Le pornographe ou la prostitution réformée  

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"Each volume was a "project of reform" for a particular aspect of society: prostitution (Le pornographe, 1770), the French language (Le glossographe, 1797), the theater (La mimographe, 1770), and on a major scale, men (L'andrographe, 1782), women (Les gynographes, 1777), and the law (Le thesmographe , 1789)." --A New History of French Literature, page 527, Denis Hollier, ‎R. Howard Bloch


Le Pornographe (disambiguation)

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Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.
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Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.

Le pornographe ou la prostitution réformée (1769, English: The Pornographer or prostitution reformed) is a treatise by Restif de la Bretonne in which he coined the term pornography (in the sense of the prostitution problem, prostitution “as a matter of public hygiene”). It contains a plan for reforming prostitution which is said to have been actually carried out by the Emperor Joseph II, while not a few detached hints have been adopted by continental nations.

The work is also known as Le Pornographe. Idées d’un honnête homme pour un projet de règlement des prostituées and in some editions its full title reads Le pornographe, ou Idées d’un honnête-homme sur un projet de réglement pour les prostituées, propre à prévenir les malheurs qu’occassionne le publicisme des femmes : avec des notes historiques et justificatives.

Restif also coins the term pornognomonie, "which meant the regulation of places of debauchery."[1].

From the editor:

Le Pornographe est un projet de règlement des filles de joie : Restif imagine une sorte de phalanstère idéal, le parthénion (proche de l'idée d'une maison close), pour veiller à la " mauvaise " conduite des petites vertus, sous contrôle de l'Etat.

Restif explained in 45 articles, the rules of prostitution, practised in brothels named "parthenia". Le Pornographe was the only work on the subject in France until the arrival of Duchatelet's De la prostitution dans la ville de Paris.

To his detractors he writes:

"Je te vois sourire ; le nom demi barbare de PORNOGRAPHE erre sur tes lèvres. Va, mon cher, il ne m’effraie pas. Pourquoi serait-il honteux de parler des abus qu’on entreprend de réformer?"

Extracts

P.14

« Puisque le mal est fait, il ne s’agit plus que de trouver le remède. De deux moyens qui se présentent, celui de séparer de la société, comme autrefois les lépreux, tous ceux que la contagion a attaqués n’était praticable qu’à l’arrivée du virus d’Haîti en Europe ; le second, qui consisterait à mettre dans un lieu où l’on puisse répondre d’elles toutes les filles publiques, est d’une exécution moins difficile : il est le plus efficace, le plus important, puisque ce serait prendre le mal à sa source. »

P.18-25

« Oui, la prostitution est un mal nécessaire partout où il règne quelque pudeur, j’en conviens avec tout l’univers et tous les siècles. (...) Je conclus de là que la prostitution est un mal qui en fait éviter un plus grand. »

See also

Full text[2]

Full text of "Le Pornographe, ou, Idées d'un honnête-homme sur un projet de règlement pour les protistuées, propre à prévenir les malheurs qu'occassionne le publicisme des femmes ; avec des notes historiques et justificatives"


PREMIÈRE PARTIE.


L E


FOMNOOMAF


o u


IDÉES DUN HONNÊTE-HOMME

SUR

UN PROJET DE RÉGLEMEKT,


POUR


LES PROSTITUÉES,

Propre à prévenir les Malheurs qu'occafionne le Publicifme des Femmes ;

AVEC

Des Notes historiques et justificatives»


Prenez^ le moindre mal pour un bkrti

Machiavel, Livre du Prince , eap. XXi,


A LO ND RE S,

Chez Jean Nourse, Libraire, dans le Strand,

A L A HAIE,

Chez Gosse junior , & P i n e t , Libraires dd S. A. S*


■i^iS^^^^


M. Dec. LXX.



HQ

.m

1110


,UiX


(7)

IDÉES SINGULIÈRES. Préface de l'Éditeur.

JLj'idÉE de cet Ouvrage nejl pas née dans une ûteFrançaife: il y a tout lieu de préfumer quun Manufcrit anglais y que quelques perjonne s de Londres ont vUy ejl le type fur lequel on sefl modelé. Le premier Au- teurfe nommait Lewis Moore : voici f on hijloire.

Un Anglais , jeune , opu- lent , bienfait y voulut voir le monde & fe former à l'école de toutes les Nations de l'Europe : il vint à Paris, Cette ville lui

Aj


(8)

^ parut bien audejjus de fa re-^

nommée ; tout le convainquit y que le Paradis que Mahomet promet a fes Elus , nejl rien en comparaifon de la Capitale de la France pour un homme qui peut y répandre Hor hplei-- nés mains. Durant cinq années^ il ne put fe réfoudre a quitter ce féjour enchanteur. Cepen- dant fes revenus y quoique con- (idérahles , étaient bien infé- rieurs àfadépenfe: les fantai- fies d'une principale Maître ffe en ahforhaient les trois quarts. Jlfe vit enfin dans la néceffitéde faire une réforme : il la commen" çapar cette femme çapricieufe i


(9)

enfuite il s efforça de remplir le vide que ce facrifice laiffait dans fon cœur , par des plat- fir s faciles ^ variés^ & qui coû- taient moins. Ce fut ce qui acheva de le perdre. De hon^ teufes maladies F accablèrent ; caduc à trente ans y il retourna dans fa Patrie , gémir de fes erreurs : ce fut-la qiiil entre- prit de tracer un Plan de r/- forme , dont il ne devait pas profiter. Il mit à la tête de fin Projet ravis quon va lire.

« Je fus libertin 3 je ne le fuis plus, u A peine au milieu de ma carrière, « j'en aperçois la fin. Des plaifirs fore « courts, font fuivis de maladies Ion-

A4


5^ gues 5c cruelles. J'ai eu recours aux »* antidotes, à ce minéral puiflant,qui »» porte le nom de la Planète la plus » proche du Soleil , aux Charlatans? « hélas ! en vain. Ne voyant plus rien « à faire pour moi-même, j'ai réfolu "» d'être utile aux autres, en rendant »^ publiques mes idées , furies moyens " de diminuer les inconvéniens d'un » certain état qui révolte la nature , » mais que je fens bien qu'il eft impof- " fible d'anéantir. Puifie-t-on , par un » ÉtablifTement utile , prendre le mal » à fa fource , & préferver d'une ma- »» nière efficace nos jeunes Citoyens^ M de ce venin deftrudeur qui va me »» faire defcendre au tombeau ! Je « déclare, que je laifle la moitié de » mon bien pour y contribuer , fî >• jamais Ion fe réfout à réalifer mes »> idées.

Lewis Moore.


00

[ Suivait fon Projet ,prefquen tout femblable à celui du Français : il le terminait ainji : ]

«S'il eft quelquefois permis à un » fîmple Citoyen de propofer fes »' idées pour le bien général , ce n'efl:

  • i fans doute , que lorfqu'il le fait

»» avec tout le refpeâ: dû au Gou- " vernement fous lequel il vit , ôC »> quand il a fujet de craindre que « les abus dont il defire la réforma- >5 tion , ne tendent à le priver de fa i' plus douce efpérance, d'avoir des » enfans fains , robujles & vertueux».

Tel ejl dujji mon but , en donnant cette Edition dun Pro- jet Jemb table , que fon Auteur allait enjevehr pour toujours dans tobfcurué. Les honnêtes- gens, en regardant ma démar-


che comme un eff^et de mon :^èU & de mon amour pour l'huma, nité y ne feront que me rendre jujilce,

} ^ L Ouvrage compofé de onze

Lettres,^? trouve diviféen cinq

IV'n^Lettre. parties^ (9zz§§. Dans le Pre- mier 5 on avoue la nécejjîté de tolérer les Projlituées dans la Capitale & les autres, grandes Villes d'un Royaume,

yme Lettre. Le Second renferme un détail des inconvéniens inféparables de la P rojlitution ^ même ^ en fuivant le Plan tracé. On parle enfuLte de ceux qui l'accompa- gnent aujourd'hui y & le Lee-


leur conviendra qu'il font ef- frayans.

On propofe le remède dans Vl"-Lettre- le Troifîème § , qui contient le Règlement. On y verra qu une Maifon publique y bien admi^ nijlrée , qui rafjemblerait tou- tes ces malheur euf es ^ le fcan- dale de la Société^ pourrait fè Joutenir par elle-même ; dimi- nuer Cabus que la fig^JJè des Loix tolère, fans amener aucun des inconvéniens quune réforme d'un autre genre occafionne- rait ; & contribuer au rétablif fement de la décence & de l' hon- nêteté publique ^ dont il femblc que les mœurs s'éloignent in- fenfibUment,


04)

vn-^acttre. Le § IV."^^ répond aux Oh- j celions ; éclair c'a , étend quel- ques Articles,

XI^-^Lettre. Dans le V.""^ on récapitule la Recette & la Dépenfe.

Cejl par ces cinq §§, que ton prouve la propojition y(^\XQ rÉtabliiTement , outre l'avan- tage que les hommes en reti- reront pour conferver leur fanté, leurs biens, & même leurs mœurs , peut encore être utile d une autre manière.

Dans le cours de l'Ouvrage y on a placé quelques Notes peu confîdérables : il s en trouvé a autres beaucoup plus impor^


(m)

tantes, que ton a détachées pour les renvoyer h la fin; elles for- meront comme une Seconde Partie, Les Lecteurs y ver- ront quelques traits hifioriques fur les mœurs des Anciens ; lo- rigine & l'état de la Profita- îionche:^ les premiers Peuples ; fon état actuel ; des exemples dahus révoltans parmi nous; la manière dont les filles publi- ques ont été gouvernées dans le moyen âge : Onfe convaincra que ces viles & malheureufes créatures ne furent pas toujours abandonnées à elles-mêmes com^ me aujourdhui,,,. Mais ferait- il pojjible que les foins du digne & vigilant Magifirat qui gou-


(i6)

verne la Capitale de la France l defcendijjent dans les détails minucieux & dégoiaans qu exi- ge le nombre trop conJidérabU des Débauchées ?

Fautes à corriger,

Fage iî4> T-igne 17, foin, Ufei fein.

185 , ligne 9 , le monde , life\^ ton monde.

196 , ligne antépénultième , un,Corps-de-gardc , lifiX

un fécond Corps-de-garde. i76, ligne 16, 2.,y4],ioco , retranchéi un 0.


LE



L E

FORNOGRAFHE


^


ou LA


PROSTITUTION

RÉFORMÉE. •


- M^ iaBA/2aa.<c^


tf^Vigar'^ss


Fragment dune Lettre

de madame Des Tianges à fon mari.

Paris, 6 avril I7i?..»..6



^' U I , j'en fuis très- contente 5 mon élève foutient l épreu- ve à merveille. L'honneur l'efriporce I Partie, B


dans fon âme fur Thabitude du vice. Il me difait hier, qu'il me trouvait charmante , mais que fon attachement pour monfieur Des Tianges , ne lui permettait de voir dans la femme d'un ami fi refpedable , fi vrai , qu'une fœur chérie. Efpérons tout, mon aimable ami , d'un cœur qui fans doute était fait pour ne s'égarer jamais. Les fuites fâcheufes qu'ont eu fes premiers defordres, l'auront dégoûté j il eil: certain, au moins, qu'elles l'ont effrayé. Ses entretiens roulent trop fouvent fur la réforme qu'il defirerait qu'on mît dans les mœurs fur cet article. Lorfqu'il ren- contre quelqu'une de ces viles créa- tures il friiïbnne 5 enfuite la rou- geur couvre fon front. Il ne faudrait plus qu'un amour honnête , légiti- me , pour achever de l'affermir dans le bien. Dïs que je croirai le pouvoir


['9]

faire fans imprudence , je le condui- rai au couvent à'Urfule, Ma fœur l'efl auiîi ciière qu'à moi j fon bon- heur augmentera le nôtre, & je fuis fûre que D 'Al^an le fera , s'il le veut

Je ferai, cher bon ami, toute ma vie glorieufe du titre de ton époufe, heureufe par celui de ton amante.

Adélaïde.


B


[zo]

Seconde Lettre.

De D'A LZ AN,

à D E s T I A N G E s,

Paris, lo avril 17^. .'."

O Aïs- TU, mon cher Des Tian- ,ges , <]ue ton abfence efl trop longue ? Quoi! nouvellement marié, à la plus aimable , à la plus féduifante des femmes, tu ne t'effraies pas de trois grands mois! En vérité, mon cherj je trouve que , fi ce n^eft: pas avoir trop de confiance dans la vertu de ta charmante époufe , c'eft au moins en avoir beaucoup trop en ton mé- rite. Dans le fiècle où nous fom-

mes Mais y fonges - tu !

de notre tems Pénélope n'eût pas tenu huit jours , & Lucrèce n'au- rait été qu'une coquette : des amans


toujours à table , toujours ivres , ob- jets bien féduifans î legroiTierSextus la menace à la bouche, un poignard à la main ... fi ! ce féroce attentat fe- rait aujourd'hui trouver une Lucrèce dans une fille de l'Opéra. Nos mœurs polies font bien plus fatales à l'honneur des maris : nous avons fecoué le joug des préjugés , la fidélité conjugale n'était déjà plus la vertu de nos arand's- mères: on fe marie comme on fait un cbmpli* ment de la nouvelle année , parce que c'eft Tufage 5 mais , dans le fond, l'on ne tient guère plus l'un à l'autre qu'auparavant. Rien de plus com- mode : il faut avouer que la fociété s*eft montée fur le meilleur ton :

dans un demi-fiècle les fincru-

lières chofes que l'on pourra voir dans un demi-fiècle ! . . . . Vous ne vous êtes pas mariés de la forte, la belle

B3


Addiaïde & toi : vous vous êtes époufés tout-de-bon : j'en gémis en vérité. Une femme , jeune , plus touchante que les Grâces , vive , enjouée , faite pour le monde ôc pour l'amour , vit dans la retraite parce que fon mari eft abfent , fou- haire îmbécillement fon retour , compte les femaines , les jours , les heures , qui doivent s'écouler en- core fans le voir , tandis qu'elle pour- rait .... oui , qu'elle pourrait imiter les autres , ne t'en déplaife. Je n'en- treprendrai pas de la perfuader 5 je la crois incorrigible. Mais , fi je le vou- lais, que j'aurais de belles chofes à lui dire ! Premièrement , je citerais les Grecs , & je lui dirais avec em- phâfe : Les Lacédémoniens , ce peu- ple fier & courageux, l'honneur & l'exemple du genre humain , penfaient comme à préfent > ôc les femmes , à


Sparte, étaient . . . communes à tous. Et je le prouverais un Plutarque à la main. De-là je viendrais au ficcle poli d'Auguftej je lui ferais voir Livie, paflant, quoiqu'enceinte, des bras de fon époux , dans le lit de l'heureux tyran de Rome : je lui montrerais les Romains, ces conque- rans du monde , fe fefant un jeu du divorce 6c de l'adultère : leurs fem- mes s'élan^'ant avec intrépidité par- defTus les quatorze rangs dejiéges de l'Orcheflre (*), pour aller ramafîer un


(*) Domina , , . ufque ab orckejlrd qua- tuordulm tranjilit , & in cxtremd plcbe quizrit .quod diligat... Ego adhucfcrvo num- quam fuccubui. . . . Vidcrint matronœ. qucc jlagellorum vejîigia ofculantur ; ego etiam ^Ji ancilla fiim , umqiiam tamen , niji in eque~

jlribus fcdeo N& hoc dii Jinanî , ut am-

pUxus msos in cruccm mittam ! Petron,

B4


[h]

faquin dans la lie du peuple. Agrippî- ne , Julie , oubliant le titre de mères... Mais c'en eft trop , & la raillerie va plus loin que je ne le voulais. Ta chère Adélaïde ne verrait dans ces exemples trop fameux, que l'huma- nité dégradée , indignement avilie fous les pieds fangeux de l'altière impudence.

Voila comme en tout tems les hommes ont fubftitué une licence injufte , effrénée, à une généreufe liberté. Il eft cependant des fiècles où les vices font plus gazés , parce qu'on en rougit encore : d'autres où on lève fcandaleufementle mafque.D'oii vient donc aujourd'hui nos mœurs fe raprochent-elles plus ouvertement de cet excès d'indécence où elles fe inontrèrent à la chute de la Répu- blique romaine ?

Sans répécer ce que Ion a mille


[m]

fois redit, que plus les hommes fc trouvent raflemblés en grand nom- bre , plus les fortunes deviennent inégales , & par une fuite néceflaire , plus les mœurs font molles 5 effémi- nées , déréglées dans les uns ; baffes , ferviles , faciles à corrompre dans les autres > j'en vois une caufe plus pro- chaine: C'efb la P roflitudon y telle <]u'elle eft tolérée parmi nous.

Je te déveloperais davantage ma penfée : mais tu reviens , & nous cauferons. Je vais employer le refte de mon papier à te parler de ta chère, de tarefpectable époufe.

Nous fommes prefque toujours en» femble, comme tu nous l'as recom- mandé 3 & le fruit que j'ai tiré de nos fréquens entretiens, c'eft que je fuis enfin convaincu qu'il y a àts fem- mes dignes d'être adorées, moi qui ne croyais pas qu'il en fût de vrai-


ment eftimables. Injuile prévention donc je rougis , & que je veux expier en fefant un choix comme le tien. Madame Des Tianges ne m'a pas converti par des fyllogifmes , des raifonnemensi mais par fa conduite: elle m'a ouvert fon cœur : ô ciel î quel tréfor d'innocence , de ten- drefle , de générofitë ! Ton bonheur a excité mes defirs 5 mais je ne te l'ai pas envié, mon ami, tu en es trop digne. Et puis , pour te dire la vérité fans aucune réferve, je viens d'ap- prendre que ton époufe avait une fœur , aimable comme elle : cela m'a rendus clairs certains propos de madame Des Tianges , oii je n'avais rien compris. Demain nous devons aller au couvent de cette jolie Re- clufe: je la verrai : l'impatience ou je fuis de lavoir me furprendi je crois cela d'un bon augure ; c'ell elle fans


cloute qui doit me faire goûter cette lelrcité , dont je n'avais pas d'idée avant d'être reçu chez ta vertueufe époufe. Hate-toi de revenir, mon bon ami i je vais avoir befoin de quelqu'un qui parle en ma fa- veur. PuiiTé - je joindre un jour , au nom d'ami dont tu m'honores, le titre de frère ! Je fuis tout à toi , mon cher.

D'Alxan,


  • s - -


[z8]




Tr


OISIÈME


L


ETTRE.



Du même^






20 avril.


JÎLjI st-ce tout-de-bon, que tu ne viens pas encore? Ah! mon ami, peut-on vivre fi longtems éloigné de ce que Ton aime? L'amour & l'ami- tié reclament également leurs droits violés. Des affaires ! tu as des affai- res , dis-tu? Eh-bien, onles laifle-là devenir ce qu'elles peuvent, & Ton revient auprès de fa femme, &: d'un ami qui a befoin de nous. A la di- gnité avec laquelle tu parles de ces affaires qui te retiennent , & dans quel pays encore ? en Poitou ! ne femblerait-il pas qu'il s'agit de ta fortune ou de ta vie ?.. .

J'ai vu la charmante Urfule. Ah \


[^9]

DesTianges, je t'aurais accufë d'în-^ juftice de m'avoir caché un fi rare tréfor, fi ma confcience ne m'avait crié que j'étais indigne d'elle. Mon bon ami , que j'ai eu de plaifir à cette entrevue ! Dès que nous avons été arrivés, le tour s'efl ouvert, Urfiilc eft venue, & les deux charmantes fœurs ont volé dans les bras l'une de l'autre 5 elles fe font careffées longtems ainfi que detendres colom- bes. Enfui te ton aimable compagne m'a préfenté à fa foeur comme ton ami & le fien. Je n'étais guère à moi : le trouble dont je n'ai pu me défendre m'avertiflait que je venais de trouver mon vainqueur , & que le beau-fexe allait être vengé. J'ai voulu faire un compliment : je n'a- vais pas le fens-commun. Madame Des Tiançes a ri de tout fon cœurj & tu fais comme elle eft jolie ioffr


qu'elle rkj Urfule rougiflàitj &: totï ami déconcerté , a gardé le filence. Je me fuis pourtant remis au bout d'un moment , & dès que j'ai cru pouvoir laifler parler mon cœur , fans montrer d efprit, je me fuis exprimé de manière a faire honneur à tous deux: au moins elt-ce-là ce que m'a dit obligeamment ton incomparable époufe. Que dis- je, incomparable! oh le mot n'eft plus de mife : je l'aurais dit hier en- core fans fcrupulej mais à préfent.. .. Mon ami , Urfule lui reflemble trop

bien pour ne pas l'égaler Elle

parle de toi , cette charmante Ur- fule, avec des éloges!... je fuis fur qu'elle déférera à tous tes avis. Re- viens donc, mon cher, reviens, pour la difpofer en ma faveur Pour- tant, j'en aurais des remords. Car ta petite fœur vient de m'aprendre que tes occupations à Poitiers font


(î dignes d'un cœur comme le tien ^ qu'en vérité je me fais un fcrupnle de priver de ton appui ces pauvres orfelins dont tu règles les affaires , dont tu défens les droits. Tu le vois 5 je commence à marcher fur tes traces. Voila le premier effet des fentimens que m'ont infpiré les char- mes de l'aimable Urfule.

Cependant , envelopé dans ta ver- tu , tu t'ennuies, & je fuis fur que tu nous (ouhaiterais tous auprès de toi. Nous le voudrions bien auffi. Mais puifque les devoirs que ton époufe remplit ici auprès de tes pa- rens, rendent la chofe impoiîible , je vais tâcher de vaincre ma pareffe naturelle , & de répondre à l'invi- tation que tu me fais de traiter le point de morale que j'entamai dans ma dernière lettre.

Je te difais , fi je m'en rapelle


In]

bien, que nos mœurs pourraient de- venir indécentes , Si qu'elles font très- corrompues : j'avançais que la manière dont les filles publiques 6c entretenues vivent dans la capitale & dans nos grandes villes , mêlées par- mi nous, en était une caufe prochaine. Puifque j'écris pour te defennuyer , je ne ferai pas une DilTertation j mais je' tâcherai de mettre de l'ordre dans ma PoRNOGNOMONiE ( I ) , autant qu'il en faut pour en être entendu. .... Je te vois fourire : le nom demi- barbare de PoRNOGRAPHE (i)erre fur tes lèvres. Va, mon cher, il ne m'effraie pas. Pourquoi ferait-il hon- teux de parler des abus qu'on entre- prend de réformer ?

(i) Ce mot grec fignifie La RegU des Lieux de débauche.

(2) C'eft-à-dire, Ecrivain qui traite de. la Proflitutio/it

La


[5 3]


LA PORHOGNOMONîE.

A u le fais , mon cher 5 il eft une maladie cruelle, aporcéc en Europe de l'île Hain (^) par Chrijtofe Colomb , 6c qui fe perpétue dans ces mal- heureufes que l'abord continuel des Étrangers rend comme néceflaires


(*) Haïti, à préfent Saine Domingue i Tune des Antilles , où la grojje fœur de la. pente-vérole eft endémique , & comme natu* îelle ; foit par la qualité des alimens , la chaleur du climat , ou l'incontinence des anciens habitans. C'eft ainfi que l'autre fléau nommé petite-vérole , eft propre à ï Arabie i il en fortit par les conquêtes de Mahomet ; les Croifés i'aportèrcnt en Europe en reve- nant de la Terre-fainte : & tels font les fruits que le genre humain a retirés des Croifades & de la découverte du Nouveau-^ monde.

I Partie. C


[34]

dans les grandes villes. Ceft ain(î que la nature, mère commune de tous les hommes , fembla , dès les premiers inftans d*une injufte ufur- pation , vouloir venger les droits des frères, fur des barbares qui dépouil- laient d'un patrimoine facré leurs propres frères. Punition auffi jufte que terrible, & qui doit faire regar- der comme les fléaux du genre hu- main , ces prétendus héros , à qui notre hémifphère ne fuffifait pas. Les anciens n'étaient pas moins am* bitieux que nous j mais ils furent beaucoup plus fages : ils avaient été jetés par les gros temps fur différentes côtes de l'Amérique j ils ne firent pourtant aucun ufage de cette décou- verte : Eh ! qui fait la vraie raifoii de cette maxime effrayante qu'ils établirent enfuite, qu'on ne pouvait palFcr la Zone torride fans mourir i


[55]

Leur expérience, moins fatale que la nôtre , les avait fans doute inf- trui ts : ceux qui furent infeclés du virus vénérien , foit dans les îles ou dans le continent du nouveau-mon- de, périrenc fans le communiquer i parce qu'ils eurent la bonne foi d'en faire connaître à temps les horribles ravages. Mais fût-ce un préjugé , que cette terreur qu'avaient les Anciens, il était heureux: plût au ciel que dans ces derniers tems, il eût arrêté le premier infenfé qui ofa traverfer les mers !

Puifque le mal éft fait, il ne s'a- git plus que d'y trouver le remède. De deux moyens qui fe préfentcnr, cMideféparer de la fociété ^ comme autrefois les lépreux"^, tous ceux que * ^'H^î u la contagion a attaques , n était pra^ fir,, ticable qu'à l'arrivée du virus ctHaiti en Europe ; le fécond qui confifterair

Cl


omettre dans un lieu , oiiVonpuiJfô répondre d'elles^ toutes les filles PUBLIQUES , eft d'une exécution moins difficile : il eft le plus efficace , le plus important , puifque ce ferait prendre le mal à fa fource. Un Rè- glement pour les Proftituées, qui procurerait leur féqueftration, fans les abolir , fans les mettre hors de la portée de tous les états , en même temps qu'il rendrait leur commerce s peut être un peu trop agréable , mais fur, & moins outrageant pour la nature 3 un tel Règlement , dis- je , aurait, à ce que je penfe, un effet immancable pour l'extirpation du vi- rus y & produirait peut-être encore d'autres avantages, qu'on eft loin d'en attendre. Faire naître un bien du dernier degré de la corruption dans les mœurs , ferait le chef-d'œu- vre de la fagelfe humaine, une imi- tation de la Divinité.


[37]

L'honnête -homme , citoyen _ des grandes villes, y voit à regret régner l'abus des plaifirs les plus fainti j de ces plaifirs dellinés à réparer les per» tes que fait chaque jour le genre humain. Cet abus, toujours toléré i quoique fes épouvantables ravages enlèvent tant de fujets à l'état, effc un écueil, où fe brife la f^gefle de nos loix. Tous les foins 6c toute la prudence d'un père fage ne peuvent garantir du péril un fils que fes pa- reils entraînent, 6c que leur malheur même n'inflruit qu'à demi , s'il ne le partage. Une jeunefle débordée», tu le fiis, mon cher, court après le plaifir , &: ne rencontre que les dou- leurs , & fouvent la mort. Du fond de leurs provinces, de jeunes-gens accourent à la capitale, attirés par l'ambition , ou conduits par le de- voir j 6c ces âmes, novices encore >


[î8]

fe trouvent , au milieu du grand monde, au centre de la politefîe, plus expofées qu'au milieu des bar- bares & des bêtes fauvages.

En effet, comment réfifteront- ilsf Une fille faite au tour les agace: un fourire charmant fe trace fur fon minois trompeur : fa gorge feule- ment foupçonnée , tente également la bouche 6: la main : elle a la taille fwelte & iécère j avec art, elle laifTe entrevoir une jambe fine, & fon petit pied que contient à demi une mule mignone. Cependant , ces attraits fé- dudeurs ne font prcfque rien encore , auprès de ceux que leur vante une infâme vieille. Elle les aborde en tapinois 5 elle leur parle , elle les re- tient : le miel eft fur fes lèvres 5 le poifon dans fes difcours, la conta- gion s'exhale de fon âme impure : § ils confçntent à l'entendre ,• ils font


[59]

perdus. Elle a chez elle des filles ; dont la figure enchanterefTe porte dans tous les cœurs le trouble 6c les brûlansdefirs : vous ne ferez em- barraffe que du choix : on y trouve toutes les nuances de la jeunefle i des tendrons , qui dans l'âge de l'in- nocence , ont acquis déjà tous les talens des malheureufes auxquelles on les a livrées. Semblables à ces jeunes Efclaves que le Géorgien ou l'habitant de la Tanarie CircaJJicnne élève pour les ferrails de Perfe ou de Turquie^ & qu'il inftruit dès l'en- fance A carefler le maître qui doit les acheter, elles ont à la bouche tous les termes de la débauche? elles en ont les lubriques attitudes, fans y rien comprendre. Ces apas, que la Nature a rendus le doux apa- nage de leur fcxe , ne font point encore formés , & déjà un goût bru-

C4


[40]

tal fe plaît à en abufer (^) : d'inno-

(*) li femble que les dcfordres les plus ïévoltans , foient la tache des fîècles les plus éclairés. Voici le tableau que fait Pétrone dz la conduite que tenait , dans la capitale du monde, Fimpudique Quanilla.

Encolpc 6c Afcylu font chez Qiiartilla , avec Giton : après que de vieux débauchés les eurent fatigués de carelTes lafcives & ré-- voltantes, Pfyché^ fuivante de QiiartilLa^ s'aprocha de l'oreille de fa maitrefle , ôc lui dit en riant quelque chofe à l'oreille. ElU répondit: Ouï y oui ^ c'eji fort bien avifé ; pourquoi non ? Voila la plus belle occajion quon piûjfe trouver pour faire perdre le pu^ celage à Pannichis. On fit aujjîtât venir cette petite fille, qui était fort jolie ^ & neparaif fait pas avoir plus de fept ans : c était la mime qui , un peu auparavant , était entrée dans notre chambre avec Quartilla. Tous ceux qui étaient préfens aplaudirent à cette propofîtïon ; & pour fati s faire à Vempreffe- ment que chacun témoignait , on donna les ordres nécejjaires pour k mariage. Pour


[41]

centes Se malheureufes créatures font deftinées à ranimer dans des vieil- lards libertins , moins laids qu'ufés & corrompus, une volupté languif- fante , des fcnfations éteintes. Le jeune homme même , entraîné , fé-'

■JBiB^— ^—^ ■— — — — — M— ■a^— Mi^»

moi ( c'eft Encolpe qui parle ) Je demeurai immobile dUtonnement , & je les apurai que Giton avait trop de pudeur pour foutenir une telle épreuve , & que la petite fille n était pas aujji dans un â^e à pouvoir endurer ce que les femmes fouirent dans ces occajlons, -—Quoiï répartit Quartilla, étais-je plus dgée , lorfque je fis le premier facrifice à Vénus ? Je veux que Junon me punijfe, Jl Je me fouviens d^ avoir jamais été vierge: car Je n étais encore quune enfant , que Je folâ- trais avec ceux de mon âge; 6* à mefure que Je croifjais , J^ me divertijfais avec de plus grands , jufquà ce que je fois parvenue à Vâge où je fuis > Je crois que de-là ejl venu ce proverbe ^ \ Quae tulerit viiulum , iila poteft & tollere taurum.


[40

(duit i quelquefois , pour fon coup d'eflai , commence par violer toutes les loix de la nature.

Mais fi la raifon & l'humanité ré- gnant encore au fond de fon cœur, empêchent qu'il ne fe livre au bar- bare plaifir de faner les boutons des rofes avant que le foujŒle de Zéphyre les ait épanouies, on fera bientôt paraître à £es yeux tout ce que la Nature a formé de plus parfait. Cefb un jeune objet, dont la beauté fit le malheur : trois luftres à peine achevés : gorge naiflante , ôc fraîche encore : teint de rofes & de lis. . . . Nonchalamment étendue fur une bergère , la déeflè a choifi la poilure la plus propre à faire fortir fes apas : la neige eft moins blanche que le deshabillé galant qui la couvre : une jupe trop courte, un peu dérangée, UifTe voir la moitié d'une jambe faite


[43]

an tour : mollement apuyé faf un couflin , un joli pied donne envie de le baifer, tandis que l'autre tombe négligeamment fur le parquet : la féduifante fyrène donne à fon fein , que prefTe un corfet raflem- blant , collé fur fa taille fine , ce mouvement vif & répété , qui dans une beauté naïve , eft Tavant-cou- reur de la défaite : les Grâces vont ouvrir fa bouche mi^none? fous deux barrières de corail, on aperçoit l'i- voire & la perle : un fon de voix plus flateur que celui de la lyre fe fiit entendre : un bras , une main blanche comme le lait fe déploie, elle fait ligne à la victime d'apro- cher : à ce mouvement enchanteur, lame eft ébranlée , on ne fe connaît plus : le jeune imprudent s'avance: déjà la volupté l'ennivre > les tu- multueux dcfirs font bouillonner foij


I44Ï

fang , 6c k Beauté même le carefîè > Beauté perfide , qui faura paraître tendre : que dis - je ? elle jouera jufqua la pudeur, pour fe rendre bientôt , avec un emportement af- fecté , lorfque les tranfports aveugles fuccèderont aux vœux craintifs. . .:. O malheureux jeune-homme arrête ! . . . arrête ! un ferpent effc caché fous ces fleurs {^).

Hélas ! la vue du précipice , n'eft pas aiïez puifîante pour le retenir : féduit par fon cœur , par la nature même & par fon tempérament, il court à fa perte. Ah ! s'il pouvait con- naître le danger ! .. .fouhaits impuif. fans I il doit payer (qs tardives lumiè- res du bien le plus précieux après la vertu , de fa fanté.


(*) Elles ne font pas toujours aufii dan- gercufcs. f^oyei la note (A),


[4$1

Les loix de h fociété, la décence, la pudeur, &: fur-tout la parure^ en ai- guifant les defirs , font devenues le principe fecret de la Proftitution mo- derne : ainfi Ion verra des intem- pérans & des fenfuels, tant que les mets délicats Se les liqueurs fines chatouilleront agréablement un pa- lais friand : c'eft donc à nos loix , non pas à détruire cet état vil , il fera tant qu'elles exifteront i mais a en diminuer l'inconvénient & les dangers , phyfiques d'abord , & par contrecoup, les moraux.

La Proftitution n'a pas , a la vérité , produit la honteufe contagion qui defole l'univers : mais elle la pro- page 5 elle en eft le réfervoir, la fource impure , ôc toujours renaif- fante('^). Quand les coupables feraient

Quoique cette maladie terrible foie


[46]

feuls punis , par les fuites affrcufes d'une volupté brutale , la juftice de la peine n'empêcherait pas que ce ne fût toujours un grand mal pour le genre humain. . . . Mais , ô mères fa* ges, vous, qui durant tant d'années cultivâtes avec foin ces tendres fleurs , Tornement de la patrie , ôc les chef- d'oeuvres de la nature 5 qui par vos exemples & vos leçons, infpirates à vos filles l'amour de la vertu & d'une chaffce décence j quelles larmes amè- res vous prépare ce jeune époux que vous leur deftinez ! Aveuglées par des vertus fadices , féduites par des dehors brillans , vous êtes bien loin de penfer qu'il porte dans fon fein la corruption & la mortj il ne s*en


accompagnée de fymptômes moins graves qu'autrefois , il ne faut pas s'imaginer qu'elle s'anéantiffe jamais d'elle-même.


[47]

doute peut-être pas lui-même : tt bientôt une jeune, une timide époufe, tourmentée par le poifon dont elle ignore la nature & la fource, périra douloureufement , en donnant le jour à un êcre innocent , infortuné com- me elle , qui va la fuivre au tom- beau!

Ouij la Proftitution ell un mal néceflaire , partout où il règne quel- que pudeur? j'en conviens avec tout l'univers ôc tous les lîècks : Sparte (^)^

(*) Les loix de Lycurgue font croire que ce légiflateur ne regardait pas la pudeur comme la confcrvarrice de la chafteté. Les ^lles de Sparte étaient toujours indécem- ment vêtues : il y avait même des occafions où elles paraifTaient en public dans une en- tière nudité , pour difputer cntr'eiles le prix de la courfe : «c Mais en profcrivant la pu-

  • > deur , il n eft pas démontré que Lycurgue

»' ait r.éulfi à confetvçr la chafteté j l'une de


m

où cette venu était profcrite, eft le feul endroit au monde que je con- naifîe , où l'on ne dut point voir de ces malheureufes , qu'ordinaire- ment tous les vices réunis précipi- tent jufqu'au dernier degré de l'avi- (A) lifTement & de la turpitude (A).

Les notes de- ^_

Jïgnées par ces ~ T — " — J"

lettres majuf- " ^^^ vertus clt la gardienne mleparable de

cules , forment « l'autre. Les Lacédémoniennes n'eurent pas

Partie ^ ^ " ""^ réputation irréprochable , Se parmi

a les vices dont on accufait le plus commu-

»4 nément cette nation , leur libertinage ne

ï' fut pas oublié «.

Cantet libidinofas

Lîedeas Lacedemonis paleftras.

Martial. Epifr U Z- ?»'♦

Refte à lavoir fi Lycurgue nt regarda pas la chaiïczè publique , comme plus nuifible que néceflaire , dans l'Écat qu'il voulait former. Je diOnnout la cha^eté particulière de lacAa- jletè publique ; les defordres momentanés des particuliers peuvent donner atteinte à la pre- mière , mais jamais les loix , qui n'ont d'inr fluence que fur la féconde.

Un


[49]

Un homme qui parcourrait en politique & en philofophe, tous les lieux de débauche de cette Capitale (avec la précaution néanmoins d'a- voir, comme les Triomphateurs Ro- mains, quelqu'un à fes côtés chargé de l'avertir à tout moment qu'il ell un faible mortel), un tel homme, dis-je , ferait partout révolté , en voyant de grandes , de jolies filles , auxquelles , de tous les avantages de leur fexe , il ne manque que des mœurs , perdues pour la fociété , à laquelle elles auraient donné des enfans robufles, bien conflicués, & d'une agréable figure. — La débau- che engloutit donc ce qu'il y a de plus beau 6: de plus capable de plai- re , fe dirait-il à lui-même , à peu près comme la guerre détruit les hom- mes les mieux faits êc, de la taille b plus riche. Il s'enfuit delà nécef-

I Partie. D


[50]

faif ement , que le nombre des belles perfonnes doit infenfiblement dimi- nuer , &; que celles qui auront quel- que figure , doivent être plus vaines, plus fotes , & par conféquent , plus expofées à la fédudion — . Tu re- garderas peut-être, mon cher, ce que j'avance là comme bazardé & deftitué de preuves : mais jette un co'up-d'œil fur cette multitude de figures prefque hideufes , qui inon- dent nos villes j voi la laideur & les tailles petites ou défedueufes fe pro- pager de père en fils, de mère en fille i la nature ne travaille pas ainfi : obferVe les pays où le beau-fexe n'eft pas aufli-tôt enlevé que connu , & dans lefquels la fille d'un payfan quelque belle qu'elle foit , eft pour le fils d'un payfan y tu trouveras que les enfans fuccèdent aux traits de ceux qui leur ont donné le jour.


Je dis plus j les moeurs contribuent à la beauté : des parens qui mènene une vie malle , doivent procréer des enfans débiles , dont le teint délicac & la peau tendre ne font pas à l'é- preuve de l'air & des années t aufîi voit-on qu'à Paris , où l'on veut des fruits précoces, des talens précoces, des beautés précoces , où l'on pré^ maturife tout , la Nature gênée fer t ks hommes fuivant leur goût : les jolis enfans dans les deux fexes n'y font pas rares : mais leurs traits s'en- laidifîent en fe dévelopantj le co- loris fin ôc brillant de ces charmantes poupées refîembie au goût fuper- ficiel du peuple j c'eft une fleur qui paraît à fon aurore avec quelqu'é- clat , mais qui fefane avant fon midi. Au contraire, j'ai vu dans certaines provinces, des figures demi -ébau- chées , des efprits rien moins que


pénetrans , parvenus à l'adolefcence, étonner , ou par la régularité de leurs traits , ou par la foiidité de leur génie. O^ii , mon ami , le genre humain a perdu de Tes attraits: ici, par les caufes particulières que je viens det'expofers dans toutes les parties du monde, par le mélange des peuples. Le Perfan moitié Tartare, corrige, dit-on , fa laideur naturelle , en mêlant fou faner avec celui des belles Efclaves de TéJIis : mais les enfans font moins beaux que s'ils provenaient d'un père & d'une mère nourris dans les fertiles campagnes que le Kur arrofe , & que fi ces nouveaux rejet- tons recevaient l'influence du climat des grâces. Le Géorgien lui-même, en fe privant toujours de ce qu'il a de plus parfait, ne diminue-t-il pas la beauté de fon fang ? Je ne crois pas qu'on en puifie douter. Nous n'a-


[53]

vons donc plus dans le monde que de demi beautésj ou s'il s*en trouve de parfaites > elles font dans les can- tons éloic^nés des crrandes- villes , où règne, avec l'innocence des mœurs, une aifance honnête : car la mifère déforme le corps > fes funeftes effets vont jufqu'à l'âme , & lui ôtentla moi- tié de fa venu.'^XQw de plusaife, en parcourant Tes provinces , que de fe convaincre de la vérité de ce que j'avance. Les malheureux font, tou- jours laids : à la longue , l'abondance ôc l'égalité ramèneraient avec les Ris, Vénus 6c les Grâces. En attendant , les jolies perfonnes feront toujours en fi petit. nombre, qu'on doit bien leur pardonner leur afféterie. Mais qui ne fait pas , que le poifon des Antilles porte à la forme humaine , d'irré- parables atteintes ? Quels

motifs plus puiffans imaginera-t-on ,

D5


[54]

pour nous porter à defirer , qu'on mette de l'ordre dans un état, qui paraît à la vérité peu fait pour être réglé , mais qui le fut autrefois , mais que rien n'empêche qui ne le foit encore (^) : La vie, la fanté des ci- toyens 5 rintérêt de nos filles, que leur fagefle ne met pas à l'abri d'une maladie, dont on ne peut fe con- fefler atteint fans rougîrj les agré- mens de la figure, la beauté, le fé- cond des avantages de l'efpèce hu- maine , que tant de perfonnes regar- dent comme le premier !


mÊxmKeoBcaaasssmt


(*) On a abandonné les Projî'uuées à elles- mêmes , à peu-près vers le tems oii il était îe plus néceffaire de veiller fur elles par une adminiftration fage , c'eft-à-dire à l'ar- îivée du virus véroHque en Europe, Le mal s'eft étrangement étendu; & cela ne doit pas furprendre : ce qui m'étonne au contrai* ïe , c'cft que la contagion ne (bit pas gé^ péralc.


[55]

Mais ce n*eft pas tout: on pour- rait retirer des lieux de Débauche , fournis au bon ordre, un avantage réel. C eft ce que je developerai dans les Lettres fui vantes j car celle-ci n'eft déjà que trop longue. Tu n'ai- mes pas ces faftidieufes Epîtres qui ne contiennent que des phrafes fté- riles : je crois te fervir fuivant toa goût, en foumettant à tes lumières des idées qui peuvent être de quel- qu'utilité pour le genre humain.


=aS'


Quoique ton aimable époufe t'écrive auffi , elle veut que je te fafle mille amitiés de fa part & de celle de la belle Urfule. Je te falue , mon bon ami , & fuis avec un plaifir inex- primable ,

Ton cher D'Alzan,


D4


[56]




QuATRi È ME Lettre,

Du même.

3 mai.


J


/ E me fuis trouvé deux fois avec la charmante Urfule, depuis ma der- nière , moucher : la première fois , il y a deux jours j madame DesTianges était avec nous : la féconde aujour- d'hui J 2c nous étions feuls. . . . Oui 5 feuls. Cela t'étonne ? Eh bien , pour augmenter encore ta furprife, je te dirai que nous avons caufé près d'une heure, 8c que je lui ai dit les

chofes les plus furprenantes. Car

au lieu de lui parler de la feule dont je defiraffe l'entretenir , je n'ai pas eu la hardiefTe d'en toucher un mot. En vérité , cette adorable fille m'in-


[57]

timide : elle rend modefle Se retenu le pétulant , ï effronté d'Alzan : êC puis il faut te dire , que nous étions dans un parloir. Madame Des Tian- ges m'avait prié d'avertir Urfule , qu'elle irait la prendre le foir, pour aller chez une parente , que la char- mante fœur ne connaît pas. Ma chère Maîtrefle ( qui ne fe doute pas encore que je lui donne de tout mon coeur un nom fî doux) m'a queftioné fur cette Dame, fur fon caradère, fur fa beauté. • La converfation aurait bientôt tari , car je n'avais pas grand' chofe à en dire : mais j'ai fait com- me Pindare , qui , lorfque le plat individu qui le payait pour célébrer fa victoire aux Jeux Olympiques , ne lui offrait pas une matière aflez brillante , louait Caftor & PoUux : fort adroitement , j'ai tourné la con- verfation fur Adélaïde Des Tiangess


[s 8]

l'éloge de fou cœur de fon efprît , ^ jailli de fources j'ai parlé longtems & avec feu de fa tendrefTe pour toi î yai peint fes mœurs pures, & j ai dit quelque chofe de fa beauté. Mes yeux étaient fixés fur l'aimable Re- clufe , lorfque j'ai loué les grâces de ton époufe > & je t'avouerai , que fous le nom d'Adélaïde , c'était le portrait d'Urfule que je fcfais. Elle s'en efl; aperçue fans doute , car elle a prodigieufement rougi. Ce foir, je dois les accompagner. Conçois-tu , mon ami, combien je vais être heu- reux ! Je paflerai trois heures au moins avec. Urfule > c'ell en atten- dant cet infiant defiré que je t'écris. Je reviens à mon Projet,


[59] Suite.

§ I.

NÉCESSITÉ DES Lieux

DE P RO s T IT UT ION,

A u as entrevu que mon deflcin n'eft pas de faire regarder la Profti- tution comme abfolument intoléra- ble dans un État bien règle : loin delà 5 je la crois d'une malheureufe, mais abfolue nécefîîté dans les grandes villes > & furtout dans ces abrégés de l'univers , qu'on nomme Paris _, Lon- dres y Rome ô:c.

Je me rappelle d'avoir avancé que , parmi les anciens , Sparte feule avait dû fe pafîer de filles publiques. Les loix de Lycurgue ôtaient, dit-on j la pudeur à la chafteté même , ôc dès-lors les defirs devaient être moins


[6o]

violens (*). Mais ce n'était pas aflcz:


(*} ce L'amour aurait pu produire de grands 5' ravages , fur-tout chez un peuple porté à 9> renthoufiafme : des loix févères , des ob- a» ftacles multipliés n'auraient fervi peut-être 3> qu'à le rendre plus dangereux : Lycurguc 3» prit une voie toute oppofce : indépendam- " ment des exercices où les filles étaient en- M tièrement nues , il voulut que leurs habits 35 ordinaires les laifTalTent à moitié décou- se vertes : il défendit le célibat Ibus peine " d'infamie, permit aux maris de prêter leurs 3' femmes , & autorifa les hommes à em- S' prunter les femmes les plus belles, en s'a- " dreflant à leurs maris. Toutes ces loix, en a' attaquant la fidélité & la pudeur, ôtaient " à l'amour prefque tout ce qu'il a de déli- ai cat &: de féduifant : mais en même-tems 3' elles affaibliffaient cette paflîon , & pré- " venaient les fureurs de la jaloufie. Disert, de m. Mathon de la Cour , fur les caufes & les degrés de la décadence des loix de Ly-cur" gue , couronnée par VAcad, des Infcriptions & Belles-Lettres , i/'6'y.


[6i]

C€ Légiflateur , que la Grèce regarda longtcms comme le plus fage de tous les hommes, connaiflait trop le cœur humain , pour ne pas fentir que, tant qu une femme ferait interdite à tout autre que fon mari, cette impuiiïance de la pofîeder légitimement, fuffirait pour en faire naître le defir. Il vou- lut que des citoyens, entre qui touc était déjà commun, puflènt fe de- mander les uns aux autres, & fe prêter leurs femmes: il impofa même l'obligation à celui qui ne pourrait avoir d'enfans de la fienne , de la céder pour quelque tems à un autre. Dans une république où tous les citoyens étaient égaux , & mangeaient en commun 3 où par conféquent le luxe de la table , des habits , des bâ- timens était impoflîble , inutile ou ridicule 3 où le même homme enfin pouvait prétendre à toutes les beau-


[6i]

tés , & les femmes fuivre des goûts que les loix ne réprouvaient pas (*) , la Proftitution , cet état avilifîant , qui met une fille charmante audef-

iî< " "*"* I mi i^mBa^aimammmmmÊ^immm^mamm^a^ÊmÊ^

(*) Voila pourquoi un Lacédémonien ré- pondit à celui qui lui demandait, tjuelle était à Sparte la peine des Adultères ? que le cou* pable était obligé de donner un bœuf ajfe:^ ^r and ^ pour boire du haut du mont Taygète dans /'Eurotas, — Mais, dit le queftioneur, il eji impojjlble de trouver un tel bœuf. — F as plus que de rencontrer un adultère à Sparte* En effet , ce qui conftitue le crime , c*eft ioppofîtion aux loix: tous les forfaits contre ia fociété , fi févèrement & fî juftement pu- nis , ne feraient plus que des adtions indif- férentes , fi la fociété était dilfoute. On fait aufli que les Pères de TEglife , trompes par la réponfe du Lacédémonien, ont cité fore fouvent aux Chrétiennes l'exemple des fem- mes de Sparte : il faut avouer qu'ils ne pou- vaient plus mal choifir. Voyei;^ la note pré" cidentç^


fous des bêtes même , ne devait & ne pouvait pas exifter.

A Athènes, à Rome, & dans le refte de l'univers , où les mœurs étaient beaucoup moins exactes fur l'article des mariages , qu'elles ne le font aujourd'hui parmi nous , il y avait des lieux de Débauche : mais je fuis perfuadé que le nombre des filles publiques des feules villes de Paris ou de Londres, furpafle ce qui pouvait s'en trouver dans la Grèce ou dans l'Italie entière , lors de la plus grande corruption des Grecs & des Romains : parce que , outre le divorce qui était permis, un maître avait le droit de faire fervir fes Ef- claves à fes plaillrs (*). C'eft encore


(*) Le diok de Jambage, donc ceitains petits feigneurs J^audois jouiiTaient encore il y a cent-cinquante ans , était un refte de


[64]

la raifon pour laquelle , de nos jours; il ne fe trouve prefque point de Prof- tituées Mufulmanes , rrès-peu chez les Indiens, & les habitans du Nouveau-

  • Foyei la monde'^Xesdeux genres odleux d'im-

'^^ '* pudicité, dont les barbares Efpagnols

accufèrent ces derniers, pour donner une ombre de juftice à leurs mafîa- cres , à leur tyrannie plus cruelle que la mort , étaient autant de calom- nies, dont les juftifîa le pieux Evê- que Las - Cafas {*) , qui avait par-

l^tf,-. »r,n>MBvwy'.'!fc «yT"«n.-r«»---r.rrf.nrr.^M«»yi»Tjn«g»'-'^ -. rn':i3a^:m:a3ys^^Bmam

cette coutume barbare. Le terrier de ces no- bles , à la fuite de leurs droits domaniaux , portait celui de déflorer la mariée le jour de fes noces , & d^ avoir la premiïre nuit. Il a fallu toutes les lumières qu'a répandu fur l'Europe le renouvellement de la philofophie, pour faire rougir ces petits tyrans , d'un prétendu droit qui avait été prefque général, fous l'empire même du Chriftianifme.

(*) Las-Cafas était évêque de La-Chiapa . dans la Nouvelle-Efpagne.

couru


couru toute l'Amérique Méridionale; Loin de moi la penfée de profcrire la pudeurjd excufer le divorce,& de cher- cher à diminuer la jufte horreur qu'in- fpire l'ufage barbare d'acheter une bel- le fille i comme fî ce tréfor, plus grand que toutes les richefles des Monar- ques , pouvait être mis à prix d'argent , & que l'empire defpotique qu'on fe donne fur elle de cette manière , ne fût pas auffi contraire à lanature,qu'aux lu- mières delaraifon.Nosmœurs, toutes déréglées qu'elles paraifTent , font pré- férables à celles des Anciens & des Mu- fLiImans (^). j'ofe dire plus : il vaudrait

(*) Préconife qui voudra les vertus des Turcs & de prcfque tous les Afiadques en général j pour moi , je ne regarde les hom- mes de ces contrées que comme de lâches cfclaves , qui Te vengent de leur avilillemenc fur le fexe le plus faible : ce ne font pas des cpoux , ce font des maîtres dédaigneux ,

I Partie. E


m

mieux que nous vifTions croître le nom- bre des fiiies publiques , & que nos femmes cefîafîènt d'être chaque jour entourées d'un efTaim de méprifables féducleurs. A cette condition fidure,

OU des tyrans jaloux. Quel pays , grand dieu ! où l'homme achète à la foire l'objet de fon amour ! Non , celui qui croit pou- voir acquérir &; vendre fon femblable, Sc qui regarde comme une "aélion permife de détruire un homme fans le ruer, ne peut avoir l'idée de la véritable vertu. Ces Chinois lî fameux , qui , dit-on , dans les conditions même les plus balTes, s'entr'aident civile- ment , ou fe difputcnt l'honneur de céder dans des circonftances où les charretiers de Paris & de Londres fe prennent aux che- veux ; CCS Chinois vantés noient leurs filles lorfqu'ils croient en avoir affez j fans parler de leur fourberie , èc des autres défauts , que le Voyage de lord Anfon a dévoilés. Heu- reufe Europe, garde tes vertus , plutôt même tes vices , que de rien envier à ces climats I


[67l ^

purflènt -elles toutes, fidelles comme l'aimable Adélaïde Des Tianges > n'in- troduire jamais dans nos familles, des enfans qui ufurpent nos droits, & volent notre nom ! L'expérience nous aprend qu'une époufe qui s'ell oubliée jufqu'à manquer au premier de fes devoirs , ne le viole jamais feul : l'amour maternel s'efFace d'une âme adultère 3 les biens quelquefois fe difîipent , pour fournir à la dé- penfe d'un vil procateur (^) y & fou-

(*) Notre idiome manque d'un terme propre pour rendre cette idée ; je me fuis cru permis d'en emprunter un dans la langue mère de la nôtre: Procus^ de l'ancien verbe idiùri procarc [ demander effrontément] & au figuré [ cajoler la femme d'autrui ] eft le terme propre , que je rends par procateur. On fs fèrt du mot adultère ; mais outre que cette expreflîon efl: la même pour le crime 6c pour le criminel, l'amant d'une femme n'eft pas toujours fon adultère.

Et


m

vent un mari de bonne-foi , ne fort dé fa longue fécurité que ruiné 6c trahi. Mais pour féduire une femme, une fille d'honneur, il faut des pei- nes î des foins , & quelquefois d'énor- iiTCs dépenfes 3 car le beau-fexe creufe fous nos pas un goufre, qui fait égale- ment difparaître les biens de celui qu'il dupe dc de l'amant qu'il fàvo- rife. J'ai vu, mon cher Des Tian- ges, beaucoup de ces hommes mé- prifables , pour Icfquels le crime elî: un jeu, s'effrayer des fuites d'une in- trigue &: l'abandonner : ils préféraient une de ces femmes , dont quelque chofe de pis que la galanterie eft le métier, parce que, di fa ient ils, elles font fans conféquence , & qu'on les quitte ou reprend lorfqu'on le veut. Et s'ils n'en enflent pas trouvé? C'en était fait : ils auraient tout facrifié, pour fatisfaire la première des paf-


[^91

lions. Je conclus delà, que la ProP- titution efb un mal, qui en fait éviter un plus grand.

Effectivement, dans l'état aducl de nos mœurs , & dans un fiècle où le nombre des Célibataires eft £. fort augmenté j où l'on voit même ceux qui font engagés dans le mariage former le projet criminel de ne vi- vre que pour eux , & craindre de fe donner une poftérité (1)5 où les Ec- cléfiafliques ont fi peu Tefprit de leur état [ parce qu'en effet il ed peu d'hommes qui puificnt l'avoir (2)]^

(i) Ce crime n'eft pas à notre fièçle feul: ia femme d'un romain nommé Pannicus^ prenait de coupables précautions contre la


orolfefTe :


Cur tantùm euneuchos nabaat tua Gallia qux'Hs , Pannicç? vult f . . . Gallia , nec parère.

Mart. Epiy, 6j L. VI.

(2) L'Auteur de la Dijfertaûon fur Us IcJx de Sparte fa|,t cette remarque fenfée v

E5


quelle efl: la vertu qui pourrait fe foutenir contre une foule d'ennemis intérefîes à la détruire ? Les loix, même les plus févères, auraient-elles alTez de force, pour garantir de la violence, un fexe qui met fa gloire à faire naître le péril, mais qui craint de le partager? Une foule d'Etran-


cc Des loix païfaitement conformes à l'hu- s3 maniré prendraient cous les jours une nou- « velle force, au lieu que le tems mine & » affaiblit les autres par degrés , &c tôt ou =' tard finit par les abolir ». En effet , com- mander aux hommes ce qu'ils ne peuvent ex- écuter qu'avec de grands efforts de des com- bats continuels , c'eft leur prefcrire ce qu'ils ne feront point du tout , ou pas longteras. Tout état qui tend à élever l'homme au-def- fus de la nature , efl: l'écueil de l'honnêteté > car il ne peut fe foutenir que dans Tenthou- liafme de la nouveauté : il ne fait enfuite que des tartuffes; cfpccc de mal-honnêtes- gens la plus dangcrcufe de routes.


[7'J

gers inondent les grandes vilîcsj.' ont quitté leurs conuaiilaiiçes & leurs majxrefles j mais les defirs les fuivenc: ils s'enflâment à la vue du premier objet, avec d'autant plus de facilité, que le beau-fexe des Capitales efl plus féduifant, plus coquet : ajoutez que la privation fubite où fe trou- vent ces Étrangers , de tous leurs amufemens ordinaires , laifie dans leurs cœurs un vide, qui les livre tout entiers à l'amour. Tu fupplée- ras,mon cher, à tout ce que je tais. Eh ! combien de fédudions , de rapts, de viols, la Prcftitution fait éviter? Qu'on prenne une route difficile , pour ne pas dire impraticable , & qu'on change nos mœurs au point que le commerce cefîe prefqu'entiè- rement entre les deux fexesi qu'en réfultera-t-ih Un mal plus grand en- core : d'infâmes ^//oûj braveront im-

E4


[7^1

pndemment les loix & la naturel nos enfans vont être expofés à tou- tes les indignités d'une paffion bru- {3) taie (B).


Madame Des Tianges me fait aver* tir : nous allons prendre Urfule. Porte- toi bien, mon bon ami. Je te fuis tout dévoué.

P'Alzan.


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g — — rv-^^ n

Cinquième Lettre.

Du même.


15 mai.


jf^L


3L H ! mon cher Des Tianges ! cet inftant attendu avec tant d'im- patience, il efl pafîe. .. & je voudrais être encore à le defirer. Urfule n'a pas reçu l'aveu que je lui ai fait de ma tendrefle , comme je refpérais. Je n'ai jamais fouhaité ta préfence avec plus d'ardeur. Aurais -je un ri- val ? quelqu'un aurait-il déjà touché ce cœur, dont la pofîeflîon excite tous mes defirsî... Ah! Des Tian- ges, que je ferais malheureux!

J'étais auprès de cette fière beau- té j on nous laifTait la liberté de nous entretenir : je n'ai pas manqué de


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falfir une occàfion anffi favorable pour ouvrir mon cœur. Urfule m'écoutaic> mais avec une froideur capable ^e déconcerter un homme moins amou- reux que moi. Non, fi fon cœur était libre , elle n'aurait pu s'empê- cher d'être attendrie de tout ce que je lui difais. Madame Des Tianges partage ma douleur > elle me plaint; mais , hélas ! fi fon adorable fœiîr efl infenfible pour moi, . . . Cette idée m'accable ôc me fuit partout. Je n'y connais point de remède , cher Des Tianges. Si tu voyais à préfent ce volage , ce léger d'Alzan j cet infen- fé, qui bravait un fexe qu'il n'eft pas digne d'adorer i qui le dénigrait, le raillait , le méprifait 5 ne le jugeait que d'après lesCatins qu'il a hantées, & fa propre corruption ; fi tu le voyais humilié, pleurant.... ]e connais ton cœur 3 il ferait touché , pénétré. Ne


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pourrais-tLi , mon bon ami , hâter la décifion des affaires qui te retiennent, venir bien vite. . . . Mais Urfule m'en aimerait-elle davantage? Que tu es heureux, Des Tianges! Si mon fort pouvait un jour refîembler au tien! Ah ! je n'ai connu ni le bonheur , ni même le plaifir : il faut , pour en jouir, être aimé d'une femme , honnê* te , charmante j & ce bien fi grand, qu'ai-je fait pour le mériter?

Je continue aujourd'hui à t*entre- tenir de mon Projet, il faut te l'a- vouer , autant pour me diftraire, que pour m'acquitter de ma promefîc : on ne doit donner à fes amis les chofes que pour ce qu'elles valent. Si j'é- crivais à un homme à préjugé , à quelqu'un de ces puriftes qui font main-bafle fur les moindres pecca- dilles des pauvres humains , je ne me ferais pas expliqué avec autant


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<îe franchife fur la Néceffîté des lieux de Proftitution. Je craindrais , avec raifon , de pafTer dans l'efprit d'un tel homme , pour un de ces Epicu- riens fans mœurs , qui voudraient pouvoir fe livrer en toute fureté à leurs criminels panchans. Je n*ai pas à redouter cette injuftice de ta part, nion cherj & les difpofitions que je montre aujourd'hui , te font un ga- rant fur que je fuis changé.

§11.

Inconvéniens * DE LA Prostitution.


o N , mon ami , je ne me fuis point aveuglé fur les inconvéniens du pu- blicijme d'un certain nombre de fem- mes , même avec la réforme que je defirerais qu'on introduisît : ils iowi


Ï77]

encore très-grands. Par exemplej je ne puis m'cmpêcher de m'avouer à moi- même, I." Que fi l'on mettait de la rè^ gle dans les lieux infâmes , il femble- rait par là, que le Gouvernement leur donnerait une attention dont ils font peu dignes (^). II."' Que des plaifirs fûrs , faciles , affez peu coûteux , pro- cureraient rafibuvifîement d'une paf- fion illégitime j diminueraient peuc-


(*) Cette objedion , la plus forte & la plus fenfée de toutes, n'embarraflera plus. Cl l'on fait attention à routes les précau- tions que le Règlement va prefcrirc, pouc rendre la Proftitution entièrement diffé-î rente de ce que nous la voyons. D'ailleurs le mal eft fi grand , qu'il faut employer ]uC- qu'aux poifons, s'il peut en réfulter des effets falutaires : je le dis encore , le mal eft fi grand , qu'il ne faut pas être déUcat fur les moyens de le diminuej,


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être le nombre des unions honnê- tes (^). III."' Qu'un Chrétien ne doit pas regarder comme une chofe de petite confidération , le crime que mon Projet ne peut s'empêcher de favorifer {^). IV. Enfin, quelques perfonnes pourront croire , que l'ef"


(*) Le premier inconvénient eft réel: le fécond me paraît peu fondé : les gens hon- nêtes des conditions aifées ne s'en marieront pas moins j parce qu'il y aura un lieu public : les habitans des campagnes , dont la popu- lation importe tant à l'État , ne fongcronc guères à y aller. Il n'y aura donc que nos libertins èc nos célibataires volontaires ; Sc ces gens-là , comme on fait, font déjà perdus pour la patrie. L'Établi iTement peut feul di- minuer la lacune que lailTe le dérèglement de leurs mœurs.

(*) Un Chrétien fait que Dieu tire le bien du mal même. Hélas! & nous^ fouvent, nous tirons le mal du bien i


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pèce d'approbation qu'on donnerait à^ des filles perdues , influerait fur les mœurs, en accoutumant infenfible- ment à regarder avec moins de mé- pris ce dernier période de la perver- fité humaine {'^\ Ceft auflî , à-peu- près , à quoi fe réduifent les obfer- varions que j'ai lues dans ta lettre fur le fiftème propofé. Je ne parle pas de ce que tu ajoutes encore , Que cejl de f armer la jujlïce divine ^ qui punit rimpudicité dès cette vie même^ par des chàtimens qui naijfent du. defordre auquel fe Livrent les débau^ chés. Tu ne t'es pas rapelé , que j'avais prévu cette objection.

Examinons maintenant la foule de dangers que nous éviterons, en nous

(*) On n'aura plus cette idée , dès qu'on' fe fera bien pénétré du motif qui aurait dc^ terminé l'établilTement des Parthénions,


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expofant à quatre inconvéniens, qui exiftent , même aujourd'hui , indé- pendamment de mon Projet.

I."' L'affreufe maladie que la Prof- tîtution étend & propage fans inter^ ruption , fans dif continuité. Ses ra- vages s'étendent fur plufieurs géné- rations 5 fans que les individus s'im- buent d'un nouveau virus : le mi- néral qu'on emploie , le régime qu'on obferve afFaiblifîent le tempérament: un levain que l'art ne parvient jamais à détruire entièrement > attaque les principaux vifcères , furtout l'eftomac & les poumons : il n'efl point de guérifon complette 5 l'économie ani" maie , ébranlée trop fortement , ne reprend jamais un équilibre parfait. Si les coupables étaient feuls afFcdés de ce mal cruel , on pourrait le regar- der comme une jufle punition de leurs defordres 3 mais leurs en-

fans


fans ne le font pas. Je l'ai dit en corrl- mençant , on voit de tendres, d'Infor-^ tiinées viélimes devenir la proie d*tin mai d'autant plus dangereux , qu'elles ne foupçonnent pas même d'en être atteintes : il a déjà fait d'irréparable^ ravages , lorfqu'on le reconnaît au^i fymptômes qui lui font propres : les nouveaux-nés & leurs nourrices pé- riflent miférablemenc. L'humanité ^ la raifon indiquent, qu'on ne doit rien négliger pour défendre & fauver ces innocentes créatures (^)i

(*) Bien des gens s'occupent à chercher <^es méthodes sûres & faciles pour guérit les maladies vénéhennes , fâris employer Fin^ commode ôc dangereux mercure: les pré - rendues découvertes peuvent tout-au-plus eri-' richir quelques Charlatans , que le fecret àé procurer des ciurcs palliatives rciid célèbres i mais leGouvernemen:peut en tarir la four- ce \ il tient entre fes mains le plus puiflant des antidotes. Voye^^la nou ^A).

I Partie. F


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11."^ Une foule de jeunes filles l prefque toutes, jolies •, les mieux fai" tes & les mieux conjliiuées de la nation , font perdues pour la patrie. On fait que dans cet état, auffi dan- gereux qu'humiliant & pénible, elles parviennent rarement iufqu'à la moi- tié de leur carrière : les débauches en tout genre abrègent le cours de leur vie. Elles ne rendent point â l'État, le tribut de travail que lui doit chacun de fes membres : elles paiïent leurs miférables jours dan^ une forte d'engourdiflement , donc elles ne fortent la plupart que le foir pour tendre ces filets où l'homme le plus fage fe prend quelquefois aufli- bien que le libertin {*). La patrie eft

(*} On tue le chien enragé &: le ferpent; dès qu'on les a découverts : font- ils, même physiquement , auffi dangereux qu une_^//^ publique è


u « 


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"privée des fujets que lui donnerâîenc toutes ces filles , qui regardent la groflèfle comme le plus grand des malheurs 5 non parce qu'elle leur fait mettre ordinairement au monde des enfans mai-fains , qui périfîent bien- tôt, ou vivent infirmes 5 mais parce qu'elle porte un échec toujours ir- réparable à leurs attraits. Auffi em- ploient-elles tous les artifices ima- ginables pour l'éviter , ou pour fe procurer l'avortemenc, au commen- cement d'une ^rofiefie reconnue.

III."^ Les endroits de débauche^ difperfés comme ils le font parmi nous , font fouvent naître , pour cer^ taines femmes (C ) , le deffein & l'oc- (C) cafion de venir s'y livrer à î* infâme panchant au libertinage^ quelles neuf fent pas écouté ^ fans la facilité de le fatis faire. De jeunes filles , trop do^ minées par le goitt de la parure ; fé~

F 1


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duîtes par r appât du gain ; quelque-^ (D) fois entraînées par le tempérament (D) , y vont perdre , leur innocence & leur fanté ; des parens honnêtes , mais inattentifs , deviennent ainji les dupes de la confiance qu'ils ont en leurs enfans,

jy^nc T'^^j Iq^ de f ordres régnent ordinairement dans les lieux de Prof titution. Le mal ferait moins grand, fi Ton ne fefait qu'y fuivre le pan- chant de la nature : mais l'on pour- rait prefque regarder comme fages, ceux qui s'en tiennent là. D'ailleurs cette route naturelle ne ferait pas la plus fûre j & malgré lui , l'homme eft contraint de fe livrer à àts goûts dépravés. Il eft afluré de ne pas trouver de réfiftance , les filles de- vant préférer toutes les manières, à celle qui les expofe aux mêmes dangers que les hommes , & à celui


[85]

iquî leur efl particulier, & qu'elles redoutent fi fort, à la groflefle. I! n*eft donc aucun genre de dégrada- tion que ces malheureufes ne fubif^ fent : on les voit fe livrer à ce qui leur répugne le plus, foit par inté- rêt, foit par la crainte d'être mal- traitées , ce que les plus infâmes com- plaifances ne leur font pas toujours éviter (E). L'amour , ce fentiment (E) divin , que l'Etre fuprême fait naître dans les cœurs , pour y répandre une douce ivrefle, qui nous falTe fuporter lesmiferes delà vie , & nous confole dans la trifte attente de la mort (F) j (F^ Tamour, dis- je, lorfqu'il n'efkpas joint à l'eftime , fait de l'homme un ani- mal féroce j c'eft l'amour qui le rend plus furieux, plus cruel que la co- lère même (G) ! il fe fatisfait en grin- (G} çant des dents , & meurtrit ce qu'il vient de carefTer J


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V."' Accoutumés à voir des fertvr mes fans pudeur , le mépris que les. hommes ont pour elles , retombe fur tout un fexe enchanteur ,• à qui je reconnais enfin , mon cher , que nous ne pouvons rendre hommage , fans que la gloire en rejalUiffe fur nous-^ même. Le dirai- je ? ces grâces , qui le font davantage à demi-voilées ^ n'excitent plus dans leur cœur ce trouble , ce treffaillement délicieux > le premier,, & peut-être le plus doux des plaifirs. Lorfque dans la fuite 3 par pudeur , une chafte époufe fe dé- , robe à leurs emportemens, ils fonc incapables de connaître le prix d'une modelle réferve. Ilsenfeignent à leur vertueufe compagne, ils exigent d'elle ces carefles effrontées , dont la dé- (H) bauche a fait un art (H). Infenfés ! ignoreraient -ils que l'amour 6c la beauté font de tendres fleurs , qui


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fe fanent dès qu'on les touche, qui fe fèchent , dès qu'une main trop avide les veut preffer ! ^

VI.°' Un grand inconvénient qui réfultç de ce que les filles publi- ques , ou mêmes entretenues , font mêlées- avec d'honnêtes citoyens , cUjl quon peut voir , & que l'on voit fouvent ce qui fe paffe dans leurs chambres. Si un jeune-homme , une jeune perfonne , ont malheureufc- ment découvert un endroit de leur maifon, qui les mette à portée de s*inftruire de ce qui fe fait chez une fille publique) quel changement fu- nefte ne préfume-t-on pas que pro- duira dans leurs mœurs cette dan- gereufe vue ! L'imagination de votre fille en fera fouillée > la tache qui s'imprimera fur cette âme neuve, ne s*cfFacera peut-être jamais. Et votre fils ? Il voudra bientôt connaître par

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lui-même ce qu'il n'a fait qu'entre- voir. Souvent auffi , le haut de la snaifon, dont les filles publiques oc- cupent le premier étage , eft habité par des gehs du commun d'une con- duite honnête : leurs femmes & leurs filles en rentrant chez elles , fe veiv ront expofées à des difcours , à des attouchemens. . , . Il faudra qu'ils dé- logent , 6c que la vertu humiliée , cède la place au vice.

VII.'" Les filles perdues f orient , j^e promènent , quelques-unes fe font remarquer par V élégance de leur pa* rure i & plus Jouvent encore par Tin-^ décence avec laquelle elles étalent des apas féduËeurs : 'de jeunes impru- dens prennent avec elles , même en public , des libertés criminelles, Ee nos enfans , fouvent témoins de ces horreurs, avalent le poifon : il fer-» i^'\^ï\ic i^ il fe dévelope avec l'âge , 6^


cette vue danc^erenfe les condait à leur perte, malgré les foins d'un père & d'une mère vigilans. La fille d'un artifan, d'un bourgeois même, en- core dans cet âge , oïl l'ingénuité native ne lui fait foupçonner de mal à rien, voit une femme bien vêtue, que de jeunes plumets fui- vent à la pifte , abordent , careflent j cette fille innocente fent naître dans fon cœur un defir de lui reflembler, faible, il eft vrai, mais qui fe forti- fiera, & lui frayera peut-être un jour la route du defordre.

VIII."' Dans un Jardin publie , oîi lesfens viennent d'être remués par tout ce que La Capitale a de plus féduifant ^ on rencontre des objets femblables à ceux qu'on vient de dejirer. Pour évi- ter le péril , il faut avoir une vertu à toute épreuve, ou manquer de tem- pérament, Quelle indécence pour-


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tant! fous le voîle d'une demi-obfci^ rite, on ofe. . .. des enfans répandus dans le Jardin, ont devant lesyeux.„ Et Ton s'étonne de la corruption des mœurs dans l'âge le plus tendre ! . . . . La fcience du plaifir en précède le goût & l'ufage.

I X.'" Souvent une fille publique lajfe de la capitale , ou craignant la vengeance de ceux à qui elle a corn." muniqué le poifon qui circule dans fes veines ; ou bien d'autres crimes lui fefant redouter le magijlrat & les loix , va répandre ailleurs la conta^ gion, C'eft alors , qu affichant le li- bertinage & la crapuleufe indécen- ce , on la voit fcandalifer les voitu- res publiques où elle fe trouve (*), Des gens fans mœurs de tout âge ,

(*) Ceci arrive particulièrement dans les Coches par eau.


I9']

s'attroupent autour d'elle» l'on ciY- tend retentir les chanfons fales &: dégoûtantes , les propos révoltans de la brutalité groflière. Malheur aux jeunes-gens fans expérience qui font témoins de mille fcènes infâmes que ces malheureufes occafionnent. Elles fuffifent quelquefois pour leur^faire perdre leur innocence : malheur fur- tout aux jeunes filles toujours curieu- fesjddnt l'attention, en dépit d'elles- mêmes , fe fixera fur des tableaux jufqu'alors inconnus : le vice effc fi contagieux, que l'exemple qui de- vrait effrayer , diminue fouvent l'hor- reur qu'on en avait.

D'autres fois (ôc dans ce cas le péril eft prefqu'inévitable) il s'y rencontre des filles publiques qui fe déguifenc fous un air modefte 6c réfervé. La dé- cence la plus fcrupuleufe accompa- gne leurs difcours ôc leurs manières >


un féduifant & modefte négligé , ré- pare le délabrement de leurs attraits: un honnête -homme les voit : fon cœur lui parle pour elles > il devient officieux, complaifant, rempli d'é- gards : il eft touché de quelques marques de reconnaifTance j il s'at- tendrit : un fourire fédu£leur achève alors de le charmer 5 (es principes l'a- bandonnent ( eh ! qui peutréfifter aux agaceries d'une femme que l'ofi croit honnête! J La nuit furvient j on s'ar- range près l'un de l'autre j l'occafion ,

les fens , quelquefois le cœur

un homme eft fi tôt pris!... l'ob- fcurité. ... il en profite pour favourer fur une bouche impure un dan-

eereux baifer il s'enhardit.... .

la réfiftance eft imperceptiblement

nuancée il fuccombe

& l'honnête - homme féduit paye de fa fanté , quelquefois de fa


[95]

vie, i'oubli momentané de fes de- voirs il). (Vj

Si la Proflituée, chemin fefant, peut caiifer tous ces ravages, quels defordres fuivront fon arrivée dans une ville de province , parmi des hommes que l'inexpérience va ren- dre faciles à tromper i que la foif des plaifirs illicites dévore j foif que des attraits ajfaifonnés à la manière des grandes villes , vont allumer bien davantage ?

Je me contente d'indiquer ces principales fources de crimes que la Proilitution , telle qu'elle eft foufFer. te , occafionne chaque jour. Le Prince eft l'image de la Divinité j comme


£)


elle , il fait tirer le bien du mal mê- me : lui feul pourrait donner l'être à un Établiflement , dont je me for- me un plan que je crois facile à exécuter. Cet avantage précieux, de


faire contribuer les abus particuliers au bien général , eft le plus glorieux apanage des Rois.

Adieu, mon cher DesTiangesr puifTe ton prompt retour faire que cette lettre foie la dernière que t'é- crira Ton bon ami

D'Alz a n. P, S. Nous recevons tes Lettres , à i'inftant. Dès que monjleur d'Aï- . :^an attaque , il faut b'ienfe rendre l Tu railles ton ami , Des Tianges> & tu devrais le plaindre : Taima- ble Adélaïde çonnaîc mieux les droits de l'amitiçii-js jfîoir.'i'iloi*^


^ . 1 ■ 1- .^


[95]


Sixième Lettre.

Du même.

24 mai.

JêLjâ COUTE, chef Des Tian- ges : j'ai furpris un fecrec , & je te le confie : la divine Urfule. . . . pafîe- moi le terme j je ne fais s'il eft alîèz fort : eh bien , cette fille charmante cft venue ce matin voir ton époufe» Je fuis arrivé un infiant après. La vieille Jeanneton , à qui j'ai le bon» heur de ne pas déplaire , & qui cher- che à me faire tous les plaifirs qui font en fon pouvoir , la vieille Jean* neton , ta cuifinière , me l'a dit à Poreille, avant de m'annoncer, J'aifu commander à mon emprelfement 5 j'ai pafle dans ton cabinet, non pour y donner quelques heures à nos affai- res, fuivant njon ufage depuis toq


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abfence, mais dans le deffein d^ réfléchir un peu fur ce que je devais dire à la fière Beauté qui me captive. Je ne trouvais rien a mon gré : je m'abandonnais aux idées les plus triftes. — Voila donc* me difais-je à moi-même , ce D'Al- îian , à qui rien ne réfiftait j que i6 rnérite trop vanté d'une figure fé- duifante rendait fi vain > ce préfomp. tueux qui crut longtems que toutes les femmes briguaient la conquête de fon cœur j le voila j il échoue . . . auprès d'une enfant!.... Ces ré- flexions , très^morales , commençaient fur un ton à me mener loin , lorfque madame Des Tianges, 6c fon aima- ble fœur font venues dans ta cham- bre. Je n'ai pas Voulu me montrer tout-d'un-coup , ôc bien m'en a pris , car je fefais le fujet de la converfa- tion. O! mon ami, cette Adélaïde

que


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que je croyais fî unie, fi naïve, fi bonne , comme elle eft fine ! . . . Elle me plaignait l'autre jour, d'un air Ci vrai , fi touché. . . . Voici ce qu elle difait à fa fœur : — Les hommes n'eftiment la conquête de notre cœur , qu'à proportion des peines qu'elle leur coûte , ma chère Urfu- le : quels quefoientlesfentiniensque monfieur d'Alzan t^ait infpirës , il faut, non pas être faufle, mais ufer d'une faf^e diflîmulation. Il a du mérite fans doute, cC je le préfère à tout autre pour toi , ma bonne amie 3 mais par cette raifon même, je veux m'afllirer que vous ferez mu- tuellement votre félicité : je veux avoir des preuves folides , que fa ten- drefle n'eft pas un fentiment aveu- gle, un goût pafîager, qui ne ferait pas à répreuve du mariage > & j'âî de bonnes raifons pour penfer de la I Partie. G


t98]

forte. LailTe-toi conduire, ma toute aimable , ton bonheur m eft au{ïi cher que le mien. Je ne trouve pas étrange que monfieur d'Alzan t'ait plu j j'aurais mauvaife opinion de ton cœur, s'il était infenfible au mérite qu'accompagnent les grâces 6c mJlle taleus agréables , dans un homme que nous te deftinons, qui t'aime, qui te l'a die : mais, il eft des ca- radères , qu'une efpèce de femmes asâtés.... il faut fe défier de tous les amans. Le tien eft un homme d'hon- neur : mais. . . . c'eft un volage. Ne compte fur lui , & n'abandonne ton cœur à la douceur d'êcre aimée , que lorfque je te dirai , il en efl tems — . .... J'étais fur le point de m'élancer hors du cabinet , Oc de venir aux ge- noux d'Urfule , la convaincre par la vivacité de mes tranfports , & par les fermens les plus facrés, de la vérité


M

ÔC de la durée de mon amonr. Ahî Des Tianges! j'en jure dans le fein de l'amitié , j'aime, j'aime pour jamais..,. J'ai craint de leur déplaire , en me montrant. Ton époufe a continué; — Tous les hommes ne font pas com- me monfieur Des Tianges 3 ils n onc pas tous ce caradère vrai , que l'on démêle au premier coup-d'œil : tous n'ont pas des mœurs aufîî pures que

les Tiennes Non que je veuille te

faire entendre. ... ah ! ma chère , c'efj: un bonheur femblable à celui que me fait goûter le plus eftimable des hommes, que je cherche à te pro- curer en t'unillant A l'ami de mon époux : mais ne iî?gligeons rien de ce que prefcrit la prudence humai* ne : je defire autant que toi-même j Se plus vivement peut-être, que ton amant foit digne d'un cœur tel que le tien j de ce cœur fi tendre, {i pur.



[loo]

clant le mien me répond. A te dire Vrai , "je penfe que monfienr d'Alzan fera docile aux confeils de fon amij qu'il fiiivra fes exemples 5 je vois dans leurs humeurs, un raport qui me fait concevoir cette efpérance flateufe: mais il efl bien jeune encore, les hommes n'ont de raifon qu'à trente ans : toi, tu fors à peine de Ten- fance.... attendons, ma bonne amie 5 attendons un peu : ne précipitons rienj j'aurais prefqu'autant de regret de faire le malheur de monfieur d'Aï- zan que le tien. — Ma tendre fœur, repondait Urfule , je fens toute la fageiïe de vos confeils, & vous ne me verrez jamai?m'en écarter : je vous ai fait lire jufqu'au fond de mon cœur j daignez me fervir de mère : le ciel, depuis longtems, nous a pri- vées de celle qui nous chériflait 3 vous avez feule fenti cette perte i vous


[


lOljj


hiîtes toujours vos foins à la réparer pour moi : ô ma fœur ! ma chère fœur ! Urfuie ne ceflera jamais d'avoir pour vous toute la tendrefîe d'une fille foumife — , Elles fe font embrafîecs, mon cher Des Tiangesj je les voyaisi je me contenais à peine: durant quelques momens , elles ont formé un grou- pe O mon ami , l'art n'eft rien :

' comment pourrait-il exécuter ce di- vin modèle ! J'allais , je crois , me montrer , mais elles font forties j ôc je m'en félicite 3 car je fuis ravi qu elles ne fâchent pas que je les ai enten- dues j je veux leur laifler le plaifir de fuivre le plan qu'elles fe font tracé : je leur promets un entier fuccès!... Quelles femmes adorables ! DesTian- ges ! . , . Adélaïde ! . . . divine Adélaï- de , que vous êtes digne d'être la fœur d'Urfule , ôc la femme de mon


ami !


Gj


tioi]


Je fuis heureux , mon cher : tÙ

fens combien je dois l'être Au

bout d'un moment , je me fuis pré- fenré chez madame Des Tianges, après avoir recommandé le fecret à la bonne Jeanneton. Adélaïde m'a re^'u d'un air ouvert : fur fon vifage , &c dans fes manières , on voyait une candeur féduifante , jointe à un air d'afFedion pour moi , qui m'a vive- ment touché. Ma charmante maî- treîTe , fidelle aux avis de fa fœur , était polie, & rien de plus. Pour moi, ce que je venais d'entendre, répan^ dait fur tout mon extérieur un air d'en- joûment , dont je n'étais pas toujours le maître de modérer la vivacité , mal- gré l'envie que j'en avais. J'affedais de tems-en-tems de fixer tantôt le portrait de madame Des Tianges , & tantôt celui d'Urfule, qui depuis quelques jours embellit l'apartcment de ton


époufej & du coin de l'cicil, je Icjt- gnais l'aimable focur : je remarquais, alors avec facisfaction , que fes beaux yeux étaient attachés fur moi : mais,, levais- je les miens , on regardait au- tre chofç. Adélaïde a été obligée de nous quitter un moment , pour quelques affaires) dès que je me fuis vu feul , j'ai pris cette iittsation fou- mife , qui plaît tant aux Belles , Se la feule que je delirafle depuis plus d'une heure : j'ai peint ma tendreffe aux genoux de l'incomparable Ur- fule. J'entrevoyais fes efforts , pour me dérober fon trouble , à fon extrê- me agitation j malgré la rigueur dont elle s'efforçait de les armer, fes yeux étaient tendres : elle m'ordonnait de me lever, &; ne fongeait pas à reti- rer fa main, que je couvrais de bai- fèrs : & lorfqu'elle y a penfé , elle a pris en fe fâchant, un air Ci douxj

G4


[i04j

que j'ai mille fois renouvelé ma fauté fur toutes les deux. Conçois-tu , mon ami ^ dans quel état délicieux je me trouvais ? Sûr d'être aimé de la plus belle , de la plus vertueufe de toutes les filles i fur que fon cœur, d'intel- ligence avec le mien, partageait ma félicité, je ne voyais dans fa modefle réfiftànce, que les efforts de fa vertu. Eh ! voila ce plaifîr après lequel mon cœur foupirait fans le connaître? Ur- fule cfl: la première qui me le fait goûter. Je ferai déformais infenfible à tous les autres. Aimer un objet eftimable , en être aimé , voila le bonheur 5 on trouve le plaifir juf-»- ques dans les rigueurs d'une maî^ trèfle adorée.

Madame Des Tiangesefl rentrée, que j'étais encore aux genoux de fat fœur. Je n'ai point changé de pof-^ îure : j'ai renouvelé devant elle à


[io5]

Taîmable Urfule , les fermens que Je venais de lui faire , de Tadorer tou- jours : j'ai prefîe la belle Adélaïde de parler en ma faveur , & de répon- dre de ma fincérité. — Je le vou- drais bien , m'a-t-elle dit , en me pre- nant les deux mains , pour m'obliger à la fuivre dans une autre pièce j & fi j'en croyais mes prefientimens , je le ferais : mais , mon cher D'Alzan , je tremble pour ma fœur : fon ca- radère eft une douce mélancolie j lorfque fon cœur fera touché , elle aimera trop : je foubaiterais qu'elle ne connût pas fitôt encore cette paf- fion , qui la rendra la plus à plain- dre de toutes les femmes, fi elle ne lui procure pas une félicité corn- plette.... Là, mon cher D'Alzan, fondez-vous bien , avant de lui dire que vous l'aimez : à la fin, elle vous croirait 3 ôc toute votre vie , vous


[.o6J

auriez à vous reprocher de Tavoli? trompée. Prenez encore quelque tems , afîiirez - vous bien de vou^ même , èc comptez fur mon amitié — . On n'a pas voulu que je repli- quafle , mon bon ami > on a dit qu'on avait affaire j nous fommes revenus au- près d'Urfule , & l'on m'a congédié , en me fefant reflbu venir que c'était le jour de t'écrire : mais on a ajouté , qu'on m'attendait ce foir de bonne heure.

J'obéis, mon cher : arme-toi de patience : je vais mettre fous tes yeux un Règlement, non comme celui de C^) Tabbaye de Thélhne (K) j mais un pro- jet fenfé, qui diminuerait les dan- gers de la Proftitution, & qui con> penferaity;(9^/^/^ par une utilité réel- le , les abus qu'on ne pourrait éviter entièrement.


[107]

III.

Moyens de diminver les inconvéniens de LA Prostitution:

Utilité que l'on peut TIRER d'une Maison

P U B LI Ç^U E BIEN A D M I" NIS TRÉE,

Wn dit qu'à Rome, les Filles pu^ bliques font fous la protection de l'Etat"^. Mais fans aller chercher * roye^U àes exemples chez les étrangers, il ""^^^ '"* eft certain que leGouvernement finan- çais ne regarda pas autrefois cet ob- jet comme trop vil pour fixer fon attention (L). Nos Monarques eux- (L) mêmes , donnèrent aux Ribaudes ou filles publiques , des Lettres de fauve- garde ; non pas à la vérité pour fa*


[io8]

vorifer ces infâmes 5 mais afin que la protedion des loix empêchât qu'on ne commît dans leurs maifons, une partie des horreurs raportées dans ks Notes de ma dernière Lettre (*). Les Magiftrats & les habitans des villes de Narbonne , de Touloufe , de Beaw- caire , à' Avignon , de Troie j 6cc. met- taient au rang de leurs prérogatives , la faculté d'avoir une rue chaude ou maifon publique de P rojîitution , donc ils étaient les Adminiftrateurs. Un zèle mal-entendu pour la Religion, efl: , à ce que je penfe ^ la feule caufe du changement qui efl arrivé à cet égard parmi nous. Les dévots d'un génie borné font enthoufiaftes î ifs fuivent fans difcrétion, les mouve- mens de leur bile, & les prennent


O Voye^ les notes (C), (D), (E), (G), (H), à. h féconde Partie»


[io9]

pfour une infpiration divine 5 ils fe feront fauflement imaginés, qu'en profcrivant la débauche , il n'y au- rait plus de débauchés. Qu'efl-il ar- rivé de-là ? Ils ont détruit le remè- de, & le mal a fubfifté *. * Voya-h

Il m'a toujours paru qu'en remet- ^°^^ ^-^ • tant les chofes fur l'ancien pied, & donnant même au nouvel EtablilTe- ment un degré de perfedion , qui en ferait réfulter de l'utilité pour l'E- tat, on verrait difparaître une foule de defordresj on éviterait les hon- . teufes maladies qui ravagent depuis fî longtems le genre humain, furtout en Europe 3 & que le panchant le plus doux & le plus noble de la na- ture ferait moins avili.

Amour ! Amour ! que les tems font changés! autrefois les humains t'é- ievaient des temples 5 l'encens, les


parfums les plus doux voilaient tes autels par les tourbillons de leurs prccieufes vapeurs : aujourd'hui dans la fange , ignoré , méprifé, la Lubri- cité brutale a pris ton carquois , ton arc 5 & dans tes flèches , elle a brifé toutes celles qui n'infpiraient qu'un tendre attachement. Sur ton trône, on voit la froide Infenjïbilité , que àçs infenfés ont prife pour la Vernie Quelle main, amie de l'hum.anité, te retirera de la fange, ô Amour ! te rendra ton temple, tes autels, chaf- fera la fille des Furies , démafquera la faulTe f^ertu , & fera retentir tout l'univers de cette vérité confolante : Mortels , le bonheur vous attend fur le fein de vos belles compagnes : c'efiFA» mour y l'Amour feu If qui le donne î


Mai/ans,


[m]

PROJET DE RÈGLEMENT Pour les Filles publiq^ues , en conféquence de L' établijfement de ParthÉnions l"^) ifous laproteciion du Gouvernement.

Article premier.

Âl ferait à propos de choifir une ou

plufieurs maifons , commodes & fans

trop d'apparence, dans lefquelles les

Filles publiques actuelles , de tout FiilesputU^ues

âge , feront obligées de fe rendre , ^aueiies.

fous peine de punition corporelle.

On févirait par une forte amende ,

contre ceux qui continueraient de


(*) nstpd-ét icv , conclave virginum ou puel' larum. Ce mot paraîtra fans doute mal ap- pliqué j mais ceux qui conviendraient d'a- vantage , le rijpvsCco-KéTûv des Grecs , le Lupa- nar des Latins , ic B..., des Français , au- raient pu blefler les oreilles délicates.


les loger, fans avoir aucun égard aux raifons qu'ils prétendraient alléguer pour fe difculpcr. Leur délateur , quel qu'il fut, ferait recompenfé par- la moitié de l'amende, qui lui fera remife auiîîtôt après la convidion.

II.

Ettireie- 4 ^^ diftinguera des filles perdues,

celles qui font entretenues par un feul homme : on croit néceflaire de to- lérer celles - ci , parce qu'autrement ce ferait attenter à la liberté des cito- yens : mais le moindre fcandale de la part de ces filles , fera rigoureufemenc puni fur les hommes 5 à l'égard des femmes, on les fera conduire au Par- thénion. Les filles entretenues feront obligées à plus de décence que les femmes ordinaires , puifqu'elles feront enlevées à la première plainte qu'on ^ portera contr'elles.

m.


m.

Dès que rÉtablifTement pourra l^omëUit fournir à cette dépenfe, on conf- ^^^î/^"'» truira des maifons qui lui feront pro- pres, difpofécs ainfi que le deman- dent les Articles x & xiv. On y pla^ Cera tous les nouveaux fujets, donc la manière de vivre fera réglée com- me on le verra dans la fuite.

1 V.

Il y aura , pour régir tout Panhi^ Mmlmp/t- nion , un Conjeil , compofé de douze teun. Citoyens remplis de probité , qui au- ront été honorés de TÉchevinage dans la ville de Paris \ du Capitou- iat, ou de la qualité de Maire dans les autres grandes villes : ils auront audeflbus d'eux, pour gouverner Tin- térieur de la maifon, des femmes, ùcuvémànm» dont la jeunefle à la vérité fe fera v,;

paffée dans le defordre j mai^ en qui I Partie. H


["4]

Ton aura reconnu de k capacité, de la douceur , & qui n'auront au- cun des défauts incompatibles avec ia place qu'on leur fera occuper. Ces femmes recevront chaque jour de la Supérieure , les fommes nécef- faires à l'entretien des filles, & aux réparations intérieures : elles ren<- dront un compte exad de l'emploi.

V.

Bxm'fcf, Chaque Adminiflrateur fera fix ans en charge j de forte qu'après les fîx premières années, on en élira tous les ans deux nouveaux 5 & que de même chaque année les deux plus anciens forciront de charge. Ils ren- dront com.pte pardevant le Tribunal nommé par le Souverain , deux mois après.

Pour éviter l'abus que les Admî-

, . . niftrateurs pourraient faire de leur

asi deniers, r


['Ml

aiîtorké, chaque Gouvernante aura une lifte des fommes qu'elle aura vu mettre au Dépôt dans la journée (*), qu'aucun Adminiftrateur ne pourra demander à voir? & la Supérieure donnera tous its foirs ces feuilles au Commis du Greffe du Tribunal de- vant lequel les comptes doivent fe rendre 3 ôc fi ce Commis prévariquait en foufFrant que quelqu'un vît les feuilles, il ferait févèrement puni.

Aucun Adminiftrateur ne pourra R/ferve des entrer dans la maifon pendant fa yidmmîpn» régie , foit comme Adminiftrateur , '^'"'^* foit comme particulier qui demande une fille , fous peine d'être deshono- ré ,& honte ufement expulfé du Corps de l'Adminiftration.

La taxe à laquelle feraient impo- -^^«♦'^ i"'^w-


%«.


O ^oyei la dernière diipoiîcion de l'ai- «clc XVI.


né]

fes les Adminiftfareurs , pour toute efpèce de tributs, fera rejettée fur leurs concitoyens , durant le tems qu^ils exerceront leur emploi.

VI.

Sujets Les jeunes filles qui fe préfentc- k recevoir, ront, lorfque rÉtablifîement fera en pied, devront être reçues fans in- formations fur leur famille : bien loin

Secret, delà , il fera expreflément défendu par les Adminiftrateurs , aux Gou- vernantes de s'en inftruire , & aux filles de le confier même à leurs com- pagnes: mais on fera extrêmement fcrupuleux fur l'examen de leur faute. Telle que foit la maladie dont elles feraient attaquées , ce ne fera pas une raifon pour les refuferj on les fera traiter , & guérir 3 6c fi la maladie était incurable, elles feront mifes au rang des Surannées , dont le fort ell


["71

règle par l'article xli : on n'en re-^ cevra pas aiidelTus de vingt- cinq ans»

VII.

Le Panhénion fera un azile in- -^^'^ ^** violable : les parens ne pourront en ^^"hénion^ retirer leur fille malgré elle : ils ne pourront même lui parler, fi elle le refufe : &: dans le cas où ils s'intro- duiraient dans la maifon , fous le pré- texte de la demander comme une fille , on les fera forcir àhs qu'elle les aura reconnus.

VIII.

Les Gouvernantes ne pourront Vmui^ inflijier aucun châtiment : elles n'au- ront que le droit de faire leur ra- .port : elles ne pourront pas même employer la réprimande trop for- te : elles exhorteront feulement à mieux faire. Lorfqu'une fille aura çauCe quelque defordre > ou com-


[n8]

mk une faute grave , on la fera venir dans une falle voifîne de celle où s'afTemblent les AdminiftrateurSj que les Gouvernantes auront inftruits au- paravant, oe devant point du tout paraître avec elle , &. l'accufer en face : alors le Confeil de l'Adminif- tration entrera dans la pièce où l'on aura laifîe la coupable feule j on l'en- tendra dans fes défenfes j & pour peu qu'elle rende le fait douteux, on la renverra comme fi elle s'était entièrement juftifiée , après lui avoir donné des avis & fait des remon- trances. Si la fille eft abfolument fau- tive , on montrera toujours une grande difpofition à la clémence 3 une première & une féconde fois, l'on fe contentera d'annoncer le châti- ment , & l'on ne punira que les fu- jets abfolument rebelles (^).

(*) Il ferait à craindre <^u une fî grande in-


["9T


IX.

Si quelque fille fe rendait coupa- Cwncii ble d'un grand crime , comme de détruire le fruit qu'elle porterait dans fon fein, elle fera renfermée durant une année entière dans une prifon, & mife au pain & à l'eau. Si un homme avait confeillé l'avortement, il fera puni fuivant ks loix ordi- naires.

X.

Les maifons à conftruire, feront Situation d^s fîtuées dans des quartiers peu habi- Parthénions. tés : elles auront une Cour & deux Jardins : il n'y aura fur la Cour , d'au- tres croifées que celles des Gouver- nantes Se des enfans de la maifoji, dont il fera parlé dans l'article xxxvim Tout le monde indiftindement en-


dulgence ne dégénérât en abus , fi le Rè§is-' ment n'y pourvoyait dans la fuite.

H4


[izo]

trera dans la cour. Il y aura deux fentinelles à la porte du premier Jar- din, qui en interdiront Tentrée aux femmes & aux cnfans : tous les hom- mes indifféremment & de toutes les conditions feront admis dans ce Jar- din : il s'y trouvera différentes en- trées , mafquées par des arbres , des bofquets & des treillages , afin qu on puilTe fe gliffer fans être remarqué ^ aux endroits ou fe trouveront àQ% Z'tremx. Bureaux femblables a ceux de nos

'" "" Spectacles j Ion y donnera le prix fixé

par le Tarif, en recevant un Billet , qui defignera le Corridor, §c le côté de Corridor , dans lequel l'homme qui Ta reçu pourra choifir f ce qui fera marqué par le n.® du Corridor, fuivi àts chiffes / ou z, comme on le verra , article x vu. Les croifées des filles donneront fur les Jardins, mais elles feront; toujours garniçs de Hqh


res, fur le premier jardin, de fortes qu'elles puiflent voir fans être vues. A côté de la porte de ce Jardin , il y £«frA en aura une autre fort petite, tou- ^^fi^ jours ouverte , & placée de manière qu on y parvienne fecrètement j elle fera gardée en dedans par une Gou- vernante 5 laquelle n'en permettra l'a- bord qu'aux femmes. Cefl: par -là qu'entreront les filles qui voudront fe rendre au Panhénion : on les re- cevra, à telle heure qu'elles fe préfen- teront , foit de nuit ou de jour. Le fécond Jardin fera uniquement à Tufage des filles & des Gouver- nantes : le public, & même les en- fans nés dans la maifon , & deftinés à l'ouvrage, n'y pénétreront jamais.

XI.

Il fera permis de fe préfenter ^^"'^^ '^^ inalque julqua la porte du Bureau, ^ '^


où Ton fera obligé de fe démarquer^ pour fe laifler voir à la Gouvernante qui délivre les Billets feulement. L'on pourra de même aller mafqué , juf- qu'à l'entrée du Corridor que l'on aura choifi, & l'on fera obligé de laifler fon mafque à la Gouvernante qui en ouvre la porte, ainfi que le Billet.

XII. C^otx Aussitôt qu'un homme fera ^ ibmme, dans le Corridor defigné par fon Bil- let , une Gouvernante le conduira dans un cabinet obfcurj elle lèvera une petite coulifle, l'homme exami- nera par cette ouverture toutes les jeunes filles du premier ou du fécond côté du Corridor, raflemblées dans la falle commune qui leur eft propre : il fera connaître à la Gouvernante celle qu'il choifitj & cette femme après avoir conduit l'homme à la


cîiambre de la jeune fille , ira clier- cher celte ci.

XIII.

Lorsqu'une fille fera choifie, ch^x d£ que la Gouvernante l'aura con- deUfiik» duite à la chambre qu'elle a coutu- me d'occuper, la fille, avant d'en- trer, jouira du même privilège que l'homme qui Fa demandée > c'eft-à- dire , qu'elle l'examinera , en ouvrant un petit guichet, qui feia à la porte de chaque chambre 5 ôc fi elle refufe d'entrer , il fera obligé de faire un >

autre choix , fans que la fille foit tenue de dire la caufe de fa répu- gnance : mais elle ne rentrera pas fur le champ dans la falle commune, afin de dérober à fes compagnes, la connaiflance de fon refus.

Un homme que la vieillefle ou fa Commem^vsf laideur feraient toujours refufer , don- ^^^ ^^f^^


[12-4] nera à la Gouvernante un nombre l à fon choix, dans celui des filles de la fallej par exemple, s'il y a cent filles , il donnera un nombre quel- conque, depuis un jufquà cent : la Gouvernante ira enfuite dans la falle j elle demandera à chaque fille le nom- bre qu'elle choifit 5 & celle qui ren- contrera le nombre que Thomme a donné par écrit, & que la Gouver- nante fera voir auffitôt, ira le trouver.

X I V.

Çorii^^^rde, A COTÉ du Bureau , fera le Corp?-

de-garde, mais qui n*aura pas vue fur

ceux qui prendront dts Billets. Son emploi , fera de maintenir le boa

ordre dans les dehors de la maifons

de fournir de fentinelles les difFérens

poftes, & de donner main-forte aux

Gouvernantes dans le befoin. Pour

cet effet, il y aura dans ce Corps-


de-garde une fonnette , dont les coN dons répondront à tous les Bureaux» afin qu'au moindre bruit, qui fur- viendrait , la Gouvernante puifîè aver- tir les Gardes : on fera châtier févè- rement, & conformément aux an- ciennes Ordonnances , tous ceux qui voudraient troubler la tranquillité qui doit régner dans la maifon , fans au- cun égard pour le rang ou la dignité, qui feront regardés comme nuls dans ces endroits.

XV. On remettra à la Gouvernante fa Emrer canne , fon épée (L) , ou fon maf- y^»* armes, (L) que 5 les Bureaux feront fournis d'une quantité fuffifante de petites armoires , dont toutes les cafés auront un chifre, & Ton donnera aux hom- mes ce même chifre fur un morceau d'ivoire, pour reprendre en foiiant ce qu'ils auront Uiffé.


[ii6]

XVI.

Billets, Il y aura diferens Billets, fuivanc le degré de jeu nèfle & de beauté. Les 11 lies feront logées dans des Cor- ridors, félon l'ordre fuivant:

Le premier Corridor, d.ivifé , ainfi que tous les autres , en deux clafiès , fera occupé par les plus âgées : cet âge n*excèdera pas trente-Jîx ans : celles de vingt-cinq à trente occupe- ront le fécond 5 au troifième feroftc \qs filles de vingt à vingt-ciîiq : on trouvera dans le quatrième , les filles de dix-huit à vingt : au cinquième, celles de fei^e à dix~huit : le petit nombre de filles qui pourraient fe trouver de quatorze à. fei:^e ans , aux- quelles un tempérament formé de bonne heure permettrait de recevoir des hommes , occupera le ^xième Corridor. Les jeunes filles, audeflbus


de cette âge, venues d'elles-mêmes, ou livrées par leurs parens, 6c qui n'auront pas été déflorées, feront éle- vées avec foin aux dépens de la mai- fon , par des femmes honnêtes , 6c ne feront mifes au rang des fujets du Panhénion y à l'âge requis , que de leur choix. Si elles demandent au contraire un métier, on le leur en- fei^nera , & enfuite on les établira comme les enfans de la maifon , con- formément à ce que prefcrira l'Arti- cle XXXVIII.

XVIL

Les filles diftinguées par une plus Twif, grande beauté, occuperont la droite du Corridor, marquée du chifre z : la gauche fera defignée par le chi- fre 2.

Le Tarif des Billets fera au guichet de chaque Bureau : on y lira les dif- férens prix,


[,z8]


Sa VOIR; Les Filles choifies entre les Surannées J dont il fera parlé dans l'article xxxiii , qui feront de quarante à quarante- cinq ans^

iix fous , ci ô liv. 6 f.

Celles de trente -Jix à quarante y AoviZQÏOWS^Ci.,, O 12

Le premier Corridor : r N." 2. dix-h it fous , ci. . . o i8 cN.^ I. une liv. quatre f ci i 4

Le fécond Corridor: cN.^ 2. une liv. feize fous , ci i 16 CN.® I. deux liv. huit fous , ci 2 8

Le troijîème :

r N.^ 2. trois livres , ci 5

ÎN.** I. trois livres douze, ci 3 il

Le quatrième : rN." 2. quatre livres feize, ci 4 i^ ^iN.** I. fix livres, ci 6

Le cinquième : rN.°2. douze livres, ci... 12 cN.^ I. vingt-quatre liv. ci 24

Le Jîxième : quatre-vingts-feize livres , ci 96 livres.

Ce


[


I19Î


Ce fera- là le revenu de la mailoiio 6iîv? j^^??? Les Gouvernantes tiendront tour-à- ^^ Ke^^-i-^^ tour les Bureaux, chaque particu- Irer, en recevant fon Billet, mon- trera l'argent qu'il donne ; la boîte où il le placera , fera conftruite &: grillée de manière , qu'on ne puifTe le reprendre 5 la Gouv^ernante feulé pourra , au moyen d'une baguette attachée à la boîte, de dont un des bouts pafiera dans la loge, le faire glifler par l'ouverture d'un cofre , dont les Adminiftrateurs auront la clcf^ & les Gouvernantes écriront fur \ô champ la mife fur une feuille, qui leur fera envoyée tous les matins pai? le Commis du Greffe dont il eft parlé dans l'Article v , & qu'elles renverront le foir.

X V 1 1 1.

Si un particulier, après avoir vu ynM^m une fille, témo'gne l'aimer, & qu'il ^■' '•'"'•' I Partie). I


confente de pa^^^r chaque jour îc prix du Billet, cette fîile fera dif- penfée de fe trouver dans la falle commune , & perfonne ne pourra la demander. Dans le cas où la fille ferait du fîxième Corridor, lamanc en titre, au lieu de la taxe, ne don- nera par jour que dou^e livres ; Jix livres pour celle qui ferait du cin^ quième , jufqua ce que fon âge aporte une diminution. Tous les au- tres Corridors , fuivront la règle gé-r nérale.

lacement des Lcs Filîes entretenues feront logées Entretenues, dans un corps dc-logis féparé j leurs chambres feront difpofées de maniè- re , que la communication de Tune à l'autre , & avec le relie de la maifon , ne fe fiiTe que de l'aveu ôlqs Gouver- nantes introdudrices prepofées ^ qui feules auront les clefs. Lcs Entrete-


tiûes pourront fe vSir eiitr'elles i ces filles auront même la liberté de pafîer avec le refle de leurs compagnes noi> entretenues tout le tems ou celles-ci ne feront pas à la falle commune.

Il y aura une Entrée différente £fitrês t>our les amans en titre, lefquels fe- «'"-^'"'^"^

j . ^ , titre.

font toujours mtroduits par deux Gouvernantes.

Chaque homme qui choifira une choix maitrefle, après s'être afTuré du con- '^"««'^^•^"^#' fentemervt de la fille, fera conduit avec elle chez la Grande -G ou ver- vernante : on écrira devant lui fur un Livret , l'âge de la fille &l fon nom parthénien feulement, avec le N. ^ de l'aparcement qu'elle doit occuper : l'amant en titre recevra, fur un morceau d'ivoire , ce même nom, avec le N. ^: le Livret , figné de l'hom- me & de la Supérieure , fera remis aux

Iz


Gouvernantes introdudrices , Bc dé* pofé par elles dans une armoire , fous fon N.^' : ce Livret ne pourra être vu, même des Adminiftrateurs , qu'à la requifition de l'amant en titre.

i)éfaui Un homme qui manquera de payer '^e paiement. §/ (Je fc montrer durant huit jours > perdra fa mai trèfle.

':Ahfcnce. En cas d'abfence , on avertira la Supérieure, & l'on dépofera entre {qs mains, foit en argent, foit en alTurances , la fomme convenable.

XIX.

Martagei Un fi Is-de- famille , épris d'une ^rehiùés, paffion violeute pour une fille dont il aurait été le premier & le feul fà- vorifé^ ne pourra l'obtenir pour fem- me , tant qu'il fera fous l'autorité de fes parens , ou d'un tuteur : il ne pourra même faire les fommations refpedueufes que la Loi permet après


D3 5]

la grande majorité de trente ans : maïs oupemîù un homme maître de lui fera écou- té , fi l'on voit que ce mariage ne lui porte pas trop de préjudice 5 ce que le Confeil de l'Adminillratioii ■ examinera fcrupuleufement. On fera fort attentif fur les mœurs & la ca- pacité des gens de bafle-extradion que les Sujets {^) de la maifon con- fentiraient d'époufer.


(*) Il y a une grande différence entre les fujets 8c les enfans de la maifon : les pre- miers ont une tache inéfaçable; les féconds peuvent avoir toutes les qualités & toutes les vertus : on fait trop que la naiffance la plus infâme ne les exclut pas plus que la plus illuftre ne les donne. Ces difficul- tés ne feront conféquemment point pouc les filles nées dans le Panhénion , & defti- nées au mariage, de la manière réglée dan$ l'article xxxviij.


U


[134] XX.

Cro0é Les filles j à la première aparence des filles non de groflefTc , occuperont une portion fnireteniifs. ^q j^ maifon deftinée pour celles qui fe trouveront en cet état: elles y feront traitées avec des foins particuliers. Après l'accouchement de celles qui n'auront point d'amant en titre , les enfans feront mis en nourrice : mais leurs mères prendront toutes les pré- cautions qu'elles jugeront les plus ef- ficaces pour les reconnaître à leur retour dans là maifon 5 6c on leur accordera la fatisfa<5lion de les voir une fois la femaine.

XXI.

tilles meeîntti LoBSQu'uNE fille entretenue fera

'mmmuei, dans le cas de l'Article précédent,

fi le père de l'enfant qu'elle porte,

veut prendre foin, à fes frais, de fa

îî^aîtrefTe , il lui fera permis de le


[M5l

faire : H choîfira pour lors telle per- foane qu'il voudra pour raccouche- ment, ou prendra celles qui font au fervice de la maifon : il pourra faire emporter l'enfinc, ou le faire nour- rir par la mères le faire élever fe- crettement, ou fous le nom de fon fils ou de ù fille î & dins aucun cas, il ne fera obligé d inftruire qui que ce foie de fon fore. Il lui fera libre de l'inf- lituer héritier de fa fortune, dans le cas où cet homme mourrait fans en- fans légitimes ou ferait d'un état à ne pouvoir contracter mariage : il pourrait auilî le laifler aux foins de la maifon, pour y être élevé, & lui imprimer une marque en lieu qui ne foit point aparent ,& qui ne puifTe incommoder Tenfant : on fera men- tion de cette marque , ou de toute autre précaution prife par le père> fur le batijlaire , & la maifon s'obli-


géra de rendre cet enfant à fon pêro à la première requifition , fans aucuns frais.

XXII. SaUei Toutes les filles d'un Corridor ii^amutt^s, feront ralTemblées dans deux falles, in arquées fur la porte des n."' i ou Z , huit heures par jour : favoir, de^ puis on:^e heures du matin jufqu'à une heure après midi > depuis quatre heures jufqu'à fept i depuis huit heu-^ res & demie ^ jufqu'à on:^e & demie , qui fera Theure du fouper. Elles y feront affifes, tranquilles, occupées de la leélure, ou du travail, à leur choix : chaque place fera marquée par une fleur différente , qui donnera fon N^4s^-sjî//fî. nom à la fille qui l'occupera: ainfi^ celles dont les places feront defi-v ornées par une rofe^ une amaramhe^ du muguet , des narciffes , ôcc» £q iiammerqnt Rofç , Amaramke ., Mi.i'-


[•Î7] '

guette y Narcljjfe. Chaque fîlle aura toujours la même place. Dans les intervalles de ces heures , & des autres exercices , & tout le tems qui précédera neuf heures du matin, elles pourront aller prendre l'air dans le fécond jardin. On excepte de cette règle , comme de toutes les autres qui ne font que de difcipline , celles qui auraient un amant en titre, au- quel elles pourront donner tout leur tems , aux conditions des Articles

XVm $C XXIV.

XXIII.

Il y aura des heures réglées pour Exeràcts la toilette & pour les repas : on fe 6'»'^^^ lèvera à neuf heures au plus tard : le déjeûner fuivra immédiatement : on pourra s'occuper de la parure jufqu'à o.n:^e ; ou fi la toilette eft plus toc îLchcvée , difpofer de ce refte de tems


à fa fantaifîe> comme à fe vifitcr les unes les autres, à fe promener &c«  On dînera à zz/ze heure : depuis Jeux heures , jufqu a quatre , la mufique & la danfe> à fept heures, une col- lation > une leçon d'inftrumens jufqu'à huit heures & demie. Toutes les filles feront au lit à une heure après mi- nuit, fans que rien puifle difpenfer de cette règle. Les autres heures de la journée s*emploieront comme le prefcrit le précédent Article.

t^ttîti. Les nuits feront mifes au double de la taxe, dans les cinq premiers Corridors: il n'y en aura point dans le fîxième, (î ce n'ell pour les amans en titre.

Encours^emens, On n'infligera aucune peine à celles qui fe feront tenues dans leurs cham- bres à l'heure des leçons , & elles ne feront pas même reprifes j fi leurs al>


fences font rares. Dans le cas con- traire, les Gouvernances leur remon^ treront avec douceur le tort qu'elles fe font : fi cela était inutile, elles avertiraient le Confeil d'Adminif- tration. Les punitions que pourront alors faire fubir les Adminiltrateurs, feront remifes à leur prudence, 6: con- formes à l'efprit de douceur recom- mandé par l'Article viii : mais on fent bien que dans un ÉtablifTemenc d'où les châcimens font prefque ban- nis, il faut les remplacer par un au- tre reflbrt : ce feront les diflinclions, & des recompenfes flaceufes , qui ne coûteront rien à lamaifon ,pour celles qui feront des progrès plus marqués dans les arts qu'on leur en- feignera j c*efl: à quoi tendra efHca" cément la difpofition de l'Article XL. Le plus fur moyen d'empê- cher que les iiiles ne foient réfrac-


[i4o]

taîres à celles du préfent Article , ce fera de leur faire un amufement dç tous leurs Exercices , plus tôt qu'une occupation férieufe , & l'on réuffira d'autant mieux, qu'il efb peu de fem- mes infenfibles au plaifir de fe don- ner une grâce de plus , ou de déve- loper d'avantage celles qu'elles onc déjà.

XXIV.

Trhîîiges Un amant qui voudra donner un des Amurti maître particulier à celle qu'il aime, ^**^^^' ou qui lui-même pourrait enfeigner à fa maîtrefle la mufique, la dan- fe , &c. l'exemptera pour toujours de paraître aux leçons de la maifon. H pourra de même la difpenfer d'aller au Réfedoire commun de chaque Cor- ridor, en fournifiant à la dépenfe de fa table 5 & dans ce cas , manger avec elle , & y palTer tout le tems qu'il jugera à propos 5 comme auffi^dç U


faire refter dans fa chambre durant fa groflefîe, fans autres conditions que ce qui eft prefcrit par l'Article xviii & par celui-ci.

XXV.

Aux heures que les filles pafleront EmpU dans la falle commune , on leur don- ^« femps à u liera des livres inftrudifs &amufans5 /*^^*^«»»»'*»^«  on fournirai celles qui voudront s'oc- cuper à Touvrage, tout ce qui leur fera nécefîaire j mais il n'y aura ni dés, ni cartes, ni aucune autre efpèce de jeu dans la falle commune.

XXVI.

La même fille ne pourra jamais Comhîenune être choifîe par différens hommes en fi^^' t'"* *^* un même jour i mais li le même homme la redemandait, on permet- tra à la fille de l'aller trouver. On n'admettra avant neuf heures du ma- tin, que les hornmes déjà connus


i4i3

des iîl les , & qui les defigneront par leur nom.

X X V I L

' Comlienme On exceptera du précédent arti* Surannée, cle, les fiUes des trois premières Claf- fcs, qui n'étant prefque plus dans le cas d'avoir d'enfans, paraîtront cha- que jour autant de fois qu'elles le jugK^ront à propos j l'âge, l'expérien- ce , ôc le feu des pallions qui eft amorti chez elles , fefant préiumer qu'elles n'en abuferont point.

XXVIII.

Infidélités, Si une fille , aimée ^ d'un homme, ♦ entfc.e..u.. £j.jgj-j^ij. jg répoudrc à fa tendrefîe,

pour l'engager à l'époufer, ou feule- nicnt lui perfuader t]u'il l'a rendue mère , & qu'elle le trompât , en en recevant un autre > comme elle ne pourrait le faire qu'au fu de deux Gouvernantes au moins > celles qui


[145]

fauraient fivorifées feront punies grièvement *, & la fille , féparée de la • de mort, compagnie des autres, condamnée a un travail rude & continuel pour le refte de (ts jours : celui qu'elle aura voulu tromper, pourra feul la retirer de ce triile état,

XXIX.

L A table fera fervie fans profufion , Tahîei mais avec une forte de délicatefle : & Mtrei at- les habits feront de bon goût (M) , rmitmnK, (M) & chaque fille fe mettra de la ma- 4 nière qui lui plaira & qui lui fiera davantage. Un amant qui voudra don- ner à fa maîcreiïe des habits de fon choix & à fes dépens, le pourra faire , & les autres préfens qu'il jugera à propos j lefquels apariiendront en propre à la fille, fans que le Par- thénion puifle prétendre autre chofe que le prix ordinaire, qui feratou*


[H4]

jours donné d'avance : mais en cà^

de mort de la fille , fans enfant , la

i maifon s'emparerait de tout ce qui

lui aurait apartenu.

Seins, Les Gouvi^rnantes auront pour les

filles des égards, des attentions, des

complaifances , ôc ne les laifTeronc

prefque jamais apercevoir de l'auto-

Ihs rite quelles ont fur elles. Les litSj

&Lw^e, le linge, & tout ce qui fera à leur

ufage fera bien choifi, propre , bien

fait & commode. Les Gouvernantes

^ diftribueront & reprendront le linge

tous les deux jours. On aura foin

que chaque fille , aidée d'une des VU

fiteufes , dont il fera parlé dans l'Ar^

ticle XXXIV, fafie fon lit àhs qu elle

fera levée»

Ce que renferme cet Article , fera obfervé pour toutes les clafTes des filles indifféremment ôc fans excep- tion.


[I45J

XXX.

ÎL n'y aura point d'uniformité î)épèt:j^ dans les habits > chacune des filles ^" Hahuu fera mife comme le prefcrit le pré- cédent Article î mais, pour éviter les dépenfes trop confidérables , on fixe- • ralafomme que chaque fille emploie* ra à fon habillement : elle fera libre d'en difpofer à fa volonté , foitqu elle veuille s'en Elire faire un fcul habit qui foit plus magnifique , ou plufieurs, qui feront moindres. Cependant les Gouvernantes , afin que les filles foient toujours de la plus grande propreté , veilleront à ce qu'elles aient un nombre de deshabillés fuffifant. A mefure que les filles quitteronE leurs habits , ils feront employés à vêtir celles des enfans nés dans la maifon qui font deilinées foit au ma- riage , foit à la condition de leurs mères, foit à devenir ouvrières, 6C

I Partie. K


[146] ^

ces habits feront refaits à leur ufagei obfervant de donner les plus magni- fiques à celles des deux premières clalTes.

XXXI.

BatHA II y aura des bains tièdes & froids dans la maifon, & chaque fille les prendra de deux jours l'un durant toute l'année : favoir , en été , les tièdes ôc les froids? en hiver , les tiè- des feulement : les ouvrières mêmes y feront fujettes une fois par femaine en hiver , 6c plus fouvent durant ïété (^). /


(*) Il ferait à fouhakcr que tet ufage pût fc pratiquer dans les hôpitaux , fur-tout dans ceux qui font faits pour les cnfans , comme la Pitié y la Correclion de Bicêtre , Us En/ans Bleus y Rouges , &c. le bain , dans ces mai- fons, préviendrait les maladies de la peau qui y font Ci communes , 6c qui , fi elles nfi


['47]


X X X ï I.

Il fera défendu à toutes les filles Twd, d'avoir jamais aucunes odeurs j de mettre du blanc ou du rou^e 5 de fe fervir de pommades pour adoucir la peau , étant reconnu que tout cela ne donne qu'un éclat faâiice, ôc dé- truit la beauté naturelle. On excepte toujours de cette règle, celles qui


font pas périr les cnfans , les tourmentent, retardent ou empêchent leur accroifïement , apauvrifTent leur tempérament , &c. Quant au Parthénion , les bains tièdcs font abfolu- ment néceffaires à des filles qui prendront peu d'exercice ; il leur en tiendra lieu , en fa- vorifant en elles une tranfpiration convena- ble : il maintiendra dans une grande pro- preté les filles &■ les ouvrières ; fon ufage fréquent diminuera l'odeur defagréable qui fe fait fentir dans tous les endroits où plu- fieurs perfonnes font obligées d'être conri» nucUcmcnt cnfcmblc.

Kl


[148]

auront un amanr, dont elles doivent avoir la liberté de fuivre le goût : mais elles ne feront pas difpenfées de la loi du bain : & la Gouvernante s'afTnrera qu'au moins elles le pren- nent chez elles.

X X X I î I.

Surannées, ^ES fommes que chaque jour les filles procureront au P anhénion , les dépenfes journalières & nécefTaires prélevées , feront mifes en réferve , pour former le fond des dots des filles nées dans la maifon ou qu'on y aura reçues trop jeunes, & pour l'entretien des Surannées , des édifi- ces , ôcc On choifira parmi \q^ Sujets parvenus à l'âge de trente-Jix ans ôc audelàj un certain nombre de filles, qui auront encore quelque beauté, pour en former les deux premières clafles , qui ne feront qu'à Jix 6c à


de la note. A).


[149]

'idou:^e fous ; afin que tons les ordres de l'État trouvent au P anhénïon des filles à un taux proportionné à leurs moyens _,êc ne s'adreflent jamais à ces malheureufes , qui n'ayant point de retraite fixe "*, peuvent braver les *XiiC?a{re Loix, & violer impunément les rè- gles d'une police exade : m:iis pour que les filles Surannées fc portent avec moins de répugnance à recevoir ceux qui font affis au dernier degré, ow obfervera trois chofes : la première , de faire prendre le bain tiède en entrant , à ces hommes , dans un en- droit où ils feront commodément; la féconde , qu'ils ne reftent avec la fille qu'une demi-heure j la troi- fième, que ceux qui fe préfenteront pris de vin , foient gardés dans la maifon jufqu'à ce que leur ivreffe foit diffipée : alors on leur accordera ce qu'ils demanderont, foit une fille?

K3


[MO]

foit leur fortîe > 6c dans ee dernier cas même , on ne rendra point le prix du Billet.

XXXIV. MALADIES VÉNÉRIENNES.

Vifteufes, O N aura la plus grande attention à préferver les filles de l'horrible maladie qui rend cet Etabliffement Ç\ defirable : on choifira parmi les filles dans qui l'âge & le goût des plaifirs difparaifTent , celles qui au- ront toujours le mieux rempli leurs devoirs , &. qui feront les plus intel- ligentes, pour vifiter les hommes qui fe préfenteront. Elles ne leur par* mettront l'entrée du Corridor que defignera leur Billet , qu'après qu'elles fe feront alTurées qu'ils jouifTent d'une fanté parfaite. Elles vifiteront de même chaque jour les filles , à leur lever j ce fera là comme le noviciat des Gouvernantes : celles qui fe fe-


[MI]

font acquittées de cet emploi à la fatisfaâ:ion du Collège des Gouver- nantes , feront élues par elles , à me- fure qu'il fe trouvera des places qu i vaqueront.

XXXV. Chaque année TAdminillration Grande Cou^ nommera une Grande-Gouvernante , ""^^"^"'^ > <"< & ce fera toujours celle des Gouver- '^f'"'^'"'**- nantes qui fe fera diftinguée par plus d'attention 6: de prudence. Elle n'aura d'autre fondion que de veiller à ce que chacune des Gouvernantes foie exacte à fon pofle : elle recevra l'ar- gent pour la dépenfe > fera préfente à l'ouverture des Coffrets de Recette, à la remife des Feuilles par chaque Gouvernante Receveufe : mais le plus important de fes devoirs fera d'avoir continuellement l'œil fur la manière dont les Vijîteufes s'acquit- teront de leur emploi , & au foin que

K4


l'on prendra des filles qui feront grof-. fes, ou dans le cas de l'Art, xxxvn.

XXXVI.

^Amende. ^^^ hommes qui feront atteints du mal dont il efl parlé dans TAr- ticle XXXIV, & qui auront eu l'im- prudence de fe préfenter , feront obli- gés de payer une amende j & dans le cas où le coupable manquerait d'argent , on l'obligera à en donner l'équivalent en bijoux ou effets, qu'il viendra reprendre en aportant la fom- me : fi le mal était pourtant encore aflez peu déclaré , pour qu'on eût lieu de préfumer que le malade effc dans la bonne foi , l'amende fera lé- gère , comme , par exemple , du dou- ble de la taxe du Billet-

X X X V ï I,

Tratiement Si , malgré toutes ces précautions > des Filles, ynç fille fc trouvait incommodée J


[I5 5l

on la fequeftrera dès les premières indices, & elle ne fortira de l'Infir- merie qu'après une guérifon entière & parfaite : les filles étant vifitées chaque jour exactement , par celles qui feront le noviciat du Gouver- nement , rien ne fera plus aifé que de connaître leur état 3 on les exa- minera de même lorfqu'elles forti- ront du bain. A la plus légère indif- pofition qu'elles éprouveront , on fera attentif à en démêler le genre : mais l'on n'adminiftrera aucun remède , que de l'avis du Chirurgien habile que Ton aura attaché à la maifon. Ce Praticien expérimenté ne s'acquit- tera pas de fon devoir à la hâte , comme ceux des Hôpitaux j fes pei- nes feront recompenfées par des ho- noraires convenables, 6c par des dif- tinctions dignes d'un homme utile à l'Etat. L'entrée de toute antre partie


[154]

Je la maifon que l'Infirmerie, hors les cas d'une néceffité urgente & im- prévue, lui fera interdite de la même manière qu'aux Adminillrateurs.

X X X V 1 1 1. SORT DES ENFANS / NÉS DANS LA MAISON,

GAKSOï^S, Pour que l'État tire de l'Établir* fement des Partkénionsy l'utilité an- noncée , on obfervera i .""^ d'empê- cher les filles autant qu'il fera pofli- ble, de prendre des précautions con- tre la eroflefîe : 2.'" On favorifera la population de la maifon de toutes ma- nières, furtout en maintenant l'hon- nêteté , &: , j'ofe le dire , la pudeur même, au f4>in de l'incontinence & de l'impudicité : 3."' L'on prendra un foin infini des enfans, depuis le mo- ment de leur naiffance, jufqu'à l'â- ge 3 où l'on en déchargera la mai-


[M5]

fbn : 4."^ Tous ceux qui ne feront pas reconnus par leurs pères , feront réputés enfans de l'Etat , & comme tels, deftinés à le fcrvirj c'eft- à-dire, ceux qui feront d'une conftitution propre à le £nre : 5."' On fera un premier choix à huit ans , de t;ous les garfons : on deftinera ceux qui feront bien faits , à former un Corps de trou- pes qu*on exercera dès l'enfance, & qui , joints aux Enfans -trouvés ré- pandus dans tous les Hôpitaux du Royaume, pourraient remplacer les Milices despayfans: (?.'" On apren- dra à ces jeunes Soldats , à lire , à écrire, l'Arithmétique, la Géomé- trie, les Fortifications, & le fervice de l'Artillerie : il y aura , à la tête de leur éducation, des Maîtres, pris dans les Académies Royales 3 ces Corps refpedables ont toujours des Membres , zélés pour le bien public ,


qui fe confacreront volontiers à ce travail , fans autre motif que Thon- neur dont ils fe couvriront. 7."' Les Panhéniens ferviront^zAra/zj, (depuis fel:^e jufqua vingt -deux) dans le Corps des Milices : à ving-deux ans ^ on fera un fécond choix de tous les fujets méritans , qui formeront un Ré- giment des Grenadiers royaux, lequel, par la fuite, ne ferait compofé que àiQ P arthéniens : ils y refieront jufqu'à vingt-huit ans : on fera pour lors une troifième promotion de ceux qui fe feront diftingués par leurs mœurs ^ leur intellicrence & leur bravou- re, & Ton en formerait un Corps, nommé la Compagnie de mérite {*):

(*) Il eft dans la nature, que l'homme qui ne tient à rien , comme le bâtard , foit plus propre qu'un autre à fervir l'État-, qu'il foit fur-tout plus dévoué à fon maître ; cac


[M7]

après avoir encore éprouvé leur ca- pacité , par fix nouvelles années de fervice , les fujets qu'on tirera de cette Compagnie ,feroient diflribués dans tous les Régimens, pour y don- ner des leçons de l'Arc Militaire aux Soldats : les plus beaux hommes d'entr'eux pourraient avoir une defti- nation beaucoup plus noble encore, & remplacer auprès de la Perfonne Sacrée du Monarque , les Gardes É- trangères j ceux qui feraient parvenus jufques-là , auraient la faculté de fe marier , après en avoir obtenu la per- miflion de leur Commandant : 8."'


il réunira pour lui ce que les autres hom- mes partagent entre leurs pères , leur famille & l'Etat. Il n'y aura donc aucun porte dont ces braves gens ne foient dignes *, aucune en- treprife qu'on ne puifle leur confier j leur fi- délité fera inébranlable , ÔC leur courage au- deffus de tout.


[M 8]

Comme ce ne ferait que le très-pe- tit-nombre, qui obtiendrait ce pofte honorable, la qualité de Maître en VAn militaire , &: même Tencrée dans la Compagnie de mérite , les autres Grenadiers Royaux -^ devenus vétérans , feront recompenfés fuivanc leur capacité 5 en quittant le Régi- ment, ils pourraient fe marier, & on leur diftribuerait pour vivre & élever leur famille, les difFérens pof- tes du Royaume qui ne doivent s'exer- cer que par d'anciens Soldats 5 on en compoferait les Gardes pour la fu- reté de la ville de Paris ^ les Maré- chaufTées, &c. Ceux que leur peu d'intelligence , ou quelque faute , au- rait retenus dans le Corps des Mili' ces y y refieront tant qu'ils feront en état de fervir j ou , s'ils le deman- dent , ils pourraient être incorporés dans difFérens Corps , & dans les Régimens des provinces.


[M9]

Quant aux garfons qui feront va- létudinaires , malfaits, ou de trop petite ftature , on leur donnera des métiers proportionnés à leurs for- ces 3 doux 2c faciles à ceux de la pre- mière & de la féconde efpéce j ils deviendront les Tailleurs, les Cor- donniers , les Tifîerans en foies ôc en toiles pour l'ufage du P arthénion^ qui vendra à fon profit ce qu'ils four- niront au-delà j les plus robufles fe- ront mis aux ouvrages de force, com- me le jardinage Se autres travaux né- ceflaires dans l'intérieur : mais on' laiflerait prendre l'eflbr à ceux qui auraient du génie i l'on favoriferaic leurs difpofitions , & leur progrès ré- gleraient leur fort.

On ferait pareillement un choix FILLES, des filles , à l'âge de dix ans : i . On i^ectrait à part toutes celles qui fe-


raient mal conftituées , ou laides j on leur enfeignerait des métiers i leurs ouvrages feraient pour la maifon , qui les entretiendrait de tout ce qui leur ferait nëcefîaire. Celles qui n'auraient d*au très défauts que la laideur, mais qui feraient d'un tempérament fain, deviendraient les ouvrières en robes & en modes qu'emploieraient les filles : elles aprendraient à coîfer, & tout ce qui eft néceflaire à la parure : on aurait foin qu'elles fufient inflruites par les Maîtrefîes les plus habiles > & que la manière la plus féyante , le meilleur o-oût & la nouveauté fe réunifient dans leurs ouvrages. Au- cuns étrangers, tant hommes que femmes , ne feront employés au fer- vice du Panhénion^ dès qu'une fois il aura des enfans en état.

2."^ Les jeunes filles nées dans la maifon , qui auront de la figure , fe- ront


ront d abord inftruices avec foin : otl leur enfeigneradifférensarts, tels que le dejp.n , la peinture , la danfe , la mujique , les modes ^ & furtout le grand art de la parure : on attendra qu'elles fe décident d'elles-mêmes fur le choix d'un état : on ne les ex- citera point à prendre celui de leurs mères , au contraire , l'éducation hon- nête qu'on leur procurera, fera pro- pre à leur en infpirer de Téloigne- ment. Lorfqu'elles feront détermi- nées à vivre dans le monde , on leur donnera les métiers qu'elles indique- ront : on les deftinera au mariage , avec une dot de mille écus ; obfer- vant de ne les accorder qu'à des gens rangés , qui aient un établifTement , 6c un bien égal à la dot de la fille , ou un talent fupérieur pour leur pro- feflion. Les garfons , enfans de la maifon, qui pourront fe marier, fc- I Partie. L


ront préférés à tous antres, à moina que la jeune fille n'eût fait un choix avant qu'ils fe préfentaflent , ou que Le concurrent ne fît à fa maîtrefle un avantage trop confidérabie pour ne pas être préféré ^.

Vitemem, Un habit particulier ne diftinguera point les enfans de la maifon , ou ceux qui pourraient, en quelque ma- nière que ce foit, être employés à fon fervice.


(*) On pourrait encore choifir dans les Parthénuns des deux fexes , les fujets qui feraient de la figure la plus agréable , & qui montreraient d'heureufes difpofitions, pour les deftiner au Théâtre : l'AdminiAration prendrait, pour conferver la pureté de leurs mœurs, les précautions que l'on verra dans un Projet qu'une jeune perfonne fe propofe de donner dans peu , &: qui fera comme la fuite de celui-ci.


XXXIX.

Le Confeil d'Adminiilratiôn au- ^iuioHii M irait autorité fur tous les fujets fortis CcK/eil /tir tei de la maifon , à l'exception des Soi- Enfa>is ^ Î4 idats, pendant qu'ils feraient au fer- ^^^^'^'> vice. Il veillerait à ce que les maris ne diflipafient point, &: il ferait no- tifié à tous les Créanciers que la doc ides Panhéniennes eft inaliénable^ Si répôufe manquait à fon devoir j le Confeil avi ferait à y mettre ordre i -par tous les moyens qu'il jugeraiè convenables, même en traduifantlê féducteur devant les Tribunaux, qui le feraient punir corporellement fui-* Vant l'exigeance des cas, la gravité & les circonftancesdu délit. Le mari ^ d'une conduite tout-à-fait defordon- née, fera interdit) l'AdminiRracion veillera fur les affaires de la fîUe du Panhinion , fi elle n*e(t pas en éïac

L %


[.64]

de les gouverner elle-même : 1 époux ferait puni fëvèrement , s'il avait ufé de mauvais traitemens, qu'il eût mé- prifé fa compagne , ou qu'il l'eût oblio;ée à fouffrir des indienités de la part dune rivale, &c.

XL.

Choix dei l-'^s places de Gouvernante, fe* Cmvernantes, font propofées comme la recompenfè d'une conduite raifonnable i & ce fera là i'expedative de celles qui n'ayant jamais encouru de châtimens ou de punitions quelconques , fe trouveront avoir les lumières ôcles talensnécef- faires. On préférera, pour cet emploi, toutes chofes d'ailleurs égales, {qs filles s. entretenues. Elles auront le droit de fortir , les jours où les emplois in- térieurs le leur permettront, pour les affaires de la maifon, ou pour telle autre caufe, en avertiflant la Supé-


rieûre : outre la confidération donc jouiront les Gouvernantes, ii v aura un prix flatteur attaché à cette place , c'eft qjLLelies pourront marier à leur goût , leurs enfans non recon- nus par le père , leur donner un -' nom de famille : & lorfqu'elles n'au- ront point d enfans , il leur fera libre d'adopter celui & celle de ceux de la maifon qui leur plairont^ de les unir , de tefter en leur faveur , en leur donnant de même un nom de famille , & tout leur pécule. Ces mê- mes droits , pour les enfans des filles , feront réfervés à l'Adminiftration.

XLI.

Les Surannées qui ne pourront 5^^ être employées a ce qui eft prefcrit Àes Surami^s^ par l'Article xxxiii, & par le pré- cédent, jouiront le reffce de leurs jours d'une vie tranquille , dans une por- tion de la maifon deilinée pour elles:


Ii66]

©n les engagera à s'occuper, enre- compenfant celles qui le feront 5 maïs on ne les y cqntraindra pas.

M-Mifeffei- Si quelques-unes dentr'elles avaient éi ^!^s(ic^i.. aflez bien profité àt^ exercices des £lles, pour fe trouver en état d'en- feigner la danfe-, la mujique , & à jouer de c^ûo^^ in(lrument , on les emploiera dans la maifon. Ces Mai-^ trejfes jouiront d'une confidératioii proportionnée à leur mérite s elles feront à la table des Gouvernantes ^ & auront comme elles le privilège de fortir à certaines heures,

X L I T.

€iiiim:e, î- E S filles , une fois entrées, ne for-

tiront jamais , à moins qu'elles ne

foient dans le cas des Articles xix , XL >

XLï, 8c XLiv, ou qu'elles ne devinflenc

fi^eids't/emies héritières : celles-ci pourront aller

ynisèm., j^crir leur biçn , fi elles n aiment mieuîç


Jouîr de leurs revenus, en refiant dans la maifon. Le Panhénion ne pourra recevoir aucune donation de biens de ces filles, ou de telles au- tres perfonnes que ce foie. Les héri- tières qui feront forties , demeure- ront toujours fous l'autorité du Con- feii d'Adminiftration , qui veillera fur elles , & les ferait rentrer au Panhénion^ fi leur conduite deve-; nait fcandaleufe & déréglée.

XLIIL

Une jeune fille , à laquelle , après THUs fon entrée dans la maifon, l'honnê- ^f^'^ -voudraient tcté des exercices élèverait l'âme, '^^^^l^'^'^^'^ & qui formerait le defiein de vivre déformais en fille d'honneur , fera encouragée par le Confeil dans cette bonne réfolution. L'Adminiftration lui fervira de parens, ou la reconci- liera avec les fiens , après que par


[.68]

l épreuve de la fincérité de fa réfo- lution , on fe fera convaincu ^ qu'on peut lui permettre de les nommer: en un mot , on lui rendra tous les bons offices que la raifon 6c l'huma- riité prefçrironr.

XLIV.

Parthénioti L E Parthéniofi fera clos les prîn- qmnàfemé. cipales fêtes de Tannée : ces jours- là il y aura toujours fpedacle aux Théâtres de la Capitale , 6c l'on y conduira une partie des filles : les voitures qui les mèneront feront exa- ctement fermées 5 & les loges qu'elles occuperont , garnies d'une gaze que l'on tendra avant quelles y pan^iflent,

XLV.

Communayii L'Adminiftratiou du revenu de tous rntre tous les les P arîhénïons du Royaume , fera P^ithçnions. commune entre les maifons. On


[.69]

pburr.1 faire pafler des Sujets des unes dans les autres, faivanc que la pru- dence des Adminiftrateurs le croira uéceflaire , &c. mais l'Adminiftration de Paris aura l'infpedion générale, & pourra , où le cas y échéerait , exiger qu'on lui envoyé les Sujets des mai- fons des autres villes : à l'exception néanmoins des filles entretenues, dont parlent les Articles xviii , xxiv , & XXIX , qui ne changeront jamais , que dans le cas ou leurs amans iraient habiter une ville qui aurait un Par- thénion : auquel cas ^ elles de- vraient les fuivre.

Telles feraient, à-peu-près, mon cher Des Tianges , les Règles d'un Etabliflement que les ravages phyfl- ques & moraux de la Proflitution rendraient néceflairej qui ferait fans doute honneur à la fagefTe , à Thu-


[i7o]

xnanîté qui en ordonneraient Texé-* cution , & dont on recueillerai: bien» tôt dQS fruits plus grands , plus pré- cieux, qu'on ne l'imagine d'abord. Tu le fais , il n'eft rien de vil pour les Dieux & les Rois ; dès qu'un ob. jet a de l'utilité , un de leurs regapds l'anoblit. Les foins les plus abjets ne font pas les moins importans : c'eft avec le fumier & la fangequ'on fécon- de nos jardins & nos guérets : vois cette belle tubereufe, cette renoncule,cette tulipe rare, ce n'efl pas Flore, c'eft un peu de terreau, qui leur donne leurs riches couleurs & tous ces tré- fors que nous admirons.


Bon foir j mon amii ce Règlement m'a fi fort occupé, que je crains bien d'avoir palTé l'heure où j'aurais pu me rendre auprès d'Urfule ôc de toa


cpoufe..,. Mais nonj il n'efl pas ciW core fept heures , ôc l'on ne m'attend guères avant huit. . . . Ne m'épargne pas les objections fur ce que je t'en- voie : tu m'obligeras beaucoup de m'en faire quelqu'une que je n'aye pas prévue.

Aime-moi , cher DesTianges , auflî tendrement que tu le feras toujours de ton étourdi^ mais conftant

D'Alzan.


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b?^]


! . ■i..>. j.. i'«fc|*fr â^j!( r*«^' :^fi5

Sept lÈME Lettre.

de Des Tianges,

â D*A L Z A N,

Poitiers, i juin t/^....»

Réponfe,


ANS quinze jours je t'embraf- ferai, mon aimable ami : je jouirai de la préfence de ma chère Adélaï- de, de la tienne j je verrai ton bon* heur , & celui d*LJrrule 5 vous êtes tous deux ce qu'au monde j'aime le mieux , après Adélaïde. Quel bon- heur , mon ami, d*être l'époux d'une femme pour qui l'on reflent l'amour le plus tendre, & que l'on eflime encore plus qu'on ne l'aime ! Voila mes fcntimcns pour madame Des Tianges. Elle eft encore pour moi>


[m]

cette cliarmante époufe (& elle le fera toujours ) ce qu'Urfule efl au- jourd'hui pour le paiîîonné D'Alzan. Oui, mon ami, ton amour pour la fœur de ma femme , remplit ma plus chère attente : j'efpère que tu feras la félicité de cette fille fi dou- ce, fi méritante, fi belle 5 elle fera la tienne , fois en fur, fi l'honnête- té, une âme fenfible , de flatteufes prévenances, un enjoûment aimable, en un mot toutes les qualités folides que l'on peut defirer dans une com- pagne ont quelque pouvoir fur le cœur d'un honnête homme : je la connais depuis longtems , & je t'en ré- pons. Je ne forme point de doutes in- jurieux fur ta confiance , ta fincérité , ton changement de conduite i en te donnant à ma femme pour fociété unique, lors de mon départ, c'était, j'efpère, te prouver mon eftime de


74]

îïîa confiance mieux que pat cîe van «es paroles. D'Aizan eft déjà ver«  tueux , puifqu'il louhaire de le de- venir. Mon ami , dans quelle douce intimité nous allons vivre ! voila ce que j'avais toujours fouhaicé. Car> pourquoi te le cacher? Mon cher, dès que j'eus époufé mademoi Telle de Rojelle , je te deftinai fa fœur* L'amour & l'amitié ont fécondé mes vues plus tôt que je n'eufie ofé m'en iîater. Vous vous aimez j vous vous êtes aimés dès la première vue i J'ac* cepte, ô ciel! un aulli favorable au- gure , qui juilifie l'impatience que j'é* prouve d'être au momenr^où dans mort meilleur ami, j'embralîerai mon frère. Je ferais de vains efiTorts , poui^ t* exprimer toute la fatisfndion que m'ont donnée tes fentimens , la cer- titude de voir bientôt madame Des Tianges, & l'heureux fuccès des foins^


t'75]

que je devais à mes pupilles. Quoi- que j'écrive à ma femme , & même à la divine Urfule, annonce leur mon retour le premier, s'il eft poffible; car on reçoit les paquets une demi- heure plutôt dans ton quartier, que dans le nôtre : vole chez moi, dès que tu auras ouvert ma Lettre.

Je ne veux pas attendre à te parler de ton Règlement , que je fois arrivé à Paris j parce que je fuis charmé de recevoir encore ici les réponfes que tu comptes fans doute faire à mes objections.

J'ai lu, j'ai pefé , avec l'attention la plus fcrupuleufe , chacun de t€S Articles j & il n'en eft prefque pas , où je n'aye rencontré des inconvé- niens. Sans parler du Projet en lui- même , je pallè aux difpofitions du Règlement. L'exécution du premier Article, fcra-t-elle bien facile ? &


[176]

pour quoi le Secondtolèrc-t-'A les filles entretenues? Le Trois demande une chofe utile à l'Établifiement , qui , par-là 5 fera plus diflind, plus féparé j plus fur, & moins fcandaleuxj mais élever un édifice, exprès pour des filles perdues , commode , &c ! Je ne fais s'il ell bien décent , que des Échevins, des Capitouls, &c. foient Adminiftrateurs de ces maifons , com- me le fouhaite V Article quatre F Tes Gouvernantes feront- elles bien di- gnes de gouverner? Pourquoi défen- dre, par le Cinq , l'entrée de la maifon aux Adminiftrateurs? je crois pour- tant en entrevoir la raifon. Quel efl: le but du Six de du Sept / le Huit m'é- tonne , & je ne vois pas fur quoi fondé, non plus que le Neuf .^ Qu2.ïït au Dix ^ voici mon fentiment: c'eft: à la vertu , & non au libertinage , qu'il faut donner toutes ces facilités. Onie ,

de


ti77l

de même. Dou^e èc treiie : je vois un inconvénient au fécond de cei Articles > c'eft que le choix fera quel- quefois bien long , & que fouvent il fe terminera par l'abus qu'on vou- lait éviter, la contrainte. Quator:^ey Qiiin:^e & Sei:^e : je ne dis rien des deux premiers j le fei^ième choque un peu. Pourquoi ces filles Ç\ jeunes? Dix'fept^ pour quoi le cinquième 6^ fixième Corridor font-ils portés à un prix fi haut ? Dix-huit : voila des filles qui ne feront pas publiques ? Dix-neuf: malgré fes claufes , cet Ar- ticle pourrait occafionner des abus. Il fe trouvera des infenfés qui épou- feront une fille publique, qui s'en re- pentiront bientôt , & qui feront mal-» heureux. Vingt &: Vingt-un : tout cela diminuera la dépenfe de la mai- fon : mais que ces entans deviennent légataires confidérables , cela n'cit

I Partie. M


[178]

pas légal. Viîigt-deux Sc Vingt' trois î ces filles feront bien aprifes, bien parées , bien doucement menées l Vingt-quatre : ces Amans en titre, fur le compte de qui vous revenez fouvent , auront bien des privilèges î Vingt-cinq _; bien j mais le fera-t-on? Vingt-fix 6c Vingt-fept : bon le pre- mierj mais ces pauvres Surannées,com- me vous les chargezjmonfieur le légifla- teur! Vingt-huit: oh ! oh ! voila bien de la rigueur ! Vingt-neuf: vous vous ra- doucilTez fur le champ : je m'en dou- tais bieni vous étiez forti de votre cara- dihxc.Trente: vous avez fans doute vos raifons pour tout cela : mais je vous pafîe cet Article j il y a de l'écono- mie, &, fans être avare, je l'aime beaucoup. Trente-un & Trente deux : pafle encore : mais vous contredites- là furieufement Tufage. Trente-trois : ce que demande cet Article eft-il


['79l

donc Cl néceflaire? jiiftifiez-lc mol. TrentC'-qiiatre , Trente-cinq , Trente- fix ôc Trente-fept : une amende ! elle ferait afîez bien méritée , & de pau- vres plaideurs en ont quelquefois payé, qui n'étaient pas , à beaucoup près, fi légitimes. Je n'ai rien à dire des autres Articles : ils font néceflai- rcs. TrentC'hiàt : ah! voici de la po- litique. Mais les revenus de votre Parthénion fuffiront-ils pour élever tant d'en fans ? les marier ? doter vos filles jolies? Trente-neuf : afiez bien. (Quarante êc Quarante-un : je le ré- pète, vos Demoifelles feront en vé- rité fort bien traitées ! Quarante^ deux : bien. Quarante-trois : voila un excellent Article. Quarante- qua- tre : elles profiteront de ces jours de liberté pour aller aux Spedacles. Je pcnfc, comme tu veux le faire en- tendre , mon cher , que les habitans

Mz


de Londres feraient mieux d'aller à d jT'i^^^'^^ Z>/-i^/y-/(2;z^ * j les jours du Seigneur, que de s'ennivrer de punch, ô: d'un mauvais vin très-cher dans leurs ta- vernes, où fouvent de jeunes Anglai- its laiiTent leur raifon , oc qui pis eft, leur innocence. (Quarante-cinq: Paris fera le chef-!ieu, la réfidencc de la Générale de l'ordre.

Cet examen eft court. Je l'aurais fait beaucoup plus long , fî je difais tout ce que je penfe : mais un plus long détail prendrait trop fur un tems dont je ne puis difpofer j il apartient à mes pupilles. Envoie-moi plutôt une réponfe aux objedions que pour- ront faire naître chacun des Arti- cles , qu'à celles que je t'ai faites , qui fe réduifeut prefqu'à rien, A te parler vrai , je penfe que fi jamais l'on voulait régler le defordre, on ne pourrait faire que d'exécuter tes


[i8i]

idées. Ce ferait diminuer le mal, 5c par-là même, opérer un bien.

Hoc fujl'metc , majus m veniat malum *^ * Phxd, fa&.a-

D'Alzan ! ah plus tôt , pourquoi les hommes ne font-ils pas tous rat- fonnables? Ils chercheraient une com- pagne honnête > ils trouveraient la félicité , en s'en fefant aimer , en l'ai- mant à leur tour. Quel trifte bon- lieur l'on goûte entre les bras d'une inconnue , dont il n'ell: pas fiir que dans le moment n-iême, on ne foie haï ,détefbé ! . . . Mais , comme dit un Poète :

Nitimur inveùtum ,femperciipîmufque negMa>;

Sic interdiâis im:nïnet ager aquis *, * Ovicî. Ilf.

Amor. El. 4^

Je fais bien, qu'il n'efl: paspolîibleà w. 17-1 s,. tout le monde de former des nœuds... C'eft le malheur des tems , la honte de TAdminiflration publique.... Mon

Mj


[i8i]

ami, je fuis heureux j tu vas rècfeS ou plutôt , tu Tes déjà , les deux fœurs feront la félicité des deux amis : bé- niffons-en l'Etre fuprême, &: méri- tons la durée de nos innocens plai- firs, par une vie pure, & fur-tout par la bienfefance envers nos fembla- bles : c'eft-là, n'en doute pas, l'ac- tion de grâces la plus agréable au Père des humains. Non, d'Alzan, il n'eft pas difficile d'être homme de bien dans l'aifance. Quelle horrible ingratitude, {i nous violions les loix de la fociété , nous qui fommes fes favoris ! Nous rempliffons un devoir, nous travaillons pour nous-mêmes , lorfque nous fommes l'apui du mal- heureux , le modèle 6c la confola- tion des autres hommes : les fecours que nous leur procurons nous les attachent j l'exemple de nos vertus ^ eft le rempart de notre fureté. Que


D8j]

deviendrions -nous ^ fi des gens qui n'ont rien à perdre, aprenaienc de ceux donc ils envient le fort, à braver

les Loix divines ôc humaines !

Je te faluc, mon aimable frère : dis de ma part à ton Urfule, qu'après fa fœur & toi, je mérite d'être ce qu'elle aimera le mieux.

Des Tianges.


M 4


[i84] Huitième Lettre.

De D'Alzan, ^ Des Ti anges,

Paris , 6 juin 1 7<»...v»

Réplique.



o N Des Tianges ! je n'avais pas cru pouvoir t'aimer davantage : tu me nommes ton frère, mon refpec- table ami , & tu me parles avec une cordialité digne de cette qualité quç tu me donnes. Ton amitié ne ref-^ femble pas à ces anciennes liaifons , auxquelles je le proftituais ce nom fa* cré 5 elle efl chez toi , un attachement {încère , auflî tendre que durable 3 qui me pénètre de reconnaiflance j 8c me convainc de plus-en-plus, qu'il n'çft de bonheur que dans la vertu 5


cette vertu qui te fefait m'aimer , me donner tes fages avis , fuporter mes réparties quelquefois impertinentes, & me deftiner la fœur de l'adorable Adélaïde , lorfque j'en étais û peu digne ! . . .

Dès qu'on m'a eu remis ta Lettre, j'ai volé chez madame Des Tianges : je la lui préfente 5 elle lit deux mots, & fait un cri de joie : — Je vais donc le revoir , répétait-elle toute tranf- portée ! dans quelques jours nous fe- rons réunis ! Oh ! nous ne nous quit- terons plus 3 je me le promets — . Bile a fait aflembler toute ta maifon , ton vieux Laquais, la bonne Jeanncton, tes Commis , & jufqu'au petit Noir : — Monfieur Des Tianges eft fur le point de revenir , mes chers enfans , leura-t-eliediti il ne refbera pas en- core quinze jours à Poitiersj vous allez revoir votre meilleur ami — > Je n'ai


pas compris ce qu*ils ont répondu 5 tous parlaient à la fois > ils ont fait un bruit à rendre les gens fourds : mais la joie brillait fur leurs vifages: ton vieux laquais , les larmes aux yeux , a couru à ton apartement , pour mettre tout en état de te rece- voir 5 & dame Jeanneton , rajeunie de vin^t ans , a Contraint tout le monde à danfer avec elle. ' -« 

Le paquet pour ton époufe & pour Urfule eft arrivé dans ce moment. Il s'eft fait un profond filences ma* dame Des Tianges a eu la bonté de lire tout haut une partie de ta Let- tre : toute ta maifon a témoigné une fenfibilité extrême au fou venir dont tu l'honores. Nous nous fommcs dif- pofés fur le champ , Adélaïde & moi , à porter à Tai niable Urfule ta déli- cieufc épître. . . . Comme tu fais écrire des douceurs ! En vérité > fans le bien


<jne tu dis de moi à ma maîtrefle , je ferais jaloux , mais tout-de-bon très* jaloux. Après avoir lu, relu, les deux fœurs fe font entretenues en parti- culier quelques inftans : je ne fais pas encore ce qu'elles fe font dit * Urfule rougiflait > madame Des Tian- ges la careflait > je les regardais , & je me trouvais heureux.

On eft toujours avec moi fur la réferve , mon bon ami : le foir de cet heureux jour où je pénétrai le fecret d'Urfule, ce fecret d'un ten- dre coeur, qu'il eft fi doux de fur- prendre, nous foupames chez le ri- che & bruyant B"^^. ... Une chofe qui va te révolter, autant qu'elle m'é- tonna , c'eft que dans une afiemblée honnête & fort bien choifie , il n'a- vait pas cru que l'impudente D*"^* fût déplacée.... Tu fais comme B*"^ eft magnifique : afin de rendre le ré-


[188]

gai complet , il avait tout difpofé pour qu'un bal fuperbe terminât les fêtes qu'il donne depuis huit jours r mais ce bal était un myllèrej notre confrère afîaifonne les plaifirs qu'il procure, par celui de la furprife. U avait eu foin qu'il fe trouvât des dominos pour les Dames : elles en parurent enchantées : toutes prirent différens déguifemcns. Elles firent mille folies j elles nous agaçaient, nous lutinaient 5 jouaient le fenti- ment, la naïveté i de s'échapaient , dès qu'elles lifaient dans les yeux de leur dupe , qu'il était tenté de prendre au férieux un léger badinage. La D**"^ me tourmenta beaucoup : je fis ce que je pus pour l'éviter j car elle ne me donna pas la peine de la deviner. J'étais d'autant plus inquiet , que j'a- vais perdu de vue mes deux aimables compagnes. Madame Des Tianges»


[i89l

& fa foeur, pour ne fe pas faire rc- marqïier , s'étaient mafquées comme les autres. Elles eurent la malice de ne pas fe découvrir ; je les cherchais avec inquiétude : elles jouiffaient de mon embarras, &: voulaient aparem- inent voir quel parti j'allais prendre: mais lorfqua mon agitation, elles jugèrent que la dame mafquée qui s'obftinait à me fuivre, m'impatien- tait , que l'ennui me gagnait , & que je paraiflais tout de glace pour ces plaifirs autrefois fi fort de mon goût, Adélaïde m'aborda. Elle s'efforçait de changer le fon de fa voix, mais je la reconnus fur le champ ; ma joie lui parut fi naturelle & fi vive, qu'elle en fut touchée : elle me conduific auprès de fa fœur. Je danfai avec ma chère Urfule : ah ! mon ami ! qu'elle déploya de grâces ! fi je ne l'eufîe adorée auparavant, dans ce moment


[i9o]

elle aurait fait la conquête de moii cœur. Nous nous retirâmes enfuite à l'écart , & nous caufions , lorf- que cette maudite D^"^* eft venue fe mêler avec nous. Elle a eu Tau- dace de me tenir mille propos , qui n'étaient clairs que pour moi , mais qui n'ont pas laifTé de me caufer bien de l'inquiétude. Heureufement quel- qu'un eft venu la prendre pour dan» fer , & ce quelqu'un là ( qui n'était autre que B^^) ne l'ayant plus aban- donnée, nous avons été tranquilles jufqu'à cinq heures , que l'on s'eft féparé. Notre entretien a eu mille charmes pour ton ami : nous parlions de toi i je peignais ma tendrefîe } on paraifîait m'c'coureravecplaifir '.Adé- laïde , de tems-en-rems , prefl'ait la main de fa fœur : il fut un inftant , oii je crus voir les beaux yeux d'Ur- fule mouillés de quelques larmes 3 le


[191]

mouvement de fa gorge était plus vif..., Auflî dans ce moment mes expreflîons étaient fi tendres, je Ten- tais fi bien tout ce que je difais , que je n'avais pu m'empêcher de laifîer échaper. ... tu fais comme je raillais un jour, ce pauvre amant qui pleura devant nous : eh bien ,mon ami , jel'i^ mitais : mais c'était en moi l'effet d'une émotion délicieufe , & comme Téma* nation dufentiment: Adélaïde fou- riaitj j'entendais les foupirs contraints d'Urfule. Quelle nuit charmante ! elle ne dura ^uères y les heures étaient des minutes, Se j'eus la fatisfadionda remarqi>er, que madame Des Tian- ges & fon aimable fœur ne les trou' valent pas plps longues qu'elles me le paraiflTaient Adélaïde , à notre re- tour , nVaffura que fans moi , elle n'au- rait pas été chez B** en ton abfen- ce : elle m'a parlé de ces alTemblées


[I9i]

miHultueufes fur un ton à me per- {uader-. qu'elles ne font rien moins que ce qui l'amufe.

Je vois Urfnie trois fois la femai- ne 5 & mon refped ainfi que mon amour ne ceflent de croître. Que d'égaremens j'aurais évité fi mon bon- heur m'eût plus tôt aproché de ma- dame Des Tiangei) ! Par exemple , je n'aurais pas à préfent fur les bras, cette malheureufe intrigue avec la D*"^^. Je n'avais pas revu cette fem- me depuis le jour où pour la pre- mière fois Adélaïde me conduifit au couvent de fa focur. B "^ ^ m'ap- prend ce matin qu'elle eft furieufe: je m'en embarrafîerais aflez peu j l'on ne doit pas de ménagemens à ces femmes indécentes , qui fe jettent à la tête des hommes , ôc qui les quit- tent avec la même impudence : mais , fi madame Des Tianges, fi mon Ur-

fule


['95]

fuie venaient à favoir cette avantu-» re. . . . Je voudrais bien parer ce coup, Car je connais la D^*^ j (î elle par- vient à découvrir que je pafle chez toi les heures que je lui donnais 3 elle fera les plus fots contes , elle tiendra les plus impertinens difcours... &: comme elle ne peut tarder à fà* voir la vérité , d'après ce qu'elle a VU au bal , elle efl femme à fe def- honorer, pour me perdre auprès d'A- délaïde 5c d'Urfule. Une Proftituée j une Danfeufe de l'Opéra, font moins dangereufes que ces fortes de fem- mes. . . . Mon Dieu ! (1 mon adorable maîtreiTe allait croire que j'ai vu la D*"^*j depuis que je lui ai juré une tendrefle fans partage & fans bornes ! Mon cher Des Tianges, cette idée me fait frémir 3 elle me fait fentir tout le prix d'une conduite innocen- te.... Ne pourrais-tu leur en toucher I Partie. N


['94]

quelque chofe.... Mais, non, non) attendons encore : peut-être n arri- vera- t-il rien de ce que je redoute; & je crains que nous ne faflîons in- difcrettement une confidence fort defa^réable.

Nous foupons ce foir chez mon oncle , & madame Des Tianges doit amener Urfule.

J'ai lu tes objedions, mon ami; 6c comme tu veux que je réponde, je le ferai volontiers. Tu me diras fi mes répliques font fatisfefantes. D'ailleurs , je crois néceflaire de ren- dre compte des motifs de chacun des Articles du Réellement : ce fera le moyen de prévenir les objedions que d'autres ne manqueraient pas de faire , fi ce Projet fortait de tes mains, & d'ex- pliquer quelques-uns de fes Articles qui pourraient furprendre ou révolter.


['953 § IV.

Réponses aux Objections ^

que pourraient faire naître chacun des Articles du Règlement.


RT I c L E i. Il fuffirait , en coni- Udjènh iTiençant , de prendre des maifons parcicLilières auxquelles il y aurait peu de dépenfes à faire : il ne s'y trou- , verait pas d'abord toutes les commo- dités, mais on attendrait, pour les donner, que l'Etabliflement eût des fonds : durant cet intervalle, les filles publiques ramaflees de tous côtés, pafleraient entièrement j on aurais l'avantage de faire commencer là nouvelle maifon par les fujets reçus comme il eil: prefcrit par l'Article 6 du Règlement : ces filles n*auraient ^ par ce moyen , aucun commercé

Ni


avec les malheureufes , incorrigibles & corrompues , qui ont croupi fi long- tems dans la fange {^). Les Parthé-


(*) J'imagine qu'à Paris ^ l'intérieur habi- table pour les particuliers de la Nouvelle- Halle , pourrait d'abord y être employé ; fans que cela gênât le moins du monde dans l'ufage auquel cet édifice ert confacré pour l'utilité publique: on mettrait doubles por- tes à toutes les rues qui y aboutifTen t; durant le jour tout ferait ouvert , mais l'on fixerait l'heure du foir à laquelle ces portes feraient fermées , &; gardées en dedans par une GoU" vcrnanu : à la première entrée , il y aurait un guichet, par lequel on introduirait les hommes à la grille de la loge du Bureau , fitué entre les deux barrières ; on leur dé- livrerait là le billet , &c pour tout le refte , l'on fuivrait , autant qu'il ferait pofîible , les difpofitions du Rhglemerit. Il ferait nécelTai- re qu'il y eût un Corps-de-garde à portée ; celui proche l'Oratoire y pourrait être tranf- féré. Ce ferait j en attendant mieux, un moyen facile de commencer la réforme, ca çmpêchant les Proftituées d'infeder tous les


[i97l

nions , outre les avantages déjà con- nus , auraient encore à peu de chofe près, l'effet des Confervato'tres d'Ita- lie, qui font des maifons où Ton re- çoit les femmes & les filles que la mifère pourrait entraîner dans la dé- bauche : voye:^ la dernière difpofi- tion de ]^ Article 1 6.

Une amende de cinq cens livres^ FnteshuUi.mes ou même plus forte, fui vaut les fi- acineiles, cultes desdélinquans,qu*encourraient ceux qui , au mépris de la loi , lo- geraient des filles publiques recon- nues , eft le moyen le plus efficace qu'on puifîe employer 3 furtout , fi Ton accorde au délateur la recom- penfe prcfcrite, Se le fecrec lorfqu'il l'aura demandé.

^■aiMB—i Mt—BiB— B«afcdMatj »'~gisg— eau—— — ggw— — ^—

quartiers de la Capitale. [On pourrait de mê- me à Londres,choifir une de ces vaftes Cours qui font en grand nombre aux environs de Covent Gardcn ou de Leicejier-Jicld ].


[198]

1tniteie»m^ Article 2. Je ne crois pas que l*on pLiifîe tout -d'un -coup prohiber les filles entretenues comme les filles publiques : il faut mettre cette cho- fe au rang de celles que la bonne adminiftration du Panhénlon amè- nera? mais dont une exécution active & trop prompte doit être regardée comme odieufe & peu praticable j vu que ce ferait fou mettre à une in- quifition injufte & dure , nombre d'honnêtes femmes ôc filles , qui trou- veraient par-là difficilement à fe lo- ger. L'on voit que le fiftème préfent, y remédie indirectement par les Ar- ticles l8 y Z4^ & 2CJ.

NcuveUes Article j. Dès qu'on veut réfor-

M'uifim, nier , il faut employer tous \qs.

moyens pour que la réforme foit

confiante 6c facile à maintenir -, la

hontç eil dcin*? le vice ? 6c non dans


[199]

les précautions que l'on prend con- tre lui.

Article 4. Cette idée n'ed pas Mmnipa- nouvelle : c'efl ce qui fe pratiquait ^^urs. autrefois dans les principales villes du Royaume. Revoyez à ce fujet la première note (L).

Quant aux Gouvernantes , il ed Gouvernantes. clair , qu'eu égard aux fondions de leurs places, cet emploi ne peut être rempli que par celles que je defigne.

Article 3. L'exercice de la charge Exemce. d'Adminiftrateur, fe fera avec ordre Kecetu & décence : on ne faurait choifir des ^ ^^'^'^'

1 ^ Kéjêrve des

Citoyens trop honnêtes -gens, pour gouverner les P arthénions y adminif^ ^^^^^ trer leurs revenus, infpirer aux liber- len^^ y^y-^- tins une crainte refpedueufe, fon- %/. dée fur la conduite fage, exempte de tout reproche des Membres du Confeil d'Adminillration. La difpo-

.N4


fîtiondc cet Article, qui leur dé-' fend l'entrée de la maifon, appuie les Articles i8 , 14, z8 , 29 , & ces mêmes Articles en font fentir la fa^ gefle : ces hommes graves , ne doi- vent feulement pas être foupçonnés d'aimer une fille du P ankénion. La derrière difpofition ne demande pour les Adminiftrateurs , que le même privilège dont jouiflent des com-^ pagnies auffi peu utiles que les Ar-r quebufes ôcc.

Sujeti Article 6 . Ce que prefcrit le com- % fecevoir. meuccment de cet Article a deux

Secret, niotifs , tous dcux très-puifTansj le premier, d'ouvrir un azile fur aux filles, qui les éloigne de la tentation de contrevenir au premier Article : le fécond de ne point divulguer le fecret des familles. La dernière dif- pofition , qui regarde l'âge , eft cf» fencielle à l'Établifiement propofé.


Il pourrait néanmoins y avoir des exceptions pour la beauté & les ta- lens.

j4rncle y. La dirpofition de celui- ^^^^^^ ^^ ci pourra révolter au premier coup- P^"^^^"^^" d'œil i cependant il eft nécelTaire qu elle foit exadement fuivie \ autant pour ôter aux parens tout efpoir d'une vengeance inutile , ôc par- là leur faire éviter des éclats dont eux-mê- mes feraient \ts premiers à fe repen- tir 5 que pour afîurer la tranquillité des Sujets du Panhénlon, ( Ces pa- rens feront ainfi privés de leur droit naturel fur leurs filles, pour les pu- nir de n'avoir pas fuffifamment foigné leur éducation).

Article 8. Il eft abfolument né- Fmtti. celTaire d'ufer de beaucoup d'indul- gence , dans un EtablifTement tel que celui-ci : la rigueur le rendrait im-^


praticable j on en fent la raîfon, Prert: dre le moindre mal pour un hien^ efl: fa devife : ce Projet , en lui-mênie , n'eft pas un bien , il n'effc que lex- trême diminutif d'un mal incompa- rablement plus grand encore qu'il ne le paraît, & qu'on ne faurait l'ima- giner,

Cnmei, Article p. Le même motif a gui- dé, dans celui-ci ; fi l'on voyait au gibet une fille du Panhéniony quel effet cela ne produirait-il pas , contre le but propofé, qui efb d'y attirer toutes celles qu'un malheureux pan- chant entraîne à la Proftitution , 6c de leur faire envifager dans ces mai- fons, un fort plus avantageux & plus doux, qu'elles ne pourraient fe le procurer à elles-mêmes, ou chez ces infâmes mamans , que le Gouverne- ment eft forcé de tolérer , malgré


leurs crirties? Qu'on ne me dife pa? que je propofe une amorce pour le vice : j'en apelle à toutes les perfon- nés raifonnables i l'Établiflement que j'indique ne tentera jamais une hon- nête fille : elle fera toujours fuffifam- ment arrêtée par la note d'infamie imprimée par nos mœurs & par ta nature au dernier des états : & pour îés autres , il vaut mieux qu'elles viennent au Panhénion , que d'aller ^

ailleurs.

Article 10, Je me répète» il faut Situation des attirer les hommes à notre Établif- ^^"5^^"^°"^! fement 5 non pour leur infpirer l'a- ^f^^eaux. mour de la débauche , mais pour les entrée détourner de chercher des filles , avec ^^fi^^^^» lefquelles ils s'expoferaient davanta- ge. Combien n'en eft-il pas aujour- d'hui, qui, après avoir perdu leur fanté } communiquent une honteufe


[104]

maladie à leur vercuetife epoufe, 6c donnent à l'État des fujets deftinés a en devenir l'inutile fardeau ! J'ai lieu de croire, que, par l'ordre pref- crit dans cet Article & les fuivans, tout s'exécutera fans confufion , & fur-tout que le fcandale ne fera point affiché.

Manike de Article 1 1 . Gct Article tend au fe^réfenmmx \y^^^ (j^j^j exprimé , de rendre l'Éta- Bnn^Hx. blilTcment à\m accès fi facile , qu'oa n'aille point chercher ailleurs.

Choix Article 1 2. On choifira dans une M Vhomme, multitude de filles jolies : la fille, à fon tour, doit ne fentir aucune répugnan- ce pour celui qui la demande : on fent combien une telle méthode ôte à la Proftitution, de ce qu'elle a de plus révoltant, de brutal, de féroce.

Choix Article zj. Il n'y a rien ici que de de la fille. j,j(]-g . ramenons à la nature, autant


["5l

•qu'il efl poffible , un état qui defcend CommempMm fi fort audefîbus : le choix de Thom- me a été libre 3 que celui de la fille le foit auflî. Si le Projet ne cherchait qu'à procurer le phvfique de l'amour, ces précautions feraient parfaitement inutiles : loin de moi la penfée d'a- voir voulu rabaifler l'homme jufques- là : la diftinflion du phvfique & du moral , n'exifta jamais dans l'homme qui penfe : pour lui , aimer , c'efi: jouir 3 &: jouir , c'eft aimer. Il ne faut pas s'imaginer que le moyen propofé pour obvier à un refus général, eti' traîne des difficultés bien trrandes: au refte , ces cas feront rares , & l'on pourrait, avec certaines figures, em- ployer tout-d'un-coup le moyen pro- pofé. Cet Article venant à l'apui du y y dont il rend l'exécution facile, une fille qui aurait reconnu un de fes parens, ou des amis de fa famille.


[20 6]

îe dira en fecret à la Gouvernante l afin qu'elle ne lui demande point dô nombre,

Cor^s-de-g^r^e, Articles 14^ ib. Ces deux Arti^ ^ clés ont pour objet de maintenir l'or-

fam firmes, ^^^ ^ ^'^ tranquillité , pour lefquels on ne faurait trop prendre de pré- cautions. Ils font une fu ite des Ar^ ticles 10 àc zz.

Billets, Article z 6. Les détails de cet Ar* ticle font nécefiaires, pour que tout le monde foit fur de trouver au Par' thénion ce qu'il fouhaite. Je fou- tiens même qu'on ne devrait point en exclure, les hommes d'un ce/-/fl//2 état^ pourvu qu'ils évitalTent le fcan- dale. Combien parmi ceux qui fe font imprudemment engagés à une perfection chimérique, ne s'enefl-il pas vu, qui , entraînés par une paf» fion furieufe, ont abufé de la con-


[loy] fiance, & du fecret qu'exigent cer- taines pratiques, dont je ne prétens pas attaquer l'utilité , pour porter la honte & le defefpoir dans le coeur d'infortunés parens (N) ! Ce qui ter- (N) mine cet Article préfente un autre bien, qui réfultera de rÉtablifTement: c'eft qu'il préfervera du defordre un nombre de jeunes perfonnes , ôc les rendra à la fociété.

Article ly. Il eft certain que des Tarif. filles qui vivront avec régularité, 6C Co^etpur feront toujours propres , attireront ^* ^'^'^'^*^'* plutôt l'efpèce d'hommes pour qui je deftine les Surannées , que ces malheureufes, fales , ivrognefîes, cor- rompues avec lefquelles ils s'arrêtent. Les taxes du premier , du fécond , & du troifième Corridor ^ font les prix les plus ordinaires qu'exigent des filles bien audeflbus de celles que


[io8]

fournira i'ÉtablifTement propofé (*); Le quatrième n'eft pas fixé trop haut pour des gens aifés qui aiment le plaifir, & qui fouvent perdent leur fanté, en payant plus cher. Il fera nécefîaire de mettre aflez haut le cin- quième j pour eti écarter la foule : Quant 2L\xJixième ^A ferait plus prudent encore , de le taxer à dix louis qu'à quatre. Le refte de cet Article pref- crit les précautions que Ton doit prendre pour qu'on ne puifTe rien détourner des fommes qui feront mifes dans les Coffrets des Bureaux oii l'on délivrera les Billets , ô: montre la fagefle de la difpofuion de MArti-^ de 3, qui ordonne la peine capitale contre le Commis qui laiflerait voir les feuilles de Recette. Le but àQS

(*) f^oyc:^ l'État aduel de la Projîitu- lion ) note (A) , vers la fin.

précautions


[109]

pficautîons que l'on prend dans h manière de placer l'argent dans la première boire , eft pour prévenir toutes les difficultés qui pourraient s'élever encre les hommes & les Goit* Vernantes 3 car dans le cas où les pre- miers voudraient tromper, la Gou- vernante aura toujours devant les yeux la mife , qu'elle ne fera tomber qu'après le Billet livré , ôc l'homme fortij fi elle la fefait glifier aupara- vant dans le Coffre, elle ferait cenfée avoir tort, & répondrait de la mife.


Article i8. Ceci paraîtra peut-être Jimaiis contraire au but de l'Etabli iTement, & je conviens qu'on aurait raifon de le penfer , s'il n'était pas plus que probable que la maifon aura tou- jours fuffifamment de Sujets. On. pourrait même regarder ce que je propofedans cet Article, comme un I Partie. O


en titre.

Logement âii Entretenues,

Entrée des Amans en titre.

Clioix d*une Màhr^JT^.


[iio] ^

Défaut moyen d' empêcher la Tuinc des cpaieme . ç^^i[[^^ . ^oi^bjen d'hommcs font pillés par des fyrènes qui fe font un honneur & un jeu de les tromper, en les dépouillant? Ici, cet incon- vénient n'aura pas lieu ; un amant, outre qu'il fera fur de la fidélité de fa maîtrefle, pourra s'en tenir à k feule dépenfe qu'exige la maifon: cette dépenfe va toujours en dimi- nuant 5 puifqu'il ne payera que 42 livres par femaine , lorfque fa maî- trefle aura palTéy^ii^e ansj 3 3 liv. i 2 C lorfqu'elle en aura dix-huit^ 2 5 liv. 4 fous , lorfqu'elle aura accompli vingt ans y 1 6 livres 1 6 fous , lorfque les filles en auront vingt- cinq ^ 14 liv. iorfqu'elles auront pafTé trente ans ; taxe au-defTous de laquelle on ne àt{- cendra pas , tant qu'elles conferveronc leurs amans. C'eft auffi pour favori- fer les amans en titre, qu'on a réduit


à. dou^e livres par jour , la taxe des filles ài\i fixième^ & ày/x //vz-^j , celles du cinquième , cette manière étant la plus honnête , U. devant être en- couragée. Ce qui regarde les enfans tend autant à la fatisfadion des pères, qu'à la décharge de la maifon. Les claufes à^s, difpofitions fuivantes onc pour but de prévenir les defordres qui réfulteraient de la liberté qu'au- raient les hommes d'aller chez une iille entretenue par un autre, & d'af- furer l'exécution de l'Article zS.

Article z c) . Il ne faut pas que l'Eta- lUriain bliflement propofé favorife des unions f"'"^'^" » deshonorantes : comme d'un autre ^"^^"'^' côté , il ferait injufte de priver de la liberté du choix ceux qui font maî- tre d'eux-mêmes. Je crois cependant, qu'il ferait abfolument néceflaire, de déclarer nul de plein-droit , tout ma-


[i i t]

rlage contracté par un homme diflin* gué par fa naifîance ou par fa place, avec une fille du Panhtnion , s'il était parvenu, en donnant de faux noms , à obtenir l'aveu du Confeil de l'Adminiftrationj & cela, quand même la fille n'aurait jamais vu que lui. Cet Article montre clairement la néceffité de ne confier l'Adminif" tration des Panhénions _, qu'aux plus honnêtes citoyens 5 c'eft -à-dire, à des gens qui joignent à de bonnes mœurs des lumières fulEfantes, pour juger dans CCS cas importans.

Gro^c^a Article 20. La raifon , plus que des filles non la uaturc , prcfcrit cette conduite: entretenues, q^ donnera les enfans aux pères 5 parce qu'en exécutant mon projet, les pères feront toutes les dépenfes, èc devront jouir de tous les avan- tages.


Article zi.Vl nya aucun incon- mies encshnei vénient à accorder ces prérogatives entretenuei. aux pères, amans en titre. Mais cet Article a d'autres difpofitions qui ne paraîtront pas claires : on me de- mandera par exemple , ce que j'ai voulu dire, par ces pères, qui ne pouvant contrader mariage, laiflenc la moitié de leur bien ? Je répons feulement, que les abus qui régnent font infiniment plus dangereux, que celui que j'occafionnerais , qui , en lui-même, n'a rien qui choque la nature , ou même la raifon & les an- ciennes Loix (^). Bien entendu que


(*) Le Concile de Trente agita il l'on per- mettrait aux Prêtres de fe marier. On fe dé- cida pour la négative , par des raifons qui parurent bonnes apparemment ; car ceci n'étant qu'un point de difcipline , le facré Svnode le décida par des motifs humains,. à

O5


CCS pères éviteront le fcandale, qui

doit toujours être puni dans un État

bien rèslé.

Salles Article zz àc zj. Ces deux Arti-

cmmunes. cles déterminent l'emploi de toutes

i^oms des filles, les heurcs du jour. Un ÉtablilTemenc

l'aide des feules lumières naturelles. Confé- quemment, il a pu fe tromper : c'eft le fen-* timent de tous les Théologiens. J'ai lu quel- que part , qu'Érafme , le fameux Érafme , parlant des Ecclélîaftiques & des Moines de fon tems qui s'étaient mariés, au-lieu de traiter avec décence un point de Morale (î important , s'était amufé à plaifanter comme un écolier. j4t ijla omnis tragœdla j dit-il, exit in catajlropken comicam. Ubi contigU uxor y occînitur : VaUte. & plaudite.

Un homme , dont perfonne ne conteftera la vertu, les bonnes mœurs & \çs lumières, l'Abbé de Saint-Pierre, fortement touché des obligations de la Nature , avait confaqre un des jours de la femaine à la propagation. DiB, de VEncyclop, mot Population.


fans règle, tombe dans une efpèce txerctce^ id'anarchie , qui détruit l'utilité qu'on &^^P*^' fc propofe d'en tirer. On enfei^nera ^'""'

A [ . ^ Encouragemru»

aux nlles tout ce qui peut contri- buer à les rendre plus aimables : qu'on ne s'en fcandalife pas , j'en fais con- naître le motif, Article 8 de ce $.

Article 14. Ceci tend encore à FrhUfget foulager la maifon , ôc à donner aux '^" ^m^*»^ hommes une liberté, qui leur fafle **" préférer de venir à l'Établiflement , à toute autre manière d'avoir une mai- trèfle. [Il efl: bon d'obferver que la liberté dont jouiront les filles entre- tenues par un amant en titre > les préfens qu'elles pourront recevoir , leur teront defirer de l'être , & que ces raifons les empêcheront de re- fufer un homme , qui d'ailleurs ne ferait pas de leur goût].

Article 23. De la liberté. Ceft Emfloî

O4.


dH temps k u \^\qy^ ^0-^2 de ne pouvoir fortir de lar

f aile commune, t r ■> r • cr

maiioii , lans qu on apelantme encore leurs chaînes dans l'intérieun Et pour les obliger , d'une manière effi- cace, à jouir des amufemens permis qu'on leur procurera, on fuprimera tout ce qui pourrait en détourner leur attention : on ne commandera pas de lire, de travailler, mais on mettra dans l'alternative de le faire, ou de s'ennuyer.

Combien une Arucles 2 6" & 2 7 . Plufieurs rai fons

fille pe'M être ^^^^ J^cerminé à propofer le z6Ar-

_ , ticLc : les nlies qui en ront lob et,

lomùi'nune o -i n « tr

c, ^ ' lont lur le retour. oC il eit a prelu-

Qur année t ' r

mer qu'elles ne donneront pas dans l'excès î elles font en petit nombre , proportion gardée avec les hommes qui ne peuvent prétendre qu'à elles 5 ces hommes d'ailleurs ont moins de fantaifies, font plus, tôt fuisfaits que


feèux d'une condition plus relevée f les Surannées feraient trop à la charge de la maifon, s'il en était autrement- mais cette raifon ne vaudrait rien, fî la première n'exiftait pas. Celles qui auront paru dans le jour une ou deux fois, pourront demander à quitter pour le refle du tems la falle commune. On les veillera de près , & la Grande-Gouvernante donnera la plus fcrupuleufe attention à la fanté de ces filles.

Article 2^. La fé vérité de cet Ar- Injidetités, ticle portera une forte de chafteté au fein même de la Proftitution. L'impudicité effc l'abus de l'ade de la génération : & rien n'eft plus con- traire à la propagation de l'efpèce. Voila pourquoi les anciens Mora- liftes recommandèrent la pureté. Les hommes les plus vertueux ont été


chaftes : ilefte à favoir lî la conclu nence abfolue n'eft pas criminelles On pourrait répondre , que l'exem- ple en eft peu dangereux , & que l'effet qu'il produit fur les autres ed: toujours excellent : l'entière abfti- nence des femmes n'eft préjudicia- ble, ou, (î Ton veut coupable , que dans l'individu qui s'en eft fait une loi) au-lieu que l'incontinence publi- quement affichée par les hommes &: par les femmes , aurait des effets épou- vantables, fc répandrait fur tout, mê- me fur le soût, & ferait de l'amour une caufe fans effet : or l'effet de l'a- mour, eft la produdion de l'homme.

Table, Article zg. Tout cela ferait né- é'utttresar- ccflàire , & devrait être exécuté à la r^.gemens. [^^^^q . {^ Coiifcil de l'Adminiftra-

Soins y Lits • > /

tion ne pourra s en écarter.

è» Linge,

Dépenfe Arùclc jo . La fommc étant fixée.


pour rhabillemenc , durant toute l'an- da UnhUs. née , par i'Écac de Recette , &: de Dépenfe (^J , il eil: naturel qu'il foit libre à chaque tille de choifir récofe> & la façon de l'employer, qui la pare le plus avantageufement. Les filles deftinées au mariage , ou à 1 état de leurs mères, & les Ouvrières élevées à la maifon, dont il eft parlé Anl-' de 38 y pourraient être habillées des hardes que quitteront les Sujets du Panhénion y ce« habits étant encore très-propres , eu égard au foin que les Gouvernantes obligeront les filles d'en avoir.

Article 31, Les bains ne font pas, Bains. depuis que l'ufage du linge s'efb éten- du, auffî fréquens parmi nous qu'ils devraient l'être : il efi: certain qu'un bain tiède favori fe la tranffudatioa

(*) ^oy^l ccc État , lettre XI ,§ r.


d'une infinité d'impuretés, qui eau- fent des dépôts fâcheux, & des ma- ladies fou vent mortelles , fur - tout aux perfonnes fédentaires : un autre avantage du bain pour les femmes, c'eft d'éclaircir le tein de celles cjui font trop brunes (*)»


(*) ce La crafle de la peau , retenue dans " fes pores, ou fur fa fuperficie, eft capable « de produire plufieurs maladies, comme " clous 5 phlegmons , &c. la gale &c les dar- >• très font fur-tout engendrées par cette « craffe : on doit obvier à cqs maladies , en »• nétoyant exadement la peau par les bains '» les fridions & les autres moyens propres s5 à enlever la crafïè de la circonférence du 3: corps. Les habitans des pays chauds , qui s5 font plus fujets à la craffe de la peau , à cau- «îfe de la chaleur du climat qu'ils habitent, " fe baignent aufli fort fouvent, pour fe ga- »' rantir de ces maladies , méthode qu'ils ont » retenue des anciens 35. Encyclop*


Article jz. Les cofmétiques, en F*r< général , font plus mal que bien, furtouc aux jolies perfonnes : ils ri- dent le vifage, mangent les couleurs naturelles &: hâtent l'air tie décrépi- tude. [ L'Article précédent confeille une chofe prefque hors d'ufage j ce- lui-ci défend ce qui fe fait : c'eft: que l'omiffion du bain eft déraifonnable, & l'ufage du fard pernicieux : réta- blirons les pratiques utiles , 2c fupri- mons les mauvaifes. ]

Article 33, Une troupe de mal- Surannées^ heureufes , logées à l'extrémité des fauxbourgs , viennent chaque foir au centre de la ville, communiquer leur corruption à ces hommes utiles Sc robuftes , que leur peu de fortune, a rendu les ferviteurs de l'humanité : efpèce d'hommes, je ne puis m'em- pêcher de le dire, d'une toute autre


valeur , pour la fociété en généra! que l'Auteur le plus cclairé (i),que le Bourgeois fainéant , le Marchand cauteleux, l'impertinent Commis, & Tinutile Valet : ce font eux qui bâ- ciflent nos maifons , cultivent nos jar- dins, portent nos fardeaux, &ic. doit- on les abandonner inhumainement au péril où les expofe une paflîon qui triomphe des plus fages ? L'abus qui règne aujourd'hui eft plus grand fans doute que celui que Columelle reprend , lorfqu'il dit , que ce ferait caufer un grand mal, de donner aux Ouvriers qui s'occupent des travaux les plus néceffaires , les moyens & la jacilité de voir des filles de joie (i).


laM I gaiB^ ' J B L.iUIIByi.BiB-jmM I l


( i ) » Le ntcelTaire eft au-deflus de l'utile : S' il marche d'un pas égal avec le jufte , >-' l'honnêrc &: le faint».

(i) Quippc plurimùm a^ert mali,JlOp4h


Cette maxime pleine de fagelTe & de raifon , ne fera point éludée : le Règlement y a pourvu. L'homme de peine ne fera expofé ni dans fa fanté, ni à la perte de fon tems , ni à lai débauche : je le répète fouvent : ce n'eft pas le libertinage que je veux favorifer : je me mépriferais d'en avoir eu la penféei ce font les fuites d'un abus devenu nécefîaire , que je veux prévenir j c'efl: le mal que je cherche à diminuer j une maladie cruelle que je cherche à extirper. MALADIES VÉNÉRIENNES.

Article 34. Ceft ici le principal ytfiteufe!» but de l'Établiflement : on ne per- mettra pas qu'un homme choififle une fille , qu'on ne fe foit afluré qu'il cft fain.

rario mQretncandi poie/ias fiât, Columell, Lib.II;Cap. I.


Crande-Caff' Article j3. Il eft naturel que le wrnante, ou premier des devoirs de la Grande- Su^ériairc. Gouvernante, foie de veiller à l'ob- fervation exade de l'Article précé- dent , & à l'exécution des deux qui fuivent.

Amende. Article 36> On croit ne devoir au- cun ménagement aux miférables , qui fe fentant atteints de la pefte véné- rienne , font afîez injuftes pour vou- loir la communiquer à d'autres , & aflez ennemis d'eux-mêmes pour ag- graver leur mal, au lieu de chercher à fe procurer la guérifon.

TrftïtemeM Article 3y, Le foin qu'on i^rtn-- dis Filles, dra des filles malades, eft une fuite nécefiaire de l'Établiflement, & l'ob- jet le plus digne des foins de la Grande- Gouvernante , & de celles qui lui font fubordonnées : TAdminiflration fe fera rendre un compte exad des trai-

temens ,


b^û


tenlens, 5c elle remédiera prDiilptê* ment aux abus , & furtout aux né- gligences qui s'y introduiraient. C'eft en ceci qu'il faudra éviter la routine & l'inattention. Au refte, cous les Articles font tellement liés, que l'in- obfervation d'un feul , amènerait bien* tôt le violement de tous les autres^

SORT P£S ENFJNS

NÉS DANS LA M A I S O 2^»

Article 38. Les hommes font la CM^}ç$% richeffe de l'État > c'eft en les mul- tipliant , qu'un Prince augmente fa puiflance. Quel bonheur, pour les campagnes , dans lefquelles la Milic6


^ Garfe , autrefois honnête , à préfent in«  jurieux , &c Garfon , dérivent de Gars ( jeune-- homme ) : ce qui prouve qu'on doit écrif é Garfon (au lieu de Garçon") comme on ^ fait dans cet ouvrage,,

IPartie. P


\


porte chaque année un nouvel effrois de s'en voir délivrées par notre Eta- bliffement C^)! L'avantage qui en ré- fulterait pour l'État ferait immenfe: ce feraient plufieurs milliers d'hom- mes qui relieraient à la culture des terres : car la plupart de ceux qui lont une fois quittée , n'y retour- nent plus , après leur tems expiré > ils deviennent fainéans , vagabonds, ou tout au moins fort débauchés > d'autres, qui, fans la Milice, tien- draient la charrue , ou feraient la vigne , s'habituent dans les villes > dont la mollefle les énerve 5 & ce


(*) Uulàgc introduit depuis quelques an- nées, de donner des En fans-trouvés aux Laboureurs, pour les former au travail, & ùrerdM fort de la Milice en place des en- fans de la maifon, eft un acheminement à ce que l'on propofe ici.


font encore des hommes prefqué péi*- dus pour l'Etat.

Il faut convenir que les Sujets que fourniraient les Panhénions dU Royaume , ne fufîîraient pas feuls pour remplir ce but : mais ce n'efl ici qu'une indication de moyens , 5c non une loi : qu'on y joigne les gar- fons en état des Enfans-trouvés > qui dépérifTent à la Pitié bi ailleurs, ctut des hôpitaux des provinces du Royail- me, qui paflent leur jeunefle à càrder là laine, je crois qu'alors on en trou* vera fuffifamment pour opérer le bierl propofé. J'avance que ces garfons fe- ront d'excellens Soldats, parce que dès Fenfance , ils font élevés dans là foumiffion & dans la dépendance auffî abfolue qu'aveugle poUr un étran- gers ils n'ont point de parens ni de liaifonsi leur père, c'eft l'Etat 5 leur patrie , le Royaume : ils relieraient


au fervîce tour le rems que leurs forces le leur permettraient. Ces vieux Soldats feraient employés dans les occafions difficiles , où l'expérience & l'intrépidité à la vue du danger font nécelTaires. On pourrait objec- ter que ces troupes feront vilipendées par les autres. A Dieu ne plaife que je regarde -l'état Militaire de France &c d'Angleterre , comme afîez mal difcipliné , pour infulter de gaîté de cœur un corps de braves gens, en leur fefant un crime de leur naiflaU' ccj qui n'a pas dépendu d'eux.

FILLES ^^ féconde difpofition regarde les filles : on tirera parti de celles qui feront dif^raciées de la nature , en les employant utilement pour la mai- fon : les autres choifiront l'état qu'el- les voudront embralTer. On pourrait dire que la dot que je propofe de


leur afljgner efl: confidérable , eu éeard à leur crrand nombre. Je ré- pons, que les filles d'une jolie figure formeront tout au plus la dixième partie des enfans , 6c je crois que le P anhénion bien règle , bien admi- niflré , pourra fufHre à cette dépen- fe : c'eft ce que je me réferve de prouver une autre fois ^). On pour- rait objecVer encore, que la maifon a bien des charges : les Surannées y les filles malades, la manière coû- teufe dont je propofe d'entretenir les Sujets de la maifon en tout point , &:c. Je conviens de la juf- tefle de ces remarques 5 mais il fe préfenterait naturellement un moyen d'aider la maifon, s'il fe pouvait qu'elle eût bcfoin de fecours : l'Hôpital de la Salpêtrière devient prefqu'inutile î


^<^y^'i la Lercre xi .


on placerait ailleurs les folies qiiî peuvent y être renfermées , & l'on afFeélerait à notre Établiflement les, revenus de cette maifon. Je vais plus loin > j ofe foutenir que les Hôpitaux ne rempliflent pas , à beaucoup près , le but d'utilité qu'avaient en vue leurs Fondateurs, & ne procurent pas le foulagement qu'on croit que les pauvres en rçtirent j la moitié du Royaume n'en a pas , & ne s'ea trouve que mieux. Qu'on laifle fub- fjfter l'Hôtel-Dieu , à la bonne heu- re 3 dans une ville telle que Paris » il faut bien qu'il y ait un lieu qu l'indigent puifle mourir comme il a vécu (*), au fein de l'horreur, &


(*) On aurait pu dire : Où il meure prompument ; on a , 4ans cette maifon ( & dans une autre) une attention toute parti- culière à ne pas laiffer languir les malades ^^^ fur-tout les vieillards.


dans les bras du defefpoir.... O ! trifle humanité ! où font tes glands 5c tes forêts!.,. Tous les autres Hôpitaux font nuifibles , entretiennent la fai- néantife, ôc trompent enfin les mal- heureux , qui fe font imprudemment repofés fur ces Établiiïemens , pour ne rien ménao;er durant le cours d'une longue» vie. Ils efpéraient y trouver la tranquillité , ôc le repos 5 ils nY rencontrent qu'un enfer anticipé : je le dis, parce que je l'ai vuj la more cffc un moindre mal que la trifke vie, que Ton traîne dans nos Hôpitaux: les fuprimer , ou apliquer tous les revenus à une maifon pour {qs filles enceintes , aux Enjans - trouvés & à notre EtCLbliJfement _, ce ne ferait que détruire un mal , pour opérer un grand bien. Mais que deviendront ces miférables dont le gain eft fi peu de chofe , qu'à peine il leur fournit

P4


le pain quotidien ? Si c'en était ici le lieu , je répondrais. » . . Des Tian- ges y ces biens immenfes que pofle- dent les gens de main-morte , pour- quoi furent-ils donnés? pour nourrir fans doute dans une faftueufe indo«  lence nos Prélats 6c nos Abbés 5 dans une oifiveté molle , ce Chartreui^ inutile, ce fenfuel Bernardin, &c.... Un nuage de Sauterelles s'eft jeté fur ic bien àcs pauvres ^ le dévore 3^ 3c l'on s'étonne qu'ils meurent tic faim! Si c'en était ici le îieu> je di«  rais , que nous autres Financiers ^ mettons dans nos parcs de^ campa- gnes entières. .... mais je me tais t j'ajoute feulement, que l'hiver pro- chain j je déti-uis mon parterre de *'>^*j, mes grandes allées fablées, & que je rendrai près d'une lieue de terraia çoCucufemeuc ftérilçi à l'agncultur^;, ,


Quant à la manière d'habiller les Vêtement perfonnes de la maifon, je crois qu'elle ne doit rien avoir de particulier : la décence même l'exicre abfolument. Celui qui a dit que les divers états devraient être marqués par des ha- bits difFérens , n'avait certainement pas aprofondi fuffifamment fon idée. Cette dilliinction entre les hommes efl odieufe , furtout dans nos mœurs: elle ne tendrait qu'à nourrir l'im- pertinente vanité d'un petit nombre d'hommes, tandis qu'elle couvrirait d'une confufion (déplacée, à la vé^- rite , mais non moins pénible ) le tiers-état prefque tout entier , qui efl mille fois plus nombreux que les deux autres réunis : ainfi ce ferait fervir le goût d'un homme, aux dé- pens de celui de ^5^5? : jamais pareille Loi ne fut piopofable, fi ce n'eftà Maroc 3 ou , ii on veut j dans le maK


[^34]

heureux Empire des Yncas, depuis que les Européens l'oiic injuftemem conquis,

Autorîte dn Article jp. La difpoficion de cet Ccnfeii fur les Arcicc retiendra les Panhéniens (*)

^nfans de la

Mat/m, — '


(*) Panhéniens y e'eft à-dire //i defilks^ Il y eue à Sparte des jeunes-gens qui portè- rent ce nom ; voici leur hiftoire.

Lacédémone fefait depuis quelques an- nées une guerre opiniâtre aux Mefîeniens. Les Spartiates préfumant qu'elle ferait lon- gue, craignirent que l'éloignement où ils étaient de leurs femmes , ne préjudiciât à la République , en l'expofant à manquer de nouveaux Citoyens : ils renvoyèrent à Sparte les jeunes-gens non mariés , &; leur ordon-» nèrent d'avoir, indiftindemment, commer- ce avec toutes les filles. Cette commifîîon fut (î bien exécutée , que vingt ans après , Lacédémone fc vit dans la néceflîté d'ex- pulfer tous les enfans qui en étaient prove- nus \ parce qu'étant en grand oombrc ^


[M5]

dans le devoir. Il ferait à fonhaiter que la peine contre les féduclenrs fut générale. Dans un pays oii les Loix & la Relicrion défendent le di- vprce, il faut des remèdes extraordi- naires : je ne connais perfonne de plus criminel §C de plus méprifable qu'une femme qui trompe fon mari, (i ce n'eft fon fédudeur.

Article 40. L'efpoir d être Gou- Choix da vernante , ou du moins d'enfeigner Couvemantet, un jour les Arts aux fîUes , donnera Leurs droits, du goût pour les exercices : ce ref- ^^ ^^itrejfes fort fera peut-être moins efficace j„ Exercices, pour contenir les Sujets, que leschâ- timensj mais auiïï , il n'a aucun in^ çonvénient.


Se n'ayant aucun héricage à précendre , ils troublaient la République. On les appela Parthéniens , du mot grec napôaV;^ , fille , comme ne connaiflant que leur mère, qi;i ieur ayait donné le jour étant fiiJ.e^


Sort Article 41, Il efl: important de ne

ùi Surannées, point effrayer les filles, par la perf- pedive d'un avenir pénible.

Clôture, Article 4Z. Les filles , une fois en- Filles devenues trécs dans la m^ifon , n'en doivent bértiihes, jamais fortir. On ne rencontrera donc plus dans les rues aucune fille pu- blique? par conféquent les honnê- tes-femmes ne feront jamais prifes pour telles, & infultées, qu'elles ne foient fûres d'être veno;ees fur le champ. On ôtcra le fcandale, que donnaient les Proftituées, en fe mon- trant. Un autre avantage, c'eft que fouvent les hommes éviteraient le crime , fans l'amorce que leur préfen- tent les filles qu'ils rencontrent , 6c qui réveillent des defirs aifoupis On ne craindra pas non plus les incon- véniens fi fort à redouter, fi la Prof- titution étant (uprimée, les débau-


[m 7]

ches ne trouvaient aucun moyen de fe livrer à leur panchant : ils auront dans les Panhémons ^ une reffource toujours prête. L'Article excepte de la règle qu'il établit , celles qui fe marieraient, & celles qui, devenues maîtrefies d elles mêmes, par la mort de leurs parens , &: héritières d'un bien fuffifant pour vivre , voudront aller le régir. Il n'y a rien-là que de jufte & de raifonnable. Le pouvoir que la maifon conferverâ fur elles, eft néceflaire pour les contenir, ou faire celTer les defordres, que notre Établiiïement doit tous prévenir.

Article 43. Cet Article montre F/a» dans quel efprit les Adminiftrateurs quivoudraïgju doivent gouverner la maifon , & la f^f^^^Z'^^*» nécefîîté de ne donner cette place qu'à des Citoyens vertueux : en tout emploi , i'honnête-homme fait pref-


[138]

que toujours bien , & le fripon tou^ jours mal.

Parthénion Article 44. De d'eux maux éviter ^mndfemé, k pire. N'écoutcz pas les enthoufiaf-^ tes : ces fortes de gens parlent beau- coup} crient bien fort, & ne réflé- chifient jamais. A Londres, où les Spedacles font fermés les Diman- ches , l'on s'enni vre , l'on joue , & Ton va chez les filles de joie. Il vaudrait beaucoup mieux ouvrir les Théâtres, & qu'on vît une pièce de Shakefpear ou de Dryden : il ferait plus hon- nête , fans doute , d'aflifter au Caton d'AddiJfon^ que de croupir tout un jour à la taverne , ou de n'en fortir que pour fe battre à coups de poing*

tommunauté Article 4b. Une maifon de la Pro-

entre tous les vincc , qui aura trop de Sujets , de-

Parthenions, yj-^ \q^ envoyer à la Capitale , & ainfî

de tout le relie, fans qu'une Adnii-


[M9l

RÎftration particulière puilTe s'y refu- 1èr : on pourrait de même, changer les Sujets reçus dans une ville de Pro- vince , ou dans la Capitale , avec d'autres Sujets reçus dans un autre, pour éloigner les filles de leurs con- naifîances j & cela deviendrait même abfolument nécefiaire pour la Pro- vince. La Capitale , manquant de Sujets, en tirera des P anhénions de Province, autant qu'il lui en fera nécefiaire. On fent pourquoi elle doit jouir de ce privilège.

[ Un certain nombre d'hommes de la Capitale , beaucoup plus vils que les Proftituées , perdra , au nouvel Établifîement, le fonds de fa fubfif- tance. Ces infâmes font ordinaire- ment les auteurs de plufieurs meur- tres fecrets. Ils pafîent leur vie dans une crapuleufe oifiveté : tout leur


4o]

talent fe réduit à infulter > à fe bat- tre enfuice lâchement & comme des af^àffins. Ils portent un nom, qui n'était pas autrefois une honte : Ma" ^^X^^f^n^ ' chœrophoms^ ne fignifiait autre chofe

Porteur d'épée. r^ j • t

que Kytndarme : mais ce mot, dont on a retranché les deux dernières fyl* labes, eft bien avili depuis qu'il les caraélérife "^ ].

Je ne fais fi j'ai atteint mon but, en propofant les X l v Articles du

» ' — —■ • ' •

(*) Voila l'cchymologie du vilain tcfmc; Maqu, ....

Le Didionnàire de i^EKcrCLOPÉDlE donne au mot Pue. . . . une origilie italien- iie , &; le fait dériver de Putana : on pour* rait tout auffi bien dire qu'il fort de l'efpa* gnol Puta : dans la vérité , ni l'une ni l'autre de ces laneues ne nous l'a fourni : il vient du français Pute 3 qu'on prononce ^ncorpout ou peut , peute , en diverfes provinces ; exprefîîoll formée du latin Putidus ^ puant , puante.

Règlement


Règlement que je t'ai envoyé , mort cher, ôc fi je n'ai rien oublié d'ef* fenciel. // napàrdcnt quaux hom^ mes qui ont mérité quelque di/linC' tion dans le maniement des affaires j de prononcer {.uï cet important objet j & j'attendrais refpeclueufement leur décifion , fi je le rendais public. J'ai tâché de ne pas perdre de vue cette maxime fage : Le pouvoir des Loix ne va qu'à régler les paffions y & non à les détruire. Tu verras de ton côté) fi j'ai fatisfait à toutes les objedions raifonnables que l'on pourrait faire.... Il eft huit heures, je vole chez coiî adieu. .


Bon jour , mon bon âmi , car ma montre marque trois heures du ma* tin^ J'ai ramené ton époufe & fa fceur de chez mon oncle à une heu':

I Partie. Q


[i4i]

fè : nous avons nn peu caufé ; comme tu vois. Cependant je re- viens à toi , & je veux fermer ma Lettre, avant de me mettre au lie. Jamais partie bruyante ne m*a fa- tisfait comme ce fouper, tranquille, férieux même , chez un Vieillard refpedable , au milieu d'une famil- le fenfée. La joie a brillé quelque- fois , mais c'était la rire de la raifon. Pour mon oncle, il était d'une hu- meur charmante. Je ne fais s'il s'efl aperçu de ma paffion pour Urfulej il m'a femblé que fon enjouement était au gmenté du double , lorf- qu'ilavu les égards, l'emprelTement que je marquais à cette fîUe aimable. Il lui adrelTait de tems-en-tems la parole , & toujours pour lui dire des chofes flatetifes. Je ne puis t'expri- mer combien cette remarque m'a fait de plaifir ; car, mon cher, quoique


jc fois rîche, ôc maître âe moî-mê* me, je fens, depuis que j'aime Ur«  fuie , augmenter ma tendrelTe pour mes parens , & je fuis charmé de ne rien faire qui ne leur foie agréable* Dès demain, je veux lui ouvrir mon cœun Je n'attendrai pas ton retour, pour t'inftruire de ce qu'il m'aura dit.

Je t^embrafîe mille fois , cher Des Tiangesj mon amitié pour toi eft (1 vive , que je ne crois pas que Taimâ* ble, la tendre Adélaïde, te foit plul attachée que

D'AL^AW^


Qt


[i44]


NEUvitME Lettre.

Du même»

9 juin 17 tf. ......


JiOL I E R dès le matin , je me rendis chez mon oncle, que je n'avais pas trouvé la veille: j'en fus reçu avec les démonftrations de la plus vive amitié. Après que nous nous fumes quelque tems entretenus des nouvelles du jour , & d'autres chofes indifférentes, j'allais lui parler de ce qui m'amenait : il m'a prévenu. — Vous avez vingt- cinq ans, mon neveu, m*a-t-il dit: il eft tems de faire un choix. A votre âge , on n'eft plus novice , on con- naît le monde , les travers qu'il faut éviter, aufTi-bien que les vertus fo-


claies qu'il faut acquérir : vous n'ê- tes pas, j'efpère, aflez idiot, que de vous laifler prendre uniquement à deux beaux yeux, d<. je vous crois trop raifonnable , pour ne pas cher- cher dans l'objet de votre choix , des avantages plus folides — . Ce préam- bule m'a furpris, & j'ai voulu l'inté- rompre : il m'a fait figne de l'écouter jufqu'au bout. — Lorfqu'on fe marie , c'eft un engagement durable que l'on contrade , & qui ne relTembie pas à ces petites avantures que vous avez eues de tous côtés ; (il m'a fait unç longue énumération de mes maîtref- fes connues, &, à mon grand éton- nement , il a fini par la I>^^^. ) il faut qu'un honnête-homme aime fa femme , & n'aime qu'elle. J'ai des vues fur vous, mon cher D'Alzan: mais je voudrais bien auparavant ^ Ctre fur que vous aurez pour celte


que je vous deftine , les fentimcm qu'elle mérite d*infpirer. Elle eft bel- le , riche , & par-defliis tout cela ver- tueufe , modefte , raifonnable. J'ai connu fa mère. J'en fus amoureux lorfque nous étions jeunes tous deux, & libres : un autre l'emporta fur mois il fut lui plaire davantage. J'en ref- fentis la plus vive douleurs mais en* fin» je ne m'en pris qu'à moi-même? §C je renonçai dès-lors à contracter un lien , qui ne pouvait qtre heu-» reux qu'avec elle. Mon eflime & moa refped pour cette femme aimable ne diminuèrent point : je cefTai pourtant abfolument de me trouver où j^au- rais pu la voir. Elle devint veuve : iorfque fon deuil fut paffé, que je crus its larmes féchées , j'allais lui of- frir ma main , ôc la prier de çonfen- tir que je fcrvilTe de père à fes enfans* Sa morts arrivée il y a quelques an-


nées, m'enleva cette douce efpéran- ce. Vous jugez que ce fut un coup bien fenfible pour moi. Elle lai iTaic deux filles, riches, & fous un fage Tuteur. En les voyant croître , je fongeais à vous. L'aînée furtout , qui vient d'époufer un de nos Con- frères, vous aurait fort convenu: mais fon mariage s'eft conclu fi prompte- ment , que je n'en fus inftruit que dans un tems où les chofes étaient trop avancées. Grâces au ciel , la cadète n'eft inférieure à cette aînée ni en mérite , ni en beauté , & j'ai voulu m'y prendre de bonne heure, afin de n'être pas une féconde fois prévenu. Je paifai hier tout le jour chez monfieur Launns mon ami> beau-père de cetre aînée, & Tuteur des deux fœurs : je lui ai fait part de mes vuesj nous avons été enfem- ble fîir le champ au Couvent de la


jeune perfonne. Monsieur Laurenà lui a expliqué le fujet de notre vifî- te, & lorfqu'il a nommé mon neveu, cette aimable fille a prodigieufement rougi : elle était, dans ce moment, plus belle qu'un ange : je n'ai pu m'empêcher de m'écrier , Que ce. coquin de D *Al:^an ejl heureux ! La jeune Demoifelle ne nous a pas donné de réponfe pofitive : mais ( & notez cela) elle nous a renvoyés à fa chère jfœur ^ dont elle nous a dit qu'elle fuivrait les ordres en tout, A l'air de fatisfadion qui régnait fur fon vifa- ge , nous nous fommes aperçus que notre propofition ne lui déplaifait pas. Nous allons aujourd'hui chez la fœur. . . , — Pardon , mon cher on- cle , ai-je intérompu j mais je crois la démarche afîez inutile : je fuis au defefpoir de vous l'avouer, nos vues iiQ s'açcprdent pas : j'aime, fi ce ter-^


[H9]

me peut exprimer tour ce que m'inf- pire une jeune perfonne, à laquelle prefque tout ce que vous venez de dire convient parfaitement, mais qui n*efl pas elle. Je le répète, mon cher oncle, ou plutôt, mon père, puifque vous daignez m'en tenir lieu depuis fî longtcms , ma peine eft extrême , de ne pouvoir dans cette occafiori vous prouver ma déférence à vos moindres volontés : mais vous ne ferez pas inexorable, puifque vous avez aimé. - — Serait-ce la D^^^, a repris mon oncle avec humeur, qui te fait tenir ce langage ? Si je le

crovais Mon cher fils , au nom

de Dieu, penfe que tu ne peux ai- mer cette femme méprifable huit jours cncore> eufles-tu le fond de la plus tenace conftance. . . . — -Vous me faites tort, Monfieur, ai-je ré- pliqué : je ne vois pas la D^"^"^ : je


fle la vois plus du tout, depuis quç je connais 1 objet touchant dont je fuis charmé. — En ce cas.... Vous avez rai Ton : ce que j'ai dit ne pou- vait convenir à madame D***. J*au- rais cru que celle que je vous pro- pofe.... — -Mon oncle, elle peut être charmante, mais ie fuis prévenu,' je vous lai dit. — Elle peut être char" manu! En vérité D'Alzan, vous êtes incompréhenfible : toujours emprefle auprès des femmes, dont vous dites pis que pendre en les quittant, Ton vous voit leur prodiguer l'encens ÔC les adulations; comment ne s'y trom- peraient elles pas, elles que leur va- nité rend crédules, je m'y trompe moi même, lorfque je vous vois? Par exemple , l'autre jour , vous étiez chez moi , avec la jeune perfonne dont je viens de parler, j'aurais juré que vou^ l'aimiez j fiv même, je le fis entendre


[MO

à madame Des Tianges fa fœur..-;

  • — Que me dites-vous ? Madame De$

Tianges ! celle que vous me donnez eft la fœur de madame Des Tian- ges! — Oui : que trouvez- vous donc là de furprenant , de merveilleux.... Mais que veulent dire tous ces tranf- ports ? ( j'étais k fes genotix ,, mon bon ami j )Ah! Monfieur, me fuis-je écrié j c'eft elle que j'aime — . Ima- gine-toi , mon ami, les différentes {Ituations par où j'ai fucceffivemenc palTé î mes traftfes , mes alarmes j ôc la joie que tout- d'un- coup j'ai ref- fentie. La caufe de mon erreur, eft ce nom de Laurcns que mon oncle donnait à ton père, fous lequel il n'efl: connu de perfonne, Ôc dont tu ne m'as jamais parlé. La fatisfadion de monfieur De Longepierre était auflî vraie ôc paraiflait prefqu'aulB vive que la mienne. Il me la montrait de mille


manières > il prétend m'alTnrer tout fon bien après fa more , & me faire dès-à-préfent un don confidérable : il nomme Urfule fa fille j notre union lui fera retrouver le bonheur dont il fut privé.

Nous fommes convenus que j'irais chez madame Des Tianges , pour la prévenir fur la vifite de monfieur De Longepierre : comme j'ai fait réflexion qu'il était encore trop tôt , je me fuis rendu chez moij & je t'écris en at- tendant le moment d'aller aprendre ces bonnes nouvelles à ma première amie. Je la crois déjà inftruite de la démarche que mon oncle fît hier

auprès d'Urfule avec ton père

Mon ami , comme le cœur me bat ! Il me femble que je vais aprendre à madame Des Tianges que j'aime Ur- fule.... A ce que j'éprouve, on di- rait que je crains, ... Aimable timt-


dite!... elle me prouve, mon cher, que j'aime mademoifelle De Rofelle comme il convient de Taimer. L'heu- re n'arrivera pas : ma montre eft ar^» rêtée je crois... Je te quitte

Ah ! Des Tianges ! Des Tianges !.„ regarde.... quel Billet!... il eft de ton époufe !

BILLET

de M.'"' Des Tianges à D'Alzan.

V^o u s êtes pour moi^ Monfieur un être indéfiniffable : vous faites faire auprès d'Urfule une démarche d'éclat , par votre oncle & par le père de votre ami i vous me témoigne:^ à moi-même la tendrejfe la plus vive pour ma fœur ; & tout cela dans le tems qu 'une intrigue criminelle & deshonorante vous lie avec. ,.. le di' rai'je p Monfieur i avec la, Z?^^*",-


[M4]

âVtC une femme perdue y Ù quifefâti fâchée qu 'on en doutât. Ah D 'Al^^an t Adélaïde ne vous aurait pas cru dou^ hle y Jcélérat , Jéducieur : elle ne vous fupofait que jaihle , léger , gâté par le Jiècle, . , . Ingrat! jallait^i choijîr la fœur de monjieur Des Tianges , de votre ami ^ pour la malheureufe victime de votre hypocrijîe! Lapauvrâ JJrfule / » . . vous ne mérite:^ pas les larmes quelle va répandre.,., Écou- tei^moi , vous qui les caufere:^ y vous^ qui trahijffe:^ ma confiance & mon amitié^ celle de mon époux ^ ce quil y a de plus facré parmi les hommes , puifque vous ahufe^ de U amour / nt paraijfe:^ jamais devant Urfule ou, devant moi : je vous le demande com» me une grâce ; & fi cela ne jufjifait pas , je vous le défens. . . . pour tou* jours,

Adm,laiI}e Des Tianges»


[M5]

Mbn cher bon ami ! ... je mourrai

avant ton arrivée Urfule va me

croire faux, vil . . . Ma conduite paf- fée ne la raiïlirera pas. . . . Des Tian- ges ! je donnerais tout mon fang. . . . • Cependant. .... oh ! cette idée me tue. ., Un moment. .. qu'Urfule me croye un moment. . . Ecris leur.. • hâte-toi de leur écrire, & de mg juG- tifîer. ... Je fuis innocent, tu le faisj mais elles refufei ont de m'entendre.... Madame Des Tianges ... Eh ! c eft fa vertu . . . Tamitié . . . qu elle croit tra- hie. .. qui va me fermer Tentrée...

m'ôrer tout accès. . . . Urfule Mon

ami , je fuis faifi. . . Ma main , tout mon corps, éprouvent un tremblement fi violent. ... je ne faurais écrire davan- i3LgQ, Adieu . . . adieu , cher ami.

D'Alzan,


[M 6]


=i*è!'tf^.d|^-^'fr^?


'^Dixième Lettre.

De M.e«r D'Alzan de Longepierre^ à Des T I a n g es.

Même jour, le foir.-

(jj/ E VOUS écris à k Kâte, Mon- fieur, bien trifte, bien affligé 5 votre famille & la mienne environnent le lit de monfieur D'Alzan, de votre ami , de mon pauvre neveu. Il s'efl: trouvé mal, ce matin, à dix heures. Vous connaiflez cette impudente madame D^*^ 3 c'eft elle , ce font fes noirceurs qui l'ont réduit dans l'état où il ell:.

Il n'y avait pas deux heures qu'il m'avait quitté : nous étions conve- nus de nous trouver chez vous. Je m'y rends 3 je fuis étonné de ne Ty

pas


[M7l

pas voir , & plus encore du froid de laccLieil de madame Des Tianges, que je croyais qu'il avait inflruite de notre converfation du matin. Je le demande, après les premiers com- plimens. Votre époufe me répond , qu'elle ne croit pas que monfieur D'AÏ- zan doive revenir chez elle. Je de- meure confondu : je prefîe madame Des Tianges de m'en éprendre davan- tage. Elle me prie de l'en difpenfer, &: me renvoyé à mon neveu , qui m'in- ftruira , ajoute t-elle, beaucoup mieux qu'elle ne le pourrait faire. Déjà troublé par un événement auffi peu attendu , je vole chez votre ami , & je le trouve.... hélas ! je n'ai pas eu la force de prononcer une parole : l'état où je l'ai vu , m'a faifi. Il rentrait: la porte de madame Des Tianges venait de lui être refufée : l'égarement de fa raifon fe peignait dans fes regards...,

I Partie. R


îi ne me reconnaiflait pas , il ne me voyait pasJ joignez à cela une fièvre brûlante , des fanglots, de longs fou- pirsj c*eft le tableau de fa fituation. J'ai moi-même aidé à le porter dans fon lit. Au bout de quelques mo- mens , il m'a reconnu j il m'a ferré la main, mais il ne me difait rien encore : j'ai vu dans fes yeux , qu'il cherchait quelque chofe : j'ai regardé ou il les portait 5 apercevant une Let- tre toute ouverte fur fon bureau, qu'il paraiflait fixer , je l'ai prife : elle ne m'a que trop inftruir. J'ai de- mandé au pauvre malade, fi c'était là ce qui l'avait mis dans un état fi violent ? Il m'a fait ligne que oui : je l'ai alTuré que je pouvais le juflilier dans l'efprit de madame DesTianges &; de fa fœur. Cette promefTe a fait quelqu'imprelFion fur lui. Il m'a par- lé. — Ah ! courez-y , mon cher oncle >


[M9l

hi*a-t-il dit, d'une voix faible) SC rendez-moi la vie, s'il en efl: teras encore : il faut abfolument que je les voye toutes deux 3 que je leur parle, & que je meure , fi je ne puis les perfuader de nioiT innocence.

Je n'ai pas différé d'un moment* En entrant chez vous , j'ai furpris étrangement madame Des Tiangesî ' — Sauvez mon neveu , madame , me fuis-je écrié : votre Billet l'a mis dans un état qui va vous épouvanter i amenez avec vous mademoifelle De Rofelle ; il veut vous parler à toutes deux, détruire les calomnies dont ort l'a noirci, ou mourir : je vous ré* ponds de fon innocence : on vous a trompée : venez» je vous en conju- re) je vous éclaircirai fur tout cela—, Je m'exprimais avec tant de véhé- mence, que je ne m'apercevais pas de Timpreffion que fefait mon difcourS


[i6o]

fur Taimable madame Des Tiangess elle était pâle & tremblante. — Eh Seigneur! qu'eft-il donc arrivé, m'a- t-elle dit? Allons, Monfieur, par- tons j allons partout où vous vou- drez. Montons dans votre voiture, & prenons ma fœur en paiïant — . En chemin , elle m'accablait de quef- tions 5 j'y fatisfefais de mon mieux > en égard au trouble où je me trou- vais. Elle m'a parlé de la D^"^^ j elle m'a dit que cette femme était venue la trouver elle-même 5 que pour apuyer ce qu'elle lui avait avancé, elle avait montré les Billets de mon neveu, dont le dernier , conçu en termes fort clairs, était daté de la veille. Je l'afîurai que la date avait été altérée, ou que le Billet lui-mê- me était entièrement fupofé. Je lui racontai ce qui s'était pafTé entre D'Alzan & moi le matin. Là-delTus


[i6i]

fious fommes arrivés an Couvent de mademoifelle De Rofelle. Madame Des Tianges l'a prévenue en peu de mots. Dans mon malheur même , j'ai reflenti un mouvement de joie 5 car j'ai cru m'apercevoir que mon neveu n'aime pas une ingrate.

Dès que nous avons paru dans la chambre de D'Alzan , il a prié qu'on le laiflat feul avec nous.... Je ne puis me rapeler ce qui vient de fe paflcr» fans répandre des larmes.,.. Mon ne- veu s'eft entièrement juftifié. . . . L'ai- mable époufe de monfieur Des Tian- ges ^ la belle Urfule n'ont rien omis pour le confoler.... Que je fuis toii- ché ! quand j'y penfe.... Si mon cher D'Alzan en revient (car il ne faut pas vous cacher que les Médecins n*ofent pas encore répondre de lui): s'il en revient, dis- je, comme je i'eÇ- pèrc des tendres foins ôc des bontés


des deux fœurs , il regardera cet ac- cident comme un bonheur. Il a voulu fe difcuipcr entièrement , quoique madcmoifelle De Rofelle & madame Des Tianges elle-mcme len difpen- faflent : il a montré la Lettre que la D^^^ lui écrivit en réponfe de fon Billet , & la date précède de près d'un mois votre départ pour Poitiers» Les domeftiques de mon neveu ont mis l'alarme dans toute notre famille ) on accourt de tous côtés. A quoi fert cet emprefîement : tou- tes les vifites que fouhaitait D*AIzan, fe réduifaient à deux > les autres font ïncommodes, ôC je vais len débar- raffer, ,

lo heures du foir-

Je viens de voir mon neveu : tout le monde eft forti , à l'exception de celles qui lui ont rendu la vie. Dès

qu'elles paraiiTaient s'éloigner , les


convulfions qui l'avaient pris le ma- tin , revenaient avec violence. Les deux aimables fœurs fe font affifes de chaque côté de fon lit i la joie que leur chère préfence lui caufe, a cal- mé fes fens trop agités 5 il vient de s'aflbupir, & les Médecins répondent de lui. A la première afliirance qu'ils en ont donnée, madame Des Tianges a tiré avec vivacité un diamant de fon doit , &; l'a fait accepter à celui qui venait de parler. Vous jugez com- bien ce petit tranfporc m'a caufé de plaifir. Ce fera la première chofe que D'Alzan aprendra à fon réveil. Je me fens bien confolé, monfieur, d'a- voir quelque chofe de mieux à vous annoncer en finiiïànt. Je fuis très- parfaitement, &c.

Des Tianges de Longepierre.


R4


[zé4]


Onzième Lettre.

De D'Alzan,

à D E s T I ANGES,

13 juin.


Mo


u s recevons ta Lettre à pré- fent, mon bon ami, 6c j'obtiens de madame Des Tianges d'y faire ré- ponfe moi-même. Cela te convain- cra mieux que toute autre chofe, de l'efficacité de fes foins , & de ceux de ma belle , de ma tendre , de mon adorable époufe.... Non , cher frère, rien ne pourra déformais féparer D'Al- zan de cette Urfule qu'il adore : hier matin > nous prononçâmes le ferment facré qui nous lie pour toujours l'un à l'autre i j'allais beaucoup mieux j on aurait pu t'attendre 5 mon oncle ,


[zé5]

tes parens & les miens en étaient (1*a- visj mais Adélaïde a voulu qu'on nous unît dans ma chambre. Quel bienfait I & que la main dont je l'ai reçu m'eft chère ! Toute ma vie , je regarderai madame Des Tianges com- me une ineftimable amie, comme «ne tendre fœur, une mère adorée, ma divinité tutelaire. Et mon époufe ? Ah ! Des Tian^res ! mon cœur na^e dans une mer de volupté. O bon- heur c'était auprès d'elle , fur ce fein d'albâtre que tu fommei liais en m'at- tendant, Depuis notre mariage, tout change en mieux. On me croit ma- lade encore i & moi, je fens que ja- mais je ne me fuis aufli bien porté. J'ai defiré, avec toute l'ardeur dont je fuis capable, la main de made- moifelle De Rofelle : depuis que je l*ai obtenue, je fens ma félicité plus vivement encore que je ne l'ai defi-


[i66]

rée. Ceft , mon bon ami , que je ne connaiflàis pas tout le mérite, tout le prix de celle que j'idolâtrais. O femmes ! êtres enchanteurs , vous te- nez fans doute le milieu entre la divinité & nous ! qui n'a pas fu vous plaire, qui n'a pas été aimé de vous, n'a pas vécu : il a végété 5 mais la vie , la douce chaleur de la vie , ja- mais, jamais il ne l'a fentie. Com- ment fe trouve-t-il des hommes, qui craignent cette union délicieufe de deux âmes étroitement unies par les mêmes affections, les mêmes biens, par ces êtres innoccns qui leur doi- vent le jour, en un mot, par les Loix les plus faintes de la fociété ! s'ils pou- vaient fe former une idée de ce que j'éprouve. ... de ce que nous éprou- vons tous deux, cher Des Tianges, ils renonceraient bientôt à une er- reur qui les rend malheureux.


Cette Lettre ne te trouverait plus a Poitiers , je TadrefTe au Maître de Porte à Blois. Ton impatience obli- geante nous a fait à tous le plus grand plaifir. Il eft bien flateur , pour ton ^poufe & pour ton ami, daprendre, que tu ne peux attendre un jour, un feul jour de plus pour être infor- mé de leur fiiuation. Elle eft heu- reufe, cher Des Tianges : tu ne ver- ras ici, à ton arrivée, que les lignes de la joie la plus vive : viens , ton époufe. . . .

De Madame Des Ti ANGES.

ne ta jamais tant defiré , mon ai- mable mari. Viens me dédoma^er de tous les chagrins que ma caufés ton ami. Il eft heureux, à préfent: mais fi tu l'avais vu. . . . C'eft un en- fant, & je lui pardonne tout. Je n'en avais pas pour un à confoler j ma


[ié8]

fœur aiiffî fc defefpéraic , quoîqu en fe cachant. Ils m*ont bien fait de la peine ^ & fi je les aime, comme au- paravant , de tout mon cœur. Adieu , mon ami. Si j'avais le fort de cette Lettre , je t'embrafferais un jour plutôt.

Adélaïde Des Tianges.

De Madame D'Alzan,

J'arrive bien à propos , frère chéri , pour me juftifîer des crimes dont ma fœur m'accufe auprès de vous. Je lui ai fait de la peine ! moi ! elle peut vous récrire ! Eh bien , elle vous trompe, croyez-m'en. L'on ne cha- grine jamais, je penfe, ceux que Ton aime , ou bien c'efb malgré foi j & pour lors, ils doivent le pardon- ner. Non, je ne pourrais fuporcer l'idée d'avoir caufé un inftant d'en- nui à mon adorable fœur. Ma chère


[zé9]

Adélaïde me rend tout ce que je perdis, lorfque le ciel nous enleva nos parens. ISavoir affligée/ ah ja- mais, jamais je ne l'ai voulu. Que ferait-cc fi je vous difais.... Elle m'em- pêche d'écrire 5 elle ne veut pas que

je dife Eh bien , je me tais. . . ,

Je fuis bien contente de quelqu'un que vous aimez : on a pour ma fœur & pour moi, les fentimens que je defirais : le don de tout mon cœur, de toute ma tendrefle en eft le prix, Perfonne après ma fœur... . Elle ne me regarde plus : aprenez que c'eil: moi qui la confolais : elle ne pouvait ie pardonner. . . . Elle revient. . . . Per- fonne, après ma fœur, ne vous efl auflî fincèrement attachée

qu'URSULE D'AlZAN.

De D*Alzan.

Elles m'ont arraché la plume, mon cherj nous nous difputons le plaifir


[170]

ide câiifer avec toi. Cette Lettre t*en fera plus agréable, puifque ru viens d'y voir les caractères chéris de celle qui te rend le plus fortuné des époux. Pour te prouver que je me porte auffi bien qu'on le puifTe, après une commotion affez violente , je veux profiter du tems où une vifite les oblige à me laitier feul , pour t'a* chever mon Projet. Tu t'amu feras i vérifier mes calculs dans ta chaife : auflî bien je doute que tu puiiTes en trouver le moment, lorfque tu feras avec nous.

§ V.

Compensation

du Produit des différentes Claffes , avec les Charges des Panhénions,

i L paraît affez probable que le nom- bre des filles tant Publiques qu'£«-


tretenues , peut fe monter dans le Royaume, à 30,000 : 10,000 dans la Capitale, & 10,000 dans les Pro- vinces : mais je n'afleoirai pas mon Établiflement fur un nombre (î con- Tidérable. Supofons feulement qu'il y ait, dans la ville de Paris, dou^e mille filles tant Publiques c^ Entretenues ; environ la moitié dans le refte du Ro- yaume. Malgré le bien-être que l'Éta- bliiïementpropofé procurera aux/^^r- théniennes , je ne doute pas que la dé- fenfe de fortir de la maifonirimpuiffan- ce où feront les filles , de fe livrer à des débauches qui font les funeftes ac- compagnemens de la Proftitution , ne réduifent-là le nombre de cqs in- fortunées : j'en ôterai même encore 1 ,000, pour mettre toutes chofes au taux le plus bas : nous aurons donc , dans toute l'étendue du Royaume,


iix'fept mille filles ^. qui pourront être placées dans les P anhénlons ,

Il eft prouvé par les nouvelles Re^ cherches fur la Population de Mon- fieur Mejfence C^) , qu'à peine le tiers des hotîîmes atteint quarante ~ cinq ans. Cette règle générale doit être en proportion double , pour les filles publiques, Ainfi, lorfqu'on aura fait le choix des deux clalTes des Suran* nées , comme le prefcrit l'Article xxxîii , il reliera tout-au-plus mille filles dans toute l'étendue du Royau- me, à charge à l'EtablifTement. Et nous en aurons, qui chaque jour pro- duiront un revenu , qui excédera leur dépenfe plus ou moins,

(^) Paris , in'4. Durand neveu , rue Saint-Jacques.

Savoir;


Sa V o I Ri -

Surannées '^ G fous, kECETTË,

500 (employer 400) par jour, iiol.

Surannées à 12 fous,

730 (employer 600) 3 60 h

Le I."' Corridor:

.r l8f. n."z.^ ^"^rioy^'

iiL4f. n.^ j^^3ooo(2-ooo)...2,iogU

Le fécond :

r I l.l6r.n.^2.^ ems loyer

^iil.Sf.n.^ j j390o(2ooo)...4,ioqL Le troijième :

^ r3 livr. n.^ !.■% emnoyer

^ d 3 1. Il f. n.^ 1. 5"^°^° (2ooo)...6,6oo L Le quatrième :

f 4I. I6f.n.®2.^ employer

^I6lïvr. n."i.l3ooo(i5oo)...8,iooU Le cinquième :

f Illivr. n.° 2.^ -employer

^ i 14 livr. n. ^ 1. 5^700(1 000)- 1 8,000 1» Le Jixième :

\ ^ f. employer

a 96 livres.... i7o( ^)...8,i6oJ.

^t^ 1 f ' . filles produifent

Total..(parjour)...9585 47,640!.

(Pai"an) 17,388,6001,

I Partie. S


[^74]

Nota Benh. Comme les Filles entretenues des deux derniers Corridors font à une taxe beaucoup plus baffe , on ne parle ni des Nuits ni des Amendes , qui font un objet de Recette bien fupérieur à cette diminution.

j^iPENSE, L'entretien de chacune des filles, des fix Corridors, pourra fe monter , par année , pour les habil- lemens ,

(^à Pans) 3. 5 GO liv. qui feront par an

lafommede ...7,885,000!,

Celui des Surannées choisies ,

à 300 liv 369,0001.

La nourriture des Filles , Gou- vernantes & M aîtreffes pour les Arts (par jour) à i livre, 17,000 perfonnes(par an). ..6,241,500!.

L'entretien ordinaire des Bâti- mens dans tout le Royaume, 5 0,000 1.


Total 14,545,500 L


[2-753

fe-i - . ■■ ■ — '■- • ■ ■ — ' ■ ars.

M S. On ne fait aucune dimlnutiort pour les Filles entretenues que leurs amanà pourraient habiller ^ nourrir , &c.

L'habillement ôc la nourriture deâ Ouvriers & des Ouvrières , feront compenfés par leurs ouvrages. Ccû par cette raifon que je n'ai point fait entrer ce produit dans l'Article dô la Recette. Par la même raifon , jô n'ai fait aucune mention de l'achat des fils , foies & laines néceflaires pour les manufadures des étofes , St la façon des habits. Cela doit fe trouver fuffifamment compenfé par là diminution confidérable qu'aporterâ dans le coût des habillemens rép.ir-» gne des façons , & la fabrication des Érofes.

11 efl: bon de remarquer » qu'on n'eiH* ploie que g ^5 8 5 filles fur ly^ooo t cependant , au moyen que l*£tâblir« 

S %


ornent fera prefqu également corn- pofé de filles entretenues & de pu^ hliques-, il y aura beaucoup plus de revenu que je n'en afljgnej & Ton peut regarder le total de la Recette , iromme étant un tiers plus bas qu'il ne montera communément 3 tandis que celui de l'Entretien ordinaire effc fupofé auflî haut qu'il peut aller dans des maifons où la multitude des bou- ches diminuera nécelTairement la dé- penfe de chaque individu.

Par conféquent, il devra refter à l'ÉtablifTement, toutes les dépenfes prélevées , une fomme beaucoup plus forte que celle de . . 2,y43^ioo\ L cjui fe trouve furpalTer la dépenfe dans mon hypothèfe.

Surquoi l'on fe fournira de remiè- des pour les malades, l'on payera les mois de nourrice , l'on mariera ks lilles nées dans la niaifon qui


[^77]

Irourront letre, &; l'on entretiendra les Surannées inutiles.

5?, 5 8 5 filles pourront donner, an- née commune, 4,000 enfans, qui .vivront i an: (on voit que ce n'elt qu'un à -peu-près 5 car de ces mille, enfans qui mourront dans l'année» beaucoup ne vivront qu'un jour > d'autres une femaine, un mois &c.). trois milU qui vivront trois ans (& c'eft beaucoup ) 5 & deux mille qui parviendront à M adolefcence : à Jix livres par mois chaque enfant , la première année ^ les Parthénions de tout le Royaume feront chargés de 2l8S^ooo livres : la féconde année > '<le la moitié en fus ^ ou 450,000 livres environ j la troijième année ,, 'd'environ byG^ooo livres5 au bouc de S ans^ d environ i^zq 0^000 li- vres : le taux de cette charge relie- ra, à-peu-près> à i^boo^ooo livresi

S}


puifqu*à mefare que les enfans gratis" diront, ils cefleront d'être à charge à la maifon, foit en en fortant, foit par leur travail. On prend encore ici le tout au pisj car l'on fupofe qu*ii îie fe trouvera aucun père qui fafTe élever fes enfans. Il refierait donc dans cette dernière hypothèfe, 1,243^1 o livres, pour les Surannées & les ma-' riages. Mais j'ai prouvé que l'excé-^ dent de la Recette doit être bieu plus confidérable.

-Réfumons : voila donc un moyen prefqu'infaillible d'anéantir le levain, vénérien .i de chafler de l'Europe ce monftre qui n'était pas fait pour no* tré climat j de diminuer le fcandale de la Proftitution : d'arrêter dans fa marche l'indécence àcs mœurs j ôc par furérogation , de mettre dans î'^tat iiiie pépinière de fujçHsqui ne-


[2-79]

)ui feront pas direclcmenc à charge, & fur lefqaels il aura une puiflance illimitée, puifque.ies droits.paternels & ceux du Souverain fe trouveront réunis.

Je le répète j l'on n'exécuterait pas ce Projet fans quelques inconvé- niens : la Proftitution, qui n'eft que tacitement tolérée , paraîtrait autori- fée. Cet inconvénient inévitable eft-il bien réel ? & s'il l'eft , ne fe trouve-t-il pas fuffifament compenfé ? L'on opé- rera un bien effeciif , & le mal ne fera, pour ainfi dire que de fpéculation. D'ailleurs , où ne fe rencontre-t-il pas d'inconvéniens? qu'on me cite une entreprife , une loi , même celle du pardon des injures, cette loi fi fain- te, qui mit Socrate audelTus de tous les hommes, 6c dont un Dieu nous a donné des modèles plus héroïques

S4


[i8o]

5C pins refpecl:ables encore C^) ; qu'oii m'en cite une, qui n'ait pas les Tiens >i & dont on ne puiflc pas quelquefois: dire:

  • Ovid. Quant malafunt vîc'ina bonis ! crrorefub ith

<àe Remedio , PfQ yl^ÎQ yirtus crimina fcepe tulit *,

'95'. 313-4- ., •' ;


(*) Craies de Thèbes , difeiple de Dio-». gènes le cynique , a donné un bel exem-.; pie de modération , que les Chrétiana ont raremçnt imité : Un certain Nicodrome lui appliqua un foufflet avec tant de viô-^ lence , que fa joue enfla : Cratès fe'côn-* tenta de faire écrire au bas de la joue rtiàt îade: c'est de la main de Nicodro- me; A^i^Q^/'c>./7zw5._^ci/; allufioA plaifante & tranquille à l'ufage des Peintres. Ce fut ce Çratès pauvre , contrefait, que la célèbre Hipparchia ne rougit pas d'ai-: mer , après qu'il eut yendu tout fon bien , dont il avait jeté le prix dans la mer ^ <^n s 'écriant: Je fuis lihn^


Madame des Tianges me gronde,* mon cher : elle me dit que je ne devais pas écrire fi long-cems : mon aimable époufe fe joint à fa fœnr : je tremble de les fâcher : je vais fer- mer ma Lettre. , . '.,,'. .


E N ce moment , on entendit dans la cour le bruit d'une chaife : Madame Des Tianges s'emprefle d'ou- vrir une croifée : — Le voila, ah! le voila! s'écrie-t-elle. Et fans s'ex- pliquer davantage, elle vole au de- vant de fôn époux.

Monfieur Des Tianges , efîrayé par la Lettre de l'oncle de fon ami j avait trouvé le moyen d'avancer fon retour. Jl eft impoffible de peindre la joie que caufa cette heureufe ar- rivée : elle fut d'autant plus vive , qu'elle fuçcédait à la douleur la plus


àmère. Uamour, l'amitié & la re- connaiflance accueillirent Des Tian- ges : il vit foii cher d'Alzan , aufli heureux que lui même 3 il le voie encore fuivre le fentier de la vertu, aimer conftamment fon époufe, ÔC mériter fon bonheur.


Fin de ia première Partie.


PORNOGRAPHEy

ou LA

PROSTITUTION


SECONDE PARTIE,

contenant les Notes.




O TE S


!5^


=a»


(A)

DE LA PROSTITUTION CHEZ LES ANCIENS.


(A) I Part. pag.48.


N fe tromperait beaucoup , en s'ima- ginant que la débauche ou le goût du plaifir forent les premières caufes de la Projîitution. Cet état, auffi vil parmi nous, que malheureux & corompUjCut une origine moins criminelle que fes effets. Il n'eft aucune des faufles Reli- gions qui nei'ait admife dans fon culte"*: elle a * Voyei^ les précédélesfacrificesdefanghumainjbienplus ii/^'°j'aj ^ atroces qu elle. Jamais les hommes ne furent xandre RoG. afl'cz dépravés, pour croire que le crime piic honorer la Divinité : la Projîitution ne fut donc pas d'abord une débauche , mais une


II Partie.


a-T


[i86]


confécratîon du premiet inftant de rexiftancc de la nouvelle créature à laquelle on donnait l'être, ha population fut le fécond motif de l'ancienne projiitution des filles , & même des femmes. Tel était au-moins celui de la communauté des Lacédémoniennes -, 8c dans la fuite , le but de cette loi de JuUs- Céfarnon publiée , qui devait permettre aux femmes de fe donner à autant d^hommes quelles voudraient. Mais une pratique de dévotion telle que la Projiitution devait dé- générer affez vite. C'eft ce qui arriva. Les Prêtres d'abord en abufèrcnt pour affouvit leurs paflions. On vit naître enfuite czs infâmes coutumes , de fe proftituer pour l'en- tretien d'un Temple, ou pour fe former une dot : on vit les hommes fe mutiler , & heur- ter ainli de front le but du culte primitif: bientôt le fang humain coula , & l'on ôta la vie aulieu de la donner. Voila comme les deux extrêmes fe touchent: nos Moines fiirent établis pour être pauvres, humbles, mortifiés , chaftes.

' L A Projiitution proprement dite , qui fuc- céda à la Projiitution religimfcy ne dut exi-


îler que parmi les nations policées , où les deux fexes font à-peu- près également libres* car cheî 'celles où le fexe le plus faible eft cfclave , le plus fort le fait fervir à fes plaî- firs, à fes caprices-, mais on ne peut pas dire qu'une femme , contrainte par la né- ceffité , fe proftitue. Elle n'eft point en outre au premier venu -, elle ne reçoit la loi que d'un feul j une pièce de monnaie n'efl: pas le motif qui la détermine : fon état efl: donc moins vil*, elle peut avoir le cœur pur, & conferver une âme chafte. Il ne s'ell par conféquent jamais trouvé beaucoup Aq pro- Jlhuées dans les pays connus aujourd'hui fous les noms àz Turquie f de Pcrfe ; je ne vois nulle part qu'il y en ait eu à la Chine ; Sc fi dans quelques cantons dés Indes les fem- mes fe font proftituées , c'était un ade de religion , & non un commerce infâme. Je ne préfume pas qu'on ait vu fouvcnt des ^lles publiques dans les deferts de Y Arabie; il faut un luxe , du fuperflu chez une nation , pour qu'il s'y rencontre un nombre de ces malheu» reufes. Je fais que dans les contrées les plus pauvres , il a pu arriver que des femmes ii-


htes, ou des cfclaves échapées & fugitives; fe foient abandonnées à tous les hommes qui leur témoignaient des defirs. Dans la terre de Canaan, elles s'ctabliiTaicnt tantôt fur la voie publique, ôc tantôt dans l'en- ceinte des villes. Elles çai^daient une forte de pudeur j car fouvent elles étaient voilées de manière à n'être pas reconnues: dans cer- taines occafions, elles allaient de nuit fe coucher aux pieds de ceux qui repofaient à la campagne durant les récoltes j elles y leftaient timidement jufqu'à ce qu'elles fuf-; fent aperçues. La. Bib/e, qui nous donne eti palfant & à l'occafion de certains faits imJ portans qu'elle rapporte , des lumières fur le-sf Projlmtées des premiers tems , nous en four- nit encore fur les mœurs de celles qu'on voyait à Jérufalem & dans tout le pays à'If- rakl, fous les Rois fuccelTeurs de Davidm Il paraît que celles - ci , étaient de cç:s femmes que le tempérament entraîne : elles recherchaient les hommes les plus vigou-; reux: cela n'empêchait pas qu'elles n'exi- geaffent un prix fouvent très-confidérabl e [ ceci prouve qu'elles étaient en petit nom-

brel


bhi


hic] liiicjl. point de Pmflitak , die Ézé<:hie!^ ç«i n^exigc fon payement. Les noms qui re- pondaienc, chez les Arabes , à ceux de. Laïs , Thaïs , Cliioné , Phrync , des Grecs ^ X^uarùlla , Lcfbia > G allia des Romains, étaient nVntC Aholah ^ rOiVriX Aholibah i il faut convenir que ces noms fojic crès-ex- |3reflifs. Quant à la proftitution des jeunes filles Madianitcs dans le defert, on ne doit lia regarder que comme ijne tentative poli- tique , mife en ufage par un peuple qui* fe fcnt trop faible , pour adoucir le plus forn, C'eft ainfi que fouvent les Nations infortu^ iîées du Nouveau-monde ont offert la jouif- fance de leurs femmes & de leurs filles aux Européens qui les épouvantaient : âinfi d^ iios jours le trifte Lapon > honteux de (à petiteiïe, engage l'étranget qu'il reçoit à ■lui procurer des enfans d'un elpèce moins faible & moins im.parfaite.

On doit diftinguer chez \€s anciens Grêc? 'quatre fortes àc filles publiques ; hs Profil^ ■tuées communes > logées dans des maifons obfcures , & que les hommes allaient voit eii fecret. \^zs filles drejfi:s à la projîitutlon pat

Il Partie» è-U


le Majlropos ou Lénon qui {qs avait acKetécs, dont elles étaient lés efclaves , qui trafiquait de leurs appas , & qui les louait ou vendait à ceux qui en voulaient. Les Prêtrejjes con^ facrécs au culte de Vénus , qui offraient cha- que jour à la déefTe le facrifice de leur pu- dicité, avec l'homme qui \qs, avait choifies, &: pour lequel il ne leur aurait pas été per- mis de montrer leur répugnance. Il y avait un de ces templeade Vénus à Corinthe. La quatrième forte, & fans contredit la plus célèbre , ce font ces fameufes Courtifanes , les Ddormes de leur flècle , les Bacchis , les Dorique , les Lais , les Phryné , toutes aufli connues dans l'univers o^ Alexandre. Je ne dis rien des filles de Cythïre , aujour- d'hui Cur^o , qui fe proftituaient aux étran- gers fur le bord de la mer , près du Temple de Vénus , & qui portaient enfuite le prix de leurs faveurs fur l'autel de cette déeffe j ni de celles qui fe font livrées avant leur mariage au premier venu , pour amaflet leur dot [ Crijîofe Colomb n'avait pas encore découvert Haïti , heurcufement pour ces pauvres vierges ! ] ni des fen)mes de Baby-


lone^ qui fc donnaient une fois en leur vic,â l'homme qui les trouvait à fon gré : ceci ren- tre dans la Proftitution religieufe-, c'était une coutume aurorifce par les loix de rÉtat.Dans la fuite , elles fe proftituèrentaux Étrangers; pour cela , les femmes fe tenaient aflifes auprès du Temple de Niiitta , ou Vénus , & s'offraient elles-mêmes. Elles procuraient, en vendant leurs faveurs , des fommes confidé- rables , pour l'entretien du culte de la dceiTe, Chez tous les anciens peuples, qui donnaient à la Divinité ce qu'ils avaient de plus pré- cieux , le facrifice de la virginité & de la pu- dicité des femmes a fait partie ,du culte pu- blic & fecret. Quelle peut avoir été lafainre- té primitive de ces facrifices, devenus abomi- nables ! Une femme , en l'honneur du Père de la Nature, devant lui, dans fon Temple, s'obligeait à donner la vie \ s'impofait en confcquence toutes les peines de la groffelTe , tous les foins de la maternité. Ce facrifice , bien au - delTus de celui àt% ftériles VcJlaUs , montre comme les hom- mes peuvent abufer des meilleures chofcs. Les mâles , de leur côté , non contens de par-

Uz


bsA


tager Thommage des femmes , poufTèrent l'extravagance jufqu'à heurter de front le but primitif, en fe privant de leur virilité, facri- fice abuiîf dès fon origine j effet déplorable des faufles idées que l'on commençait à fe former de la Divini.é.

Chez les Romains , qui avaient pris leur Religion des Grecs, il fut afTez ordinaire d'en voir changer les pratiques. La Projl'i- tution religisufe n'eut plus lieu -, le culte du Phallus o\i de Priape devint ridicule. L'on ne vit donc guère chez ces Républicains que dQsProJliiuées des deux premières efpèces que nous avons diftinguées c n Grèce.Chez eux, le Concubinage légitime , écarta long-tems le ProJlUutifmc. Un homme trouvait chez lui tout ce qui pouvait fatisfaire la variété de fes defirs. Cependant leurs Lupanaritt étaient àz^ endroits plus importans que nos mauvais 'lieux. On en , voit dans P</- tronc l'amole defcription. Il paraît qu'on s'y

livrait à tous les genres de débauche , & que \ts Meretrices n'étaient pas au(îî brutes que la plupart des Projiituées d'aujourd'hui , efpè- ces d'automates que l'argent fait mouvoir ,


1^95]


^ qui n'agiflent ni ne fcntent , des qu'il celle cîe fraper leurs regards. Il y eut de tout tcms à Rome un quartier pour les filles publiques. Elles n'étaient pas mêlées avec les Citoyens Dans ces tems malheu- leux , où les Caligula , les Néron , les Com^ mode plaçaient l'impudence fur le trône j ou les Dames Romaines ne connaiflaient plus ni pudeur ni retenue, lesProJîituées gardaient une forte de décence : c'eft ce que prouve cett& Épigramrae de Martial i-

lyicuf.oditis (^ avertis , Lejbia , fimper

Liminihtis peccas , nec tua furta. tegis , £t plusfpeâîaior quant te deleJiat adulier ,.

'Necfunt grata tibi gauiia (i qud latent t

At Meretrix Abigtt Tefiem Veloque Serâque f * Sommcnte- ^

. comme qui lUiait

Karaque Summxm * rimct patei : iicuf.tuéfous Us

A Chiane fàltem vel Laide difie pud^rem, uk daus7'anci"en-

Ahfcondunt fpurcas é» monument a Lupas, "5 ^^ome un qnar.

' ■^ tier proche â'X

Numquid dura tibi nimihm cenjura vidttUY?- rcmpaïc , aJccté

aux Filles giibU."» Deprendi veto te , Lejbia .,..,., , ques.

Rien n'égalait la propreté des Courtifanes Grecques ôc Romaines -, elles donnaient à l'entretien de leur corps, une attention di- gnç du cas que les hommes fefaient de fa.


[^94]

beauté : elles employaient tous les moyens imaginables pour relever la blancheur de la peau , conferver l'cclat & la fraîcheur de leurs attraits ; ces moyens étaient les pâtes cnc^ueufes dont elles fe couvraient le vifag.e , les mains, la gorge &c. durant la nuit j les baiui» , qui devenaient enfuite d'une né- ceflîté abfolue , les dépilatoires &c. On voit par les Statues qui nous relient de l'An- tiquité, qu'elles ne confervaient pas mcme ce voile dont la pudeur de la Nature a cache les fecrets appas: ptut- être était-ce à caufe de la chaleur du climat , pour la propreté fi elTencielle au fexe, ou fi l'on veut, pour la commodité du plaifir , de la volupté des regards.

Ces Jïl/es ne s antomatïfaient pas comme celles de nos jours : on ne voit pas dans Pêtrom , dans Martial , ni dans hs autres Auteurs qui parlent des Frojlituées de leur tem.s, qu'elles euiTent poufle l'abrutiflement jufqu'à fe rendre injcnfibles. Loinde-là, ces Auteurs nous les rcprcfcntent comme ât^ femmes à qui l'habitude du plaifir avait fait un bcfoin de la jouillancc. Nous fommes


[^95]

Ac ce coté là defcentUis plus bas que les Anciens. On conviendrai fans que je m'c- tende là-defTus , que de<: excès qui privent de la fenJièUiié par une réitération trop fré- quente, doivent donner au mal d'Haïti ce degré de malignité , qu'il eft confiant qu'il n'a pas fur le fol où il eft né.

ÉTAT ACTUEL

DE LA PROSTITUTIOlsr.

A-<ES mœurs des Nations modernes, que VoyeiWAtùcy les Religions qu'elles profelTent ont ren- ° dues beaucoup plus fcrieufes & plus dé- centes que celles des Anciens , font auïîî plus contraires à la Profiitiition. -Bien-loin d'êrrc chez elles un ade de leur culte, rien n'efi: plus contraire à fon efprit.

Il eft , pour les hommes vivans en fociété, un frein plus puiffant que les loix, c'eft ï opinion ; il n'eft point d'état qui ne la puiftc refpeder ; il n'eft point d'excès donc on ne foit capable, lorfque fon joug nous


ett. ôté. Les Religions a6luelles n'ont in^îrê que de l'iîorrcur pour les Jiiles publiques ^ elles lé^ ont flétries j placées au-defïbus de hi brute '. l'univers a cru reconnaître dans ce |ugement la voix de la Divinité & celle de la Raifon ; ila aplaudi. Pauvres mortels î vouii 3pe l'ignorez pas , l'infamie d'urie condition; ' lî'eft pas ce qui la rend moins nombreufe 5 ô^; l'effet ordinaire de l'aviliffement que. vous y^ ^vez attaché , quel eft-il ? Confultez rexpé-'. ïiçnçe j çllç vous montrera. rhomra.e fe met- îjg^ît toujours audefTous de la dépra^vation àçt jfçta,t où il defcend : avant le mépris mar-. que à fon genre de vie , il n'eût été méchant; qu'à demi j vous avez trouvé le moyen d'enu faire un fcélérat. Une fille de Cythère , uno; Syrienne, une Prêtreffe dfe Vénus , une La-i ponnc vivent honnêtement après s'être prof^ Ùfuées j une Franeaife, une kn^a\Çzfitks dt^ monde , font des fujcts perdus , des monftrea, qu£ la terre devrait engloutir. La raifon de- cett-e différence ? C'eft que les premières^ i^'avaient pas crus'avilirj & que les fccoadcs^ 3çéiohies denrrer dans un ctat où elles font ^iFCS dç naVoir pLus îiqn à. ar.t;en4re dç hy^'iK


[197]

ilcxç cju^un (îédaigneux abandonnement y 3C de toute U focicté qu'un rigoureux mépris 5^ pour s'y rendre infenfibies .,^ ont dégradé leur çxiftance par tous les vices ^ui abâtardifTent: î ame. Rien de plus aîfê que de flétrir , $C rien, de plifs funefte dans fes effets^ nan-feutement- pour les individus avilis , mais pour tout iç- Genre-humain^ Si c'eft-là une vérité Certaine même à Tégard des Projîituécs , que dîrais-=<. je des profeflions utiles, d"» Théâtre y paî^ exemple \ Mais on doit en parler aill'eursa.

Telle eft la Projîituùon cbes tes Nat- tions modernes. Ç'eiî un état vil , devcntji contraire à ta population, que d'ans fôii. inftitution il avait du fa^forifèr j^deftrudifdes: bonnes mœurs: dangereux pour la Enté, poixs- ia vie même, dont il attaque les fources*, encr- ée par des touv^s afFamées po4r qui rietjt B'eft facré , & qui nous fend^çnt avec ufurç: tout le mal que leur font les Loix î & ee font ^(ïî les inconvéniens que le PornogrAPHI: cherche à diminuer^

Avilies, flétries, chalîêes, fôuvent inhumai;- fien>en& punies , ks Proffitmes foat en plias ^ran4îi.0J^^ïÇ c^e|amaî.s.. ; Q'eft t?fifi ^^ifts; x^->


TÎtc , dont il n'eft pas permis de douter. Mais quelles furent les caufesdc la renaiflance de la Projiimtion moderne , que raflervifTement de prefque toutes les Nations par les Barbares du Nord,avait fait difparaître alTez généralement? L'extrême inégalité qui l'avait aiToupie , la reproduifit:lesNoble?,par leurs infâmes droits de CuUtage^ de Jambage, de Prélibation^oih- rçnt à leurs VafTallesla première fleur de l'hon- nêteté des mœurs. Souillée par fon Maître , une jeune femme s'abandonna fouvent à d'autres. Les progrès du vice font rapides. La Pro/Zi^w/io/z reparut. Jetons un coup d'œil (ur toutes les nations connues : il n'en eflr aucune que la Projlitiition n'ait fouillée , ÔC où le mal ^ Haïti ne Tait fuivie.

I-es filles publiques font plus rares dans les États des Princes Afiatiques, que parmi les Nations Chrétiennes j par les raifons que j'en ai données plus haut : l'on en trou- ve néanmoins dans les grandes villes d'O- rient, fur-tout dans celles qu'un port de mer rend plus commerçantes & plus fréquentées par les Étrangers : ce font quelques intorta-


[^99]

î^ées , filles de ces Grecs avilis par le Muful- ■ man. Des Juifs , des Navigateurs Européens, des Chrétiens du pays font les fculs qui les vifitcnc : c'cft la raifon pour laquelle les maladies Pierre riennes font très- peu de rava- ges dans les États du Grand-Seigneur 8c des îjutrcs Potentats de TAfîe. Les Mufulmanes rojqpag.^^. ne fe proftituent pas-: mais les mœurs y ga- gnent-elles ? il s'en faut beaucoup : les Turcs d'une fortune bornée ne pouvant aller chez une Proftituée Chrcricnne fans expofcr leur vie &: celle de la fille publique , ont recours à des remèdes encore plus honteux.

Je n'ai prefque rien à dire de l'Amérique. La Proflitntlon y fait encore , chez les Na- turels indomtcs, partie du culte: les Colonies ont les mœurs des Nations dont elles dé- pendent : les Efclaves font la volonté de leur Maître : les femmes des Sauvages libres fui- vent l'inftind; de la nature. La maladie des Antilles eft endémique dans certains cantons de cette partie du monde*, mais elle y eft d'une curation facile. Chez les Péruviens , les Mexicains- 8c les habitans des Iles civi- lifèes ^ la Proditution reli^ieiift avait dégé-


[}oo]

nérê en débauche lors de la découverte ât leurs pays : on accufa même les deux fexes de pédéraftie au Confeil d*Efpagne , & ce fut un des motifs apparens de l'ordre bair- bare qui fut donné de les exterminer: }e doute , malgré ces indications , que les A- méricaînes filTent un métier duProJiitutifme: il eft prefque fur qu'elles ne s'abandonnaient à tous les hommes que dans certaines occa- fions , Se qu'elles reprenaient enfuite le train de vie ordinaire. Cette conduite eft encore aujourd'hui celle que tiennent les femmes de la prefqu'île de Californie, à la fête des Féaux & à celle de la récolte des Phahaïas^

C'eft donc en Europe qu'on doit cher- cher à voir le Piiblicifmc des femmes , dans toute la turpitude Se l'infamie qui doivent accompagner un état , que la Religion & les I.oix réprouvent également i fuivi des defor- dres &: des dangers qu'il traîne à fa fuite.

whore, Londres ferait la ville de l'Europe qui

ïKchejôic. pourrait le mieux fe paffer de Projluuées

publiques & par état : les mœurs d'une par^

tie des femmes n'y font rien moines que Çk-

vères j des Tavernes , où les deux fexes peu-


[3°0


Vent également fe raiTembler fans fcandàlè % oifirent à celles qui veulent fatisfaire un pan* chanr trop vif au plaifir , une commodité qu'on ne trouve nulle part auflî facilement: malgré ce relâchement de mœurs , le nombre des Proftituées n'en eft pas moins grand > leur impudence , qui va jufqu'à l'extrême , frappe d'autant plus , que les femmes hon- nêtes font dans les trois Royaumes d'une raodeftie &c d'une retenue qui infpire le ref- ped , la tendrelfe , de jamais l'audace. La divifion par clafles, que l'on trouvera ci- après dans l'article de Paris , peut également fervir pour la Capitale de la Grande-Bre- tagne.

En Allemagne , les Jiiles publiques font ^«îfin,Hat, tolérées dans les grandes villes, ôc chafTées des médiocres dès qu'elles y font connues. On peut dire que ce pays, & la Suijfe^ font, en Europe , ceux qui ont confervé le plus d'in- nocence ; aucun autre defordre n'y remplace la Projlitution. Qu'on ne leur en faife pas un mérite , s'ils avaient des grandes villes , fi Ton voyait chez ces peuples des fortunes iramenfes & trop d'inégalité , k corruption


[3oi]

fè communiquerait bientôt : il y a des can- tons en France , où les mœurs font pures *, & des villes en Allemagne , telles que Berlin^ qui renchériiïent fur Paris & Londres pour le dérèglement. La tempéj'ature du climat n'cfi: qu'une faible barrière, oppofée à la corruption de quelques hommes , que l'af- fluence de tous les plaifirs tient dans l'en- gouement, & qui ne peuvent réveiller leurs fens émouifés , qu'en payant au poids de for d'infâmes complaifances. Les m^wx vénériens & leur curation , étaient prefqu'inconnus en Allemagne avant les deux dernières guerres: la Suifle ferait encore fpedtatricedefmrcreifcc de la plaie générale , fi quelques-uns de fcs enfans, qui fe mettent à la folde àcs Puif- fances voifines, ne raportaient le poifon dans le fein de leur mère. Mais on dit que depuis quelques années , le libertinage s'é- tend j &: que les exemples des plus honteux defordres y deviennent moins rares. [ La dé- pravation fuit le progrès des lumières. Chofe wès-naturelle , que les hommes ne puifTenc s'éclairer fans fc corrompre : les organes de- viennent plus délicates , l'àme pcrfedionnée


b°i]


voit plus loin , a des defirs pliiS varies : dans ce nouvel érac , il lui faut des plaifirs nou- veaux ; ceux de la Nature font trop fimples : on les complique pour leur donner du pi- quant : mais tout ce qu'on ajoute à la Na- ture , fort de l'ordre , Se devient criminel. Il n'eft ni Religion ni Loix qui puifTent rien changer à cette marche des moeurs ; telles qu'un fleuve grodi par les fontes des neiges , elles renverfent d'impuilTantes digues, qui ne fervent qu'à donner plus de furie à leurs dcbordemens. La barbarie ^ Se le trop d'ef- prit dans une Nation , font des écueils éga- lement dangereux pour fes mœurs. Lorique, comme i Berlin , en Angleterre , en Italie , en France, on cft dans le fécond cas , il faut fouffrir un peu de dérèglement. C'eft une malheureufe néceflîté , qu'on peut comparer à la retraite qu'efl: quelquefois contraint.de faire un Général habile : jamais elle ne peut deshonorer un Gouvernement. Une rèelc auflî parfaite qu'impoHîble , vu les mœurs a(5tuelles, ferait que les jeunes-gens fe ma- fiaifent dès qu'ils font hommes. Je ne vois que les villages où cela puiffe s'exécuter fans trop d'inconvéaiens. Il n'eft pas facile à roue


04]


ïe moïicîê a imaginer ^toutes les mariièieà de débauche que la corruption des grandes Villei fùggere à des hommes privés de tout moyeà tiaturel de fatisfaire les beloins du tempéra* Srament : c'eft ce qui fait que je ne crains pai d'avancer , qu*Un Parthènion ferait utile dans toutes les villes où il y a des Troupes; là défenfe de fe marier , que la diTcipline mili>- . taire rend de néceflitè , celTerait d'être dure f)Our les Soldats , te ne les expoferait plus a iecotrômpre avec des Coureufes, dont Une ou deux fuffifent pour empoirohnet tout uA Régiment. On pourrait choifir pour les villes de guerre , cesprojiltuées Allemandes Ci gran- des ôc fi bien Faites i par Ce moyen nos plus beaux hommes ne Vivraient pas en vain pout îa poflrérité]. Je reviens aux petites villes d'Allemagne : elles font dans les même cas que nos villes de province du fécond ordre , où Ton ne voit que des Projiituées de pdf- fage , &: le plus fouvent des Malheureufes 4 comme celles de la Doii^^ïme. Clajjc de là Capitale.

ïi^êretriec, Lupâ, Lcs Courtifantits ont un quartier danS uwna, agatia. ^^^^^ chrétienne, comme elles avaient

autrefois


[305]


aiUrefois le Somménu. Il s'en trouve parmi f^-y'^c p^e- mo- elles qui montrent de grands fentimens, unis à une rare beauté: celles-ci choififfent leur monde, ne fe livrent qu'à d'honnêtes- gens , & fe font fcrupule de recevoir plu- Heurs hommes , lorfqu'un feul fuffit pour leur procurer le néceflaire. En quoi elles diifèrent beaucoup é&s filles entretenues de Paris & de Londres , qui s'affichent pour être à un feul , & qui font à quiconque leur plaît ou les paye. Il y en a d'une autre efpèce encore à Naples , à Florence & dans les principales villes ôi Italie : ce font des filles de la première jeuneffe , qui fe mettent fous la conduite d'une Vieille , connue des Monjlgnori 8>c de vieux Seig- neurs voluptueux ; cette femme les intro- duit chaque foir auprès du riche Vieillard, qui les renvoie après qu'elles ont fatisfait des fantaifies affez étranges. Si le vieux débauché paye lui-même, la jeune fille en eft quitte pour ces humiliantes complai- fances ; mais s'il en charge fon principal Domefliques, celui-ci, ens'acquittant de fa commifiion , exige autant que fon maître ,

II Partie. c-X


[5oé]


& quelquefois davantage. Dès que les attraits de ces infortunées ont perdu leur première fraîcheur , elles n'ont plus d'au- tre refiburce que de fe livrer au public.

Puta Lobai ^^^ Profiituies Efpagnoks font de toutes les Européennes , celles qui font le plus gravement leur vil métier. La férocité na- turelle à leur Nation , les expofe chaque jour à fe prêtera mille fantaifies brutales, qui les dégradent plus que par-tout ail- leurs. Il ferait dangereux d'en citer des exemples. Mais que l'habitant infortuné àw Mexique & des montagnes du Potofe^ ferait vengé , s'il voyait les foeurs & les filles de fes tyrans , foumifes à des capri- ces. . . . Il n'eft peut-être aucun pays oh le genre-humain foit plus corrompu. Les filles renfermées dans la maifon pater* nelle, où elles n'ont vu d'hommes que leurs frères , en fortent fouillées pour

paffer dans les bras de leurs époux

( On remarque néanmoins , que la dou- ceur naturelle à la maifon de Bourbon ^ commence à tempérer cette atrocité de


t^o?]


Lat. Coàcubihi j arnica.

Grec.Ovfeitniiisi Ercméit;


tîiœurs imprimée à la Nation par les iPèdréj les Philippe H, les Duc d'Albe&c.)

Je vais détailler, fous l'article des Pro^ JlUuées françaifes , ce que je n'ai fait qua* bréger pour les autres Nations.

On peut les divifer en dou^e Clajfcs i

favoir j /. Les Filles entretenues par unfcul, qui ru tardent pas à lui donner des Ajfociés.

Cette première Clafle eft à un taux qu'on ne peut déterminer : elle procure des plai- firs qui ne font pas toujours fûrs.

II. Les Filles publiques par état : telles Lat. Pfahrià j font Us Chanteufes des Chœurs , les DanfeU- Grec PsJitrtâ i es des Opéras , O'c.

Celle-ci eft la plus dangereufe. (Je ne parle pas des Aftrices célèbres , & cela par refpeâ pour la vertu de quelques-unes d'cntr'elles). Elles ruinent des Marquis ^ Ducs , des Lords ; elles épuifent mêmg des Financiers.

IlL Les Demi - entretenues .* ce. font de l. UertiHiAii jeunes filles prifes che^ une Maman publique^ ^uulé^r"^' xjuun homme a trouvées affe:^ jolies pour fi éétirmintt à en avoir foin,

X %


[508]


Cette Claffe eft moins à redouter ;' mais elle efl vile , indigne d'un homme dé- licat. Les Demi - entretenues n'exigent qu'un entretien bourgeois coquet.

[ Nos Livres amufans (ont remplis des tours qu'ont joués & que jouent fans cefle à leurs dwpes ces trois premières Claffes. On a tout dit des Filles de Théâtre , & de ces jeunes innocentes , auxquelles on don- ne une maifon , petite ou grande. J'ajoute cependant , que la fatyre , quelque fan- glante qu'elle ait paru , n'a jamais atteint la vérité : on m'a fait voir au-delà de tout ce que j'ai lu. Mais je fais grâce des détails aux Entretenues , en faveur de leur demi- honnêteté. Il me fera néanmoins permis de dire de celles de la troifième Claffe , qu'il eft peu flateur de fe charger d'une fille que mille autres ont avilie; qui, telle que les Elclaves Turques ou Perfanes, n'efl fidelle , qu'en attendant l'occafion de ne l'être pas : Comment ofe-t on fortir avec elle , fe montrer aux Speftacles, aux Promenades, où l'on eft à tout moment de* figné? N'eft-il pas naturel d'avoir mauvaif©


[309]

iepinion d'un homme qui brave tout cela ? Refte à dire un mot à chaque article , fur la manière dont s'exerce le commerce infâme, qui ferve à détromper les hommes affez heureux pour ne le pas favoir par expérience. On verra qu'on ne peut goû- ter de vrais plaifirs avec les malheureufes dont je vais parler. 11 n'eft pas de moyen plus fur d'infpirer aux deux fexes une juile horreur de la débauche. Le vice , par lui-f même, eftfilaid, qu'il effraie toujours^ dès qu'on le préfente faos les ornemenjî que fait lui prêter une imagination cor- rompue].

IV. Les Filles de MoyennC'Vertu , qui ne fi j . Mcrcenar'.a^ projîuuent que par intérim , dans de mortes ^'^^^' '^i^^^^'^ faifons pour leurs métiers , & dans la feule vue defuhvenir à des befoins prefsans.

Les Filles dont il eft ici qucftion , don- nent quelquefois dans toutes les Claffes in- férieures ; elles n'ont point de rang déter- miné. (Celles-ci feraient excufables, il l'on pouvait l'être en embraffant un pareil €tat;.


[Les libertins le font un ragoût cîes filles de cette Claffe , lorfqu'ils parviennent à en découvrir quelqu'une. En quoi confifte donc ce plaifir vanté ? A triompher d'une fille qui languit de beioin ; qui dévore fes larmes en vous careffant ( & voila les plus Jionnêtes ) ou bien , d'une dévergondée ," qui fe réduit au comble de l'humiliation , pour avoir du pain à la vérité , mais fans répugnance pour le crime , comme fans goût pour le plaifir ; d'ailleurs , fou vent groffière , mal-proprç? Oh [ la trifie, la détefîable volupté ! j

îar. Ms«^/-?*, ]r. Les Cournfannes , qui fe font un nom" ^■c^ Beiaîra. ,- , . _

brc de connaijsanus ^ qu eues reçoivent , G* vont voir.

Les libertins d*une fortune bornée font entr'eux diftérens arrangemens , auxquels cette Claffe de Filles fe prêtent. J'en pour- rais citer qui effraieraient le Citoyen ver- tueux. On dit que de jeunes Ouvrières , encore dans la maifon paternelle , ont eu ^eux , trois , & même jufqu'à fix Amis.^ à Wî prix modique par fçmainc.


[311]

[Celles-ci offrent au libertinage quelque chofe de plus piquant &C de moins fafti- dicux : toujours propres , élégantes même; ordinairement ce qu'on ap^elh fenJiL'les en termes de débauche , elles peuvent é- mouvoir les fens : mais le cœur, mais l'âme jamais, jamaisj le pouvoir de leurs attraits ne va pas jufques-là. Eh ! qu'efl-ce que l'amour , réduit au phyfique des fens ? . . , O malheureux , fols honnête , laiffe atten- drir ton cœur pour un objet eftimabîe , &C je te ferai juge dans ta propre caufe. Tu

jouis , dis-tu ? Infenfé , eh de quoi ?

Tu trembles ! Il n'eft plus tems , le poifon pris hier chez un autre, circule aujour- d'hui dans tes veines ! ôc tu l'as

mérité ],

f^I. Les Femmes du monde , à qui des ^^^' ^'JP^- ,

,,.. . •' Grec. Lucatii^a,

V'uïUes amènent chaland , & qui , lorfqu el- les fortent ^ n affichent pas leur h at.

On affedionne particulièrement dans cette Cla{re,lcs Vieillards fagement dé- bauchés.


VU» Lis DemoifelUs che^ les Mamans %


Lat. J'ivenc-r^

  • G. Hctairidion.
  • Lac, Lxna.

G ic-c. Majir6^'h.i,


[îl2.]


qiion mu tn réferve pour Us vieillards , ou autres , qui paient cher. On conduit quelque' fols celles-ci à la campagne , chei^ de riches Débauchés.

Vllî. Les Racrochantes y mlfes fur le bon

Cïcc.Forn:.' toii. Cette Cla/sc , alnji que les Mamans ^

a plus d'un emploi. Les unes & les autres

font un écuell dangereux pour les gens af

trclnts à la réferve.

Les Filles de cette efpèce , pour Tordi- naire dans l'âge mûr, font un peu plus raifonnables que le relie ; elles montrent plus de retenue dans leur conduite , fe tiennent bien, ont un homme vil auquel elles donnent le nom à' Ami , que ces bouches infâmes jugent à propos de pro- faner , comme elles ont fait long-tems ccr lui ai Amant.

IX. Les Boucaneufes. Ces filles -vivent

Qiec.PaiUkion. commc cclUs de la feptùme Clafse, che:^ des

Mamans ; mais elles font au premier-venu ,

& racrochent pour elles-mêmes. Elles courenS

de mauvais Heu en mauvais Heu.

Ces infortunées mènent une vie très-»


crapuleufe & fort trifte , fans beaucoup de profit pour elles, les Mamans leur fefant payer leurs penfions , les habits & le linge qu'elles leur louent , aflez cher pour qu'il ne leur refle rien en expo- sant à chaque inftant leur fanté pour ces infâmes : fouvent elles extorquent quel- que chofe à force de foUicitations ; cet ex- cédent efl pour elles.

JT. Les Racrocheufes. Elles font afse:^ tat. PaUfirUd.

f I ' 1 1 • c r • « G. PnLaÛiràcs.

mai logées en chambres garnies , Çf Jujettes a bien des inconvénicns du côté de la Police, Celles-ci font quelquefois che:^ des Mamans de UurCLafsc, Le tout nejl pas fort en fureté.

Rien ne prouve davantage à quel point la palîion nous égare que le courage qu'ont des hommes fouvent bien élevés , de fuivre une malheureufe de la lie du peuple , dans un taudis poudreux où ils n'ofent s'affeoir. On leur prcfente pour fatisfaire leur brutalité , un objet mal pro- pre , & plus mal fain : tout ce qu'on voit dégoûte ; & s'il était poiîible qu'une créature de cette Claffe eût quelques at-


[5 h] '

traits , fon entretien , fes manières dé- truiraient bientôt l'illufion. O mortels ! voulez -vous voir l'Iiumanité au dernier période de la dégradation , fuivez une de ces miférables dans fa retraite im- monde ; un homme qui penfe n'aura là rien à craindre de fes paffions ; il n'é- prouvera qu'un fentiment de douleur , de pitié, mêlé d'indignation.

' Gr. Chamahdpê. XI. Les Gouines "^ .* dlcs font mi fes en

lat. Putida ; mot ^ . , , .

dont on a formé cafaquin , OU en petite robe , 6* pour l ordi'

«ans les langues . ,/ ^

modernes. P«f uaire ajse^^ dégoûtantes.

Putana , Puta. , • rr

  • cemotvtenc Lcs fiUes dc ccttc Claffe renchénflent

de l'anglais !2"<:^'2 r i i- • v •> > i

(qouîne ) Reine, cncorc lur la dixicme : on s étonne quel' domirp« déïi- quefois que de pareils monftres vivent ^°°* aux dépens des hommes.

Lat. Proftihulum , Xll & dernière. Les Barboteufes : ce font

parce qu'elles fe te- ^ . ^

naient dans les rues des malheureufes qui Je trouvent le long des

Mes & détouinées ,./,£.,, r • '

où fe trouvaient ks maijons G* dans Les rues peu fréquentées ; qui quel" £e[fleufs 71 ont pour logement que des galetas dans les defofas'ïc^'^""' f^uxbourgs, OU elUs ne conduifent perfonnc Qicc. Ergaiomùic. ordinairement. Elles font tris - dangereufes pour les hommes de peine qui s^y arrêtent^ 6* quelles infèrent du poifon vénérien*


II faudrait à ces malheiireufes un nom Voyei^i$iA9' plus vil encore : laides , dégoûtantes , cra- puleufes, elles attirent pourtant l'atten- tion d'une foule de pauvres Artifans , Ser- ruriers , Taillandiers, Maréchaux, Ma- çons , Manœuvres , Porteurs - d'eau , &c, qui ne font pas mariés.

[Il faut renfermer dans un même tableau Voyei h taWeau ces fept dernières Claffes. Échauffé par pa|«Vj8-4""' "' le tempérament , ému par la vue conti- nuelle de femmes qui lui plaifent ; un homme fent naître des defirs inquiets, preffans , & fouvent impétueux : malgré lui, en dépit de la raifon , la nature cher- che à fe fatisfaire ; dans ce moment , il voit une Proftituée : ce font les mêmes attraits qui l'ont charmé : fon imagination lui peint les plaifirs de la nature : il ref- fent des tranfports ; il fe flate de les faire partager à celle qui les excite : il l'abor- de : l'accueil de ces infâmes eft prefque toujours doux : il la fuit : on le cajolle , jufqu'à ce qu'il ait payé : cependant s'il diffère trop , on le prelTe : dès que la


Proflitiiée a reçu fon falaire , elle ne s'oc- cupe plus que d'une chofe, c'eft de fe débarraffer promptement de l'homme. Si Quelquefois , une bouche affez jo- lie paraît demander un baifer, une ha- leine infefte en éloigne auflîtôt. Son cœur toujours de glace , fon impatience lorfqu'elle fe voit trop tourmentée chaf- feraient Vénus de Paphos & de Cythère, Mais, accorde-t-elle la dernière faveur, c'eft alors que le danger devient plus grand, & que la nature outragée jufques dans fon fanftuaire , punit de criminelles voluptés

.... Telles font les Profiituées Fran- çaifes , & voila la féduifante amorce qu'elles préfentent ! Encore fi l'on en était quitte pour payer aflez cher , fans éprou- ver le genre de fatisfaftion qu'on fe pro- mettait ! mais prefque toujours une froide jouifiance a des fuites affreufes : on eft puni du plaifir qu'on n'a pas goûté : les regrets n'en doivent être que plus amers»


[517]


M. de Voltaire donne, en badinant, un moyen Voyei eeft»

d'expulfer le virus , en employant contre lui les Lettre, imprimée

^ , dans les Notes du

1,100,000 de Troupes que l'Europe en paix tient Roman intitulé x

fur pied. On pourrait au moins s'en fcrvir pour ^^l^^^ .zl'artil,

faire une recherche auffi exafte que févère de toutes chez Humhlot ^

les Proftituées, & les obliger de fe renfermer dans jacquet, fris S*

les Parthénions. Deux avantages réfulte^ient de •^*'"« 

cette réforme: Le virus difparaîtrait infenfiblement;

!e Proftitutifme deviendrait de jour en jour plus rare;

que fait-on î il pourrait s'anéantir même à la longue.

Lorsque le mal vénérien commença à se manifefler en Europe,on le regarda com- me une espèce de pefte : un Arrêt du 6 mars 1 496, défend aux Véroles , sous une peine capitale , tout commerce avec les person- nes saines. On leur fesait des aumônes & on les séqueftrait comme des Lépreux.


(B) (B)I Parue;

Les femmes, chez les anciens Grecs 6c Romains, ne vivaient pas comme les Fran- çaifes ou les Anglaifes ; on connaît la fé- vérité des loix que Romulus leur iinpofa» Il était fans doute réfervé aux deux Nations les plus illuftres & Its. plus éclairées qui aycnc jamais exifté , de rendre à la plus beUc


moitié du genre humain des droits trop longtems ufurpés. Ces Nations ont furpaffé la piété Cl fameufe des Romains envers leurs mères & leurs époufes : les traiter d'égales > eft bien plus que de fe rendre à leurs prières > ou de les protéger. Cette conduite raifon- rable rapproche les deux fexes, fortifie les liens qui les unifTent , & femble avoir banni les vices honteux qui infcdaient les Grecs Se les Romains 3 vices dont leurs propres Auteurs cherchaient à les faire rougir. Foye^ Martial, Épigrammes 6i liv. il; yi, y;^ & y S l, III ; 60 l. VI ; 4S l. FUI ; y l. IX ; a.S /.a:/; Pétrone , Juvénal , Suétone, &c.

Les femmes honnêtes peuvent feules pré- venir une foule de defordres , inévitables fans elles : tout parle en leur faveur : elles ont les grâces, plus provoquantes que la beau- té*, qu'elles celfcnt d'être vaporeufes, exigean- tes 5 qu'elles deviennent fincères , tendres , moins volages , ^his fenjib les , elles Vont tout foumettre au charme invincible de ces apas deftinés par la Nature à nous captiver -, & nous leur devrons, avec une félicité réelle > l'honnêteté de nos mœurs.


M9




(C) (C)I Partie;

Entre plujieurs exemples, que w^ a fournis P^S* 3» un jeune Médecin , y'd/z v^ii choijîr un feul , dont je fupprimcrai les détails.

. . . Un jeune-homme établi depuis quel- ques années dans cette ville , vint me prendre pour aller à la promenade. Nous

traverfions enfembie le pont S

lorfqu'il pafla près de nous une très -jolie femme, qu*accompagnait un homme bien vêtu , & qui paraiiTait encore à la fleur de rage. La beauté de cette Danre nous frapa. Sur le foir , nous nous trouvâmes vis-à-vis un Couvent de Vénus. . . . Mon ami , qui pouf lors n était pas un modèle de fagefTe , eut un entretien avec l'Abbeffe. Au bout d'un moment, il vint me rejoindre , &: m'aprit ce qu'était celle que j'avais prife pour une con* naiffance ordinaire : il me dit qu'elle lui mé- nageait une de ces avantures , inconnues par- tout ailleurs que dans les Capitales , & qu'il devait fe rendre chez elle le foir même. Je fis ce que je pus pour l'en dilTuader, & lui inf-


[5zoJ

pirer une jufte horreur de ces infâmes en-: «Iroits. Mais le voyant obftinc dans fa réfo- lution , je le quittai de fort bonne heure.

Au milieu de la nuit , on vint me dire qu'on frapait à ma porte à coups redoublés. J'ordonnai qu'on ouvrît , & je me difpofais à m'habiller, lorfque mon imprudent ami s'offrit à ma vue , mais bien différent de lui - même -, il était pâle , défait , ab- batuj il pouvait à peine fe foutenir : fon état m'effraya. Je lui donnai des cordiaux j & le fis mettre au lit. A fon réveil , il me raconta fon avanture ; & ce fut avec la dernière furprife que j'appris de fa bou- che , qu'il avait pafle la nuit dans un en- droit qu'il me nomma, avec cette même femme que nous avions admirée la veille.

Le Projet que f indique , détruira la mcd- heureufe facilite que trouvent à fe fatisfaire , les femmes qui fe livrant â d^auffi honteux dlr'h^kmens.


(D)


[5xi]


(J)\ (D)I Partie,

^ ^ pag. 84.

Le Jeune-homme dont il efl parlé dans ia Note précédente , racontait à Ion ami , qu'un jour , fur les cinq heures du foir ,

fuivit , au hazard ,

une Vieille dans un lieu de débauche. . . . 11 ne tarda pas à s'apercevoir que la jeune fille , qu'on lui avait préfentéc , n'était pas du couvent. Il prit difFérens moyens pour

la connaître L'occafion

l'ayant favorifé , il la vit fortir un jour de la maifon de fes parens , fur les neuf heures du matin , un livre de prières fous le bras : il vole fur fes traces : elle tra- verfe rapidement une Églife, enfile une petite rue , &c fe gliffe. . . . chez la Vieille.

Le jeune-hamme la vit plufieurs fois de la même manière. . . . Mais il ne jouit pas de fa prétendue bonne fortune , aufn long- tems qu'il l'aurait fouhaité. Un jour qu'il pafTait , fuivant fa coutume , dans la rue de la fage perfonne , il remarqua beaucoup

II Partie. d-Y


[3 11]

et carroffes à fa porte. A dix heures , il la vit fortir élégamment parée , belle comme un ange , coîfée du fymbole de la pureté : elle allait jurer une éternelle confiance à un jeune amant , qui pa- raiffait ivre de fon bonheur. . • • (3)»

(^}) D'tch formofam , diciste, Bajfa y puellam ;

J/îiid quA non eji dicere Bajfa Jblet,

Mart. L. V, Epig.A^,

Ce menfongen'eft plus de modej nos filles ne parlent jamais d'elles-mêmes.


iîèiiiès^JjBi**-


(E)î Partie, (E)

"' * Un homme fut introduit dans un lieu

de débauche par une de ces femmes qui recueillent les paflans. A fon arrivée, il y avait beaucoup de trouble dans la mai- fon ; de forte qu'il fe vit dans l'impoflibi- lité de fortir , & que prudemment il ne devait pas se montrer. Ce particulier prit le parti que lui suggéra celle qui l'avait amené ; il se retira dans un cabinet , dont la porte vitrée donnait sur une pièce, oit


pîufieurs libertins s'étaient raffemblés aus» tour de deux filles fort jeunes , & affez jo- lies, qu'ils avaient fait mettre nues

Elles étaient attachées. . . Une cruelle pré- caution étouffait leurs plaintes

(Je fuprlme d'autres circonftances plus ré- voltantes ) Us pouifèrent la

barbarie fi loin, que craignant que l'Ab- befle & cette femme qui venait d'entrer, ne s'échapaflent pour apeler du fecours, ils les lièrent l'une &c l'autre aux pieds du lit. Le malencontreux qui était venu chercher le plaiiîr dans cette maudite maifon , friffonna d'horreur. Il vit mille

chofes monftrueufes & dégradantes

Enfin ce cruel fpedacle celfa. Mais avant de fortir, ces infâmes eurent l'inhuma- nité de piquer légèrement avec leurs épées , les deux malheureufes qui étaient à leur difcrétion. Elles ne pouvaient crier, mais on entendait un gémiiTement fourd ; qui avait quelque chofe d'affreux -, on voyait les larmes couler abondamment le long de leurs joues , & fe mêler avec des gouttes de leur fang

Yi


[314]


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(F) I Partie, (F)

pag.sj.

On pourrait faire de très-beaux raî- fonnemens fur la faculté à' aimer fans ceffe , foit un objet, foit un autre, particulière à Tefpèce humaine. Pour quiconque envi- fage ïamour ainfi qu'un liniment tou- jours prêt, non - feulement à adoucir nos peines comme l'amitic , mais à en fufpen- âre le fencimenr , à en effacer l'impreffion , à la détruire entièrement j l'^/Tzo/zr , dis-je, confidéré de ce côté-là , eft fans doute le plus précieux des dons de la Divinité , ÔC comme l'antidote d'une trifte & prévoyante ïaifon. L'homme a le malheur de favoir qu'il mourra : il a même l'orgueil de croire que de tous les êtres vivans il eft le feul qui le fâche [ & tant- mieux pour les pauvres ani- maux, qui n'ont pas les mêmes moyens que nous de s'étourdir là-deifus ] il a donc deux befoins de plus qu'eux , celui de vivre en fo* ciété , pour que la vue de fes femblables le tienne prefque tou'ours hors de lui , que leur exemple l'encourage , le confole \ &


[îm]

'd'un fentimcnt qui répande l'ivrefTe dansfon cœur , lorfqu'il eft forcé d'y defcendre. LV vrcfie naturelle de l'amour , auranr &: plus que celle du vin, que celle de la gloire , que les tranfports bouillans de la fureur , fait méprifer la mort: le fentiment, les paffions les plus violentes ou les plus déraifonnables , nous font utiles &c néceffaires contre notre faible raifon. Oh ! de quels prcfervatifs nous aurions befoin, fi, par exemple , fes lu- mières nous fefaient lire dans l'avenir ! Il fau- drait à nos corps une conftitution plus forte; que les végétaux &c les autres alimens defti- nés à entretenir la vie eufifent des fucs plus puiiïans •, que tout le fyftèmc de la nature fût changé i c'eft-à-dire que notre globe ne fût plus comme il efl: , ce qu'il eft , ni où il eft, & que nous fuflîons plus qu'hommes ; autrement le choc des paflîons nécefTaires pour l'équilibre , détruirait nos organes. Nos lumières font Ji courtes! difent les plus éclairés d'entre les hommes; tandis qu'un payfan grofîîer croit les fiennes auffi éten- dues qu'elles peuvent l'être : c'eft que le dernier eft dans la place naturelle à Thom*;

Y?


[u6]


rfts , au • deiïbus de la nature ; ÔC que le premier s'efl: élevé au-defTus : le payfan eft un enfant dans le fond d'un vallon , qui croit voir tout l'univers , Se que les col- lines touchent les nues j le favant eft un homme fait , au fommet des Alpes , qui découvre un horifon immenfe, & qui s'irrite de ce que la faiblefTe de fes organes ne lui laTfTe qu'apercevoir ce qu'il voudrait diftin- guer. Le plus heureux des deux î La raifon dit que c'eft le payfan. Une queftion qui fe préfente d'elle-même, c'cft de favoir, fi la manière de vivre, dans les nations policées , n'a pas étendu la faculté d'aimer j fi les loix delà pudeur, les grâces que la parure ajoute à la beauté des femmes, la. fucculence des alimens ne l'ont pas rendu continue cettç faculté ? c'eft mon avis du moins.

c Un célèbre Philofophe de nos jours, 35 examine dans fon Hijioire Naturelle , poul- ie quoi l'amour fait le bonheur de tous les 85 êtres , & le malheur de l'homme. Il répond, « que cefl qu'il ny a dans cette paffîon que

  • ' le phyjîque de bon ; & que le moral , cejl-'

ii à-d.ircle fentiment qui f accompagne ^ n an,


•» vaut rien. Ce Philofophe n'a pas prétendu »' que le moral n'ajoute pas au plaifir phyfî- •» que , l'expérience ferait contre lui ; ni que « le moral de l'amour ne foit qu'une iUu- « fion , ce qui eft vrai , mais ne détruit pas •> la vivacité du plaifir ( eh combien peu de « plaifirs ont un objet réel 1 ) il a voulu dire >' fans doute , que ce moral eft ce qui caufe »' tous les maux de l'amour j & en cela , on " ne faurait trop être de fon avis. Concluons »> feulement de-là , que fi des lumières fupé- «ricures à la raifon ne nous promettaient vpas une condition meilleure, nous aurions «fort i nous plaindre de la Nature, qui, »y en nous préfentant d'une main le plus fé- »> duifant des plaifirs, femble nous éloigner

  • » de l'autre , par les écueils , en tout genre ,

»> dont il l'a environné , & qui nous a , pour »' ainfi dire , placés fur le bord d'un préci- <" pice , entre la douleur & la privation ».

Juftifions la Nature &: l'Amour j ni la première ni le fécond ne font coupables: c'eft encore Yincgaliu qui a fait tout le mal : Parfaitement égaux entr'eux, les animaux aiment fans préférence j la jcunelTe &: la

Y4


beauté de la forme , dans les femelles , n'a- joutent aucun degré à l'emprefTement des mâles. Il eft certain', par la connaifTance que nous avons des mœurs de certaines peupla- des de l'Amérique, qu'il en dut être de même parmi les premiers hommes : toute femme leur était bonne ; celle-ci, par un fenti- ment propre à fon fexe , fe défendait tou- jours un peu 5 Se finilTait par fe foumettre à fon vainqueur. Tout fe bornait alors à l'appétit des fens , ôc l'homme , loin d'y ga- gner, y perdait les deux tiers de fon bon- heur. Mais un fentiment plus doux, cache dans fon âme , cherchait à fe déveleper : la beauté devait le faire naître : parmi des créatures malheureufes , qui trouvent diffir çilemcnt leur fubfiftance , telles , par exem- ple , que les Californiens , cet avantage n'è- xifte pas j Vénus & les Grâces peuvent-elles careiïer un face hâve , des yeux ardens , in- quiets j un teint, une gorge couverts de poudîère , brûlés par le foleil , 8c devenus comme écailleux par l'intempérie des fai- fons ? La beauté ne dut commencer à diftinguer les femmes 3 que lorfque io


l-\


5

ffènre humain eut le nccefTaire. Ce fut alors que naquit ce goût de préférence , qui feul depuis a porté le nom d'amour. Mais le choix fut durant longtems le privi- lège de l'homme : le fexe timide , content de voir en celui à qui on le donnait , fou défenfeur & fon apui , n'avait d'autre pen- chant que fon devoir. Tranquille fpeda- trice du combat entre deux fiers rivaux , ÔC fûre d'avoir un héros pour époux , Déjanire eût aimé Achéloùs vainqueur ^ALcide, Les deux premières fources de l'inégalité entre les hommes , furent la Religion ÔC rHéroïfme : la déférence qu'on eut pour \ts premiers Prêtres , comme interprètes des Dieux, devint bientôt foumiflion: les Héros, particuliers hardis , injuftes , fcélérats , ache- vèrent la dégradation du genre humain : ils extorquèrent par la crainte , les mêmes hom- mages que la perfuafion fefait rendre aux Minières de la Divinité : ceux qui voulu- rent s'en défendre , furent réduits encore plus bas , on en fit des Efclaves. Nous voi- ci parvenus au dernier degré d'inégalité : l'aifance règne , la difproportion des foxtU'


ifts eft immcnfe, la.beauté brille de la fraî-J cheur du repos, de l'éclat de la fatisfadiion & de celui de la parure : l'Efclave , auquel de tous les avantages de fon être , il n'cft refté qu'un cœur fenfible , en levant fon dos courbé , pour efTuyer la fueur qui dégoûte de fon front , voit la fille de fon tyran ; les fleurs de la jeunefTe embelliiTent fon vifagcj tandis qu'il l'admire , elle laiflTe tomber fur lui un regard , marque expreflive de la com- paflïon qu'il lui infpire j l'infortuné baiffc la vue , Se reprend fes travaux : mais fon âme eft bleffce *, il fe confume d'inutiles de- fiïSy la fille du tyran lui a fait plus de mai que le tyran lui-même , & fon malheur eft complet. On peut comparer , du plus ail moins , les fuites de l'inégalité , dans les au- tres degrés de la fortune. Mais le mal devint tout-d'un-coup extrême , lorfque les femmes fe crurent permis de choifir leur maître, fur lequel la modeftie, dans des tems plus reculés, ne leur permettait pas de lever les yeux. L'homme fut malheureux par un fentiment femblable à celui qui lui fait de^ (irer les richelfes, les honneurs , tous ces biens


[5P]


«ient la poflefîîon eft enviée , Se f acquintion difficile. Fut-ce le vice de l'Amour 8c la faute de la Nature? Non: cette prétendue fub- ordination admirable des rangs & des fortu- nes, tant vantée par de vils adulateurs, eft la fource de tout le mal moral qu'on re- marque dans la fociété ! En finiffant cette note, je reviens aux animaux : efl:- il bien sûr qu'ils n'aient de la mort aucune idée de prcvifion } je ne crois pas facile d'en fixer l'étendue , mais je penfe que le loin de conferver fa vie , 6c l'idée de la deftrudion font inféparables. Si les animaux , connaif- fent le danger, s'ils le fuient , s'ils l'évitent avec adrelTe , ils prévoient la mort , au moins d'une manière inftantanée & confufe: d'où proviendraient ces mugifTemens du taureau, lorfque fes narines éventent le fang d'un animal de fon efpcce dévoré par des bêtes carnafîières ? qui cauferait au cochon cette frayeur exceflîve , lorfqu'il aproche de quelque reptile venimeux , ou qu'il entend les éclats du tonnerre? les chaiTeurs connait fent 1 es rufes que la crainte de la mort fuggè- reau gibier ; & j'ai obfervé que l'effroi de la


[5 5^]

brebis , en préfence du loup , étaît Ci grand ^ que fa prunelle fe ternit , & qu elle va tour- nant fans voir , durant plufieurs minutes. Les animaux font moins bêtes qu'on ne penfe , & n'en font que plus malheureux.


^>.^.>i>ih.-î*>5, ,d.Êr,d.f.


!:=*j:«=


(G) I Partie, (G)

^^^* ^-* «Je fus apelé, (me difait il y a quel-

>» que tems un jeune Médecin) chez la **, w pour une fille aflez jolie, que je con- » naiffais. On me dit qu'elle était dangereu- » fement malade : je préfumai que fon in- » difpofition était une des fuites ordinaires

» de fon malheureux métier

» Je la trouvai dans un étal affreux .... » Un homme , auquel elle venait de faire » goûter les plailirs de l'amour , avait

» voulu la contraindre

» Elle refufait abfolument .... ce forcené » lui faifit le bout du fein avec tant de for- » ce , qu'elle s'évanouit. Il la laifTa dans cet » état , & fortit de la maifon.

w Je la fis panfer devant moi ; le mam- » melon était prefque détaché j le Chi-


[5 ni


» rurgien "defefpérait de la guérifon : w mais j'augurai mieux de fa bleffure ^ » & cette fille eft effeftivement réta- » blie. Ce qu'il y a de plus heureux » pour elle , c'eft que cet accident Ta fi » fort effrayée , qu'elle a confcnti que je w la mîffe en apprentiffage ', propofition à » laquelle elle avait toujours éludé de fe »» rendre , fous différens prétextes.

yoyei Martial , Épigram. 79 du Livre IL


g^-«tirtf*
^i


(H) (H) I Partie,

pag, 8^. «Une jeune perfonne fort aimable &

» fort douce , dont je connaifTais beau-

» coup les parcns ( difait encore le jeune

» Médecin qui m'a fourni les traits que

» j'ai raportés ) fi.it contrainte par eux

» d'époufer un homme qui avait été

» très- débauché. Il était riche, & la De-

» moifelle n'avait pas de bien. Elle fut

» ainfi un trifte exemple des mariages que

» l'intérêt feul a décidés. Son mari , non

» content de fe plonger dans l'ivrognerie,

» reprit encore fes anciens dérèglemens.


[3 34]

» Un jour elle me fit apeler : je la crus

» indilporée ; j'y volai. Plufieurs fois ,

» durant notre entretien , je la vis prête k

» laiffer couler des pleurs qu'elle s'éfor-

» çâit de retenir. D'ailleurs , elle ne fe

M plaignit que de vapeurs , d'inquiétudes ,

w d'une trifleffe involontaire. Je mis tous

a» mes Ibins à la calmer ; je m'apperçus

« bientôt que je ne fefais qu'aigrir fa

Ȕ peine. Comme d'autres vifites m'ape-

« laient , j'allais me difpofer à la quitter,

« lorrqu'elle me conjura , avec mille inf-

« tances , de demeurer jufqu'au retour de

» fon mari. Je fus aufll furpris de cette

»5 prière que je l'avais été de fa douleur,

»' Nous nous entretînmes le refle du jour ^

  • » fans qu'elle laiffât rien échaper qui pût

»» m'inftruire. Enfin nous entendîmes mon-

« ter fon mari , & nous connûmes qu'il

» n'était pas feul. — Ah ! le malheureux ,

» me dit alors la jeune Dame , il accom-

« plit la menace qu'il m'a faite Mon-

»»fieur, ajouta-t-elle , je connais votre »> difcrétion , & l'honnêteté de vos fen- ». timens. Je vous conjure de ne pas for-


[H5]


M tir d'ici. En même tems elle me mon- n tra un petit cabinet , & me pria de »> m'y renfermer , lorfque l'heure de me •5 retirer ferait venue : elle ajouta à la « hâte , que mon fecours lui ferait né- « ceffaire pendant la nuit. Je promis de »> lui accorder cette fatisfa£tion, ne fâchant M encore à quoi tout cela devait aboutir.Le »> mari paraît : une petite perfonne que »> l'impudence la plus décidée n'empêchait « pas d'être fort gentille, l'accompagnait. Il t> parut furpris de me voir : cependant •5 il me fit de grandes démonflrations d'à- »> mitié , & nous nous mîmes à table. Ma »> préfence évita , durant le fouper , à fa « n>alheureufe époufe , mille mortifica- « tions qu'il s'était promis de lui feire •• cffuyer. Il but largement , & fe plai- « gnait fouvent de ce que je ne lui fefais »» pas exaftement raifon. Lorfque je m'a- •> perçus qu'il était tard , je pris congé •» d'eux. La jeune Dame me fuivit. Nous »> ouvrîmes la porte ; mais au lieu de for-

  • . tir, j'entrai dans le cabinet, comme

•» aous en étions convenus.


[5 5^]


♦î J'y étais à peine , que j'entendis , avec »î autant de furprife que d'indignation , »3 qu'il ordonnait à fon époufe de rendre »> les fervices les plus bas à la miférable »» qui venait la braver : il lui dit qu'il •s voulait qu'elle fût témoin des plaifirs »■> qu'il allait goûter avec fa méprifable 9' rivale. Cette pauvre femme obéiffait , •5 & ne répondait rien : mais lorfque fon »» indigne mari fut au lit , elle fe jeta dans a> le cabinet où j'étais : elle y pafTa la »» nuit , malgré les menaces , & les efforts •» qu'il fit pour enfoncer la porte. J'eus » befoin de toute ma vigueur & dé toute » mon adreffe pour l'empêcher d'y réuffir. »> Il fe découragea, &c retourna dans les »ï bras de celle qu'il avait amenée. Lorf- t> que cet abominable homme fe fut livré »» à toute fa brutalité ; il s'endormit. Ce fut aï alors que je demandai k la jeune Dame , fi »> de pareilles fcènes arrivaient fouvent , & »» pourquoi elle n'en avertirait pas fes pa- «rens? Voici ce qu'elle me répondit:

•> p^ous voye:^ , Monjieur , que je fuis la r plus infortunée des femmes : cependant

vous


[5î7l

" VOUS ne cbnnaijfe:^ pas encore tout ce qu4 »>j*ai à foiiffrïr : mes parens , qui devra'unC »' me confokr , me protéger , ■ mes dénaturés »' parens , prévenus par mon mari , me r#- »' butent ^ niaccufent de menfonge : ils r*-

  • " fufent de s'ajfurer par leuri propres yeux

»5 de La vérité de ce que je Uur dis : ils ré- •> pètent a mon mari les plaintes que je »> leur ai portées de fa conduite , 6* m\n ' »' font maltraiter. Mais ce nefl pas encore ■»' là le plus grand de mes maux ■:^l£ccou^ » tunié à ne voir que ces indignes créatures «' qui font trafic de la pudeur ymôn^mari exige 33 de moi ..... (4). j^ai été contrainte de fuir î3 la nuitpajjee , pour me dérober àfes empor- 95 temens^ & de rn enfermer dans et cabinet. Il M efl forti ce matin , en me difànt d'un tott " railleur qitil voyait bien que j^avais be- 9î foin de leçons , qu^il rrien ferait donner '»■> qui banniraient mes fots fcrupulcs y & que le ï5 foir même une autre , plus complaifante i5 que moi pour toutes fes fantaifies , occu^ i-> perait ma place ; que je fongeaffe à Id »5 refpecler comme une maitreffi. . . . Sans M vous. Monteur, 3]0\ita-t-Q\\Qf je n'avais »5 d'autre reffource que de chercher à nien-

II Partie. ^-Z


[3 58]


ir» ftàr encore , pour errer à tavanturt ptU" •H dant la nuit ; fi je navals pas voulu </«. f» meurer expofée à tout ce que rneujfentfait

    • foufrir un c^ur aujjï corrompu que celui

m* de ce tyran ^ & Vinfolence de V indigne fy créature que voas ave^^ vue,

»>Je fus toaché du fort d'une femme

  • • aufîi vertueufe qu'elle était aimable. Je

•> la conduifis chez {qs parens dès le ma- •-wj tm , tandis que fon mari dormait cn- •> core ; je leur peignis le fort affreux de

  • j kur fille fous les couleurs les plus vives.

»> La nature fe réveilla dans leur cœur; -j» je fus les perfuader : ils furent touchés w des larmes d'une infortimée qui les »» avait toujours tendrement aimés. Ils « ont confenti qu'elle quittât fon mari

  • » fans éclat : & quelques jours après , une

^»a Dame de condition très-refpe£lable , ao retirée dans un Couvent , s'en eft faite 4>une <;ompagne qui lui devient tous les ■♦• jours plus chère. a— ———1— Mil ■ M il ■■■ u I III ■

(4) Un Romain difait à fa femme ;

IJxtr, vade foras , aut mcrihm Mrtrttiffirhx ■


[5 39]


Non egofum Curius , non Numa , non TatÎM» Me jurunda juvant traât, per pocnU no^n :

Tn properjfs potÀ furgere trijlis aquâ^. «UneloidcRo-

Tu tenebris gnudes : Me ludere te/lt Ihçernm T-mc* de mort*

£/ JHvat admijfà rumpere luce Utm. '°°"' . ^"°*

' ^ r j^gs convaincue»

Tafcia te iunicAque oèfcuraqne pdlia cfUnt; d'avoiibuiuyia

Jit mihi nullafatii nuda paella jacet, $aji^ me cafiuat iUndas imitata columbxs ;

Tu tbihi daf Avis, qualia mane foies.

Nec motu dignaris optts , uec voce jitvare

, Dubat hoc Cortielia Graccho ,

]uli0 Fompeio , Porcin , Brute , ttbi

5"» tç deleéîat grnvittis , Lttcrmn toto

Sis licet ufque die ; Lfiid* nocie volo»

Mart.L.Xl, Ep!g. r^î.

Ce double tableau de la vie chafte , inno- cente , frugale des anciennes Romaines , & de la conduite débordée des hommes du fiècle de Né- ron , offre un contrafte admirable : mais en méme- tcms, c'eft, je crois , ce que la corruption du cœur humain pouvait produire de plus licencieux. On voit dans cette Epigramme l'abus des plus grands noms joint au blafphcme contre les Dieujc. Non, je le répète, nous n'en fommes pas encore re- venus ( du moins ouvertement ) à ce degré de perverfité. Il fallait bien que les femmes, quoi- que très-belles dans ces fiècles reculés, ne

Zi


[54°]


connurent pas l'art de plaire aux hommes & de fe les attacher , dans la même perfe(5lion que celles de nos jours. Quelques-unes d'entr'elles fefaient de fortes paffions, mais le beau-fexe en général n'avait pas ce charme inexprimable , que la liberté lui donne chez les deux premières Na- tions de l'univers.

Cependant , dans une autre occafion , cette époufe infortunée confent à des chofes odieufes plutôt que de perdre tous fes droits:

Deprenfum m puero tetrîcis me vocibus , uxor

Corripis , ^ C. ,, , te quoque habere refers, Dfxit idem quoties lafdvo Juno Tonanti . , . .

Tu Megaram credis non habuîjfe nates? Torquehat Fhœbum Daphne fugitiva ; fed illut

(Ebalius flammas jujjit abire puer. Bryfeis multum quami/is averfa jaceret

JLacids, propior levis arr>'tcMs erat, Varce tu'n igitur dare mafcula nomina rébus , , ,

Id. Epig. 44.

Et voila les Romains ! Il faut convenir pour- tant que ce ne font pas ceux du temps des Cin- cinnatus , des Régulus , des Fabius & du premier Caton> mais peu s'en faut. Longtems avant Martial , le Divin Âu^ufte avait fait des vers comme on n'en fait guère.

Maniai, Montagne & M. de Voltaire ont reporté ces vert.


[541]


Antoine écrivait à ce même Augurte , auquel Horace dit: Nullis polluitur casta domus STUPRIS3 Se, Kes italas armis tuteris , MO- HJBUS oRSts : Q^id te mutaijit'f quod I{eghntm ineo .' Uxor mea eji, Kttnc cœ^i , /tut abhinc annos ntvem ? Tu deinde folam Drufâlam inis} ha vstltxs uti tu hanc Efijïolam cùm leges, non inieris Ter» tullum , aut Terentillam , ant RufilUm , aut S/tlviam Tittfceniam , aut omnes. Anne refert ubi ^ in quitm arrivas? Suétone , V. d'Augulie , ch. <>>».

^ J'^ préfenté ces Epigrammes du poète Martial , & quelques autres pafîages , de manière qu'ils ne pulTent effrayer mes Ledeurs. Je m'en ferais abftenu tout- à-fait, s'il ne m'avait paru né- ceflaire , confolant même pour notre lîècle , de prouver à fes détradleurs , qu'il eft auffi fupérieur à l'Antiquité par la pureté des mœurs que par fes lumières. Tous nos avantages fur les Anciens font dus aux femmes. Ces goûts frivoles en ap- parence, ces modes (i féyantes & Avariées, en augmentant leurs grâces , attachent les hommes , les préfervent de ces égaremens groflîers contre lefquels îa Religion eft trop faible , & que la Philofophie ne fit jamais éviter.


Zj


[J4i]


(1)1 Partie, (I)

?*Sc^3' «Nous approchions de la Capitale;

  • racontait le même jeune homme, très-

» fatigués, & plus ennuyés encore, de no- »» tre féjour dans un coche renommé pour « fa lenteur , lorfque nous fumes recru- »• tés par deux jeunes perfonnes affez >» jolies : la première paraiffait avoir en-

  • » viron vingt-quatre ans , & la féconde

« dix de moins. Cette dernière avait l'air •> fi vive , fi hardie , en un mot , îi faite , '» que malgré la modeffie de fa conduc- » trice , elle m'infpira d'abord quelque •» défiance. Mais ces légers foupçons fu- « rent bientôt détruits. Je m'entretins »» quelque tems avec mademoifelle Lebrun « ( c'eft ainfi que la petite Angéliquz nom- " mait fa maîtreffe ) & tout ce qu'elle 4> me difait était fi fenfé , que je pris beau- a» coup d'efl:ime pour elle. Un jeune- hom- •» me dont j'avais fait la connaiflance pen- »> dant le voyage , s'éprit pour la Petite ^ M il trouva le moment favorable ; il cueilla »' la rofe . . . mais elle n'était pas fans épi- »' ne , comme je l'ai fu de lui-même dans i» la fuite.


[54î]


pageio6.


■t' Il . ' O "-^ ■

(K) (K)I Partie,

VAbhaye. dt ThcUmt de Rabelais, que M. D. D. R, regarde comme une imita- tion des lieux publics de Proftitution , établis autrefois dans diférentes villes du Royaume , n'a , félon moi , aucun raport avec ces maifons.C'eft une invention affez plaifante de cet Auteur , pour recompen- fer d'une manière digne d'un Moine du j 5 ou du 1 6. fiècle , le frère Jean des Entàmiires.

Après une vi£toire , Gargantua donne des recompenfes à tous fes Capitaines : il ne reftait plus que le Moine Jean , qui n'avait pas eu le moins de part au bon fuccès. Le Prince lui offrit plufieurs riches Abbayes ; mais le frère les refufa , par la raifon , que de Moine il ne voulait avoir charge ne gouvernement : car, comment ^ di' fait-il ^ pourrai-) e gouverner autrui , qui moi- même gouverner ne /aurais. l\ demanda qu'en confidération du fervice qu'il avait rendu , & de ceux qu'il fe propofait de rendre par la fuite , on lui permît de fonder unt


Z4


[344]


maifon , à laquelle il donnerait une règle à fa fantaifie.Sa requête ayant été agréée de Gargantua ^ il propofa au frère J&an un beau pays fur les bords de la Loire , nom- mé Thélêmc , pour y bâtir une Abbaye oii tout ce qui fe pratiquerait fût le parfait contraire , de ce qui s'obferve dans les autres Couvens.

Cette maifon ne fera point environnée de murs , parce que les Monaftères font murés ; & non fans caufc , dit le Moine , ou mur y a devant & derrière , y a force MURMUR , envie & confpiration : Les femmes ne doivent point entrer dans les Couvens d'hommes , & il eft d'ufage dans q\ielques-uns de laver la place , où elles auraient mis le pied , qu'elles fiiffent hon- nêtes ou non ; ici au contraire , on lavera les lieux par lefquels auraient paffé des Religieux ou Religieufes. Il n'y aura point d'horloge, parce que chacun ne fuivra d'autre règle que fon goût & fa volonté dans les chofes qu'il voudra faire ; n'y ayant pas de tems plus véritablement perdu , que celui où l'on compte les heu- res j c'eft la plus grande rêverie du mondç


[545]


de.fe gouverner au Ton d'une cloche, & non fuivant le bon fens & la raifon. De même , on met ordinairement dans les Cloîtres , les fujets incommodés , ou fans mérite ; à Thélême , on ne recevra que des jeunes gens alertes , & de jeunes filles qui auront toutes les perfeftions qui ren- dent aimable. Cans les maifons ordinai- res , il n'y a que des hommes ou des fem- mes ; ici les hommes & les femmes feront toujours enfemble. On eft engagé pour toute fa vie dans les autres Ordres ; on pourra quitter celui-ci dès qu'on s'en- nuira.

Les vœux de chafteté , de pauvreté & d'obéiflance , y font changés , à quelque chofe près , en leurs contraires.

On devait y recevoir les filles depuis dix ans jufqu'à quinze ; & les hommes depuis douze jufqu'à dix-huit.

Rabelais parle enfuite des revenus de l'Abbaye ; il en décrit la fituation & les fomptueux édifices. L'infcription qu'on mettra fur le portail, tient un Chapitre entier en vers burlefques. L'Inftitureur veut <l\xon y fujidi la foi, ôc qu'o/z en bannijfà


[346]

foigneufement ï erreur. Après avoir parlé des bains , des jardins , de la fauconcrie , il vient aux habits : rien n*en égale la ma- gnificence : on en aura pour toutes les faifons, & l'on y verra briller, V argent, Vor, les perles , les efcarboucles , les dia* mans , les rubis , &c. En hiver , on s'ha- billera à la mode Françaife ; au printems , à l'Efpagnole ; en été , à la Turque ; ex. cepté les Fêtes & Dimanches , qu'on re- prendra rhabillement Français

Ce feront les Dames qui régleront les couleurs que devront porter les hommes. Il y aura un grand corps de logis à côté de la maifon , oîi feront logés les Ouvriers qui feront toutes cts. belles chofes. L'emploi de la journée eft réglé par ces trois mots : FA I CEQU E VOUDRAS: les perfonnes bien nées , tant qu'elles font libres , ont en elles-mêmes un aiguillon qui les porte aux aftions vertueufes ; au lieu que la défenfe donne au crime des charmes qu'il n'aurait pas fans elle : ils fefaient tous , par émulation , le bien qu'ils avaient vu faire à un fcul, parce qu'ils pouvaient ne le pas faire. Rabelais finit


lu?]

•înfi : Tant noblement cfloknt apprïns , qu'il nejloit iutrtux celui ne celle qui ne fçujl lin f tfcrire ^ chantir^ Jouer d'injiruments harmonieux , parUr de cinq àjîx langaigcs, & en iceulx compôfer ^ tant en carme (^i^ {,)CcJl:i'diret quen oraifon folue (i). Jamais ne furent u) caprofe. yeus cheualicrs tant preulx , tant galans , tant dcxtres ( J ) <2 pi^d & à cheval , plus (5) aJioîts. vers , miculx remuans , mieulx manians tous hajlons qui là ejloicnt. Jamais îie [eurent veues dames tant propres , tant mignonnes , moins fafcheufes , plus doctes (4) à la main^ (^) habiles. à PaiguilU , à tout acie muUebre {6) , hon- (j) deR-mme. nejie & libre [6) que là ejloient. Par cefle iC) noble. raifon quand le temps venu ejloit qii aucun ficelle Abbaye, ou à la requejle de fes pa- rcns , ou pour autre chofe voulajl ijjîr (y) (7) forcit. hors , auecque foy il emmenoit vne des da^ mes, celle laquelle l^auroit prins pour f on deuot , & ejloient enfemble marie^. Et Ji bien auoient vefcu à Theleme en déuotion & àitiitié, encert mieulx la continuoient-ils en mariage: autant sentreaimoient-ils à la Jin de leurs Jours , comme le premier de leurs nopces. Ceci reffcmble davantage à la Cour £A"


[3481


mour^ qu'à un Lieu de Débauche. On fait que les peintures cyniques ne couraient rien du tems de Rabelais , & que les hon- nêtes-gens même ne fefaient pas difficulté de s'amufer des Ouvrages de cet Auteur libre ; le Cardinal de Richelieu , dit-on , reçut fort mal un Savant , parce qu'il avoua qu'il ne les avait pas lus : ainfi ce n'efl nullement par retenue , que Ra- balais termine fa defcription auffi modef- tement ; mais c'efl qu'il a rendu tout C9 qu'il voulait peindre.

On peut joindre à ce Projet idéal de Rabelais , l'ÉtablifTement plus vraifembla- ble des Pretty-girls de la Famille vertueufe.

(L)I Partie, (L)

page 107. Lgg Proftituées profanes , & dont la

Relio;ion n'était plus le motif, firent chez

"Dans rancunnc ° ' ^ ^ '

jiome, on voyait aux tous Ics pcuplcs , uu ctat H part. On leur

lieux de débauche le ^y, ^ . . , . ~,

nom de chaque Cour^ afligna prclque toujours des endroits le-

tiÇanefurlaportedc ' - il /r ^

fa chambre; d'où parcs , OU cHes pullent excrccr avcc moms ^■ient que jurénai ^ fcandale , Icur infâme commerce. Les

parlant de Mejjallt- ^

ne , qui empruntait femmes Dubliqucs OHt fixé loHotems ,

edle de la jameujc 1.1 ^ a '

Lyiifca , dit agréa- même cn Francc 5 l'attention du G ou ver-


[î49l

îîement : il y en avait toujours un certain biement , TîtuUim nombre dans les villes, à la fuite de la oTufliJauj^ da'nl cour & à l'armée , fous le nom de Cour- ';^'^^i^::';ï^ tifanes. ou de Ribaudes. /"-'^ ?":"" '"' ^f'

J ' naît. Un voit dans

Les Lettres que donnèrent Charles VI i^hijïoire d'Apoiio-

^ nius de lyr la jor-

en 1389, & Charles VII en 1414, pour me d'un de ces ti- faire régner le bon ordre dans les lieux piaifance: de Proititution , font raportees par Lataille defloraverit dans fon Hiftoire de Touloufe. Cet Au- I^i^ftt^^^tro'acS teur dit qu'il y avait anciennement dans Ad fmguios folidos. cette ville & dans plufieurs autres , un lieu de débauche , qui était non-feulement to- léré , mais autorifé même par les Magif- trats , qui en retiraient un revenu annueU L'an 1414, fur ce que Ton infultait fou- vent cette maifon , qu'on nommait le Chd- tel-vert , &c que par le defordre qu'y occa- fionnaient de jeunes débauchés, la ville était privée de ce revenu , les Capitouls s'adreffèrent au Roi Charles VII, pour mettre cette maifon fous fa proteftion ; ce que le Roi leur accorda. La requête des Capitouls paraîtrait fmgulière aujour- d'hui : ils repréfentaient au Roi, que cer- taines gens de mauvaife vie entreprïnent d^aU hr cajfer les vitres de cettt maifon ;fans au,', cunt crainte de Dieu, Non verentes Deum.


Van mil très cent euarante & fet , au hucit du mots d' avons nojiro bono rcinojano a fermés lou Bour deou dins Avignon ; £t vol que toudos las frcmos dehauchddos non fe tingon dlns la Cloutât; mai quejîan fermados dins lou Bourdeou, & gue per t/lre councigudos,que porton uno agullietto rougcou fus l'efpal- lou de la man cfcai- ro , &c.


[550]

Dans Taâe des Coutumes de Narbon-

ne , il eft dit , que h Conful & Us habitans avaient C Admimjiration de toutes Us a/aires de police, & U droit d'avoir y dans la ju- rifdiciion du Vicomte , UNE rue CHAUDE^ ceji-à-direy un lieu public de P rofiitution.

Jeanne I , Reine de Naples , & Com- teffe de Provence , dans le Statut du lieu public de débauche d'Avignon , donne la qualité d'Abbeflé à la Supérieure des filles Proftiiuées de cette ville.

Je vais raponer ce Règlement en entier.

Anciens Statuts du Lieu public de Débauche d'An GNON,

î. L'an mil trois cens quarante-fept , & le huitième du mois d'Août, notre bonne Reine Jeanne a permis un Lieu public de Débauche dans Avignon ; & elle défend à toutes les femmes débau- chées de fe tenir dans la ville , ordonnant qu'elles foient renfermées dans le Lieu deftiné pour cela , & que pour être con- nues , elles portent une aiguillette routée iiir l'épaule gauche.

IL Ittm. Si quelque fille qui a déjà fait


fî50


faute, veut continuer de fe proftitucr, le Porte-clefs , ou Capitaine des Sergens , l'ayant prife par le bras , la mènera par la ville , au fon du tambour , & avec Taî- guiilette rouge fur l'épaule , & la placera dans la maifon avec les autres ; lui défen- dant de fe trouver dehors dans la ville, à peine du fouet en particulier pour la première fois , & du fouet en public, & du banniflement , fi elle y retourne.

III. Notre bonne Reine ordonne que la maifon de débauche foit établie dans la rue du Pont - troué , près du Couvent des Auguftins , jufqu'à la Porte Peiré ( de Pierre ) ; & que du même côté il y ait une porte par où toutes les gens pourront entrer, mais qui fera fermée à la clef, pour empêcher qu'aucun homme ne puifîe aller voir les femmes , fans la permiffion de l'Abbeffe ou Bailli ve, qui tous les ans fera élue par les Confuls. La Baillive gar- dera la clef, & avertira la jeunefle de ne caufer aucun trouble, & de ne faire aucun mauvais traitement ni peur aux filles de joie ; autrement , s'il y a la moin- dre plainte , ils n'en fortiront que pour être conduits ea prifon par les Sergens.


IV. La Reine veut que tous les Same- dis , la Baillive , ÔC un Chirurgien prépofé par les Confuls, viiïîent chaque Courti- fane ; & s'il s'en trouve quelqu'une qui ait conîraûé du mal provenant de pail- lardife, qu'elle foit féparée des autres, pour demeurer à part , afin qu'elle ne puiffe point s'abandonner , & qu'on évité le mal que la jeunelTe pourrait prendre.

V. lum. Si quelqu'une des filles devient grofle , la Baillive prendra garde qu'il n'arrive à l'enfant aucun mal , & elle aver- tira les Confuls , qu'ils pourvoient à ce qui fera néceffaire pour l'enfant.

VI. lum. La Baillive ne permettra abfolu- ment à aucun homme d'entrer dans la maifon le Vendredi faint , ni le Samedi faint, ni le bienheureux jour de Pâques; & cela , à peine d'être caffée , & d'avoir le fouet.

VIL lum. La Reine défend aux filles de joie d'avoir aucune difpute ni jaloulie entr'elles , de fe rien dérober , ni de le battre. Elle ordonne , au contraire , qu'elles vivent enfemble comme fœurs : que s'il arrive quelque querelle, la Baillive les

accordera ,


[5 5 3]


accordera , & chacune s'en tiendra à ce que la Baillive aura décidé.

VIII. Item. Que fi quelqu'une a dérobé , la Baillive fafle rendre à l'amiable le lar- cin ; & fi celle qui en eft coupable refufe de le rendre, qu'elle foit fouettée dans une chambre par un Sergent ; mais fi elle retombe dans la même faute , qu'elle ait le fouet par les mains du Bourreau de la vilb.

IX. lum. Que la Baillive ne permette à aucun Juif d'entrer dans la maifon : & s'il arrive que quelque Juif, s'y étant in- troduit en fecret & par fineffe , ait eu , affaire à quelqu'une des Courtifanes , qu'il foit mis en prifon , pour avoir enfuite le fouet par tous les carrefours de la ville.

Les habitans de Beaucaire en Langue- doc , avaient établi une courfe où les Proftituées du lieu , & celles qui voulaient venir à la foire de la Madeleine , cou- raient en public la veille de cette foire célèbre , & celle qui avait le mieux couru & atteint la première le but donné , avait pour prix de la courfe, un paquet d'ai-

II Partie. /^Aa


[5 h]

gu'Uètes : c'eft de-Ià qu'efl: venue Tex- préffion proverbiale , qu'w/ze femme court raiguiilèie, pour fignifîer qu'elle projiitue fon corps à un chacun. C'était aufli ruCage en Italie de faire courir les Proftituées , & de leur propofer un prix : nous lifons eue le célèbre Cajîruccio de Caflracani , Général des Luquois après la bataille de Seravalle , qu'il gagna fur les Florentins , donna des fêtes éclatantes fous les yeux de fes ennemis ; & afin de mettre le com- ble au mépris qu'il avait pour eux , il fit jouer awpalio des femmes proftituées tou- tes nues , de façon que les vaincus puf- fent les apercevoir du haut de leurs murs. r Ce palio était une pièce de brocard ou de velours , & d'autres étofes précieufes , qu'on gagnait à la courfe.']

Les femmes publiques accompagnaient les troupes. Brantôme dit, qu'à la fuite de l'armée du Duc d'Albe , que Phi- lipe II envoya en Flandre contre les re- belles, qui s'étaient réunis fous le nom de Gueux , il y avait quatre cens Cour' tifanes à cheval , belles & braves commz princejjes , & huit cens à pied ^ bien en point


\


[5 5 5]


ûu£i, La Motte-Meffemé parle des Cour- tifanes qui étaient à la fuite de cette ar- mée , avec plus de détail que Brantôme Ce qu'il dit eft d'autant plus curieux, qu'il fe raporte en cela avec la difpofi- tion de beaucoup des Articles du Règle- ment propofé , qui veulent de la décence jufque dans la débauche , & qui lui ôtent ce qu'elle a de plus contraire à la nature, en laiflant la liberté du choix , aufli-bien à la fille publique , qu'à l'homme qui l'a defignée. Je raporterai ces vers, quoi- qu'ils fe trouvent déjà dans le Recueil auflî favant qu'agréable de M, D. D. R. afin qu'on ne foit pas obligé de les aller cher- cher ailleurs.

DsMx gaillardes Cornette» De bien trots cens chevaux , k tout le moins complettes , Sctts le/quelles marcheient des femmes dt flaijir , Four fer-vir le premier qui en aïoit dejir 5 Pourvu y cela s'entend , qu'il leur fût agréable. J'en trouvai la façon fi fort émerveillable, Que pour les voir pafler j'arrêtai longuement , Confidcrant leur port , leur grâce & vêtement , Enrichi de couleur , fous mainte orfefvrerie. J'en remarquai bien-là quelqu'une affez jolie...

Aaz


[î56]


Mais plus que la blancheur le brun les acompagne. Leurs montures n'étoient de beftes de Bretagne » L'une avoir un cheval , 6c l'autre lentement Alloit fur un mulet , ou fur une jument : Les harnois néantmoins de la houhê traînante Sous leurs pieds, paroifToient de velours, rcluifantc De cinq ou iîx clinquans coufus tout-à-1'entour, Jl les entretenoit qui voubit tout le jour , Mais avec un rejpeâ plein de cérémonie ;

  • p evôt OH ^' Barijel- major * leur ternit compagnie.

Coinmiifaire ge- qj. j-çj Dames avoient tous les foirs leur quartier ncia!. ^

Du Marefchal-de-camp, par les mains du Fourrier :

Et n'eufi-'on pas ofé leur faire infolence,

♦d'Albc. Toutefois le Duc* las de telle manigance.

Leur donna ce fujet de prendre meilleur parti :

Pour les malcontenter , moi-même l'entendi

Crier publiquement de mes propres oreilles ,

Et Dieu fait fi cela leur déplut à merveilles i

C'eft qu'entre elles ne fuft pas une qui ofaft

Refufer déformais Soldat qui la priaft

De lui prefter fa chambre à cinq fols par nuitée

Tachant par ce moyen les chafler de l'Armée ,

Qui lui fcroit aifé > à ce que l'on difoir.

Et en avint ainfi : car telle fe prifoit

Autant qu'autrefois fit cette Corinthienne

D'en avoir fait ainfi le Duc fut eftimé

D'aucuns tant feulement, des autres cftant blafme:


[5 57]


Et ceux qui admiroient en cela fa prudence,"

Alléguoient que c'ejîoh faire une grande offenfe

Et defplai/ante a Dieu , d avoir incejfamment

iluant i^ foi un tel irai» , de vice allechement ,

^f portant a la fin , par un fi grand fcandale ,

Des gens les mieux vivans la ruine totale,

Chafcun en devifoit félon fapaflîonj

Car ceux-là qui tenoient contraire opinion

Ne voulant confefler bonne cette Ordonnance ,

Difoient que le Soldat fe donnerait licence

De forcer déformais par oit il paierait

Celle qu'a fon defir refifier s'ejfayeroit ,

Puifqu'il avait perdu fon plaijtr ordinaire,

A lui permis longtems comme mal nécessaire,,..,"'

Mais pour ce qu'on en dit , le Duc ne retrancha

Son Edit nullement. HonneltesLoilusde L<7Mor«- McJJ:me, Liv, l, a la nn.

On ne peut que defaprouver l'expé- dient du Duc d'Albe : l'abus qui exiftait, était incomparablement moins grand, que celui qu'il a occafionné : mais que pou- vait-on attendre, d'un homme , qui fouilla par des exécutions fanglantes prefque tous les jours de fon Gouvernement dans les Pays-bas ? La Proftitution militaire fut avilie , & n'en devint que plus dangereufe.

Le prifonnier de Pantagruel dans Ra-

Aa}


[ÎS8]


bêlais, après l'éniimération hyperbolique des forces ennemies, ajoute : cent cin- quante mille P. . , . ( voila pour moi , dit Panurge) dont Us aucunes font Ama:;^- nes , les autres Lyonnoifes , les autres Pa- rijî&nnes , Tourangelles , Angevines , Poi- tevines , Normandes , Allemandes , de tout Pays & de toutes Langues y en a.

Jean de Troies , Auteur de la Chroni- que fcandaleufe , dit que le 14 Août 1465 , il arriva à Paris deux cens Archers à che- val, à la fuite defquels étaient huit Ri- baudes , & un Moine noir leur Confejfeur* Plaifant équipage, & le bel office que ce- hii de ConfefTeur de ces Ribaudes I


(L;I Partie, {L bis)

pagenj. Le Légiflateur d'une ville d'Italie, fa-

meuse par fa molleffe ( c'eft Sybaris } défendit de paraître avec des armes dans la ville fous-quelque prétexte que ce fût, cet ufage n'étant propre qu'à faire dé- générer en querelles l'anglantes , le plus léger différend entre les Bourgeois. Cka- rondas (c'eft ainfi qu'il fe nommait) fcella fa loi de fon fang. Car un jour 3 comme


[5 59]


îl revenait de la campagne , oîi il s'était trouvé dans la nécciTité de s'armer, parce qu'elle était infeftée de brigands, il en- tendit beaucoup de bruit vers la place ; il crut que c'était une émeute populaire ; il s'y rendit , sans faire attention qu'il por- tait une épée. En y arrivant, il recon- nut qu'il s'était trompé , & que l'afTenr- blée était paifible. Il allait fe retirer» lorfque quelqu'un qui le haïflait lui fit obferver qu'il contrevenait lui-même à la loi qu'il avait établie. Tu as raifon , r/- pondlt-il à cet homme avec tranquillité : tu vas voir combien je la crois nécejfaire ; & tirant cette arme fatale , ilfe la plonge dans le fein. Ce Légiflateur regardait fa loi comme li importante , qu'il ne crut pas devoir fe pardonner à lui-même de l'avoir enfreinte par inattention. Je pref- fens qu'on va me dire que l'exemple d'un Sybarite n'efl; pas propre à faire autorité parmi nous. Mais les Citoyens de Sparte y ceux à^ Athènes & de Rome , ne paraîtront pas des efféminés. Les plus Guerriers de tous les hommes , les plus Éclairés & les Vainqueurs de notre hémifphère, ne por-


., talent point d'armes dans leurs villes * &

  • ils avaient r

pourtant iears g^j {q\j^ ^q j^ paix : Cédant arma tosœ^

poit;nnrds « ma" ^ *■ "

j'ufage n'en de- dit Horace. Lcs Barbares du Nord , des Rome , que ^» Huns , dcs Goths , dcs Fijigoths , dcs ic%tions. ' Francs , des Vandales , des Bourguignons , des Normands , des Sarrajins , lorfqu'ils eurent démembré l'Empire Romain en le ravageant , ne connaiffaient qu'une ver- tu , c'était la force : leur Droit civil, ce fut le Droit de conquête ; il falut bien qu'ils defarmaffent nos pères, après les avoir réduits en fervitude , & que pour eux > ils euffent le fer à la main , toujours prêts à égorger leurs efclaves s'ils penfaient à fecouér le joug. Voila donc l'origine de cette méthode galante de porter à fon côté une arme aflafîine , fpuvent fa- tale à celui qu'elle a paré. C'efl un ufage des Goths , qu'ennoblirent un peu les tems des Croifades ou de la Chevalerie : & cet , ufage gothique fufefifte encore I Voyez combien nous fommes ridicules î Ridicules!... & barbares : car le port d'ar- mes occafionne dans le Royaume la mort /imprévue d'un nombre de particuliers de tous les états j &; par conféquent le mal-


[36i]

heur de plufieiirs familles; il occafionne encore la perte des meilleurs Soldats: de forte que quelqu'un n'a pas craint d'avan- cer, que toutes ces pertes pourraient bien fe monter chaque année à deux cents hom- mes : mais n'y en eùt-il que cinquante ? la confervaîion de cinquante individus ne mérite-t-elle donc pas qu'on fuprime effica- ccmcnt , & générakmcnty une chofe inutile?


( M ) (M) I Partie,


Il eft certain que la parure donne aux femmes la moitié de leur valeur. Tout ce qui peut embellir eft fait pour elles ; c'ell leur bien ; jamais on n'aura raifonde dire qu'elles vont trop loin de ce côté-là : leurs grâces naturelles ou fadices aui^mentent notre bonheur , & la fonime des plaifirs. Otez à la plupart leur coirîlire de goût, leur • corfet raflemblant, leur jolie chauffurc, que reftera-t-il ?... Non, l'honnête Citoyen n'eft point ennemi de cette forte de luxe , qui n'a pour but que de rendre le beau- fexe plus enchanteur , plus propre à por- , ter dans nos cœurs cette douce joie , cette


page 1^,3.


[jéz]


volupté légitime, qui naît d'un intérêt tendre, d'un fentiment auffi délicieux qu'il eft inexprimable.

Qu'une petite République, comme Ta dit un Sage, fafie des Loix fomptuaires ; qu'elle empêche Tes Citoyens de ie fervîr des étofes étrangères trop coûteufes , ou qu'elle s'oppofe à Tétabliffement de Ma- nufadures qui emploieraient des fujets que de plus utiles travaux doivent occuper ; elle a ralfon. Mais une grande Monarchie, oii les fortunes font néceffalrement d'une inégalité énorme , a befoin du luxe : la France n'a pas le meilleur fol de tout l'u^ nivers ; cependant c'eft le plus beau pays du monde ; & ce qui lui procure cet avan- tage, c'eft le luxe, qui fait refluer les biens du riche ent e les mains de l'Artifte & de l'Artifan. Tout ce qu'il faut éviter , c'eft que le luxe des villes ne tende à la dé- population des campagnes. Car alors ce ferait faper tout Tédifice par les fonde- mens : mais s*il règne une jufte propor- tion , tout va bien II y a d'ailleurs , mille chofes d'un goût exquis , qui coûtent beaucoup moins de travail , de tem^ >


[5651


d'argent , que cette mauffade , embarraf- fante & fomptueufe magnificence de nos Ancêtres. L'homme , fans doute , efl le premier & le plus beau de tous les ani- maux : mais l'homme, je le répète , fans la parure , différerait , ma foi , bien peu par la forme , des plus laids d'entr'eux. Cela eft trop connu pour m'y arrêter. Je regarde donc tout ce qui ajoute aux agrémens de l'efpèce humaine comme quelque chofe de louable , & qu'il faut encourager. Lorsque je rencontre un hom- me ou une femme laids , qui ont pris beaucoup de peine , en fe parant , à dé- guiser d'injuftes caprices de la nature , ou les ravages des années , je leur ai dans mon cœur une fmcère obligation : je trouve qu'ils ont très- bien fait de cacher fous un beau mafque , une figure qui m'eût attrifté. Je treffaille d'aife & de raviffement, lorsque je vois ce fexe char- mant , dont dépendent nos plaifirs &C notre bonheur , joindre aux fleurs de la jeunefTe une parure de bon goût , qui en double l'éclat. Il faut être de mauvaise humeur , pour envier au genre humain


[5^4]

un amufement aufîi innocent. On !c fait par expérience , à tout âge ITiomme eu à plaindre : un cri de douleur indique qu'il eft né : la faibleffe, les dangers fans nom- bre accompagnent fon enfance : en eft-il forti ? de noirs pédagogues , ou d'autres tyrans , le tourmentent comme des furies jufqu'à vingt ans : à cet âge dangereux , les paflions creufent mille précipices fous fes pas, incertains encore, & mal affu- rés : s'il échape , que fa vertu commence à briller, l'envie s'attache à le dénigrer, à le pourfuivre jufqu'à la vieilleffe : il finit alors , comme il commença , par faire pitié. Eh ! daignez , cenfeurs injuf- tes , lui laiffer fes joujous & fes poupées , tant qu'ils l'amuferont; il lui refte affez de momens pour fentir qu'il eft malheu- reux I


page 207.


(N)

(N) I Partie , Un honnête homme de Province , avait une fille , dont la jolie figure & les heu- reufes difpofitions lui fefaient efpcrer de la confolation dans fa vieilleffe. Des amis, qu'il avait à la Capitale , lui firent en-


[365]

fendre que la jeune Demolfelle recevrait une éducation bien plus convenable & plus avantageufe dans une penfion qu'ils connaiflaient , & dont ils lui répondirent. Ce père , qui ne cherchait que l'avantage de fa fille unique , la leur confia. L'aima- ble Lucilc entra dans la penfîon? La mai- fon était bien réglée : les jeunes perfon- nes étaient toujours fous les yeux d'une Gouvernante aufîi bonne qu'éclairée & prudente : aucune ne forfait qu'avec fes parens , ou quelqu'un envoyé de leur part , & connu. Qui n'aurait cru la jeune LuciU en fureté ? La dévotion , une piété mal entendue la perdit. Un Prêtre fort eftimé était Direfteur de la maifon. C'é- tait un homme d'environ quarante ans ; d'une figure ouverte & affez belle. Sa con- duite avait été jufqu'alors irréprochable , ou du moins , aucun de fes defordres n'a- vait éclaté. La jeune Provinciale avait un minois , & furtout de ces yeux, dont les hommes qui veulent conferver leur rai- fon , ne doivent jamais affronter les re«- gards. Vingt ans d'expérience ne ren- dirent pas plus fage l'indigne Miniftre


[}éé]


des Autels : voir Lucile , la defirer , for- mer le deffein de triompher de fon inno- cence, en prendre les moyens, ce fut l'effet du premier de ces entretiens qu'il eut avec elle , qu'on nomme confejfjîon. Il abufa donc de la confiance de celle qui lui ouvrait fon cœur & de l'eftime que toute la maifon oii elle était avait conçue pour lui. Rien n'était malheureufement plus facile : car s'étant emparé de fon ef- prit (& peut-être de fon coeur dans le Tribunal ) il demanda qu'on lui permît ds l'y venir trouver deux fois la femaine. Comme la maifon touchait à l'Eglife , Lucile y alla feule , il eut enfuite l'art de l'engager à venir chez lui recevoir des avis plus étendus. Mais il lui fit enten- dre qu'il fallait que ces vifites fuffent fecrettes , pour ne la point faire jaloufer de fes compagnes. Comblée de la pré- férence , la jeune perfonne nageait dans la joie. Elle n'avait que feize ans : plus innocente à cet âge , qu'on ne l'efl à douze dans la Capitale , elle fut long-tems la viftime de coupables libertés avant d'y rien comprendre. Enfin enhardi par le


tî67]


ïiiccès , l'infâme Prêtre la deshonora. Lu- du ne comprit pas d'abord quelles de- vaient être les fuites de l'attentat de fon abominable fédii£leur. Mais lorfque l'évé- nement l'en eut inftruite , quel defefpoir ! elle voulait fe donner la mort : elle était la vidime , mais non la complice du monf- tre ; elle découvrit fans ménagement toute fa turpitude. Deux amis de fon père ^ qui fe trouvaient à Paris , & que Lucile , dans les premiers accès de fon defefpoir, imlruifit elle-même , réfokirent de poi- gnarder ce fcélérat : on pénétra leur def- fein , & on les empêcha de venger un crime abominable par une adioninjufte, en tant qu'elle eft défendue par les Loix. La . jeune infortunée , après avoir déploré fon malheur, de la manière la plus attendrif- fante , alla fe renfermer dans une retraite : fon père , ce vieillard qui n'efpérait qu'en elle , à qui l'on cachait le malheur de fa chère fille , furpris du parti qu'elle pre- nait de renoncer au monde , quitta fa Pro- vince , pour venir la voir , la faire changer de réfûlution , & l'emmener avec lui. II arrive , la demande : Lucile paraît les yeux


[}é8]


mouillés de larmes , collés fur la terre î ion père l'embrafle — O ma chère enfant ,' s'écrie-t-il , tu me vois , & tu pleures — ! Lucile avait une Lettre toute prête ; elle la donne à l'auteur de fes jours : le vieillard lit : on le voit pâlir : fes genoux fe déro- bent fous lui; il tombe.... Il venait de tout apprendre ; ce fut l'arrêt de fa mort : quelques jours après , on le mit au cer- cueil. Lucile, inftruite de ce funefte acci- dent, demande à fortir : elle veut , dit-elle, embraffer fon père encore une fois , mê- me après l'avoir perdu. On accorde cette fatisfaftion à fes larmes , à fes cris. Elle arrive ; fe précipite fur le cadavre inani- mé : — O vous que j'aimai fi tendrement, 6c que j'ai poignardé , s'écrie-t-elle , mon père , recevez-moi dans votre fein. . . . Soit qu'elle eût pris un dangereux breu- vage , ou que sa feule douleur fut affez forte , elle fe courbe fur le corps de fon père ; elle y demeure : on l'y laifle quel- que tems. Enfin on veut l'en arracher ; elle ne refpire plus. . . . O Loix ! le feul coupable efl encore heureux ! FIN.



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