent abstineooes. Et puis eurent reoffant, qui maintint moult bieoUloy de Dieu encontre les païens, et en fisl moult de oo- cbions el moult de grant merveilles, si comme Dieux


DU Chevalier de La Tour. 176

le soustenoit; car il desconfisl par son corps iij. mille personnes. £t pour ce est bon de jeûner et faire ab- stinence, qui vieult riens requerre à Dieu ; car confes- sion et jeunes empêtrent vers Dieu sa requeste, com- me Fange leur dist, et wp/rès leur dist que ils le gar- dassent de trop mengier fors à ses heures, par espé- dal de trop boire, dont, quant le saint ange, qui tout scet, leur defiendit ces y. vices, c'est bon exemple que tout hQmme et femme si s'en doit garder sur tous autres vices, car par cellui viceren entre en très- tous les autres vij. vices mortelx, comme vous le trouverez plus, à plain pu livre de voz frères, là où il parle comment un hennite. qui eslut cellui pechié de gloutCMÛe, et le fist et s'^yvra, et par cellui il cheist en touz les vij. péchez mortelx, et avoit cuidié eslire le plu» petit des vij^ dont je vous diray que Salemon en dist ou livre des enseignemens ; premiè- rement il dist que vin trouble et rongist les yeulx et afitiblist la veue et fait le chief dodiner et croller, et empesche Touye et estouppe les narilles, et fait le vi- saige pruneller et rougir, et fait les mains trambler et corrompt le bon sanc, et affaiblit les ners et les vainnes, et mine le corps et lui haste la mort, et lui trouble le senz et la mémoire. Dont Salemon dist que de XX. femmes une qui seroit yvrongne ne pourroit mie estre preude femme au long aler, ne amée de Dieu ne de ses amis, et qu'il li vauldroit mieulx es- tre larronnesse ou avoir d'autres mauvaises taiches que celle , car par odle elle entrera en toutes les au- tres mauvaises. Pourquoy, me^chières filiez, gardés- vous de eellui mauvais vice de trop boire, ne gour- mender, ne mengier fors aux droites^ heures, comme


ijfi Le tivRB

à disner et A souppcr. Car une foiz meogier esl vie d'ange , et ij. foiï est droite vie d'omme et de fome, ol plusieurs fois men^er est vie de besle, el tout cbiet par coiislume et par usa^e, car de telle vie, soit de boire ou de mengier, comme vous vouldrës acouslumer en voslre jeunesse, vous le vouidrez mainlenir en voatre vieliesse, et pour ce ne diiet que en vostre voulenlë à y mettre remède ù heure. Sy devez cy preudre bomie exemple au saint auge C]Ui en avisa le père et la mère de Sampson (ortiu ; rangenediBlpascommcillîstâZacane3;caril lidist que sa femme aurait ud filï qui auroit nom Jehan, qui ae buvroit point de vin ne de cervoise ; car l'un cnHant [ust cslably de Dieu pour garder la foy par espée contra les païens, ce fust Sampson, et S. Jehan fut eslably pour prescher et estra niirouoir de dias- teté, de jeunes et de abstinences, et de user la hùre el cslrc niirouoir de toute sainte vie. Si vous laî&se de cesle matière et vous diray d'im autre exemple.


De aprendre saigesce et elergie.i^

Cbappiibe IllI»'i»X'.

^V^-^ G vous diray une autre exemple AbhI i^M UÙ dame qui avoit une fille qui eust i nom i ïgÏ J^ Oelbora, laquelle elle misi k l'escole de i So^oS* saigesse et du saint esprit et de sj Celle Delbora apprist si bien qu'elle sceusl I escripture, el usa de sy sainte vie qu'elle sceu&l des |


BU Chevalier de La Tour. 177

secrez de Dieu et parla moult des choses à venir, et par son grant senz touz lui venoient demander con- seil des choses du royaume et de leurs affaires. Son seigneur estoit maulx homs et crueulx ; mais par son sens et par son bel acqueil elle le savoit bien avoir ; car elle Tostoit de sa frenaisie elle faisoit pai- sible et Juste à son pueple. Et pour ce a cy bon exem- ple que Ten doit mettre ses filles pour apprendre la dergie et la sainte escripture ; car pour en sçavoir elles en verront mieulx leur saulvement et recog- noistront mieux le mal du bien , si comme fist la bonne dame Delboraet comme fist sainte Katherine, qui par son sens et par son clergie , avecques la grâce du Saint-Esprit , elle seurmonta et vainqui les plus saiges hommes de toute Gresce, et par sa sainte clergie et ferme foy elle congnust Dieu, et Dieu lui donna victoire de martire et en fist porter le corps par ses anges xiiij. journées loing, c'est as- savoir ou mont de Sinay, et son saint corps rendit huille. Et le commencement et fondement de Dieu congnoistre fust par sa clergie, où elle congnust la vérité et le sauvement de la foy. Encore un autre exemple vous diray-je d'un enffant de Taage de ix . ans qui avoitesté iiij. ans à Tescole , et , de la grâce de Dieu, il desputoit de la foy contre les paiens si fort que il les vaincquit touz, et au fort ils Tespiërent tant qu'ilz le prisdrent , et quant ilz le tindrent en leur subjedon ilz le menacièrent à occire ou il renieroit Dieu. Mais, pour tourment que ilz luy poussent fai- re, il n'en yoult riens faire. Sy lui demandèrent où estoit Dieu, et il leur'dit: « Au ciel et adjoint en mon cuer. » Lorsde depililsleoccirent et lui fendirent le

12


ijS Le Livre

cousté pour voir son cuer, se il disoit voir que Dieu y feust. Et, quant il fut feudu et ouvert , Ûz virent de son cuer yssir un coulon blanc, dont il y eut au- cuns d'eulx pour celui exemple se convertirent en Dieu. Et pour cest exemple et les autres est bonne chose de mettre ses enffans juennes à Tescolle et les faire apprendre es livres de sapience, c'estrà-dire es livres des saiges et des bonsenseignemens, où Von voit les biens et le sauvement du corps et de Famé, et en la vie des pères et des sains , non pas les foire apprendre es livres de lecheries et des fables du mon- de; car meilleure chose est et plus noble à ouïr et parler du bien et des bons enseignemens, quipue^ot valoir et prouffiter, que lire et estudier des fables et des mensonges dont nul bien ne prouffit ne puet es- tre ; et pour ce que aucuns gens dient que ilz ne voul- droient pas que leurs femmes ne leurs filles soeus- sent bien de clergie ne d'escripture , je dy ainsi que, quant d'escripre, n'y a force que femme en ssdche riens; mais, quant à lire, toute femme en vault mieulx de le sçavoir, et cognoist mieulx la foy et les périls de Tame et son saulvement, et n'en est pas de cent une qui n'en vaille mieulz ; car c'est chose es- prouvée.



DU Chevalier de La Tour. 179

De la dame nommée Ruth. Chappitrb IIIIxxXK

n autre exemple vous diray d^une bonne dame appelée Buth , dont descend! le roy David. Celle bonne dame est moult louée en la sainte escripture , car à merveilles amaDieuetobey à son seigneur, et, pour Tamour de lui, elle honoroit et amoit ses amis et leur portoit plus de honneur et de privetè cpie es siens devers elle ; dont il advint que, quant son seigneur fust mort, que le filz de son seigneur d*une autre femme ne U voulait riens laissier, en terre, ne meuble, pour ce qu'elle estoit de loingtain pays et loing de ses amis, pour ce la cuida esbahir ; mais les amis de son feu seigneur, qui Tamoient pour la grant doulceur et la priveté et le grant semblant d'amour et service qu'elle avoit toujours porté , les mist devers elle, et furent contre leur parent, tellement que ilz firent avoir à la dame son bon droit et toute sa partie selon la coustume. Et ainsi la bonne dame sauva le sien pour Tamistié et la bonne compaignie qu'elle avoit fait aux parens de son sdgneur quand il vivoit. Et pour ce a cy bon exemple comment toute bonne femme doit servir et honnourer les parens de son seigneur ; car plus grant semblant d'amour ne li pourroit-elle faire» et en ce lui en pnet tout bien et honneur venir, si comme il fist à la bonne dame Ruth, qui, pour amer


(8o Le Livre

el honnourer les parens de son seigneur, elle recou- Tfa sa juste partie des heritaiges el des biens son s^- gneur, comme ouy avez.


e doit xoiistcniT son seigneur.

>PITRE I11IXXX.11'.

liray un exemple d'une bonne ds- e qui bien doit estre louée. Celle bonne ^ dame avoit nom Abigail ; elle avoit un eà- ^ gncurqui estoit à mervrâUe maulx bons et divers et rioieux à tous sos roi^ns, e( mesdisi Sy avoit trop forfait au roy David , dont le roy le fisl desfler, el le vouloîl destriiire et nicltre à mort. Mais la bonne dame, qui sage esloit, vint dmers le roy el se humilia tant par ses doulces pan' qu'elle ttst la paix de son seigneur. Sy le gaitla celle foiz cl plusieurs au très de maints perilz où il se met- toil par sa mauvaise langue cl par sos foies sotises. Hais tousjours la bonne dame amendoii ses eottiea et ses folies, dont elle doit bien estre touèe, el ai de ce qu'elle soufîroit moult humblement de lui la paine et la doulleur qu'il lui faisoit iraire. Et pour ce a cy bon exemple comment tonte bonne femme doil soulTrir de son seigneur et le doit supporter, et par tout le sauver el garder comme son seigneur, combien qu'il soit fol ou divers , puisque Dicui: le hii a donné. Car lanl comme elle y aura plus à soiiflnr el elle le portera plus humblement et Gouvem la


DU Cheyalier db La Tour. 181

folie de lui, de tant aura-elle plus Fambur de Dieu et roimeur du inonde.

Je Youldroye que vous sceussiez l'exemple d'u- ne bonne dame, femme d^un saiateur de Rom- me, si comme il est contenu es croniques des Ro- mains. Cellui sénateur estôit moult jaloux sans cau- se, et estoit moult dive^ homs et moult maulx et crueulx à sa femme. Sy advint que il eust à faire ung gaige de bataille encontre un autre. Or estoit-il trop couart et failli; le jour de la bataille son champion qui devoit jouster potir lui estoit malade, et ne trouva lors aucun qui pour lui se voulust combattre, dont il eust este débouté; mais sa femme, qui regarda le gnmt déshonneur que son seigneur y auroit , ala en sa chambre et se fist armer; sy monta à cheval et se mist en champ, et avoit son visaige deffait que nul ne la cogn^ist, et toutes foiz, pour ce que Dieu vit sa bonté et que elle faisoit selon Dieu son devoir, et rendoit à son seigneur bien pour mal , Dieu lui don- na telle grâce que elle gaigna la querelle de son sei- gneur honnourablement. Et quant vint que tout le traictié fust accomply, Tempereur voult veoir et sçavoir qui estoit le champion du sénateur. Si fiist desarmée et fust trouvé que c'estoit sa femme , dont Tempereur et toute la vÛle lui portèrent dès cellui jour en avant plus grant honneur qu'ilz n*avoient foit, et fust à merveilles honorée, tant pour ceste cause comme pour ce que elle se portent bel et doulcement des maulx que son seigneur ly fusoit bien souvent traire. Et pour ce a cy bonne exemple comment toute bonne femme doit humblement soufi&ir de son sei- gneor ee que eila nd puet ameeder ; car cdle qui


)8ï Lk Livre

l^its en seufTre sans en faire cbière e X. ion plus de boimcur que celle qui n'a cause de soufTrir, et qui a son seigneur bien cntacliië, comme dil Salemon , qui bien parle des fetama stm louanl les unes et blasmant les autres.


De adoulctr l'ire de son aeignear. Crappitrb llIIo'Xlll*


I


1 autre exemple vous diray d'une de» [ij femnncsau roy David, commenl elle apai- l'ire de son seigneur. Vous avex bien comment Amon le fib David liespB- cella sa suer, et comment Absalon leur frËre vei>- gea celle honte et le fist mettre à mort, dont Ab- salon s'en tbuy bors du pays , car le roy le vouloit ttitc occire. Mais celle bonne dame lui list s paix , car elle monstra tant de bcmnes raysons à soa sei- gneur que il lui pardonna. 5y n'estojt-elle pas sa mère, fors femme de son seigneur. Hais die lenoit en amour son seigneur et ses enffaos comme bonne dame. El ainsi le doit faire toute bonne dame; car plus granl semblanl d'amour ne pnei-elle monstrer a son seigneur que amer ses enffans d'autre femme, et y conquiert honneur au double, et plus les doit soustcnirque les siens; car au derrenier il n'en vient fors que tout bien et honneur, si comme il adviul à celle bomiedame que, quant le roy fut mort, l'en lui vouloit loUir son droit, mais Absalon ne le touIsC


BU Chevalier de La Tour. i83

souffrir et dist devant touz que, combien que elle ne feust sa mère, que elle lui avoit porté honneur et pri~ veté et amour, et par maintesfois desblasmé vers mon seigneur mon père ; car elle ne perdra jà riens de son droit. Et pour ce a cy bon exemple comment toute bonne femme doit amer et honnourer tout ce qui est de son seigneur, comme ses enffans d'antre femme et aussy ses prouchains et ses parens. Car voulentiers nul bien n'est fait que communément ne soit mery, si comme il advint k ceste bonne dame, comme ouy avez.



De querre conseil. Chappitre IIIIxxXIIII«.

e vous diray un autre exemple de laroyne de Sabba, qui moult estoit bonne dame et saige, laquelle vint de vers Orient en Iheni- salem pour demander conseil d'un grant feit au roy Salomon , lequel la conseilla feablement, et bien lui prist de son conseil, et elle ne perdy pas son travail ne ses pas. Et pour ce a cy bon exemple que toute bonne dame doit eslire unbonpreudomme <H saige de son Ugnaige ou d'autre et le tenir en amour et soy conseiller à lui de ses besoingnes ; car te bon conseil foit la boraie œuvre, et fait tenir bonne amour à ses voisins et garder le sien sans parler et sans noter, et, se aucnn plait ou contens se met, le bon preudemmeeC lesaige conseil si leoste et amo-


d^e la chose, et fait avoir le si




saQS grans mises, et lousjours en vient grant Inen,* somme il vint â la bonne royne de Sabba, qui Ae sy loiug vint queire conseil au sûge roy Salemon. Et encores vouldroye-je que vous seeusâei l'exemple d'un empereur de Romme. L'empereur estoit malade au lit de lamorl. Chascundes seignenrG et des séna- teurs et autres pour lui plaire dissent que il seroît lanlost guery, mais que il eust sué. Mais amy que il eust ne lui parloit du prouffît de l'ame. Sy avdt avecques lui un cliambellan qui l'avoit nourry , le- quel le servoil d'enffance. Cellui veoit bien que il ne pou voit esctiapper, etquelousneleconscilloientfbra que pour lui plaire Beulemenl, Sy lui va dire le chsin- bellan ; « Sire, comment sentez-voï voslre cuerï » Et l'empereur luy dbt que bien petitement. Lors lui commengaàdire moult liuinblement:aSire, Dietn 11 vous a donne en cest monde toutes honneurs elles w iMcna terriens et la joye mondaine , si l'en reoon- M gnoissez et merciez , et départez à ses porres des » biens que Dieu vous a donnez, tellement que il n'ait « que reprouchier sur vous, n L'empereur escoutn et dist deux motz : Plus vault amy qui point que- flaiieur qui oint. Et fusi pour ce que ses amb ne lui. avoienl parlé que de l'espérance de la santé du coq» pour lui plaire ; mais cesluy-cy lui parloit du sauve- ment de l'ame ; car qui ayme le corps il doit ainor l'ame, el ne doit l'en riens cellerà son amy dechosc qui lui porteprouOit et honneur, ne, pour amour ne pour hayne, ne le laisseàconscillierloyaiilmem, com- me preudommceibon amy, et ne le flatte pas ne fùre ie placebo ooiurae RtëuI tous les amis de rempomic^,


DU Chevalier de La Tour. i85

qsiyeoientbien qu'U ne povoit eschapper de mort et^ ne luioâoient pas -dire le prouffît de son ame comme fist son povre chambellain , qui le mist à la voie du sauvement. £t l'empereur le creust, car il donna et départi du sien largement pour Dieu.



'preude femme qui amoit les sergens de Dieu.

Gbapvitrb llll^^XV*.

n autre exemple vous diray de une moult preude femme qui avoit un simples homs à mary. La bonne dame estoit moult cha- ritable et aymoit moult les sergens de Dieu . Sy avoit, vers les parties de Jherusalem, un saint preudomme prophète qui avoit nom Elizeus. Celle bonne dame avoit grant devocion au saint homme, et le pria de venir heii)ergier chiez son seigneur el chiez elle, et lui firent une (diambre solitaire où Ic^ saint homs, qui vestoit la haire, faisoit ses afflictions. Si ne povoit la bonne dame avoir enffiint de son sei- gneur ne lignée. Si vont prier le saint homme qoe il priast Dieu qull leur donnast enffans et lingnée, et lesaintprophète en pflaDîeu tant que ib eurent un filz à merveilles bel, qui vesquit bien xv. ans et puis morut, dont le père et la mère endeurent mourir de dueil. Sy fist mettre la mère renffant en la chambre du saint prophète, et ala par le pays tant qu'elle trouva le saint preudonmie, et quant elle Tettstlrouvé


i86 Lfi LiYtiB

eiie Famena en sa chambre et lui monstra VenfTant <;iui estoit mort et lui dist ': ce Ha, saint homme, veez- »: cy renffant que Dieu me donna par ta prière , qui /estoit toute nia joye et ma soustenance. Je te prie

d que tu Yueilles Dieu prier que il le me rende ou

» qui! me preingne , car je ne vueil point demourer » après lui. » Et Elizeus le saint prophète eut pitié de la bonne dame; sy adouraDieu, et Dieu le revesquit à sa prière, et vesqui reniïant longuement et fîist saint homme. Pourquoy , mes chières filles ,. yey a bonne exemple comment il fait bon se accointier des sains hommes et les amer, et qui usent de bonne vie et de sainte, comme ceste bonne dame, qui ne povoît avoir enfîans et en eust à la prière du saint homme» et depuis que Fenffant fut mort. Dieux le ressuadt&à sa prière, et pour certain Dieux est aujourd'uy auBvy puissant et aussy débonnaire comme il estoit lors & ceulx qui le seniront. Si ne fault que mettre bonne painneet humble cuer à le desservir, et tenir la con- paignie des saintes gens qui usent de saincte vie, et les croire ; car tout bien en puet venir, comme il fist à la bonne dame.


DU Chevalier de La Tour. iSj



De Sarra, femme du petit Thobie, Chappitre IIIIx>XVK

e vous diray un autre exemple de une bonne dame, qui avoit nom Sara. Vous avez bien ouy comment elle eust vij. sei- gn^rs, que Tenemi occist pour ce quilz ne vouloient pas user déloyal marîaige, et com- me sa clavière lui reprocha que mary ne lui po- voit arrester. £t la bonne .dame, qui vit que celle foie vouloit tender à elle , si lui dist comme saige mouJt humblement : « Belle amie , à toy ne à moy » ne appartient mie à parler des jugements de Dieu », et plus ne lui dist £iie ne sembla pas à la fille d'un des sénateurs de Romme, qui avoit le cuer si félon que elle tançoit en plainne rue avecques sa voisine, et tant crurent et montèrent les paroles que l'autre lui dist que elle n'estoit pas nette du corps , dont par celle parole, qui ala tant avant, elle en perdy son mariaige , feusl vérité ou mençonge. Et pour ce est grani folie à toute femme de tencier ne respondre à tenceurs ne à gens qui sont félons et cruelz et qui ont maie teste , dont je vous diray un fait que je vy d'une bien gentilz fenune qui tençoit à un homme qui avoit maie teste. Sy lui dis : « Ma damoyselle, je » vous loue et conseÛle que vous ne respondiez » point à ce fol; car il est assez fol de dire plus de 9 mal que de bien ». Mais elle ne me voult crob*e , si


i88 Le Litre

Icnça plus fort en lui disant qu'il ne valoit r! il respondil que il valoit autant pour homme comme elle foisoit pour femme. Et tant montf reni leurs pa- rolles que il disl que pour certuiii il sçavoil bien un homme qui la baisoit de jour et de nuit quant il vouloii. El adonc ja l'appellay à cosié et lui dis que c'estoit folie de prendre k fol paroles ne lencons. Si furent lea paroles laides et devant moult de gens, et fust difTamée par Bon allayne et par son fol tencier, et fist sçavoir à plusieurs gens ceque ilz ne scavoienl pas. Elle ne sembla [>as la sage Sarra, qui ne fist pu grans responce» à sa folle clavière ; car aucunes foii l'en se met bien de son bon droit en son Wrt, et si est moult meschante chose et honteuse & genlilz femmes et autres de tencier nullement. Dont je TOUS diray l'exemple de la propriété de certaines bestes. Kegardez- moy ces chiens et ces masdns ; de leur nature ilz rechignent el abbayent, maisun gen- til levryer ne le fera pas. Ainsi doit-il oslredesgenBIï hommes et des genttlz femmes. Et aussi je vous di- ray l'exemple de l'empereur de Conslenlinoble. 11 Gsloilliomme moult fier cl félon, mais jamais ne ten- çAst a nul, dont il advint que il trouva ses q. lilz tançant; mais 11 les eust batus, qui ne se feust mû entre deux, El puis dbt que nul genUl cuer ne de- voit tencier no dire villenie. Car au tencier l'en con- gnoisl lesgentilïdeavecqueslesvîllwns.careellni est villain qui de sa bouche dist villenie, el pour ce est grant gentillescc et granl noblesce de cuer à oeubc qui pueent avoir pasclencc et humilité en euli, et ne respondre point à toutes les foies paroles des (o\î ne des foies. Car pour certain il advient BOUvWt


DU Cbeyalier BE La Tour. 189

que une foie parole engendre telle foie responce qui puis porte honte et deshonneur; et pour ce, belles filles , est bon de y prendre bon exemple. Car le fol et la foie de félon et haultain couraige , quant Fen leur tient pié , ilz dient de leurs malices et de leurs yres aucunesfoiz villenies et choses qui oncques ne furent pensées, pour vengier leur grant yre. Et ainsi se doit garder toute bonne femme de riens respondre à son seigneur devant les gens pour plusieurs cau- ses; car à soy taire elle ne peut avoir que toute hon- neur et tout bien de touz ceulx qui le verront , et à lui respondre son desplaisir ne li peust venir fors honte et desplaisir et deshonneur.



De la royne Rester. Chapitre IIIIxxXVII».

e vous diray vn autre exemple de la royne Hester, femme au grant roy de Surye. Celle fut à merveilles bonne da- me et saige , et amoit et craingnoit son seigneur. Sur toutes dames la sainte escripture la loue moult de sainte vie et de ses bonnes mœurs. Car le roy son seigneur estoit mal et divers, et lui disoit aucunes foiz moult d'oultraigeuses paroles et vilain- nies ; mais pour riens que il lui deist elle né lui res- pondoit aucune parole dont il se deustcorroucer. de- vant les gens ; mais après , quand elle le trouvoit seul et veoit flkm lieu» elle se desblamoit et lui


igo l'E l'IVRE

monsli-oil bel el courloisement sa faulle, et pour ce le roy l'amoit à merveilles eldisoit on son secret qu'il ne se povoil courroucier à sa femme , tant le preiunl par bel et par doulces paroles. Certes , c'esl une des bonnes lâches que femme puistavoîr, quene refon- dre point en l'ire ue en courroux de son sdgneur. Car cucr gentil esl cremetcux et a touz^ours paours de faire ou dire chose qui desplaisc t cellui qull doit honnorer et craindre, dont l'en conte 6s livres des roys de la femme d'un grant seigneur qui esioit mal et divers et sa femme estoit moult douce , et motilt souffroit et estoit humble. Sj estoil un jour moult pensive, el ses damoiselles lui disoient: n Madame, B pourquoy ne vous esbalez-vous , comme juenne da- n me que vous estes? » Et elle respondit que il coo- venoit que elle se doubtast et se demcnasl comme die s(;avoit que estoit la voulentë de son seigneur, pour avoir la joye de iuy el la pûx de son hoslel. Et puis diaoit que la paour de trois prisons la destrci- gnoit de estre trop Joyeuse et trop gaye , dont l'une estoit amours, faulrepaoura, etlalierce honte. Ces i[|. vertus la maistrioicnl; car l'amour qu'elle avoit â son seigneur la gardoit de lui faire son desplaïsir; paour la deslrainguoit de perdre son honneur et de faire pechié, fors le moins qu'elle povoit-,honled'avoir villain reproche. El ainsi la bonne dame dit à ses damoiselles. Pour quoy, mes chiëres Biles , je vous prie que vous ayez ces exemplesenvoz cuers, et ne respondez nulle grosse parole ne envieuse à vostra seigneur, fora doulce et humble, comme faisoil celle bonne dame, la royne Hester, comme ouy avez, et comme cesle bonne dame qui disl à ses damoiselles


BU Gheyàlier de La Tour, igt

que son cuer estoit en Tamonr et en la prison de son seigneur, et pour ce ne povoit-dle faire fors que à tout son plaisir et vivre en sa paix.



De Suzunne, la femme Joachim. Cbavpitre IIIUi'XYIIK

n aultre exemple vous diray de Susanne , la femme Joachim , qui estoit grant sei- gneur en la chetivoison de Babilonie. Celle Susanne estoit à merveille belle da- me et de saincte vie. Si avoit ij. prestres de leur loy qui disoient leurs heures en un verger, et la bonne dame peignoit son chief , qui estoit blanche et blon- de. Sy arrivèrent ces ij. prestres sur elle et la virent belle et seule. Lors si furent temptez, et li vont dire que se elle ne vouloit faire leur voulenté , qu'ilz tes- moigneroient qu'ilz Fauroient trouvée en fait de luxure avec un homme, et pource que elle auroit enf- fraint son mariage, elle seroit lapidée ou arse, selon la loy qui lors couroit. Celle bonne dame fust moult esbahie , qui par faulx tesmoings veoit sa mort ; car deux tesmoings estoiont lors creus. Sy pensa et re- garda en son cuer que elle aymoit mieulx mourir de la mort mondaine que de la mort pardurable , et mist son &it en la voulenté de Dieu , auquel elle se fioit du tout, et lors respondit à brief qu'elle n*en feroit rien, et qu'elle amoit mieulx à mourir qu'à faul- cer sa loy ne son saint sacrement de mariage. Adonc


les ij. faulx prestres alÈrenl es jug conlrc elle qu'iU l'avoienl trouvée en avoultrie, c'est à dire à autre que à son seigneur. L'on l'emme- na tanlosl et fust jugiée k mort, mais elle s'escria à Dieu, qui lout savoit , cl U loyaultë d'elle et de son inariaige. Et Dieu, qui n'oublie point voulentiers son sert, lui envoia secours el iisl venir Damel le pro- phète , qui n'avoit d'âge que cnlour cinq ans , lequel s'escria cl disl les juges d'Israël , c'est à dire du pue- pie de Dieu : " Ne occicz pas le sanc juale et inoo- 9 cent de ccst fuit , et cnquerrex ehacua par 3oy, et » leur demandés soubz quel arbre ilz la Irouvëreot. s Lors le pucple fust csbay de veoir si petit en&nt ainsi parler. Si virent bien que c'esloit appert miracle de Dieu. Sy firent l'enquesle à chascun parsoy, dont l'un disl que il les avoil trouvez Boubz tm G- guier, el l'autre disl desoubz un pinnier, el ainsi fu- rent en faii coolmres; si furent jugiex fl mon, et quant ih virent qu'il n'y avoit point de nmiÈde , ilx rccogneurcnllaverilédufailetdislrenlqu'UxavoiâDI bien deservy la mort, et non pas elle. Et pour oe a cy bon exemple comment Dieun garde ceulï qui ont en luy fiance , et qui mctlenl leur fait en sa main , comme fist la bonne dame , qui mieulx vouloit se mettre en adventure de mourir que paijurer sa loy , c'esl assavoir enlfraindre son saint sacrement el son loyal mariaige , el si doublait plus la pcrdidon de l'ame et la mort pardurable que la povre ^e de o monde, dont par sa bonlé Ilieui lui sauva le cofps el l'ame , comme ouy avez. Et pour ce loule btnne femme doil tousjours espérer en Dieu , el , pour l'a- mour de lui cl l'amour de son mariage , soy jjar-


DU Gheyalibr bb La Tour. 198

der de perilz et ne de pechier si grandement ne si vilfnent comme enffrsJindre son sérement et sa bonne loy.



De Eliz€iielh, mère saint Jehan Baptiste, Chappitrb IIII"XIX«.

^,e vous ddray un autre exemple du nouvel Testament. Cest de sainte Elisal^eih, m^ saint Jehan Baptiste. Geste servoiit premi^- rcment Dieu et puis son seigneur. Elle le doubtoit sur toutes femmes, et, se il venslst de hoi^ et il lui feust riens mesavenu en Tostei, elle le celasi et le feit celer jusques à ce qu'elle yeist bien son point, «t pnis lui deyst si bel et si atrempeement à son seigneur que jamais ne s'en deust corroucier. Elle convoitoit touz jours la padz et la joie de son seigneur, et adnsi le doit toute bonne femme faire. Ceste ssdnte dame amoii et craingnoit Dieu et por- toit bonne foy à son seigneur. Et pour ce Dieu lui donna saint Jehan Baptiste. Et ce fiist bon guerre- don ; car femme qui ayme et craint Dieu et se garde de péchiez et se tient nettement. Dieu le lui guerre- donne à vie, et après la mort à cent doubles, comme il fist à ceste sainte dame à qui il donna biens ce- lesticulx et biens terriens à puissance, comme il fait à ses amis qui se tiennent nettement en leur ma- riaige et qui ont bonne espérance en lui, si comme sainte Susanne, comme vous avez oy.

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i84 l'E Livre

tibre la chose, et faiiavoirle ^en sans g sauB grans mises, et tousjours en Tient granl îrietar domine il vint à la bonne royne de Sabba, qui de sy loing vint quare conseil au saige roy Salemon. El encores vouldroye-je que vous sceusaiez l'eiemple d'un empereur de Romme , L'empereur eswil malade au lit de la mort. Chascun des aâgneursel des séna- teurs el autres pour lui plaire disuient que il s^tiit tantosl guery,mBis qucil enslsuë. Hai&amy queil eu6i ne lui parloit du prouffîl de l'ame. Sy avoit avecques lui un cbambclkn qui l'avoîl Dourry, le- quel le servoit d'enfTance. Cellui veoit bien que il ne pouToiteschapper, etque tousnelc conseil! oienl fors que pour lui plaire seulement. Sy lui va dire le cham- bellan : Sire, comment scntez-voï voslre euerî » Et l'empereur luy dist que bien pelilcment. Lon hii commença i i^re moult Immblement : sSire, Dieux il vous a donné en cesl monde toutes honneurs elles M biens terrîeus et la joye mondaine, si l'en recon- » gnoissez et merciez , et dépariez à ses porres deS' u biens que Dieu vous a donnez, tellement qne il n'ait M que reproucbier sur vous, b L'empereur escouta et dist deux motz : Plus vaull amy qui point que flatteur qui oint. Et fust pour ce que ses amis ne lui avoieni parlé que do l'espérance de bi santé du corps pour lui plaire ; mais cesluy-cylui parloit du sauve- ment de ï'ame ; car qui ayme le corps il doit amw l'ame, el ne doit l'en riens celler à son amy de chose qui lui porte prouffilel honneur, ne, pour amour ne pourbayne, nelelaisscàconseillierloyaulmenl, com- me preudomme el bon amy, cl ne le flalto pas ne faire lejj/ocaùo comme firent lous les amis de l'emporaw^ ,


DU Chevalier bb La Tour. i85

qui yment bien qu'il ne povoît eschapper de mort et> ne luiçâoient pas -dire leprou£fit de son ame comme fist son povre chambellain , qui le mist à la voie du sauvement. £t Fempereur le creust, car il donna et départi du sien largement pour Dieu.



D'une preude femme qui amoit les sergens

de Dieu*

Cbapvitrb lIIUxXV».

n autre exemple vous diray de une moult preude femme qui avoit un simples homs à mary. La bonne dame estoit moult cha- ritaUe et aymoit moult les sergens de Dieu . Sy avoit, vers les parties de Jherusalem, un saint preudomme prophète qui avoit nom Ëlizeus. Celle bonne dame avoit grant devocion au saint homme, et le pria de venir heii)ergier chiez son seigneur et chiez elle, et lui firent une (diambre solitaire où le. saint homs, qui vestoit la haire, faisoit sesafflicti<ma. Si ne povoit la bonne dame avoir eoffont de son s^ gneur ne lignée. Si vont prier le saint homme que il priast Dieu quil leur donnast enffans et lingnée, et ïesaintprophète en pflaDieu tant que ib eurent un filz à merveilles bel, qui vesquit bien xv. ans et puis morut, dont le père et la mère endeurent mourir de dueil. Sy fist mettre la mère renffant en la chambre du saint prophète, et ala par le pays tant qu'elle trouva le aaint preudomme, et quant elle Feuflt trouvé


i86 Le LiYiiE

éi!e ramena en sa chambre et lui monstra TenfiTant (jai estoit mort et lui dist : « Ha, saint homme, veéz- »■ cy Tenffant que Dieu me donna par ta prière , qui /estoit toute ma joye et ma soustenance. Je te prie » que tu vueilles Dieu prier que il le me rende Ou » quil me preingne , car je ne vueil point demourer » après lui. » Et Elizeus le saint prophète eut pitié de la bonne dame; sy adoura Dieu, et Dieu le revesquit à sa prière, et vesqui renffant longuement et fa$i saint homme. Pourquoy , mes chières filles ,» ycy a bonne exemple comment il fait bon se accointief des sains hommes et les amer, et qui usent de bonne vie et de sainte, comme ceste bonne dame, qui ne povoit avoir enffans et en eust à la prière du saint homme, et depuis que TenfEant fut mort, Dieux le ressu8ciUw& sa prière, et pour certain Dieux est aujourd^uy auâÔT puissant et aussy débonnaire comme il estoit lors à ceulx qui le serviront. Si ne fault que mettre bonne painne et humble cuer à le desservir, et tenir la com- piaignie des saintes gens qui usent de saincte vie, et les croire ; car tout bien en puet venir, comme il ôst à la bonne dame.


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De Sarra, femme du petit Tkobie, Ghappitre IIIIxxXVK

e vous diray un autre exemple de une bonne dame, qui avoît nom Sara. Vous avez bien ouy comment elle eust vij. sei- gneurs , que Tenemi occist pour ce qullz ne vouloient pas user de loyal mariaige, et com- me sa clavière lui reprocha que mary ne lui po- voit arrester. Et la bonne dame, qui vit que celle foie vouloit tencier à elle , si lui dist comme saige moult humblement : «Belle amie, à toy ne à môy » ne appartient mie à parler des jugements de Dieu », et plus ne lui dist. Elle ne sembla pas à la fille d'un des sénateurs de Romme, qui avoit le cuer si félon que elle tançoit en plainne rue avecques sa voisine, et tant crurent et montèrent les paroles que l'autre lui dist que elle n'estoit pas nette du corps , dont par celle parole, qui ala tant avant, elle en perdy son mariaige , feust vérité ou mençonge. Et pour ce est grant folie à toute femme de tencier ne respondre à tenceurs ne à gens qui sont félons et cruelz et qui ont maie teste , dont je vous diray un fait que je vy d'une bien gentilz femme qui tençoit à un homme qui avoit maie teste. Sy lui dis : « Ma damoyselle, je » vous loue et conseille que vous ne respondiez » point à ce fol ; car il est assez fol de dire plus de » mal que de bien ». Mais elle ne me voult croh*e , si


i88 Lb Livre

tença plus forl en lui disant qu'il ne yaloit rienan il respondU que il valoit autant pour homme comme elle faisoit pour femme. Et tant montèrent leura j»- rolles que il dist que pour certain il sçavoil bien un homme qui la haiaoït de jour et de nuit quant il vouloit. Et adonc je l'appellay à coslé et lui dis que c'esloit folie de prendre ù Fol paroles ne tencons. Si furent les paroles laides et devant moult de gens, et ftist diffamée par Bon altayne et par son fol lencier, cl fÎBl scavoir à plusieurs genscequeilz ne scavoiont pas. Elle ne sembla pas la sage Sarra, qui ne fist pas grans responces à sa folle claviëre ; car aucunes foiz l'en se met bien de son bon droit en son tort, ei si est moult meschanle chose et honteuse à geutilz femmes et autres de tencier nullement. Bout je vous diray l'exemple de la proprietë de cerlaincs besles. Regardez- moy ces chiens et ces masIîDs; de leur nature ilz recliignent et abhayenl, mws un gen- til levryerne le fera pas. Ainsi doiUI eslredesfentilï hommes et des gentilz femmes. Et aussi je vous di- ray l'exemple de l'empereur de Constentinoble, H esloitliomme moult fier et félon, mais jamais ne len- çast à nul, dont il advint que il trouva ses ij. Slt lançant; mais il les eusl batus, qui ne se feust mis entre deux. Et puis dis! que nul gentil cuer ne de- Toil lencier ne dire villcnic. Car au tencier Ten eon- gnoist les gentilz de avecques les vîllaîns, car ccllut est villain qui de sa bouche dist villenie, et ponr ce est grant gentillesce et grant noblesce de cuer à oeulx qui pueeni avoir pascience et humililé en euli, et ne rcspondre poinl à toutes les folos paroles des fblï ne des tbles. Car pour certain il advint Eouvafii


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que une foie parole engendre telle foie responce qui puis porte honte et deshonneur; et pour ce, belles filles , est bon de y prendre bon exemple. Car le fol et la foie de félon et haultain couraige , quant Fen leur tient pié , ilz dient de leurs malices et de leurs yres aucunesfoiz villenles et choses qui oncques ne furent pensées, pour vengier leur grantyre. Et ainsi se doit garder toute bonne femme de riens respondre à son seigneur devant les gens pour plusieurs cau- ses; car à soy taire elle ne peut avoir que toute hon- neur et tout bien de touz ceulx qui le verront , et à lui respondre son desplaisir ne li peust venir fors honte et desplaisir et deshonneur.



De la rojrne Rester, Chapitre IIIUxXVII».

e vous diray vn autre exemple de la royne Rester, femme au grant roy de Surye. Celle fut à merveilles bonne da- me et saige , et amoit et craingnoit son seigneur. Sur toutes dames la sainte escripture la loue moult de sainte vie et de ses bonnes mœurs. Car le roy son seigneur estoit mal et divers, et lui disoit aucunes foiz moult d*oultraigeuses paroles et vilain- nies ; mais pour riens que il lui deist elle ne lui res- pondoit aucune parole dont il se deustcorroucer. de- vant les gens ; mais après , quand elle le trouvoit seul et veoit skm lieu, elle se desblamoit et lui


igo Le Livre

monstroit bel et courloisement sa faultc , el pour ce le roy l'amoit à men'eilles eldisoit en son secret qu'il ne se povoit courroiicier à sa femme , tant le prenait par bel el par doulces paroles. Certes , c'est une des bon Des taches que femme puistavoir. qucacrespon- drc point en l'ire ne en courroux de son seigneur. Car cuer gentil est cremeleux et a touzjours paours de faire ou dire chose qui desplaise k cellui qu'il doit honnorer et craindre , dont l'en conle is livres des roys de la femme d'un grant seigneur qui estoit mal et divers et sa femme estoit moult douce , et mosH souffroit et estoit humble. Sy estoit un jour moult pensive, et ses damoiselles lui disoient: « Madame. » pourquoy ne vous esbalea-vous , comme juenne da- » me que vous estes?» Et elle respondit que il con- venoit que elle se doublast et se demenast comme elle scavoil que estoit la voulentë de son seigneur, pour avoir la joye de luy et la paixdesonhostel. Et puis disoit que la paour de Irois prisons la destrei- gnoit de estre trop joyeuse et trop gaye , dont l'une estoit amours , l'autre paours, et la tierce honte. Ces iij. vertus la maistrioicnt; car l'amour qu'elle avcât à son seigneur la gardoit de lui faire son desplaisir ; paour la deslraingnoit de perdre son honneur et de faire pcchié, fors le moins qu'elle povoit ; honte d'avcnr villain reproche. Et ainsi la bonne dame dit à ses damoiselles. Pour quoy, mes chiëres filles , je vous prie que vous ayez ces exemples en voz cuers, et ne rcspondez nulle grosse parole ne envieuse à voslre seigneur, fors doulce et humble, comme faisml celle bonne dame, la royne Hcster, comme ouy avez, et comme ceste bonne dame qui disi â ses dam(»seUes


BU Chetàlier de La Tour, ig^i

que son cuer estoit en Famonr et en la prison de son seigneur, et pour ce ne povoitréLle faire fors que à tout son plaisir et vivre en sa paix.



De Suzanne, la femme Joachim, Chappitre IIIIxxXVIIK

n aultre exemple vous diray de Susanne , la femme Joachim , qui estoit grant sei- gneur en la chetivoison de Babilonie. Celle Susanne estoit à merveille belle da- me et de saincte vie. Si avoit ij. prestres de leur loy qui disoient leurs heures en un verger, et la bonne dame peignoit son chief , qui estoit Manche et blon- de. Sy arrivèrent ces ij. prestres sur elle et la virent belle et seule. Lors si furent temptez, et li vont dire que se elle ne vouloit faire leur voulenté , qu'ilz tes- moigneroient qu'ilz Tauroient trouvée en £adt de luxure avec un homme, et pource que elle auroit enf- fraint son mariage, elle seroit lapidée ou arse, selon la loy qui lors couroit. Celle bonne dame fust moult esbahie , qui par faulx tesmoings veoit sa mort ; car deux tesmoings estoient lors creus. Sy pensa et re- garda en son cuer que elle aymoit mieulx mourir de la mort mondaine que de la mort pardurable , et mist son £Eût en la voulenté de Dieu , auquel elle se fioit du tout, et lors respondit à brief qu^elle n*en ferQit rien, et qu^elle amoit mieulx à mourir qu'à faul- cer sa loy ne son saint sacrement de mariage. Adonc


igï


Le Li-


les ij. fauix preslres alèrcnt èsjugea ei lesmwgnèrent contre elle qullz l'avoienl trouvée en avoultrîe, c'est â dire à autre que à son seigneur. L'on remme- na taulost et fust jugiée à mort , mais elle s'escria k Dieu, qui tout savoil , et la loj'auUë d'elle et de son mariaige. Et Dieu, qui n'oublie point voulenliers son serf, lui envois secours cl iist venir Daniel le pro- pliète , qui n'avoil d"age que enlour cinq ans , lequel s"o8Cria et dist les juges d"IsraSl , c'est â dire du pue- pie de Dieu : o Ne occieï pas le sanc juste et inno- B cent de ccal fait , el enquerrez chacun par aoy, el D leur demandés soubz quel arbre ilx la trouvèrent, g Lors le pueple fusl esbay de veoir si petit en^t ainsi parler. Si virent biea que c'esloit appert miracle de Dieu. Sy firent l'enquesle à chascun parsoy, dont l'un dist que il les avoit trouvez soubz on fi- ^ier, et l'autre dist desoubz un prunier, el ainsi' fu- rent en iaiz contraires; si furent jugiez àmorl, el quant ilz virent quil n'y avoit point de remède , ilz recogneurentlaverilé du faite! dislronlqullzavoient bien deservy la mort, el non pas elle, El pour ce a cy bon exemple comment Dieux garde ceuU qui ODt en luy fiance , et qui mettent leur fait en sa main , comme fist la bonne dame, qui ntieulx vouloit se mettre en advenlure de mourir que parjurer sa loy , c'est assavoir enffraindre sou saint sacrement et son loyal mariaige , et si doubtoil plus la perdidon de l'ame et la mort pardurable que la povre vie de cesl monde , dont par sa bonté Dieux lui sauva le corps et l'ame, comme ouy avez. El pour ce loule bortne femme doit lousjours espérer en Dieu , et , pour l'a- mour de lui et l'amour de son mariage , soy gar-


DU Ghbyâlier d» La Tour. 198

der de perilz et ne de pechier si grandement ne si vUfnent comme enfïrsdndre son sérement et sa bonne loy.



De Elizabelh, mère saint Jehan Baptiste, Ghappitre IIIUxXIX».

le vous diray un autre exemple du nouvel Testament. Cest de sainte Elisalsieih, mène saint Jebim Baptiste. Geste servcSt premier- rement Dieu et puis son seigneur. Elle le doubtoit sur toutes femmes, et, se il vensist de bofs et il lui feust riens mesavenu en Tostel, elle le celasl et le feit celer jusques à ce qu'elle yeist bien son point, ^t puis lui deyst si bel et si atrempeement à son seigneur que jamais ne s'en deust corrouder. Elle convoitoit touz jours la paiz et la joie de son seigneur, et ainsi le doit toute bonne femme faire. Oeste sainte dame amoit et craingnoit Dieu et por- toit bonne foy à son si^gneur. Et pour ce Dieu lui donna saint Jehan Baptiste. Et ce fust bon guerre- don ; car femme qui ayme et craint Dieu et se garde de péchiez et se tient nettement. Dieu le lui guerre- donne à vie, et après la mort à cent doubles, comme il fist à cesie sainte dame à qui il donna biens ce- lesticulx et biens terriens à puissance, comme il fait k ses amis qui se tiennent nettement en leur ma- riaige et qui ont bonne espérance en lui , si comme sainte Susanne, comme vous avez oy.


194 Lb Livre



Cjr commence à parler des exemples du Nout^ei

Testament depuis que Dieu vint ou

ventre de la Vierge Marie.

Et premiers de la Magdelaine»

Chappitrb C%

l'autre exemple est delà Magdelaine, qui I espurja et nectoya ses péchiez par ses ler-r mes , quant elle lava les pies à Jhesuemt de ses lermes et puis les essujfa de ses cheveulx. Celle bonne dame plouroit ses péchiez ^ requeroit pardon de ses péchiez. Ce estoit ameur de Dieu et crainte de son mcffait. Et ainsi par eelluy exemple le devons nous faire. Car nous devons pleu- rer nos meffaitz et noz péchiez., et avoir piUé et ver- goingne de les avoir faiz, et venir à confession hum- blement, et les regehir , et les dire et les racompter aussi villainement et ordement comme Ten les a faiz, sans rien polir ne celer. Car la crainte de Dieu et le hardement que Ten emprant de dire son mef- fait et son péchié , celle vergoingne et celle honte que Ton a dé le dire est une grant partie du pardon et allegance du mesfait, et Dieu, qui voit lumilitë et la reppentance, se esmuet en pitié et eslargist sa mi- séricorde et pardonne, comme il fist à saincte Mario Magdelaine , à qui il pardonna ses péchiez pour la grant contriccion et repentance qu'elle en eust.


BU Chevalier de La Tour. igS

Une aultre rayson est pour quoy la benoiste Ma^ delaine doit estre louée ; ce hist pour ce que elle amoit Dieu et craingnoit merveilleusement ardam- ment. Car pour les grans miracles qu'elle veoit qull faisoit, et que il avoit resuscité son propre frère le ladre, qui bien lui avoit dist merveilles de par de- là, et les paines, et elle veoit que il esconvenoit qu'elle mourist et qu'elle fust par delà punye de ses pechiés. Quant elle pensoit en telle chose , elle estoit toute esperdueetpaoureuse. Et pour ce fùst elle plus de xx. ans en un désert, en boys et en buissons, et, quant ellb eust tant jeune qu'elle ne le povoit plus souffrir selon nature, lors nostre seigneur la regarda en. pi- tié et 11 envoioit chascun jour par un ange le pain du ciel, dont elle fust rassasiée jusques en la fin. Et pour ce a cy bon exemple conmcnt il fait bon plou- rer les pechiés et soy confesser souvent et faire jeunes et abstinences, et amer Dieu et craindre, comme fist celle bonne Hagdalaine , qui ama tant Dieu et ploura ses péchiez sur ses piez et des peulx les essuya, et souffry tant de mal et de malaise es desers et es buissons, que Dieux si la conforta par son ange , qui chascun jour li apportoit du pain du ciel. Et aussi fera-il à toutes bonnes femmes, et à touz ceulx qui de vray cuer ploureront leurs pe*< ehiez, et qui aymeront Dieu et feront bonnes jeunes et bonnes abstinences, comme il fist à ceste bonne fenmie.


De ij. bonnes dames à mescreont. .

CBAPpixmK CI*.

^=vti^« n autre excmpleje vous diray de ij. bon- m 6^K"<'s daijica qui cstoient femmes de mes- M ^™|^ creans , dont l'une estoil femme au senes- ^=--^ cha! du roy Herodes. Celles bonnes dames suivoycnl nustre seigneur et lui administroient son vivre. Si est bon exemple que toute bonne femme , bien qu'elle ^l divers ou mauvais seigneur , ne doit pas |>our(antlaissierâservir Dieu ei lui obéir, ain^ois doit esire trop plus humble et dévote pour empêtrer gracedeDieu pour elle et pour son mary. Carie bien que elle fait amendrisl le mal de lui cl adoulcist lire de Bieuel leur garde leur bien ei leur chevance. Car le bien que elle f^l soubïpor le son mal , â comme il esl contenu ou liite de la vie des pères, là où il parle d'un mal bomme el tirant, qui par iij. foix fusl sauvé de villaine mort pour la bontë de sa femme , dont il advint que, quant elle fui morte, il n'avoit plus qui prlasl Dieu pour lui et par ses grans péchiez, le roy du pays le (ist mourir de maie mort. Et pour ce esl Iwnne chose et nécessaire & mauves bomme d'avoir bonne femme et de sainte vie, el, de tant comme la femme sent son seigneur plus divers ou pécheur ou de malc consdence , de tant a-elle plus graal mes- tier de faire plus grans abstinences et plus de bieae pour Dieu. Car, se l'on ne portoil l'autre, c'est-à^lire


BU Chevalier de La Tour. 197

le bien le mal, toutbesilleroitouyroitàperdicion. Et encoresvous dis-je queTobeyssanoede Dieu et la crainte fut premier establie que mariaige; car Ten doit premier obéir au créateur, qui les a fiûz a sa sainte ymaige et qui leur puet donner grâce d'estre sauvés ou perdus. Et ainsi la loy commande que Yen ne doit pas tant obéir au corps ne estre en Tobey^ sance de son seigneur que Ten ne obéisse premier, au prouffit de Tame, qui est un bien pardurable. Et dit la glose que toute bonne femme doit premièrer- ment tirer au bien de Famé de son seigneur et puis au âen^ice du corps. Car le bien de Tame n'a pareil, et, se Tame a bien, elle et ses enffans jouyront paisible- ment et beneurement des biens du mort, et, seTame a tribuladon, aussi au contraire. Et ceste chose est vraye et esprouvée , conune il est contenu en plu- sieurs lieus en la sainte escripture, et pour ce fait bien adviser son seigneur de faire bien et le destourber de faire mal à son povoir. Car ainsi le doit faire (bute bonne iemme.


Cj^ parle de sainte Marthe, suer à la Magdelaine,

Cbappitrb CII^

i*autre exemple est de Marthe la suer à la

Magdelaine. Celle bonne dame estoit touz

[jours coustumière de berbejrgier les pro-

kpbètes et les sergens de Dieu qui pres-

<dioient et enscignoicnt la loy, et estoit moult grant



(g8 Le LivnE

auntosniére Èa povres. et, pour la saïnie vie d'eDs^f ïJnl le doulx Jhesucrist soy lierbcrgier chïez pHe, Celle fust qui se plaigny à Jhesucriîit que sa suer Marie ne lui venoilpoint aydier ùfwre ei appareiller âinengi(rr;inaisnostrc seigneur lui respondil moult ~ bumblemeiit etdistque Marie avoil esleu le neilleuF service. Ce estoit pour ce que elle plouroit ses pé- chiez et crj'Oit mercy en son cuer humblement. Et le doulz roy lui dist vérité, car il n'est service que Dieu aymc tant comme crier mercy cl soy repentir de son pechië el se retourner de son mettait. Cesle sainte Marihe 6st bon service à osleller Jhesucrbi et ses apposlres el les repeatre de viandes, de si grant de- vocion et de franc cuer comme elle le faisoîl ; car Dieu fil moult de miracles pour elle en sa vie el rint en son Irespassemcnt la conforter et querre la saïncte aine d'elle. Ce fuslbon guerredon. Si doil loute bonne femme y prendre bonne exemple, et commenl il fait bon herbergier les scrgens de Dieu , les prescheurs et cculx qui cnseigneni la foy el le bien du mal , et aussi herbergier les pèlerins et les povres de Dieu , sicommeDieulelesmoingneen la samloeuvangilie, qui disl qu"il demandera au granl Jour espoveniable, c'est au jour du jugement , comment l'en aura visite les malades et reçeu et herbcrgié ses povres au nom de lui , et conviendra rendre compte des hahoudan- CCS des biens terriens que il aura donnez et eoinmcni l'en les aura eRjployés et départis du plus au moins, c'est-à-dire aux povres souffreteux. El pour c moull nobles vertus de herbergier les peleriai povres el les sergenade Dieu; car tout bicnsiol venir, car Dieu paye le grand escoi el rtaté


DU Chevalier ]>b Là Tour. 199

doubles, dont il dis! en Teuvangille : Qui reçoit les prophètes et les prescheurs et les povres , il reçoit Dieu lui-mesme ; car ce sont les messagiers qui por- tent et ennuncent vérité.



Cjr parle des bonnes dames qui jrlouroient après Nostre Seigneur quant il portait la croix.

Chappitrb CI1I« 

l'autre exemple estdes bonnes dames qui plouroient après nostre seigneur quant il portoit la croiz sur ses épaules pour y transir la mort de sa voulenté pour nos pécheurs raimbre. Celles bonnes dames estoient de bonne vie et avoientles cuers doulx et piteux, et Dieu se tour- na devers elle et les conforta en disant : «Mes filles, ne plourei pas sur moy, mais plourez sur les douleurs qui à venir sont », et leur monstra le mal qui puis avînt au pays, si comme vous le trouverez en livre que j'ay fait à voz frères. Celles bonnes dames, qui euT^it pitié de la douleur que lesen faisoit souffrir à nostre seigneur, ne servirent par leurs lermestie leurs pleurs. Car depuis Dieu les en guerredonna moult haultemenW Et pour ce a cy bon exemple comment toute bonne fenmie doit avoir pitié du mal que Ten fait aux povres gens qui sont servans et ouailles de Dieu et representans sa personne, si comme il dit en Fenvangile : Qui a pitié du povre il a pitié de lui, et le bien que Fen lui ûdt il est fait à lui. Et


100 Le LivkE

encore disl plus, que los pilci^les :auroDt men^^ c'est assavoir que il aura mercyd'eulx, dont lesaiga dU que femme de sa nature doit ealre pl^s doulce ei plus piteuse que l'ommc. l^ar l'omme doit estre plus dur ei de plus haull couraigc. Etpour ce celles qui ii'onl le cuerdoux et piteux sont bommaus, c'est^- dire qu'il y a trop de l'omme. Encore lesaigetUst en la sapieiice que femme de bonne nature ne ddl point estre chiche de ce de quoy elle a grant mar- chié , c'est assavoir de lerme de humble cuer qui a pitié de ses povFCS parens à q«i elle voit avoir be- soing cl de ses povres voiâas, si comme avoit une bonne dame qui fust comtesse d'Anjou i l«|t»Up fonda l'abbaye de Bourgucilet y esteaicrTèe,<t4il l'en que elle est encores en sanc el en cljv. CtUt bonne dame, là où elle savoit de ses porres po^ reos qui ne povoient honestenient avoir leur estai, elle leur donnoit, et marioit ses povres parcniea et leur faisoit moull de bien. Après, là où eUo savoil (lovres gentilz femmes pucelles qui eatoicnl de bonne renommée , elle les avangoit et les marioit ~. elle làï- soit eoquerre les povresmeuiaigerB parles paroisses, et leur doonoil; elle avoit {hUë des povreâ lemmea en gèsinos et los aloit veoir et repestre; elle avoil ses lîsicicns et cirurgiens à guérir pour Dieu loul4 manière de gens , el par espëdal les povres qui ne avoient de quoi paycj'. Elle avoit jnUè du m^alog du povrc, dont l'en dit que, quant l'en li IniUoit aon livre ou ses gans, que aucune foia ilz se leBoient (sd l'air loulparcux el moult d'autres si^înea que I)ii!ude< monstroitpourclle. Et pour ce toute bonne femitcy d^it prendre bon exemple etainsiar«irptliËi'iiai^


DU Chevaxicrde -La Tour. ^o%

Tanlret et penser que^Dicu donne les l>iens pour itei^econgnoistre et avoir pitié dcis povrcs. Sy vous laisse de ces bonnes dames et de eette matière ; car je y reviendray arrière et vous parleray d'un autre exemple.



Dupechié dejrre.. Chappitrb CIIII'.

es cbières filles , gardez-vous bien que . le péchié de yre ne vous prdgne; car Dieux dit en la sainte euvangille que Teii doit pardonner à ceulx qui ont mesprins et meffidt , si humblement que , se on est ieru de son proudiain , c'est de son frère crestien , sur une joc, il doit tendre l'autre joe pour soy laissier referir, avant que soy laissier revéngier; car prendre ven-^ gence n'est nulle mérite, mais est le contraire de la vie de l'ame. Encores dist nostre seigneur que, se Ten a nulle rancune à nullui etTen viengne offrir à son autel, que l'en se retourne et ^'accorde à son prou- cbain et Im pardonner, car après le pardon puet venir seuremoit £ûre son offrande, et Dieu le recevra ; car il ne vi^ult avoir ofifrande oe ouir oroyson de homme ne de. ï&ame qui soit en péchié de ire ne en eour- roux, eoouneni Dieu, qui fist la patemosire, qui dist en adourant Di^ le père en entendon du pueple que Dieu pardoimast comme il pardonnoit, c'est quand ou dit imEidimmenobiê débita noslra^ etc.»,


Le U


e dienL les a


i£c1ers;t


dont il advient, si comme d ceuk qui hâent aulruy e( sonlea rancune el Hz (fient la paiernoatro, ilz la|diBnl plus contre eiilx que pour eulï. Et sur ce fait, je vousdiray un exemple d'une grant bourgoîse , comme fay oy raconler fe un prescliement. Celle bourgoîse esloit moull riche, prisée et charitable, et avoil moull de grans âj^es d'eslre bonne creslienne. El tant advint que elle fol au lit de la mort; ay vint son curé, qui & merveilles estoit saiui homme et preudomme, (?t si la confessa, et, quant vint surlepéchiô cle yre, il lui dist qu'elle pardonuasl de bon cuer a tous coulz qui metTait lai avoyent, cl, quant à ccUuî article, elle respoody que une Temmc sa voisine lui avoit laot metToil que elte ne lui pourroit pardonner de bon cuer. Lors le saloct bomnie la comment à traire de belles paroles cl dé beaux exemples, comment Jhesucrisi avoit pardonné aamorl moult humblement, et aussi lui compta com- ment le filz d'un chevalier, & qui l'en avOit occis son père, que un saint hcrmitc conr«^oil, el, quant vint & ceilui de yre , il dist comment il ne pourroit par- donner à ceilui qui avoit occis son pËre , cl le preu~ domme lui monstra comment Dieu avoil pardonna et moult d'autres exemples moult boas et noliables , et tant lui dist et monslra que ceilui onCfant pardonna la mort de son p&re de bon cuer, tellement que. quant rcnffant revint s'agenouiller devant le amce- Jiz, le crucefiz s'mclina vers lui, et dist une vote : n Pour ce que lu as pardonné humblement et poor n l'amour de moy, je te pardonne tous les mefbb » et auras grâce de parvenir à moy en la celcsdelle e joye. n El ùnai monstra ceilui curé cesie


DU Chevalier de La Tour. 2o3

et pluseurs autres à la bourgiMse ; mais oneques, pour exemple ne pour admonestement que illuideist) elle ne lui voult pardonner de bon cuer, ains morut en cellui estât , dont il advint que , en celle nuiltée , il sembloit par advision à cellui chapellain, qui confessé Tavoit, que il véoit Tennemi qui empor- toitTame, etvéoitungroscrapautsurle cuer dVlle. Et, quant vint au matin , Ten lui dist qu'elle estoit morte , et vindrent ses enffans et ses parens pour lui parler de son enterrement, et qu'elle feust mise cfn leglise. Mais le chappelain respondit qu'elle n'y seroit point mise ne enterrée en terre benoiste, pour Ce qu'elle n'avoit oneques voulu pardonner à sa voi- sine , et qu'elle estoit morte en pechié mortel , dont les amis d'elle estrivèrent moult à lui et le menacié- r^t, et lors il leur dit : « Beaulx seigneurs, faites- 9 la ouvrir et vous trouverez un gros crapaut dedens s son cuer, et, se il n'est ainsi comme je dy, je vueil ]&i que elle soit mise en terre benoiste. » Lors ils par- lèrent ^semble et ne s'en firent que bourder et di- rent que ce ne povoit estre , et que hardiement elle fust ouverte pour eulx mieulx mocquier de lui et pour le approuver mençongier. Cors ils la firent ou- vrir et trouvèrent un gros crapaut sur son cuer moult hideux. Lors le saint cbappellain prinst l'estole et la croiz et conjura cellui crapaut , et lui demanda pour- qQioy il estoit là et qui il estoit. Et cellui crapaut res- pondist que a il estoit un ennemy qui par l'espace » de xxv ans l'avoit temptée, et par especial un pe- 9. «béé où il avoit trop plus trouvé son avantaige, » e^estoit un pecbié de yre et de courroux; car dès B^lui temps avoit si grant jalousie et si grant


Xoi


Le Livre


■ courroux avecques une siGone yoiimc q i> à nul jour ne lui pardonnas! ; car je y mis telle yre » qucjatnds ne la regardasl de bon oeil, et l'autre D jour, quant lu laconfessoics, jeestoîe sur son cuer » à iiij piez et le tenoie si enclavé el eschaufiJË du pechié de yre qu'elle ne povoit aïoir nulle vou- B ïenlâ de pardonner, el loulcvoiea fut-il beure .que njeeuspaour quelunelame lolUssce, et que lu la s convertisses par les prescIiemcDla, el loulesfuÙLJa H en eux la victoire lellementqu'elleest noatre etoi' u nostrc seignouric à touz jours mais, n Et, quant tous ouïrent dire ces parolles, sy furent moult csiner- veillez et n'osèrent plus parler de la meiire en terro benoisle, et n'y fusl point mise. Sy a cy moull belle exemple comment l'en doit pardonner l'un k l'autre; car qui ne pardonne de bon cuer. Dieu A paineslc pardonra, cl en pourroit bien prendre comme il priuL àlabourgoise dont ouy avez.


Comment toutes femmes doiven amU en l' estât où elle,


! CV'.


I


k@ ont je vousdiray un exempte. 11 fust u, &¥ chevalier moull bon homme et preudom- g£ me qui aloil aux voyages ouliru mer el CT^ ailleurs. Sy avoil ij. niepces qu'il avsU '«et mariés, lesquelles il amoilmoultà mcr- '.Sy ieuraclieptacnson'


DU Chevalier de La Tour, ao^

à chascune une bonne robe courte et de bonnes pen- nes à les cointier. Sy arriva bien tost chiez l'une de elles et bûcha et demanda sa niepce, et lui fist dire quil la venoit veoir. Celle se bouta en sa chambre et se fist enfermer pour nettoier sa robe et pour soy cointoyer, etluy manda quelle vendroit tantost à luL Le chevalier attendist une pièce, et tant que il lien- noya et dist : « Ma niepce ne vendra pas. » Et ilz lui respondirent que elle vendroit tantost et qu'il ne lui ennuiast, et ainsi lui manda; dont le chevalier eust desdain de quoy elle tardoit tant , pour ce que il y avoit si longtemps que elle ne Tavoit veu. Sy monta sur son cheval et s'en ala sans la veoir , et vint veoir son autre niepoe, et, dès ce que il hucha et que celle sceust que ce estoit son oncle , qui loing temps avoit esté hors, celle par son esbat se estoit prise à faire pain de fourment et avoit les mains toutes pàsteu- ses; mais en Testât où elle estoit saillist au dehors, les bras lenduz , et lui dist : ce Mon très chier sei- »gneur et oncle, en Testât où je ouy nouvelles » de vous je vous sui venue vous veoir. Si me le » pardonnez ^ car la grant joye que j'ay de vpstrc » venue le lA^a fait faire. » Le chevalier resgarda la manière et en eut grant joye, et Tama et prisa moult plus que Tautre, et lui donna les ij . robes que il avoit achetées pour elle et pour sa suer. Et ainsi ceste qui vint lieement en Testât où elle estoit au de- vant de son onde, elle gaingna les y. pures de kk bes , et riiutre qA tarda pour soy cointier les perdy.] Et pour ce celle qui vint au devant de son onde en Testât où elle estoit, quant elle Teust mené en sa dmmbre, elle s*ala cointoîer, et puis lui dist : «Mon


do6 Le Litrb

y seigneur mon oncle , je me suis alée cointotet

9 pour vous servir plus honnestemenU » Et ain^

elle gaingna la grâce ei Tamour de son seigneur

oncle et Tautre la perdist. Si a cy bon exeno-

pie comment Ten doit venir lieement en Testât oi^

Ten est en la venue de ses amis et de ses parens

pour leur monstrer plus grant amour. Et aus» je

yoùldroye que vous sceussiez comment une baron-

nesse moult bonne dame ne se vouloit vestirpar

chascun jour ne d'atour, ne de bonnes robes. Seç

gens lui disoient : a Madame , comment ne vous te-

p nez-vous plus cointe et mieuk parée? » Et elle leur

respondit : ce Se je me tenoie chascun jour comte et

» parée, de combien pourroye-je amender es festes,

p et aussi quant les grans seigneurs me vendroîen^

» veoir? car quant je me vouldroye bien cointier, j^

)• vous semble plus belle qu'à chascun jour. » Sy n^

prise riens celle qui ne se scet amender quant il en

est lieu et temps; car chose commune n*est point

prisée.


Cf parle de pitié. Chappitrb GVI^

e vouldroie que vous sceussiez Texemple d'un chevalier qui se combaty pour une pucelle. Il fust en la court d'un grant sei- gneur un faulx chevalier qui pria de folle amour une pucelle; mais elle n'en voulst riens -fidre



DU Chevalier be La Tour, ao/

pour lui, pour don ne pour promesse, ains voulsf garder sa chair nettement. Et quant ceUui vit ce , si lui dist que il luy nuyroit. Si enpoisonna une pomme et la luy bailla pour donner au filz de Icans, qu'elle portoit entre ses bras , dont elle la lui donna et en mourut le filz. Si dist le faulx chevalier que la pu-«  celle avoit eu salaire des hoirs de renffant pour 1q faire mourir. Sy fiist la pucelle mise en la chemise pour estre getiée au feu ;.si plooroit et se guermen* toit à Dieu comment elle n^ avoit coulpe et que ce estoit le faulx chevallier qui la pomme lui avoit bail-» lée. Mais il le deffendit , et elle ne trouvoit qui pouf le combatre se voulsist offrir , tant estoit fort et re- doublé en armes. Dont il advint que Dieu , qui paç ne oublie voulentiers la clameur du juste, si eustpi«> lié de elle , et, comme il lui pleust, il advint que un chevalier, qui avoit nom Patrides, qui moult estoit iranc chevalier et piteux , arriva ainsi comme Ton vouloit alumer le feu pour Tardoir. Le chevalier, qui regarda la pucelle qui plouroit et se doulousoit à Dieu , en eust pitié et lui demanda la vérité du lait; et celle li dist comment il en estoit aie de point en point, et aussi le plus tesmoingnérent pour elle. Lors le bon chevalier fustesmeu en pitié et getta son gaige pour la dcffendre contre cellui faulx chevalier. Sy fust la bataille forte et moult dure , et en la fin le faulx chevalier fut desconfit et la demoiselle sau- vée, tant qu'il congneuatlatrayson, et fut faicte jus- tice de lui. Si advint que le bon chevalier eust v. plaies mortelles, et, quant il fust desarmé, il en^ voya sa chemise, qui estoit percée en v. lieux, à la pucelle , laquelle garda la chemise toute sa vie et


ào8 Lb Livre

prioit cfaascun jour pour le chevalier qui telle doub- leur avoit soufTerte pour elle. Etainsd pour jàUè et franchise se combatist le gentil chevalier, qui en eut V. plaies mortels , tout aussi comme fist le doulx Jhesucrist qui se combatit pour .la pitié que il avoit de nous et de Fumain lignage qull lui fiiboit pitié de le veoir es ténèbres d'enffer , et pour ce en souSrist la bataille moull cruelle et moult pénible ou fust de Tarbre de la sainte croix, et fust percée sa chemise en V. lieux , ce furent ses v. douleuses plaies quil re- céust de son débonnaire plaisir et franc cueur pcRir la pitié que nous lui faisons. Et aussi doit tout homme et femme avoir pitié des douleurs et des mi- sères de ses parons, de ses voysins et des povres, tout aussi comme eust le bon chevalier de la pucelle, et en pleurer tendrement , comme firent les bonnes dames qui plorerent après le doulx Jhesucrist quaot il portoit la croix pour y estre crucefié et mis à mort pour nos péchiez.


Des iîj\ Maries. Chappitab CVII«.

l'autre exemple est des iij. Maries qui vin- [drent le bien matin de Pasques pour cul- ^dier oindre nostre Seigneur. Elles avdent , fait faire moult précieux oingnemens et de grans coustz , et avoient grant devodon de servir Dieu à vie et à mort, ardans toutes en Tamour de



DU Chevalibe bE La Tour. &09

Dieu: "Et lâ'elles trouvèrent Tauge qui leur annonça et dist quH èstoit resuscilè, dont elles eurent moult grantjoye, et de la grant joye que elles en orent elles coururent le dire aux appostres. Gestes bonnes dg,- mes veillèrent moult pour faire fère les précieux oingnements, et furent levées dès Faube du jour pour cuidier venir faire leur service. Et pour ce a cy bon exemple comment toutes bonnes femmes, soyent mariées ou de religion , doivent estre curieuses et diligens, et esveillées ou service de Dieu, celles qui faire le pueent; car elles en seront reguerdonnées à cent doubles, comme furent les troix bonnes dames, que Dieux a moult essaucées. L'en list es croniques de Romme que, quant l'empereur Néron et autres ty- rans de la sainte foy iaisoient martirer les sains et les saintes, comme il est contenu en leurs légendes, que les bonnes dames de la ville embloient les sains corps, et les ensevelissoîentetles enterroient, et leur faisoient le plus de bien et d'amour qu'ilz povoient. Après celles aloient oïr les matines et les messes et le service de Dieu, dont l'en trouve que à cellui temps eust moult de charitables et saintes femmes à Rom- me et ailleurs, dont je pense que aujourdui la cha- rité et le saint service des femmes est bien cler se- mé en cesl monde , et en y a moult qui ont plus le cuer au siècle pour obéir et plaire au monde que à Dieu ; car elles sont bien esveillées pour elles coin- tier, pour avoir le plus dés regars des mùsars, dont, se elles meissent aussy grant paine de venir oïr le service de Dieu et dire dévotement, sans penser ailleurs, leurs heures, comme elles mettent grant paine à elles pignier et en leurs cointises , et à es-

14


210 l'B Ll\BE

couler les j angles des foh, elles teîssent le meilleur; car l'un service esl rendu à cral doubles, comme i)ieu le dit de sa sainte bouclie, et l'autre service, qui est à sa desplaisance, c'est le délit du corps, osi pugui h cent doubles tout au contraire.


Cy parle du si


B CVIU*.


il


^p^S? our ce dit le saige en un prouverbe<^- ag^E quantie-s dames furent lev6es,pingnMs. (^ P^ ajournées et mirées, les croix el les pro vm&i-Jl cessions s'en furent alèes el Ira messes ' chantées ; c'est lout aussy comme Dieu parla en l'eu- | vangitlc des dnq saintes vierges qui lurent curieu- ses el esveillées et garnies de baille el de lumitrc en leurs lampes, et, quanU'e^uxfuBlvenu, clle^ ealrèrent avecques lui en la graol jof e du chastcl el Irouvèrent les portes ouvertes. Mais les antres cinq vierges, qui se esloicni endormies el ne s'eatoient point garnies de huilleet de luminaire en leurs lam- pes, quant elle» vindrenl, si trouvèrent les portes fermées, et quant elles demandèrent de l'uille , l'en leur dist : Neecio vos, c'est-à-dire que elles n'en bu- roient point, car elles estaient venues trop larl. Dont je double que k cesl exemple il en y a par le monde de moull endormies et pareceusca du service de Dieu l'ayre et oïr, et desgamics de ce qui appartient â leur sauvement, c'est de faire bomies el saintes


DU Cheyaliea b^ La Tour, iit

œuvres et de la grâce de Dieu avoir. Et me double que se elles se tardent à elles amender devant leur fin, de laquelle fin elles ne scevent Teure ne le jour, que elles trouveront la porte close. Et Ven leur dira conune Ten fist aux cinq foies qui se estoient endor- mies : Nescio vos. Lors ne sera mie temps de soy re- pentir, ains seront moult esbahies quant elles se v^- ront départies de Dieu et des bonnes, et mener ou chemin d'enffer en Torde compaignie et en la cruelle paine et doleur continuelle , qui jamais n'ara fiji ne joye, ne repos, helas ! tant seront chier vendues les coin lises , les foies plaisances et les £iulx delis dont Ten aura usé pour plaire à la folle chair et au mon- de. Ainsi et par celle voye yront les mauvaises fém- mes, et les bonnes au contraire ; car elles yront avec Te^poux, c^estavecques Dieu leur créateur, et trou< veront la porte ouverte pour entrer en lagrant joye, pour ce que elles auront estez esveillées et curieuses & leurs lampes et à leurs luminaires pour attendre Teure de Fespoux, c'est-à-dire que elles auront fiadt les saintes oeuvres et auront veillé pour attendre Teure de la mort, et ne se seront pas endormies en pechié ne en ordure, ainçois se seront tenues nettes et souvent confessées et gardées de pechié à leur po- voir, et auront amé Dieu et craint; car qui Taime et craint, il se garde nettement et hct pechié à faire; car pechié est le desplaisir de Dieu. Gestes cy seront les bonnes de quoy Dieu parla en Teuvangille, com- me ouy avez.


Cf parle de Nos


^Mv^r prcs vous parlËiray deune qui it'apoiolde .^^^© pareille, c"esldelabenoialeglorieusevierge ^MJV^ Marye,iiiêreelusauveurcluinoiu!e,Cesie<^

  • fâ*Bi estsyhaulleeKemplairequenuJneUpuesi

dcscnpre.lantya de bien et de bonlè, eila haullesse de son cluer filz Vexauke et esUève son bien de jour en jour. Car par la renommËedu Ghcroistla renommée de la mère. Cesle douice vierge honnoura plus ei craingnisl son fiiz que nulle autre mère, pour ce que elle sçavoilbien dont il estoiivenu; elle fust cbam- bre et leraple de Dieu où furent faictes les cspousaO- les de la deité et de rumanité, qui apporta la vie et le saint sauvcmeuL du monde. Dieui voulsl que cUe espousasL le saint homme Joseph, qui ealoit vieulx et preudomme ; car Dieu voulsl naistre soubi umbre de muioge pour obéir à la toy qui lors couroit, pour esehever les paroles du monde , et pour luy bailler compaignie à la gouverner, et pour la mener en Egypte, dont il avint que, quant Joseph apperceusl que elle feusl grosse, il la cuida laîssier, et lui dist que U Mvoil bien que ce n'esloit pas de lui. Mus en celle nuit Nostre Seigneur lui envoya son saint ange visiblement, qui lui dbt que il ne se esinaiast pas ol que la groisse estoil du Sainl-Esperil, pour le sauve- mont du monde, et lors il en eust grant joye ei se


DU Cheyâxiek de La Tour. ai3

pena trop plus de la honnourer que devant ; car il savoit bien par le dist des prophètes que le iilz de Dieu devoit venir en une vierge qui auroit nom Marie. Sy en mercya Dieu moult humblement de la grant honneur qu'il lui avoit faite de lui avoir daingné donner sa doulce mère h la gouverner et de la veoir à ses yeulx. Et aussy la bonne vierge lui portoit hon- neur et obéissance, dont Tescripture len loe moult. Après elle est loée de ce que Tange la trouva seide ou temple , à genoulx en prières et en oroysons , et ainsi doit estre toute bonne dame en devodon et ou service de Dieu. Après la loe Tescripture de ce qu'elle se craignoit, et en ot un pon de paour quant Fange la saluoit, et demanda comment cepourroit estre qu'dlé conceust enfifant, elle qui oncques n*avoit congneu homme charnellement, et 11 ange Tasseura et luy dist que elle n'eust pas paour et ne se esmerveillast pas ; car il seroit du Saint-Esperit, et que nulle chose n'es-^ toit impossible à Dieu, c'estoit à dire que Dieu povoît faire tout à son plaisir; et mesmement sa cousine Elizabeth estoit enceinte bien avoit vj. mois, qui es- toit brahaigneet passé aage. Et lors, quant Tange lui eut ce dist, elle se asseura et lui dist : « Veez-cy la 9 chambrière de Dieu ; soit fait selon ta paroUe. » Car elle voulst premièrement sçavoir comment ce seroit. Mais ainsi ne fist mie Eve, car elle estoit de trop le- gier couraige, comme font aujourdui maintes simples femmes qui croyent de legier les folz , dont depuis elles viennent à la folie. Elles ne enquièrent mie ne ne regardent à la fin où elles en vendront, comme fist la glorieuse vierge Marie, qui enquist à Fange la fin du fait que il luy anonçoit, et en fîist paoureuse,


at4 Le Livre

et ainsi doivent Taire les bonnes femmes et les H clames, quant l'en leur parle de jucnneaseou de cliose qai puisse venir au lieshouneur de elles.


De hnnililé Naslre Dar

Chappiirb CX'.

<m»^ pri^s la lone l'escriplure de son bumilité ; ^^^^x car, quant l'ange lui dist que elle serdt n^ran^ mère du filzdeDiea,duquellerègDeii'au~ ••^•sB roit fin, elle ne s'en orgucillisl pas, aioçoi* dist que elle estoit la chamberière de Dieu el que U enfeust à son plaisir. Sy pleusl moult à Dieu, tant qae il sehumilia encore plus commcdcscendredu ciel et daÎDgnier prendre en son ventre virginal huitianiiè et devenir enffant, Pour ce a cy ban exemple com- ment toute femme se doit humilier vers Dieu et vers son seigneur et vers le monde. Car Dieu disl : Qui plus se humiliera et se tendra moindre, sera plua hault cssaudë et une foiz bonnourè. Et pour certaio Dieu et les anges ayment plus humilité que vertua qui soit. Car humilité se combast contre orgueil, qui est le pechiéque Dieu plus het, dont les mauvais anges chrârent du râcl. Et pour ce doit toute noble Temme soy humilier et estre courtoise au grant 01 au petit, et prendre exemple à la vierge Marié, qui s'appella chamberière de Dieu. Aprfts rescripture la loe de SB courtoisie et de sa bonue nature, quant elle ala visiter sa oousine saiuu Elizabeth Mla^vou-


DU Cheyaliee de La Tour. at5

loit senir; et Tenfant de 1p sainte, ce fust saint Je- han Baptiste, s'esjoist ou ventre de sa mère tant que, par la grâce du saint esprit, sainte Elisabeth se escria que beneist feust son ventre et que elle es- toit benoiste sur toutes femmes, et que ce n*estoit pas rayson que la mère du filz de Dieu vensist veoir si povre femme comme elle. Ainsi se humilièrent Tune cousine envers Tautre. Et pour ce a cy bonne exemple conment les unes parentes, cousines et voi-^ sines , doivent visiter Tune Tautre en leurs gesines et leurs-maladies, et se humilier les unes envers les autres, comme firent ces q. saintes dames, comme oy avez , et non pas dire comme font aucunes , qui , de leur grant cuer félon et orgueilleux, disent : Avoy » je suis la plus noble, la plus gentil femme ou lapins grant maistresce ; elle me vendra la première veoir. Ou auront envie d'aler les premières et avoir le plus de la vaine gloire du monde ; tant que plusieurs en ont tous les cuers enfiQés d'envye et d'orgueil par telle guise que« quant elles ne sont mises les pre*- mières aux festes et aux assemblées, elles en per- dent le mengier et le boire , tant elles sont envieu- ses et despiteuses, ha. Dieux! tant elles pensent peu en la courtoysie et humilité de c^ y. saintBB dames et en ce que Dieu en dist en TEuvangille, comme oiiy avez, que les plus humbles seront les plus hault exaulciez. Helas, comme celles foies envies de aler les premières et de elles prisier le plus leur seront une foys reprouchiées et chières vendues , et sy en rendront compte. Dont la bonne royne iHestor en parle , disant que« de tant comme une femme est de plus grant lieu ou gceigneur maistresce» elle -doit


ai6 Le Li\rï

ratfe plus humble et plus courtoise , el de U porte elle plu3 de avenlaige , et d'honneur el do iouenge de touz; car les pciiï ae tiennent honoras quant les grans leur l'ont bonne chiëie, el que Ht parlent bel âeulx, cl en rapportent plus grons looen- ges et s'en louent à tous, et pourcen'est-U si hum- ble ne sy gradcusc vertus à toute bonne hiuille dame ne jeune femme comme de cstre humble et courtoise au grant et au pelit et soy humilier el «- siter les povres elleur porensel lignaiges, comme la royne du ciel ala visiter sa cousine et comme a " ndliérent l'un envers l'aulre.


1


De la pilU ei bénignité de NMtre Di Chappitbe CXI*.

• prùs l'escriplure la loue en ce qu'elle fiu n Galilée en uopces et eual pitié pour ce

I que le vin y failly, et requbt â son Tdz, i\ comme en soy complaignanl que le vin cstoil failly, et ledoulx Jhesiicrist eutpiUëdela pitiédesaroére, simual'eaueen vin. Et pour ce ac; bon exemple comment loule bonne dame elboone femme doit avoir piUÈ de ses parens et de sespovro* voisinsel leur aidier et secourir dece que elle pourra avoir; carc'csl une granteharil6 cl une frandienaUiro. Apres la doulce vierge adira son filz, lequel esloil aie disputer cl preschier contre les SMgcs de la loy. Sy euida ia bonne dame que il feugt moolé o« «el


DU CHEYALlÈli DE 1a ToUR. 217

et que il s'en feust aie. Sy le queroit partout, et tant quist que elle le trouva ; et lui dist : a Beau filz, yoz parens et moy avions grant paours de vous avoir adiré. » Et il respondit que ses parens estoient ceulx qui faisoient la voulenté de Dieu son père. Sy estoient les juifs et les saiges touz esbahis du grant sens qaeilztrouYoientenlui, qui avoit si petit aage. Après cette douleur qu'elle cuida avoir perdu son fiU» elle en eut une autre grant. Car, quant ilz le offri- rent au temple , saint Syméon , qui moult Tavoit dé- siré à veoîr et avoit touz jours prié Dieu que il né mourust point jusques à ce que il eust veu à ses yeùlx le filz de Dieu , et lors, par la grâce du saint Espe- rit, il congnust Dieu et (^t à haulte voix : «Yees cy la lumière et le sauvement du monde », et dist à sà> mère que une foiz il lui seroil advis que un glaive lui perceroit Famé et le cuer, c'estoît à dire que elle verroit sa sainte passion souffrir en la croix. Et pour ce a cy bon exemple jt toute bonne dame et bonne femme que, quant la royne du ciel et du mondé avoit douleur en ce monde, que nulle ne se doitesma- yer neesmerveiller si elle sueffire aucune mesaise, et se il lui viennent douleurs et tribulacions , piiisque 'si haulte dame en souffry en ce cludstif monde. Et doDcques en devons bien souffrir et avoir pacience; nous qui sommes povres pécheurs et pécheresses et qui desservons pins mal que bien, selon noz merP tes, et ne devons par rayson estre espargniez d'avoir aucanes foiz douleur et tribulacion, quantilne espar- gna pa8 sa doalee mère.


De la rharilé Noslre Dame.

CnAPPlTRK CXIl'.

g]^aE^ près les bonnes daines doivent GSlre pî- ^^^^ leuses et charilables commo la sainte dame ^^^^ qui donnoit pour Dieu et pourpilié le phi« 

roit mariËe; et a m^lenu sa vefvelé nettemmi, sans reproche, dont elle doit estre louée. El la tow deadaireray : c'est madame d'Artus. DU GhETÀLIER DE La ToUR. 221 De plusieurs dames vefves, Cbappitrb CXIIII«. prés je vous diray d'une dame , femme à chevalier compaignon\ qui est vefve dès le tems de la bataille de Crécy, il y çi xxvj. ans. Celle bonne dame estoit moult belle et juenne , et moult a esté demandée de plu- sieurs lieux. Mais oncques marier ne se voulst, ains a touz jours nourry ses enffans moult honnora- blement. Sy doit estre moult louée, et plus encore du temps de son seigneur. Car son seigneur si estoit pe- tit, tort etborgne et moult maugracieux, et elle estoit belle et juenne et grant gentil femme de par elle. Mais la gentille dame Tama moult et honnoura au- tant comme femme puet amer homme, et le crain- gnoit et servoit si humblement que moult de gent s'en merveilloient. Sy doit estre mise ou compte des bonnes, pour ce que en elle n'a riens que reproucher ne devant ne d'après. Après vous compteray de une dame, femme d*un simple bachelier. La dame estoit belle et juenne et de bon lignage, et son seigneur es- toit vieil et anden et tourné en enffance, et faisoit SQubz soy comme un enffant et avoit maladie bien laide; mais non obstant la bonne dame le servoit jour et nuit plus humblement que ne peust faire une pe- tite chamberière ou une petite femme servante-; et meist à peines la main où celle bonne dame là met- 122 Le Litre toit. L'en la venoit querre bien souvent pour la £ûre chanter et dancier es festes , qui estoient menu et souvent en la ville où elle demouroit. Mais trop poy y aloit, ne riens ne la tensist à Teure que elle sçavoit que il feust temps de faire aucun service à son sei- gneur. Et, se aucune lui deist : ce Madame, vous deus- » siez autrement esbatre et estre liée, et laissierdor- » mir vostre preudomme, qui n*a de riens mais mes- to tier que de repos » , sy savoit bien que c*estoîlà dire; elle leur respondoit saigement que, de tint qu'il estoit plus à malaise, avoitr-il plus grant mes- tier d'cstre scrvy, et que elle prenoit assés de joye et d'esbat à estre entour lui et lui faire chose qui hd pleust. Que vous diray-je? Elle trouvoit assez qui lui parloit de la joye et de Tcsbatement du siècle; mais nul n'y povoit venir ne pincier ne mordre, tant estoit loyale et ferme à son seigneur et à garder Toit neur de elle. Et après que son seigneur fiist mort, se elle se gouverna bien en son mariage , si s'est-elle bien gouvernée en sa vefveté, et nourry ses enffans sans soy vouloir consentir à mariaige , et par ainsi en tous estaz elle doit estre louée et mise en compte des bonnes, combien qu'elle ne soit pas grant mais- tresse ; mais le bien et la bonté d'elle doit estre bon exemple et mirouer aux autres, et ne doit Ten point taire le bien de ceulx qui l'ont desservy. Et pour ce vous ay-je racompté d'aucunes de nos dames d'aa- jourduy de chascun estât une ; quar, se je vouloyedc toutes racompter, je auroye trop à faire et seroit ma matière trop longue ; car moult en y a de bonnes ou royaulme de France et ailleurs. Gestes bonnes dames de quoy je vous parle sont sans reproche, et droite- DD Chetalibr de Là Tol'r. aa3 mesïX esprouyées de bonté en leur mariage et en leur yefveté , et en ont moult eschevë les juennesses et les paroUes du monde, et ont tenu leur bon estai fer- me sans ce que Ten se peut jengler d'elles. Elles ne se sont pas remariées par plaisance à maindres d'es- tat que n'estoient leurs seigneurs ; car je pense que celles qui s'abaissent par plaisance, deleurvoulenté, sans le conseil de leurs amis , font contre elles. Et avient aucunefoiz que , quant un petit de temps est passé et que le temps se remue ainssi comme yver et esté , et quant la plaisance'se amendrist et fault , et elles se revoyent quant les.grandes ne leur por- tent plus si grant honneur comme elles souloient, Jors leur yst du cuer la vergoingne, et se revoyent. Et aucunes foiz elles chieent en repentailles ; mais il n^est pas temps, et, quant de ma semblance, il me semble que ceux qui prengnent leur grant dame à £emme et font de leur dame leur subgiete , je pense que c'est grant pitié de mettre en servaige si noble ^ose et si haultaine comme sa grant dame d'on- nenr, par laquelle il peust venir tant de honneur et de vaillance ; car, de ce qu'il l'a espousée il est sire de celle qui souloit estre dame , et à présent est sire et sera appelle seigneur, et sera en grant crainte de faillir et désobéir, mais ce sera tantost passé. Il me semble que il vueille venir au repos , car les grans emprises de venir à honneur pour plaire à sa dame sont passées. Si a moult à dire en cest fait en plu- sieurs manières ; car cellui qui lui a juré foy et loyauté de garder son honneur et son estât à son povoir, et depuis l'a conseillié à soy abaissier et à faire contre la voulenté de ses seigneurs et de ses DU CHEYAIrlEl DE La ToUR. ^&5 Cx parle de bonne renommée, Chappitrb CXVK es belles filles, si vous sçavés le granl honneur et le grant bien qui yst del la bonne renommée, qui tant est noble veï* tus , vous mettrés cuer et peine de y en-* tendre, tout aussi comme fait le bon chevalier d'oo- neur qui tire avenir à vaillance, qui tant en trait de paine et de grans chaux et de frois, et met son corps en tant d'aventure de mourir ou de vivre pour avoir honneur et bonne renommée, et en laisse son corps en mains véages, en maintes battailles, et en maints assaulx, et en mamtes armées et en maints grans perUz. Et quant il a assez souffert paine et endurée, il est trait avant et mis en grans honneurs et servis, et lui donne Ten grans dons et prouffîs as- sez. Mais nulneseapparrage à la grant honneur que Ten li porte, ne à la grant renomée. Et tout aussi est'il de la bonne femme et de la bonne dame qui en tous lieuz est renommée en honneur et en bien , c'est la preude femme qui met paine et travail à te- nir nettement son corps et son honneur, et refuse sa juennesce les foulx delis et folles plaisances dont elle puet recouvrer et recevoir blasme. Comme j*ay dit du bon chevalier qui telle peine sueffre pour es- tre mis ou nombre des bons, ainsi le doit faire tonte bonne femme et bonne dame et y penser, et comme 15 126 Le Litee elle en acquiert l'amour de Dieu el de son seigneur el du monde el aussy de ses amÎB , et le saurement de son ame, qui est le plus digne, dont le monde la loue et Dieu encore plus, car il l'appelle la predeuse margarite, c'est une Une perle, qui est blanche, ronde cl clËre , sans toiche y veoir. Si a cj' bonne exemple comment Dieux loua la bonne femme en l'euvanglUe, et si doivent toutes gens : car l'en Mn autaol faire de bien et d'ooneur fi la bonne dame Wi domoiselle comme au bon chevalier ou Cficuier, el pluË, doutle monde est aujourd'hui besiournA, et Inn- Hcur n'est point si gardée en sa droite règle et ea son droit estât comme elle souloil en plusieurs eas, et spMalement l'onneur des bonnes femmes. Et vons diray comment je l'ooy rscompter & mon seigMor de pèro et a plusieurs bons chei-aliere ol preudUOiD- mes, comment en son temps on hoonouroit les bon- nes femmes , et comment les blasmdes eslotent ru- sées el séparées de« bonnes , et n'a pas encore si. ans que ceste coustume couroil communément , se- lon ce que îlz disoient. Car en ceilui temps une fem- me qui liist blasmée ne feust sy hardie de soy re- Iraire ou renc des bonnes qu'elle n'en fcust r^ou- t6e. Dont je vous conleray de deux bons chevaltïen de colliii temps, dont l'un aToil nom Médire Raoul de Lngre cl l'autre Nessire GieBroy, el esldenl frè- res et bons chevaliers d'armes, qui lors courmcnt es ymojies, es tournoix et aux autres lieux lùobiltpo- voicnt trouver honneur. 11?. esloient renommts CI honoourés comme Cbarny, Bouciquaut ou Saintr6,ei pource Bvoienl leur parler sur louz, el convcnoitqne ils (eussent escoulès comme chevaliers aueiorisei. DU Chevalier DE La Tour, s^jr CommeM l'en doit croire les anciens. Chappitrb CXYII«. ont il advenoit que, se ilz veissent k im jennes homs de lignaige faire chose qui -à son homieiir ne feust, ilz luy montrassent sa fianlte devant touz , et pour ce jueniieé hommes les eraingnoient moult. Dont il avint qné j'oy raconter à mon seigneur et père que une fois il vint à une grant feste où avoit grant foyson de seigneurs et de dames et de damoyselles. Sy arriva comme Ten vouloit aseoir à table, et avdtvestu une eete hardie à la guise d*Alemaigne. Sy vint saluer les dames et les seigneurs, et quant il eust foit ses reve- Tances, eelhn Messire Gîrîfroy le va appeller devant tous et lui demanda où estbit sa vielle ou son ins- trument, et que il foist de son mestier. « Sire, je ne » m*en saurcûe mesler. « — a Sire », dit-il, a je ne le » pourroye croire ; car vous estes contrefait et yestu »0(mmie un ménestrel. €ar, en bonne foy, je con-^ » gnoys bien vos aneesseurs et les preudhommes de » la Tour dont vous estes ; mais onques mais je ne » vy qui ainsi se contrefist ne vestit telles robes. » Lors il luy repondist : « Sire, puisque ne vous sem- 2 ble bon, il sera amendé. » Sy appella un ménes- trel et lui d(Huia sa ooste et la lui fist vestir, et {hîsI autre robe. Sy revint en la salle, et lors le bon cho-< valier lui dist : a Yrayement, cestuy-cy nese forvoye aa8 Le I.ivhë B pas, car il croit conseil Je plus vieuU D louzjuenncshoiniTicset jeuDesfemmes qui croient > conseil et ne coiilrarient mie le dit des anciens ne > peuvent faillir de venir à honneur, v Et iussi dit lepreudons, qui pour bien elbooneurravoit dît. El pour ce a cy bon exemple coin ment l'en doit ccx>irect avoir bonté CI vergoingno de l'enseignement des eoi- gcsetdeaplus anciens de lui. Carcequeilz dientet enseignent, ilz ne le font que pour bien et honBeâr;; mais noz juennes hommes et noz juennes femmes de aujourdliui n'y prennent mie garde, aïnçois U^inealA grant despil de ce que l'en les reprent de leurs fo- lies, et Guident aujourd'uy esire plus saiges que les andfflis et de ceuU qui ont plus veu que eulx. Si est grant pitiË et granl folie de telle descongnaisssBW avoir en eulx; car tout gentil cuer de bouae nafnre doit avoir grant joye quant l'en le reprcnl do m foulte. El se il est saige et ^oc il lui merciera, et 1& voit-on esprouvée la bonne el la frnnche nature des juennes hommes et desjueimefi Eemmes; car nul viilain cuer n'en rendra jà grâces ne mercis, ne jft gré ne saura. Or vous ay parlé comment il?, parlè- rent El chastièrenl les jeunes hommes. Or vous dî- ray-je comment ilz donnoient bon exemple es bon- nes dames et 6s bonnes damoiselies en iedui temps. DD Chevalier de Là Tour. 229 Des anciennes coustumes^ Chappitrb CXYIII». 16 temps de lors estoit en paiz, et tenoient > gransfestes etgransreveaulx. Et toutes ma- ' nières de chevaliers, de dames et de damd-- selles s*asambloientlà où ilz aloient etoùiiz avoient les festes, qui estoyent menu et souvent, et là venoient par grant honneur les bons chevaliers de cel- lui temps. Mais, se il advenist par aucune aventure que dame ne damoiselle qui eust mauvais renon ne qui ^t blasmée de son honneur se meist avant une bonne dame 00 une bonne damoiselle de bonne renommée, combien que ellefust plus gentil femme ou eust plus noble et plus riche mary, tantost ces bons chevaliers de leurs droits n'eussent point de honte de venir à elles, devant tous , et prendre les bonnes et les met- tre au dessus des blaspnées, et leur deyssent devant tous : « Dame, ne vous desplaise si ceste dame ou da- 10 moiselle vait avant vous; car, combien que elle ne » soit si noble ou si riche comme vous , elle n^est D point blasmée, ains est mise ou conte des bonnes D et des nettes. Et ainsi ne dit Fen pas de vous, dont » me desplaist, mais Ten fera honneur à qui Ta » desservy, et pour ce ne voz en merveillez pas. » Et ainsi parloient les Ixms chevaliers, et mettoient les bonnes et de bonne renommée les premières, dont elles merdoient Dieu en leur cucr de elles estre te- 33o Le Litbë par quov elles a' t honôr? nues nettemcDl, par quoy elles s'esloicnt 1 et mises avant, cl les aulrcs se prenoîenl au nez et baissoicnt les visages, et reccvoient de grans honles et de grans vergoingnes. El pour ce estoil bon cuem- ple à toute genlil femme ; car pour la honte que eî- lesouolcot dire aux autres, elles doubtoicnteicrtin- gnoienl à faire le mal. Mais, Dieu mercy, aujour- duyl'on porte aussi bien hooDeurauK blasmèes coim me aux bonnes, dont maintesypremienl mal exem- ple et disent : o Avoy, je voy que l'en porle ausâ w grani honneur A telle, qui est blasnièc et diffamée, V comme aux bonnes; Il ni a force de mal faire; tout » se passe. ■> Mais toutes voies ceesl mal dit cl mal pensé, eombien qu'il y ait granl vice ; car, en bonne Iby , combien que en leur présence l'en leur faoe honneur et courtoisie, quant l'en est pari; de elles l'en s'en bourde, el disent les compalgnans et les gea- gleurs : u VÉea ey une telle ; elle esi irop bien cour- » loisedesou corps; lelettelseeabaiavecqueseHc »,■ et la racooient et la nombrant avecques les mauvai- ses. Et ainsi tel lui fait bomtcur et belle ctiiëre par devant, qui lui trait la langue par derrïtre. Mais les folles ne s'en apperçoîvenl mie , ains se csbaudissenl en leur folie, et leur semble que nul ne scel leur honte ne leur faulle. Sy est le temps changé comme il souloil , el je p«ise que c'est mal f&îl . cl qae il vaulsist mieuû devant lonz monstrer leurs faullct el leurs folies, comme ilz fûsoienl em cellui temps dont je vousay compté. El vous dirayencores plus, com- me j'ay ouy Gomplcr ù plusieurs chevaliers qui ti- rent cellui messire Gieffroy de Lugre el autres, que, se il chcvauchast par le pays, U demandait : « X ifflL hV CHEYAIilEft DE liA TOUR. a3l ».est cellui hei^rgementlà? », et Ven lui deist: (T C'est à telle », se la damé feust blasmée de son honneur, il se torsist avant d'un quart de lieue que il ne vensist devant la porte, et luy feist un pet, et puis pransist un poy de croye qu'il portoit en son saichet et escrisist en la porte ou en Fuis : « Un pet , un pet », et y faisoit un signet et s'en vensist. £t aussi^ au contraire, se il passast devant Tostel à damé oii| damoiselle de bonne renommée , se il n'eust monlt granthaste il la vensist veoir et hucha3t : « Ma bonne » amye , ou bonne dame , ou damoyselle , je prie j^ » Dieu que en cest bien et ceste honneur il vous » vueille maintenir en nombre des bonnes ; car bien » devez estre louée et honnourée. » Et par celle voye les bonnes se craingnoient et se tenoiait plus fermes^ et plus closes de ne faire chose dont elles poussent perdre leur honneur et leur estât. Sy vouldroye que cellui temps fust revenu ; car je pense que il n'en^ feust mie tant de blasmées comme il est à présent. Dont , se femmes pensoient ou temps de devant Tadvenement nostre seigneur Jhesucrist , qui dura plus de v."" ans , comme les mauvaises femmes et e^[>ecialement toute femme mariée qui feust prouvée par y. tesmoings avoir eu compaingnie àautreque à son seigneur, elle feust arse ou lappidée, ne pour or ne pour argent elle n'en feust rachetée, tant noble feust, selon la loy de Dieu et de Hoyses , et encore ne sçay-je guières de royaulmes aujourd'uy , fors le royaulme de France et d'Angleterre et en ceste basse Alemaigne, de qui l'en n'en face justice dès ce que l'en en puet savoir, et qui ne meurent dés ce que l'en en scel la vérité, c'est-fr-dire en Rommenie, en Ëspai- a3« liE LîYR^' gne, en Ârragon et en plusieurs autres royaulHiés; En «ucuns lieux Ten leur couppe les gorgesv en an- tres lieux Ten les murtrist à touaillons , en autres lieux Yen les emmure. £t pour ce est bonne exem- ple à toute bonne femme que, combien que en eest royaume Ten n'en face plus justice comme Fen Sait ea plusieurs autres lieux , elles n'en laissent pas k en perdre leur honneur et estât, et Famour-de leur sdgneur et de ses amis, et Tonneur du monde, eonvf ftie donner langaige aux gragleurs, qui, au matin èt- au soir, en tiennent leurs esbatemens et leurs gon- lées de moqueries , et en oultre Tamour et la graee- de Dieu, qui est le plus fort ; car elle est séparée da livre des bonnes et des saintes femmes, si oonome 3 est contenu plus à plaîn en la vie des Pères. Mais le compte en seroit trop longàraoompler, dont Je vous" dîray un moult bel et bon exem[de, qui est le phn noble et le plus hault de tous, comme ce dont Dieux parla de sa propre boucbe , si comme le racompic la sainte escripture, comment Dieu loua en son saint sermon la bonne preude femme. DU Chevalier de La Tour. a33 Comment Nostre Seigneur hme les bonneB femmes^ Chappitrb GXIX'.. ienx lone la bonne femme, la nette et la pure, comme c'est noble chose et sainte que de bonne femme ; car, quant Dieu de sa propre sainte bouche la loue, dont par bonne nûson le monde et toutes gens la doivent bîeii amer et louer et ehier tenir. Il est contenu en Ten- vangiledcs vierges que le donlx Ihesucrist preschoit et enseignoit le peuple. Sy paria sur la matière des bonnes et des nettes femmes, là où il dist : Una pre^ dosa margarita campanwit sam. Je vous dy , dist nostre seigneur, que femme qui est bonne et nette doit estre comparée à la précieuse marguerite. Etee fust à merveilles dist; car une marguerite est une grosse perle réonde d^oriant, clëre, blanche et net- te; Et, quant elle est dère et nette, sans nulle tache y veoîr, celle predeuse pierre est appelée précieuse margarîte. El ainsi montra Dieux la valeur et la bonté de la bonne et nette femme. Car celle qui est nette et sans taiche , c'est-à-dire celle qui n'est pas mariée et se tient vierge ou chaste , et aussi celle qui est mariée et se tient nettement ou saint sacre*- ment de mariaige, sans souffrir estre avillée que de son époux que Dieu lui a destiné et donné, et aussy celle qui nettement tient son vcfvage, cestes-cy sont Le Livre ^^^^^^^^^ celles, si comme dit la glose, de qoï Dieu parla en sa sainte Euvangile. Ce sont celles qui en ces iij. estas se tiennent neltement et chaslemenl. Elles sont com- paragiÉes, si comme disl nostre seigneur Jhcaucrislt à la précieuse marguerite, qui est clêre et Délie, sans nulle laiche. Car, si comme dit la sainte cscripture : Nulle cliose n'est si noble que de bonni; femme, ol . plavBl à Dieu et auxaogels en partie plus que l'om- me, et doit avoir plus de mérite, selon raysM, j)Otir. ce que elles soDl de plus faible et legier couraEgo qus n'est tliomine, c'est-ïi-dire que la femme fcusl iraUbi de l'omme, et, de tant comme elle feust plus fojble et elle puel bien résister aux Uimptadons de l'enne- my et de la chair, et, enl'avenlure, de tant doil^llu avoirplusgraal mente quel'omoie. Et pour cela com> paraigeDicu â la noble precieuseniorguerile, qui est dère, El aussi dit la glose en un autre lieu que, aussy comme c'est laide chose à Laillier un blanc cl délié cueuvrechicl' â un grant seigneur ouquet «n lui baillant l'en espendroit grosses gouttes d'encre noi- re, «t aussy celles gouttes tmtes les cspandre sur une esculée de lait qui csi blanc, tout ûosi celle qui. doit eslre puuelle, et baille son puoellaige k autre; que à son espoux, ei aussy la mariée qui, par» gr^nt mauvaistié , sa Icîche el sa &usse Iccherio de- chair, rompt el casse son rasriaige et sou saintsacra- ment, et ment sa foy el sa loy vers Dieu et Vesgliee, et vers son seigneur , et aussi celle qui se doit leiûc nettement en sa vefvelè, cestes manières de remiiic& resembleni les taîches laides qui sur le blanc l^t ot- sur le cueuvreobief de grosses goules noires ap[>è- renl ; elles ne sont de rions au» prËdeuaefi m DU Chevalier de La Toub. a3& rites; car en la précieuse marguerite n*a milles tai-^ ches ne goûtes noires; Hélas ! tant la femme se doit bien haïr et maudire sa mauvaise vie, quant elle n*esl plus ou nombre des bonnes dont Dieu parla ainsi à ses appostres et au pueple. Dont, se elles pensoient bien à iij . choses. Tune, comme celles qui sont à m^, rier perdent leur mariaige , leur honneur et acquiè- rent la honte et hayne de leurs amis et du monde, comme chascun les monstre au doy ; les mariées ,. comme elles perdent toute honneur et Tamour de Dieu et de son seigneur et de tous ses amis et de. tous autres , et puis Dieu lui nuist à avoir bien et chevance ; car des difiamenres et laidures que Ten en dit seroit trop long à raconter. Car telz leur feront belle'chière par devant^ipuis leur traira la langue par derrière, et en tendront leurs comptes et leura moqueries, et en feront chacun jour leur parlement; mais après jamais elles n'aymeront de bon cuer leurs seigneurs, comme j'ay dit en Tautre. livre ; Tanncmi leur fera plus trouver de ardeur et ardant délit en leurs ribauderies et en pechié mortel dampnable que en Teuvre de saint mariage ; car, en Tcuvre de ma- riage, qui est euvre commandée de Dieu, n'a.point de pediië mortel, et pour ce n'a Tannemy que y veoir ne que y régarder; mais esk ribauderies et en pechié' mortel là aVennemy povoir, et y est en sa personne.' et esobauffe et atise le pécheur et la pécheresse au: faulx délit ; aussi comme le fèvre qui met le charbon et souffle en la foumaize, ainsi le feit Tennemy en. œlluy mestier^ et les y tient liés et enilambez decel^; luy ardent délit en pechié mortel, car il le fait pour- sa gaaingne, et sll les puet faire mourir en pechié s3S Le Livre mortel, il emporte l'ame en la douleor d _ et es a aussi grant joye et se liont aussi bien b]] comme !e chnsseur qui a toule jour chassé , puis au soir il preot sa hesle cl l'emporte ; i fail l'ennemy de telles femmes et de telles g et c'est bien rayson, si comme dit la sainte escri| re, qocceulu qui euvrent de telles chaleurs de lu» et y ont prins leur puant délit de la cliar soyent et portez en la chaleur et en la llambedu feud'enl Et c'est bien rayson , dit un saint hermile en la des Pères, que l'une chaleur soit mise avecqura I Irc, et que tout se poursuive en cesl monde el l'autre ; Car, si comme Dieu dît, il n'csl nul bien < ne soit mcry ne nul mal qui ne soilpugni. De la fille d'un chevalîiT quiperdy à i mariée par sa folie. l^^B CflAPPITBEVl"<. ^H ^^dS] r vous diray un autre eiemple de la Ç^^^îjjd'un chevalier, qui pcrdy ù estre mai \^^Juâ un chevalier pour sa cointise. El t ^^P© diray comment un chevalier avoit pluà» filles, dont j'ainsnte esloit mariée. Sy advint qui chevalier fist demander la seconde tille, et furei un de la terre et du mariage, et tant que le ch< lier vint pour la veoir el pour la tiaocier, se elh plaisoil, car oncqucs mais ne Tavoit veoe. Et < damoiselle, qui sccust bien que il dovoït itâni DU Chevalier de La Tour. àSj acesma et se cointy le mieulz que elle pot, et, poqr sembler à avoir plus beau corps et plus gresle , el]e ne vesty que une cotte hardie, deffourèe, bien estroitte et bien jointe. Si fist grant froit et fort vent de bise et avoit fort gelé, et celle, qui feust bien simplement vestue, eust si parfaitement gra^t froit tellement que elle feust toute noire de froit. Sy arriva le chevalier qui la venoit veoir, et regarda que sa couleur fust morte et pale et ternie , et aussy rer- garda l'autre seur, plus juenne que celle, laquelle avoit bonne couleur iresche et vermeille , car elle es- toit bien vestue et chaudement, comme celle qui ne pensoit pas si brief estre mariée. Le chevalier regar- da assez lune et Tautre, tant que après disner il ap- pella ij . ses parens, qui venuz estoientavecques lui, et leur dist : « Beaulx seigneurs , nous sommes venuz j> veoir les filles au seigneur de céans, et sçay bien 3> que je auray laquelle que je vouldray; mais j'ay » avisé la tierce fille. » — « Avoy, sire», distrent \q^ amis de lui , « ce n'est pas bien dit ; car plus grant B honneur vous sera de sa suer ainsnée. » — « Beaulx » amis » , dist le chevalier, « je n'y voy point d'à- 9 vantaige que trop pou ; vous sçavez qu'elles ont une » suer ainsnée de elles qui est mariée et dont sonlr » elles toutes puisnées, et je voy la tierce fille plus » belle et fresche et de meilleur couleur que la se- 9 conde, dont l'en me parloit; si est telle ma plaî- ]> sance. » Sy luy respondirent que c'estoit rayson que son plaisir si feust acompli et ce que il pensè- rent. Et ainsi advint; car il fist demander la tierce fille, qui lui fut octroyée, et en furent moult de gens esmerveillez, et par especial celle qui si bien si at- Le Livre '^^^^^ teodoii et qui EÛnsi s'esloit coinlie comme dut k' Si advint que, après un pou de temps, celle suer 'Conde, qui perdu svoil le chevalier pour le grant G qui l'avoit faite ternir et pallir, que , quant vint i 'é&» fust mieuti vestue et que le ICTnps fusl esehat que la couleur Itiî revinst, elle fusl plus belle et i frcschc d'assés que sa suer, que le cLevalier a prise, el tant que le chevalier s'en csmerrdlla etltdist: «Belle suer, quant je vins pour vouai N et voslre suer, vous ne cstiës point si belle <ts u pEU^ comme vouseslcs; car vous estes maiole B blanche et vermeille, el lors vous estiez aoit » palle , et csioit lors vosire suer plus belle < H vous; maismaintcnantvouslapasscz.jemedc > grant merveille. uLors respondit la mari^, fi me du chevalier : « Mon seigneur, je vous coi B ray comment ïl en fusl, el ne fusl aulj-cmCDl. r, que vous veés cy, pcnsotl, el si rsisiona-a D tous, que vous venis^ot pour la fiancer. S] n cointy pour avoir plus bel corps el plus gresle, e » wstit que une cote deffourte, et le froil fust gr " que lui permua la couleur, et je , qui ne penj D à tant d'onneur el de bien avmr comme de i me coinliay point, ajnsçoh u loiebien fourrée et chaudement veslue; si ai - meilleur couleur, dont je mcrcy IWcu de qut » chcy eu voslre plaisance, et benoist soit Dieu < » ma suer se vcsty si simplement ; car je sçay 11 » se De feust celle aventure, que voua ne m'eut » pas prise pour la laissier. u Et ainsi se gogos mariée delà suer, et toutes ïoyes elle cUsoit enr ainsi perdit celle damoiselle le ehei DU Chevalier de'La Tour. 2^^ oointise, comme oy avés. Car par telle cointise elle devint palle et descoulourée. Sy est ey bon exemple comment Ten ne se doit mie si liagement ne si jo- lieUement vestir, pour scy greelir et faire le beau corps ou temps d'yver, que Ton en perde sa manière et sa couleur, si comme il advint à Messire Foulques de Laval , » comme il me dit que advenu lui estoil sur le fait de ceste exemple, dont je le vous comp- teray. De messire Fouques de Laval, qui ala veoir sa mie. ChAPPITRB VlXXle. essire Fouques de Laval estoit moult beaux chevalier et moult net entre tous autres chevaliers, et si savoit moult sa manière et son maintieng. Si lui advint, comme H ine compta, cpie une foiz il estoit aie veoir sa dame par amours. Sy estoit en ung temps d'iver que il avmt fort gelé et faisoit moult grant froit. Si se eaunt au matin eointy et vestu d'une cosle d*ea* earlate bien brodée, et avoit un thapperon tout san- glé sans penne, et n'avoit que la chemise , sa coate et an cbapperon tout sanglé et bien brodé de bonnes perles , el n*avoit mantel ne ganz ne moufles. Le vent et le froit fot grant, et il estoit bien joini et lûen estroit en celle cote, et enduroit le grant froit et es- toit tout noir et tout palle et tout entoussé. Et là vint et il eust fait le bien veignant, la dame ehière et liée et meilleur que à messire lui scmbloit, et lui tenoit plus grant ce dit la dame à Messire Fouques : « Ira; » du feu. Je double que vous estes ma » avez trop fade couleur. » El il respoE voit nul mal. El louteffoiz Tautre cheva leure ehière d'assez. Sy se passa la cho demeura pas plus d'un mois que mes espia que le chevalier devoit venir si où estoit celle dame, et, à la journée qi il arriva pour vooir la dame, il vint d'au retrouvèrent leans. Mes messire Fouqu bien autrement qu'il n*C8tpit à l'autre f< vesty bien et chaudement, â que il ne couleur comme à l'autre foiz, pour es] ment la chose yroit ne à quoy il teno certain il eust la meilleure ehière et 1 à celle foiz. Dont il me dist que amoi tenir chaudement, et que il Tavoit espr ce est grant folie de soy cointir pour M et Dour estre crresle tant aue l'en en nei DU Cheyalikr de La Tour. 241 Cf parle des Galois ei des Galoises. Chappitrb YlxxlK ellc8 filles , je vous compteray des Galois et des Galoises, si comme Temiemy par son arl en fist plusieurs mourir de froît, eonnne par la flambe de Venus , la déesse d'amours et de luxure. 11 advint, es parties de Poi- tou et es autres pays, que Venus, lacfaimè des amou- reux , qui a grant art et grant povoir en juennesce , c'est en juennes gens, dont elle fait auouns amer d'amours raysonnable et honnourable , et autres de foie amour desmesurée , dont aucunes en perdent honneur et les autres ame et corps. Dont il advint que elle fist entreamer plusiemrs chevaliers et es- cuiers , dames et damoiselles, et leur fist faire une ordonnance moult sauvaige et desguisée contre la nature du temps, dont Tune de leurs ordonnances estoit que , le temps d'esté, ilz seroient bien vestuz et diaudement à bons manteaulx et (happerons dou- blés, et auroioii du feu en leurs chémhiées. Jà ne fieist si grant chant, ih se gouvemoient parle temps d'esté eomme Fen deust foire le temps du fort yver en toutes dioses, et en yvcr se gouvemoient comme Ten doit en esié , et vous diray comment. En yver, par le plus fort temps, le Galois et la Galoîse ne ves- toient riens du monde que une petite cote , simple , sans penne ne sans esire lingée, et n'avoient point de 46 i4a Lp. Litrb mantel ne housse, ne cliapperon doublé;^ glfi, qui avoit une cornele longue et gresle, avoir chappeau , ne gana , ne moufles , pour gelée i vent que il en fcisL Et , en ouilre, en ycellny fo yver leurs chambres et leurs places estoieat l~ nettes ; et qui trouvast aucunes feuilles vertes, e feusscnt jonchées par l'oslel, et la cheminéo ci houssée, comme en eslè, de fraillon on de aucn chose veiie; eu leurs liu n'avoil que ui ■ans plus, ne plus n'ea povoicnl avoir par celle oi denance. Et, enoullre, estoil ordenë entre etilxqi dès ce que un des Calots vcnist la où feusl la GabîM se elle eust mary, il convcnist par ccUe ordenani que il alast faire penser des chevaux au Galoys tp venus feust, et puis s'en partit de son boslel sans r venir innl que le Galoys feust avocquessa femme; < cellui mari estait aussi GaloisetaJatl vettrs'amie, un autre Galoise, et l'autre fcusl avecques sa femme , e| iènst tenu à grant bonté et déshonneur se le marj demourasi en son hostel , ne commandasl ne or denaal riens depuis que le Galùs (oust venu , cl n' «voit plus do povoir par celle ordenancc. Cy d œsle vie de cestes amouretes grant pièce, jusqw k tant que le plus de culx en furentmors et pemd &oit; car plu»eurs transsissoient de pur (roit el c moururent tous Tùydea dclcz leurs amies et aua leurs tunies delëz euU, et en parlant de leurs amoi retes et on oulx moquaot et hourdanl de ceubc ql estoienl bien veslus; d'antres, que il convcnoit i leur desserer les dens de cousteaux et les tosltûer t fréter au feu comme un poussin eugel^ et laonilU car Ht cuidojent conlrel'aire les autres el muer DU Chryalier db La Tour. i43 temps et saison qui ordonnée est, pour nourrir corps ^'omme et de femme autrement que Dieu n'avoit ordonné. Si doubte moult que ces Galdset Galoises qui moururent en cest estât et en cestes amouretes furent martirs d'amours , et que , aussi comme ilz morurent de froit, que ilz ont grant cbaut par delà et ardent; car se ils eussent soufferte la yij* partie îie la peine et -de la douleur pour Tamour du filz de Dieu, qui tantsouffry pour eulx, ilz en eussent méri- té et grant guerredon et gloire en Tautre siècle. Mais Tennemy, qui touzjours tant à faire désobéir bomme et femme, leur faisoit avoir plus grant plaisance et délit en fioles amours, désespérées et sauvaiges, que à nul serriee-de Dieu , et les aveugloit par telle manière que il les faisoit mourir et languir de pur froiL Ex pour eeste raison , qui est évident , est bien chose éprouvée comment Tannemy tempte et es- chauffe homme et femme , et soustient à périr corps et ame , et comment il donne et fait avoir foies plai- sances et plusieurs mauvaises manières , c'est-à-dire les uns par convoitise, comme de tirer à soy Tautrui et le détenir ; autres par orgueil, soy trop prisier et les autres deprisier ; les autres par envie de bien que au- trui a plus que lui; les autres par gloutonnie où le corps se deUte, qui faitesmouvoir le pechié, comme de y vresse, qui lolt raison et le fiedt venir au délit de la chair; les autres par luxure, comme Tennemy les fait entreamer de foie amour et foies plaisances où il les fait déliter, comme il fist iceuk fauk Galois et Galoises, où il mist tant de foie plaisance que il en fist plusieurs mourir de diverse mort, comme de froit, amis et amies. Pour ce ne di»-jemie que il ne soit a44 de bonnes ai Le Livee s deshonnear fit dont 1I d'onneur vient. Celles sonl loyalles, qui ne requièrent chose dont deslioimeur ne abaissement viengne ; car eclluï n'ayme pas loyaulment qui pense à deshon- nourer sa dame et s'nime, ne abiùssier son homieor ne son eslat; car ce ne8t mie amour, ains est faub semblant et tricherie; ne l'en ne puet faire trop grant joslice de telle manière de gens. Mus tant vous en dy-jc bien que il en court d'uns et d'autres, c'est as- savoir de loyaulx etfaulxeldedecevahles, de telziin se faignent et jurent el parjurent leurs fois et tet- mens, el ne leur chaull , mais que ils aient partaul leurs delii, el usent de faulx semblant el font les pen- ds, les debonnMres et les gracieux. Si en y a de trompez el de trompées assez par le monde, Et pour ce est le siècle moult fort â congnoislre er moufi merveilleux ; el de telz el de (elles le cuîdeul tien congnoislre qui en sont deceus, el si congnoisseoi moins que i!z ne cuidenl. Que nulle femme ne doit point (Toire trop U^ rement ee qu'on lui dit. Chappitrr VI>i»nK 1 pour ce est noble chose à toute femme Ifdebienel d'onneur y prendre garde elsoy I garder, el non mie croire trop de legier ce "en leur disl, el se prendre de garde de ( qui usent de telles faulcelez el qai fout depe- DU Ghbyalier de La Tour. «45 tîz signes et des iaulx semblans, comme de làulx re- gars Ions et pensis, ^ de petis soospirs, et de mer- veUleuses contenances affectées , et ont plus de pa- roles à main que autres gens, Sy esl bon de soy garder de telles manières de gens qui veulent user de avoir tel siècle; car la bonne femme qui Men se scet garder de telx g^as d<Mt estre moult louée et bonnourée. Car c'est grant bonneur et grant victoire avoît fiât de eschiver le mal langaige du monde , et qui se poel tenir nettement et bors de leurs folles parienres, sans ce que celles folles langues puissent dire ne nioompter que ilz Faient trouvée en nulle foi- blesse ae mdesié de eoer, ne qui se puissent bour- der ne gangler de elles, et ccsies bonnes femmes qm ainsi se tiennent fermes, et qui ainsi se rusent de leurs fimlces malices, doivent estre bien louées entre les bonnes, tout ainsi comme Ten loue les bons chevaliers et les bons escuiers qui passent par vail- lance et par bonneur ; par la paine que ilz y ont tndt tous antres pour le grant labour que Uz y ont souffert pour venir à bonneur, sont ilz plus prisiez et honnourez que gens du monde. Tout aussy et par meflleur raison doit estre la bonne dame qui bien a rescoux son honneur contre telles manières de gens qni ainsi usent. Et si vous dy bien que mon entente n^est point par ccst livre à Uasmer bonne amour et ceulx qui usent de loyaulté ; car moult de grans biens et honneurs en sont advenus. Mais la bonne damede Villon, qui tant fîit belle et preude femme, dontpar sa bonté et sa beaulié moult de bons chevaliers fo- rent amoureux de elle, et elle, qui moult fot saige et de grant gouvernement, leur disoit que toute 246 Lfi Livre saige femme qui bien vouloit nettement garder son honneur doit avant essaier son amy, c'est celui qoî la prye ou qui lui fait semblait d^amour. Et quant elle Taura esprouvé vij. ans, adone dlè sera certaine se il Tayme de cuer ou de bouche. Et lors le pourra accoler pour singne d'amour, sans plus. Hais de oeste bonne dame je me tais, car elle avoit le cuer trop" dur. Il est bien mestier que celles de aujourd'oy aient le cuer plus piieulx, et, se Dieux plrât, sy auront elles , car trop long temps a en vî}. ans. Le plus d'elles n'attendront pas que elles n'en ayenl plus brief mercy, se Dieu plsdst. Mes belles filles , je vous laisseray un peu de cest fait et de cestes Galm- ses, et vous compteray un débat qui eit entre vostre mère et moy, sur le fsdi qu'eUe ddxdqne nulle fem- me ne doit amer par amours , fors en eertains cas, et je soustiens le contraire , et pour ce est le iiebaî d'entre elle et de moy, sur lequel je vueil recompter. Cf parle du débat qui ai^int entre le chevalier qui fist ce lii're et sa femme, sur le fait damer par amours. Le chevalier parle, la femme respont après, Chappitrb VIxxIIIK es chières filles, quant à amer par a- mours, je vous en diray le desbatde vos- tre mère et de moy. Je vouloye soustenir que une dame ou damoiselle peut bien a- mer en certains cas de honneur, comme en esperan- DU Cheyalibr i>s La Tour. a47 ce de mariage ; car en amour n*a que bien et hon- neur, qui mal n'y pense. Car en celles où Ton pense ou mal ou engin , n'est pas amour, ains est mal pensé et mauvaistié. Si vueilliez ouïr le grant con- tens et le débat de elle et de moy. Je dy ainsi à vos- tre mère : « Dame, pour quoy ne aymeront les da- mes et les damoisselles par amours ? Car il me sem- ble que en bonne amour n'a que bien, et, aussy com- me Tamant en yault mieux et s'en tient plus gay et I^us joli et mieulx acesmé, et en hante plus souvent les aimes et les honneurs, et en prent en lui meilleu- re manière et meilleur maintieng en tous estaz pour plaireà sa dame et à sa mie, tout ainsi fait celle qui de loi est amée pour lui plaire, puis que elle Tayme. Et.wiasy TOUS dy-je que c'est grant aumosne quant une dame ou damdselle &it un bon chevalier ou tm bon escttier. Cestes-cy sont mes raisons. » Cy jUirU la dame et respont au chevalier : Sy me respont vostre mère et dit : « Sire, je ne me mervdlle pas se entre vous hommes soustaiez cesie raison que toutes fenunes doivent amer par amours. Mais, puis que cest fieût et eest détuX vient en clarté devant noz propres filles, je vueil débattre contre vous le mien advis, et feablement, selon mon enten- dement ; car à nos ei^hns nous ne devonsriens celer. Vousdictes,etsifonttou8 les autres hommes, que tou- tes dames et damoîselles valent mieulx se elles ament par amours et qn'dles s'en tendront plus gaies et plu» renvoysiées et en sauront trop mieulx leurs numières et leur maintieng , et feront aumosne de faire un bcm chevalier ou un bon eseuier valoir.Cea- tes paroles aontesbatements de seigneurs etdeoom- ^ 348 L-E Livre paignons el un langaigc mouLlconnanD. CBrcoaTs^r^ disent que le bien et honneur qu'Dz foui, que ce smt par elles , qui les fonl vnloir él venir à honneur et souvent eulx armer étaler Es voiagcs, et moult d'ao- Ires choses que ih dïent qu'ilz font pour leurs annies. il ne leur cousle ^res à le dire pour Icqt plaire et (HDur cuidier avoir leur gré; car assei de telles paroles et d'autres bien merveilleux aucuns usent bien souvent. Hais, combien qullx disent que Ut le faceol pour elles, en bonne foy ilz le font pour culi moismes, et pour tirer i avoir la grâce et l'onneur do monde. Si vous di , mes cUiËrcs filles , que vous ce croicîpasvoslrepèreeDcecas, etvouspr}', sicbiftre comme vousni'avei,pourvostrehonneurgarderDtt- tement sans blaame et sans parlement du monde , que vous ne soyez point amoureuses, pour plusieurs raisons que je vous diray. Premièrement, je ne dy mie que toute gentil femme ne do^e mieulx amer les uns plus que les autres, c'est assavoir les gens de bien et d'onneur et ceulx qiû leur cons^llcront leur liooneur et leur bien; car l'en pucl bien fûrc mûl- leurc chièrc aux uns que aux autres en moult de cas. Mais, quant àeslre ai amoureuses que telle amour la maistroyc , atout le plaisir et le vouloir de son cuer, aucunes loisil advient souvent que telle anleur d'amour et cellul fol plaisir les maisiroyc et les maine t avoir aucun villain blasme, aucunes fois â droit, et aucunes fois A tort, par l'aguet que l'en a voulcntiers sur tel fait, dont l'on puet parfois re- eeioir grans blasmes et deshonneur, et l*;! cry qu'il uechieipas delegier, parles faulx aguelteurs otpar les mcsdisans, qui jà ne seninl saouU ne bssouiù DU CHEV-iLfER DE 1a ToiR. 149 de agaiticr, parier et rapporter pics ujsA \h r.^l r% le bien. Dont, parieurs faulx iaâi^es, îje cjfls.r.rr.: et toUcnt iai>onne reDommée de nîainvï darr.? »c es- moisellc, et pour ce, toute femme a Htarâ? %e Mi»it bicD depporter de celluy fait. Dont i*une rayson estque juenne femme xr.^ns'-r^ se ne puet jamais servir Dk'U de fin c^er i^.r^.u vrav comme devant; car i'av ouv dire a ùwâr^TK. qui avoient esté amoureuses en ieur jf:<^Ley^ . çiit , quant elies estoîent à l'église, que la \^.hy^, *^ lit mcrcncolie leur feiaoit plus souvent per.ver % c^. «v- trois pensiers et deliz de leurs amovir? qje - vrn- ce de Dieu, cl est lart d'amours de teiieia'^-r^ tj^. quant Tcn est plus au divin office , ^'*!A\ Vwa 'xrr.-*rjfr le prestre lient nostre seigrieur sur 1 a»:te. . yr* .*-.■• venoit plus de menus pensiers; ^*^ .tr. 'ï-.'j* déesse, qui a nom Venus, qui eut le û:c: -: 7:^.% :. a- nettc, si comme je lay ou y dire a \l 'ji^r^r,' '.^.':>. prescheur, qui disoit que i'encCTn' vt rr.-ii 'f. .'.* femme dampnëe qui a mervelle f* • .'o-j-e fsfr.'.r..s: >-. amoureuse, et se misl i'eonefr.y 'î^rC.i.v. e.-* *•. H.- soitiaulx miracles, dont Ua \Ay*r.\ .'< \:/:^--r\ * déesse el la honnouroient co.T.n:e \}âr». <>..**•>" .* fui celle qui donna le conseii icr Trr/r#fr.i ç . .. / «r - voyasscnl Paris, le filz du roy hT4S*.. es ^s'-f^, querrc femme, laifuelle elle ici ivt'/x ai v:r- *f, '*^*. .: la plus belle dame du royax:flr«e oe^#f<yy:. ':*. <r. e ': : voir, car Paris avoit la belie Hht^u: . Ji :•.:; " ': '« . roy Menelaux , dont par oeLuy fait rLor .•••..' *. ;/. .■ ^>. xl. roys et plus de ceaC mille {it-.r^KiWf. . ',',',.*. a cause fust par l'attisement de c-ile c-^rw: \ f;r,M«. . fust une mauvaise déesse, el e^*. r^.':;i apiiarj.^»^:. *. v , <: '^ Le Livre n de l'ei c'estoil mauvaise IcmpUcion de l'enncmy. CSb^H déesse d'amours quiùnai attise les amourculxel penser et mercncolierjoiir et nuiienycculxdelïs e yceulxeslroispcnsiers, etparespecialplusàlameg- ee el au service de Dieu que cp autre part, c'est pour troubler la foy et le service el la devodon que l'a vers Dieu. El sachiez, belles filles, pour ccrtaù, qos Ja femme bien amoureuse n'aura ja partaîlamcnt le cueren Dieu, ne à dire ses heures devotletnent, ne Iccuer^ ouvert àoulrle saint service de Ujeu. Doal jOTous (liray un exemple, que j'ay toujours ouy n- conter, que ii fut deux roynos par deçà la mer qui leurs fiul\ delis de luxure faisoienl aux lenèbres ta jeudy absolu et le saint vendredy aouré, qusDl l'ei estaiiignoit les chandelles, et en leurs oratoires, dootil en des])luEl lantà Dieu que leur vil pedtià feusiscea et desclûrt, lellcmcnt qu'elles en morurani en chap- pes de plong. Et les deux cbevaliers leurs ribaux en monireut de si cruelle mon , comme ccuIk qui e furent escorchiez tous viis< Or povGi: bien vcmr corn- meol leurs rausscsamoursestoicalbiendesvoyAeBM dampuoblcs, et comment la tentation de Venus , ' déesse d'amours et la dame de luxure , les tompidt sifolcment, comme le saint vendredi bemiisl, que toute créature doit plourer ot genùr et estre en ikw>- don. Et par cest exemple est bien veu que tonts femme amoureuse est plus lemplée à l'egl service de Dieu ouïr que ailleurs. El l'en y doit dite ses heures plus que rni aulre lieu. Sy est ces to cy uns. des premières raîsons'par quoyjucnne femme sepuei déporter désire ai L'autre rayson est que pltisJeurs, qui sont IQUî , DU Chevalier de Là Tour. 35i Iz de requerrc et prier toutes les gentilz femmes î ilz treuvent, et jurent et parjurent leur foy et ement que ilz les aimeront loyaulment sans de- anoe, et qullz ameroyent mieulx estremors que ilz isassent YiHennie ne deriionneur, et quilz en vaul-. mi mieulx pour Famoar d*elles, et que, se ilz ont nne honneur, qu'il leur viendra par elles, et r demonstreront et diront tant de raysons et de isions que c'est une grant merveille à les ouïr ier. Et en oultre gémissent, etsouspirent, et font pensis et les merencolieux , et en oultre font ung Ix rcgart et font le débonnaire, tant que qui les roit il cuideroit que ilz fussent esprins d'amours yes eC loyaulx ; mais telles manières de gens, qui m osent défaire telx feulx semblans, ne sont^que eveurs de dames et de damoiselles. Si vons Aj h ont paroles sy à mains et sy forgées , comme Ix qui souvent en usent , que û n'est dame ne da- •dle, qui bien les vouldrôit escouter, qu'ils ne Bossent bien par leurs faulses raysons que elles ne ieussent bien amer. Et il en est bien pou, siellesne t roouUsaiges, qm bien tost n*en feussent deceues, t <mt paroles à main et tant font le gracieux et nt de faulx semblant. Geolx cy sont au contraire loyal amant. Car l'on dit, et je pense qu'il soit y , qoe le loyal amant qm est espris de loyal (wr, qoe , dès ce que il vient devant sa dame , il â espïis et paonreox et donbteux de dire ou iÎEdre 06 qoi lui déplaise, qoe il n'est mie si hardi de dire deacouTrir un seul mot, et, se il ayme bien, je se qull sera iij. ans ou iiij. avant qiie il lui ose I ne deseouvrir. Ainn ne foot pas les faulx, qui a59 Le Livre

s celles que ilz ti
prient Loulcs vous ay dU , car ilz ne sont en crainte de dire tout ce qui â la boucbe leur vient, œ bcoB nevcrgoingne n'enont. Car,Beî1zu'eDOiilbonni) ponce d'une , iLz penseront à l'avoir meîllciiTe d'Une antre, cttoutce que ikpcvcat traire d'elles, ibEtip- portent tout et en font leurs parlemeols de» des autres, et s'en dMtnent de bons joim cl de graus gogues et de bons csbulcinens. Et par oeil» voyes s'en vont gcnglanl et bourdant des des damoysclles , et acroissent pLuûeurs paroles de quoy elles ne parlèrent onques. Car ceulx â qiû ili les disent y remelteol du leur et y adjoustcnL plus de mal que de bien, el ainsi de parole en paroleei par telle frivole sont maintes ^imes daines el t)»- moyselles (tiflamÉes. Et pour ce , mes belles filles , gardez-?ou8 btou de les escouter, et, se vous veeï ne appercevci qo'ih vous veullent usffl' de telles paroles ne di tell fautx regars, si les laissiez illecquea Uni» fi- quex, et appeler aucun ou aocuoe en disant : sVe- nei oïr et escouter c«t chevalier ou escuior, comqu il esbat sa jeunesse et se gengle.v Et ainsi par .IflUet paroles ou par autre nianièro lui romperés ses paro- les. Et sachiezquc, quant vous lui aurez fait une ou deux, que plus ne vous en parleront ; car en bcuoa foy ou derrenier ilz vous en priseront eldotlblcTOSt plus , et diront : Coste cy ost scure el rerme. Et pu cesle ïoye ilz ne vous pourront mettre on rôles necn leurs gangleries, ne ne pourrosavwriul diflamement ne blasme du monde. i'^chevolier responl. Lorsjcluir(«pOQdv:ii{)ime DU CilEYALlER DE La ToUR. 253 VOUS estes bien malc et merveilleuse, qui ne voulez souffrir que voz filles ayment par amours. Me dît- tes vous que se aucun bon chevalier ou autre, qui soit homme de bien et d'onneur et puissant assez se- lon elles , qui les vueillent amer en entendon de mariage, pourquoy ne les aymeront^lles ? » La dame respont : « Sire, à ce je vous respons : 11 me semble que toute femme à marier, soit pucelle ou vcfve , se puet bien batre de son bâton mesmes. Car tous les hommes ne sont mie d'une manière ne d'une autre , et ce qui plaist aux uns ne plaist pas aux autres. Car il en est d'aucuns à qui il plaist moult le bon semblant et bonne chiëre que Ton leur faist , et n'y pensent que bien, et aucunes fois en sont plus ardans de les demander à leurs amis pour les avoir à femmes. Et autres y a plusieurs qui d'autres ma- nières sont et tout au contraire ; car ilz les en pri- sent moins et doubtent en leurs cours que, quant ilz les auroient, que elles feussent de trop ligière vou- lentez et couraiges et trop amoureuses , et pour ce les liassent à demander , et aussy par trop estre ou- vertes en leur faire beaux semblant, plusieurs en perdent leurs mariaigcs. Car pour certain, pour soy tenir amplement et meurement et non faire guères plus grant semblant es uns mieulx que aux autres , elles en sont mieulx prisées et sont celles qui plus tost sont mariées. Dont une fois vous me déistes une exemple qui vous estoit advenue , que je n ay pas oublié. Vous souvient-il que vous me déistes une fois que l'on vous parloit de marier avecques la fille d'un seigneur que je ne nomme pas ? Si la voulsistes veoir, et si savoit bien que l'en parioit d'elle et de ^54 I^K Livre TOUS. Et lors elle vous fist si grant chière. comme se elle vouz eust vea tous les jours de sa vie , et tant que vous la touchastes sur le fait d amourettes , et que elle ne âst mie trop le sauvaige de bien vouses- •couter. Et les responses ne furent par trop sauvaîges, mais assez courtoises et bien legierettes» et , pour le grant semblant qu'elle vous fist , vous vous retntyi- tes de la demander, et se elle se fust tenue un pea plus couverte et plus simplement vous réussies prise , dont j'ay ouy depuis dire qu'elle fut blasmée; ai ne sçay se ce fut à tort ou à droit. Si n'estes pis -le premier à qui j'ay ouy dire et parler qu'ilz en oot maintes laissiées à prendre sur leur iegier counûfftct attrait et pour leurs grans sonl^ans. Si esl movlt noble chose, et bonne et honneste à toute femme à marier, que soy tenir simplement et meurcment, et especialement devant ceulx dont elles pensent que l'en parle de les marier; je ne dy me que l'en ne doive faire honneur et bonne cbière commune, selon ce qu'ilz sont.» Le chevalier parle: «Comment, dame, les voulei- vous tenir si courtes qu'elles n'aient aucune plaisan- ce plus aux uns que aux autres ? » La dame respont : ce Sire, tout premierem^it, jene vueil point qu'elles ayent nulle plaisance k noix mendres d'elles, c'est assavoir que toute femme à marier n'ayme nul qui soit mendre que elle ; car, si elle l'avoit prins, ses amis l'en tiendroient pour a- baissiée, et celles qui telles gensayment, telle amour est contre leur honneur et estât et de grant deshoo- netir; c'est un grain de,fol et legier couraige et (te grant mauvaistié de cuer. Car l'on ne doit rien tant DU Ciieyalieh de La Tour. ^55 oônToiltier comme honneur en ccst monde , et avoir et acquerrc Tamislié et amour du monde et de ses amis , qui par celle foie et legiere voulenlè est per- due; dès lors qu'elle se met hors du conseil et du gouvernement de eulx, elle est deshonnourëe moult vilment, comme, se je vouloie, j'en diroye bien Tcxemple de plusieurs qui en sont diffamés et bayes de leurs prouchains amis. £t pour ce je leur deffans, comme mère doit faire à ses filles , qu'elles n'aient nulles plaisances ne nulle telle amour en nuls men- dres d'elles, ne en nuls si grans qu'elles ne puissent avoir à seigneur; car les grans ne les aymeront pas pour les prendre à femmes, ains ne leur feront uul semblant d'amour, forz pour le cheval et pour le hanioiz , c'est assavoir pour le pechié et délit du corps et pour les mettre à la folie du monde. Après, celles qui aymeront trois manières de gens, comme gens mariez, gens d'esglise, prostrés , moynes, et comme valiez et gens de néant , cestes manières de femmes qui les ayment pour néant et folement, je ne les met à nul compte, fors qu'elles sont semblables et plus putes d'assez que iemmes communes du bourdel. Car maintes femmes de bourdel ne font leur pechié fors que par povreté, ou pour ce qu elles furent deceues par mauvais conseil de boulières et de mauvaises femmes. Mais toutes gentilz femmes et autres , qui ont de quoy vivre hon- nestement , ou du leur, ou par service ou autrement, il fouit, se elles ayment telle manière de gens, que ce soit pour la grant ayse où elles sont par la les- cberie de leur chair et mauvaistié de leur cuer, qu'elles ne daingnent maistrier. Moult de gens les I.E 1,1 vhb "^^^^^ tromcnl plus puies, b. toui regarder, que les en munes ; car elles s^vcut bien que l'amour des n riez n'i!&t pas pour les avoir à seigneur, ne susd I ^ne d'cgUse , et aussi les gens de néant ; ceste amour n'est pas pour recouvrer hoimeur, miiia pour tmU vilIÉ et hODie recevoir, si comme il me semble. «  Le chevalier parle : n An moins , dame , piûiqiit vous ne vous voulez accorder que voi filles ayi par (imours tant comme elles seront à marier, |^ vous souffrir que, quant elles seront marines, qae,{t elles prennent aucune plmsance d'amour pourdla tenir plus gajes et pluaenvoysièes, et pourmieulxiCt- voir leur manière et leur maintieng entre les gsu d'honneur, car, aussi comme auirefibis vous aj él, «e leur seroil grant bien de faire un homme do a valoir et estre bon. u La dame reipond : iSire, fice je vousrepôns^Je me altensbien que elles faceat bonnes cbiëresellifees t toutes manières de gens d'ooncur, el plus aux que aux autres, c'est assanar comme ils seront plm graRS et plus gentilz el medlears de leurs pcrsotm», «t, selon ce qu'ilz seroot , qu'elles leur portait hoo- e ot chiêre liée devant tous , et que elles chaDient et danssent, et se esbaltenl honnon- rablement, et leur faire bonne cliière cl bon vlsalge- Hais, quant à amer par amours, puisque elles SOfl est d'amour commime, comiBft 1^ d<Ht faire à gens d'honneur, si comme les arat bonnourerceuli qui plus le Talent, et qui ontphli mis peine et travail à venir à honneur par armt par bonté de corps, cculx doil-on plus amer, serrit et homiourer, sans y avoir plaisance, fors par ùbBlll DU Gheyalier de La Tour. 2^7 d'eulx. Mais soustenir que une femme mariée doie amer par amour, d'amour qui la maistroie, ne prendre la foy ne le serement de nul que ils soient leur amant ne leur subgiet , ne aussi que elles bail- lent bien leur foy ne serement que elles les aymeront sur tous , je pense que dame ne damoyselle mariée ne autre femme d'estat ne mettra jà son honneur ne son estât en-tel party ne en telle balance, par plusieurs raisons, lesquelles je vous declareray, si comme U me semble. Dont Tune raison est comme dessus vous ayjàdit, c*est assavoir que femme amoureuse ne sera jamais si dcvottc à prier Dieu ne à dire .ses heures si dévotement , ne ouïr le saint service conmie devant. Car en amours a trop de merencolies, si comme Tcn dit, et en y a maintes amoureuses X|m, se elles osassent et elles ouyssentsonner la messe ou à vcoir Dieu et que leur amant leur dist : a Venez çà », ou qu elles peusscnt faire chose qui luipleust, elles laisseroyent à veoir Dieu et à ouïr son service pour obéir à leur amant. £t si n estnce pas jeu-par- iy , mais ainsi est la tentacion à Venus la déesse de luxure. L'autre rayson est que le mercier, qui poise lasoye, puct bien mettre tant de fillettes que lasoye emporte le poix, cest à dire que la femme se puet bien tant admourouser qu'elle en aimera moins son seigneur, et que Tamour et la chièie qu'il devr^ a- voir de son droict, que autre la lui touldra. Car, pour certain, une femme ne puet avoir deuxcuers i anoer l'un et 1 autre; car ce qui va en lun décline de Tautre: tout ainsi comme un lévrier qui ne puet courre à deux bestes ensemble , tout ainsi ne puet- elle amer feablement son seigneur et son amy qull il 956 Le Liïr n'y nil Taultc Cl deœVBncG. Hais Dieux torelle la contraint et detïenldel'aulre; car, si COfll- me disent les clers et lea prescheura , Dieu diis k commenceinant du monde assembla homme etfem- me par mariaige , et dès lors commanda compaignie de mariage, et, après ce, quantil fut veau ou muD- de, il en parla en plau sermon, devant tous, i;o disant que mariaige est une cliose si jointe de Dieu que ilz ne sont mie deux chars, mais une aaik chair et une seule amour et fragilité , et qullt X doivent si cnlr'amcr qu'ilx en doivent laissier pAnei mëre et loule autre créature. Et puisque Dieu lésa assemblez , homme mortel ne lesdoil séparer, c'est- fr-dire ne osier point l'amour l'un de l'autre. Ainâ le dit Dieu de sa sainte bouche, et pour ce A la porte de l'église l'en les fait jurer deulx aiuer el d'eatiL entregarder, sains cl malades, cloeguerpirfias l'un l'autre , pour pires ne pour meilleure. El dont je dy.puis que te créateur ledisl, que cen'esl que une mesme chose el que l'on doit toute amour guerpir pour celle; et le grant setement que l'en en a fait en sainte église, que l'amour ne le service de lun et de l'autre ne se doit changer pour pire ne pour meilleur, c'est-à-dire ne changîer ne mettre autre en son lieu. El dont comment pourrait femme marine donner s'amour ne faire seremeni à d'autre, sans le gré de son seigneur 1 Je pense, selon Dieu et sckn le saint sacrement de sainte ^lise , que ce ne se port faire deuement que il n'y ait foy brisée ou d'un couS' té ou d'autre. Et maint autre orrîble cas et lei , qui toui vouidroit nieaorer, a en celles qui baillent 1* foy et le screment, c'est l'amour, qu'elles deil&ti DU Chevalier de La Tour. aSg de leur propre droit à leur seigneur, la baillier àau- truy. Car, en bonne foy, je doobte que celles qui sont amoureuses et baillent leurs foys en ayment moins leurs seigneurs ; car il convient que Tamour pende de Tun costé ou de Tautre, selon raison, anssi comme le poix de la balance. L'autre raison de la dame. Après y a autre raison. Qui bien vieult garder Tamour de son seigneur net- tement, sans dangier et sans péril, c'est assavoir con> tre envieux et maies bouches qui font lez faulx rap- ports , c'est-à-dire que , se elle fait aucun semblant d'amours et aucun s'en apparçoivc, soient de ses servans ou servantes ou autres de eulx , quant ilz sont départis d'elle ilz en parleront aucuns mos , et ceulx à qui ilz en parleront en reparleront à d'au- tres , et ainsi de parole en parole, avec ce que chacun y mettra du sien et acroistra un pou davantaige , et tant yront les paroles que ilz diront que le fait y sera, et ainsi sera une bonne dame ou damoiselle, ou au- tre femme, diffamée et deshonnourée. Et se il ad- vient par aucune adventure que son seigneur en oye aucune parole , lors il la prendra en hayne , ne jamais de bon cuer ne l'aymera, et la rudayera et laidangera et lui sera plus rude , et elle lui. Et ainsi veez l'amour de leur mariage perdue , ne ja- mais parfiaitte amour ne bien ne joye n'auront en- semble. Et pour ce est grant péril à toute femme mariée de mettre son honneur et son estât et la joye et le bien de son mariaige en telle balance et en telle advanture. Et pour ce je ne loue point à nulle femme mariée amer par amours ne estrc amoureuse d'a- mours qui les maistroye , dont elles soient subjettes 36o Le Litre à d'autres qu'à leurs seigneurs; car trop de b mariaiges en ont esté deffais et péris , et contre bien qui en est venu il en est venus cent mai Dont je vous en diray aucuns exemples de ceulx sont morz et peritz par amours. La dame de Co et son amy en morurcnt , et sy firent le chevallie la chatellainne de Vergy, et puis la duchesse ; t ceulx cy et plusieurs autres en morurent pour amoi le plus sans confession. Si ne sçay comment il 1 en va en lautre siècle ; si me doubte bien que joyes et les delis que Uz en eurent en cest monde leur soyent cliières vendues en Tautre. £t poui les delis des amoureux, pour une joye quilz en c îlz en reçoivent cent douleurs, et pour une honm cent hontes. Et ce advient^uvent de par le mon et ay tousjours ouy dire que femme amoureuse n\ mera ja puis son seigneur de bon cuer, ne, tant coi me elle le sera , n'aura parfaicte joye de mariaig) c'est-à-dire avecques son seigneur, fors que mcrai colie et menus pensiers. » Le chevalier parle : «Ha, dame, vous me faic esmerveillier de ce que ainsi deslouez à amer ] amours. Me cuidiez-vous faire acroire que vous so si crueuse que vous n'ayez aucunes foiz amé et la complainte d'aucun que vous ne me déistes mie La dame respont : « Sire, en bonne foy je pense q vous ne m'en croiriez mie de en dire la vérité. M quant d'estre priée , se j'eusse voulu , par main foys j'ay bien apperceu que aucuns m'en vouloir touchier. Mais je leurs rompoye leurs paroUes, appelloye aucun, par qui je despeçoye leur foit el fait de leur emprise. Dont il advint une fois que t DU Gheyalisk de La Tour. a6i {riain de chevaliers et de dames jouoîent au Roy qui ne ment pour dire vérité du nom s'amie ; si me dist on , et me jura trop fort que c'estoit moy , et qu'il m'amoit plus que dame du monde. Et je lui deman- day sll y avoit guères qu'il lui estoit pris , et il dist qu'il y avoit bien deux ans, et oncques mais ne me Tavoit osé dire. Et je lui respondy que ce n'estoit riens de estrc si tost espris, et que ce n'estoit que un pou de tcmptacion, et qu'il alast à Téglise et preisl de Fcaue benoiste et deist son A ve Maria et sa Pater noatre, et il luy seroit tantost passé , car ces amours estoîent trop nouvelles. Et il me demanda comment, et je lui dek que nul amoureux ne le doit dire à sa mie jnsques à la fin de vij. ans et demy, et pour ce n*e8toit qne ua'pou de temptacion. Lors il me cuida argoer et trouver ses raysons, quant je lui dis bien haolt : Veez que dist cest chevallier ! 11 dit que il n'a ({De deux ans que il ayme une dame. Et lors il me pria que je m*en teusse, et en bonne foy onquespuis ne m'en parla. » Le chwalkr parle: Lors je lui dis : «Madame de Lft Tour, vous estes moaltmale et estrange etorguil- leuse en amours , selon voz paroles. Si fÎEds doubte se vous avez toujours esté si sauvaige. Vous ressem- iez madame de La Jaille, qui m*a aussy dit qu'elle ne voult oncques riens ouir ne entendre la note de nul , fors une fois que on chevallier le lui disoit , et elle aguigna un sien onde , qui vint derrière esoou- ter le chevallier , dont ce fût grant trayson et gnmt pitié de faire espier le chevallier , qui moult esUài bien advisié et coidoit bien dire sa raison , et ne pen- soit mie que Ten Fescoutast. Yraiement, entre vous 202 Le Litre et die, a poy que je ne die que vous estes gra bourderesses et peu piteuses de ceulx qui mercy qui rent. Et aussi jela tiens à aussy malle ou plus comn vous , car elle soustient voz oppinions, que dame i damoiselle qui est mariée se puet bien déporter d*i mer autre que son seigneur, par les raisons que voi avez dites dessus. Si je ne m'y pourroye consenti ne ja ne m y consentiray. Mais quant à voz filles , voi leur povez dire et eschargier ce qu'il vous plaist, après du fait sera fait droit. » La dame respond : « Sire, je prie à Dieu que à b«  et à honneur puissent leurs cuers tourner, si como je le désire ; car mon entencion n'est point de en c donner ne deviser sur nulle dame ne damoiscUc fors sur mes propres filles , sur qui j V ^^'^ P^^ et mon chastiement. Car toutes autres dames et da moiselles se sauront bien gouverner, se Dieu plaiisS à leur guise et à leur honneur, sans ce que je m doye entremettre d'elles, moy qui suis moult po savant. » Le chevalier parle : « Au moins, madame, me vueî je un pou débattre à vous que, s'elles pevent faire v loir et venir à honneur aucun que jamais n'y tei droit ne n'auroit le hardement ne le cuer de Tentri prendre , se ne feust le plaisir qu'il pourroit prend en sa mie et la bonne espérance de tendre à estre bo et d'estre nommé entre les bons , pour tirer à ave honneur et pour mieulx cheoir en sa grâce et pla sance ; et ainsi pour un poy de bonne chière pu faire un homme de néant bon , dont de lui n'csU compte ne parole, ne de sa renommée, et à prese pour l'amour d'elle a tant fait qu'il sera nommé ei DU Chbvalibr de La Tour. a63 tre les bons, et doncqnes réglez et amesurez se ce n'est mie convenable. » La dame respond : a Sire, il m'est advis qu'ilz sont plusieurs manières d'amours , se comme Ten dit, et en y a des unes meilleures que les autres. Mais, se un chevallier ou escuier ayme une dame ou damoy- - selle par honneur, tant seulement pour Tonneur d'elle garder, et pour le bien, la courtoisie et la bonne chière qu'elle fera à lui et aux autres , sans autre • chose lui requerre , ceste amour est bonne, qui est sans requeste. » Le chevalier parle : « Avoy, dame , et, se il la fe- quiert d'acoler et de baisier, ce n'est mie grant chose ; car autant en porte le vent. x> La dame respond : a Sire, de ce je vous res- pons quant à mes filles , de autre je ne parle point; il me semble bien et m'y consens qu'elles leurs pueent • bien faire bonne chière et liée, et encore qu'elles les accolent devant tous , et que par faulte de bonne chière devant tons plainement que ilz ne perdent pas à valoir, se vouleniè en ont. Mais quant k mes filles, ' qui cy sont , je leur de&éns le baisier, le poetriner et tels manières d'esbatonens. Car la sage dame Rc- beeca , qui fut très gentille et preude femme, dist que le baisier est germain du villain feût. Et la royne de Sabba dist que le signe d'amours est le regart, et après le regart amoureux on vient à l'accoler, et puis au baisier, et puis au fait, lequel fait toult l'on- neur et l'amour de Dieu et du monde , et ainsi vien- nent voulentiers de degré en degré. Et vueilliez sça- voir qull me semble que, dès ce qu'elles se laisseilt baisier, elles se mettent en la subjection de l'enne- 3^4 Le Livre my, ([ui est trop sublil. Car telle se cuide au a ntencemcal tenir fcnno qu'il desçoîpt par lelz plai- sirs el par telz baîâers. Car, ainsi comme l'un boire altrail Taulre. el comme le feu se prent de paille en paille et puis se mesl au lit et du lil en la maison, cl puis eue art toute, tout ainsi csl-il de maintes amouretiis ; car premiërunenl ilz deniatideront le acoler et puis le tiaï^er, et tout plain d'aulrcs foU delis, et de celle ardeur d'amour aucunes foizcbëent en plus fol Tait , dont mains maulx en sont avenus el maintes (ois encoresadvienncnl, dont maintes en sont deshonnourËcs et difTamëes. Et encore» je dy que, se le fait ny est et aucun les Ireuvo seul à seul eolz enlrcbaisaul en bonne foy , si ne pueUelle faillir h eslre diffamée ; car cellui ou celle qui l'aura veu le (Ura et adjoustera plus de mal que de liiea , el par ceate mson et plusieurs aultrcs , ç[ui trop seroieni longues à toutes les dire , toul^s femmea qui Iclï si- gnes font el qui ainsi se laissent baîâer ii homme à qui elles ne le doivent faire, elles mettent \eur honr nenrelleur estât en grantbalaDCeà'eslredâtVaméos. Si vueil que mes filles se gardent que elles ne bai- sent nullui , se il n'est de leur lio^ge ou que leur seigneur ou leurs propres parcns le leur comman- dent; car en chose Mcle par commandemenl n'a nul mal. Et si vous dy , belles filles , que vous ne soycs ja grans Jouaresses de tables. Car c'est us tut qui trop attrait de folK allrais, et en y a aucuns qui se laissenl perdre, l«utâ leur escient clde leur grè, cer- taines fermailles el de pelîs joyauls, comme annelës 11 autres choses. Car c'est une chose qui donne voye et aiirail d'ai e fois blasme. J'ay on/ DU Chevalier de La Tour. a65 raconter d*uDC dame de Banièrc, moult belle, et di- soil len qu'elle avoit xx. subgiez qui tous Taymoient, cl à tous donnoit attrais de semblant d'amour, et si gaingnoit souvent à culx à cellui jeu corssés, draps, pennes de ver, perles et grans joyaulx , et en avoit moult de grans prouffis ; mais pour certain elle ne les pot onmies si bien garder que en la fin elle n'en feust moult blasmée et diffamée, et mieulx lui vaulsist pour son honneur avoir acheté ce qu'elle en avoit eu le denier x^. Si est moult grant péril à toute dame et damoisclle et à toute autre fenrnie de user de celle vie ; car les plus appertes et les plus saiges s'en tien- nent sur le derrenier pour moquées et diffamées. Et pour ce, belles filles, prenez y bon exemple, et ne jouez pas trop envieusement , et n'aiez mie le cuer trop ardant de gaingncr petites fermaiUes, et n'i aiez Biie trop le cuer. Car qui a le cucr trop ardant de prendre dons ne telz fermailles gaingnez par tels jeux, maintes en sont deceues, et sont senôblables es dons, car l'un vault l'autre, et qui est accoustu- miére et ardante de trop souvent prendre dons ne telles fermailles gaingnez par tels jeux , aucunes fois celles qui tri)p en prennent se mettent en subgidon, et maintes fois advient qu'elles s'en trouvent deceues. Si est bon de toutes avisâer avant le coup. » -*-■■ De la dame qui eaproui'c l'ermite, Cbappixiib V1»ïV. »<^^^ elles filles , je vous diray une des den*' ^^M niËrcs exemples d'une bonne dame qui ^^^V moult fait à louer; il est conlenuonlavîe fSiSUW des Pères comment la femme au prevosl d'AcquillÈc esprouva un hermite par sa bouiÂ. Il fui un saint hermitc qui bien avotl esté xx? . ans en her- milaige, où il mengott pain gros, herbes et racines, et buvoit eaue et jcunoit et esloil de moull satolfi vie. Et une fois il commença à dire : « Beau sire M Dieux, ay-jc en cest siècle riens fail doni je doye a avoirnuUemerile, ne fait chose qui le plaise T » Sj lui vint une advision qu'il lui scmbloit que on lui di- soil : Tu es bien de la mérite au prevosl d'A.cquil- 16e et sa femme. » Lors , quant il ol ouy aOD adW- sioD, il se pensa que il yroit en Âcquillëç et veirwt et requerroil des meurs et de leur vie , Cl de quelle mérite ilz esloienl. Et pour sçavoirse ili avoient oui bien deservy envers Dieu , si se mist à chemin . el, comme Dieu le voult, par la grâce du saînl Esperil^ le prevost d'Acquillèe el sa femme Bcenreni M« h venue de l'ennitc pourquoy il venoit. Si advial, ooo' me l'ennitc arrivoil vers la ville d'Acquillëe, le |n9* voBt yssoil de la ville à moull granl fbyson de geU, et aloit faire jusiice d'un escuier qui avoil ocdsim au- tre escuier. El esloit le prevosl sur un grant i BU Chetalier de La Tour. 267 sîer, vestu de draps de aoye , fourré de vair et d'er- mioes, moult noblement et richement aeesmé. Et, tantost comme le prevost vit Termite, il le congnut bien, par la volonté de Dieu ; si l'appelle à costé et lui dist : a Beau preudomme, allez à mon hostel et » bailliez cest annel à ma femme, et lui dittes qu'elle 9 vous fiice conime à moy. » Si lui demanda Termite qui il estdt, et il lui dit qull estoit le prevost d*A- qniliée. Lors Termite, qui ainsi le vit noblement et rîdiement iqppareîllié, fut moult esbahi et esmerveil- lié poorce qull le yit en si grant cointise, et qull fidaoît defXaire un homme et le faisoit pendre. Si ne savoit que penser et estoit tout troublé , et lui sem- bldt qoll n'avoit riens desservy devers Dieu. Et tou- tes fois il alla à Tostel du prevost, et trouva la dame à qui il bailla Tannel, et lui dist que son seigneur lui mandoit qu'elle lui feist comme à lui. La bonne dame le reoeust à grant joye , si fist mettre les tables et le fist seoir delès elle et servir de bonnes viandes et de difludes et de bons vins , et Termite , qui ne avoU* pas apris ne aconstumé à avoir telles viandes , toa- tesfois mengea et bust et en fost bien aise. Et sur le derrenicr il lui sembla que la dame fiusoit despecier les mèz des viandes devant elle et mettre ou relief, et mengoit pain gros et boulie ctbuvoit eaue, et si fieûsoit ainsi. El, quant vint au wtCy la dame le mena en aa chambre, qui fut bien parée de couvertures' fourrées de vaîretdegrisetlrienencourtiné, etlid dist : « Beau preudoname, voos coucherez ou lict de mon seigneur et en sa chambre. » Si le cuida refh- ser, mais elle lui dist que ai feroit et qu'elle feroit le commandement de son seigneur et qull y ooudie- ^68 ^^ Livre roit. Lors fist venir bons vins et espeos, et y trouva bonne saveur et beusl bien à tant qu'il fiit bien yvre et fiit joyeulx et emparlé; car le vin Teust tanlost deceu, pource qu'il n'avoit mie apris à point en boire. Après ce il s'en ala couchier, et , quant il lot couchiè , la dame se despouilla et se vint ooudûèr avecques lui, et le commença à acoler et le tester, et Termite, qui bien avoit mengè de bonnes viandes et de chaudes « et n'avoit mie oublié à boire , sa chiir se eslcva et s'esmeut , et tant que il vouloit &ire la diose à la dame. Et, quant la dame vit qnH le vou- loit faire, la dame lui dist : « Doulx amis, quant » mon seigneur le veult Mre, il se va avant laver et » baingnier encolle cuve d'eaaeqne vons veez, pour 9 estre plus net. » Lors Termite, qui n'enlendoît fors à sa foie voulenté, saillist dedans la cuve et se bain- gna et lava en Teaue, qui fut froide conuiie glace, et fust tanlost transi de froid , et lors la dame TappeUa et il vint tremblant et sublant, et lui estoil bien la chaleur passée cl la mauvsôse voulenté. Et lors elle Tabria et puis eschauffa , et tant que la chair arrièrie lui esleva et voult faire son fol délit. Et quant elle vist qull feust bien entalcnté, elle le pria que enca- res il allast pour amour de elle soy baingnier une au- tre fois pour estre plus net, et cellui, quienoores n'avoit point dormy, ains estoit tout diaut du vin et avoit perdue sa menK>ire, saillist du lit et aHa arrière soy baingnier. Et lors Teaue froide le transist tout de froit , et lors la dame Tappella , et il vint tram- blant et daguetantles dents, et lui estoit bien la cha* leur passée. Et lors la bonne dame si Tabria et con- vry très bien et s'en parti et laissa reposer très bien DU CHEVALItR DE La ToUR. 269 Termite. Et quant il bt un pou eschauffé il s'endor- my moult pesantcment, et ne se resveilla jusques au matin qu'il feust haulte heure, et lui douloit la teste du vin qu'il avoit beu , car il n'en avoît point aplis à boire. Lors il vint un vielx chappellain à son lever, qull lui demanda comment il* lui estoit. Et, quant il s'appercent que il avoit geu en si noble lit etqnll lui estdt ainsi advenu, il fut moult honteux et mouit esmervcillié dont il estoit ainsi cheu , et vist bien qullz estoient de plus grant mente que lui. Lors il demanda au chappcllûn de céans de Testre et de la vie du prevost et de la dame. Et le chappelain loi dist que ilz vcstoient la haire le plus de jours et Tes- tamine, et, quant les bonnes viandes estoient de- vant culx, ilz les mettoicnt en relief et en aumosnes et mengeoient le gros pain et les viandes de pou de saveur, etbuvoient de Teauc, et jeimoient le plus de jours. Lors il demanda pourquoy estoit illcc ocUe cuve d'eaue froide delez leur lit, et il respondist qu'elle estoit là mise pour ce que , quant la char d'aucun d^eulx s'esmouvoit au délit de la chair, afin qu'ils ne chcyssent en pechié de luxure, fors à un jour de la sepmaine, cellui d'eulx à qui elle esmouvoit se aloit mettre en celle cuve d'eaue froide pour reffraindre leur fol délit. Et, quant Termite eut ainsi enquis, il se pensa que le prevost , combien qull feust moult richament arrayé dehors , vestoit la haire ou TestSr mine, et en oultre qull tenoit justice et la faisoit faire devant lui, et aussi comment lui et sa femme vcoient à leur table les bons morceaux et les bonnes viandes délicieuses , et ne les vouloient mengier, ains les donnoient pour Dieu et mengoient pain gros et bu- %jo Le Litre vdent eaue, et considéra qàé vraiement ilz avoient vQ. fois plus de mérite que lui, qui ne veoit à son hermitaige nulle chose dont il lui prist envie^ et que c'estoit plus grant abstinence et en de?oient avoir plus grant mérite que lui, et pois se pensa comment il ne tint mie en lui qu'il ne feist la folie à la bonne dame, et comment elle Tessaia et esprouva. Si ot moult grant deul et grant vergoingne, et maukUsoit en son cuer Teure que oncques il estoit parti de son hermitaige, et que, en vérité, il n'estoit pas digne de les deschausser, et s'en ala mussant et pleurant, et moult honteux , et disoit à haulte voix : a Beau > sire Dieulx, il n'est plus noble trésor ne plus pre- » deuse chose terrienne que la bonne dame qui me 9 essaya et a veu ma folie et esprouvé ma faillanfw ; » et vrayement. Sire, elle est bien digne d'estre nom- 9 mée et appellée la précieuse marguerite, comme » vous le déistes, Sire, en la sainte euvangille, que la » bonne femme devoit estre comparée à la predeuse » marguerite. Mais, Sire, ceste bonne dame est une » de celles pour qui vous le déistes de votre sainte » bouche. » Ainsi parloit à soy-mesmes le saint her- mite et se repcntoit moult humblement en cryant mercy à Dieu et en louant la bonne dame qui de si bonne vie estoit. Et pour ce a cy bon exemple com- ment noble chose est de bonne dame qui bien s'es- preuve et qui se puet contenir contre les temptadons de Tennemy et contre la foyblesse de la chetive chair qui tous jours frit et désire la folle voulentè en son fol délit, et puis , quant le fol délit est eschappé et fait, l'en en ploureet s'en repent l'en; mais c'est tart, car Tennemy, qui cest fait a pourchassié, dès ce DU Chevalier de La Tour. «71 qtt*il a peu fiedre aoomplir la folie et le mauTaîs (Mt, il les tient pour ses serfs et pour ses subgiez, et les assemble et les lie tant que à painne ilz s*en pevent deslier, tant y met grant plaisance par son art, et, de tant comme le pcchié est plus grant, de tant est la folle tcmptadon greigneur. Cy parle étune dame qui estoit riche et avaricieuse. Chappiteb VIxxVK n autre exemple vous diray d*une grant dame qui fust femme à un grant baron ; celle fust moult long temps velve, et n*a- voit que une fille, mariée à un grant sei- gneur. Sy advint qu'elle fust malade au lit de la mort ; sy fist faire son lit devant Tuis d'une tour où estoit sa chevanoe et son or, et fist mettre la clef de cette tour scellée en un drapel soubz ses reins, et, quant vint que la morts*aprocha, elle avoit tousjours les yeulx devers la porte de celle tour, et quant aucuns y aprouchoient , elle levoit la main et monstrmt si- gne que Ten n'y aproschat, et s'escrioit et tour- mcntoit toute que nul n'y habitast vers l'uis , et là avoit le plus de son entente , tant comme clic peust faire nul signe, et au fort elle trépassa. Si arriva la fille, qui grant dame estoit, et demanda aux gens se sa mère avoit point de chevance pour lui faire son arroy; ils respondirent qu'ilz ne savoicnt. 2J2 Le Liyue fors qullz se pensoient bien que , se point e qu'elle feust en celle tour devant son lit. Et < rent comment elle ne vouloit souffrir que Ven n chast, et lui distrent comment la clef en estoil soubz ses rains. Lors la fille ouvrit la tour et ti XXX. à xl. mille, tant en or que en argent, vadsselle ; mais lors fut trouvé en linceulx de laine et en poupées de lin et en merveilleu! se, (jue tous en estoient esbahis d'en veoir nière. Âdonc sa fille se seigna et dist que c foy elle ne cuidoit mie qu'elle eust le xx) qu'elle avoit trouvé, et en estoit moult esl encores disoienl qu'elle et son seigneur 1 venue veoir, n'avoit gaires , et lui avoient r( leur prester deux cens livres, jusques à certaii et qu'elle leur avoit juré fort sairementqu'clli point d'argent, fors sa vaisselle d'argent de < jour, et pour ce estoit elle moult esmcrva trouver ce qu'elle Irouvoit. Si lui distrent s( qui avoient esté avccques elle : « Ma dame, u » esmerveilliez mie , car nous en sommes \ » merveillicz encore que vous; car, se elle ' y> envoyer un messaige hors, ou aucune chos D elle empruntoit iij. solz ou iiij , et deist pai » qu'elle n'avoit point d'argent , et si estoil m » che et ne vouloit riens despendre. Et, qi » gens mangeoient, elle leur reprouchoit : Coi » serez-vous tout huv à table ? vous ne fai< » gaster et despendre tout le nostre. » Et si bien que l'en la tenoit moult escharse et cb toutes foiz elle laissa tout. Si n'a pas long tei je fus là où elle est enterrée ; si démandoitau BU CBETALtEft »E La TOCB. de Tabbaye où elle ^soit et a qwr î lebuc 0i>£( n'avoit une tombe on aoanK cfw^nwwflffigt ir>î2ie en leur église. Et ilz me res|xcâ»s& ^ut ywjqvfn . puis que renterraige futîût, amr qi*>s> *-»£ i «s. fist dire ne messe ne matines, ne îûn uù Ims. yuv elle néant plusqoe pour une povre feaoK % libaif». forz que tant seulement à son essemûf^, ui. d« ic beau service ; mais œ fut tout, car je ks; TT <A vfaL li a cy bon exemi^e comment l'esnemi est niUjlf^iv décevoir, et comment en l'un des vi}. pwiâa mm-^ telz, oùilpuet mieulx tempter bonoasM; et Vaam^^ ea eellui il met son entente et lie k» f^^z^xn tttà^ leinent que à painne s*en poeventHU <Mjer, etw^^ n*e8t par vraye confession , et le» fût ain: tefiz m. pechié, comme il fist celle grande daEBM ; «ar 1 i«c tant qn*elle fut serre et serrante a k« <cr «c t ml argent, tellement qn ellenes'en oia lia. laân vt lu^ tmy, ne pour Tarnoor du mocide, k ;<ii7 TwiMsuf . Et pour ce, bdles filles, aerUc 4fx«ai;4«e cm, m; il advenoit que IHea tobs dixattt kbouM; «sum^ <!S dievanœ terriemie , depvtez hJ «s. j&|$»3uac ^ «I. €ûctes bien , poor boBnenr de tciu . ^ ivt y^vx puens et voisns. Et n'atti^ger ;itt ^ j^ «syvlr eomme fist cdle dame , pcpv ^ OMçutt yuk ut lu: cbantè ne balle , ne fiûl nd bî» |w «î« ., «>wm ooy avez deasos. M «74 D'iins dame honnouraèle, Cbappithb VUiVIl*. «eaji^ji n aulrç exemple vods rueil dire au mK wl ^^K traira de cestui de\-3nt; c'est d'unebooat Sj^Stf liame qni fut longtemps veufvo. SvU ^'■"^^ moult (le sainte vie , et moult honnonrt^ ble, comme celle qui chascuo an tenoil festo k KoA de 8CS voisins, et les envoîoil querre prés ei lolOi tant que la salie en esloit bien plainno. Et at ^I mie à demander se elle les servnlt et honnouroll bien, chascun selon soy, et à merveilles portoîl ffant honneur et privet^auiprendes femmes e(ani gens qui avoîcnl deservî lionneur, et là esloïenl les menesirolx et plusieurs inalrnmens, iqaiel\e^9oil moult {çrani cliières et leur donnoil du sien large- ment , tant qullï ramoient t granl merveilles , tc(- lemenl que, quand elle lut morte, ilz en Grentnm^ cbanson de regret d'elle , où il y a an reffWo ïjL Helas! ï la GalonnîËre ^^M N'aTons nous plus bel aler, ^B Comme endroit ma dame ehitre , Qui laul nous souloit amer. Et ainsi la regreloienl. Et après ce elle avoit telle coustume que, se elle sceul aucune povre (^tS- femme qui feusl mariée près d'elle , elle l'nrdonnul et arroiast de joyaulx et de mantel el lui faisoît Uni DU Ghetalier de La Tour. 276 de biens qu'elle povoit , et , se elle n'y allast, elle y envdast de ses damoyselles Farroyer et lui faire hon- neur , et aloit aux enterremens des povres gentilz hommes et gentilz femmes et leurdonnoitlacireou ce qui leur iaisoit mestier, et puis se revenoit man- gier en sonhostel, et ne souffrist pas que gens qu*eUe eust leur fist nul coust. Son ordonnance de chaseun jour estoit qu'elle se levoit assés matin etavmt tons- jours deux frères et deux ou iij. chappelains qui loi disoient matines à notte et messe à notte» sans les autres messes « et, quant elle estdt levée, elle ve- noit tout droit à sa chappelle , et entrait en son ora- toire , et là disoit ses heures, tant comme Ten disoit matines et une messe. Et après elle se aloit arraier et attoumer, et après cela elle s'aloit esbattre es ver- giers ou à Tenviron son hostel , en disant ses heures, puis venoit foire aucunes petites messes dire et la grant messe , et pais aloit disner, et, après disner, s>lle soeut aucun malade ou femme en gésine, elle les aloit veoir et visiter et leur feist porter de sa meilleure viande et du vin , et là où elle ne povoit aler, elle tramettoit un varlet tout propre sur un pe- tit cheval , qui aloit veoir les malades là où ilz esr toient, et leur portdt vin et viandes. Et après ves- près elle aloit soupper, se elle ne jnnast, selon le temps et la saison, et fiûsoit au soir venir son maistre d*ostel , et vouloit savoir que l'en mengeroit lende- main , et ordonnoit de ses choses qui faiUoient, et vivoit par bonne ordenance , et vouloit que l'en se pourveist de loing des choses qui estoient néces- saires pour son hostel. Elle fiûsoit moult de abstînen- oes, et entre les autres choses elle vestoit la hairele a;6 Le LtVBE mercredi, le vendredî elle samedi. Commeiltjall BBÏB , je vous le diray. La bonne dame lieu qu'elle tcnoïl en douaire . qui esUril de mons^ goeur nioa père, et, quant elle fusl morte, nooBf venismes demourer, mes suers el moi, qui eS6M encore pctis. Et fut dcpedë le lit où elle raoruli i fut trouvée dedans une hairé. Si avoii leans moiselle moult bonne femme , qui avoit denwwrt avecques la dame; aipristlahaireet la misl enmi, el nous dist que esloil la hure k sa feue dame, (t qu'elle la vestoit iroix jours de la sepmainc, et compta la bonne vie et les meurs d'elle, et cominml elle se levoit chacune nuit iij. fob du n nouilloit en la venelle de son lit el reodotl grâces» Dieu , et prioil pour les mors cl faisoil mouJi d'absli nences, et esloit piteable Es povrca et mouli charï- talfle et de moult sainlc vie. ia boaae dame, qui bien fait à nommer, eut nom madame Olive de Belle Ville, ei je lui oy dire que son frère tenoll bien ivig. mil livres de rente ; mais pour ce elle esloit la plus courlobc dame el la plus humble que je vy ODcques, selon mon avis, el qui moins seprisoîE cl moins esloit envieuse, ne jamais ne voubisl que t'en mesdeisl de nulz ne ne voulasl oir parler roaulx de nulz, cl que l'eu parlast devant elle, et quant aucons enparloienl, elle les desblasmott el disoit que. si Dieu plaist, ilz se amenderont, el que DuU ne ssiwl qui lui esloit A venir, el que nulz ne devoil juger d'aulruy, et que les vongencos et les jugecoeiu de Dieu estoient moult merveilleux , el ainsi repn- noit ceulx qui le mahain el les maux parloient d'au- lruy, e[ lesfaisoil taire, sans les esbalr de ce que die DU Chevalier de La Tour. 377 les reprenoit ainsi. Et ainsi doit faire tout bon homme et toute bonne femme à l'exemple de ceste. £t sai- chiez que c'est une noble vertu que non estre en- vieux ne joieux du mal d'aulrui recorder, selon Dieu et selon son honneur. Et, pour certain, labonnedame disoit que ceulx qui se ventoientetreprouchoientles maulx et les vices d'autruy et qui voulentiers se bourdoient de leurs voisins et d'autruy, que Dieux les punissoit de telz vices ou eulx ou les prouchains deeeulx, dontilzavoient puis honte. Et ce ay-je sou- vent veu avenir, comme disoit la bonne dame ; car nul n'a que taire de jugier ni reprouchier ne enquerre le mal de son voisin ne d'autruy. Et toutesfois ii me souvient bien de beaucoup de bons dis de la bonne dame; si n'avois-je que environ ix. ans quant elle moruC. Si vous di bien que, se elle eust bonne vie, eJleoi bonne fin , si belle que ce seroit belle chose à le raconter. Mais long seroit , et dist l'en commune- Bient que de bonne vie bonne fin , et pour ce est bel exemple de faire comme elle fist. Cjr parle des trois enseignemena que Ciathon disi à Catkonnelj son fUz. Cbaffiteb VIxxVIIK n autre exemple vous vueil dire comment Cathon, qui fut si saige qu'il gouverna toute la dté de Romme, et fist moult d*auetoritez , qui encore sont grans mé- moires de lui, ocUui Cathon ot un filz, et, quant il iy» Le Livre • UÊ fut ou tii lie la mort , il appella son flh . qui vmF nom Cailionnct, rt lui dil : b Beau fili . j'ay vesqa n moult louguemeot , et est lamps que je laisse eeat B monde, lequel es! fort (t congnoislre et moult mo- nveiUeux,et toujours empirera, comme je pense. D Mûsloutesfois, beaux chier 61s, je aroye inonll n chier que vostre gouvernement fust bon, àl'anKiar B de Dieu et & l'onneur de vous et de tous vos vÂ- » siDS et vos amys. Si vous ay hMlliè par escript 3 moull d'enseignemeas qui moult vous poumul ■e prouffiler, si vous voulez mettre cuer à les re- » tenir. Et loulesfois me suis-je pensé encore de B vous en dire trois aulreo avant ma morl. Si vous s prie de les bien retenir et les garder. D Dupremirr enseignemati. Le premier des Inûs n onseigncmens est que vous ne pr«igniez office de » vostre seigneur souverain , en cas que vous sures u assez chevance et bonne souflisance. Car qui # soa » estai bon et souflisanl , il a toute souflisance . au- « tant selon comme roj et cnapereur peut avoir , cl B ne doit plus demander à Dieu. Et pour ci^ ne vous B devez pas mettre â subjecUon de perdre par une B mauvaise parole ou par un mal r^iorl tout ce que » vous avez; car, beaux fils, il est des seigneurs par B le monde de plusieurs manières , comme de hasUs n ctquicroieut de léger. El, pour ce, quiasoufB- " sancc doit bien doubler de soy metire en nul péril V deavauturerson cslaiet honneur pour servir gens » de legiére voulenté. » Le eeennd etistignemtnt. Le second cnsclglW- •> menl est que vous ne respitex homme qui 8 mort B desservie, et par espacial qui est cousIUDuior ds DU Chetàlika de La Toce. 179 9 fiûre mal ; car ou mal <idT1 feroil ^ns rose b&- » riez participant et eo tous les nuulx q..!! itrotl, <^ p à bon dr<Ht. 9 Encore de CaUwnnet, Le tiers eiïwâg^srieLî >tC p que vous essaiez vostre femme, pour ibav^û? k *LJt p saura bien celler et garder vostre yixzeL qJ v^u- p cbera Tonneur de vostre frenfouie; csir ï, *iL ^su ôt p moult saiges et de bonnes qui sœve&t i/>& fx:^ p et qui donnent de bons ad^isemens, et«)i eb f^^ p telles qui ne se pourroient tenir de dir«; umJL ^. q*^ p len leur dit, aussi bien owire elles mnai^, ypa p elles. » Et ainsi le saige Cbaton kûiia ce% tr^^ie^- seignemens à son lilz au lit de la mort. Sj «^ •!;:: q-^ le preudomme morut, et son fiiz dfi&oyrï, q-J «v toit tenu pour saige, et tant qu« l>^j^&f*^' >> Romme lui bailla son îl\i a le garder et a J'a^çjre:»- dre et endoctriner. Et après c^la, 'ù ki fii^t ^cj^ < *v ire avec lui et de gouverner les gratta 2u r^. b.'x::::jt et lui fist promettre de grans prouffa . f:-: U::: q>e. pour la convoitise des grans pnàîLz , L v: *xx£Vxju^ à prendre l'ofiBce et s'en cLa.'g;ii , e: * .. l^u 'xo 'V^ lise oublier l'ensôgnement de v^ù ^.h, L: -.'uki:'. ^ lui en œllui office et il ebe% atïcc/i: ^ Jk. ::Jùaz^, me de Rome à grant eca&paigzùe ^ g.t;c!ft ç'J >; v^ voient, si eneontra on larron q:^ i 91 zimsu/H i^^- dre, qui esloit biouU bel joenu; i/x:..?i». -Si k'^'Jii^ '^ de sa compaigDÎe qui lui va cje : « Sj^, (//<•>' £a p nouvelleié de vostre offi<% , iom ^>*<3 (a«ki fbv p piter oest honmie que l'on va àtÀ^Jt. » .Si OjK qull disoit voir ; et, sans desua&kr m «^,"y2fy«; dy ftit, iilerespiueilefiaddi<^<:t l>snej:/w/j^,f/^/ cl ne lui souvint pas fi l'eure du commanderai son père luy avoil fail. De de meinics. Elquaal vintla nuit, qu1l euldor- my le prumier somme, si avoil veu moull d'avisions sur celte matière , ei tant qu'il lui va souvenir quîl avoil enfrainl deux des commandemons de Ronp^ et qu'il ne failloit plus que le tiers. Si Fut moull pen- sis, cl loutcsfois il dit à soy mesmes qu'il essaierat ce tiers, c'esl-à-direque il essayeroildesa femme Mcllels sauroilbien cellerd'uo grant conseil si il ledisoît â die. Si attend] que sa Tcmmc s'esveilla, et lors il luidiM: a H'amie , je vous deissc un très grant consct] qui) ■ touche ma personne, si je Guidasse que vous le te- » nissiez secret, et que vous ne le dcîssiez à riens • qui! soit, o — a Ha, mon srigneur n, dist^elle, ■ par mabonnefoy, jeameroyc mïeuIxAestremorte » que vous descouvrir de conseil que vous me deis- ■ siez. B — a Ha, m'amîe «, disl-îl> donUevousdi- ■ ray-je; car je ne vouasaurole riens celler. l\ eal » mnsi que devant hier, si comme j'aloie en nosife « tioslel , le fih de l'empereur, que nous avions en ■ garde , me fist courroudë et me dist mou desplai- s sir. Si avoie bien beu et estoie courrouciè d'autre ■ chose ; si me marry tant avecques lui que je l'oc- • cis. Et encore fis-je plus fort, car je nrrachay le scuer de son ventre, et le lis confire en IxûuM » dragée et l'envoyay â l'empereur son père et ù a» ■ môre, lequel ilz ontmengié, et ainsi me sais je ■ vengië de lut. Mais je sçay bien que c'est moull mal » faict et m'en repens; mais c'estàlarl.Je tous prie ■ de bien celler ce conseil, car je ne le dirde à nol » du monde que à vous. » Et celle conuaeatti * DU Chetaliee de La Tour. i8t souspircr et à jurer que, puis que Vadvanture estoit ainsi advenue , que jamais ne le dlroit. Si se passa ainsi la nuit, et, quant vint qu*il fut jour, celle en- voya querre une damoiselle qui demourolt en la ville , (lui à merveilles estoit s'amie et sa privée , et à qui elle disoit tous ses grans conscilz. Et quant elle fut venue, elle commença à souspirer et à gémir, et 1 autre lui demanda : « Ma dame, que avez-vousî 1) Vous avez aucune grant tristesse en vostre cuer. » — « Vrayement, m*amie , je Tay moult grant ; mais » je ne l'ose dire à nul , car je vouldroie mieulx estrc morte que il feust sceu. » — « Ha, ma dame », dit-elle , « par sa foy, celle seroitbien hors du sens » qui descouvreroit un tel conseil , se vous le disiez. » Et , quant est de moy, se vous le m aviez dist , je 9 me laisseroie avant les dens traire que le dire.» — a Voire », dist la femme Cathonnet , « le vous pour- » roie-je dire et moy fier en vous? » — « Ouil , par B ma bonne foy », dist-elle ; et l'autre en prist la foy et le seremcnt, et au fort elle dcscouvry tout, comment son seigneur avoit occis le filz de l'empe- reur, et envoyé le cuer en espices au pfîre et à la mère, qui Tavoient mcngié. Et l'autre se seigna et fist la mer\'eilleuse , et dist quelle le celeroit moult bien. Mais il luy fut moult tard de le dire , et tant que, quant elle fut départie de liens, elle aU Uiut droit à la court de l'empereur, et vint àl'emfjeni^r»*, et s'agenouilla pour fsdre le bienvenant , et lui dint : a Ma dame, je vueil parler a vous secretf:ment -l'in » grant conseil. » — Et lors remperi»;re rl*.i r;.s»»r ses femmes de sa chambre. I-ors celle isji v4 'î^r» a Ma dame, le grant amour que j'ay a -^^/a *r. [p. agi Le Livre _J > granl bien que vous m'avez foi! el que j'fl n que vous me facki: eocore me fail à vous venir • dire un grant conseil , loquel si ne diroie à nullujr ■ tors à vostre personne , car je ne |)ourroye soof- > frir vostre déshonneur pour riens. I De ce mesmes. Madame, il esl ainsi que vouset B monseigneur l'empereur amei plus Calbonnet qut » nul, et bienyappen, car vous l'avez fait tout go» B verneur de la ûlë de Romme , et encores, pour lui » moDStrer plus grant amour, vous lui aviez baîlliit ■ gouverner vostre filz. Si vous en a fail telle coro- > psignie qu'il l'a occis et en a arrachié le cuer de V son ventre cl le vous a fût mengîer en espices. t — ■ Qu'esl-ce que vous dictesî m dîsi ]'eDq>e' rière. a Ma dame , par mu foy, je vous dy vmr > pour certain; car je le sç«y si bien comme de la B bouche de sa femme propre, qui Je jn'a dît ea ■ grant conseil, et en est la bonne dame moult k » malaise de. cuer, comme celle que j'en ay oy plou- n rer. » Et, quant l'emperiÈrereniendî ainâ, àcertes sy s'escria à haulte voii : « Las! lasse! n cl com- mença à faire si grant dueil que c'estoit menâlles A veoir , et tant que les nouvelles en vindreni h l'em- pereur commentrcmperièrefoisoitsi grantdueil. Lors ilfutmoultesbahisetviat la, ellui demanda pourquoy elle laisoit tel dueil ; el celle à paine lui povoit ro- pondre, et au fort elle lui compta tout ce que la da- moiselle lui avoit dit de leur enflant. Et quant l'em- pereur on les nouvelles qullï avoicnl mengiâ le cuer de leur enflant, si fui moult doulant et courrou- ci6, ne fait mie demander comment, et erraumont commanda que Catlionnet fut pendu haultement d#- BU GHETÀLiEa 1>B Là Tour. ^83 Tant tous et qu il nV eust point de faulte. Lors ses gens le alèrent quérir et lui distrent le commandement de leur seigneur, et que c^estoit pour son filz quil avoit occis. Si va dire Cathonnel : « Seigneurs , il » n'est pas mestier que tout ce que l'en dit soit vraiy. V Vous me mettrez en prison et direz qu'il est trop 9 tart et que demain, quant le ban sera foit devant le 9 pueple, sera mieulx fiaite la justice. » Si Tamoyent moult toutes manières de gens , et le firent ainsi comme il le requist, et fut dist à Tempereur que ce seroit plus grant solempnitë et le mieulx d'en faire justice landemain, et qull estoit trop tart, et Temp^ reur Tottroia, qui grant dueil demenoit de son filz. Et toutesfois , comme l'en menoit Cathonnet en la ehartre, il appela un de ses escuiers et lui dist : ce Va^ V t'en à tel baron v, et lui nomma, « et lui dis com- 9 ment l'empereur cuide que j'aye occis son filz, et 9 que je lui mande que demain , dedans heure de 9 prime, il amaine cy l'enfiant, ou autrement je se- 9 rois en grant péril de mort villaine. » Cellui e&- cuier s'en parti et chevaucha à nuitée, et, entour mie- nuit , il arriva en l'ostel du baron à qui Cathonnet avoit baillé l'enfTant en garde , comme à son grant amy et voisin , lequel baron estoit preud'omme et saige, et à merveilles s'entr'amoient. Et, quant l'es- cuier arriva , il hucha à haulte voix, et tant fist qull vint au lit du baron à qui Cathonnet avoit baillé le filz de l'empereur , et lui compta le fait , comment l'en avoit donné à entendre à l'empereur que Ca- thonnet avoit oods son fils, et tellement qull en es- toit mis en prison, et le devoii-on landemain pandre. Quant cellui baron l'entendit, si fut moult esmcrveil- s84 .^^ Litre liez de ceste adventure , et lors il se leva coura el iist arroier ses gens, et vint au lit du filz de W pereur, et lui compta celle merveille. Et, quant 1^ faut Tentendit, il ne fait pas à demander se il ei grant dueil, comme cellui qui se hasta de lever el esveiller tous les autres, car à merveilles au - son bon maistre Cathonnet. Si vous laisse à pa de Teuffant de l'empereur et du baron , et reviei Cathonnet, qui estoit prisonnier. Comment Cathonnet fu prisonnier, Cathonnet toit à merveilles amé à Romme de toutes mani( de gens, comme cellui qui estoit saige, doulx, hi ble et courtoys. Si dist au matin à un sien grant i que à Tavanture il feist secrètement cachier les j dtrs de la ville jusques à heure de tierce, etTautr fist ainsi et eut son gré jusque à ceste heure. Si environ prime amené au gibet Cathonnet avec toi la commune gent de Romme. Et là ai moult ploi de toutes gens qui là esloient, et encores rcusl-i\ p esté; mais ils cuidèrenl qu'il eust commis le fait doi estoit accusé. Mais de cela ilz se donnoient gr merveilles et disoient : « Comment a esté si S2 » homme temple de Tennemy comme d'avoir fai » grant cruaulté d'avoir occis le filz de l'empei » et leur en avoir fait mangier le cuer? Comn » puet-ce estre? » Si y en avoit grans paroles tr'eulx, dont les uns le creoient el les autres u povoient croire. Et toulesfois il fusl mené au gil et demandoit l'en où estoit le pendart, et le fist huchier partout et nul ne rcspondoit, dont il ad grant merveille ; car cellui lequel Cathonnet a respité de mort et sauvé la vie quant l'en le me BU Ghetàliek 9e La Tour. a85 pendre saiilîst avant et disi: « Seigneur, le fait qull 9 a fait est villain , et, pour honneur de Tempereur, » je m'offre à faire l'office, sll n'y a autre qui le fa- D ce. » Et chascuncÂle regarda, et distrenl : a N'est- » ce pas cellui que Gathonnet respita de mort? d — « Par foy », dirent-ils, « c'est cellui sans autre. » Si se commendèrent tous à seigner et distrent : « Y rsde- » ment , cellui est bien fol à droit qui respite larron j> de mort. » Et Gathonnet le regarde et lui dist : « Tu es X» bien appert; il te souvient pou du temps passé; V mais ainsi est des merveilles du monde. » En entr^ tant ils regardèrent une grant pouldre de chevaulx et ouirent grans cris qui crioient à haulte voix : a Ne V occiez pas le preudhonmie. » Et ils regardèrent chevaulx venir courans, et virent le filz de l'empe- reur qui venoit sur un coursier, si tost comme il pouvoit, en disant: a Ne touchiez à mon maistre » Gathonnet, car je suis tout vif. » Lors furent tons esmervcilliez de ceste chose , et l'eniïant descendy du cheval et va deslier son maistre , et le baisier en pleurant moult doulcement et en disant : « Ha, mon 9 doulx amy et maistre, qui vous a ce pouréhadé,
  • ne « grant mençonge trouvée, et comment a mon-
  • seigneur mon père si legièrement creu? » Et en
disant cela, U le rebaisa et acola, et le peuple, qui esUHt esmerveiilé, voiant la pitié et la bonne nature de l'enlTant plourant tendrement, de la grant joye et de pitié qu'ils avoient ilz mercioient Dieu grande- ment de celle délivrance, et estoient tous esbahis de celle merveille. Et toutesfois l'enftant fit monter Ga- thonnet sur un cheval et l'emmena au long des rues de Romme pir les resnes du dieval jusques au pa- iB6 l'E Livre lais de l'empereur. Elquanirem|>ereuret sa remmê oyrenl la nouvelle de leur eiifanl, îiz saillirent en- cODlre, lui faisant graot joye. Et quant ilz tîkiiI leur cnffaut qui ameiKHi Calhoooct par la resne du cbcvalcttout lepueple, sifurenlmouUcsmerveillïi!! de cette adventure, et ei se lenoieut moult honteai devers Cathonoet, cl vindrenl à lui et le accoléreoi et baisèrent, el lui lirent la plus graut fcsle , la plus grant joye et le plus grant honneur qu'ilz peurent, et se excusèrent devers lui de cellûj fait, et leur fib leur dit : « Ha, mon seigneur, continent vouliea-voas B faire si hasttve justice saos avoir avant hiea imquà DdudonncuràentendrrïCarbsulshomseoinmevoas ■ en seroit plus losl blasmè que un autre ; car, se vous > l'eussiez faildestruire sans cause, r^anlez que) He- » maige et quelle pitié, el celles je Beasscjamaîa eu » joyeau cuer; car, se je s^ay nuJWeo, c'est par lui. ■ El l'empereur lui respondisi : " Benui fils, c'estolt mal B fait à nous, et y avons ea grant honte el grant vi~ u ce. Mais l'amour que nous avions ti toj . en espe- ■ rance que tu vailles cl que tu foces aucun grasi ■ bien , nous tolist toute rayson et noua troubla le s sens, n Adonc Caihonnet paria devant tous en di- aantainei : « Sire, ne vous esmerveilliez pas de cosie chose, car je vous diray comment il esl avenu. D ■> esl vray que j"ay eu le plus saige homme â père, 9 comme l'en disoit, qui feust en son temps en eeei. B pars. Si me monstra moult de bons enseignemens. ■ se j'eusse esté seigeàlesretenir. Ellouiesfatg, qtianl » il fui au lit de la mort, il me bûcha, comme cellui » qui grant désir avoït que je eusse aucun bien. Sy a me pria de retenir iij. ensdgnemens entre les M- DU Chevalier de La Tour. 387 9 très. Et pour ce , je les vueil recorder pour estrè 9 exemplaire ou temps à venir, comme cellui à qui ilz » sont avenus et qui a fait le contraire. » Le premier enseignement que il me dist , fut » que, se Dieux me donnoit bonne chevance, quefen > dévoie Dieu mercier et avoir en moy soufiQsance , 9 et que je ne devoye convoittier ne demander plus à » Dieu et au monde , et, pour ce que j'avoie souf- » fisance , que je ne me misse en nulle manière en » subjection d*avoif office de mon souverain seigneur, 9 par espoir de convoitise de m'y mettre pour avoir 9 des biens plus, car aucun envieulx ou aucun faulx 9 rappors me feroient perdre moy etle mien. Car grant 9 diose est de grant seigneur qui est de legiëre et 9 hastive voulenté ; car aucunes fois aucuns ne en- 9 quièrent pas les veritez des choses données à en- 9 tendre, et pour ce font moult d*estrange et de bas- 9 ti& commandement, et pour ce en avez tous veu 9 cest exemple qui m*a deu estre si grief et si vil-
  • lain. Car si j'eusse creu le conseil de mon père, je
9 n*eu8se mie esté ou party où j'ai esté. Èar, Dieux • merds, j^avoye des biens terriens assez et trop plus 9 que je n*ayoye desenry envers Dieu,et me povoie bien 9 déporter de prendre office. Le secont enseignement 9 fatqae je nerachetasse point homme qui eust mort 9 desservie , et par espedal larron ne homicide qui 9 aotrelbîseii a ouvré, et que, si je le fiedsoie, je se- 9 roye participant eo tous les maubi que il feroit dès » là en avant, et que jamais ne me aimeroit. Et cel- 9 lui eommaiideoBeiit je Tay enfiraint comme de cef- » lui qui am'oardliuy s'est offert de moy pendre, le- 9 qnd jlivoîe respité de mort ; sim'a offert petit guer- u me avant que lui dire ne descouvrir nu] grant cou- » aeil , car il y avoit trop de péril. Car il en est assez s quiscevcnt trop bien ccllerctenquircD trouve de s bons conseils et de bous confors, et en est d'autre» » qui ne souroienl riens celler. Jepensay l'autre auil a en mon lit que j'avoie enfroint deux des enedgae- s mens de mon pËre, etque jeeasayeroye le tiers. Si » csveillay ma femme et M dis pour la essayer qu* B j'avoie occis le fils de l'empereur et donné eu efr » pices le cuer à l'empereur el à l'emperiére, et que, » sur l'amour qu'elle avoil ù moy cl sur quanqtus » elle povoit envers moy meHiure. qu'elle te eeUai » si bien que jamais n'en teuat riens sceu. Si aj bien B esprouvë comment elle m'a bien celé, ccmmetil s chascun puctbieD veoir.Uaîsjenem'eD doitaepas V trop grani meiTeille, car ceo'esC pas nouvelle cbosc V que femme saiche bien loa^'oors celler les choses s que l'en lui dit. Car il en est de plusieurs maniè- » res, comme nature leur apporte , et en esl d'unes, > et d'autres de bien saiges et de soubUl engin , a 9 que jamais ncdescouvreroient le conseil de leurs » seigneurs el des aolres aussy. Encore parle Cathonnct. a Si avez ouy com- Binentil m'en est prins, et queje n'ay aulremeal ' creu le conseil de mon père, qui tant fusl sùff B homme, si ce m'en esl deu moult mal prendre- • Et toutes foys il dist à l'empereur : a Sire , je ne descbarge de vostre ofRce. » Si en fut deschai^ i grani peine, cl lou les fois fusi-il retenu âestrcmai»- ire du conseil de Homme, et espccialement des pv» DU Chbtaliek i>e.La Tour. 289 fais. Et lui fist Tempereur grans prouffis et lui donoa de grans dons etTayma moult instans , et régna bien et moult saintement en Tamour de Dieu et du pue- pie. Et pour ce, mes belles filles, a cy bon exemple comment vous devez celler les conseils de voz sei- gneurs et ne les dire à nully de monde, car par maintes fois il en advient moult de mal , telles fois que Ten ne s'en donne garde. Car à bien celler, et ])ar especial ce que Ten deffault , ne puet venir se bien non. Et aussy- comme la sayette part de Tare cordé , et, quand elle est partie , il convient qu'elle preingne son bruit, ne jamais ne reviendra à la cor- de jusques à tant qu'elle ait féru quelle chose que ce soit, tout aussi est-il de la parole qui îst de la bou- che, car puis qu'elle en est yssue elle n'y puet ren- trer qu'elle ne soyt ouye et entendue , soit bien, soit mal. Et pour ce est-ce belle chose, si comme le sa- ge Salemon dit, que l'on doit penser deux fois ou trois la chose avant que la dire, et penser à quelle fin elle pourroit tourner, et ainsi le doivent faire toutes saiges femmes. Car trop demaulx en ont esté fais et engendrez, de descouvrir conseil et choses qui ont esté dictes en conseil. Sy vous pry, belles filles, qu'il vous vueille souvenir decest exemple , car tout bien et tout honneur vous en puet venir, et si est une ver- tu qui eschiéve moult de hayncs et de maulx. Car je sçais et cognois plusieurs qui ont moult perdu et ont souffert moult de mal et de très grans haynes pour trop legierement parler d'autruy et pour recor- der les maulx qu'ils oyent dire d'autruy, dont ilz n'ont que fiaire. Car nul ne scet que luy est ù venir. 990 Ls Livre dd Chet. de la Toub. El çeliai et celles sont saîges de seie naturel -qui ne iont mie nouveliers, c'est b dire qui se ^rdeat de recorder la fitulte se le mespris d'autmi. Car Dieoi aime celui qui desblasme ceux que l'on bU&me, sût jttori, soit à droit, caràtaireléiBsld'autniinepiiel TenÏT que tout là&D , si oonune il est coutenn ou liTre d«8 s^ges, et ausd en «ne evangille. Cjr fine le Livre du Chevalier de La Toar. Deogralûu, NOTES ET VARIANTES*. ag. 3 , lig« ao. Ce qu^il fant entendre par cette reine Prines on Prives de Hongrie et par son livre me parott fort douteux. Legrand d'iussy I propose d^y voir « Elisabeth de Bosnie, femme 'de Louis I^', surnommé le Grand,et mère de trois filles , dont Catherine , Tatnée, fut accordée en 1374 à Louis de France, comte de Valois »; mais il n'a pas va que son explication étoit inadmissible dès le point de départ, puisqu*i] est certain que le livre de notre auteur uVst pas postérieur à i^ya, date antérieure à cet accord. A prendre une reine contemporaine , il vaudroit mieux y voir Jeanne de Bohême, première femme du roi de France Jean II , dont il est question dans le commencement de Saintré, et qui mourut en i34g> avant Tavènement de son mari a la couronne. Mais il est plus juste de croire que , jusqu'à nouvel ordre , l'allusion de ce passage reste inexpliquée. Pag. i3, lig. 5, 4ewteMêi€Mi : L., espinoient ; P. a, espi- goient. Pag. 33, lig. g, félons : L., foulons.— Lig. 16 , esprc" .1 1 - f ■% • »v ; pier Mawai§e : L., ramage; P. i, ramaige ; P. 2, privage. — Lig. 35, Meuire Pierre de Craon ; P. 1 , messire de Craon ; P. 3, monseigneur de Craon. Le prénom de Pierre, qui se trouve dans le seul ms. de L. , montre qu'il s'agit de Pierre de Craon , seigneur de Ja Suse, de Cbantoce, de Briolé et d'Ingrande, 3^ fils d'A* maury 3* du nom, mort Je i5 septembre 1376. Cf. P. An-* aelme^ VIII, 573, c. 1. L. tifnîfle le aunoscrit de Londres; Pi, Ps, les mss. de Paris, 74o3 et 7073. ?ï 292 Notes Pag* 94) lis* S» vertiller, et plus loin Tadjéctif, viennent de perterf, tourner. P&g* 99, lig. ao : P. 1 est le seul ms. qui ait le mot de pMcelUt. .'Pag. 35, lig. 8, faisait garder une anguille en un vaissel : P. a a le terme technique : en un bouteron. Pag. 37, lig. 14, Dame de Languillier : P. a, Laugallier. Voyez sur ce nom Tiniroduction , p. xi-xij. Il est remar- quable que, dans la 37^ nouvelle de son Heptaméron , Mar- guerite de Navarre raconte précisément le même fait, sans nom et comme une chose coutemporaine , et en mettant aussi la scène dans TÂnjou. Pag. 4o, lig. 16, envieusement : P. 1, ataineusemeut. Pag. 4i9 Hg. 8, homme de Dieu : P. a, homme de bien. Pag. 43, lig* 39) saul tur table : P. 1, sal sur table. Pag. 44, lig. 17-19. Cette phrase manque à L. et à P. 1. Pag. 46, lig. i5 : Ce Beaumanoir, « le père de cestuicy ui de présent est », a été bien désigné par AI. Paris V, 3o) comme étant Jean HI , chevalier, maréchal de Bretagne , celui qui combattit avec les trente Bretons. II eut deux femmes : Tiphainc de Gfaemillé en Anjou, celle sans doute dont il s'agit ici, et Marguerite de Roban. Ce- lui « qui est de présent » est Jean iV, mort en i385 , et mari delà fille de Duguesclin. Cf. P. Anselme, VU, 38o-i. Pag. 4? » iîg. 14. Par getu des eompaignes'û faut peul- ôtre entendre les grandes compagnies. — Lig. ao, la prin- cesse et autres dames d"" Angleterre'. « sans doute la princesse de Galles, Jeanne de Keiit , femme du Prince Noir.» P. Paris, V, 81. Pag. 5o, lig. 3. Jean de Clermont, seigneur de Chan- tilly, maréchal de France, et tué à la bataille de Poitiers. (Anselme, VI, 760-1. j — Lig. 14 , beau maintieng : P. 1 et P. a, bien mentir. Pag. 5i, lig. 19. Il ne s'agit pas ici du fameux Jean le Maingre de Boucicaut, maréchal de France et gouverneur de Gennes, qui naquit à Tours en i368, mais de son père, qui mourut le i5 mars 1367 à Dijon , oîi il avoit été en- voyé vers le duc de Bourgogne par Charles V. Cf. Anselme, VI, 753-4. Pag. 54, chap. a4. L'aventure et la réponse du cheva- lier sont les mêmes que celle qu'on prête au poète Jean de Meung. Pag. 55, lig. 17, son seigneur lui donnait grans eslargisse- mens: L., grans belles (P. 1 et 2, elles; et eslargissemenl. ET Variantes. 293 Pag. 57, lig. a. Malgré la bizarrerie du fait, couckast est bien la leçon des deux bons m8.,et il ne me parottpas aussi impossible de l'expliquer que Tont trouvé quelques personnes 11 est possible de penser que , dans une cir- constance ou de fête ou de guerre, la dame , pour donner à coucher au sire de Craon , ait eu à lui donner un asile dans son lit, ce qui se seroit d'autant mieux su qu'elle ne s'en seroit pas cachée. Je ne Yois pas Pavantage qu'il y auroit à lire : Je ne die pas qu'il ne me touchât en mon lit ; car là il y auroit déjà complaisance et bonne volonté. Pag 58, lig. 14. sa damoyselle : L et P. a, chamberière. Pag. 59, lig. t5, gens d'estat: L. et P. i, gens dehors d'estat. — Lig. 16, regars : P. 1, regrez. Pag. 64, lig. 19* espinguer : P. 1, pignier ; P. 9, ein- gnier. Pag. 65 , lig. 18, esloingner : P. a , alanguir — Lig. 90, la masière : P. a, le mur. Pag. 66, lig. a, ne leper omnia : P. a , ne la préfasse. — Lig. 16, paroissiens ; P. a, prouchains. — Lig. 17, per- s<mne : L., le curé. — Lig 35 , au chapelain : P. 1 et a , à la personne. Pag. 68, lig. ao, matz : P. a, morts. — Lig ag, sur son péril : P. 3, sans pais. Pag. 69, lig. 19. rostre personne : P. a, prestre. Quoique dans tout ce chapitre personne soit toujours le prêtre , je ne crois pas qu'il faille y voir un sens analogue à celui de l'anglais piir«0ii ; cela veut dire l'homme qui est au Sei- gneur , et par suite seulement le prêtre qui est au Sei- gneur. Pag. 70, lig. 18, d reboun : P. a, au bort. Pag. 71, lig. 8, de corps : L. et P. 1, de cuer. Pag. 73, lig. a6, au bon de la messe : P a, au bout. Pag. 75, lig. 5, souspir : P. i, effroy. Pag. 78, lig. 4, haschie : L., douleur. ^3g- 79» lig- 99) l'église de Nostre-Dame de Beanlieu peut être à Beaulieu près Loches, ou plutôt à Beaulieu près du Mans. (Cf. Sainte-Marthe, Gallia christiana^ IV, 149 et 154.) Pag. 80, lig. 3. Les mots « à une vigilles » manquent ao ms. de L. — Lig. 4* sergent de Cande en la mer : L., sergent de Cande; P. 1, serge:it de garde en l'année. Pag. 81, lig. 3. Chievrefaye, aLbaye de Poitou. — Lig. 6, Pigiére : L., Pigerée ; P. a , Pigère. — Lig. aa. Pour comprendre la réflexion du che nlier, que dans l'église il nefant pas «s^entreregarder pur amour, fors par amour a94 Notes do mariage », il faut se rappeler que\. depuis les temps barbares, l'église servoit de refuge dans les guerres; et^ comme ou y viyoil comme dans une maison, Tégliseavoit accordé aux gens mariés une permission qui auroit été trop enfreinte si elle eût été refusée. Pag. 9a, lig. i3, comme les poisons et le venin : L., pois- sons; P. a, prisons. Pag. 93, lig. ai. Après les mauvais laissay P. a ajoute : « et encore y sont. » Pag- 94, lig* i4f angels : L.et P. a. angles. Pag. 96, lig. 93, pollicent : L. et P. a, polissent. Pag. 97, lig. 6, oUVen muée : L., où Ten le cuite. — Lig. 9, se muce et reboute : L., se cuite et repout. Pag. 98, lig. 11, au temps de Voi : L. et P. a, NoëK Noé et Noél se sont prononcés de la même façon; qu^ôn se rappelle le refrain des Noéls : Chantons tous Noë, Noë. Lig. ig, coudées : P. 1, coules ; P a, cordes. — Lig. ao, perillié : P. a, par Helye. Nous pourrions citer souvent du ms. P. a des fautes aussi grossières , mais il suffit d*eD indiquer la nature par quelques. exemples. Pag. 99 , lig. a. La phrase feroit penser qu'il s^agit de la braguette ; mais elle n'étoil pas encore en usage. — Lig. a3, énamourer : P. a, anioureuser. .Pag. 101, lig. 8, ratissèrentà cousteaulx : L., esrachirent de cousteaulx. Cette histoire est la 16^ de la Disciplina clericalis et du Castoiement en vers frauçois. — Lig. 3a , lisez : mais nulfe ne voit en sa folie sens. L. unit à tort la première phrase du chapitre suivant en disant : nulle ne voit en sa folie fgrs celle, etc. Ces non-sens ne se ren- contrent pour ainsi dire jamais dans ce ms. Pag. 10a, lig. ^li, jolie : P. 1, jolive. Pug io3, lig. a3, en cest an qui est Van mil trois cens Ijcxij : L. , en cest an de Tan rail, etc. ; P. a. Tan mil iijc iiijx.\ et xij. Ce qui , de la grâce du copiste , feroit croire que le chevalier de la Tour-Landry auroit été Vingt ans à travaillera son livre! — Lig aô. La fête de Sainte- Marguerite est le ao juillet. Pag. 104, lig 4i ^^ Valour plaisant : L. , mais Tatour lui plaisoit; P. a, et Tcstour lui plai.soit bien. — Lig. 7 , la venaient veoir comme petis en fans • P. 1 et a, -comme les pelis oyseaulx. . Pag. io5. Celte scène du pèsement de Tûmc çi de ses ET Variantes. 295 bonnet actioos dans un plateau de la balance ,- pendant que l'autre plateau est chargé du diable , des m&hantes actions , et surtout des belles robes , auroit été bonne à (titer dans le très excellent et très complet travail sur la Psychostasie publié par M. Maury dans la Kevw ërehéoUh' giqut» ' Pag. 106, lig a, fowrré€8 de vûir €t de §ri8 et lelticéea de hermines : L., et de letisses et de hermines. — Lig. 9, que longues, que courtes, que cotes hardies : h*, que lon- gues , que corsés, etc. — Lig. la, cottes : P. a, robes. — Lig. i4, duforfhit de sesrokes .'Lisez « du surfait », donné ))ar L. — Ug. 19, de nuies et de wtaulvaises paroUes : P. a, de menues , etc. Pag. 107, lig. 31 , commis ce délit : L. et P. a , fait le fait. Pag. 109, lig. i4 , griffes : L., graffes ; P. s, gafTes ; ce seroit alors une perche ^mie d*un croc. — Lig. a3, ar-" rachii sonpeil : L., mnchié sespertuis; P. i, arrachiez ses pculz. Pag. 110, lig. 5y mësehier : P. a, delTouler. Pag. m, lig. 5, foible : P. a, flebe, plaintiTe, de fleàHis. — Lig. i5, mecereiif : L,, mardi; P. a , samedy. Pag. lia, lig. sa, Nostre~Dame-de-Rockemadcur , dans le Qucrcy, près de Cahors. Sur ce pèlerinage fameux , voyez le livre du père Odo de Gissey , imprimé pour la première fois en i63i , et celui tout récent de Tabbé Cail- iaa , chanoine du Mans , intitulé Histoire critique et reU^ gieuse de îtotre^bûme de Atf^lmatfoiir, Paris, Leelère» t834t in-80. Odo de Gissey dit tenir les anciens miracles qu*ii raconte d^in ouvrage- latin manuscrit d^Hugues de Fersit, e't M. Gaillau , n'ayant pu le retrouver, n*a plus pour a«» leur que le résumé d*Oao de Gissey. Je crois avoir r*» trou? é rouvrage de Hugues de Farslt : car dans un ms. de la Bibliothèque impériale se trouve, entre autres choses, et notamment, un poème français en quatrains monorimes, sur le miracle de Théophile, un ouvrage latin sur les miracles de Notre-Dame de Roe-Amadour. Le ms. eat d«  iS« siècle, et excellent; il seroit très curieux, tout h fait en dehors du point de vue miraculeux, mais comme document d*hi8t(nre et de géographie, de publier, avec les notes historiques nécessaires, ces récits pleins de noms de personnes et de lieux , et de détails sur les an- ciennes mcpurs. p. ii3, lig- 90, Sûlnôl Marlla de Verlo : V. i, Vwlus; P. », Verlo. Toîr, sur Martin de Verlo , sa «ie dans A»«altt taiula— rum ordinia naKcti Benidkil , stBtrû. I, tioe premifere tie, 3^S-8, El une seconde plus compltle, r. 6Bi-gi. Dans ceUe-cï , ce qui se rnpporlc b la ville d'Hvrbangea (dans la vie de ranonyme lalin BcrbaiUlai occupe les paragra- i^es5 b II. Dana la prose pour la fÂiede ce saint, qui se célébroil le 94 octobre, on n'a pal manqué de ri^ipeler
e fait ;
Herbuiiai Le récit Tient d'autoul mieux dans l'kisloire de la feoune deLolh, que, dans la légeudn, la femme de l'hOle de Saial-Marliu fut de mjme changée en pierre. — Ligne 91, Ueriaiita.,.:l.. krbaagei;P . 3, Berhnnges, Pag. wE, lig. 11, m afit : P. i , esgati. — Ug. 16, nci tsU caste ie ma Iriilase : P. 1 , ma lrallre!se ; P. 1 , maquerelle. Psg.'iiS, lig. iZjfertert- P. 1 , punais. — Lig. js. Ame» : P. 1, Zazsin. Pag. 119, lia. 3, sscaamti : L., succesaions, qui eal excellent. — Lig. ib. Hoir ; L., air; c'est une façon d'écrire dlRérente, mais ai'iiisnl an infime sou. Pag. iQi, ctaap âs<. Une main un peu postérieure ft. dans le ms. P. i , réiabli, par quelques petits chau^e- oienls , la lèrilé de l'bialoire. Toutes les foii qa'il 7 a f«  ruf ekaram , elle a coirigé en le prince du mu Vhoriiim , changé reine en prmcuie, et remplacé uvs tcn iieiu de te» rosaune par loui m iiem. Quelque juste que fût la cor- reciioa , nous avons laissé leur erreur aux cbapelûus da cbev aller. Pag, 191, lig.aS, r£w>»siI;.-P. 3, aaintJeban l'Efu- geline. — Lig. ag : peetli; de politlu. Pag. 193, lig. », FlnM : L., Furies. Pag. 194, lig. StZéahrv : L., Janbrj; P. 9. iambrï. Pag. 116, lig. 6, qui faUait caMet et cmdci i grès toi»- tnlxdener: P. i, cables et fuscaulx «Lgrans vaiuoant le iKlIbt : . . , luisaoD. ET Variantes. 297 Pag. i3o, ligne ao, erwhe : P. 1, boire; P. «, bue. — Lig. 36, hinUière : P. 3, maqiierelle. Pag. i9i, lig. 91, sainte jMitine : P. 9, sainte Cristine. Pag. i39, lig. i5, Béjart : L., Berut; P. 9, Banes. Pag. i33, lig. 3, Vendietement : L., l^ennoiteoient ; P. 9 , rutissement. — Lig. 8, kuekelet.: L., branchettes. — Lig. 18, pierre vire : P. i, pierre vierre. Pa^. i36, lig i3, il eust tant de bien : L., il emt la court empoigné; P. 9, il eust heaucoap empoigné. — Lig. ifi, Mardoeius : L., Emardachin ; P. 9 , MÙrdocbin. Pag. 139, lig. 6, fanlx teiMinge : P. i, faalx tesmoio- gnages. Pag. i4o, lig. 8. P. 9 ajoute de Dieu après des serfiteun, Pag. i4t, lis. 7. Noosn*aTons trouvé ces vers delà si- bylle ni dans rancienne édition d'Opsopœns , ni dans la noayelle de M. Alexandre, ni dans la publication du car- dinal MaL II est certain que notre cbevalier n*a pas en affaire à d*anciens textes , Hiaif à des remantments la- tins ou françois qu'il seroit difficile de retrooTer. Pag. 143, lig. 6, PkenêMia : P. 9, Pheronna. Pag. 147, lig. 99, adûulcir : P. 1, advenir. Pag. 148, lig. 7, depiteuseiL. 1, engoffée; P. 9, agoffée. Pag. 149, lig. 3, de grerte : L., de flateurs; P. 9 , de grieux. « Li^. 90. Le nom de Jouet manque dans P. 1. Pag. i5o, lig. 90. Sur Tépoque du siège d* Aiguillon , voyez la préface, page xiij. — Lig. 39, grée aux seigneurs : L. et P. 9, graye les seigneurs. Pag. i59. Dans l*histoire du mari qui a pondu des œufs, qae, depuis La Fontaine, il fout appeler les Femmes et le Secret, et qui se retrouve dans le Ménagier de Paris et ail- leurs (Cf. La Fontaine, éd. de Robert, II, 197), le ms. de L. met à tort cinq au lieu de cent» Pag. i63, lis. 19, en ta e^tpaiptiê : L., h rencontre. Pag. i55. Cf. le livre des Juges ^ L., cap. II» pour com- prendre le commencement du chapitre. Pag. i57, lig. 16. L. ms. P. 9 a ici une lacune d*uu feuillet qui commence au mot empetrast , et ue reprend qae page 169 , lig. 6, au mot htm exempte. Ptg. i58, lig. iS, Sennaekerip : L., Sepnacberim. Pag. 169, lig. 90, cansint : P. 1 et 9, esconvint. Pag. 164, lig. 1, puiêué : L , mainsné; P. 9, pesné. Pag. i65, lig. 17. La correction d*Alia en Lia est si évidente qae J*ai préféré respecter le texte do cheva- lier. agfi Notes Pag, 167, llg. 5, péri '• !"> pire. - lahcl, tut fui fillt an roï de Honarie. et femmt A Lnu^tg^mt, lisn : fetnmei leuiegraiii. Son mari , Louis IV, él(iit,an Gffel, laudgraïe de Thuringe. — Lig. aB, I'e/]*al, lisM : Pag. i6a, eban, lii. Cccbapltre ■ élé exlraît du ma. ■!!ioi,fnr tS.àiMailBW\e,poiiTaau Histoire tterumeCkf vre eiiHS le rèine dcgfrlocei il la umiun de Lsiisnst, t. It, ilooumeiila , partie I, Paris, itifii, in-g", p. i3a. Il mai le TaïL Tersl'Bnuée i3i4< c' ajoute celte nola: n ConsUNM » d'A.ragoD , reiume de Henri II de Lusignan , morle ains " Gllf[uil9 , eat la seuJe reine de Cbjrpro fi qui je poissa a rappitTier cctio anecdote, qui u'a laissé aucune trace » daus les chrouiques cypriotes. » Pag. 169, lig. 5, rciMji^f ; L., ordatinfe. — Ug- S, abri^-. P. 1, plain. Pag. 171, lig. 4 . »"(« : P. ^.nieurge, — Lig. ^i,li elUe ie Jiria, : L , la tille de la Cbarità ; P. m, ta tille de Charité. Pag. 179, lig. 3i>, d'en faire : L., et n'en feront mie. — Lîg. 3i : sHiDle Arragonde est «aiule Radagoode, aur la- quelle on {leut voir le recueil desBollandisies, su >3 août (Augutli, t. 111,)). 46-gG),el,pourIesrsuv0iibibIiogrB- pbiquea, la llIliliathËque de la France, du père Leiong , Pag. 173, 'lig. i, dovwe : P. 1, p»ur. Pag, ijS , li^. 11, les aMmuil tiow norUlj : L. cl P. s, les attires îij ïiocs de «ij pcdher morltU. — Lig 1», II» : P. 1, un, — Lig. no, naTillei : P. 1, uarinea. Pag. 178, lig. ,o,mMiia: P. 1 et ï.eneiicoinla. PaB..i77,lig.i5,]iarciM:P. a, ptans. Pag. 181, lig. 5. P. 1 et a ne donnent pu» dci Romain après iti cntUfiat. C'est ï peu prôs la traduction du titre des Ctela RtaatBr*iii, Pag. iSS, lig. aS, »e met : L., sourt. PBg. iKg, Ug. 4, feton : l., ter ; P. a, (el. Pag. igo, lig. 7, creatleux : L , cremilleni; P. 9, ere- Pag. 131, lig. s, aieftvïijtm pour Checelaim», enii- lamerie, gouvememeat. — Lig aTtittef : P. i, lawj. Pag. iga, lig. 3, gBni, q^ grire : L-, oinhre. ""«■ 'gS, lig. ï3, dei petU lei tinaa. — Le copiste da ilepuis les esauja. P. 1 ET Variantes. 399 - Pag. 196, lig. i5, soubzporte : L., supporte. Pag. 196, lig. a4i *^*^^ ' P* 9i soit pour sait. Pag. 197, lig. 1, beaiUeroU : L., exilleroit. — L. i5, tribulacion : P. i et 3, tribouil. Pag. 199. lig. 16, en livre, lisez : on livre, et Le Ms. P. 1, ajoute ici en marge : « No. quMl fist ung livre pour SCS fils. » Pag. aoo, lig. 6, hommeauxi P. 1, hommasses. — Lig. i3 La comtesse d'Anjou qui fonda Tabbaye de Bourgueii est Emma, femme de Guillaume duc d*Aquitaine et comte de Poitiers; elle fonda ce monastère en 990. (Cf. le Gnj- lia ChrisUaM de Sainte-Marthe, in-fol , IV, aoi-7.) Pag. 3 01, lig. 91, preigne : L. surprengue ; P. a, subz- preugne. Pag. ao3, lig. 17, erapout: L., crepoust. Pag. ao7, lig. 7, salaire : P. 1, loier; P. 9, louer. Pag. a 10, lig. 10, ffroeessiûns '. L. et P. a, professions. Pag. a 16, lig. a5, adira : L., esdira. Pag. 217, lig. 4i adiré: L., ésgaré. Il est inutile de re- marquer qae le bon chevalier se trompe en mettant les noces de Cana avant la scène de Jésus-Christ parmi les docteurs. Pag. a 18, lig. 7, Cecille: P. 9, Sezille. Pag. 219, lig. 3, i'appareille : L., s*acomparaige. Pag. aao. La reine Jeanne de France n*est pas la femme de Charles V, mariée en 1349 et morte en 1377, cinq ans après la (omposition du livre des Enseignements; ni Jeanne , fille du comte de Boulogne , seconde femme de Jean II, mariée en 1349 et morte en i36i, dix ans avant que le chevalier écrivit; mais Jeanne, fille de Louis, comte d'Evreux, troisième femme du roi de France Char- les IV , dit le Bel, mariée en i3a5 , veuve en i3a8, et morte en 1370, après avoir passé la fin de sa vie dans la plus fervente pratique des bonnes œuvres; le mot da chevalier de La Tour wtarle »'a gaires prouve qu*il n*a pu psnscr qu*à celle-là. Si la phrase relative à la duchesse d^Orléans , « qui moult a eu à souffrir et s'est toujours tenue sainetement devant et après », étoit une interpolation, on la rappor- teroit naturellement à la belle et touchante Valeutine de Milan. Si elle est bien du chevalier de La Tour Landry, cela est impossible, car Valentine n*épousa le duc Louis d*Orléans qu'en 1389. Avant elle il y a eu une antre du- che>se d'Orléans, Blanebe, fille de Charles IV le Bel et de ^00 Notes U reina Jeanne dont nous leuooa da parler, née en liaj et niorle le ■) fËvrïer iSgg, après uToir épousé, le tSJan- lier i344 , Philippe duc d'Orlfans, dernier Bis de Pb\~ lipua Vi de Valois, et mort le i" sepleoibre iS-;5 lau enranis légitimes Ce qui me parait siipporier celle iit' terpr6vaUan, c'eat que le ms. da L, eit le seul qui dlael* duekesie d'Orltani , tl las autres la dtclieae dérremére il cote fsvMi ee qui ne peut ae comprendre que dernilre fille de la reine ieaane, et cette première ducbesse ■l'0> iéans est eu réalité sa dernière fille. — Sur ce Pliilippt d'Oiléana, onpeut loirun article de Pollucbedaos lejltr- csrc de France, numéro de juillet i;4oi I'- ^9- Pag, aii.lig. S, ilsfliJï; on»; L., cl n'a enTiron. — Lig. ia, iacheller : L. et P. 9,clieialier. MaIsbaatielJcrBe s'appliquait pas seulement aux degrés litléruiréE, et est la vrai lerme. Vojci la Préface, i<j. — Lif>. 94, mtladu iim laide: P. 1, eneheoile; P. 9, eneboalf. Pag. 931. lig. i>, tikataiie: P. 1, méssiiié. Pag. 994, lig. 10, MiuiredeDBivtt: lisez Derval. Dan* l'armoriul deGillvs le BDUvier,dil Berry. premier bérauil d'armes de Cliurles Vit (fondi Colbert, a'> g,G5J.5. 5 ,jc vois dans le Poilou, au nom de sire de DerraJ, qu'il por- loit d'argent ï deui (asces de gueules Dus L. et P- 1, touie cctie phrase do texte est au présent. - Lig. i5, te lu tourilB.- P. I, d'eslre aiu» beunlé; P. 1. Im bourdais. Pag. 996, lig. 5, jierli : t., pelle.— Lig, îo. Le Charoj dont il est question ici doit Jlre Ceofrroj de Cbamj, sei- gneur de Lire;, qu'on loît dans les guerres depuis issi, et qui mourut ti la bataille de Poîlicrj. Son fils, qui tut ÎDrle-orïtlamme de France, mourut U 99 mai iSqB. Cf. Anselme, Vni,30(wi,) C'est del'un des dcu» que diii- vent élre les mauuscrila ludiques dans le catalogue de la bibliolllèque de Bourgogne. Inventaire de Vïglius, a°34ti utig petit Irsité de Cbai'ny, en rime, doni le numéro ac- tuel est iD,54g. Les autres sont eu prose et aTeu le eoa de Godefroi: a" ii.isi, le Livra de Ghevalerie ; u" it.iiS, les Demandes pour jousles et tournoi); n' ii<ii6, l'Etat des geua d'armes. — Lig. 3d, Sainlri: P. 1, Ciîulri; L, Saiui-Tref. Pag. 997, lig. 10, Ss arriva : P. ■ ajoute stupidenem: un Écuyer. — Lig. 94, «11 meatslrel :L., uu I ' — Lig. Bj, farnoti : P. i, forsyaje. Png. 9^0 , lig. Si , Gieffreg de Luare : L. i Çieffroj ; P. I, Luge, ET Variantes. 3o'i Pag. a3i. lig. 6, eacrisist ; L., P. o, escripsit. — LIg. 33, Rcmmenie : P. a, Romanie. Pag. aSS, lig. 19, comme j'ai dit en Vautre livre : Il veut dire dans le commencement de son ouvrage, qu'il vouloit diviser en livres, division qui n'a pas subsisté ou qui n'a pas été faite. Pag a38 lig. 11, para : L., fois. Pag. 939, cbap. lai. Messire Foulques de Laval étoit le fils de Guy iX de Montmorency Laval , Tépoux de Jeanne Chabot, dame de Rais, et le chef de la branche de Laval-Rais; il mourut en i36o. (Cf. Paris, V. 85.) Pag. a4«» IJg* 3, ehappeau : P. 1, chappel; P. a, ta- qaoer. — Lig. 8, frailion : P. a, (rallon. — Lig aa, plut de popoir : P. 1, plus point de povoir. — Lig. 3o, tostoier: P. a, toustaier. Pag. 343, lig. 7i toufferte : P. 1, trait. — Lig. 18, et souiliént : L., en subtillant. Pag. 944f lig- 9« court : P. 1, cueurt. Pag. a^^t lig* ^9f '^ chevalier qui ftst ce livre : P. i, le chevalier de La Tour. La femme qu'il fait ainsi parler avec tant de sens et de finesse est sa première femme, Jeanne de Rougé, puisqu^on a va (préface, p.xiv) qu'elle vivoit encore en i383. — Lig. 38, Comme en espérance de ma^ riage ne se trouve que dans le manuscrit P. 1, qui l'a- joute en marge. Pag. a49, lig. 1, agaitier : L., caquetier. — Lig. 3o , xJ roys : L., Ix roys. Pag. a5o, lig. ai» denogies : L., desvées. Pag. a5a, lig. 9, de gram goguès : P. 1, gogais. — Lig. a3, i7 eebat sajeuneue : P. 1, il s'esbat. Pag. a55, lig. 17. Le ms. de L. repète ici à tort : La dame respond. — Lig. a6, houUérei : L., houliert. Pag. 369, lig. 99, oye : P. 1, aye Pag. sGo , lig. 5. On connott les histoires de la dame de Coucy et de la ch&telaine de Vergy ; il ii*est pas aussi simple de savoir ce qu'eet l'histoire de la duchesse. J*A^ vois pensé au roman de Panse la Duchesse ; mais il ne convient nullement. Pag. a6i, lig. a, jouoient au Roy qui ne ment : P. a, qui ne peut. — Lig. a8. Seroit ce Marguerite , dame de la Jaille, femme de Hardouin de la Porte , seigneur de Vè- zins en Anjou, des enfants de qui le père Anselme indi- que deux mariages . dont l'im est du 9 joilfet i388. (Cf. II, 448, D ; et YI, 766, A.} Pag. îBa.lig. i,ic la tau: I"i ^ Bussy malla Pag. 3^3, lig. ii,lepi Notes ,i, agEifui ; L-, Gil aigae i S, ie la fieiii d imig nofff i plus quo TOUS. la rojBf df Sotta ; P. a Pag. 364, lig- 4, li JDer. — Lïg. ai, 1, de iiBiUu tû Pag 365. On poutToil aussi bien lire BnTïire; mttlH doil eire un nom fraDfois, etBanière paratl uieillear qiM Bavière. Le ma. de GaigniËres a Beiitre , eL P. a , Bel- siâre-, L. dltalmpUmeui : une dame baronnesEe. Pag. a65, Ug S, (fïM jegavlx : L., Ions joyaoll. — Llg. II, Je inia-xij : P. m, ï double. — Lig. i5, tutlii- Pag. aGB, ubap. laS^, Cf. la même hisioire en vers el plus ancienne, publiée par Miou , supplénieiil h ses Fn- Uiaux, II. Pag. lES, lig. ig, lïJ'IitTiI ; P. 3, friblacl. Pag. 369. lig. s , commeal II lui tiliiU : L., pniunient il le Isiaoit. — Lig. i3, el l'eilimi*e : L-, de la sepmaiat. — Lig. 3o. Le ma. P, a a ici une noutelle lacune d^n tenillol (jui comnience an mol ; ttima, et reprend dana la sticonde histoire. Psg. 171, tig. ii,P. I, k unbarandouble;P.i,tL un grant burou. Pag. 17a, lig. 3a, aJ dUMiKhiil luu geiu. Liaei : û de- mauday aux gens. Pag. 373, lig. 9, car jt le SI ely fiu, nete Irome que dans P. 1. Pag iie,l\e. »,moMllbeimefenme:P.->, m ou) I belle demoiselle. — lig. 14, venellt : P. 1, ruelle. — Lig. iS, HadamiOlbicitoBelleYUle:P.3, I'Bp|>elle Aline; dans la traduciien aagloise du lemps de Uenry VI ( Cr. Rriretp. aevieio,p. iflS), elle eal appelée a Cecyle of Balle» j!le. » Dana ce passage il y a une faute de lecture on d'impres- sion ; il ne foKoit pas she held In Bevaye], msia she *eW >■ itoioo^e. — Dans l'anuorial déji cité de Cilles le Bou- Tier, DU iroaie, daus li partie consacrée au Poitou, l'ica du seigneur de Betlevitle, quatre de gueules et quatre vairéa d'azur et d'argent. — Elle étoit pent-£lre de ta '- mille de Jean de Harpedenue, 5« du nom —" BellcTille, en Poitou, que Charles Vil m» ET Variantes. 3o3 rile, t» iCBDr nslnr«ltc, lille de Cbarlea VI cl J'Odelte de Cbampdiven, la pclile rciDt. Pag. 377, '^)>'P- o^*- l-1>isloira de Galbonncu— Dan«  L. le nom csl toujours écril ChaLonaei. Pag. aSi, lig. 97, J'mjMni>r« : P. 1, l'«miicreïj. Pag. 1S4, lig. 39, icpndarf : L.Je peodaal. Psg. 1B6, Ug. i3, i* iatitar ie*lnire,Ma]vmeTHàa:as Pag. «87. lie ii,tw<t(wir:L, P. i.P. 1 - Lig. ,<,, •.-TTrrr- CATALOGUE !>■ LA BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE ET DES AUTRES OUTBAGES DU FONDS DE P. JANNET PARIS Cbfz P. Jahkbt, Ldbramt Âyertissenient. 3 Bibliothèque elzeyirienne. 7 Ouvrages de différents fonnats. tS Publications de la société des Bibliophiles. 3 1 Manuel de T Amateur d'estampes. 32 AVERTISSEMENT. ^orsque j'entrepris, il f a deux oos, la fl pubIJcatioD de l^i Bibliolhéque elstvl~ ricHnc.je m'étais posé ce problème : u Publier une collectioDd'ouvragesd'é- i>lite, digues ileldUE par leur siécution i> matiiriiMie, à la portée de tous par la modicité de B leur prix, o Jusque alors, les curiosités littéraires du genre de celles qui doivent composer en grande partie la BibUolhèque eUevirienne n'étaient — lorsqu'on les publiait — tirées qu'à un très petit nombre d'eiem- riiûfes , destinés i des amateurs riches et fervents. a rareté native et le prix exorbitant de ces publi- cations les rendaient inabordables pour le plus grand nombre des lecteurs, et particulièrement pour ceux qui lisent pour les autres : les littérateurs ne sont pas tous asseï ricbes pour acheter des livres sans regarder au prix. En présence du mouvement qui porte la généra- tion actuelle vers l'étude sérieuse des mceurs, de la littérature et de l'histoire du passé , je crus hira une chose utile en vulgarisant , autant qu'il serait en dmm pouvoir, les documents propres àfadliter cette élutto. Malgré ma Toi dans la posûbililé de créer un pu- blic nouveau pour ce genre de livres, je crusdevtâr faire de mon mieux pour satisfaire les goûts du pu- blic déjà existant, goûts que je partage d'ailleurs ; je trouve qu'un bon texte ne perd rien à être im- primé avec un certain luie. Le luxe dans les livres, je l'entends k ma manière. Pen de tnle dans un grand format, sur de bes papier très blanc, brillant, glacé, satiné — ma brûlé, cassant , d'une qualité déplorable — ce n'e poB là mon fait. Le Format, je le veux commode; I papier, je le veuï solide avant tout; du texte, j'en veux pour mou argent. Qu'il soit net, lisible sans fatigua, et cela me suffit. Au point de vue des résultats —-je ne parle pas des moyens — l'art d'imprimer les livres a fait peu de progrès depuis deux siècles. Les petits volumes sortis des presses des Elzevier auront long-temps encore de nombreux admirateurs. En donnant à ms collection le nom de ces imprimeurs illustres, j'ai compris retendue des obligations que je m'imposais. J'ai fait de mon mieux pour ne pas rester trop au dessous de mes modèles. J'ai fait fondre des carac- tères, graver des ornements, fabriquer du papier, modifier des presses. Les éloges que des BmaleurG d'une autorité considérable ont bien voulu donnera mes petits livres me prouvent que je suis dons la bonne voie. Je tâcherai d'atteindre le but. Si le formai et l'exécuGon matérielle de mes volu- mes ont trouvé des approbateurs, l'entreprise en elle-même a été bien accueillie. Le public sur lequel je comptais a répondu à mon appel; son concours m'a permis d'entreprendre la publication d'un assez grand nombre do volumes, qui sont sous presse ou en préparation. Je ne crois pas nécessaire de donner un catalogue détaillé des ouvrages que je me propose de faire entrer dans la BibUoMque ehevirietine. Il sufSI de rappeler le plan général. Cette collection doit se com- poser : 1" d'ouvrages anciens, inédits ou rares, utiles pour l'élude des mœurs, de la littérature ou de l'his- toire ; a" des ouvrages antérieurs au XVIII' siècle qui jouissent d'une réputation méritée. Les ouvrages postérieurs au XVII" siècle ne seront admis que par eiceptioa. DVilleurs , chaque volume qui parait jette un nou- veau jour sur le plan que je me suis tracé. Ainsi j'ai publié : Moralistes. La Rochefoucauld, La Bruyère, le Livre du chevalier delà Tour, qui serait mieux placé parmi les conteurs. Plus tard je donnerad Montai" gne. Charron, Vauvenargues, Beaux-Arts. Mémoires pour servir à Vhisloire de V Académie de peinture. — Le livre des peintres et graveurs. J'ai d'autres ouvrages du môme genre à faire paraître. Poésie. Les Mémoriaux de Saint-Aubin des Bois, Villon , Régnier, Chapelle et Bachaumont. J'ai sous presse ou en préparation : Gérard de Rossillon, poème provençal; plusieurs Chansons de gestes, entre autres Regnault de Montauban, en 17,000 vers ; divers recueils importants ; Matheolus , Grin- gore, Roger de Collerye, Clément Marot , Vauquelin de la Fresnaye , Saint Amand , Senecé (œuvres con- nues et inédites), et quelques autres. Théâtre. Quatre volumes de VAncien Théâtre françois. A côté de cette collection, je donnerai les œuvres de Larivey, Molière, ComeiUe, Racine , etc. RoMAifs ET Contes. Melusine, le Roman bour- geois y Don Juan de Vargas, Six mois de la vie d^un jeune homme. J'ai en préparation plusieurs autres romans et une suite considérable de conteurs. Facéties. Les Quinze joyes de mariage, la Nou- velle fabrique des excellents traits de vérité. J*ai sous presse ou en préparation : les Evangiles des Que- nouilles, Rabelais, Tabouret, les Caquets de l'Ac- couchée , et beaucoup d'autres. HuToiRB. L'Histoire notable de la Floride. J'ai sous presse quelques autres relations de voyages , les Aventures du baron de Fœneste^ ^bs Souvenirs de Madame de Caylus, et en préparation plusieurs ou- vrages intéressants. Paris, le i5 Février i855. P. Jannet. AVIS IMPORTANT. Les volumes de la Bibliothèque ekevirienne sont imprimés sur papier collé et très chargés d'encre : il est difficile de les relier tout de suite sans les maculer. D'un autre coté, leur couver- ture en papier blanc perd promptement sa fraî- cheur, et on ne peut les garder long-temps bro- chés, rai pris le parti de faire couvrir ces t»o- lumes d'un élégant cartonnage en toile, à la ma- nière anglaise , ce qui permettra aux amateurs soit de les garder toujours ainsi, soit de ne les faire relier que dans un an ou deux. A partir d'aujourd'hui , tous les volumes seront vendus cartonnés , non rognés et non coupés, SANS AUG- MENTATION DE PRIX. Les personnes qui possè- dent des volumes brochés non coupés pourront les échanger, sans frais, contre des volumes carton- nés; quant aux volumes coupés , je me charge- rai de les faire cartonner moyennant 75 centi- mes. BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE LIVRES EN VENTE. Moralistes. é flexions. Sentences el Maximes mo- rales de La Rochefoucauld. Nou- lYelle édition, conforme k celle de 1678, et à laquelle on a joint les An- notations d'un contemporain sur chaque maxi- me , les yariantes des premières éditions , et des notes nouyelles, par G. Duplessis. Préface par Sainte-Beuve, i vol. Prix : 5fr. Les Annotations d*un Contemporain sur les Maximes de La Rochefoucauld ont été attribuées à madame de La Fayette. Elles paraissent ici pour la première fois. Quelaues unes seolement araient été publiées par Aimé-Martin. Les Caractères de ThÉOPHRASTE , traduits du grec , avec les Caractèreê ou les mœurs de ce siècle, par La BrutÈRE. Nouvelle édition, collationnée sur les éditions données par Tau- teur, avec toutes les variantes, une lettre in- «^teJe La Bruyère et des aotes littéraires et historiques, par Adrien Destailleur. a Yn- Imnes. lofr. CclU idition est le fruit de plusieurs année) d«  traiail. H. DestailJDur s'est attacha à reproduire toutes les Tariaulcs des idilioas données par i'aa- tear. Il a indiqué aiec soin les passages des mora- listes anciens ot modernes qui se sont rencontrés ■TecLaBrufire. 11 s tait assez pour que H. S. deSa- cy ait pu dire : " Voilà enËa uu La Brujère auquel il ne manque rien. » Le Livre du chevalier de la Tour Landry, pour renseignement de ses filles ; publié d'après les manuscrits de Paris et de Londres, par M. Aiiatûle DE MoMTAiGLON, membre résidant de la Suciété des antiquaires de France. 5 tt. Ce litre, œuvre d'un gentilhomme du qusiarziè- me siècle, contient de préciem renseignemenls sur les mœurs du moieuSEC!. LesseDlimentsducbeTsIier sur l'éducallon des filles, diduils arec une nalreté, une liberlÉ d'expression qui paraissent étranges aux lecteurs de noire Époque , sont appuyés du tieil d'à- Tentures empruuléoi tt la Bible, sus chroniques el aux souienïra personueli du clieialiec de la Tour, récits sautent piquauts cl toujours gracieux, qui t>- siguent â sod livre une place disIiuguËe p&rm' '" ttuvres des couleurs français. Beauk-arts. emoires pour servir à rHistoire de V Académie royale de peinture et de sculpture, depuis i648 jusqu'en i66>4, publiés pour la première fois, d^apvès le manuscrit de la Bibliothèque Impé> riale, par M. Anatole DB Montaiglon. 2 vol. 8 fr. Ces Mémoires, que M. de Montaiglon attribue à Henri Testelin, secrétaire de l*Académie de peinture pendant plus de trente ans, contiennent une foule de renseignements précieux sur les artistes qui brillè- rent en France au XYII^ siècle. Le livre des peintres et graveurs , par Michel DE Marolles , abbé de Villeloin. Nouvelle édi- tion, revue par M. Georges Duplessis. 1 vol. 3 fr. Ce petit livre , curieux spécimen de Tincroyable yersification d*un écrivain beaucoup trop fécond , a cependant un mérite : il apprendra une infinité de choses aux hommes les plus versés dans Tbistoire de Fart. Poésie. ^ yfajgg )) hansons , ballades et rondeaux de S^B^^S-hfwn.not de LESCtlREL, poète fran- ^U^raF çnis du XIV* siècle , publiés d'après StaS^lc manuscrit unique, par M. A. de MONTAIGLOa. 1 vol. OEuures complètes de François Villow. Nou- velle édition, revue, corrigée et mise en ordre, avec des noies historiques et littéraires, par P. L.-Jacob, bibliophile, i vol. ôfr. OEuvrea de Mathurin Régnier, avec lej corn- meutaircs revus et cornsés, précédées de ^ff^«- toire de la Salim en France, pour scr\-ir de discoui's préliminaire, par M. Viollet le Duc. 1 vol. 5 fr. Le travail de M. Viollet Le Dne , publié pour 1» première fois en iS-èi, a èiè rero et nioiliBS pur lui pour la oouvetie édition, f Oùieire d fia satire a rtiv des additioiii. Extrait abrégé des vieux Mémoriaux de l'ab- baye de Saint-Aubin~des-Boys , en Bretagne. 1 vol. 9 it. Pièce en vers, publiés par H. Fraacisque-Hiebtl. Quoique daiée du \II* siiclâ, elle est rèelleoieni da XVil«. C'est le résultat d'une de ces supercberies qu'on s'est parroia permisM poar relever nlluslr»- tioB de certaines familles. OEuvres de Chapelle et de Bacuaunokt; nouvelle édition, revue et corrigée sur les flinl' 11 leurs textes, notamment sur l^édition de 1 782^ Î récédée d*une notice, par M. Tenant de <ATOUR. 1 yol. 4 fr«  Lefèyre de Saint^Marc , à la fin des œuvres de Chapelle et de Bachaumont, qu'il donna en 1755, exprime le regret de n^avoir pas connu à temps réé- dition de 1733, et engage les éditeurs futurs à con- sulter cette édition Jusqu'à M. Tenant de la Tour, les éditeurs de Chapelle et de Bachaumont ont re- produit la note de SaintrMarc , mais se sont bien gardés de consulter cette édition de 173a, qui con- tient réellement un très bon texte du célèbre Voyage. Sous presse. Gérard de RossiUon^ poème provençal , publié, d*après le manuscrit unique, par M. Fran- CISQUE-MiCHEL. 1 Tol. 5 fr. Le livre de Matheolus. — Le Rebours de Ma- theolus. 2 vol. 10 fr. OEuvres de Roger de Collerye , nouvelle édi- tion, revue et annotée par M. Charles d'HsRi- CAULT. 1 vol. 5 fr. OEuvres complètes de Pierre GrinGORE , avec des notes par MM. Anatole de Montaiglon et Charles dHéricault. 4 vol. 20 fr. OEui^res complètes de Saint-Am AND , revues et annotées par Ch. L. Livet, 2 vol. 10 fr. OEuvres choisies de SenecÊ , revues sur les di- verses éditions et sur les manuscrits originaux, par M. Emile Chasles. 1 vol. 5 fr. — Œu- vres posthumes de SenecÉ, publiées diaprés les manuscrits autographes, par M. Emile Chasles. 1 vol. 5 fr. Théatbe. ermeSS: ""^ ihéâlre français, oa Collecàoil ^^hj^D des ouvrages dramaliques les plitsre- fl^n^S marquablcs depuis les mystères jus- ffl^jfcS qu'à Corneille, publié, avec des non- ces et éclaircissements, par M. Viollet LE DiiC.TomeslàlV. Levol.5fr. Les trois premiers Tolames aonl ]« reprodaetion d'un recueil unique conservé tiiMaaieBrHaanique,i Londres, contenant e4 piècËsdoiii loîci les [tires : 1. Le Conseil An Honveau marié, h deui peison- nagos , c'est assaTOir : la Mary *l le Docteur. a. Farce noatelle, très bonne et tort joseuse , da Nouveau marié qui ne peull fonmir k l'appoiiicie- ment de sa femme, b quatre personnage», c'est -■ gatoii' : le Nouveau Uarié, la Femme, la UÈre e I Père. 5. Farce nouvelle, trts bonne clfort joreuse, de robatination des Temmes, t. deux personaaiges, £'«■> assavoir : le Mari et le Femme. j. Farce nouvelle, tris bonne et fort joyeuse, du Cuvier, b irojs personnages, c'est aiasToir : iiqui- Dol, sa Femme et la Hère de sa {emme. 5. Farco nouvelle, trts bonne et fort joyeuse, k Irojs peraonnages, l'esi assavoir : Jolyet, In Femme El le Père. 6 Furce nouîclle, b cinq personnaiges, des Pem- mea qui fout refondre leurs marys , c'est assainir ' Tbibauli , Collart, Jennetle, Peraelle et le Fo 13 7. Farce nouvelle et fort joyeuse du Pect, à quatre personnages , c'est assavoir : Hubert, sa Femme, le Juge et le Procureur. 8. Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse , des Femmes qui demandent les arrérages de leurs maris et les font obliger par nt«t, à cinq personnages, c'est assavoir : le Mary, la Dame , la Chambrière et le Voysin. 9. Farce nouvelle d'ung Mary jaloux qui veult es- prouver sa femme, à quatre personnages, cVst as- savoir : Colinet, la Tante, le Mary et sa Femme. 10. Farce moralisée, à quatre personnages, c'est assavoir : deux Hommes et leurs deux Femmes, dont Tune a malle teste et l'autre est tendre du cul. 11. Farce nouvelle et fort joyeuse, à quatre per- sonnages , c'est assavoir : le Mary, la Femme , le Ba- din qui se loue et l'Amoureux. la. Farce nouvelle , très bonne et fort joyeuse , de Pernet qui va au vin, à troys personnaiges , c'est as- savoir : Pernet, sa Femme et l'Amoureux. i3. Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse, d'un Amoureux , h quatre personnages , c'est assa- voir : l'Homme , la Femme , l'Amoureux et le Méde- cin. i4* Colin qui loue et despite Dieu en un moment, à cause de sa femme , à troys personnages, c'est as- savoir : Colin , sa Femme et l'Amant. i5. Farce nouvelle , très bonne et fort joyeuse, à quatre personnaiges, c'est assavoir : le Gentilhomme, Lison, Naudet, la Damoyselle. 16. Farce nouvelle . à troys personnaiges , c'est assavoir : le Badin^ la Femme et la Chambrière. 17. Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse . de Jeninot qui fist un roy de son chat, par faulte d'aul- tre compaignon , en criant : Le roy boit , et monta sur sa maistresse pour la mener à la messe, à troys personnaiges, c'est assavoir : le Mary, la Femme et Jeninot. 18. Faree nouvelle de frère Goillebert, très bonne et fort joyeuse, à quatre personnages , c'est assavoir : Frère Guiliebert, l'Homme viel, sa Femme jeune, la CofDmère. 19. Farce nouvelle , très bonne et fort joyeuse , de Gnillerme qui mangea les figues do curé , à quatre i4 penonnaige», c'est Assavoir : le Garé , 6uillerme,le v^oysin et st Femme. ao. Farce noaYelle, très bonne et fort joyeuse , de lenhi, ftlz de riea , à quatre personnaiges, c*est as- saYoir : la Mère etienin, son fils, le Prestre et le De- vin. 91. La Confession de Margot, à deux personnaiges, e^est assavoir : le Garé et Margot. •s. Farce nonvelle, très bonne et fort joyease, de George le Yean . à quatre personnaiges , c'est assa- voir : George le Veau , sa Femme , le Curé et soa Glere. TOMB II. •5. Sermon joyeax de bien boire, à deux fiersao- naiges, c'est assavoir : le Presdiear. et le G^si- nier. •4. Farce noiiveUe:, très bonne et très joyease, de la Résurrection de Jenin Landore, à quatre person- naiges, c'est assavoir : Jenin, sa Femme, ie:Car6 et le Glerct •5. Farce nouveUe, fiurt joyeuse,- du Poot aux Asgnes, à quatre oeisonnaiges , c'est tLKàwoir : Le Mary, la Femme , Messire Domkte de et le Bosche— ron. 96. Farce nonveOa, très bonne et fort joyeuse , k trovs personnages , d*an Pardonnenr, d'an Triaclenr et d'une Taveraière, c'est assavoir : le Triaoleur, le Pardonneur et la Tavemière. 97. Farce nouvelle du Pasté et delà Tarte, ii qua- tre personnaiges , c'est assavoir : deux Goquins, le Paticier et sa Femme. ' 98. Farce nouvelle de Mahuet , badin , natif de Bai- gnolet, qui va à Paris au marché pour vendre ses csufz et sa cresme, et ne les veult donner sinon au pris du marché , et est à quatre personnages, c'est assavoir : Mahuet, sa Mère, Gaultier et la Fem- me. 99. Farce nouvelle et fort joyeuse des Femmes qoi font escurer leurs chaulderons et deffendeut que on ne mette la pièce auprès du trou , à troys personua- ges, c'est assavoir: la première Femme, la secondée! le Maignen. 3o: Farce nouvelle, très bonne et fort joyevse, à i5 troys personnages, d'un Ghauldronnier, c'est as- savoir : rHomme, la Femme et le Ghauldron- nier. 3i. Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse, à trois personnaiges , c'est assavoir : le Chaulderon- nier, le Savetier et le Tayernier. 3a. Farce joyeuse, très bonne et récréative pour rire, du Savetier, à troys personnaiges , c'est assa- voir : Audin, savetier; Audette ,8a Femme, et le Cu- ré. 35. Farce nouvelle d'ung Savetier nommé Galbain, - fort joyeuse, lequel se maria à une Savetière , à troys personnages, c'est assavoir : Galbain , la Femme et le Galland. 3\. Farce nouvelle, à quatre personnaiges, c'est assavoir : le Gousturier, Esopet, le Gentilhomme et la Ghamberière. 35. Farce nouvelle , très bonne et fort jojeusej à troys personnaiges , c'est assavoir : Maistre Mimin ie Goûteux, son variet Richard Je Pelé, sourd, et le Chausselier. 56. Farce nouvelle d'ang Ramoneur de cheminées, fort joyeuse, à quatre personnaiges, c'est assavoir : le Ramoneur, ie Yarlet, la Femme et la Yoysi- ne. 37. Sermon joyeux et de grande value A tous les foulx qui sont dessoubz la nue , Pour leur monstrer à saiges devenir. Moyennant ce, que, le temps advenir. Tous sotz tiendront mon conseil et doctrine ; Puis congnoistront clerement, sans urine, Que le monde pour sages les tiendra. Quand ils auront de quoy : notez cela. 38. Sottie nouvelle , à six personnaiges , c'est as- savoir : le Roy des Sotz , Triboulet, Mitouflet, Sotti- net, Coquibus.» Guippelin. 39. Sottie nouvelle, h. cinq personnages, des Trom- peurs, c'est assavoir : Sottie, Teste Verte, Fine Mine, Chascun et le Temps. 40. Farce uonyelle, très bonne, de Folle Bobance* à quatre personnaiges, c'est assavoir : Folle Boban- ce, le premier Fol, gentilhomme ; le second Fol, mat- chant; le tien Fol, laboureux. ono»îg«B, t'eatUïsaîoir : loCuré, Cnilleme K a Fcmma. I, FarcB naniellc, Crti bonne e[ fort jajea», ti 11. La Confession deHargol, â deux personniint. c'est assavoir : le Cura et Margot. ' >9. Farce nouvell», trts bonne ei Furt joyeuse, de George te Venu , à qaatre penoanitîges , c'est v~ ^ttir : George le Vean , sa Femme , U Curé el Clerc. TOHE II. ii4. Farce nourella , très botrne el très joyeuse, de U RÊsuiTDClioii lie Jenln Liedore, k quatre perioo- naigcB, c'est issaioîr ; Jeuin, sa Femnie, Je Curé et le Clerc. 35. Force Daa<ell0, fiirt joueuse, du Podi sut ' BÎgos, c'est flSMio/r : Le ■ Bonite il et le BOMbc— 16. Farce DouTene,tcè« banne et fort joieuse, à Iroys personnages , d'un Padonnenr, d'un Triacleur et d'une Taieraière, c'est ssiaioii : le Triacleur, le Pardonaeur et la Taiemiàre- 37. Farce nouvelle du PastË et de la Tune, b qua- tre penonaaiges , c'est assavoir ; deux Coquins , le Paiîeier et ca Peuiote. - 18. Farce nouvelle de Mahuet, badïu , natif de Bai- gnolel, qui vu k Paris au niarcbé pour vendra lei I <eufi cl sa crestne , el ne les veult donner siuon au - pris du marcbé, et est ï qnatre personnages, c'est
  • «Esavoir ; Habuel, sa Uïre, Gaultier ei la Fem-
9. Farce nouvelle et fort joyeuse des Femmes qiu roui eieurer leurs cbaulderons et defTendenl qae on ne iBfllte la pièce auprès du trou , à troys persaniia- ges, c'est assavoir: Ispremiâre Femme, la seconde cl la Haisnaii. 3a. Farce nourelle, trûs boiine et (art jojaoi i5 troys personnages, d'un Chauldronnier, c*est as- savoir : THomme, la Femme et le Chauldron- nier. 3i. Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse, à trois personnaiges, c*est assavoir : le Chaulderon- nier, le Savetier et le Tavemier. 3a. Farce joyeuse, très bonne et récréative pour rire, du Savetier, à troys personnaiges, c^est assa- voir : Audin, savetier ; Audette , sa Femme, et le Cu- ré. 33. Farce nouvelle d*ung Savetier nommé Calbain, fort joyeuse, lequel se maria à une Savetière , à troys personnages, c'est assavoir : Calbain , la Femme et le Galland. 3/|. Farce nouvelle , à quatre personnaiges, c'est assavoir : le Cousturier, Efsopet, le Gentilhomme et la Chamberière. 35. Farce nouvelle , très bonne et fort joyeuse , à troys personnaiges, c'est assavoir : Maistre Mimin le Goûteux , son varlet Richard le Pelé , sourd, et le Chaussetier. 36. Farce nouvelle d*ong Ramoneur de cheminées, fort joyeuse , à quatre personnaiges, c'est assavoir : le Ramoneur, le Varlet, la Femme et la Yoysi- ne. 37. Sermon joyeux et de grande value A tous les foulx qui sont dessoubz la nae , Pour leur monstrer à saiges deyenir. Moyennant ce, que, le temps advenir. Tous sotz tiendront mon conseil et doctrine ; Puis conguoistront clerement, sans urine. Que le monde pour sages les tiendra , Quand ils auront de quoy : notez cela. 38. Sottie nouvelle , à six personnaiges , c'est as- savoir : le Roy des Sotz, Triboulet, Mitouflet, Sotti- net, Coquibus, Guippelin. 39. Sottie nouvelle, à cinq personnages, des Trom- peurs, c'est assavoir : Sottie, Teste Verte, Fine Mine, Chascpn et le Temps. 40. Farce nouvelle, très bonne, de Folle Bobance' à quatre personnaiges, c'est assavoir : Folle Boban- œ, le premier Fol, gentilhomme ; le second Fol, mar- €hint$ le tters Fol, Uboureux. {i.FsrM ]a;eniC| IriiboDue, Ik deux nenooDi- ges, du Gmidissrar, qui se iBiitedeses faicu, etusg Sot, qui lui respont nu coulraire, c'est aasSToii ' U GsudisMur cl Je Sol. 43. Farce nauTCtlGi irti bgnne ei fart recreaiirc pour rire, des cris de Parii , â Irojs personoaigu, c'est asasToir : le premier Gallsai, leïecond Gailaai 43. Farce noaTelle du Fraac Archier de Bïigaa- 44. Parce jojeuse de Hiislre Mimin , k six per- soiiiioiges, c'est «ssasoir ; le Haîstre d'escolle; Mai sire Mimin, eatudiant; Raulel, sou père; La bi- ne, sa mère; Raoul Machue, et la Bru Uaisirelti- 45. Farce nouielie, très bonae et rorl joyenje, t iro;s persoimniges, de Pernetqui Ta A reseollaïc*»! ' assiToir : Pernei , la Htre , le Moistre. 1 46. Farce noufelle, LrËs tunne et fort joyeuse , i trovB porsonnuiges, c'eat agaaioir : la Uère, le Fili el 1 ExaminaleDC. 1 47. Farce nouvelle de Colin, fi II deTitavoi le Mai' I r«, qui vienl de HaplM et amène uu Tara priaooDier, à quatre perso nnaigea . c'est asaaioir: Tbeiot le ' Maire, CdIiii iod fliz, la Femme, le Pèlerin. 1 48. FHree nontella. h trois personnaiges. c'est as- ■ ■Bvoir: Tout Hesuaiga, BeungnefalGte, la Cbamb»- rïère qui est malade de plusieurs maladies, comme sousïEfrei ci-dedans, et leFol quitaicl du médecin [tour U guarir. 4g. Le Déliât delaHonrrisse el de laChamberière, k iroys persconaises, c'est assaioir : la Nourrisse, la Cbamberièro, Johannea. So. Farce noQselle des Cbamberières qui tout a la messe de cinq beures pour aloir de l'eaae tt- nisle, i quatre personnaiges, c'est assaioir : Domt- iie Johaunes, Troussetaqaeue, la Haurrice «tSiu- picquel. TOHB III.
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de Desespoir au gibet de Perdition , et Taultre se convertist à bien faire. Et est à treize personnages , c^est assavoir : le .Fol , Maintenant , Mignotte , Bon Âdvis, Instraction, Finet, premier enfant; Malduit, second enfant; Discipline , Jabien , Luxure, Honte, Desespoir, Perdition. 5a. Moralité nouvelle, contenant Comment Envie, au temps de Maintenant, Fait que les Frères que Bon Amour assemble Sont ennemis et ont discord ensemble , Dont les pisrens souffrent maint desplaisir, Au lieu d^avoir de leurs enfans plaisir. Mais à la fin Remort de conscience, Vueillant user de son art et science, Les fait renger en paix et union Et tout leur temps vivre en communion. A neuf personnaiges , c*est assavoir : le Preco , le Père, la Mère, le premier Filz, le second Filz, le tiers Filz, Amour Fraternel, Envie, et Remort de conscience. 53. Moralité nouvelle d'ung Empereur, qui tua son neveu qui avoit prins uue fille à force; et comment ledict Empereur estant au lict de la mort, la sainte Hostie lui fut apportée miraculeusement. Et est à dix personnaiges, c^est assavoir : TEmpereur, leCba|)- pelain, le Duc. le Conte, le Nepveu de TEmpereur, llSscuyer, Bertaut et Guillot, serviteurs du Nepveu ; la Fille violée, la Mère delà Fille, avec la sainte Hostie qui se présenta à l^Empereur. 54. Moralité ou bistoire roumaine d'une Femme qui avoit voulu trahir la cité de Romme , et com- ment sa Fille la nourrit six sepmaines de son lait eu prison , à cinq personnaiges , c'est assavoir : Ora~ clos, Valerius, le Sergent, la Mère et la Fille. 55. Farce nouvelle, fort joyeuse et morale, à qua- tre personnaiges, c^est assavoir : Bien Mondain, Honneur spirituel. Pouvoir Temporel, et la Femme. 56. Farce nouvelle, très bonne, morale et fort ioveuse, à troys personnaiges, c'est assavoir : Tout, Bien et Cbascon. 57. Bergerie nouvelle, fort joyeuse et morale, de Mieulx que devant, à quatre personnaiges, c'est as- savoir : Hieulx que devant. Plat Pays, Peuple pen- sif, et la Beripère. i8 58. Farce nouvelle moralisée des Gens Nouveai qui mangent le Monde «et le logent de mal en pii àqnatre personnaiges , c'est assavoir : le Prém Nouveau , le Second Nouveau , le Tiers Nouveau, le Monde. 59. Farce nouvelle à cinq personnaiges, c^est a savoir: Marchandise et Mestier, Pou d'Acquesl, Temps qui court , et Grosse Despense. 60. La vie et hysloyre du Maulvais Riche , à trei personnaiges, c'est assavoir : le Maulvais Riche, Femme du Maulvais Riche , le Ladre , le Prescbeu Trotemenu, Tripet, cuisinier; Dieu le Père. Rt phaél, Abraham, Lucifer, Sathan , Rahouart , Agra; part. 61. Farce nouvelle des Cinq Sens de THommi moralisée et fort joyeuse pour rire et recréative , est à sept personnaiges , c'est assavoir : THommf la Bouche, les Mains, les Yeulx, les Piedz, TOuj et le Cul. 6a. Débat du Corps et de VAme, 63. Moralité nouvelle, très bonne et très exce lente, de Charité, où est démontré les maulx q\ viennent aiijourdTiuy au Monde par faulte de charité à douze personnaiges; Je Monde, la Charité, Jeunesse Vieillesse, Tricherie, le Pouvre, le Religieux, 1 Mort, le Riche Avaricieux et sou Varlel, le Bon R che Vertueux, et le Fol. 64. Le Chevalier qui donna sa Femme au Dyabh à dix personnaiges, c'est assavoir : Dieu le Père Nostre Dame, Gabriel, Raphaël, le Chevalier, s Femme, Amaury , escuyer; Anthenor, escuyer; 1 Pipeur, et le Dyable. Le tome IV contient les œuvres dramatiques d'E- tienne Jodelle ; les Esbahis, de Jacques Grevin ; !< Reconnue, de Remy Belleau. Sous presse. Théâtre complet de Larivey. 2 vol. lofr Histoire de la uie et des ouvrages de CORNEILLG par M. J. Taschereau. 1 vol. . 5 fr
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Romans. elusîne , par Jehan d'Ârras ; nouyelle édition, publiée par M. Gh. Brunet. i Tol. 5 fr. Keproduction exacte de Pédition ori- ginale, de Genète, 1478, in-fol. Le Roman bourgeois^ ouvrage comique, par An- toine FuRETiÈRE. Nouyelle édition, avec des notes historiques et littéraires par M. Edouard FouRNiER, précédée d'une Notice par M. Ch. ÂSSELINEAU. 1 vol. 5 fr. Le Roman bourgeois^ décrié au XYII^ siècle par les ennemis de Tauteur, mal réimprimé au XVIII<», était à peine connu an XIX<». L'édition publiée par MM. Asselineau et Foumier a rétélé à nos contemporains un des litres les plus sensés, les plus amusants, les mieux écrits du siècle de Louis XIY, le plus précieux peut-être pour Téiude des mœurs bourgeoises et lit- téraires à cette époque. Six mois de la vie d'un jeune homme (1797), par ViOLLET LE Doc. 1 vol. 4 fr. Tiré à petit nombre pour la collection. Prix des exemplaires sur papier ordinaire, a fr. Les Ai^entures de Don Juan de Yargas , ra- contées par lui-même , traduites de Fespagnol sur le manuscrit inédit, par Charles Nayarin. 1 vol. 3 fr. Don Juan do Yargas a-t-ii existé ? Si tous lisez son ■itcle, nide 4'iiTaDtures et servi à aoubait. SbItci- le dus \n qun« parties du monde , so^et tAnoùi d< les hanta uiti d'amour et de guerre, toqs troareKk □n homme réel , qui a vu les lieai qu'il décrit ,'b^ sistè aui ivéïiements qu'il raconte, ud homme en chsir et en os autant qu'bomma du monde. — Si vous coosullei des critiques doués d'une pËaélrslien iucoateslable , le terrible avetltirier Dou Juan de Var- gag uriit un être imaginaire , cré6 de toutes pièces par nmagïuaire Cbarle^ Naiarïn. La question ainsi posée, s'est au public à la résoudre. Apr6s tout, n il » a bien de l'esprit, ce don Juan de Vargas. Il j i u de nmaginatioD et de la grâce dans ces aventuras ' apocrjpbes. " U. Jules Jauin , qui dit cela , parait ne point regretter les quelques beures emplojées I la lecture de ce livre. Hilopadéta, ou rinstruction utile, recueil d'apo- logues et de coDtes, traduit du sauscrii par M. Ed. Lancereau. i vol. 5 fr. ai Facéties. es quinze Joy es de mariage. Nouvel- ! le édition , conforme au manuscrit de lia Bibliothèque publique de Rouen, \ avec les variantes des anciennes édi- tions et des notes, i vol. 3 fr. Cet ouvrage si remarquable, qu'on attribue à l'au- teur du Petit Jean de Saintré, Antoine de la Sale , a toujours eu de nombreux admirateurs, au nombre des- quels se trouvent Rabelais et Molière. Il a été. im- primé plusieurs fois ; l'éditeur a recoQnu l'existence de quatre textes différents, tous plus ou moins tron- qués. En s*aidant des anciennes éditions et du ma- nuscrit de la Bibliothèque publique de Rouen , il est parvenu à rétablir le texte tel qu'il a dû sortir de la plume de l'auteur. Les variantes recueillies à la fin du volume justifient pleinement ce travail , et les notes placées au bas des pages rendent l'intelligence du texte facile aux personnes même les moins versées dans la connaissance de notre littérature du moyen &ge. La Noui^elle Fabrique des excellens traits de vérité, par Philippe d^ÀLCRiPE, sieur de Neri en Yerbos. Nouvelle édition, augmentée des KouveUes de la terre de Prestre Jehan, i vol. 4fir. Cet ouvrage » de la fin du seizième siècle, est le type et la source de ces nombreuses histoires où Texagération joue un si grand rôle. De ce volume Tiennent en droite ligne les Facétieux devis etpUUtMt contes du sieur d» Jf^n/inc/, les histoires de M. de Crac et de sa famille , et les célèbres Aventures du k§m de Mtinchausen. En somme, c'est un livre fort amusant, et qui fait connaître un des côtés de Tesprit railleur de nos pères. Le» Evangiles des Quenouilles^ i vol. 3 fr. Sous presse, OEuvres de Rabelais , seule édition confonae aux derniers textes revus par Tauteur, avec les variantes des anciennes éditions, des notes et un Glossaire . a vol. i o fr . Recueil gênerai des caquets de V accouchée. Nou- velle édition , revue sur les pièces originales , avec des notes littéraires et historiques , par MM. D. L. et Edouard FouRNiER. i vol. 5fr. Histoire. MjK^A istoire nota&le de la Floride, conte- Q ^M Hnant les trois voyages faits en icelle g B9 ^ par certains capitaines et pilotes fran- CrEKSçois, descritsparlecapitaineLAUtkON- HIËRE ; 4 laquelle a été ajouste ua Quatriesme v<^age , fait par le capitaine Gourgiies. i voliune. 5 fr. Cet ouvrage, pBrfailemïDl écrit, «st d'une lecture ■tlrayBDte, tout iniérËi bistorique mis il pari. Vt- ditian ancienne (Pirw, i5S6, in-8) est extrjmcnient rare, ei celle-tj, tirée â petit nombre, pourra le de- Tenir pronpieHieDt. Sous pretse. hes Aventures du baron de Faneste, par D AU' BIGNË. Edition revue et annotée par M. Pros- per HËRiMËB, de l'Académie française, i vo- lume. 5 f. Souvenira de madame de Caylua. i Tol. si^ariétês Itistoriquesellittérairet, re- eil de piic«s volantes rares et cu- n prose cl eu vers. Le voln- Sfr. Le i" lalume pariiUra dans la coursnl du inois de mars. Parmi les pièces qui cam|>iisciit les [irs- Diiers voliimea, nous dlerons les suivauics : Let Singeries des Fmames de ce temps deseauur- tes [i6a3] — Lb PoliM d«s Panrre», par 0. Noa- tsïgnc. — Le Bailet nou'eJevimi dansé ùFaniaioe- Ble^u par les Dames d'amour [ifiiSj. — Le Rcveil duCbai qui don, etc. lifiiE). — Lss Siatuls des H- loux. — Examen sur llnconuo. el noinelle Calialle ■ des frèi'es de la Roiêe-Croîi iiSu^l. — Les Entw- V tiens de quatre Femmes en leur Tayage k Charcuiao ' (tGJS). — Disloire espouiantable de deux Hepeieai qui ont elâeilranglez dans Paris, la MDiaiule sainK- — Plaidoyer pour les Laboureurs contre [esCeu d'armes (iGiâ) — La Cbasse et l'Amour i Ljsiilor (iBiT 1.— La Plainte des Amants contre les Aunnlffl et 11 ReuoEse des Amantes. — La Blonque des FillM - Facétieuse adioniure de deui Boor- sol, de ce temps (i6i3}. — Les plaisantes EfhraiB- rides et Prouosti ce lions 1res certaines pour sii si' nées, eiivofêes par le capitaine Ramonesa de I'M' ire monde (1619). — La Mine ecenléc des Dîmes d( CQunoisiede Paris, etc. (1619^ — Le Songe dor< de )a Pueelle. iIVRAGES BE DIFFÉRENTS FORMATS. Bibliographie ltonkaise duxt^ siècle, par M. A. Péricaud aîné. Nouy. édit. Lyouj imprimerie de Louis Perrio, 1851, in-8. 1>^ partie. 7 50 2* partie, in-8. 4 » 3* partie. 2 » BiiLiOTHECA scATOLOGicA, OU Gafalogue raisonné des livres traitant des vertus, faits et gestes de très noble et très ingénieux Messire Luc (à Re- bours], seigneur de la Chaise et autres lieux, mê- mement de ses descendants et autres personnages de lui issus. Ouvrage traduit du prussien et enri- chi de notes très congruantes au sujet , par trois ftavants enitô. fn-8. 10 » Catalogue de la bibliothèque lyonnaise de M. CosTE, rédigé et mis en ordre par Aimé Vinglri- nier, son bibliothécaire. Lyon^ 1853, 2 vol. gr. iD-8. (18,6il articles). 12 y> Catalogue des livres imprimés, manuscrits, estam- pes, dessins et cartes à jouer composant la biblio- thèque de M. C. Leber, avec des notes par le col- Jecteur. Tome lY, contenant le supplément et la table des auteurs et des livres anonymes. Paris, 1852. in-8. avec 6 fig. 8 » Grand papier, fis. col. 25 » Grand papier vélin, fig. col. • 30 » Catalogue des livres composant la bibliothèque poétique de M. Viollei le Duc , avec des notes. Pam, 18i3, in-8. 9 » Supplément au premier volume: Chansons» fabliaux , contes en vers et en prose , facéties, etc. Parts, 18i7, in-8. 5 i> Les deux volumes réunis. 12 » CnnoniOUK KT flvsTnrBE faicle el composée par revc- rend perc en Dinu Turpin, contenunt les proues- ses et faicli rtarmcs advcnuz en son temps du Ins roagnanime Ro; Chiirlemaigne, el de sun nepteu RaouUnd. {Parii, l83S,)iu-4. golh. A 2co1.,aTet Icltres inltinles fleuries et lourneurcs. 30 " Fap. de Hollande. 3S .. Dialogue (le) do pol et dd sage. {Paris, 1833,] pel. in 8. golh. 9 •• Pap. deHoll.fà 10e»en[ipl.). 12 o Pap. deChine(à4eiempl.). IS " DiALOGCE facelienx d'un genlilhomme françois se compbignant de l'amour, et d'un Berger i)ui, li^ trouvant dans un bocage, le reconrorU, partant à tuy en son pntois. Le tout fort plaisant. Metî, 1671(1847), in-16. oblong. 9 ■■ DicrionriAiRE pour l'intelligence des auteurs classl- Îjes, grecs el latins, tunt sacrés que proranes, par Fr [.bb.ilhier.Pans,1813,in-8.(l.37'etdern.). 6 v Dit (le) db uenage, piêre en vers, du \IV' siècla, Eublice pour la première Tois par M' ti.-S. Tro- utien. [Paris, 1835,) Jn-S. golh. 2 50 Pap. de Doll. 4 < Dit Ccn) daventcbes , piËce burlesque el satirique du XI 11' siècle, publiée pour la première fois par M. G. S.Trebulien. [Parié, 1835,] in-8. golh. 2 SO Pap. de Uoll. 4 » Essai synthétique sur l'origine el la Formation des langues (par Copincau), Paris, 1774, in-8. 4 » HisToiBR des campagnes d'Annibal en IUlic pen- dant la deuxième guerre punique, suivie d'un abrégé de la lactique des Romains el des Orccs. Fréd. Guillaume, général de brigade. MSm, 27 de rimpr. Royale , 1812, 3 vol. gr. în-4. et atlas de49 planch. gr. in-foi. 20 » Histoire DU Mexique, par Don Alvaro Tezozomoc, trad. sur un manuscrit inédit par U. Ternaux- Compans. Paris, 1853, 2 ?ol. in-8. 15 » Lai d'Ignaubès, en vers, du XII® siècle, par Re- naut, suivi des lais deMelion et du Trot, en vers, du XIIP siècle, publiés pour la première fois par MM. Monmerqué et Francisque Michel. Paris, 1832, gr. in-8. pap. ?él.,avec deux fao-simile co- lor. 9 » Pap. de Holl. 15 » Pap. de Chine. 15 » Lanternes (Les) , histoire de Tancien éclairage de Paris, par Edouard Fournier , suivie de la réim- Eression de quelques poèmes rares (Les nouvelles anternes, 1745. — Plaintes des filoux et écu- meurs de bourses contre nos<:eigneurs les réver- bères, 1769. — Les Ambulantes à la brune con- tre la dureté du temps , 1769. — Les Sultanes nocturnes, 1769). Paris, 1854, in-8. 2 fr. Lettre d'un gentilhomme portugais à un de ses amis de Lisbonne sur l'exécution d'Anne Boléro, publiée par M. Francisque Michel. Paris, 1832, pr. in-8. pap. vél. 3 • Litre (le) des légendes (Introduction) , par M. Le Roux de Lincy. Paris^ 1836, in-8. 3 » Pap. vélin. 6 » Manuel du libraire et de l'amateur de litres, par M. Jacq.-Ch. Brunet, quatrième édition ori> «nale. Paris, 1842-1844, 5 vol. gr. in-8. à 2 col. 100 » Moralité DE la tendition db Joseph, filz du pa- triarche Jacob; comment ses frères, esmeuz par envye, s'assemblèrent pour le faire mourir.... Parié, 1835, in-4. goth. format d'agenda, pap. 4» Bon. 36 » sonna g». Pan» mat d'agenda. Siheslre.ISSa in-4. goth.Tor- 12 > MOHALITÉ aoUÏBI-LIÎ DD B k douze personnages. [Pans. 1833,) pet, in 8 ^"pap. de Holl Pap. de Chin (à 10 e(à4 exempl.). exempl.). 13 - IS • in-*, gothique, lande. non DE DcKD. (P formai d'agenda aria . 1831 ,) pel papier de Hol- MrSIfeRB DE SAINT CrBSPIN ET SAINT CrESPINIEN, public pour la première fou, il'aprës un manu- scril conserTÉ aux archi*es du royaume, par L. Dcssalles et P. Chabaille. Paris, 1836, gr. in-8. orné d'un foc-sjmile. U " Pap. de Holl, (fac-timiie sur yèlih). 30 » Pap. de Chine. 30 » NoDTBiDi DocDMEnTs Inédit! ou peu connus sur Montaigne, recueillis et publics par le D- J.-F, Payen. In-8. de 68 pages, avec plusieurs /■««-«"- mto, l^r. pap, rergérorl. 3 » Grand papier vélin, fac-similé sur papier (lu XVI' siècle. (tE) occiTANiEN, OU choin de poésies ori- ginales des troubadours, lirées des mannscriti nationaux (publié par M. de Rochegude). Tou- louM, 1819, in-8. — Essai d'un glossaire occtla- nien pour servir à l'inlelligencc des poésies dci Troubadours (par le méioe). Touloian, 1819, în^. Les 2 vol. 10 » Pap, Tél. M - PoÉsiKa vBAKçoiaBa de J. G. Alione (d'Asti), compo- sée» de 1494àl^0; avec une notice bîot 29 Î[ae et bibliographique par M. J.-C. firanet. Paris, 836, pet. in-^. goth. orné d'un fac-similé, 15 » Pboybrbbs basques, recueillis (et publiés avec une traduction française) par Arnauld Oihènart ; sui- tIs des poésies basques du même auteur. Seconde édition, revue, corrigée, augmentée d^une tra- duction française des poésies et d'un appendice, et précédée d'une introduction bibliographique. Bordeaux, iM7 y inS. 10 » Rkcubil de réimpressions d'opuscules rares ou cu- rieux relatifs^ l'histoire des beaux-arts en France, publié par les soins de MM. T. Arnauldet, Paul Chéron, Anatole de Monlaiglon. fn-8. papier de Hollande (tirage à 100 exemplaires). I. Ladoyicns Henricus Lomenius,Brienn8e Cornes, de pinacotheca sua. 1 50 II. Vie de François Cbau^eau, graveur, et de ses deux fils, Evrard, peintre, et René, sculpteur, par J.-M. Pa- pillon. 3 50 Rblatiok des principaux événements de la vie de Salvaiog de Boissieu, premier président en la chambre des comptes de Dauphiné, suivie d'une critique de sa généalogie , et précédée d'une No- tice nistorique, par Alfred de Terrebasse. Lyon, imprim. de Louis Perrin, 1850, in-8. fig. 7 » BoHAN DB Mahombt, cu vcrs, du XIII* siècle, par Alex, du Pont, et livre de la loi au Sarrazin, en Êrose, du XIV* siècle, par Raymond Lui le; pu- Ûés pour la première fois, et accompagnés de noies, par MM. Reinaud et Francisque Michel. Paris, 1831, gr. in-8. pap. vél., avec deux /oc- iimik coloriés. 12 » EoKAir ob ul Violbttb ou de -Gérard de Nevers , en ▼ers, du XIII* siècle, par Gibert de Monlreuil, Ëlié pour la première fois par M. Francisque bel. Paris, 1834, gr. in-8. pap. vél. avec trois 3o fM-êimiU ei si\ gravures enlourées d'arabesqHa et lirces sur papier de Cliine. 36 " Pap, deCfiine. 60 " Roman [hsi du HETiAftT, publié d'après les manu- scrils lie la bibliolhcque àa Roi, par Mëun, 4 toI in-8. Gg. iS >■ " . pap. ïé!., Gg. avant la lellrc et i les. En papier ordinaire. 50 «  c le sapplëiDcnt ci- Kdmak d» Rbnakt (SD^plémcnl), publié d'après les manuscrits des bibliolbëques du Rui et de TAr- senal, avec variantes et correclions, par M. Cha- baille. Paris, 183S, in-8. avec fac-similé. 6 " Roman (Lk) de Robpbt lk DiAitE, en vers, du XIII' siècle, publié pour la première fois par G.-S. Tre- bulifti. Paria, 1837, pet. in-J.. goth. à deuï col., avec lettres tourneures et grar. en bois. 30 » Pap. deHoll. 30 » Pap. de Chine. 36 «  Et OMAN DD SaCNT 'après IL, public pour la çremii-re inuacril de la Bibliolhcque Royale, par Francisque Michel. Bordeaux, 1811, Iio»ANs(ti) de Bauduin deSebourc,llI* roy de Jhé- rusalem, pnème du XIV" siècle, publie pour la première fois d'après les manuscrits de la Uiblio- Ihèque Royale (par M. L. Boca). Valencimna, 184i,2ïol. gr.in-8. br. 28 » Tablb des auteurs, traducteurs, commentateurs, etc., avec les tilres des ouvrages anonymes, sui- vie des prix d'adjudiralion , des livres composaot la bibliothèque de M. le comte de La B'" (La Bé- doyèrc). Gr. in-8. pap.vél. 2 60 T*iLs des prix d'adjudication des livres coinpo 3i la bibliothèque de M. L*** (Libri). Paris, 1847, in-8. 1 50 Table des prix d*adjudicalion des livres composant la bibliothèque de M. 1. m. d. R. (du Boure). Pam, 1848, in-8. 1 25 Trésor des origines, ou dictionnaire granrtmalical raisonné de la langue française, parCh. Pougens. Paris, imp. roy., 1819, in*4. 6 » Pap. vél. 9 » Publications de la Société des Bibliophiles françois. Apparitiou (l*) de Jehan de Meun , ou le Songe du prieur de Salon , par Honoré Bonet. Paris^ 18i5, in-4. fig. 22 u Carrosses (les) à cinq sols, ou les Omnibus du XVII* siècle (par M. deMonmerqué). Paris, 1828,in-12. 2 » Jeux de cartes tarots et de cartes numérales du quatorzième au dix-huitième siècle , représentés en cent planches d'après les originaux , avec un précis historique et explicatif. Paris, 1844, pet. in-fol. Fig. noires* 72 » Fig. color. 120 » Méicagier (le) de Paris , traité de morale et d'éco- nomie domestique, composé vers 1393 par an bourgeois parisien. Paris, 1848, 2 vol. in-o^ap. fort. 2i » Mélanges de littérature et d'histoire. Paris, impr. Crapelet, 1850, pet. in-8. de XXllI et 363 pa- ges. 10 » L'Heptameron des Nouvelles de Marguerite d'Angodlêmb, Beine de Navarre, nouvelle édi- tion , publiée sur les manuscrits. 3 vol. pet. in-8. 36 » Grand papier. 72 » MANUEL I L'AMATEUR D'ESTAMP' COHSIDÉHATIONS SUR L'HISTOIRE DE LA QRIVUI PAK H, CH. LE Bf.ASC Du dtpurUmcnl ia Eilimpei as li BiblioUilque IwftnA ui vh*i;e DEbiai • f*iue ïcite m Manuel du Libraire cl de l'Amaleur de Livres caloniicB . ImmiiDtei lur pBpier tarft , ••(£ aïoiiatniBmci iùun diDi ]g IDIK. Le prii d> cbique liir. ni txt tilt.io c; Q i«  •ieCuinudci ctJuuau>i.33fl,r,


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