Lokis (novella)  

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“Have you never found yourself at the top of a tower, or even at the edge of a precipice, having at the same time a desire to throw yourself down into space, and a feeling of terror absolutely the reverse? . . .”

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Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.
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Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.

Lokis is a 1869 Prosper Mérimée horror fantasy novella. It was one of the last stories by Mérimée, started in July 1868 and published in the Revue des deux Mondes in September 1869. It is the tale of a man who, it would seem, is half bear and half man and enjoys feasting on human flesh. Walerian Borowczyk's film The Beast (1975) is based on this story. The story is notable for its discussions of comparative philology and the "imp of the perverse".

Contents

Plot

It is set in rural Lithuania. The plot revolves around a young man who is suspected to be half-human half-bear, since he was born after his mother was mauled (and, as believed by peasants, raped) by a bear. The title is a misspelling of Lithuanian lokys for "bear". As such, the plot may be classified into a werewolf theme. Through the novel, the protagonist, Michel/Lokis, manifests signs of animal-like behavior until he finally kills his bride by a bite to her throat and runs away into the forest on his wedding night. Some critics consider the tale to be an inversion of the Beauty and the Beast story, whereby the Beauty transforms a man into a Beast, rather than vice versa.

Film adaptations

See also

Full text in French

LE MANUSCRIT DU PROFESSEUR WITTEMBACH


I

Théodore, dit M. le professeur Wittembach, veuillez me donner ce cahier relié en parchemin, sur la seconde tablette, au-dessus du secrétaire ; non pas celui-ci, mais le petit in-octavo. C'est là que j'ai réuni toutes les notes de mon journal de 1866, du moins celles qui se rapportent au comte Szémioth.

Le professeur mit ses lunettes, et, au milieu du plus profond silence, lut ce qui suit :

LOKIS, avec ce proverbe lithuanien pour épigraphe :

"Miszka su Lokiu, Abu du tokiu".

Lorsque parut à Londres la première traduction des Saintes Écritures en langue lithuanienne, je publiai, dans la "Gazette scientifique et littéraire" de Koenigsberg, un article dans lequel, tout en rendant pleine justice aux efforts du docte interprète et aux pieuses intentions de la Société biblique, je crus devoir signaler quelques légères erreurs, et, de plus, je fis remarquer que cette version ne pouvait être utile qu'à une partie seulement des populations lithuaniennes. En effet, le dialecte dont on a fait usage n'est que difficilement intelligible aux habitants des districts où se parle la langue *jomaïtique*, vulgairement appelée "jmoude", je veux dire dans le palatinat de Samogitie, langue qui se rapproche du sanscrit encore plus peut-être que le haut lithuanien. Cette observation, malgré les critiques furibondes qu'elle m'attira de la part de certain professeur bien connu à l'Université de Dorpat, éclaira les honorables membres du conseil d'administration de la Société biblique, et il n'hésita pas à m'adresser l'offre flatteuse de diriger et de surveiller la rédaction de l'Évangile de saint Matthieu en samogitien. J'étais alors trop occupé de mes études sur les langues transouraliennes pour entreprendre un travail plus étendu qui eût compris les quatre Évangiles. Ajournant donc mon mariage avec mademoiselle Gertrude Weber, je me rendis à Kowno ("Kaunas"), avec l'intention de recueillir tous les monuments linguistiques imprimés ou manuscrits en langue jmoude que je pourrais me procurer, sans négliger, bien entendu, les poésies populaires, *daïnos*, les récits ou légendes, "pasakos", qui me fourniraient des documents pour un vocabulaire jomaïtique, travail qui devait nécessairement précéder celui de la traduction.

On m'avait donné une lettre pour le jeune comte Michel Szémioth, dont le père, à ce qu'on m'assurait, avait possédé le fameux "Catechismus Samogiticus" du père Lawiçki, si rare, que son existence même a été contestée, notamment par le professeur de Dorpat, auquel je viens de faire allusion. Dans sa bibliothèque se trouvait, selon les renseignements qui m'avaient été donnés, une vieille collection de daïnos, ainsi que des poésies dans l'ancienne langue prussienne. Ayant écrit au comte Szémioth pour lui exposer le but de ma visite, j'en reçus l'invitation la plus aimable de venir passer dans son château de Médintiltas tout le temps qu'exigeraient mes recherches. Il terminait sa lettre en me disant de la façon la plus gracieuse qu'il se piquait de parler le jmoude presque aussi bien que ses paysans, et qu'il serait heureux de joindre ses efforts aux miens pour une entreprise qu'il qualifiait de *grande* et d'intéressante. Ainsi que quelques-uns des plus riches propriétaires de la Lithuanie, il professait la religion évangélique, dont j'ai l'honneur d'être ministre. On m'avait prévenu que le comte n'était pas exempt d'une certaine bizarrerie de caractère, très hospitalier d'ailleurs, ami des sciences et des lettres, et particulièrement bienveillant pour ceux qui les cultivent. Je partis donc pour Médintiltas.

Au perron du château, je fus reçu par l'intendant du comte, qui me conduisit aussitôt à l'appartement préparé pour me recevoir.

- M. le comte, me dit-il, est désolé de ne pouvoir dîner aujourd'hui avec M. le professeur. Il est tourmenté de la migraine, maladie à laquelle il est malheureusement un peu sujet. Si M. le professeur ne désire pas être servi dans sa chambre, il dînera avec M. le docteur Froeber, médecin de madame la comtesse. On dîne dans une heure ; on ne fait pas de toilette. Si M. le professeur a des ordres à donner, voici le timbre.

Il se retira en me faisant un profond salut.

L'appartement était vaste, bien meublé, orné de glaces et de dorures. Il avait vue d'un côté sur un jardin ou plutôt sur le parc du château, de l'autre sur la grande cour d'honneur. Malgré l'avertissement : " On ne fait pas de toilette ", je crus devoir tirer de ma malle mon habit noir. J'étais en manches de chemise, occupé à déballer mon petit bagage, lorsqu'un bruit de voiture m'attira à la fenêtre qui donnait sur la cour. Une belle calèche venait d'entrer. Elle contenait une dame en noir, un monsieur et une femme vêtue comme les paysannes lithuaniennes, mais si grande et si forte, que d'abord je fus tenté de la prendre pour un homme déguisé. Elle descendit la première ; deux autres femmes, non moins robustes en apparence, étaient déjà sur le perron. Le monsieur se pencha vers la dame en noir, et, à ma grande surprise, déboucla une large ceinture de cuir qui la fixait à sa place dans la calèche. Je remarquai que cette dame avait de longs cheveux blancs fort en désordre, et que ses yeux, tout grands ouverts, semblaient inanimés : on eût dit une figure de cire. Après l'avoir détachée, son compagnon lui adressa la parole, chapeau bas, avec beaucoup de respect ; mais elle ne parut pas y faire la moindre attention. Alors, il se tourna vers les servantes en leur faisant un léger signe de tête. Aussitôt les trois femmes saisirent la dame en noir, et, en dépit de ses efforts pour s'accrocher à la calèche, elles l'enlevèrent comme une plume, et la portèrent dans l'intérieur du château. Cette scène avait pour témoins plusieurs serviteurs de la maison qui semblaient n'y voir rien que de très ordinaire.

L'homme qui avait dirigé l'opération tira sa montre et demanda si on allait bientôt dîner.

- Dans un quart d'heure, monsieur le docteur, lui répondit-on.

Je n'eus pas de peine à deviner que je voyais le docteur Froeber, et que la dame en noir était la comtesse. D'après son âge, je conclus qu'elle était la mère du comte Szémioth, et les précautions prises à son égard annonçaient assez que sa raison était altérée.

Quelques instants après, le docteur lui-même entra dans ma chambre.

- M. le comte étant souffrant, me dit-il, je suis obligé de me présenter moi-même, à M. le professeur. Le docteur Froeber, à vous rendre mes devoirs. Enchanté de faire la connaissance d'un savant dont le mérite est connu de tous ceux qui lisent la "Gazette scientifique et littéraire" de Koenigsberg. Auriez-vous pour agréable qu'on servît ?

Je répondis de mon mieux à ses compliments, et lui dis que, s'il était temps de se mettre à table, j'étais prêt à le suivre.

Dès que nous entrâmes dans la salle à manger, un maître d'hôtel nous présenta, selon l'usage du Nord, un plateau d'argent chargé de liqueurs et de quelques mets salés et fortement épicés propres à exciter l'appétit.

- Permettez-moi, monsieur le professeur, me dit le docteur, de vous recommander, en ma qualité de médecin, un verre de cette "starka", vraie eau-de-vie de Cognac, depuis quarante ans dans le fût. C'est la mère des liqueurs. Prenez un anchois de Drontheim, rien n'est plus propre à ouvrir et préparer le tube digestif, organe des plus importants... Et maintenant, à table ! Pourquoi ne parlerions-nous pas allemand ? Vous êtes de Koenigsberg, moi de Memel ; mais j'ai fait mes études à Iéna. De la sorte nous serons plus libres, et les domestiques, qui ne savent que le polonais et le russe, ne nous comprendront pas.

Nous mangeâmes d'abord en silence ; puis, après avoir pris un premier verre de vin de Madère, je demandai au docteur si le comte était fréquemment incommodé de l'indisposition qui nous privait aujourd'hui de sa présence.

- Oui et non, répondit le docteur ; cela dépend des excursions qu'il fait.

- Comment cela ?

- Lorsqu'il va sur la route de Rosienie, par exemple, il en revient avec la migraine et l'humeur farouche.

- Je suis allé à Rosienie moi-même sans pareil accident.

- Cela tient, monsieur le professeur, répondit-il en riant, à ce que vous n'êtes pas amoureux.

Je soupirai en pensant à mademoiselle Gertrude Weber.

- C'est donc à Rosienie, dis-je, que demeure la fiancée de M. le comte ?

- Oui, dans les environs. Fiancée ?... je n'en sais rien. Une franche coquette ! Elle lui fera perdre la tête, comme il est arrivé à sa mère.

- En effet, je crois que madame la comtesse est... malade ?

- Elle est folle, mon cher monsieur, folle ! Et le plus grand fou, c'est moi, d'être venu ici !

- Espérons que vos bons soins lui rendront la santé.

Le docteur secoua la tête en examinant avec attention la couleur d'un verre de vin de Bordeaux qu'il tenait à la main.

- Tel que vous me voyez, monsieur le professeur, j'étais chirurgien-major au régiment de Kalouga. A Sévastopol, nous étions du matin au soir à couper des bras et des jambes ; je ne parle pas des bombes qui nous arrivaient comme des mouches à un cheval écorché ; eh bien, mal logé, mal nourri, comme j'étais alors, je ne m'ennuyais pas comme ici, où je mange et bois du meilleur, où je suis logé comme un prince, payé comme un médecin de cour... Mais la liberté, mon cher monsieur !... Figurez-vous qu'avec cette diablesse on n'a pas un moment à soi !

- Y a-t-il longtemps qu'elle est confiée à votre expérience ?

- Moins de deux ans ; mais il y en a vingt-sept au moins qu'elle est folle, dès avant la naissance du comte. On ne vous a pas conté cela à Rosienie ni à Kowno ? Écoutez donc, car c'est un cas sur lequel je veux un jour écrire un article dans le "Journal médical de Saint-Pétersbourg". Elle est folle de peur...

- De peur ? Comment cela est-ce possible ?

- D'une peur qu'elle a eue. Elle est de la famille des Keystut... Oh ! dans cette maison-ci, on ne se mésallie pas. Nous descendons, nous, de Gédymin... Donc, monsieur le professeur, trois jours... ou deux jours après son mariage, qui eut lieu dans ce château où nous dînons ( à votre santé ! ),... le comte, le père de celui-ci, s'en va à la chasse. Nos dames lithianiennes sont des amazones, comme vous savez. La comtesse va aussi à la chasse... Elle reste en arrière ou dépasse les veneurs,... je ne sais lequel... Bon ! tout à coup le comte voit arriver bride abattue le petit cosaque de la comtesse, enfant de douze ou quatorze ans.

"- Maître, dit-il, un ours emporte la maîtresse !

"- Où cela ? dit le comte.

"- Par là, dit le petit cosaque.

" Toute la chasse accourt au lieu qu'il désigne ; point de comtesse ! Son cheval étranglé d'un côté, de l'autre sa pelisse en lambeaux. On cherche, on bat le bois en tout sens. Enfin un veneur s'écrit : " Voilà l'ours ! " En effet, l'ours traversait une clairière, traînant toujours la comtesse, sans doute pour aller la dévorer tout à son aise dans un fourré, car ces animaux-là sont sur leur bouche. Ils aiment, comme les moines, à dîner tranquilles. Marié de deux jours, le comte était fort chevaleresque, il voulait se jeter sur l'ours, le couteau de chasse au poing ; mais, mon cher monsieur, un ours de Lithuanie ne se laisse pas transpercer comme un cerf. Par bonheur, le porte- arquebuse du comte, un assez mauvais drôle, ivre ce jour-là à ne pas distinguer un lapin d'un chevreuil, fait feu de sa carabine à plus de cent pas, sans se soucier de savoir si la balle toucherait la bête ou la femme...

- Et il tua l'ours ?

- Tout raide. Il n'y a que les ivrognes pour ces coups-là. Il y a aussi les balles prédestinées, monsieur le professeur. Nous avons ici des sorciers qui en vendent à juste prix... La comtesse était fort égratignée, sans connaissance, cela va sans dire, une jambe cassée. On l'emporte, elle revient à elle ; mais la raison était partie. On la mène à Saint-Pétersbourg. Grande consultation, quatre médecins chamarrés de tous les ordres. Ils disent : " Madame la comtesse est grosse, il est probable que sa délivrance déterminera une crise favorable. Qu'on la tienne en bon air, à la campagne, du petit-lait, de la codéine... " On leur donne cent roubles à chacun. Neuf mois après, la comtesse accouche d'un garçon bien constitué ; mais la crise favorable ? ah bien, oui !... Redoublement de rage. Le comte lui montre son fils. Cela ne manque jamais son effet... dans les romans. " Tuez-le ! tuez la bête ! " qu'elle s'écrie ; peu s'en fallut qu'elle ne lui tordît le cou. Depuis lors, alternatives de folie stupide ou de manie furieuse. Forte propension au suicide. On est obligé de l'attacher pour lui faire prendre l'air. Il faut trois vigoureuses servantes pour la tenir. Cependant, monsieur le professeur, veuillez noter ce fait : quand j'ai épuisé mon latin auprès d'elle sans pouvoir m'en faire obéir, j'ai un moyen pour la calmer. Je la menace de lui couper les cheveux. Autrefois, je pense, elle les avait très beaux. La coquetterie ! voilà le dernier sentiment humain qui est demeuré. N'est-ce pas drôle ? Si je pouvais l'instrumenter à ma guise, peut-être la guérirais-je.

- Comment cela ?

- En la rouant de coups. J'ai guéri de la sorte vingt paysannes dans un village où s'était déclarée cette furieuse folie russe, le hurlement ; une femme se met à hurler, sa commère hurle. Au bout de trois jours, tout un village hurle. A force de les rosser, j'en suis venu à bout. ( Prenez une gélinotte, elles sont tendres. ) Le comte n'a jamais voulu que j'essayasse.

- Comment ! vous vouliez qu'il consentît à votre abominable traitement ?

- Oh ! il a si peu connu sa mère, et puis c'est pour son bien ; mais, dites-moi, monsieur le professeur, auriez-vous jamais cru que la peur pût faire perdre la raison ?

- La situation de la comtesse était épouvantable... Se trouver entre les griffes d'un animal si féroce !

- Eh bien, son fils ne lui ressemble pas. Il y a moins d'un an qu'il s'est trouvé exactement dans la même position, et, grâce à son sang-froid, il s'en est tiré à merveille.

- Des griffes d'un ours ?

- D'une ourse, et la plus grande qu'on ait vue depuis longtemps. Le comte a voulu l'attaquer l'épieu à la main. Bah ! d'un revers, elle écarte l'épieu, elle empoigne M. le comte et le jette par terre aussi facilement que je renverserais cette bouteille. Lui, malin, fait le mort... L'ourse, l'a flairé, flairé, puis, au lieu de le déchirer, lui donne un coup de langue. Il a eu la présence d'esprit de ne pas bouger, et elle a passé son chemin.

- L'ourse a cru qu'il était mort. En effet, j'ai ouï dire que ces animaux ne mangent pas les cadavres.

Il faut le croire et s'abstenir d'en faire l'expérience personnelle ; mais, à propos de peur, laissez-moi vous conter une histoire de Sévastopol. Nous étions cinq ou six autour d'une cruche de bière qu'on venait de nous apporter derrière l'ambulance du fameux bastion n° 5. La vedette crie : " Une bombe ! " Nous nous mettons tous à plat ventre ; non, pas tous : un nommé,... mais il est inutile de dire son nom,... un jeune officier qui venait de nous arriver resta debout, tenant son verre plein, juste au moment où la bombe éclata. Elle emporte la tête de mon pauvre camarade André Speranski, un brave garçon, et cassa la cruche ; heureusement, elle était à peu près vide. Quand nous nous relevâmes après l'explosion, nous voyons au milieu de la fumée notre ami qui avalait la dernière gorgée de sa bière, comme si de rien n'était. Nous le crûmes un héros. Le lendemain, je rencontre le capitaine Ghédéonof, qui sortait de l'hôopital. Il me dit : " Je dîne avec vous autres aujourd'hui, et, pour célébrer ma rentrée, je paye le champagne. " Nous nous mettons à table. Le jeune officier de la bière y était. Il ne s'attendait pas au champagne. On décoiffe une bouteille près de lui... Paf ! le bouchon vient le frapper à la tempe. Il pousse un cri et se trouve mal. Croyez que mon héros avait eu diablement peur la première fois, et que, s'il avait bu sa bière au lieu de se garer, c'est qu'il avait perdu la tête, et il ne lui restait plus qu'un mouvement machinal dont il n'avait pas conscience. En effet, monsieur le professeur, la machine humaine...

- Monsieur le docteur, dit un domestique en entrant dans la salle, la Jdanova dit que Mme la comtesse ne veut pas manger.

- Que le diable l'emporte ! grommela le docteur. J'y vais. Quand j'aurais fait manger ma diablesse, monsieur le professeur, nous pourrions, si vous l'aviez pour agréable, faire une petite partie à la préférence ou aux "douratchki" ?

Je lui exprimai mes regrets de mon ignorance, et, lorsqu'il alla voir sa malade, je passai dans ma chambre et j'écrivis à Mlle Gertrude.


II

La nuit était chaude, et j'avais laissé ouverte la fenêtre donnant sur le parc. Ma lettre écrite, ne me trouvant aucune envie de dormir, je me mis à repasser les verbes irréguliers lithuaniens et à rechercher dans le sanscrit les causes de leurs différentes irrégularités. Au milieu de ce travail qui m'absorbait, un arbre assez voisin de ma fenêtre fut violemment agité. J'entendis craquer des branches mortes, et il me sembla que quelque animal fort lourd essayait d'y grimper. Encore tout préoccupé des histoires d'ours que le docteur m'avait racontées, je me levai, non sans un certain émoi, et à quelques pieds de ma fenêtre, dans le feuillage de l'arbre, j'aperçus une tête humaine, éclairée en plein par la lumière de ma lampe. L'apparition ne dura qu'un instant, mais l'éclat singulier des yeux qui rencontrèrent mon regard me frappa plus que je ne saurais dire. Je fis involontairement un mouvement de corps en arrière, puis je courus à la fenêtre, et, d'un ton sévère, je demandai à l'intrus ce qu'il voulait. Cependant, il descendait en toute hâte, et, saisissant une grosse branche entre ses mains, il se laissa pendre, puis tomber à terre, et disparut aussitôt. Je sonnai ; un domestique entra. Je lui racontai ce qui venait de se passer.

- Monsieur le professeur se sera trompé sans doute.

- Je suis sûr de ce que je dis, repris-je Je crains qu'il n'y ait un voleur dans le parc.

- Impossible, monsieur.

- Alors, c'est donc quelqu'un de la maison ?

Le domestique ouvrait de grands yeux sans me répondre. A la fin, il me demanda si j'avais des ordres à lui donner. Je lui dis de fermer la fenêtre et je me mis au lit.

Je dormis fort bien, sans rêver d'ours ni de voleurs. Le matin, j'achevais ma toilette, quand on frappa à ma porte. J'ouvris et me trouvai en face d'un très grand et beau jeune homme, en robe de chambre boukhare, et tenant à la main une longue pipe turque.

- Je viens vous demander pardon, monsieur le professeur, dit-il, d'avoir si mal accueilli un hôte tel que vous. Je suis le comte Szémioth.

Je me hâtai de répondre que j'avais, au contraire, à le remercier humblement de sa magnifique hospitalité, et je lui demandai s'il était débarrassé de sa migraine.

- A peu près, dit-il. Jusqu'à une nouvelle crise, ajouta-t-il avec une expression de tristesse. Etes-vous tolérablement ici ? Veuillez vous rappeler que vous êtes chez les barbares. Il ne faut pas être difficile en Samogitie.

Je l'assurai que je me trouvais à merveille. Tout en lui parlant, je ne pouvais m'empêcher de le considérer avec une curiosité que je trouvais moi- même impertinente. Son regard avait quelque chose d'étrange qui me rappelait malgré moi celui de l'homme que la veille j'avais vu grimpé sur l'arbre...

- Mais quelle apparence, me disais-je, que M. le comte Szémioth grimpe aux arbres la nuit !

Il avait le front haut et bien développé, quoique un peu étroit. Ses traits étaient d'une grande régularité ; seulement, ses yeux étaient trop rapprochés, et il me sembla que, d'une glandule lacrymale à l'autre, il n'y avait pas la place d'un oeil, comme l'exige le canon des sculpteurs grecs. Son regard était perçant. Nos yeux se rencontrèrent plusieurs fois malgré nous, et nous les détournions l'un et l'autre avec un certain embarras. Tout à coup le comte éclatant de rire s'écria :

- Vous m'avez reconnu !

- Reconnu ?

- Oui, vous m'avez surpris hier, faisant le franc polisson.

- Oh ! monsieur le comte !...

- J'avais passé toute la journée très souffrant, enfermé dans mon cabinet. Le soir, me trouvant mieux, je me suis promené dans le jardin. J'ai vu de la lumière chez vous, et j'ai cédé à un mouvement de curiosité... J'aurais dû me nommer et me présenter, mais la situation était si ridicule... J'ai eu honte et je me suis enfui... Me pardonnerez-vous de vous avoir dérangé au milieu de votre travail ?

Tout cela était dit d'un ton qui voulait être badin ; mais il rougissait et était évidemment mal à son aise. Je fis tout ce qui dépendait de moi pour lui persuader que je n'avais gardé aucune impression fâcheuse de cette première entrevue, et, pour couper court à ce sujet, je lui demandai s'il était vrai qu'il possédât le Catéchisme samogitien du père Lawiçki ?

- Cela se peut ; mais, à vous dire la vérité, je ne connais pas trop la bibliothèque de mon père. Il aimait les vieux livres et les raretés. Moi, je ne lis guère que des ouvrages modernes ; mais nous chercherons, monsieur le professeur. Vous voulez donc que nous lisions l'Evangile en jmoude ?

- Ne pensez-vous pas, monsieur le comte, qu'une traduction des Ecritures dans la langue de ce pays ne soit très désirable ?

- Assurément ; pourtant, si vous voulez bien me permettre une petite observation, je vous dirai que, parmi les gens qui ne savent d'autre langue que le jmoude, il n'y en a pas un seul qui sache lire.

- Peut-être ; mais je demande à Votre Excellence la permission de lui faire remarquer que la plus grande des difficultés pour apprendre à lire, c'est le manque de livres. Quand les pays samogitiens auront un texte imprimé, ils voudront le lire, et ils apprendront à lire... C'est ce qui est arrivé déjà à bien des sauvages,... non que je veuille appliquer cette qualification aux habitants de ce pays... D'ailleurs, ajoutai-je, n'est-ce pas une chose déplorable qu'une langue disparaisse sans laisser de traces ? Depuis une trentaine d'années, le prussien n'est plus qu'une langue morte. La dernière personne qui savait le *cornique* est morte l'autre jour...

- Triste ! interrompit le comte. Alexandre de Humboldt racontait à mon père qu'il avait connu en Amérique un perroquet qui seul savait quelques mots de la langue d'une tribu aujourd'hui entièrement détruite par la petite vérole. Voulez-vous permettre qu'on apporte le thé ici ?

Pendant que nous prenions le thé, la conversation roula sur la langue jmoude. Le comte blâmait la manière dont les Allemands ont imprimé le lithuanien, et il avait raison.

- Votre alphabet, disait-il, ne convient pas à notre langue. Vous n'avez ni notre J, ni notre L, ni notre Y, ni notre E. J'ai une collection de "daïnos" publiée l'année passée à Koenigsberg, et j'ai toutes les peines du monde à deviner les mots, tant ils sont étrangement figurés.

- Votre excellence parle sans doute des daïnos de Lessner ?

- Oui. C'est de la poésie bien plate, n'est-ce pas ?

- Peut-être eût-il trouvé mieux. Je conviens que, tel qu'il est, ce recueil n'a qu'un intérêt purement philologique ; mais je crois qu'en cherchant bien, on parviendrait à recueillir des fleurs plus suaves parmi vos poésies populaires.

- Hélas ! j'en doute fort, malgré tout mon patriotisme.

- Il y a quelques semaines, on m'a donné à Wilno une ballade vraiment belle, de plus historique... La poésie en est remarquable... Me permettriez- vous de vous la lire ? Je l'ai dans mon portefeuille.

- Très volontiers.

Il s'enfonça dans son fauteuil après m'avoir demandé la permission de fumer.

- Je ne comprends la poésie qu'en fumant, dit-il.

- Cela est intitulé "les Trois Fils de Boudrys".

- "Les Trois Fils de Boudrys ?" s'écria le comte avec un mouvement de surprise.

- Oui. Boudrys, Votre Excellence le sait mieux que moi, est un personnage historique.

Le comte me regardait fixement avec son regard singulier. Quelque chose d'indéfinissable, à la fois timide et farouche, qui produisait une impression presque pénible, quand on n'y était pas habitué. Je me hâtai de lire pour y échapper. LES TROIS FILS DE BOUDRYS

" Dans la cour de son château, le vieux Boudrys appelle ses trois fils, trois vrais Lithuaniens comme lui. Il leur dit :

" - Enfants, faites manger vos chevaux de guerre, apprêtez vos selles ; aiguisez vos sabres et vos javelines. On dit qu'à Wilno la guerre est déclarée contre les trois coins du monde. Olgerd marchera contre les Russes ; Skirghello contre nos voisins les Polonais ; Keystut tombera sur les Teutons. Vous êtes jeunes, forts, hardis, allez combattre : que les dieux de la Lithuanie vous protègent ! Cette année, je ne ferai pas campagne, mais je veux vous donner un conseil. Vous êtes trois, trois routes s'ouvrent à vous.

" Qu'un de vous accompagne Olgerd en Russie, aux bords du lac Ilmen, sous les murs de Novgorod. Les peaux d'hermine, les étoffes brochées, s'y trouvent à foison. Chez les marchands autant de roubles que de glaçons dans le fleuve.

" Que le second suive Keystut dans sa chevauchée. Qu'il mette en pièces la racaille porte-croix ! L'ambre, là, c'est leur sable de mer ; leurs draps, par leur lustre et leurs couleurs, sont sans pareils. Il y a des rubis dans les vêtements de leurs prêtres.

" Que le troisième passe le Niémen avec Skirghello. De l'autre côté, il trouvera de vils instruments de labourage. En revanche, il pourra choisir de bonnes lances, de forts boucliers, et il m'en ramènera une bru.

" Les filles de Pologne, enfants, sont les plus belles de nos captives. Folâtres comme des chattes, blanches comme la crème ! sous leurs noirs sourcils, leurs yeux brillent comme deux étoiles. Quand j'étais jeune, il y a un demi-siècle, j'ai ramené de Pologne une belle captive qui fut ma femme. Depuis longtemps, elle n'est plus, mais je ne puis regarder de ce côté du foyer sans penser à elle ! "

" Il donne sa bénédiction aux jeunes gens, qui déjà sont armés et en selle. Ils partent ; l'automne vient, puis l'hiver... Ils ne reviennent pas. Déjà le vieux Boudrys les tient pour morts.

" Vient une tourmente de neige ; un cavalier s'approche, couvrant de sa bourka [5] noire quelques précieux fardeau.

" - C'est un sac, dit Boudrys. Il est plein de roubles de Novgorod ?...

" - Non, père. Je vous amène une bru de Pologne.

" Au milieu d'une tourmente de neige, un cavalier s'approche et sa bourka se gonfle sur quelque précieux fardeau.

" - Qu'est cela, enfant ? De l'ambre jaune d'Allemagne ?

" --Non, père. Je vous amène une bru de Pologne.

" La neige tombe en rafales ; un cavalier s'avance cachant sous sa bourka quelque fardeau précieux... Mais, avant qu'il ait montré son butin, Boudrys a convié ses amis à une troisième noce. "

- Bravo ! monsieur le professeur, s'écria le comte : vous prononcez le jmoude à merveille ; mais qui vous a communiqué cette jolie daïna ?

- Une demoiselle dont j'ai eu l'honneur de faire la connaissance à Wilno, chez la princesse Katazyna Paç.

--Et vous l'appelez ?

- La "panna Iwinska".

- Mlle Ioulka ! s'écria le comte. La petite folle ! J'aurais dû la deviner ! Mon cher professeur, vous savez le jmoude et toutes les langues savantes, vous avez lu tous les vieux livres ; mais vous vous êtes laissé mystifier par une petite fille qui n'a lu que des romans. Elle vous a traduit, en jmoude plus ou moins correct, une des jolies ballades de Miçkiewicz, que vous n'avez pas lue, parce qu'elle n'est pas plus vieille que moi. Si vous le désirez, je vais vous la montrer en polonais, ou, si vous préférez une excellente traduction russe, je vous donnerai Pouchkine.

J'avoue que je demeurai tout interdit. Quelle joie pour le professeur de Dropat, si j'avais publié comme originale la daïna des fils de Boudrys !

Au lieu de s'amuser de mon embarras, le comte, avec une exquise politesse, se hâta de détourner la conversation.

- Ainsi, dit-il, vous connaissez Mlle Ioulka ?

- J'ai eu l'honneur de lui être présenté.

- Et qu'en pensez-vous ? Soyez franc.

- C'est une demoiselle fort aimable.

- Cela vous plaît à dire.

- Elle est très jolie.

- Hon !

- Comment ! n'a-t-elle pas les plus beaux yeux du monde ?

- Oui...

- Une peau d'une blancheur vraiment extraordinaire ?... Je me rappelle un ghazel persan où un amant célèbre la finesse de la peau de sa maîtresse. " Quand elle boit du vin rouge, dit-il, on le voit passer le long de sa gorge. " La *panna* Iwinska m'a fait penser à ces vers persans.

- Peut-être Mlle Ioulka présente-t-elle ce phénomène ; mais je ne sais trop si elle a du sang dans les veines... Elle n'a point de coeur... Elle est blanche comme la neige et froide comme elle !...

Il se leva et se promena quelque temps par la chambre sans parler, et, comme il me semblait, pour cacher son émotion ; puis, s'arrêtant tout à coup :

- Pardon, dit-il ; nous parlions, je crois, de poésies populaires...

- En effet, monsieur le comte.

- Il faut convenir après tout qu'elle a très joliment traduit Miçkiewicz... " Folâtre comme une chatte,... blanche comme la crème,... ses yeux brillent comme deux étoiles... " C'est son portrait. Ne trouvez-vous pas ?

- Tout à fait, monsieur le comte.

- Et quant à cette espièglerie... très déplacée sans doute... la pauvre enfant s'ennuie chez une vieille tante... Elle mène une vie de couvent.

- A Wilno, elle allait dans le monde. Je l'ai vue dans un bal donné pour les officiers du régiment de...

- Ah oui, de jeunes officiers, voilà la société qui lui convient ! Rire avec l'un, médire avec l'autre, faire des coquetteries à tous... Voulez-vous voir la bibliothèque de mon père, monsieur le professeur ?

Je le suivis jusqu'à une grande galerie où il y avait beaucoup de livres bien reliés, mais rarement ouverts, comme on pouvait en juger à la poussière qui en couvrait les tranches. Qu'on juge de ma joie lorsqu'un des premiers volumes que je tirai d'une armoire se trouva être le *Catechismus Samogiticus* ! Je ne pus m'empêcher de jeter un cri de plaisir. Il faut qu'une sorte de mystérieuse attraction exerce son influence à notre insu... Le comte prit le livre, et, après l'avoir feuilleté négligemment, écrivit sur la garde : *A M. le professeur Wittembach, offert par Michel Szémioth.* Je ne saurais exprimer ici le transport de ma reconnaissance, et je me promis mentalement qu'après ma mort ce livre précieux ferait l'ornement de la bibliothèque de l'université où j'ai pris mes grades.

- Veuillez considérer cette bibliothèque comme votre cabinet de travail, me dit le comte, vous n'y serez jamais dérangé.


III

Le lendemain, après le déjeuner, le comte me proposa de faire une promenade. Il s'agissait de visiter un *kapas* ( c'est ainsi que les Lithuaniens appellent les tumulus auxquels les Russes donnent le nom de *kourgâne* ) très célèbre dans le pays, parce qu'autrefois les poètes et les sorciers, c'était tout un, s'y réunissaient en certaines occasions solennelles.

- J'ai, me dit-il, un cheval fort doux à vous offrir ; je regrette de ne pouvoir vous mener en calèche ; mais, en vérité, le chemin où nous allons nous engager n'est nullement carrossable.

J'aurais préféré demeurer dans la bibliothèque à prendre des notes, mais je ne crus pas devoir exprimer un autre désir que celui de mon généreux hôte, et j'acceptai. Les chevaux nous attendaient au bas du perron ; dans la cour, un valet tenait un chien en laisse. Le comte s'arrêta un instant, et, se tournant vers moi :

- Monsieur le professeur, vous connaissez-vous en chiens ?

- Fort peu, Votre Excellence.

- La staroste de Zorany, où j'ai une terre, m'envoie cet épagneul, dont il dit merveille. Permettez-vous que je le voie ? Il appela le valet, qui lui amena le chien. C'était une fort belle bête. Déjà familiarisé avec cet homme, le chien sautait gaiement et semblait plein de feu ; mais, à quelques pas du comte, il mit la queue entre les jambes, se rejeta en arrière et parut frappé d'une terreur subite. Le comte le caressa, ce qui le fit hurler d'une façon lamentable, et, après l'avoir considéré quelque temps avec l'oeil d'un connaisseur, il dit :

- Je crois qu'il sera bon. Qu'on en ait soin.

Puis il se mit en selle.

- Monsieur le professeur, me dit le comte, dès que nous fûmes dans l'avenue du château, vous venez de voir la peur de ce chien. J'ai voulu que vous en fussiez témoin par vous-même... En votre qualité de savant, vous devez expliquer les énigmes... Pourquoi les animaux ont-ils peur de moi ?

- En vérité, monsieur le comte, vous me faites l'honneur de me prendre pour un OEdipe. Je ne suis qu'un pauvre professeur de linguistique comparée. Il se pourrait...

- Notez, interrompit-il, que je ne bats jamais les chevaux ni les chiens. Je me ferais scrupule de donner un coup de fouet à une pauvre bête qui fait une sottise sans le savoir. Pourtant, vous ne sauriez croire l'aversion que j'inspire aux chevaux et aux chiens. Pour les habituer à moi, il me faut deux fois plus de peine et deux fois plus de temps que n'en mettrait un autre. Tenez, le cheval que vous montez, j'ai été longtemps avant de le réduire ; maintenant, il est doux comme un mouton.

- Je crois, monsieur le comte, que les animaux sont physionomistes, et qu'ils découvrent tout de suite si une personne qu'ils voient pour la première fois a ou non du goût pour eux. Je soupçonne que vous n'aimez les animaux que pour les services qu'ils vous rendent ; au contraire, quelques personnes ont une partialité naturelles pour certaines bêtes, qui s'en aperçoivent à l'instant. Pour moi, par exemple, j'ai, depuis mon enfance, une prédilection instinctive pour les chats. Rarement ils s'enfuient quand je m'approche pour les caresser ; jamais un chat ne m'a griffé.

- Cela est fort possible, dit le comte. En effet, je n'ai pas ce qui s'appelle du goût pour les animaux... Ils ne valent guère mieux que les hommes... Je vous mène, monsieur le professeur, dans une forêt où, à cette heure, existe florissant l'empire des bêtes, la *matecznik*, la grande matrice, la grande fabrique des êtres. Oui, selon nos traditions nationales, personne n'en a sondé les profondeurs, personne n'a pu atteindre le centre de ces bois et de ces marécages, excepté, bien entendu, MM. les poètes et les sorciers, qui pénètrent partout. Là vivent en république les animaux... ou sous un gouvernement constitutionnel, je ne saurais dire lequel des deux. Les lions, les ours, les élans, les *joubrs*, ce sont nos urus, tout cela fait très bon ménage. Le mammouth, qui s'est conservé là, jouit d'une grande considération. Il est, je crois, maréchal de la diète. Ils ont une police très sévère, et, quand ils trouvent quelque bête vicieuse, ils la jugent et l'exilent. Elle tombe alors de fièvre en chaud mal. Elle est obligée de s'aventurer dans le pays des hommes. Peu en réchappent.

- Fort curieuse légende, m'écriai-je ; mais, monsieur le comte, vous parlez de l'urus ; ce noble animal que César a décrit dans ses *Commentaires*, et que les rois mérovingiens chassaient dans la forêt de Compiègne, existe-t-il réellement encore en Lithuanie, ainsi que je l'ai ouï dire ?

- Assurément. Mon père a tué lui-même un joubr, avec une permission du gouvernement, bien entendu. Vous avez pu en voir la tête dans la grande salle. Moi, je n'en ai jamais vu, je crois que les joubrs sont très rares. En revanche, nous avons ici des loups et des ours à foison. C'est pour une rencontre possible avec un de ces messieurs que j'ai apporté cet instrument ( il montrait une "tchékole" circassienne qu'il avait en bandoulière ), et mon groom porte à l'arçon une carabine à deux coups.

Nous commencions à nous engager dans la forêt. Bientôt le sentier fort étroit que nous suivions disparut. A tout moment, nous étions obligé de tourner autour d'arbres énormes, dont les branches basses nous barraient le passage. Quelques-uns, morts de vieillesse et renversés, nous présentaient comme un rempart couronné par une ligne de chevaux de frise impossible à franchir. Ailleurs, nous rencontrions des mares profondes couvertes de nénuphars et de lentilles d'eau. Plus loin, nous voyions des clairières dont l'herbe brillait comme des émeraudes ; mais malheur à qui s'y aventurerait, car cette riche et trompeuse végétation cache d'ordinaire des gouffres de boue où cheval et cavalier disparaîtraient à jamais... Les difficultés de la route avaient interrompu notre conversation. Je mettais tous mes soins à suivre le comte, et j'admirais l'imperturbable sagacité avec laquelle il se guidait sans boussole, et retrouvait toujours la direction idéale qu'il fallait suivre pour arriver au kapas. Il était évident qu'il avait longtemps chassé dans ces forêts sauvages.

Nous aperçûmes enfin le tumulus au centre d'une large clairière. Il était fort élevé, entouré d'un fossé encore bien reconnaissable malgré les broussailles et les éboulements. Il paraît qu'on l'avait déjà fouillé. Au sommet, je remarquai les restes d'une construction en pierres, dont quelques-unes étaient calcinées. Une quantité notable de cendres mêlées de charbon et çà et là des tessons de poteries grossières attestaient qu'on avait entretenu du feu au sommet du tumulus pendant un temps considérable. Si on ajoute foi aux traditions vulgaires, des sacrifices humains auraient été célébrés autrefois sur les kapas ; mais il n'y a guère de religion éteinte à laquelle on n'ait imputé ces rites abominables, et je doute qu'on pût justifier pareille opinion à l'égard des anciens Lithuaniens par des témoignages historiques.

Nous descendions le tumulus, le comte et moi, pour retrouver nos chevaux, que nous avions laissés de l'autre côté du fossé, lorsque nous vîmes s'avancer vers nous une vieille femme s'appuyant sur un bâton et tenant une corbeille à la main.

- Mes bons seigneurs, nous dit-elle en nous joignant, veuillez me faire la charité pour l'amour du bon Dieu. Donnez-moi de quoi acheter un verre d'eau-de-vie pour réchauffer mon pauvre corps.

Le comte lui jeta une pièce d'argent et lui demanda ce qu'elle faisait dans le bois, si loin de tout endroit habité. Pour toute réponse, elle lui montra son panier, qui était rempli de champignons. Bien que mes connaissances en botanique soient fort bornées, il me sembla que plusieurs de ces champignons appartenaient à des espèces vénéneuses.

- Bonne femme, lui dis-je, vous ne comptez pas, j'espère, manger cela ?

- Mon bon seigneur, répondit la vieille avec un sourire triste, les pauvres gens mangent tout ce que le bon Dieu leur donne.

- Vous ne connaissez pas nos estomacs lithuaniens, reprit le comte ; ils sont doublés de fer-blanc. Nos paysans mangent tous les champignons qu'ils trouvent, et ne s'en portent que mieux.

- Empêchez-la du moins de goûter de l'"agaricus necator", que je vois dans son panier, m'écriai-je.

Et j'étendis la main pour prendre un champignon des plus vénéneux ; mais la vieille retira vivement le panier.

- Prends garde, dit-elle d'un ton d'effroi ; ils sont gardés... Pirkuns ! Pirkuns !

Pirkuns, pour le dire en passant, est le nom samogitien de la divinité que les Russes appellent Péroune ; c'est le Jupiter *tonans* des Slaves. Si je fus surpris d'entendre la vieille invoquer un dieu du paganisme, je le fus bien davantage de voir les champignons se soulever. La tête noire d'un serpent en sortit et s'éleva d'un pied au moins hors du panier. Je fis un saut en arrière, et le comte cracha par-dessus son épaule selon l'habitude superstitieuse des Slaves, qui croient détourner ainsi les maléfices, à l'exemple des anciens Romains. La vieille posa le panier à terre, s'accroupit à côté ; puis, la main étendue vers le serpent, elle prononça quelques mots inintelligibles qui avaient l'air d'une incantation. Le serpent demeura immobile pendant une minute ; puis, s'enroulant autour du bras décharné de la vieille, disparut dans la manche de sa capote en peau de mouton, qui, avec une mauvaise chemise, composait, je crois, tout le costume de cette Circé lithuanienne. La vieille nous regardait avec un petit rire de triomphe, comme un escamoteur qui vient d'exécuter un tour difficile. Il y avait dans sa physionomie ce mélange de finesse et de stupidité qui n'est pas rare chez les prétendus sorciers, pour la plupart à la fois dupes et fripons.

- Voici, me dit le comte en allemand, un échantillon de couleur locale ; une sorcière qui charme un serpent, au pied d'un kapas, en présence d'un savant professeur et d'un ignorant gentilhomme lithuanien. Cela ferait un joli sujet de tableau de genre pour votre compatriote Knauss... Avez-vous envie de vous faire tirer votre bonne aventure ? Vous avez ici une belle occasion.

Je lui répondis que je me garderais bien d'encourager de semblables pratiques.

- J'aime mieux, ajoutai-je, lui demander si elle ne sait pas quelque détail sur la curieuse tradition dont vous m'avez parlé.

- Bonne femme, dis-je à la vieille, n'as-tu pas entendu parler d'un canton de cette forêt où les bêtes vivent en communauté, ignorant l'empire de l'homme ?

La vieille fit un signe de tête affirmatif, et, avec son petit rire moitié niais, moitié malin :

- J'en viens, dit-elle. Les bêtes ont perdu leur roi. Noble, le lion est mort ; les bêtes vont élire un autre roi. Vas-y, tu seras roi, peut-être.

- Que dis-tu là, la mère ? s'écria le comte éclatant de rire. Sais-tu bien à qui tu parles ? Tu ne sais donc pas que monsieur est... ( comment diable dit-on un professeur en jmoude ? ) monsieur est un grand savant, un sage, un "waidelote".

La vieille le regarda avec attention.

- J'ai tort, dit-elle ; c'est toi qui dois aller là-bas. Tu seras leur roi, non pas lui ; tu es grand, tu es fort, tu as griffes et dents...

- Que dites-voous des épigrammes qu'elle nous décoche ? me dit le comte.

- Tu sais le chemin, ma petite mère ? lui demanda-t-il.

Elle lui indiqua de la main une partie de la forêt.

- Oui-da ? reprit le comte, et le marais, comment fais-tu pour le traverser ?

- Vous saurez, monsieur le professeur, que du côté qu'elle indique est un marais infranchissable, un lac de boue liquide recouvert d'herbe verte. L'année dernière, un cerf blessé par moi s'est jeté dans ce marécage. Je l'ai vu s'enfoncer lentement, lentement... Au bout de deux minutes, je ne voyais plus que son bois ; bientôt tout a disparu, et deux de mes chiens avec lui.

- Mais, moi, je ne suis pas lourde, dit la vieille en ricanant.

- Je crois que tu traverses le marécage sans peine, sur un manche à balai.

Un éclair de colère brilla dans les yeux de la vieille.

- Mon bon seigneur, dit-elle en reprenant le ton traînant et nasillard des mendiants, n'aurais-tu pas une pipe de tabac à donner à une pauvre femme ?

- Tu ferais mieux, ajouta-t-elle en baissant la voix, de chercher le passage du marais, que d'aller à Dowghielly.

- Dowghielly ! s'écria le comte en rougissant. Que veux-tu dire ?

Je ne pus m'empêcher de remarquer que ce mot produisait sur lui un effet singulier. Il était évidemment embarrassé ; il baissa la tête, et, afin de cacher son trouble, se donna beaucoup de peine pour ouvrir son sac à tabac, suspendu à la poignée de son couteau de chasse.

- Non, ne va pas à Dowghielly, reprit la vieille. La petite colombe blanche n'est pas ton fait.

- N'est-ce pas, Pirkuns ?

En ce moment, la tête du serpent sortit par le collet de la vieille capote et s'allongea jusqu'à l'oreille de sa maîtresse. Le reptile, dressé sans doute à ce manège, remuait les mâchoires comme s'il parlait.

- Il dit que que j'ai raison, ajouta la vieille.

Le comte lui mit dans la main une poignée de tabac.

- Tu me connais ? lui demanda-t-il.

- Non, mon bon seigneur.

- Je suis le propriétaire de Médintiltas. Viens me voir un de ces jours. Je te donnerai du tabac et de l'eau-de-vie.

La vieille lui baisa la main, et s'éloigna à grands pas. En un instant nous l'eûmes perdue de vue. Le comte demeura pensif, nouant et dénouant les cordons de son sac, sans trop savoir ce qu'il faisait.

- Monsieur le professeur, me dit-il après un assez long silence, vous allez vous moquer de moi. Cette vieille drôlesse me connaît mieux qu'elle ne le prétend, et le chemin qu'elle vient de me montrer... Après tout, il n'y a rien de bien étonnant dans tout cela. Je suis connu dans le pays comme le loup blanc. La coquine m'a vu plus d'une fois sur le chemin du château de Dowghielly... Il y a là une demoiselle à marier : elle a conclu que j'en étais amoureux... Puis quel joli garçon lui aura graissé la patte pour qu'elle m'annonçât sinistre aventure... Tout cela saute aux yeux ; pourtant,... malgré moi, ses paroles me touchent. J'en suis presque effrayé... Vous riez et vous avez raison... La vérité est que j'avais projeté d'aller demander à dîner au château de Dowghielly, et maintenant j'hésite... Je suis un grand fou ! Voyons, monsieur le professeur, décidez vous-même. Irons-nous ?

- Je me garderai bien d'avoir un avis, lui répondis-je, en riant. En matière de mariage, je ne donne jamais de conseil.

Nous avions rejoint nos chevaux. Le comte sauta lestement en selle, et, laissant tomber les rênes, il s'écria :

- Le cheval choisira pour nous !

Le cheval n'hésita pas ; il entra sur-le-champ dans un petit sentier qui, après plusieurs détours, tomba dans une route ferrée, et cette route menait à Dowghielly. Une demi-heure après, nous étions au perron du château.

Au bruit que firent nos chevaux, une jolie tête blonde se montra à une fenêtre entre deux rideaux. Je reconnus la perfide traductrice de Miçkiewicz.

- Soyez le bienvenu ! dit-elle. Vous ne pouviez venir plus à propos, comte Szémioth. Il m'arrive à l'instant une robe de Paris. Vous ne me reconnaîtrez pas, tant je serai belle.

Les rideaux se refermèrent. En montant le perron, le comte disait entre ses dents :

- Assurément, ce n'est pas pour moi qu'elle étrennait cette robe.

Il me présenta à Mme Dowghiello, la tante de la "panna Iwinska", qui me reçut obligeamment et me parla de mes derniers articles dans la "Gazette scientifique et littéraire" de Koenigsberg.

- M. le professeur, dit le comte, vient se plaindre à vous de Mlle Julienne, qui lui a joué un tour très méchant.

- C'est une enfant, monsieur le professeur. Il faut lui pardonner. Souvent elle me désespère avec ses folies. A seize ans, moi, j'étais plus raisonnable qu'elle ne l'est à vingt ; mais c'est une bonne fille au fond, et elle a toutes les qualités solides. Elle est très bonne musicienne, elle peint divinement les fleurs, elle parle également bien le français, l'allemand, l'italien... Elle brode...

- Et elle fait des vers jmoudes ! ajouta le comte en riant.

- Elle en est incapable ! s'écria Mme Dowghiello, à qui il fallut expliquer l'espièglerie de sa nièce.

Mme Dowghiello était instruite et connaissait les antiquités de son pays. Sa conversation me plut singulièrement. Elle lisait beaucoup nos revues allemandes, et avait des notions très saines sur la linguistique. J'avoue que je ne m'aperçus pas du temps que Mlle Iwinska mit à s'habiller ; mais il parut long au comte Szémioth, qui se levait, se rasseyait, regardait à la fenêtre, et tambourinait de ses doigts sur les vitres comme un homme qui perd patience.

Enfin, au bout de trois quarts d'heure parut, suivie de sa gouvernante française, Mlle Julienne, portant avec grâce et fierté une robe dont la description exigerait des connaissances bien supérieures aux miennes.

- Ne suis-je pas belle ? demanda-t-elle au comte en tournant lentement sur elle-même pour qu'il pût la voir de tous les côtés.

Elle ne regardait ni le comte ni moi, elle regardait sa robe.

- Comment, Ioulka, dit Mme Dowghiello, tu ne dis pas bonjour à M. le professeur, qui se plaint de toi ?

- Ah ! monsieur le professeur ! s'écria-t-elle avec une petite moue charmante, qu'ai-je donc fait ? Est-ce que vous allez me mettre en pénitence ?

- Nous nous y mettrions nous-mêmes, mademoiselle, lui répondis-je, si nous nous privions de votre présence. Je suis loin de me plaindre ; je me félicite, au contraire, d'avoir appris, grâce à vous, que la muse lithuanienne renaît plus brillante que jamais.

Elle baissa la tête, et, mettant ses mains devant son visage, en prenant soin de ne pas déranger ses cheveux :

- Pardonnez-moi, je ne le ferai plus ! dit-elle du ton d'un enfant qui vient de voler des confitures.

- Je ne vous pardonnerai, chère Pani, lui dis-je, que lorsque vous aurez rempli certaine promesse que vous avez bien voulu me faire à Wilno, chez la princesse Katazyna Paç.

- Quelle promesse ? dit-elle, relevant la tête en riant.

- Vous l'avez déjà oubliée ? Vous m'avez promis que, si nous nous rencontrions en Samogitie, vous me feriez voir une certaine danse du pays dont vous disiez merveille.

- Oh ! la roussalka ! J'y suis ravissante, et voilà justement l'homme qu'il me faut.

Elle courut à une table où il y avait des cahiers de musique, en feuilleta un précipitamment, le mit sur le pupitre d'un piano, et, s'adressant à sa gouvernante :

- Tenez, chère âme, *allegro presto*.

Et elle joua elle-même, sans s'asseoir, la ritournelle pour indiquer le mouvement.

- Avancez ici, comte Michel ; vous êtres trop Lithuanien pour ne pas bien danser la roussala ;... mais dansez comme un paysan, entendez-vous ?

Mme Dowghiello essaya d'une remontrance, mais en vain. Le comte et moi, nous insistâmes. Il avait ses raisons, car son rôle dans ce pas était des plus agréables, comme l'on verra bientôt. La gouvernante, après quelques essais, dit qu'elle croyait pouvoir jouer cette espèce de valse, quelque étrange qu'elle fût, et Mlle Iwinsa, ayant rangé quelques chaises et une table qui auraient pu la gêner, prit son cavalier par le collet de l'habit et l'amena au milieu du salon.

- Vous saurez, monsieur le professeur, que je suis une roussalka, pour vous servir.

Elle fit une grande révérence.

- Une roussalka est une nymphe des eaux. Il y en a une dans toutes ces mares pleines d'eau noire qui embellissent nos forêts. Ne vous en approchez pas ! La roussalka sort, encore plus jolie que moi, si c'est possible ; elle vous emporte au fond où, selon toute apparence, elle vous croque...

- Une vraie sirène ! m'écriai-je.

- Lui, continua Mlle Iwinska en montrant le comte Szémioth, est un jeune pêcheur, fort niais, qui s'expose à mes griffes, et moi, pour faire durer le plaisir, je vais le fasciner en dansant un peu autour de lui... Ah ! mais, pour bien faire, il me faudrait un sarafrane [10]. Quel dommage !... Vous voudrez bien excuser cette robe, qui n'a pas de caractère, pas de couleur locale... Oh ! et j'ai des souliers ! impossible de danser la roussalka avec des souliers !... et à talons encore !

Elle souleva sa robe, et, secouant avec beaucoup de grâce un joli petit pied, au risque de montrer un peu sa jambe, elle envoya son soulier au bout du salon. L'autre suivit le premier, et elle resta sur le parquet avec ses bas de soie.

- Tout est prêt, dit-elle à la gouvernante.

Et la danse commença.

La roussalka tourne et retourne autour de son cavalier. Il étend les bras pour la saisir, elle passe par-dessous lui et lui échappe. Cela est très gracieux, et la musique a du mouvement et de l'originalité. La figure se termine lorsque, le cavalier croyant saisir la roussalka pour lui donner un baiser, elle fait un bond, le frappe sur l'épaule, et il tombe à ses pieds comme mort... Mais le comte improvisa une variante, qui fut d'étreindre l'espiègle dans ses bras et de l'embrasser bel et bien. Mlle Iwinska poussa un petit cri, rougit beaucoup et alla tomber sur un canapé d'un air boudeur, en se plaignant qu'il l'eût serrée comme un ours qu'il était. Je vis que la comparaison ne plut pas au comte, car elle lui rappelait un malheur de famille ; son front se rembrunit. Pour moi, je remerciai vivement Mlle Iwinska, et donnai des éloges à sa danse, qui me parut avoir un caractère tout antique, rappelant les danses sacrées des Grecs. Je fus interrompu par un domestique annonçant le général et la princesse Véliaminof. Mlle Iwinska fit un bond du canapé à ses souliers, y enfonça à la hâte ses petits pieds et courut au-devant de la princesse, à qui elle fit coup sur coup deux profondes révérences. Je remarquai qu'à chacune elle relevait adroitement le quartier de son soulier. Le général amenait deux aides de camp, et, comme nous, venait demander la fortune du pot. Dans tout autre pays, je pense qu'une maîtresse de maison eût été un peu embarrassée de recevoir à la fois six hôtes inattendus et de bon appétit ; mais telle est l'abondance et l'hospitalité des maisons lithuaniennes, que le dîner ne fut pas retardé, je pense, de plus d'une demi-heure. Seulement, il y avait trop de pâtés chauds et froids.


IV

Le dîner fut fort gai. Le général nous donna des détails très intéressants sur les langues qui se parlent dans le Caucase, et dont les unes sont *âryennes* et les autres *touraniennes*, bien qu'entre les différentes peuplades il y ait une remarquable conformité de moeurs et de coutumes. Je fus obligé moi-même de parler de mes voyages, parce que, le comte Szémioth m'ayant félicité sur la manière dont je montais à cheval, et ayant dit qu'il n'avait jamais rencontré de ministre ni de professeur qui pût fournir si lestement une traite telle que celle que nous venions de faire, je dus lui expliquer que, chargé par la Société biblique d'un travail sur la langue des *Charruas*, j'avais passé trois ans et demi dans la république de l'Uruguay, presque toujours à cheval et vivant dans les pampas, parmi les Indiens. C'est ainsi que je fus conduit à raconter qu'ayant été trois jours égaré dans ces plaines sans fin, n'ayant pas de vivres ni d'eau, j'avais été réduit à faire comme les gauchos qui m'accompagnaient, c'est-à-dire à saigner mon cheval et à boire son sang.

Toutes les dames poussèrent un cri d'horreur. Le général remarqua que les Kalmouks en usaient de même en de semblables extrémités. Le comte me demanda comment j'avais trouvé cette boisson.

- Moralement, répondis-je, elle me répugnait fort ; mais, physiquement, je m'en trouvai fort bien, et c'est à elle que je dois l'honneur de dîner ici aujourd'hui. Beaucoup d'Européens, je veux dire de blancs, qui ont longtemps vécu avec des Indiens, s'y habituent et même y prennent goût. Mon excellent ami, don Fructuoso Rivero, président de la république, perd rarement l'occasion de le satisfaire. Je me souviens qu'un jour, allant au congrès en grand uniforme, il passa devant un *rancho* où l'on saignait un poulain. Il s'arrêta, descendit de cheval pour demander un *chupon*, une sucée ; après quoi, il prononça un de ses plus éloquents discours.

- C'est un affreux monstre que votre président ! s'écria Mlle Iwinska.

- Pardonnez-moi, chère Pani, lui dis-je, c'est un homme très distingué, d'un esprit supérieur. Il parle merveilleusement plusieurs langues indiennes fort difficiles, surtout le "charrua", à cause des innombrables formes que prend le verbe, selon son régime direct ou indirect, et même selon les rapports sociaux existant entre les personnes qui parlent.

J'allais donner quelques détails assez curieux sur le mécanisme du verbe "charrua", mais le comte m'interrompit pour me demander où il fallait saigner les chevaux quand on voulait boire leur sang.

- Pour l'amour de Dieu, mon cher professeur, s'écria Mlle Iwinska avec un air de frayeur comique, ne le lui dites pas. Il est homme à tuer toute son écurie, et à nous manger nous-mêmes quand il n'aura plus de chevaux !

Sur cette saillie, les dames quittèrent la table en riant, pour aller préparer le thé et le café, tandis que nous fumerions. Au bout d'un quart d'heure, on envoya demander au salon M. le général. Nous voulions le suivre tous ; mais on nous dit que ces dames ne voulaient qu'un homme à la fois. Bientôt, nous entendîmes au salon de grands éclats de rire et des battements de mains.

- Mlle Ioulka fait des siennes, dit le comte.

On vint le demander lui-même ; nouveaux rires, nouveaux applaudissements. Ce fut mon tour après lui. Quand j'entrai dans le salon, toutes les figures avaient pris un semblant de gravité qui n'était pas de trop bon augure. Je m'attendais à quelque niche.

- Monsieur le professeur, me dit le général de son air le plus officiel, ces dames prétendent que nous avons fait trop d'accueil à leur champagne, et ne veulent nous admettre auprès d'elles qu'après une épreuve. Il s'agit de s'en aller les yeux bandés du milieu du salon à cette muraille, et de la toucher du doigt. Vous voyez que la chose est simple, il suffit de marcher droit. Etes-vous en état d'observer la ligne droite ?

- Je le pense, monsieur le général.

Aussitôt, Mlle Iwinska me jeta un mouchoir sur les yeux et le serra de toute sa force par derrière.

- Vous êtes au milieu du salon, dit-elle, étendez la main... Bon ! Je parie que vous ne toucherez pas la muraille.

- En avant, marche ! dit le général.

Il n'y avait que cinq ou six pas à faire. Je m'avançai fort lentement, persuadé que je recontrerais quelque corde ou quelque tabouret, traîtreusement placé sur mon chemin pour me faire trébucher. J'entendais des rires étouffés qui augmentaient mon embarras. Enfin, je me croyais tout à fait près du mur lorsque mon doigt, que j'étendais en avant, entra tout à coup dans quelque chose de froid et de visqueux. Je fis une grimace et un saut en arrière, qui fit éclater tous les assistants. J'arrachai mon bandeau, et j'aperçus près de moi Mlle Iwinska tenant un pot de miel où j'avais fourré le doigt, croyant toucher la muraille. Ma consolation fut de voir les deux aides de camp passer par la même épreuve, et ne pas faire meilleure contenance que moi.

Pendant le reste de la soirée, Mlle Iwinska ne cessa de donner carrière à son humeur folâtre. Toujours moqueuse, toujours espiègle, elle prenait tantôt l'un, tantôt l'autre pour objet de ses plaisanteries. Je remarquai cependant qu'elle s'adressait le plus souvent au comte, qui, je dois le dire, ne se piquait jamais, et même semblait prendre plaisir à ses agaceries. Au contraire, quand elle s'attaquait à l'un des aides de camp, il fronçait le sourcil, et je voyais son oeil briller de ce feu sombre qui en réalité avait quelque chose d'effrayant. " Folâtre comme une chatte et blanche comme la crème. " Il me semblait qu'en écrivant ce vers Miçkiewicz avait voulu faire le portrait de la "panna" Iwinska.


V

On se retira assez tard. Dans beaucoup de grandes maisons lithuaniennes, on voit une argenterie magnifique, de beaux meubles, des tapis de Perse précieux, et il n'y a pas, comme dans notre chère Allemagne, de bons lits à plume à offrir à un hôte fatigué. Riche ou pauvre, gentilhomme ou paysan, un Slave sait fort bien dormir sur une planche. Le château de Dowghielly ne fait point exception à la règle générale. Dans la chambre où l'on nous conduisit, le comte et moi, il n'y avait que deux canapés recouverts en maroquin. Cela ne m'effrayait guère, car, dans mes voyages, j'avais couché souvent sur la terre nue, et je me moquai un peu des exclamations du comte sur le manque de civilisation de ses compatriotes. Un domestique vint nous tirer nos bottes et nous donna des robes de chambre et des pantoufles. Le comte, après avoir ôté son habit, se promena quelque temps en silence ; puis, s'arrêtant devant le canapé où déjà je m'étais étendu :

- Que pensez-vous, me dit-il, de Ioulka ?

- Je la trouve charmante.

- Oui, mais si coquette !... Croyez-vous qu'elle ait du goût réellement pour ce petit capitaine blond ?

- L'aide de camp ?... Comment pourrais-je le savoir ?

- C'est un fat !... donc, il doit plaire aux femmes.

- Je nie la conclusion, monsieur le comte. Voulez-vous que je vous dise la vérité ? Mlle Iwinska pense beaucoup plus à plaire au comte Szémioth qu'à tous les aides de camp de l'armée.

Il rougit sans me répondre ; mais il me sembla que mes paroles lui avaient fait un sensible plaisir. Il se promena encore quelque temps sans parler ; puis, ayant regardé sa montre :

- Ma foi, dit-il, nous ferions bien de dormir, car il est tard.

Il prit son fusil et son couteau de chasse, qu'on avait déposés dans notre chambre, et les mit dans une armoire dont il retira la clef.

- Voulez-vous la garder ? me dit-il en me la remettant à ma grande surprise ; je pourrais l'oublier. Assurément, vous avez plus de mémoire que moi.

- Le meilleur moyen de ne pas oublier vos armes, lui dis-je, serait de les mettre sur cette table, près de votre sofa.

- Non... Tenez, à parler franchement, je n'aime pas à avoir des armes près de moi quand je dors... Et la raison, la voici. Quand j'étais aux hussards de Grodno, je couchais un jour dans une chambre avec un camarade, mes pistolets étaient sur une chaise auprès de moi. La nuit, je suis réveillé par une détonation. J'avais un pistolet à la main ; j'avais fait feu, et la balle avait passé à deux pouces de la tête de mon camarade... Je ne me suis jamais rappelé le rêve que j'avais eu.

Cette anecdote me troubla un peu. J'étais bien assuré de ne pas avoir de balle dans la tête ; mais, quand je considérais la taille élevée, la carrure herculéenne de mon compagnon, ses bras nerveux couverts d'un noir duvet, je ne pouvais m'empêcher de reconnaître qu'il était parfaitement en état de m'étrangler avec ses mains, s'il faisait un mauvais rêve. Toutefois, je me gardai de lui montrer la moindre inquiétude ; seulement, je plaçai une lumière sur une chaise auprès de mon canapé, et je me mis à lire le Catéchisme de Lawicki, que j'avais apporté. Le comte me souhaita le bonsoir, s'étendit sur son sofa, s'y retourna cinq ou six fois ; enfin, il parut s'assoupir, bien qu'il fut pelotonné comme l'amant d'Horace, qui, renfermé dans un coffre, touche sa tête de ses genoux repliés :

"... Turpi clausus in arca, Contractum genibus tangas caput..."

De temps en temps, il soupirait avec force, ou faisait entendre une sorte de râle nerveux que j'attribuais à l'étrange position qu'il avait prise pour dormir. Une heure peut-être se passa de la sorte. Je m'assoupissais moi-même. Je fermai mon livre, et je m'arrangeais de mon mieux sur ma couche, lorsqu'un ricanement étrange de mon voisin me fit tressaillir. Je regardai le comte. Il avait les yeux fermés, tout son corps frémissait, et de ses lèvres entr'ouvertes s'échappaient quelques mots à peine articulés.

- Bien fraîche !... bien blanche !... Le professeur ne sait ce qu'il dit... Le cheval ne vaut rien... Quel morceau friand !...

Puis il se mit à mordre à belles dents le coussin où posait sa tête, et, en même temps, il poussa une sorte de rugissement si fort qu'il se réveilla.

Pour moi, je demeurai immobile sur mon canapé et fit semblant de dormir. Je l'observais pourtant. Il s'assit, se frotta les yeux, soupira tristement et demeura près d'une heure sans changer de posture, absorbé comme il semblait, dans ses réflexions. J'étais cependant fort mal à mon aise, et je me promis intérieurement de ne jamais coucher à côté de M. le comte. A la longue pourtant, la fatigue triompha de l'inquiétude, et, lorsqu'on entra le matin dans notre chambre, nous dormions l'un et l'autre d'un profond sommeil.


VI

Après le déjeuner, nous retournâmes à Médintiltas. Là, ayant trouvé le docteur Froeber seul, je lui dis que je croyais le comte malade, qu'il avait des rêves affreux, qu'il était peut-être somnambule, et qu'il pouvait être dangereux dans cet état.

- Je me suis aperçu de tout cela, me dit le médecin. Avec une organisation athlétique, il est nerveux comme une jolie femme. Peut-être tient-il cela de sa mère... Elle a été diablement méchante ce matin... Je ne crois pas beaucoup aux histoires de peurs et d'envies de femmes grosses ; mais ce qui est certain, c'est que la comtesse est maniaque, et la manie est transmissible par le sang...

- Mais le comte, repris-je, est parfaitement raisonnable ; il a l'esprit juste, il est instruit, beaucoup plus que je ne l'aurais cru, je vous l'avoue ; il aime la lecture...

- D'accord, d'accord, mon cher monsieur ; mais il est souvent bizarre. Il s'enferme quelquefois pendant plusieurs jours ; souvent il rôde la nuit ; il lit des livres incroyables..., de la métaphysique allemande..., de la physiologie, que sais-je ! Hier encore, il lui en est arrivé un ballot de Leipzig. Faut-il parler net ? un Hercule a besoin d'une Hébée. Il y a ici des paysannes très jolies... Le samedi soir, après le bain, on les prendrait pour des princesses... Il n'y en a pas une qui ne fût fière de distraire monseigneur. A son âge, moi, le diable m'emporte !... Non, il n'a pas de maîtresse, il ne se marie pas, il a tort. Il lui faudrait un dérivatif.

Le matérialisme grossier du docteur me choquant au dernier point, je terminai brusquement l'entretien en lui disant que je faisais des voeux pour que le comte Szémioth trouvât une épouse digne de lui. Ce n'est pas sans surprise, je l'avoue, que j'avais appris du docteur ce goût du comte pour les études philosophiques. Cet officier de hussards, ce chasseur passionné lisant de la métaphysique allemande et s'occupant de physiologie, cela renversait mes idées. Le docteur avait dit vrai cependant, et, dès le jour même, j'en eus la preuve.

- Comment expliquez-vous, monsieur le professeur, me dit-il brusquement vers la fin du dîner, comment expliquez-vous la *dualité* ou la *duplicité* de notre nature ?...

Et, comme il s'aperçut que je ne le comprenais pas parfaitement, il reprit :

- Ne vous êtes-vous jamais trouvé au haut d'une tour ou bien au bord d'un précipice, ayant à la fois la tentation de vous élancer dans le vide et un sentiment de terreur absolument contraire ?...

- Cela peut s'expliquer par des causes toutes physiques, dit le docteur ; premièrement, la fatigue qu'on éprouve après une marche ascensionnelle détermine un afflux de sang au cerveau, qui...

- Laissons-là le sang, docteur, s'écria le comte avec impatience, et prenons un autre exemple. Vous tenez une arme à feu chargée. Votre meilleur ami est là. L'idée vous vient de lui mettre une balle dans la tête. Vous avez la plus grande horreur d'un assassinat, et pourtant vous en avez la pensée. Je crois, messieurs, que, si toutes les pensées qui nous viennent en tête dans l'espace d'une heure..., je crois que si toutes *vos* pensées, monsieur le professeur, que je tiens pour un sage, étaient écrites, elles formeraient un volume in-folio peut-être, d'après lequel il n'y a pas un avocat qui ne plaidât avec succès votre interdiction, pas un juge qui ne vous mît en prison ou bien dans une maison de fous.

- Ce juge, monsieur le comte, ne me condamnerait pas assurément pour avoir cherché ce matin, pendant plus d'une heure, la loi mystérieuse d'après laquelle les verbes slaves prennent un sens futur en se combinant avec une préposition ; mais, si par hasard j'avais eu quelque autre pensée, quelle preuve en tirer contre moi ? Je ne suis pas plus maître de mes pensées que des accidents extérieurs qui me les suggèrent. De ce qu'une pensée surgit en moi, on ne peut pas conclure un commencement d'exécution, ni même une résolution. Jamais je n'ai eu l'idée de tuer personne ; mais, si la pensée d'un meurtre me venait, ma raison n'est-elle pas là pour l'écarter ?

- Vous parlez de la raison bien à votre aise ; mais est-elle toujours là, comme vous dites, pour nous diriger ? Pour que la raison parle et se fasse obéir, il faut de la réflexion, c'est-à-dire du temps et du sang-froid. A-t-on toujours l'un et l'autre ? Dans un combat, je vois arriver sur moi un boulet qui ricoche, je me détourne et je découvre mon ami, pour lequel j'aurais donné ma vie, si j'avais eu le temps de réfléchir...

J'essaai de lui parler de nos devoirs d'homme et de chrétien, de la nécessité où nous sommes d'imiter le guerrier de l'Écriture, toujours prêt au combat ; enfin je lui fis voir qu'en luttant sans cesse contre nos passions, nous acquérions des forces nouvelles pour les affaiblir et les dominer. Je ne réussis, je le crains, qu'à le réduire au silence, et il ne paraissait pas convaincu.

Je demeurai encore une dizaine de jours au château. Je fis une autre visite à Dowghielly, mais nous n'y couchâmes point. Comme la première fois, Mlle Iwinska se montra espiègle et enfant gâtée. Elle exerçait sur le comte une sorte de fascination, et je ne doutai pas qu'il n'en fût fort amoureux. Cependant, il connaissait bien ses défauts et ne se faisait pas d'illusions. Il la savait coquette, frivole, indifférente à tout ce qui n'était pas pour elle un amusement. Souvent je m'apercevais qu'il souffrait intérieurement de la savoir si peu raisonnable ; mais, dès qu'elle lui avait fait quelque petite mignardise, il oubliait tout, sa figure s'illuminait, il rayonnait de joie. Il voulut m'emmener une dernière fois à Dowghielly la veille de mon départ, peut-être parce que je restais à causer avec la tante pendant qu'il allait se promener au jardin avec la nièce ; mais j'avais fort à travailler, et je dus m'excuser, quelle que fût son insistance. Il revint dîner, bien qu'il nous eût dit de ne pas l'attendre. Il se mit à table, et ne put manger. Pendant tout le repas, il fut sombre et de mauvaise humeur. De temps à autre, ses sourcils se rapprochaient et ses yeux prenaient une expression sinistre. Lorsque le docteur sortit pour se rendre auprès de la comtesse, le comte me suivit dans ma chambre, et me dit tout ce qu'il avait sur le coeur.

- Je me repens bien, s'écria-t-il, de vous avoir quitté pour aller voir cette petite folle, qui se moque de moi et qui n'aime que les nouveaux visages ; mais, heureusement, tout est fini entre nous, j'en suis profondément dégoûté, et je ne la reverrai jamais...

Il se promena quelque temps de long en large selon son habitude, puis il reprit :

- Vous avez cru peut-être que j'en étais amoureux ? C'est ce que pense cet imbécile de docteur. Non, je ne l'ai jamais aimée. Sa mine rieuse m'amusait. Sa peau blanche me faisait plaisir à voir... Voilà tout ce qu'il y a de bon chez elle... la peau surtout. De cervelle, point. Jamais je n'ai vu en elle autre chose qu'une jolie poupée, bonne à regarder quand on s'ennuie et qu'on n'a pas de livre nouveau... Sans doute on peut dire que c'est une beauté... Sa beauté est merveilleuse !... Monsieur le professeur, le sang qui est sous cette peau doit être meilleur que celui d'un cheval ?... Qu'en pensez-vous ?

Et il se mit à éclater de rire, mais ce rire faisait mal à entendre.

Je pris congé de lui le lendemain pour continuer mes explorations dans le nord du Palatinat.


VII

Elles durèrent environ deux mois, et je puis dire qu'il n'y a guère de village en Samogitie où je ne me sois arrêté et où je n'ai recueilli quelques documents. Qu'il me soit permis de saisir cette occasion pour remercier les habitants de cette province, et en particulier MM. les ecclésiastiques, pour le concours vraiment empressé qu'ils ont accordé à mes recherches et les excellentes contributions dont ils ont enrichi mon dictionnaire.

Après un séjour d'une semaine à Szawlé, je me proposais d'aller m'embarquer à Klaypeda ( port que nous appelons Memel ) pour retourner chez moi, lorsque je reçus du comte Szémioth la lettre suivante, apportée par un de ses chasseurs :

" Monsieur le professeur,

" Permettez-moi de vous écrire en allemand. Je ferais encore plus de solécismes, si je vous écrivais en jmoude, et vous perdriez toute considération pour moi. Je ne sais si vous en avez déjà beaucoup, et la nouvelle que j'aie à vous communiquer ne l'augmentera peut-être pas. Sans plus de préface, je me marie, et vous devinez bien à qui. Jupiter se rie des serments des amoureux. Ainsi fait Pirkuns, notre Jupiter samogitien. C'est donc Mlle Julienne Iwinska que j'épouse le 8 du mois prochain. Vous seriez le plus aimable des hommes si vous veniez assister à la cérémonie. Tous les paysans de Médintiltas et lieux circonvoisins viendront chez moi manger quelques boeufs et d'innombrables cochons, et, quand ils seront ivres, ils danseront dans ce pré, à droite de l'avenue que vous connaissez. Vous verrez des costumes et des costumes dignes de votre observation. Vous me ferez le plus grand plaisir et à Julienne aussi. J'ajouterai que votre refus nous jetterait dans le plus triste embarras. Vous savez que j'appartiens à la acommunion évangélique, de même que ma fiancée ; or, notre ministre, qui demeure à une trentaine de lieues, est perclus de la goutte, et j'ai osé espérer que vous voudriez bien officier à sa place. Croyez-moi, mon chez professeur, votre bien dévoué,

" Michel Szémioth. "

Au bas de la lettre, en forme de post-scriptum, une assez jolie main féminine avait ajouté en jmoude :

" Moi, muse de la Lithuanie, j'écris en jmoude. Michel est un impertinent de douter de votre approbation. Il n'y a que moi, en effet, qui sois assez folle pour vouloir d'un garçon comme lui. Vous verrez, monsieur le professeur, le 8 du mois prochain, une mariée un peu chic. Ce n'est pas du jmoude, c'est du français. N'allez pas au moins avoir des distractions pendant la cérémonie. "

Ni la lettre, ni le post-scriptum ne me plurent. Je trouvai que les fiancés montraient une impardonnable légèreté dans une occasion si solennelle. Cependant, le moyen de refuser ? J'avouerai encore que le spectacle annoncé ne laissait pas de me donner des tentations. Selon toute apparence, dans le grand nombre de gentilshommes qui se réuniraient au château de Médintiltas, je ne manquerais pas de trouver des personnes instruites qui me fourniraient des renseignements utiles. Mon glossaire jmoude était très riche ; mais le sens d'un certain nombre de mots appris de la bouche de paysans grossiers demeurait encore pour moi enveloppé d'une obscurité relative. Toutes ces considérations réunies eurent assez de force pour m'obliger à consentir à la demande du comte, et je lui répondis que, dans la matinée du 8, je serais à Médintiltas.

Combien j'eus lieu de m'en repentir.


VIII

En entrant dans l'avenue du château, j'aperçus un grand nombre de dames et de messieurs en toilette du matin groupés, sur le perron ou circulant dans les allées du parc. La cour était pleine de paysans endimanchés. Le château avait un air de fête ; partout des fleurs, des guirlandes, des drapeaux et des festons. L'intendant me conduisit à la chambre qui m'avait été préparée au rez-de-chaussée, en me demandant pardon de ne pouvoir m'en offrir une plus belle ; mais il y avait tant de monde au château, qu'il avait été impossible de me conserver l'appartement que j'avais occupé à mon premier séjour, et qui était destiné à la femme du maréchal de la noblesse ; ma nouvelle chambre, d'ailleurs, était très convenable, ayant vue sur le parc, et au-dessous de l'appartement du comte. Je m'habillai en hâte pour la cérémonie, je revêtis ma robe ; mais ni le comte ni sa fiancée ne paraissaient. Le comte était allé la chercher à Dowghielly. Depuis longtemps, ils auraient dû être arrivés ; mais la toilette d'une mariée n'est pas une petite affaire, et le docteur avertissait les invités que, le déjeuner ne devant avoir lieu qu'après le service religieux, les appétits trop impatients feraient bien de prendre leurs précautions à un certain buffet garni de gâteaux et de toute sorte de liqueurs. Je remarquai à cette occasion combien l'attente excite à la médisance ; deux mères de jolies demoiselles invitées à la fête ne tarissaient pas en épigrammes contre la mariée.

Il était plus de midi quand une salve de boîtes et de coups de fusil signala son arrivée, et, bientôt après, une calèche de gala entre dans l'avenue, traînée par quatre chevaux magnifiques. A l'écume qui couvrait leur poitrail, il était facile de voir que le retard n'était pas de leur fait. Il n'y avait dans la calèche que la mariée, Mme Dowghiello et le comte. Il descendit et donna la main à Mme Dowghiello. Mlle Iwinska, par un mouvement plein de grâce et de coquetterie enfantine, fit mine de vouloir se cacher sous son châle pour échapper aux regards curieux qui l'entouraient de tous les côtés. Pourtant, elle se leva debout dans la calèche, et elle allait prendre la main du comte, quand les chevaux du brancard, effrayés peut-être de la pluie de fleurs que les paysans lançaient à la mariée, peut-être aussi éprouvant cette étrange terreur que le comte Szémioth inspirait aux animaux, se cabrèrent en s'ébrouant ; une roue heurta la borne au pied du perron, et on put croire pendant un moment qu'un accident allait avoir lieu. Mlle Iwinska laissa échapper un petit cri... On fut bientôt rassuré. Le comte, la saisissant dans ses bras, l'emporta jusqu'au haut du perron aussi facilement que s'il n'avait tenu qu'une colombe. Nous applaudissions tous à son adresse et à sa galanterie chevaleresque. Les paysans poussaient des *vivat* formidables, la mariée, toute rouge, riait et tremblait à la fois. Le comte, qui n'était nullement pressé de se débarrasser de son charmant fardeau, semblait triompher en le montrant à la foule qui l'entourait...

Tout à coup, une femme de haute taille, pâle, maigre, les vêtements en désordre, les cheveux épars, et tous les traits contractés par la terreur, parut au haut du perron, sans que personne pût savoir d'où elle venait.

- A l'ours ! criait-elle d'une voix aiguë ; à l'ours ! des fusils !... Il emporte une femme ! tuez-le ! Feu ! feu !

C'était la comtesse. L'arrivée de la mariée avait attiré tout le monde au perron, dans la cour, ou aux fenêtres du château. Les femmes mêmes qui surveillaient la pauvre folle avaient oublié leur consigne ; elle s'était échappée, et, sans être observée de personne, était arrivée jusqu'au milieu de nous. Ce fut une scène très pénible. Il fallut l'emporter malgré ses cris et sa résistance. Beaucoup d'invités ne connaissaient pas sa maladie. On dut leur donner des explications. On chuchota longtemps à voix basse. Tous les visages étaient attristés. " Mauvais présage " disaient les personnes superstitieuses ; et le nombre en est grand en Lithuanie.

Cependant, Mlle Iwinska demanda cinq minutes pour faire sa toilette et mettre son voile de mariée, opération qui dura une bonne heure. C'était plus qu'il ne fallait pour que les personnes qui ignoraient la maladie de la comtesse en apprissent la cause et les détails.

Enfin, la mariée reparut, magnifiquement parée et couverte de diamants. Sa tante la présenta à tous les invités, et lorsque le moment fut venu de passer à la chapelle, à ma grande surprise, en présence de toute la compagnie, Mme Dowghiello appliqua un soufflet sur la joue de sa nièce, assez fort pour faire retourner ceux qui auraient eu quelque distraction. Ce soufflet fut reçu avec la plus parfaite résignation, et personne ne parut s'en étonner ; seulement, un homme en noir écrivit quelque chose sur un papier qu'il avait apporté et quelques-uns des assistants y apposèrent leur signature de l'air le plus indifférent. Ce ne fut qu'à la fin de la cérémonie que j'eus le mot de l'énigme. Si je l'eusse deviné, je n'aurais pas manqué de m'élever avec toute la force de mon ministère sacré contre cette odieuse pratique, laquelle a pour but d'établir un cas de divorce en simulant que le mariage n'a eu lieu que par suite de violence matérielle exercée contre une des parties contractantes.

Après le service religieux, je crus de mon devoir d'adresser quelques paroles au jeune couple, m'attachant à leur mettre devant les yeux la gravité et la sainteté de l'engagement qui venait de les unir, et, comme j'avais encore sur le coeur le post-scriptum déplacé de Mlle Iwinska, je lui rappelai qu'elle entrait dans une vie nouvelle, non plus accompagnée d'amusements et de joies juvéniles, mais pleine de devoirs sérieux et de graves épreuves. Il me sembla que cette partie de mon allocution produisit beaucoup d'effet sur la mariée, comme sur toutes les personnes qui comprenaient l'allemand.

Des salves d'armes à feu et des cris de joie accueillirent le cortège au sortir de la chapelle, puis on passa dans la salle à manger. Le repas était magnifique, les appétits fort aiguisés, et d'abord on n'entendit d'autre bruit que celui des couteaux et des fourchettes ; mais bientôt, avec l'aide des vins de Champagne et de Hongrie, on commença à causer, à rire et même à crier. La santé de la mariée fut portée avec enthousiasme. A peine venait-on de se rasseoir, qu'un vieux *pane* à moustaches blanches se leva, et, d'une voix formidable :

- Je vois avec douleur, dit-il, que nos vieilles coutumes se perdent. Jamais nos pères n'eussent porté ce toast avec des verres de cristal. Nous buvions dans le soulier de la mariée, et, même dans sa botte ; car, de mon temps, les dames portaient des bottes en maroquin rouge. Montrons, amis, que nous sommes encore de vrais Lithuaniens. -- Et toi, madame, daigne me donner ton soulier.

La mariée lui répondit en rougissant, avec un petit rire étouffé :

- Viens le prendre, monsieur... ; mais je ne te ferai pas raison dans ta botte.

Le "pane" ne se le fit pas rire deux fois :

Il se mit galamment à genoux, ôta un petit soulier de satin blanc à talon rouge, l'emplit de vin de Champagne et but si vite et si adroitement, qu'il n'y en eut pas plus de la moitié qui coula sur ses habits. Le soulier passa de main en main, et tous les hommes y burent, mais non sans peine. Le vieux gentilhomme réclama le soulier comme une relique précieuse, et Mme Dowghiello fit prévenir une femme de chambre de venir réparer le désordre de la toilette de sa nièce.

Ce toast fut suivi de beaucoup d'autres, et bientôt les convives devinrent si bruyants, qu'il ne me parut plus convenable de demeurer parmi eux. Je m'échappai de la table sans que personne fît attention à moi, et j'allai respirer l'air en dehors du château ; mais, là encore, je trouvai un spectacle peu édifiant. Les domestiques et les paysans, qui avaient eu de la bière et de l'eau-de-vie à discrétion, étaient déjà ivres, pour la plupart. Il y avait eu des disputes et des têtes cassées. Çà et là, sur le pré, des ivrognes se vautraient privés de sentiment, et l'aspect général de la fête tenait beaucoup d'un champ de bataille. J'aurais eu quelque curiosité de voir de près les danses populaires ; mais la plupart étaient menées par des bohémiennes effrontées, et je ne crus pas qu'il fût bienséant de me hasarder dans cette bagarre. Je rentrai donc dans ma chambre, je lus quelque temps, puis me déshabillai et m'endormis bientôt.

Lorsque je m'éveillai, l'horloge du château sonnait trois heures. La nuit était claire, bien que la lune fût un peu voilée par une légère brume. J'essayai de retrouver le sommeil ; je ne pus y parvenir. Selon mon usage en pareille occasion, je voulus prendre un livre et étudier, mais je ne pus trouver les allumettes à ma portée. Je me levai et j'allais tâtonnant dans ma chambre, quand un corps opaque, très gros, passa devant ma fenêtre, et tomba avec un bruit sourd dans le jardin. Ma première impression fut que c'était un homme, et je crus qu'un de nos ivrognes était tombé par la fenêtre. J'ouvris la mienne et regardai ; je ne vis rien. J'allumai enfin une bougie, et, m'étant remis au lit, je repassai mon glossaire jusqu'au moment où l'on m'apporta mon thé.

Vers onze heures, je me rendis au salon, où je trouvai beaucoup d'yeux battus et de mines défaites ; j'appris en effet qu'on avait quitté la table fort tard. Ni le comte ni la jeune comtesse n'avaient encore paru. A onze heures et demie, après beaucoup de méchantes plaisanteries, on commença à murmurer, tout bas d'abord, bientôt assez haut. Le docteur Froeber prit sur lui d'envoyer le valet de chambre du comte frapper à la porte de son maître. Au bout d'un quart d'heure, cet homme redescendit, et, un peu ému, rapporta au docteur Froeber qu'il avait frappé plus d'une douzaine de fois, sans obtenir de réponse. Nous nous consultâmes, Mme Dowghiello, le docteur et moi. L'inquiétude du valet de chambre m'avait gagné. Nous montâmes tous les trois avec lui. Devant la porte, nous trouvâmes la femme de chambre de la jeune comtesse tout effarée, assurant que quelque malheur devait être arrivé, car la fenêtre de madame était toute grande ouverte. Je me rappelai avec effroi ce corps pesant tombé devant ma fenêtre. Nous frappâmes à grands coups. Point de réponse. Enfin, le valet de chambre apporta une barre de fer, et nous enfonçâmes la porte... Non ! le courage me manque pour décrire le spectacle qui s'offrit à nos yeux. La jeune comtesse était étendue morte sur son lit, la figure horriblement lacérée, la gorge ouverte, inondée de sang. Le comte avait disparu, et personne depuis n'a eu de ses nouvelles.

Le docteur considéra l'horrible blessure de la jeune femme.

- Ce n'est pas une lame d'acier, s'écria-t-il, qui a fait cette plaie... C'est une morsure !...



Le docteur ferma son livre, et regarda le feu d'un air pensif.

- Et l'histoire est finie ? demanda Adélaïde.

- Finie ! répondit le docteur d'une voix lugubre.

- Mais, reprit-elle, pourquoi l'avez-vous intitulée Lokis ? Pas un seul des personnages ne s'appelle ainsi.

- Ce n'est pas un nom d'homme, dit le professeur.

- Voyons, Théodore, comprenez-vous ce que veut dire Lokis ?

- Pas le moins du monde.

- Si vous vous étiez bien pénétré de la loi de transformation du sanscrit au lithuanien, vous auriez reconnu dans Lokis le sanscrit "arkcha" ou "rikscha". On appelle "lokis", en lithuanien, l'animal que les Grecs ont nommé {archtos/alpha accentuée devant liquide, rho, chi, tau, omicron, sigma}, les Latins "ursus" et les Allemands "bâr".

Vous comprenez maintenant mon épigraphe :

"Miszka su Lokiu, Abu du tokiu."

Vous savez que dans, dans le roman du Renard, l'ours s'appelle "damp Brum". Chez les Slaves, on le nomme Michel, Miszka en lithuanien, et ce surnom remplace presque toujours le nom générique, lokis. C'est ainsi que les Français ont oublié leur mot néolatin de goupil ou gorpil pour y substituer celui de renard. Je vous en citerai bien d'autres exemples...

Mais Adélaïde remarqua qu'il était tard, et on se sépara.

Full text in English

Lokis (1869) Adapted from the translation of Emily Mary Waller and Louise Paul found in The Novels, Tales and Letters of Prosper Mérimée. New York: Frank S. Holby, 1905. For educational use only.

“Théodore,” said Professor Wittembach, “please give me that manuscript-book, bound in parchment, which is laid on the second shelf above my writing-desk—no, not that one, but the small octavo volume. I copied all the notes of my journal of 1866 in it—at least those that relate to Count Szémioth.”

The Professor put on his glasses, and, amid profound silence, read the following:—

“LOKIS,”

with this Lithuanian proverb as a motto:

“Miszka su Lokiu, Abu du tokiu.”

When the first translation of the Holy Scriptures into the Lithuanian language appeared in London, I published in the Scientific and Literary Gazette of Koenigsberg, an article wherein, while rendering full justice to the efforts of the learned interpreter and to the pious motives of the Bible Society, I pointed out several slight errors, and showed, moreover, that this version could only be useful to one portion of the Lithuanian people.

Indeed, the dialect from which they translated is hardly intelligible to the inhabitants of the districts where the Jomaïtic tongue, commonly called Jmoudic, is spoken, namely, in the Palatinate of Samogitia. This language is, perhaps, nearer akin to the Sanskrit than to High Lithuanian. In spite of the furious criticisms which this observation drew down upon me from a certain well-known professor of the Dorpat University, it so far enlightened the members of the Committee of the Bible Society that they lost no time in making me a flattering offer to direct and supervise an edition of the Gospel of St. Matthew into Samogitian. I was too much occupied at the time with my researches in Trans-Uralian dialects to undertake a more extended work comprising all four of the Gospels. Deferring my marriage with Mlle. Gertrude Weber, I went to Kowno (Kaunas) for the purpose of collecting all the linguistic records, whether printed or in MSS., of Jmoudic, that I could lay hands on. I did not overlook, of course, old ballads (daïnos), tales, or legends (pasakos) which would furnish me with material for a Jomaïtic vocabulary, a work which must necessarily precede that of translation.

I had been given a letter of introduction to the young Count Michel Szémioth, whose father, I was told, had come into the possession of the famous Catechismus Samogiticus of Father Lawiçki. It was so rare that its very existence had been disputed, particularly by the Dorpat professor to whom allusion has been already made. In his library I should find, according to the information given me, an old collection of daïnos, besides ballads in old Prussian. Having written to Count Szémioth to lay the object of my visit before him, I received a most courteous invitation to spend as much time at his Castle of Médintiltas as my researches might need. He ended his letter by very gracefully saying that he prided himself upon speaking Jmoudic almost as well as his peasants, and would be only too pleased to help me in what he termed so important and interesting an undertaking. Besides being one of the wealthiest landowners in Lithuania, he was of the same evangelical faith of which I had the honour to be a minister. I had been warned that the Count was not without a certain peculiarity of character, but he was very hospitable, especially towards all who had intellectual tastes. So I set out on my journey to Médintiltas.

At the Castle steps I was met by the Count’s steward, who immediately led me to the rooms prepared for me.

“M. le Comte,” he said, “is most sorry not to be able to dine with you today. He has a bad headache, a malady he is unfortunately subject to. If you do not prefer to dine in your room you can dine with the Countess’s doctor, Dr. Froeber. Dinner will be ready in an hour; do not trouble to dress for it. If you have any orders to give, there is the bell.”

He withdrew, making me a profound salute.

The room was of immense size, comfortably furnished, and decorated with mirrors and gilding. One side of it looked out upon a garden, or rather the park belonging to the Castle, and the other upon the principal entrance. Notwithstanding the statement that there was no need to dress, I felt obliged to get my black coat out of my trunk, and was in my shirt-sleeves busy unpacking my simple luggage when the sound of carriage wheels attracted me to the window which looked on the court. A handsome barouche had just come in. It contained a lady in black, a gentleman, and a woman dressed in the Lithuanian peasant costume, but so tall and strong-looking that at first I took her for a man in disguise. She stepped out first; two other women, not less robust in appearance, were already standing on the steps. The gentleman leaned over the lady dressed in black, and, to my great surprise, unbuckled a broad leather belt which held her to her seat in the carriage. I noticed that this lady had long white hair, very much disheveled, and that her large, wide-opened eyes were vacant in expression. She looked like a waxen figure. After having untied her, her companion spoke to her very respectfully, hat in hand; but she appeared not to pay the slightest attention to him. He then turned to the servants and made a slight sign with his head. Immediately the three women took hold of the lady in black, lifted her out as though she were a feather, and carried her into the Castle, in spite of her efforts to cling to the carriage. The scene was witnessed by several of the house servants, who did not appear to think it anything extraordinary.

The gentleman who had directed the proceedings drew out his watch, and asked how soon dinner would be ready.

“In a quarter of an hour, doctor,” was the reply.

I guessed at once that this was Dr. Froeber, and that the lady in black was the Countess. From her age I concluded she was the mother of Count Szémioth, and the precautionary measures taken concerning her told me clearly enough that her reason was affected.

Some moments later the doctor himself came to my room.

“As the Count is indisposed,” he said to me, “I must introduce myself to you. I am Dr. Froeber, at your service, and I am delighted to make the acquaintance of a savant known to all readers of the Scientific and Literary Gazette of Koenigsberg. Have you been properly waited on?”

I replied to his compliments as well as I could, and told him that if it was time to go down to dinner I was ready to accompany him.

When we were in the dining-hall, a major-domo brought us liqueurs and several piquant and highly spiced dishes on a silver salver to induce appetite, after a northern custom.

"Allow me, sir, in my office as doctor, to recommend a glass of that starka, a true Cognac brandy casked forty years ago. It is a queen of liqueurs. Take a Drontheim anchovy; nothing is better for opening and preparing the digestive organs, the most important functions of the body. . . . And now to table. Why do we not speak in German? You come from Koenigsberg, I from Memel; but I earned my degree at Jéna. We shall be more at ease in that way, and the servants, who only know Polish and Russian, will not understand us.”

We ate first in silence; then, after having taken our first glass of Madeira, I inquired of the doctor if the Count were often inconvenienced by the indisposition which deprived us of his presence that night.

“Yes and no,” was the doctor’s answer. “It depends upon what expeditions he takes.”

“How so?”

“When he takes the road to Rosienie, for instance, he comes back with headache and in a savage temper.”

“I have been to Rosienie myself without such an experience.”

“It depends, Professor,” he replied, laughing, “on whether you are in love.”

I sighed, thinking of Mlle. Gertrude Weber.

“Does the Count’s fiancée, then, live at Rosienie?” I said.

“Yes, in that neighbourhood; but I can not say whether she is affianced to him. She is a real flirt, and will drive him off his head, so that he will be in his mother’s state.”

“Indeed, then her ladyship is . . . an invalid?”

“She is mad, my dear sir, mad; and I was even madder to come here!”

“Let us hope that your able attentions will restore her to reason.”

The doctor shook his head, and looked attentively at the colour of the glass of Bordeaux which he held in his hand.

“The man you see before you, Professor, was once surgeon-major in the Kalouga regiment. At Sevastopol we cut off arms and legs from morning till night; not to speak of bombs which came down among us as thick as flies on a galled horse. But, though I was then ill-lodged and ill-fed, I was not so bored as I am here, where I eat and drink of the best, am lodged like a prince, and paid like a Court physician. . . . But liberty, my dear sir! . . . As you can guess, with this she-dragon I have not a moment to call my own.”

“Has she been under your care for long?”

“Less than two years; but she has been insane at least twenty-seven, since before the birth of the Count. Did no one tell you this either at Rosienie or Kowno? Listen, then, for it is a case on which I should like some day to write an article for the Medical Journal of St. Petersburg. She went mad from fear. . . .”

“From fear? How was such a thing possible?”

“She had a fright. She is of the house of Keystut. . . . Oh, there are no mésalliances in this house. We descend from the Gédymin. . . . Well, Professor, two or three days after her marriage, which took place in the castle where we are dining (I drink to your health . . . ), the Count, the father of the present one, went out hunting. Our Lithuanian ladies are regular amazons, you know. The Countess accompanied him to the hunt. . . . She stayed behind, or got in advance of the huntsmen, . . . I do not know which, . . . when, all at once, the Count saw the Countess’s little Cossack, a lad of twelve of fourteen, come up at full gallop.

“‘Master!’ he said, ‘a bear has carried off the Countess.’

“‘Where?’ cried the Count.

“‘Over there,’ replied the boy-Cossack.

“All the hunt ran towards the spot he pointed out, but no Countess was to be seen. Her strangled horse lay on one side, and on the other her lambswool cloak. They searched and beat the wood on all sides. At last a huntsman cried out, ‘There is the bear!’ and, sure enough, the bear crossed a clearing, dragging the Countess, no doubt for the purpose of devouring her undisturbed, into a thicket, for these beasts are great gourmands; they like to dine at ease, as the monks. Married but a couple of days, the Count was most chivalrous. He tried to fling himself upon the bear, hunting knife in his fist; but, my dear sir, a Lithuanian bear does not let himself be run through like a stag. By good fortune the Count’s gun-bearer, a queer, low fellow, so drunk that morning as to be unable to tell a rabbit from a hare, fired his rifle, more than a hundred paces off, without taking care whether the bullet hit the beast or the lady. . . .”

“And he killed the bear?”

“Stone dead. It takes a tipsy man to hit like that. There are also predestined bullets, Professor. There are sorcerers here who sell them at a moderate price. . . . The Countess was terribly torn, unconscious of course, and had one leg broken. They carried her home, and she recovered consciousness, but her reason had gone. They took her to St. Petersburg for a special consultation of four doctors, who glittered with orders. They said that Madam was enceinte, and that a favourable turn might be expected after her delivery. She was to be kept in fresh air in the country, and given whey and codéine. Each physician received about a hundred roubles. Nine months later the Countess gave birth to a fine, healthy boy, but where was the ‘favourable turn’? Ah, yes, indeed . . . there was nothing but redoubled frenzy. The Count showed her her son. In novels that never fails to produce a good effect. ‘Kill it! kill the beast!’ she yelled; a little longer, and she would have wrung his neck. Ever since there have been phases of stupid imbecility, alternating with violent mania. There is a strong suicidal tendency. We are obliged to strap her down to make her take fresh air, and it takes three strong servants to hold her in. Nevertheless, Professor, I ask you to note this fact, when I have exhausted my Latin on her without making her obey me, I have a resort that quietens her. I threaten to cut off her hair. I fancy she must have had very beautiful hair at one time. Vanity! It is the sole human feeling left. Is it not odd? If I could experiment upon her as I chose, I might perhaps be able to cure her.”

“By what method?”

“By thrashing her. I cured in that way twenty peasant women in a village where the terrible Russian madness had broken out. One woman begins to howl, then her companion follows, and in three days’ time the whole village is howling mad. I put an end to it by flogging them. (Take a little chicken, it is very tender.) The Count would never allow me to try the experiment.”

“What! you want him to consent to your atrocious treatment?”

“Oh, he had known his mother so little, and besides it was for her good; but tell me, Professor, have you ever held that fear could drive anyone mad?”

“The Countess’s situation was frightful . . . to find herself in the claws of a savage beast!”

“All the same, her son does not take after her. A year ago he was in exactly the same predicament, but, thanks to his coolness, he had a marvellous escape.”

“From the claws of a bear?”

“A she-bear, the largest seen for some time. The Count wanted to attack her, boar-spear in hand, but with one back stroke she parried the blade, clutched the Count, and felled him to the ground as easily as I upset this bottle. He cunningly feigned death. . . . The bear smelt and sniffed him, then, instead of tearing him to pieces, she gave him a lick with her tongue. He had the presence of mind not to move, and she went on her way.”

“She thought that he was dead. I have been told that these animals will not eat a dead body.”

“We will endeavour to believe that is so, and abstain from making personal investigation of the question. But, apropos of fear, let me tell you what happened at Sevastopol. Five or six of us were sitting behind the ambulance of the famous bastion No. 5, round a pot of beer which had been brought us. The sentry cried, ‘A shell!’ and we all lay flat on our stomachs. No, not all of us: a fellow named . . . but it is not necessary to give his name . . . a young officer who had just come to us, remained standing up, holding his glass full, just when the shell burst. It carried off the head of my poor comrade André Speranski, a brave lad, and broke the pitcher, which, fortunately, was nearly empty. When we got up after the explosion we saw, in the midst of the smoke, that our friend had swallowed his last mouthful of beer just as though nothing had happened. We dubbed him a hero. The following day I met Captain Ghédéonof coming out of the hospital. ‘I dine with you fellows today,’ he said, ‘and to celebrate my return I will stand the champagne.’ We sat down to the table, and the young officer of the beer was there. He did not wait for the champagne. A bottle was being uncorked near him, and fizz! the cork hit him on the temple. He uttered a cry and fainted away. Believe me, my hero had been devilishly afraid the first time, and his drinking the beer instead of getting out of the way showed that he had lost the control of his mind, and only unconscious mechanical movements remained to him. Indeed, Professor, the human mechanism—”

“Sir,” said a servant who had just come into the room, “Jdanova says that the Countess will not take her food.”

“Devil take her!” growled the doctor. “I must go to her. When I have made my she-dragon eat, Professor, if agreeable to you, we will take a hand at preference or at douratchki.” I expressed my regret that I was ignorant of the games, and, when he had gone to see the invalid, I went up to my room and wrote to Mlle. Gertrude.

II

It was a warm night, and I had left open the window overlooking the park. I did not feel ready for sleep after I finished my letter, so I set to work to rehearse the irregular Lithuanian verbs, and to look into Sanskrit to find the origins of their different irregularities. In the middle of my absorbing labours a tree close to my window shook violently. I could hear the dead branches creak, and it seemed as though some heavy animal were trying to climb it. Still engrossed with the bear stories that the doctor had told me, I got up, feeling rather uneasy, and saw, only a few feet from my window, a human head among the leaves of the tree, lit up plainly by the light from my lamp. The vision only lasted a second, but the singular brilliance of the eyes which met my gaze struck me more than I could say. Involuntarily I took a step backwards; then I ran to the window and demanded in severe tones what the intruder wanted. Meanwhile he climbed down quickly, and, seizing a large branch between both hands, he swung himself off, jumped to the ground, and was soon out of sight. I rang the bell and told the adventure to a servant who answered it.

Sir,” he said, “you must be mistaken.”

“I am certain of what I tell you,” I replied. “I am afraid there is a burglar in the park.”

“It is impossible, sir.”

“Well, then, is it someone out of the house?”

The servant opened his eyes wide without replying, and in the end asked me if I wanted anything. I told him to fasten my window, and I went to bed.

I slept soundly, neither dreaming of bears nor of thieves. In the morning, while I was dressing, someone knocked at my door. I opened it and found myself face to face with a very tall and finely built young man in a Bokhara dressing-gown, holding in his hand a long Turkish pipe.

“I come to beg your pardon, Professor,” he said, “for having welcomed such a distinguished guest so badly. I am Count Szémioth.”

I hastened to say that, on the contrary, my humble thanks were due to him for his most courteous hospitality, and inquired if he had lost his headache.

“Very nearly,” he said. “At all events, until the next crisis,” he added, with a melancholy expression. “Are you comfortable here? You must not forget that you are among barbarians; it would be difficult to think otherwise in Samogitia.”

I assured him I was most comfortably entertained. All the time I was speaking I could not prevent myself from studying him with a very impolite curiosity; there was something strange in his look which reminded me, in spite of myself, of the man whom I had seen climbing the tree the night before. . . .

“But what probability,” I said to myself, “is there that Count Szémioth would climb trees by night?”

His forehead was high and well-developed, although rather narrow. His features were large and regular, but his eyes were too close together, and I did not think that, measured from one lachrymal gland to the other, there was the width of an eye, the canon of Greek sculptors. His glance was piercing. Our eyes met several times, in spite of ourselves, and we looked at each other with some embarrassment. All at once the Count burst out laughing.

“You recognise me!” he said.

“Recognise you?”

“Yes, you detected me yesterday playing a scoundrelly part.”

“Oh! Monsieur le Comte!”

“I had passed a suffering day shut up in my bedroom. As I was somewhat better at night I went for a walk in the garden. I saw your light and yielded to curiosity. . . . I ought to have told you who I was, and introduced myself properly, but I was in such a ridiculous situation. . . . I was ashamed, and so I fled. . . . Will you excuse me for having disturbed you in the midst of your works?”

He said all this with a would-be-playful air; but he blushed, and was evidently confused. I did my best to reassure him that I did not retain any unpleasant impression from our first interview, and, to change the subject, I asked if he really possessed the Samogitic Catechism of Father Lawiçki.

“It may be so; but, to tell you the truth, I do not know much about my father’s library. He loved old and rare books. I hardly read anything beyond modern works; but we will look for it, Professor. You wish us, then, to read the Gospel in Jmoudic?”

“Do you consider, M. le Comte, that a translation of the Scriptures into the language of this country is very desirable?”

“Certainly; nevertheless, if you will permit me a slight remark, I can tell you that amongst the people who know no other language than the Jmoudic, there is not a single person who can read.”

“Perhaps so, but I ask permission of Your Excellency to point out that the greatest obstacle in the way of learning to read is the absence of books. When the Samogitic countries have a printed text they will wish to read it, and will learn to read. This has already happened in the case of many savage races . . . not that I wish to apply such a term to the people of this country. . . . Furthermore,” I went on, “is it not a deplorable thing that a language should disappear, leaving no trace behind? Prussian became a dead language thirty years ago, and the last person who knew Cornic died the other day.”

“Sad,” interrupted the Count. “Alexander Humboldt told my father he had met with a parrot in America that was the only living thing which knew several words of the language of a tribe now entirely wiped out by small-pox. Will you allow me to order our tea here?”

While we drank tea the conversation turned upon the Jmoudic tongue. The Count found fault with the way Germans print Lithuanian, and he was right.

“Your alphabet,” he said, “does not lend itself to our language. You have neither our J, nor our L, Y, or Ë. I have a collection of daïnos published last year at Koenigsberg, and I had immense trouble to understand the words, they are so queerly formed.”

“Your Excellency probably speaks of Lessner’s daïnos?”

“Yes, it is a very vapid poetry, do you not think?”

“He might perhaps have selected better. I admit that, as it is, this collection has but a purely philological interest; but I believe if careful search were made one would succeed in collecting the most perfect flowers of your folk-poetry.”

“Alas! I doubt it very much, in spite of my patriotic desires.”

“A few weeks ago a very fine ballad was given me at Wilno—an historical one. . . . It is a most remarkable poem. . . . May I read it? I have it in my bag.”

“With the greatest pleasure.”

He buried himself in an armchair, after asking permission to smoke.

“I can’t understand poetry unless I smoke,” he said.

“It is called The Three Sons of Boudrys.”

“The Three Sons of Boudrys?” exclaimed the Count with a gesture of surprise.

“Yes, Boudrys, as Your Excellency knows better than I, is an historic character.”

The count looked at me fixedly with that odd gaze of his. It was something indefinable, both timid and ferocious, and produced an almost painful impression until one grew accustomed to it. I hurriedly began to read to escape it.

“THE THREE SONS OF BOUDRYS.

“In the courtyard of his castle old Boudrys called together his three sons—three genuine Lithuanians like himself.

“ ‘My children,’ he said to them, ‘feed your war horses, and get ready your saddles; sharpen your swords and your javelins. It is said that at Wilno war has broken out between the three quarters of the globe. Olgerd will march against Russia; Skirghello against our neighbours, the Poles; Keystut will fall upon the Teutons. You are young, strong and bold; go and fight; and may the gods of Lithuania protect you! This year I shall not go to war, but I wish to counsel you. There are three of you, and three roads are open to you.

“ ‘One of you must accompany Olgerd to Russia, to the borders of Lake Ilmen, under the walls of Novgorod. Ermine skins and embroidered stuffs you will find there in plenty, and among the merchants as many roubles as there are blocks of ice in the river.

“ ‘The second must follow Keystut in his incursion. May he scatter the cross-bearing rabble! Amber is there as common as is the sea sand; their cloths are without equal for sheen and colour; their priests’ vestments are ornamented with rubies.

“ ‘The Third shall cross the Niéman with Skirghello. On the other side he will find base implements of toil. He must choose good lances and strong bucklers to oppose them, and he will bear away a daughter-in-law.

“ ‘The women of Poland, my sons, are the most beautiful of all our captives—sportive as kittens and as white as cream. Under their black brows their eyes sparkle like stars. When I was young, half a century ago, I brought away captive from Poland a beautiful girl who became my wife. She has long been dead, but I can never look at her side of the hearth without remembering her.’

“He blessed the youths, who were already armed and in the saddle. They set out. Autumn came, then winter . . . but they did not come back, and the old Boudrys believed them to be dead.

“There came a snowstorm, and a horseman drew near, who bore under his black bourka a precious burden.

“ ‘Is it a sackful of roubles from Novgorod?’ asked Boudrys.

“ ‘No, father. I am bringing you a daughter-in-law from Poland.’

“In the midst of the snowstorm another horseman appeared. His bourka was also distended with a precious burden.

“ ‘What have you, my child; yellow amber from Germany?’

“ ‘No, father. I bring you a daughter-in-law from Poland.’

“The snow fell in squalls. A horseman advanced hiding a precious burden under his bourka. . . . But before he had shown his spoil Boudrys had invited his friends to a third wedding.”

“Bravo! Professor,” cried the Count; “you pronounce Jmoudic to perfection. But who told you this pretty daïna?”

“A young lady whose acquaintance I had the honour to make at Wilno, at the house of Princess Katazyna Paç.”

“What is her name?”

“The panna Iwinska.”

“Mlle. Ioulka!”exclaimed the Count. “The little madcap! I might have guessed it. My dear Professor, you know Jmoudic and all the learned tongues; you have read every old book, but you have let yourself be taken by a young girl who has only read novels. She has translated to you, more or less correctly, in Jmoudic, one of Miçkiewicz’s dainty ballads, which you have not read because it is no older than I am. If you wish it I will show it to you in Polish, or, if you prefer, in an excellent Russian translation by Pushkin.”

I confess I was quite dumbfounded. How the Dorpat professor would have chuckled if I had published as original the daïna of the “Sons of Boudrys”!

Instead of being amused at my confusion, the Count, with exquisite politeness, hastened to turn the conversation.

“So you have met Mlle. Ioulka?” he said.

“I have had the honour of being presented to her.”

“What do you think of her? Speak quite frankly.”

“She is a most agreeable young lady.”

“So you are pleased to say.”

“She is exceedingly pretty.”

“Oh!”

“Do you not think she has the loveliest eyes in the world?”

“Yes.”

“A complexion of the most dazzling whiteness? . . . I was reminded of a Persian ghazel, wherein a lover extols the fineness of his mistress’s skin. ‘When she drinks red wine,’ he said, ‘you see it pass down her throat.’ The panna Iwinska made me think of those Persian lines.”

“Mlle. Ioulka may possibly embody that phenomenom; but I do not know if she has any blood in her veins. . . . She has no heart. . . . She is as white and as cold as snow!”

He rose and walked round the room some time without speaking, as though to hid his emotion; then, stopping suddenly—

“Pardon me,” he said, “we were talking, I believe, of folk-poetry. . . .”

“We were, Your Excellency.”

“After all it must be admitted that she translated Miçkiewicz very prettily. . . . ‘Frolicsome as a kitten, . . . white as cream, . . . eyes like stars,’ . . . that is her own portrait, do you not agree?”

“Absolutely, Your Excellency.”

“With reference to this roguish trick the poor child is bored to death by an old aunt. She leads the life of a nun.”

“At Wilno she went into society. I saw her at the ball given by the officers of the — regiment.”

“Ah, yes! the society of young officers suits her exactly. To laugh with one, to backbite with another, and to flirt with all of them. . . . Will you come to see my father’s library, Professor?”

I followed him to a long gallery, lined with many handsomely bound books, which, to judge from the dust which covered their edges, were rarely opened. What was my delight to find that one of the first volumes I pulled out of a glass case was the Catechismus Samogiticus! I could not help uttering a cry of pleasure. It seemed as though some mysterious power were exerting its influence unbeknownst to us.

The Count took the book, and, after he had turned over the leaves carelessly, wrote on the fly-leaf: “To Professor Wittembach, from Michael Szémioth.” I did not know how to express my great gratitude, and I made a mental resolution that after my death this precious book should be the ornament of my own University library.

“If you like to consider this library your workroom,” said the Count, “you shall never be disturbed here.”

III

After breakfast the following day the Count proposed that I should take a walk with him. The object in view was to visit a kapas (the name given by the Lithuanians to tumuli, called by the Russians kourgâne), a very noted one in that country, because formerly poets and magicians (they are one and the same thing) gathered there on certain special occasions.

“I have a very quiet horse to offer you,” he said. “I regret that I can not take you by carriage, but, upon my word, the road we go by is not fit for carriages.”

I would rather have stopped in the library taking my notes, but I could not express any wish contrary to that of my generous host, and I accepted. The horses were waiting for us at the foot of the steps in the courtyard, where a groom held a dog in leash.

“Do you know much about dogs, Professor?” said the Count, stopping for a minute and turning to me.

“Hardly anything, Your Excellency.”

“The Staroste of Zorany, where I have property, sent me this spaniel of which he thinks highly. Allow me to show him to you.” He called to the groom, who came up with the dog. He was indeed a beautiful creature. The dog was quite used to the man, and leapt joyfully and seemed full of life; but when within a few yards of the Count he put his tail between his legs and hung back terrified. The Count patted him, and at this the dog set up a dismal howl.

“I think he will turn out a good dog with careful training,” he said, after having examined him for some time with the eye of a connoisseur. Then he mounted his horse.

“Professor,” he said, “when we were in the avenue leading from the château you saw that dog’s fear. Please give me your honest opinion. In your capacity of savant you must learn to solve enigmas. . . . Why should animals be afraid of me?”

“Really, Your Excellency does me the honour of taking me for an Oedipus, while I am only a simple professor of comparative philology. There might—”

“Observe,” he interrupted me, “that I never beat either horses or dogs. I have a scruple against whipping a poor beast who commits a mistake through ignorance. But, nevertheless, you can hardly conceive the aversion that I inspire in dogs and horses. It takes me double the time and trouble to accustom them to me that it would other people. It took me a long time before I could subdue the horse you are riding, but now he is as quiet as a lamb.”

“I believe, Your Excellency, that animals are physiognomists, and detect at once if people whom they see for the first time like them or not. I expect you only like animals for the services they render you; on the other hand, many people have an instinctive partiality for certain beasts, and they find it out at once. Now I, for instance, have always had an instinctive liking for cats. They very rarely run away from me when I try to stroke them, and I have never been scratched by one.”

“That is very likely,” said the Count; “I can not say I have a real affection for animals. . . . Human beings are so much more to be preferred. We are now coming into a forest, Professor, where the kingdom of beasts still flourishes—the matecznik, the womb, the great nursery of beasts. Yes, according to our national traditions, no one has yet penetrated its depths, no one has been able to reach to the heart of these woods and thickets, unless, always excepted, the poets and magicians have, who go everywhere. Here the beasts all live as in a Republic . . . or under a Constitutional Government, I can not tell which of the two. Lions, bears, elks, the joubrs, our wild oxen or aurochs, all live very happily together. The mammoth, which is preserved there, is thought highly of; it is, I believe, the Marshal of the Diet. They have a very strict police force, and if they decide that any beast is vicious they sentence him to banishment. It falls thus out of the frying-pan into the fire; it is obliged to venture into the region of man, and few escape.”

“A very curious legend,” I exclaimed; “but, Your Excellency, you speak of the aurochs, that noble animal which Caesar has described in his Commentaries, and which the Merovingian kings hunted in the forest of Compiègne. I am told they still exist in Lithuania—is that so?”

“Certainly. My father himself killed a joubr, having obtained permission from the Government. You can see the head in the large dining-hall. I have never seen one. I believe they are very scarce. To make amends we have wolves and bears here in abundance. To guard against a possible encounter with one of these gentlemen I have brought this instrument” (and he produced a Circassian tchékhole which he carried in his belt), “and my groom carries in his saddle-box a double-barrelled rifle.”

We began to penetrate into the forest. Soon the narrow track that we were following disappeared altogether. Every few moments we were obliged to ride round enormous trees whose low branches barred our passage. Several of these, which were dead of old age and fallen over, looked like bulwarks crowned with a line of chevaux-de-frise impossible to scale. Elsewhere we encountered deep pools covered with water lilies and duckweed. Further on we came to a clearing where the grass shone like emeralds; but woe to those who ventured on it, for this rich and deceptive vegetation usually hides abysses of mud in which both horse and rider would disappear for ever. . . . The arduousness of the route had interrupted our conversation. All my attention was taken up in following the Count, and I admired the imperturbable sagacity with which he guided his way without compass, and always regained the right direction which had to be followed to reach the kapas. It was evident that he had frequently hunted in these wild forests.

At last we perceived the tumulus in the centre of a large clearing. It was very high and surrounded by a fosse still clearly recognizable in spite of the landslips. It looked as though it had recently been excavated. At the summit I noticed the remains of an erection built of stones, some of which bore traces of fire. A considerable quantity of ashes, mixed with pieces of charcoal, with here and there fragments of coarse crockery, attested that there had been a fire on the top of the tumulus for a considerable time. If one can put faith in popular tradition, human sacrifices had been offered several times in the kapas; but there is hardly any extinct religion to which these abominable rites have not been attributed, and I imagine one could justify a similar theory with regard to the ancient Lithuanians from historic evidence.

We came down from the tumulus to rejoin our horses, which we had left on the far side of the fosse, when we saw an old woman approaching us, leaning on a stick and holding a basket in her hand.

“Good day, gentlemen,” she said to us as she came up, “I ask alms for the love of God. Give me something for a glass of brandy to warm my poor body.”

The Count threw her a coin, and asked what she was doing in the wood, so far from habitation. For sole answer she showed him her basket filled with mushrooms. Although my knowledge of botany was but limited, I thought several of the mushrooms looked like poisonous ones.

“My good woman,” I said, “you are not going to eat those, I hope.”

“Sir,” the old woman replied, with a sad smile, “poor folk eat all the good God gives them.”

“You are not acquainted with Lithuanian stomachs,” the Count put in; “they are lined with sheet iron. Our peasants eat every kind of fungus they find, and are none the worse for them.”

“At least prevent her from tasting the agaricus necator she has in her basket,” I cried, and I stretched out my hand to take one of the most poisonous of the mushrooms, but the old woman quickly withdrew the basket.

“Take care,” she said in a frightened tone; “they are protected . . . Pirkuns! Pirkuns!” “Pirkuns,” I may explain in passing, is the Samogitian name for divinity called by the Russians Péroune; it is the Jupiter tonans of the Slavs. If I was surprised when I heard the old woman invoke a pagan god, I was much more astonished to see the mushrooms heave up. The black head of a snake raised itself at least a foot out of the basket. I jumped back, and the Count spat over his shoulder after the superstitious custom of the Slavs, who believe that in this way they turn away misfortune, as did the ancient Romans. The old woman put the basket on the ground, and crouched by its side; then she held out her hand towards the snake, pronouncing some unintelligible words like an incantation. The snake remained quiet a moment, then it curled itself around the shrivelled arm of the old woman and disappeared in the sleeve of her sheepskin cloak, which, with a dirty chemise, comprised, I believe, all the dress of this Lithuanian Circe. The old woman looked at us with a little laugh of triumph, like a conjurer who has just executed a difficult trick. Her face wore that mixture of cunning and stupidity which is often noticeable in would-be witches, who are mostly scoundrels and dupes.

“Here you have,” said the Count in German, “a specimen of local colour; a witch who tames snakes, at the foot of a kapas, in the presence of a learned professor and of an ignorant Lithuanian gentleman. It would make a capital subject for a picture of natural life by your countryman Knauss. . . . If you wish to have your fortune told, this is a good opportunity.”

I replied that I did not encourage such practices.

“I would much rather,” I added, “ask her if she knows anything about that curious superstition of which you spoke. Good woman,” I said to her, “have you heard tell of a part of this forest where the beasts live in a community, independent of man’s rule?”

The witch nodded her head in the affirmative, and she gave a low laugh, half silly, half malicious.

“I come from it,” she said. “The beasts have lost their king. Noble, the lion, is dead; the animals are about to elect another king. If you go perhaps they will make you king.”

“What are you saying, mother?” and the count burst into shouts of laughter. “Do you know to whom you are talking? Do you not know that this gentleman is . . . (what the deuce do they call a professor in Jmoudic?) a great savant, a sage, a waïdelote?”

The witch stared at him fixedly.

“I was mistaken,” she said. “It is thou who ought to go there. Thou wilt be their king, not he; thou art tall, and strong, and has claws and teeth.”

“What do you think of the epigrams she levels at us?” said the Count. “Can you show us the way, mother?” he asked.

She pointed with her hand to a part of the forest.

“Indeed?” said the Count. “And how can you get across the marsh? You must know, Professor, that she pointed to an impassable swamp, a lake of liquid mud covered over with green grass. Last year a stag that I wounded plunged into this infernal marsh, and I watched him sink slowly, slowly. . . . In five minutes I saw only his horns, and soon he disappeared completely, two of my dogs with him.”

“But I am not heavy,” said the old woman, chuckling.

“I think you could cross the marsh easily on a broomstick.”

A flash of anger shone in the woman’s eyes.

“Sir,” she said, returning to the drawling and nasal twang of the beggar, “Haven’t you a pipe of tobacco to give a poor woman? Thou hadst better search for a passage through the swamp than go to Dowghielly,” she added in a lower tone.

“Dowghielly!” said the Count, reddening, “what do you mean?”

I could not help noticing that this word produced a singular effect upon him. He was visibly embarrassed; he lowered his head in order to hide his confusion, and busied himself over opening the tobacco pouch which hung at the hilt of his hunting knife.

“No, do not go to Dowghielly,” repeated the old woman. “The little white dove is not for thee, is she, Pirkuns?”

At that moment the snake’s head appeared out of the collar of the old woman’s cloak and stretched up to its mistress’s ear. The reptile, trained doubtless to the trick, moved its jaw as though it spoke.

“He says I am right?” said the old woman.

The Count gave her a handful of tobacco.

“Do you know me?” he asked.

“No, sir.”

“I am the master of Médintiltas. Come and see me one of these days; I will give you tobacco and brandy.”

The old woman kissed his hand and moved away with rapid strides. We soon lost sight of her. The Count remained thoughtful, tying and untying the fastenings of his bag, hardly conscious of what he was doing.

“Professor,” he said to me after a somewhat long silence, “you will laugh at me. That old crone knew both me and the road which she showed me better than she pretended. . . . After all, there is nothing so very surprising in that. I am as well known in this countryside as the white wolf. The jade has seen me several times on the road to Dowghielly Castle. . . . A marriageable young lady lives there, so she concluded that I was in love. . . . Then some handsome boy has bribed her to tell me bad luck. . . . It is obvious enough. Nevertheless, . . . in spite of myself, her words have affected me. I am almost frightened by them. . . . You have cause to laugh. . . . The truth is that I intended to go and ask for dinner at the Castle of Dowghielly, and now I hesitate. . . . I am a great fool. Come, Professor, you decide it. Shall we go?”

“In questions of marriage I never give advice,” I said laughingly. “I take good care not to have an opinion.”

We had come back to our horses.

“The horse shall choose for me,” cried the Count, as he vaulted into the saddle and let the bridle lie slack.

The horse did not hesitate; he immediately entered a little footpath, which, after several turnings, descended into a metalled road which let to Dowghielly. Half an hour after we reached the Castle steps.

At the sound of our horses a pretty, fair head appeared at a window, framed between two curtains. I recognised the translator of Miçkiewicz, who had taken me in.

“You are welcome,” she said. “You could not have come more apropos, Count Szémioth. A dress from Paris has just arrived for me. I shall be lovely past recognition.”

The curtains closed again.

“It is certainly not for me that she is putting on this dress for the first time,” muttered the Count between his teeth while mounting the steps.

He introduced me to Madam Dowghiello, the aunt of the panna Iwinska, who received me courteously and spoke to me of my last articles in the Koenigsberg Scientific and Literary Gazette.

“The Professor has come to complain to you,” said the Count, “of the malicious trick which Mademoiselle Ioulka played on him.”

“She is a child, Professor; you must forgive her. She often drives me to distraction with her follies. I had more sense at sixteen than she has at twenty, but she is a good girl at heart, and she has many good qualities. She is an admirable musician, she paints flowers exquisitely, and she speaks French, German and Italian equally well. . . . She embroiders.”

“And she composes Jmoudic verses,” added the Count, laughing.

“She is incapable of it,” exclaimed Madam Dowghiello; and they had to explain her niece’s mischievousness.

Madam Dowghiello was well educated, and knew the antiquities of her country. Her conversation was particularly agreeable to me. She read many of our German reviews, and held very sane views upon philology. I admit that I did not notice the time that Mademoiselle Iwinska took to dress, but it seemed long to Count Szémioth, who got up and sat down again, looked out of the window, and drummed on the pane with his finger as a man who has lost patience.

At length, at the end of three-quarters of an hour, Mademoiselle Julienne appeared, wearing with exquisite grace a dress which would require more critical knowledge than mine to describe. She was followed by her French governess.

“Do I not look pretty?” she said to the Count, turning round slowly so that he could see her from all sides.

She did not look either at the Count or at me, but at her new dress.

“How is it, Ioulka,” said Madam Dowghiello, “that you do not say good day to the Professor? He complains of you.”

“Ah, Professor!” she cried, with a charming little pout. “What have I done? Have you come to make me do penance?”

“We shall punish ourselves, Mademoiselle, if we deprive ourselves of your presence,” I answered. “I am far from complaining; on the contrary, I congratulate myself on having learned, thanks to you, that the Lithuanian Muse has reappeared more brightly thane ever.”

She lowered her head, and, putting her hands before her face, taking care not to disarrange her hair, she said, in the tones of a child who has just stolen some sweetmeats—

“Forgive me; I will not do it again.”

“I will only pardon you, my dear Pani,” I said to her, “if you will fulfill a certain promise which you were good enough to make me at Wilno, at the house of the Princess Katazyna Paç.”

“What promise?” she asked, raising her head and laughing.

“Have you forgotten so soon? You promised me that if we met in Samogitia you would let me see a certain country dance which you said was enchanting.”

“Oh, the roussalka! I shall be charmed; and the very man I need is here.”

She ran to a table loaded with music-books, and, turning over one hastily, put it on the piano stand.

“Mind, my dear, allegro presto,” she said, addressing her governess. And she played the prelude herself, without sitting down, to show the time.

“Come here, Count Michel! you are too much of a Lithuanian not to be able to dance the roussalka; . . . but dance like a peasant, you understand.”

Madam Dowghiello in vain tried to object. The Count and I insisted. He had his motives, for his part in the dance was extremely agreeable, as we soon saw. The governess, after several attempts, said she thought she could play that kind of waltz, strange though it was; so Mademoiselle Ioulka, after moving some chairs and a table that were in the way, took hold of her partner by the collar of his coat and led him into the centre of the room.

“You must know, Professor, that I am a roussalka, at your service.”

She made a low bow.

“A roussalka is a water nymph. There is one in each of the big pools of black water which adorn our forests. Do not go near! The roussalka comes out, lovelier even than I, if that be possible; she carries you to the bottom, where, very likely, she gobbles you up. . . .”

“A real siren,” I cried.

“He,” continued Mademoiselle Ioulka, pointing to Count Szémioth, “is a very foolish young fisherman who exposes himself to my clutches, and, to make the pleasure last longer, I fascinate him by dancing round him for a time. . . . But, alas! to do it properly I want a sarafane. What a pity! You must please excuse this dress, which has neither character nor local colour. . . . Oh! and I have slippers on. It is quite impossible to dance the roussalka with slippers on . . . and heels on them too.”

She picked up her dress, and, daintily shaking a pretty little foot at the risk of showing her leg, she sent the slipper flying to the end of the drawing-room. The other followed the first, and she stood upon the parquetry floor in her silken stockings.

“We are quite ready,” she said to the governess. And the dance began.

The roussalka revolves and revolves round her partner; he stretches out his arms to seize her, but she slips underneath them and escapes. It is very graceful, and the music has movement and originality. The figure ends when the partner, believing that he has seized the roussalka, tries to give her a kiss, and she makes a bound, strikes him on the shoulder, and he falls dead at her feet. . . . But the Count improvised a variation, strained the winsome creature in his arms, and kissed her again and again. Mademoiselle Ioulka uttered a little cry, blushed deeply, and threw herself, pouting, onto a couch, complaining that he had hugged her like the bear that he was. I saw that the comparison did not please the Count, for it brought to his mind the family misfortune, and his brow darkened. I thanked Mademoiselle Ioulka most warmly, praised her dance, which seemed to me to have an antique flavour and recalled the sacred dances of the Greeks. I was interrupted by a servant announcing General and Princess Véliaminof. Mademoiselle Ioulka leaped to the sofa for her shoes, hastily thrust in her little feet, and ran to meet the Princess, making successively two profound bows. I noticed that at each bow she adroitly drew on part of her slipper. The General brought with him two aides-de-camp, and, like us, had come to ask for hospitality. In any other country I imagine the mistress of the hosue would have been a little embarrassed to receive all at once six hungry and unexpected guests; but Lithuanian hospitality is so lavish that the dinner was not more than half an hour late, I think; there were too many pies, however, both hot and cold.

IV

The dinner was very lively. The General gave us a most interesting account of the dialects spoken in the Caucasus, some of which are Aryan, and others Turanian, although between the different peoples there is a remarkable uniformity in manners and customs. I had to talk of my travels because Count Szémioth congratulated me on the way I sat a horse, and said he had never met a minister or a professor who could have managed so easily such a journey as the one we had taken. I explained to him that, commissioned by the Bible Society to write a work on the language of the Charruas, I had spent three and a half years in the Republic of Uruguay, nearly always on horseback, and living in the pampas among the Indians. This led me to relate how, when lost for three days in those boundless plains, without food or water, I had been reduced, like the gauchos who accompanied me, to bleed my horse and drink his blood.

All the ladies uttered a cry of horror. The General observed that the Kalmouks did the same in similar extremities. The Count asked me what the drink tasted like.

“Morally, it was most repugnant,” I replied, “but, physically, I found it rather good, and it is owing to it that I have the honour of dining here today. Many Europeans, I mean white men, who have lived for a long time with the Indians, accustom themselves to it, and even get to like the taste. My good friend Don Fructuoso missed a chance of gratifying it. I recollect one day, when he was going to Congress in full uniform, he passed a rancho where a young foal was being bled. He got off his horse to ask for a chupon, a suck; after which he delivered one of his most eloquent speeches.”

“Your President is a hideous monster,” cried Mademoiselle Ioulka.

“Pardon me, my dear Pani,” I said to her, “he is a very distinguished person, with a most enlightened mind. He speaks several very difficult Indian dialects to perfection, specially the Charrua, the verbs of which take innumerable forms, according to whether its objective is direct or indirect, and even according to the social relations of the persons who speak.”

I was about to give some very curious instances of the construction of the Charrua verb, but the Count interrupted me to ask what part of the horse they bled when they wanted to drink its blood.

“For goodness’ sake, my dear Professor,” cried Mademoiselle Ioulka, with a comic expression of terror, “do not tell him. He is just the man to slay his whole stable, and to eat us up ourselves when he has no more horses left!”

Upon this sally the ladies laughingly left the table to prepare tea and coffee while we smoked. In a quarter of an hour they sent from the drawing-room for the General. We all prepared to go with him; but we were told that the ladies only wished one man at a time. Very soon we heard from the drawing-room loud bursts of laughter and clapping of hands.

“Mademoiselle Ioulka is up to her pranks,” said the Count.

He was sent for next; and again there followed laughter and applause. It was my turn after his. By the time I had reached the room every face had taken on a pretended gravity which did not bode well. I expected some trick.

“Professor,” said the General to me in his most official manner, “these ladies maintain that we have given too kind a reception to their champagne, and they will not admit us among them until after a test. You must walk from the middle of the room to that wall with your eyes bandaged, and touch it with your finger. You see how easy it is; you have only to walk straight. Are you able to keep a straight line?”

“I think so, General.”

Mademoiselle Ioulka then threw a handkerchief over my eyes and tied it tightly behind.

“You are in the middle of the room,” she said; “stretch out your hand. . . . That is right! I wager that you will not touch the wall.”

“Forward, march!” called out the General. I advanced very cautiously, sure that I should encounter some cord or footstool treacherously placed in my path to trip me up, and I could hear stifled laughter, which increased my confusion. At length I believed I was quite close to the wall, when my outstretched finger suddenly went into something cold and sticky. I made a grimace and started back, which set all the onlookers laughing. I tore off my bandage, and saw Mademoiselle Ioulka standing near me holding a pot of honey, into which I had thrust my finger, thinking that I touched the wall. My only consolation was to watch the two aides-de-camp pass through the same ordeal, with no better result than I. Throughout the evening Mademoiselle Ioulka never ceased to give vent to her frolicsome humour. Ever teasing, ever mischievous, she made first one, then another, the butt of her fun. I observed, however, that she more frequently addressed herself to the Count, who, I must say, never took offence, and even seemed to enjoy her allurements. But when, on the other hand, she began an attack upon one of the aides-de-camp, he frowned, and I saw his eyes kindle with that dull fire which was almost terrifying. “Frolicsome as a kitten and as white as cream.” I thought in writing that verse Miçkiewicz must surely have wished to draw the portrait of the panna Ioulka.

V

It was very late before we retired to bed. In many of the great houses in Lithuania there is plenty of splendid silver plate, fine furniture, and valuable Persian carpets; but they have not, as in our dear Germany, comfortable feather beds to offer the tired guest. Rich or poor, nobleman or peasant, a Slav can sleep quite soundly on a board. The Castle of Dowghielly was no exception to this rule. In the room to which the Count and I were conducted there were but two couches newly covered with morocco leather. This did not distress me much, as I had often slept on the bare earth in my travels, and I laughed a little at the Count’s exclamations upon the barbarous customs of his compatriots. A servant came to take off our boots and to bring us dressing-gowns and slippers. When the Count had taken off his coat, he walked up and down awhile in silence, then he stopped in front of the couch, upon which I had already stretched myself.

“What do you think of Ioulka?” he said.

“I think she is bewitching.”

“Yes, but such a flirt! . . . Do you believe she has any liking for that fair-haired little captain?”

“The aide-de-camp? . . . How should I tell?”

“He is a fop! . . . So he ought to please women.”

“I deny your conclusion, Count. Do you wish me to tell you the truth? Mademoiselle Ioulka thinks far more how to please Count Szémioth than to please all the aides-de-camp in the army.”

He blushed without replying; but I saw that my words had given him great pleasure. He walked about again for some time without speaking; then, after looking at his watch, he said—

“Good gracious! we must really go to sleep; it is very late.”

He took his rifle and his hunting knife, which had been placed in our room, put them in a cupboard, and took out the key.

“Will you keep it?” he said; and to my great surprise he gave it to me. “I might forget it. You certainly have a better memory than I have.”

“The best way not to forget your weapons would be to place them on that table near your sofa,” I said.

“No. . . . Look here, to tell you the truth, I do not like to have arms by me when I am asleep. . . . This is the reason. When I was in the Grodno Hussars, I slept one night in a room with a companion, and my pistols were on the chair near me. In the night I was awakened by a report. I had a pistol in my hand; I had fired, and the bullet had passed within two inches of my comrade’s head. . . . I have never been able to remember the dream I had.”

I was a little disturbed by his anecdote. I was guarded against having a bullet through my head; but, when I looked at the tall figure of my companion, with his Herculean shoulders and his muscular arms covered with black down, I could not help recognising that he was perfectly able to strangle me with his hands if he had a bad dream. I took care, however, not to let him see that I felt the slightest uneasiness. I merely put a light on a chair close to my couch, and began to read the Catechism of Lawiçki, which I had brought with me. The count wished me good night, and lay down on his sofa, upon which he turned over five or six times; at last he seemed asleep, although he was doubled up like Horace’s lover, who, shut up in a chest, touched his head with his bent knees.

“. . . Turpi clausus in arca, Contractum genibus tangas caput. . . .”

From time to time he sighed heavily, or made a kind of nervous rattle, which I attributed to the peculiar position in which he had chosen to sleep. An hour perhaps passed in this way, and I myself because drowsy. I shut my book, and settled myself as comfortable as was possible on my bed, when an odd giggling sound from my neighbor set me trembling. I looked at the Count. His eyes were shut; his whole body shuddered; from his half-opened lips escaped some hardly articulate words.

“So fresh! . . . so white! . . . The Professor did not know what he said. . . . Horse is not worth a straw. . . . What a delicious morsel!”

Then he began to bite the cushion, on which his head rested, with all his might, growling at the same time so loudly that he woke himself.

I remained quite still on my couch, and pretended to be asleep. Nevertheless, I watched him. He sat up, rubbed his eyes, sighed sadly, and remained for nearly an hour without changing reflections. I was, however, very ill at ease, and I inwardly vowed never again to sleep by the side of the Count. But in the long run weariness overcame disquiet, and when the servant came to our room in the morning, we were both in a profound sleep.

VI

We returned to Médintiltas after breakfast. When I found Dr. Froeber alone, I told him that I believed the Count was unwell, that he had had frightful dreams, was possibly a somnambulist and would be dangerous in that condition.

“I am aware of all that,” said the doctor. “With an athletic organization he is at the time as nervous as a highly strung woman. Perhaps he gets it from his mother. . . . She has been devilishly bad today. . . . I do not believe much in stories of fright and longings of pregnant women; but one thing is certain, the Coutness is mad, and madness can be inherited.

“But the Count,” I returned, “is perfectly sane: his mind is sound, he has much higher intelligence than, I admit, I should have expected; he loves reading. . . .”

“I grant it, my dear sir, I grant it; but he is often eccentric. Sometimes he shuts himself up for several days; often he roams about at night. He reads unheard-of books. . . . German metaphysics . . . physiology, and I know not what! Even yesterday a package of them came from Leipzig. Must I speak plainly? A Hercules needs a Hebe. There are some very pretty pleasant girls here. . . . There is not one of them but would be only too proud to distract my lord. I, at his age, devil take me! . . . No, he has no mistress; he will not marry; it is wrong. He out to have something to occupy his mind.”

The doctor’s coarse materialism shocked me extremely, and I abruptly terminated the conversation by saying that I sincerely wished that Count Szémioth should find a wife worthy of him. I was surprised, I must admit, when I learned from the doctor of the Count’s taste for philosophical studies. It went against all my preconceived ideas that this officer of the Hussars, this ardent sportsman, should read German metaphysics and engage himself in physiology. The doctor spoke the truth, however, as I had proof therof even that very day.

“How do you explain, Professor,” he said to me suddenly towards the close of dinner—“how do you explain the duality or the twofold nature of our being?”

And when he observed that I did not quite follow him, he went on—

“Have you never found yourself at the top of a tower, or even at the edge of a precipice, having at the same time a desire to throw yourself down into space, and a feeling of terror absolutely the reverse? . . .”

“That can be explained on purely physical grounds,” said the doctor; “first, the fatigue of walking up hill sends a rush of blood to the brain, which—”

“Let us leave aside the question of the blood, doctor,” broke in the Count impatiently, “and take another instance. You hold a loaded firearm. Your best friend stands by. The idea occurs to you to put a ball through his head. You hold assassination in the greatest horror, but all the same, you have thought of it. I believe, gentlemen, that if all the thoughts which come into our heads in the course of an hour . . . I believe that if all your thoughts, Professor, whom I hold to be so wise, were written down, they would form a folio volume probably, after the perusal of which there would not be a single lawyer who could successfully defend you, nor a judge who would not either put you in prison or even in a lunatic asylum.”

“That judge, Count, would certainly not condemn me for having hunted, for more than an hour this morning, for the mysterious law that decides which Slavonic verbs take a future tense when joined to a preposition; but if by chance I had some other thought, what proof of it could you bring against me? I am no more master of my thoughts than of the external accidents which suggest them to me. Because a thought springs up in my mind, it can not be implied that I have put it into execution, or even resolved to do so. I have never thought of killing anybody; but, if the thought of a murder comes into my mind, is not my reason there to drive it away?”

“You talk with great certainty of your reason; but is it always with us, as you say, to guide us? Reflection, that is to say, time and coolness are necessary to make the reason speak and be obeyed. Has one always both of these? In battle I see a bullet coming towards me; it rebounds, and I get out of the way; by so doing I expose my friend, for whose life I would have given my own if I had had time for reflection. . . .”

I tried to point out to him our duty as men and Christians, the obligations we are under to imitate the warrior of the Scriptures, always ready for battle; at length I made him see that in constantly struggling against our passions we gain fresh strength to weaken and to overcome them. I only succeeded, I fear, in reducing him to silence, and he did not seem convinced.

I stayed but ten days longer at the Castle. I paid one more visit to Dowghielly, but we did not sleep there. As on the first occasion, Mlle. Ioulka acted like a frolicsome and spoiled child. She exercised a kind of fascination over the Count, and I did not doubt that he was very much in love with her. At the same time he knew her faults thoroughly, and was under no illusions. He knew she was a frivolous coquette, and indifferent to all that did not afford her amusement. I could see that he often suffered internally at seeing her so unreasonable; but as soon as she paid him some little attention his face shone, and he beamed with joy, forgetful of all else. He wished to take me to Dowghielly for the last time the day before my departure, possibly because while I could stay talking with the aunt, he could walk in the garden with the niece; but I had so much work to do I was obliged to excuse myself, however much he urged. He returned to dinner, although he had told us not to wait. He came to table, but could not eat. He was gloomy and ill-tempered all through the meal. From time to time his eyebrows contracted and his eyes assumed a sinister expression. When the doctor returned to the Countess, the Count followed me to my room, and told me all that was on his mind.

“I heartily repent,” he exclaimed, “Having left you to go and see that little fool who makes game of me, and only cares for fresh faces; but, fortunately, all is over between us; I am utterly disgusted, and I will never see her again. . . .”

For some time he paced up and down according to his usual habit.

“You thought, perhaps, I was in love with her?” he went on. “That is what the silly doctor thinks. No, I have never loved her. Her merry look amused me. Her white skin gave me pleasure to look at. . . . That is all there is pleasing about her, . . . her complexion especially. She has no brains. I have never seen anything in her but just a pretty doll, agreeable to look at when one is tired and lacks a new book. . . . There is no doubt she is beautiful. . . . Her skin is marvellous! . . . The blood under that skin ought to be better than a horse’s. . . . Do you not think so, Professor?”

And he laughed aloud, but his laugh was not pleasant to hear.

I said good-bye to him the next day, to continue my explorations in the north of the Palatinate.

VII

They lasted nearly two months, and I can say that there is hardly a village in Samogitia where I did not stop and where I did not collect some documents. I may here be allowed, perhaps, to take this opportunity of thanking the inhabitants of that province, and especially the Church dignitaries, for the truly warm cooperation they accorded me in my researches, and the excellent contributions with which they have enriched my dictionary.

After staying a week at Szawlé, I intended to embark at Klaypeda (the seaport which we call Memel) to return to my home, when I received the following letter from Count Szémioth, which was brought by one of his huntsmen:—

“My dear Professor,—Allow me to write to you in German, for I should commit too many errors in grammar if I wrote in Jmoudic, and you would lose all respect for me. I am not sure you have much of that as it is, and the news that I am about to communicate to you will probably not increase it. Without more ado, I am going to be married, and you will guess to whom. Jove laughs at lovers’ vows. So said Pirkuns, our Samogitian Jupiter. It is, then, Mlle. Julienne Ioulka that I am to marry on the 8th of next month. You will be the kindest of men if you will come and assist the ceremony. All the peasantry of Médintiltas and the neighbouring districts will come to devour several oxen and countless swine, and, when they are drunk, they will dance in the meadow, which, you will remember, lies on the right of the avenue. You will see costumes and customs worthy of your consideration. It will give me and also Julienne the greatest pleasure if you come, and I must add that your refusal would place us in a most awkward situation. You know that I belong to the Evangelical Communion, as does my betrothed; now, our minister, who lives about thirty leagues away, is crippled with gout, and I ventured to hope you would be so good as to act in his stead.

“Believe me, my dear Professor,

           “Yours every devotedly,
                       “Michel Szémioth.”

At the end of the letter, in the form of a postscript, had been added in Jmoudic, in a pretty feminine handwriting:

“I, the muse of Lithuania, write in Jmoudic. Michel is very impertinent to question your approval. There is no one but I, indeed, who would be so silly as to marry such a fellow as he. You will see, Professor, on the 8th of next month, a bride who may be called chic. That is not a Jmoudic word; it is French. But please do not be distracted during the ceremony.”

Neither the letter nor the postscript pleased me. I thought the engaged couple showed an inexcusable levity concerning such a solemn occasion. However, how was I to decline? And yet I will admit that the promised pageant had its attractions for me. According to all appearance, I should not fail to find among the great number of gentlefolk, who would be gathered together at the Castle of Médintiltas, some learned people who would furnish me with useful information. My Jmoudic glossary was very good; but the sense of a certain number of words which I had learned from the lips of the lowest of the peasants was still, relatively speaking, somewhat obscure to me. All these considerations combined were sufficiently strong to make me consent to the Count’s request, and I replied that I would be at Médintiltas by the morning of the 8th.

How greatly had I occasion to repent of my decision!

VIII

On entering the avenue which led to the Castle I saw a great number of ladies and gentlemen in morning dress standing in groups on the steps of the entrance or walking about the paths of the park. The court was filled with peasants in their Sunday attire. The Castle bore a festive air; everywhere were flowers and wreaths, flags and festoons. The head servant led me to the room on the ground floor which had been assigned to me, apologizing for not being able to offer me a better one; but there were so many visitors in the Castle that it had been impossible to reserve me the room I had occupied during my first visit, which had been given to the wife of the premier Marshal. My new chamber was, however, very comfortable; it looked on the park, and was below the Count’s apartment. I dressed myself hastily for the ceremony, and put on my surplice, but neither the Count nor his betrothed made their appearance. The Count had gone to fetch her from Dowghielly. They should have come back a long time before this; but a bride’s toilet is not a light business, and the doctor had warned the guests that as the breakfast would not take place till after the religious ceremony, those whose appetites were impatient would do well to fortify themselves at a sideboard, which was spread with cakes and all kinds of drinks. I remarked at the time that the delay excited ill-natured remarks; two mothers of pretty girls invited to the fête did not refrain from epigrams launched at the bride.

It was past noon when a salvo of cannon and muskets heralded her arrival, and soon after a state carriage entered the avenue drawn by four magnificent horses. It was easily seen by the foam which covered their chests that the delay had not been on their part. There was no one in the carriage besides the bride, Madam Dowghiello and the Count. He got out and gave his hand to Madam Dowghiello. Mademoiselle pretended to hide under a shawl to avoid the curious looks which surrounded her on all sides. But she stood up in the carriage, and was just about to take the Count’s hand when the wheelers, terrified maybe by the showers of flowers that the peasants threw at the bride, perhaps also seized with that strange terror which animals seemed to experience at the sight of Count Szémioth, pranced and snorted; a wheel struck the column at the foot of the flight of steps, and for a moment an accident was feared. Mademoiselle Ioulka uttered a little cry, . . . but all minds were soon relieved, for the Count snatched her up in his arms and carried her to the top of the steps as easily as though she had been a dove. We all applauded his presence of mind and his chivalrously gallant conduct. The peasants yelled terrific hurrahs, and the blushing bride laughed and trembled simultaneously. The Count, who was not at all in a hurry to rid himself of his charming burden, evidently exulted in showing her picture to the surrounding crowd. . . .

Suddenly a tall, pale, thin woman, with disordered dress and disheveled hair, and every feature of her face drawn with terror, appeared at the top of the flight of stairs before anyone could tell whence she sprang.

“Look at the bear!” she shrieked in a piercing voice, “look at the bear! . . . Get your guns! . . . He has carried off a woman! Kill him! Fire! fire!”

It was the Countess. The bride’s arrival had attracted everybody to the entrance and to the courtyard or to the windows of the Castle. Even the women who kept guard over the poor maniac had forgotten their charge; she had escaped, and, without being observed by anyone, had come upon us all. It was a most painful scene. She had to be removed, in spite of her cries and resistance. Many of the guests knew nothing about the nature of her illness, and matters had to be explained to them. People whispered in a low tone for a long time after. All faces looked shocked. “It is an ill omen,” said the superstitious, and their number is great in Lithuania.

However, Mlle. Ioulka begged for five minutes to settle her toilet and put on her bridal veil, an operation which lasted a full hour. It was more than was required to inform the people who did not know of the Countess’s illness of the cause and of its details.

At last the bride reappeared, magnificently attired and covered with diamonds. Her aunt introduced her to all the guests, and, when the moment came to go into the chapel, Madam Dowghiello, to my great astonishment, slapped her niece on the cheek, in the presence of the whole company, hard enough to make those whose attention was not otherwise engaged to turn round. The blow was received with perfect equanimity, and no one seemed surprised; but a man in black wrote something on a paper which he carried, and several of the persons present signed their names with the most nonchalant air. Not until after the ceremony did I find a clue to the riddle. Had I guessed it I should not have failed to oppose the abominable custom with the whole weight of my sacred office as a minister of religion. It was to set up a case for divorce by pretending that the marriage only took place by reason of the physical force exercised against one of the contracting parties.

After the religious service I felt it my duty to address a few words to the young couple, confining myself to putting before them the gravity and sacredness of the bond by which they had just united themselves; and, as I still had Mlle. Ioulka’s postscript on my mind, I reminded her that she was now entering a new life, no longer accompanied by childish pleasures and amusements, but filled with serious duties and grave trials. I thought that this portion of my sermon produced much effect upon the bride, as well as on everyone present who understood German.

Volleys of firing and shouts of joy greeted the procession as it came out of the chapel on its way to the dining-hall. The repast was splendid and the appetites very keen; at first no other sounds were audible but the clatter of knives and forks. Soon, however, warmed by champagne and Hungarian wines, the people began to talk and laugh, and even to shout. The health of the bride was drunk with enthusiastic cheers. They had scarcely resumed their seats when an old pane with white moustaches rose up.

“I am grieved to see,” he said in a loud voice, “that our ancient customs are disappearing. Our forefathers would never have drunk this toast from glasses of crystal. We drank out of the bride’s slipper, and even out of her boot; for in my time ladies wore red morocco boots. Let us show, my friends, that we are still true Lithuanians. And you, Madam, condescend to give me your slipper.”

“Come, take it, Monsieur,” replied the bride, blushing and stifling a laugh; . . . but I can not satisfy you with a boot.”

The pane did not wait a second bidding; he threw himself gracefully on his knees, took off a little white satin slipper with a red heel, filled it with champagne, and drank so quickly and so cleverly that not more than half fell on his clothes. The slipper was passed round, and all the men drank out of it, but not without difficulty. The old gentleman claimed the shoe as a precious relic, and Madam Dowghiello sent for a maid to repair her niece’s disordered toilet.

This toast was followed by many others, and soon the guests became so noisy that it did not become me to remain with them longer. I escaped from the table without being noticed and went outside the Castle to get some fresh air, but there, too, I found a none too edifying spectacle. The servants and peasants who had beer and spirits to their heart’s content were nearly all of them already tipsy. There had been quarrelling and some heads broken. Here and there drunken men lay rolling on the grass in a state of stupidity, and the general aspect of the fête looked much like a field of battle. I should have been interested to watch the popular dances quite close, but most of them were led by impudent gypsies, and I did not think it becoming to venture into such a hubbub. I went back, therefore, to my room and read for some time; then I undressed and soon fell asleep.

When I awoke the Castle clock was striking three o’clock. It was a fine night, although the moon was half shrouded by a light mist. I tried to go to sleep again, but I could not manage it. According to my usual habit when I could not sleep I thought to take up a book and read, but I could not find matches within reach. I got up and was going to grope about the room when a dark body of great bulk passed before my window and fell with a dull thud in to the garden. My first impression was that it was a man, and I thought possibly it was one of the drunken men, who had fallen out of the window. I opened mine and looked out, but I could not see anything. I lighted a candle at last, and, getting back into bed, I had gone through my glossary again just as they brought me a cup of tea. Towards eleven o’clock I went to the salon, where I found many scowling eyes and disconcerted looks. I learned, in short, that the table had not been left until a very late hour. Neither the Count nor the young Countess had yet appeared. At half-past eleven, after many ill-timed jokes, people began to grumble—at first below their breath, but soon aloud. Dr. Froeber took upon himself to send the Count’s valet to knock upon his master’s door. In a quarter of an hour the man came back looking anxious, and reported to Dr. Froeber that he had knocked more than a dozen times without getting an answer. Madam Dowghiello, the doctor and I consulted together. The valet’s uneasiness influenced me. We all three went upstairs with him and found the young Countess’s maid outside the door very scared, declaring that something dreadful had happened, for Madam’s window was wide open. I recollected with horror that heavy body falling past my window. We knocked loudly; still no answer. At length the valet brought an iron bar, and we forced the door. . . . No! courage fails me to describe the scene which presented itself to our eyes. The young Countess was stretched out dead on her bed, her face horribly torn, her throat cut open and covered with blood. The Count had disappeared, and no one has ever heard news of him since.

The doctor examined the young girl’s ghastly wound.

“It was not a steel blade,” he exclaimed, “which did this wound. . . . It was a bite.”

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

The doctor closed his book, and looked thoughtfully into the fire.

“And is that the end of the story?” asked Adelaide.

“The end,” replied the Professor in a melancholy voice.

“But,” she continued, “why have you called it ‘Lokis’? Not a single person in it is so called.

“It is not the name of a man,” said the Professor. ‘Come, Théodore, do you understand what ‘Lokis’ means?”

“Not in the very least.”

“If you were thoroughly steeped in the law of transformation from the Sanskrit into Lithuanian, you would have recognised in lokis the Sanskrit arkcha, or rikscha. The Lithuanians call lokis that animal which the Greeks called αρκπος, the Latins ursus, and the Germans bär.

“Now you will understand my motto:

“Miszka su Lokiu, Abu du tokiu.

“You remember that in the romance of Renard the bear is called damp Brun. The Slavs called it Michel, which becomes Miszka in Lithuanian, and the surname nearly always replaces the generic name lokis. In the same way the French have forgotten their new Latin word goupil, or gorpil, and have substituted renard. I could quote you endless other instances. . . .”

But Adelaide observed that it was late, and we ought to go to bed.



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