La double méprise  

From The Art and Popular Culture Encyclopedia

(Redirected from La Double méprise)
Jump to: navigation, search

Related e

Google
Wikipedia
Wiktionary
Wiki Commons
Wikisource
YouTube
Shop


Featured:
Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.
Enlarge
Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.

La double méprise (1833) is a novella by French writer Prosper Mérimée. The story was mentioned in the Madame Bovary trial. It was adapted for television as Julie de Chaverny in 1965.

Contents

Incipit:

"Julie de Chaverny had been married for about six years, and for nearly five years and six months she had had her eyes open not only to the impossibility of loving her husband, but also to the difficulty of merely giving him a place in her esteem."

See also

Full text

Julie de Chaverny était mariée depuis six ans environ , et depuis à peu près cinq ans et six mois , elle avait reconnu qu'il lui était non seulement impossible d'aimer son mari , mais encore qu'il lui était bien difficile d'avoir quelque estime pour lui.

Ce mari n*ëtait point un fripon ; ce n'était pas une bête , encore moins un sot. £n interro- geant ses souvenirs , elle aurait pu se rappeler qu'elle l'avait trouvé aimable autrefois; mais maintenant il l'ennuyait. Tout en lui était re- poussant à ses yeux. Sa manière de manger, de prendre du café , de parler , lui donnait des crispations nerveuses. Ils ne se voyaient et ne se parlaient guère qu'à table ; mais ils dînaient ensemble plusieurs fois par semaine , et c'en était assez pour entretenir l'espèce de haine de Julie.

Pour Ghaverny , c'était un assez bel homme , un peu trop gros pour son âge , au teint frais , sanguin , et qui , par caractère , ne se donnait pas de ces inquiétudes vagues qui tourmentent souvent les gens à imagination. Il croyait pieu- sement que sa femme avait pour lui une « amitié douce, » (il était trop philosophe poursia croire aimé comme au premier jour de son mariage), et cette persuasion ne lui causait ni plaisir ni peine ; il se serait également bien accom- modé du contraire. Il avait servi plusieurs an-


Digitized by VjOOQIC


1


MiPBISE. 5

nées dans un régiment de cavalerie ; mais, ayant hérité d'ane fortune considérable , il s'était dégoûté de la vie de garnison , avait donné sa démission et s'était marié. Expliquer le mariage de deux personnes qui n'avaient pas une idée commune peut paraître assez difficile. D'une part, de grands parens et de ces officieux qui , comme Phrosine, « marieraient la république de Venise avec le Grand-Turc , » s'étaient donné beaucoup de mouvement pour régler les affaires d'intérêt. D'un autre côté , Chavemy apparte- nait à une bonne famille ; il n'était point trop gras alors ; il avait de la gaieté , et était dans toute l'acception du mot ce qu'on appelle un bon enfant. Julie le voyait avec plaisir venir chez sa mère , parce qu'il la faisait rire en lui contant des histoires de son régiment d'un co- mique qui n'était pas toujours de bon goût. Elle le trouvait aimable parce qu'il dansait avec elle dans tous les bals et qu'il ne manquait ja- mais de bonnes raisons pour persuader à la mère de Julie de rester tard au bal , d'aller au spectacle ou au bois de. Boulogne. Enfin Julie le croyait un héros , parce qu'il s'était battu en duel honorablement deux ou trois fois. Mais ce qui acheva le triomphe de Chavemy , ce fut la description d'une certaine voiture qu'il devait

1.


Digitized by LjOOQIC


6 LA DOUBLE

faire construire sur un plan à lui , et dans la- quelle il conduirait lui-même Julie, lorsqu'elle aurait consenti à unir son sort au sien.

Au bout de quelques mois de mariage toutes les belles qualités de Ghaverny araient perdu beaucoup de leur mérite. Il ne dansait plus arec sa femme , — cela va sans dire. Ses his- toires ga^es , il les avait toutes contées trois on quatre fois. Il disait que les bals maintenant se prolongeaient trop tard. Il bâillait an spectacle , et trouvait une contrainte insupportable Fnsage de s'habiller le soir. Son défaut capital était la paresse ; s*il avait cherché à plaire , peut-être aurait-il pu réussir ; mais la moindre gêne lui paraissait un supplice ; il avait cela de commun avec presque tous les gens gros. Le monde l'ennuyait parce qu'on n'y est bien reçu qu'à proportion des efforts que l'on y fait pour plaire. La grosse joie lui paraissait bien préfé- rable à tous les amusemens plus délicats ; car , pour se distinguer parmi les personnes de son goût , il n'avait d'autre peine à se donner qu'à crier plus fort que les autres , ce qui ne lui était pas difficile avec des poumons aussi vigoureux que les siens. En outre il se piquait de boire plus de Champagne qu'un homme ordinaire ,


Digitized by LjOOQIC


MtPRISS. 7

et faisait parfaitement sauter à son cheval une barrière de quatre pieds. Il jouissait en consé- quence d'une estime légitimement acquise parmi ces êtres difficiles à définir que Ton ap- pelle les « jeunes gens » dont nos boulevards abondent vers huit heures du soir. Parties de chasse , parties de campagne , courses , diners de garçon , soupers de garçon , étaient recher- chés par lui avec empressement. Vingt Ibis par jour il disait qu'il était le plus heureux des hom- mes, et toutes les fois que Julie l'entendait , elle levait les yeux au ciel , et sa petite bouche prenait une indicible expression de dédain.

Belle , jeune et mariée à un homme qui lui déplaisait , on conçoit qu'elle devait être en- tourée d'hommages fortintérressés. Mais, outre la protection de sa mère , femme fort prudente, son orgueil , c'était son défaut capital , l'avait défendue jusqu'alors contre les séductions du monde. D'ailleurs le désappointement qui avait suivi son mariage , en lui donnant une espèce d'expérience, l'avait rendue difficile à s'en- thousiasmer. Elle était fière de se voir plaindre dans la société , et citer comme un modèle de résignation. Elle se trouvait même beureuse , car elle n'aimait personne , et son mari la lais-


Digitized by LjOOQIC


8 LA DOUBLE MÉPRISE.

sait entièrement maîtresse de ses actions* Sa coquetterie (et il faut l'avouer , elle aimait un peu à prouver que son mari ne connaissait pas le trésor qu'il possédait) , sa coquetterie était toute d'instinct comme celle d'un enfant. Elle s'alliait fort bien avec une certaine réserve dédaigneuse qui n'était pas de la pruderie. En- fin elle savait être aimable avec tout le monde, mais avec tout le monde également. La médi- sance ne pouvait trouver le plus petit reproche à lui faire.


y Google


II


Digitized by VjOOQIC


Digitized by VjOOQIC


Les deux ëponx avaient dinë ches madame de Lussan , la mère de Julie , qui allait partir pour Nice. Ghaverny , qui s'ennuyait mortelle- ment chez sa belle-mère, avait été obligé d'y passer la soirée malgré toute son envie d'aller rejoindre ses amis sur le boulevard. Après avoir diné , il s'était établi sur un canapé com- mode , et avait passé deux heures sans dire un


Digitized by VjOOQIC


12 LA DOUBLE

mot. La raison était simple ; il dormait , dé- cemment , d'ailleurs , assis , la tête penchée de côté et comme écoutant avec intérêt la conver- sation ; il se réveillait même de temps en temps , et plaçait son mot.

Ensuite il avait fallu s'asseoir à une table de whist , jeu qu'il détestait parce qu'il exige une certaine application. Tout cela l'avait mené assez tard. Onze heures et demie venaient de sonner. Chaverny n'avait pas d'engagement pour la soirée; il ne savait absolument que faire. Pendant qu'il était dans cette perplexité on an- nonça sa voiture. S'il rentrait chez lui , il devait ramener sa femme. La perspective d'un tête-à- tête de vingt minutes avait de quoi l'effrayer. Mais il n'avait pas de cigares dans sa poche , et il mourait d'envie d'entamer une boîte qu'il avait reçue du Havre au moment même où il sortait pour aller diner. Il se résigna.

Gomme il enveloppait sa femme dans son châle , il ne put s'empêcher de sourire en se voyant dans une glace remplir ainsi les fonc- tions d'un mari de huit jours. Il considéra aussi sa femme qu'il avait à peine regardée. Elle lui parut plus jolie ce soir-là que de coutume ;


Digitized by VjOOQIC


MÉPBISE. 13

aassi fat-il quelque temps à ajuster ce châle sur ses épaules. Julie était aussi contrariée que lui du tête-à-tête conjugal qui se préparait. Sa bouche faisait une petite moue boudeuse , et ses sourcils arqués se rapprochaient involon- tairement. Tout cela donnait à sa physionomie une expression si agréable qu'un mari même n'y pouvait rester insensible. Leurs yeux se ren- contrèrent dans la glace pendant l'opération dont je viens de parler. L'un et l'autre fut em- barrassé. Pour se tirer d'affaire , Ghaverny baisa en souriant la main de sa femme qu'elle levait pour arranger son châle. — « Comme ils s'aiment ! » dit tout bas madame de Lussan , qui ne remarqua ni le froid dédain de la femme ni l'air d'insouciance du mari.

Assis tous les deux dans leur voiture et se touchant presque , ils furent d'abord quelque temps sans parler. Ghaverny sentait bien qu'il était convenable de dire quelque chose , mais il ne lui venait rien à l'esprit. Julie de son côté gar49it un silence désespérant. Il bâilla trois ou quatre fois , si bien qu'il en fut honteux lui- même , et que la dernière fois il se crut obligé d'en demander pardon à sa femme. — u La soirée a été longue, » observa-t-il pour s'excuser.


Digitized by LjOOQIC


14 LA DOITBlï

Julie ne rit dans cette phrase que Tintention de critiquer les soirées de sa mère et de lui dire quelque chose de désagréable. Depuis long- temps elle avait pris l'habitude d'éviter toute explication avec son m^ri ; elle continua donc de garder le silence.

Ghavemy, qui ce soir-là se sentait en humeur causeuse , p(»irsuivit au bout de deux minutes : — « J'ai bien diné aujourd'hui ; mais je suis bien aise de vous dire que le Champagne de votre mère est trop sucré. »

— tt Gomment? » demanda Julie en tour- nant la tète de son côté avec beaucoup de non- chalance et feignant de n'avoir rien entendu.

— u Je disais que le Champagne de votre mère est trop sucré. J'ai oublié de le lui dire. G'est une chose étonnante ; mais on s'imagine qu'il est facile de choisir du Champagne. Eh bien ! il n'y a rien de plus difficile. Il y a vingt qualités de Champagne qui sont mauvaisesi, et il n'y en a qu'une qui soit bonne.

— u Ah ! » et Julie , après avoir accordé cette interjectioa à la politesse , tourna la tète


Digitized by LjOOQIC


■ÉPAISK. IIS

et regarda par la portière de son côté. Ghavemy * se renversa eo arrière et posa les pieds sur le coussin du devant de la calèche , fort mortifié que sa femme se montrât aussi insensible à toutes les peines qu'il se donnait pour engager la conversation.

Cependant, après avoir bâillé encore deux ou trois fois , il continua en se rapprochant de Julie : — « Vous avez là une robe qui vous va a ravir , Julie. Où Favez-vous achetée ? »

— Il veut sans doute en acheter une sem- blable à une de ses maîtresses , pensa Julie. — « Chez Burty, » répondit-elle en souriant légère- ment.

— « Pourquoi riez- vous? )ii demanda Gha- vemy se rapprochant davantage et ôtant se^ pieds du coussin de devant. £n même temps il prit une manche de sa robe et se mit à la manier, un peu à la manière de Tartufe.

— u Je ris » dit Julie, « de ce que vous re- marquez ma toilette. Prenez garde , vous chif- fonnez mes manches. » Et elle retira sa manche de la main de Chaverny.


Digitized by VjOOQIC


16 LA DOUBLE

— « Je VOUS assure que je fais une grande attention à votre toilette , et que j'admire sin- gulièrement votre goût. Non , d'honneur , j'en

parlais l'autre jour à une femme qui

s'habille toujours mal... bien qu'elle dépense horriblement pour sa toilette... Elle ruinerait... Je lui disais... Je vous citais... » — Julie jouis- sait de son embarras , et ne cherchait pas à le faire cesser en l'interrompant.

— tt Vos chevaux sont bien mauvais. Ils ne marchent pas! Il faudra que je vous les change, » dit Chavemy tout-à-fait déconcerté.

Pendant le reste de la route la conversation ne prit pas plus de vivacité ; de part et d'autre on n'alla pas plus loin que la réplique.

Les deux époux arrivèrent enfin à leur hôtel , et se séparèrent en se souhaitant une bonne nuit.

Julie commençait à se déshabiller , et sa femme de chambre venait de sortir , je ne sais pour quel motif, lorsque la porte de sa chambre à coucher s'ouvrit assez brusquement , et Cha- vemy entra. Julie se couvrit les épaules préci- pitamment avec un mouchoir. — « Pardon » ,


Digitized by VjOOQIC


MÉPRISE. 17

dit-il ; « je Tondrais bien pour m'endormir le dernier volume de Scott. •• N'est-ce pas Quen- tin Durward?n

— «c II doit être chez vous » , répondit Julie, K il n'y a pas de livres ici. »

Ghaverny contemplait sa femme dans ce demi-désordre si favorable à la beauté. Il la trou- vait piquante, pour me servir d'une de ses expressions que je déteste. C'est vraiment une fort belle femme ! pensait-il , et il restait immo- bile devant elle , sans dire un mot et son bou- geoir à la main. Julie, debout aussi, en face de lui , chiffonnait son bonnet et semblait atten- dre avec impatience qu'il la laissât seule.

— <t Vous êtes charmante ce soir , le diable m'emporte ! » s'écria enfin Ghaverny en s'avan- çant d'un pas et posant son bougeoir. «Gomme j'aime les femmes avec les cheveux en désordre! » £t en parlant il saisit d'une main les longues tresses de cheveux qui couvraient les épaules de Julie , et lui passa presque tendrement un bras autour de la taille.

— t( Ah dieu ! vous sentez le tabac à faire

2.


Digitized by LjOOQIC


18 LA. DOUBLE

horreur! » s'écria Julie en se détournant. « Lais- sez mes cheyeux , vous allez les imprégner de cette odeur-là , et je ne pourrai plus m'en débar- rasser. 1i

— « Bah! TOUS dites cela à tout hasard et parce que vous savez que je fume quelquefois. Ne faites donc pas tant la difficile , ma petite femme. » Et elle ne put se débarrasser de ses bras assez vite pour éviter un baiser qu'il lui donna sur l'épaule.

Heureusement pour Julie , sa femme de cham- bre rentra ; car il n'y a rien de plus odieux et de plus dégoûtant pour une femme que ces ca- resses qu'il est presque aussi ridicule de refuser que d'accepter.

— tt Marie » , dit madame de Chavemy , tt le corsage de ma robe bleue est beaucoup trop long. J'ai vu aujourd'hui madame de Begy qui a toujours un goût parfait , son corsage était certainement de deux bons doigts plus court. Tenez , faites un i^mpli avec des épingles , tout de suite, pour voir l'effet que cela fera. »

Ici s'établit entre la femme de chambre et la


Digitized by LjOOQIC


MÉPRISE. 19

maîtresse un dialogue des plus intéressans sur les dimensions précises que doit avoir un cor- sage. Julie savait bien que Ghavemy ne haïs- sait rien tant que d'entendre parler de modes , et qu'elle allait le mettre en fuite. Aussi après cinq minutes d'allées et venues, Ghavemy, voyant que Julie était tout occupée de son corsage , bâilla d'une manière effrayante , reprit son bougeoir et sortit cette fois pour ne plus revenir.


y Google


y Google


III


Digitized by VjOOQIC


Digitized by VjOOQIC


Le commandant Perrin était assis devant one petite table, et lisait avec attention. Sa redin- gote parfaitement brossée, son bonnet de police, et surtout la raideur inflexible de sa poitrine , annonçaient un vieux militaire. Tout était pro- pre dans sa chambre , mais de la plus grande simplicité. Un encrier et deux plumes toutes taillées étaient sur sa table à côté d'un cahier


Digitized by LjOOQIC


24 LA DOUBLE

de papier à lettres dont on n'avait pas usé une feuille depuis un an au moins. Si le comman- dant Perrin n'é crivait pas , en revanche il lisait beaucoup. Il lisait alors les u Lettres Persa- nes , » en fumant sa pipe d'écume de mer , et ces deux occupations attachaient tellement toute son attention , qu'il ne s'aperçut pas d'a- bord de l'entrée dans sa chambre du comman- dant de Ghâteaufort. C'était un jeune officier de son régiment , d'une figure charmante , fort aimable , un peu fat , très protégé du ministre de la guerre ; en un mot l'opposé du comman- dant Perrin sous presque tous les rapports. Cependant ils étaient amis , je ne sais pourquoi , et se voyaient tous les jours.

Châteaufort frappa sur l'épaule du comman- dant Perrin. Celui-ci tourna la tête sans quitter sa pipe. Sa première expression fut de joie , en voyant son ami ; la seconde de regret , le digne homme ! parce qu'il allait quitter son livre : la troisième indiquait qu'il avait pris son parti et qu'il allait faire de son mieux les honneurs de ton appartement. Il fouillait à sa poche pour chercher une clef qui ouvrait une armoire où était renfermée une précieuse boite de cigares que le commandant ne fumait pas lui-même ,


Digitized by LjOOQIC


MtPHISB. 25

et qu'il donnait un à un à son ami ; mais Ghà- teaofort , qui Favait vu déjà cent fois faire le même geste , s'écria : u Kestez donc, papa Perrin , gardez vos cigares. J'en ai sur moi, » Puis tirant d'un élégant étui de paille du Mexi- que un cigare couleur de cannelle , bien effilé des deux bouts , il l'alluma et s'étendit sur un petit canapé dont le commandant Perrin ne se servait jamais , la tête sur un oreiller , les pieds sur le dossier opposé. Ghàteaufort commença par s'envelopper d'un nuage de fumée, pendant que , les yeux fermés , il paraissait méditer pro- fondément sur ce qu'il avait à dire. Sa figure était rayonnante de joie , et il paraissait renfer- mer avec peine dans sa poitrine le secret d'un bonbeur qu'il brûlait d'envie de laisser deviner. Le commandant Perrin , ayant placé sa chaise en face du canapé , fuma quelque temps sans rien dire ; puis comme Ghàteaufort ne se pres- sait pas de parler , il lui dit : u Gomment se porte Ourika ? »

Il s'agissait d'une jument noire que Ghàteau- fort avait un peu surmenée et qui était menacée de devenir poussive. — «c Fort bien, » dit Ghàteaufort qui n'avait pas écouté la question. — u Perrin ! » s'écria-t-il en étendant vers lui

3


Digitized by LjOOQIC


26 LA DOUBLE

la jambe qui reposait sur le dossier du canapé , « savez-vous que vous êtes bien heureux de m'aToir pour ami ?....»

Le vieux commandant cherchait en lui-même quels avantages lui avait procurés la connais- sance de Ghàteaufort« et il ne trouvait guère que le don de quelques livres de Kanaster et quelques jours d'arrêts forcés qu'il avait subis pour s'être mêlé d'un duel où Ghâteaufort avait le premier rôle. Son ami lui donnait , il est vrai , de nombreuses marques de confiance. C'était toujours à lui qu'il s'adressait pour se faire remplacer quand il était de garde, ou quand il avait besoin d'un second.

Ghâteaufort ne le laissa pas long-temps à ses recherches H lui tendit une petite Jettre écrite sur du papier anglais satiné d'une jolie écriture en pieds de mouches. Le commandant Perrin fit une grimace qui chez lui équivalait à un sourire. Il avait vu souvent de ces lettres sati- nées et couvertes de pieds de mouches , adres- sées à son ami.

— tt Tenez, « dit celui-ci , « Lisez. G'est à moi que vous devez cela. » Perrin lut ce qui suit :


Digitized by LjOOQIC


HÉPKI8B. 27

« Vous seiiex bien aimable, eher Monsieur , « de Tenir diner avec nons. M. de Cbavemy « serait allé vous en prier , mais il a été obligé « de se rendre à une partie de chasse. Je ne « connais pas l'adresse de M. le commandant u Perrin , et je ne puis lui écrire pour le prier tt de vous accompagner. Vous m'avez donné « beaucoup d'envie de le connaître , et je vous « aurai une double obligation si vous l'amenez.

u Julie de Ghavehnt. »

« P. S. J'ai bien des remercimens à vous « faire pour la musique que vous avez pris la « peine de copier vous-même. Elle est ravis- <c santé , et il faut toujours admirer votre goût, u Vous ne venez plus à nos jeudis , vous savez « pourtant tout le plaisir que nous avons à « vous voir. »

— u Une jolie écriture , mais bien fine ! » dit Perrin en finissant , « mais diable ! son dîner me scie le dos ; car il faudra se mettre en bas de soie , et pas de fumerie après le diner ! n

— u Beau malheur , vraiment I préférer la plus jolie femme de Paris à une pipe!.... Ce


Digitized by LjOOQIC


â8 LA DOUBLE

que j*admire , c'est votre ingratitude. Vous ne me remerciez pas du bonheur que vous me devez. »


— « Vous remercier ! Mais ce n'est pas à vous que j'ai l'obligation de ce diner.... si obligation y a. )>

— « A qui donc ? )>

— « A Chaverny , qui a été capitaine chez nous. Il aura dit à sa femme : Invite Perrin , c'est un bon diable. Comment voulez -vous qu'une jolie femme que je n'ai vue qu'une fois, pense à inviter une vieille culotte de peau comme moi ? « 

Ghâteaufort sourit en se regardant dans la glace très étroite qui décorait la chambre du commandant.

— Vous n'avez pas de perspicacité aujour- d'hui, papa Perrin. Relisez-moi ce billet et vous y trouverez peut-être quelque chose que vous n'y avez pas vu.»


Digitized by VjOOQIC


HÉPHISB. S9

Le commandant tourna , retourna le billet et ne yit rien.

— u Gomment ! vieux dragon ! » s'écria Chà- teaufort, » vous ne voyez pas qu'elle vous invite afin de me faire plaisir, seulement pour me prouver qu'elle fait cas de mes amis... qu'elle veut me donner la preuve... de....? »

— « De quoi ? » interrompit Perrin.

— « De.... vous savez bien de quoi. »

— « Qu^elle vous aime?» demanda le com- mandant d'un air de doute.

Ghâteaufort siffla sans répondre.

— u Elle est donc amoureuse de vous. >» Ghâteaufort sifflait toujours.

— u Elle vous l'a dit? n

— « Mais.... cela se voit , ce me semble. »

— u Gomment ? dans cette lettre ? n

3.


Digitized by VjOOQIC


30 LA BOQUB

— « San» doute. »»

Ce fut le tour de Perrin à siffler. Son sifflet fut aussi significatif que le fameux u LilUburelloi^ de mon oncle Tobie.

— <( Gomment ! » s'écria Ghâteaufort , ar- rachant la lettre des mains de Perrin , u vous ne voyez pas tout ce qu'il a de... tendre... Oui, de tendre là-dedans ? Qu'avez-vous à dire à ceci : u Cher Monsieur ? n Notez bien que dans un autre billet elle m^ëcrivait uMonsieur.n tout court. « Je vous aurai une double obligation , tu cela est positif. Et voyez-vous, il y a un mot effacé après , c'est mille; elle voulait mettre mille amitiés y mais elle n'a pas osé ; mille corn- plimens, ce n'était pas assez. •• Elle n'a pas fini son billet. •• Oh ! mon ancien , voulez-vous par hasard qu'une femme bien née comme madame de Ghavemy aille se jeter à la tête de votre serviteur, comme ferait une petite grisette...? Je vous dis moi que sa lettre est charmante , et qu'il faut être aveugle pour ne pas y voir de la passion*. .. Et les reproches de la fin, parce que je manque à un seul jeudi , qu'en dites-vous?»


Digitized by VjOOQIC


MtPRISE. 31

— « Pauvre petite femme , s'écria Perrin , ne t'amourache pas de celui-là : tu t'en repen- tirais bien vite ! »

Ghâtçaufort ne fit pas attention à la proso- popée de son ami , mais prenant un ton de Toix bas et insinuant : « Savez-vous , mon cher » , dit-il , « que vous pourriez me rendre un grand service ? »

— « Gomment ? « 

— u n faut que vous m'aidiez dans cette affaire. Je sais que son mari est très mal pour elle — c'est un animal qui la rend malheu- reuse.... vous l'avez connu, vous, Perrin, dites bien à sa femme que c'est un brutal , un homme qui a la réputation la plus mau- vaise.... »

— « Oh !... »

— c( Un libertin.... vous le savez. Il avait des maîtresses lorsqu'il était au régiment ; et quelles maîtresses ! Dites tout cela à sa femme.»


Digitized by LjOOQIC


3â LÀ DOUBLE

— <( Oh ! comment dire cela ? Entre l'arbre etrécorce.... »

— « Mon Dieu ! il y a manière de tout dire ! . . . Surtout dites du bien de moi. »

— <c Pour celac'est plus facile. Pourtant....»

— « Pas si facile , écoutez ; car , si je vous laissais dire , vous feriez tel éloge de n^oi qui n'arrangerait pas mes affaires.... Dites-lui que, depuis quelque temps, tous remarquez que je suis triste , que je ne parle plus , que je ne mange plus....n

— tt Pour le coup ! » s'écria Perrin avec un gros rire , qui faisait faire à sa pipe les raou- vemens les plus ridicules, «jamais je ne pourrai dire cela en face à madame de Ghaverny. Hier soir encore , il a presque fallu vous emporter après le diner que les camarades nous ont donné.»

— u Soit , mais il est inutile de lui conter cela. Il est bon qu'elle sache que je suis amou- reux d'elle; et ces faiseurs de romans ont per-


Digitized by VjOOQIC


MÉPHI9B. 33

snadé aux femmes qu'un homme qui boit et mange ne peut être amoureux. »

— u Quant à moi , je ne connais rien qui me fasse perdre le boire ou le manger. »

— Eh bien ! mon cher Perrin , « dit Château- fort , en mettant son chapeau et arrangeant les boucles de ses cheveux , voilà qui est convenu ; jeudi prochain je viens vous prendre ; souliers et bas de soie , tenue de rigueur ! Surtout n'ou- bliez pas de dire des ho rreurs du mari , et beaucoup de bien de moi. »

Il sortit en agitant sa badine avec beaucoup de grâce , laissant le commandant Perrin fort préoccupé de l'invitation qu'il venait de rece- voir , et encore plus perplexe en songeant aux bas de soie et à la tenue de rigueur.


Digitized by VjOOQIC


Digitized by VjOOQIC


IV


y Google


Digitized by VjOOQIC


Plusieurs personnes invitées à dîner chez madame de Ghaverny s*ëtant excusées , le dîner se trouva quelque peu triste. Châteaufort était à côté de Julie , fort empressé à la servir , ga- lant et aimable à son ordinaire. Pour Ghaverny, qui avait fait une longue promenade à cheval le matin , il avait un appétit prodigieux. Il mangeait donc et buvait de manière à en don-

4


Digitized by VjOOQIC


38 Là dooblb

ner envie aux plus malades. Le commandant Perrin lai tenait compagnie , lui versant souvent à boire , et riant à casser les verres tontes les fois que la grosse gaieté de son hôte lai en fournissait l'occasion. Chavemy , se retrouvant avec des militaires , avait repris aussitôt sa bonne humeur et ses manières du régiment ; d'ailleurs il n'avait jamais été des plus délicats dans le choix de ses plaisanteries. Sa femme prenait un air froidement dédaigneux à chaque saillie incongrue : alors elle se tournait du côté de Ghàteaufort , et commençait un aparté avec lui , pour n'avoir pas l'air d'entendre une con- versation qui lui déplaisait souverainement.

Voici un échantillon de l'urbanité de ce mo- dèle des époux. Vers la fin du diner , la con- versation étant tombée sur l'Opéra , on discutait le mérite relatif de plusieurs danseuses, et entre autres on vantait beaucoup mademoiselle***. Sur quoi , Ghàteaufort renchérit beaucoup , louant surtout sa grâce , sa tournure et son air décent.

Perrin , que Ghàteaufort avait mené à l'Opéra quelques jours auparavant , et qui n'y était allé


Digitized by LjOOQIC


MtPBISB. S9

que cette seule fois , se sonrenait fort bien de mademoiselle ***.

— tt Est-ce » , dit-il , « cette petite en rose , qui saute comme un cabri ?. • . qui a des jambes dont vous parliez tant, Chàteaufort? n

— u Ah ! vous parliez de ses jambes n , s'écria Chayerny. u Mais, savez-vous que si vous en parlez trop , vous vous brouillerez* avec votre général le duc de J*** ? Prenez garde à vous , mon camarade ! »

— u Mais je ne le suppose pas tellement jaloux qu'il défende de les regarder au travers d'une lorgnette. »

— « Au contraire , car il en est aussi fier que s'il les avait faites. Qu'en dites-vous , comman- dant Perrin ? »

— u Je ne me connais guère qu'en jambes de chevaux , » répondit modestement le vieux soldat.

— u Elles sont en vérité admirables , » reprit Ghavemy , « et il n'y en a pas de plus belles à


KGoogle


AO LA DOUBLE

Paris , excepté celles. •. » Il s'arrêta et se mit à friser sa moustache d*an air goguenard en re- gardant sa femme , qui rougit aussitôt jusqu'aux épaules.

— tt Excepté celles de mademoiselle D*** , » interrompit Ghàteaufort en citant une antre danseuse.

— tt Non , » répondit Chavemy du ton tra- gique de Hamlet : — u mais regarde ma femme.

Julie devint pourpre d'indignation. Elle lança à son mari un regard rapide comme Téclair , mais où se peignait le mépris et la fureur» Puis , s*efforçant de se contraindre , elle se tourna brusquement vers Ghàteaufort : «t II faut , » dit-elle d'une voix légèrement tremhlante , « il faut que nous étudiions le duo de Maometto. Il doit être parfaitement dans votre voix. »

Ghavemy n'était pas aisément démonté. u Ghàteaufort, » poursuivit-il, « savez-vous que j'ai voulu faire mouler autrefois les jambes dont je parle ; mais on n'a jamais voulu le per- mettre. »

Ghàteaufort , qui éprouvait une joie très vive


Digitized by LjOOQIC


MÉPBISB. 41

de cette impertinente révélation , n'eut pas Fair d*aToir entendu, et parla de Maometto arec madame de Ghavemy.

— u La personne dont je parle , » continua l'impitoyable mari , « se scandalisait ordinaire- ment quand on lui rendait justice sur cet article, mais au fond elle n'en était pas fâchée. Savez- Yous qu'elle se fait prendre mesure par son marchand de bas... — Ma femme, ne tous fâchez i^9i9^,,. êa marchande y veux-je dire. £t lorsque j'ai été â Bruxelles , j'ai emporté trois pages de son écriture contenant les instructions les plus détaillées pour des emplettes de bas. »

Mais il avait beau parler, Julie était déter- minée à ne rien entendre. Elle causait avec Ghàteaufort , et lui parlait avec une affectation de gaieté , et son sourire gracieux cherchait à lui persuader qu'elle n'écoutait que lui. Ghà- teaufort , de son côté , paraissait tout entier au Maometto ; mais il ne perdait rien des imper- tinences de Ghaverny.

Après le diner on fit de la musique , et ma- dame de Ghaverny chanta au piano avec Ghà- teaufort. Ghaverny disparut au moment où le

4.


Digitized by VjOOQIC


42 LA DOUBLE MÉPBISB.

piano s'ouvrit. Plusieurs visites survinrent, mais n'empéclièrent pas Ghâteaufort de parler bas très souvent à Julie. En sortant , il déclara à Perrin qu'il n'avait pas perdu sa soirée , et que ses affaires avançaient.

Perrin trouvait tout simple qu'un mari parlât des jambes de sa femme ; aussi , quand il fut seul dans la rue avec Ghâteaufort, il lui dit d'un ton pénétré : — « Gomment vous sentez-vous le cœur de troubler un si bon ménage? il aime tant sa petite femme ! »


y Google


y Google


Digitized by VjOOQIC


Depuis un mois Chavemy était fort préoc- cupé de l'idée de devenir gentilhomme de la chambre.

On s'étonnera peut-être qu'un homme gros , paresseux, aimant ses aises, fut accessible à une pensée d'ambition : mais il ne manquait pas de bonnes raisons pour justifier la sienne.


Digitized by VjOOQIC


46 LA DOUBLE

<c D'abord , » disait-il à ses amis , « je dépense beaucoup d'argent en loges, que je donne à des femmes. Quand j'aurai un emploi à la cour , j'aurai , sans qu'il m'en coûte un sou , autant de loges que je voudrai. Et l'on sait tout ce que l'on obtient avec des loges ! £n outre , j'aime beaucoup la chasse ; les chasses royales seront à moi. Enfin maintenant que je n'ai plus d'uni- forme, je ne sais comment m'habiller pour aller aux bals de Madame , je n'aime pas les habits de marquis : un habit de gentilhomme de la chambre m'ira très-bien. » En consé- quence il sollicitait. Il avait voulu que sa femme spllicitât aussi ; mais elle s'y était refusée obsti- nément, bien qu'elle eût plusieurs amies très puissantes. Ayant rendu quelques petits ser- vices au duc de H*** , qui était alors fort bien en cour , il attendait beaucoup de son crédit. Son ami Châteaufort , qui avait aussi de très- belles connaissances, le servait avec un zèle et un dévouement tels que vous en rencon- trerez peut-être, si vous êtes le mari d'une jolie femme.

Une circonstance avança beaucoup les afifaires deGiavemy, bien qu'elle pût avoir pour lui des conséquences assez funestes. Madame de


Digitized by LjOOQIC


■ÉPRISE. 47

Oiavemy s'était procaré, non sans quelque peine , une logfe à l'Opéra un certain jour de première représentation. Cette loge était à six places. Son mari , par extraordinaire , et après de yires remontrances avait consenti à l'accom- pagner. Or Julie voulait offrir une place à Châ- teaufort; et sentant qu'elle ne pouvait aller seule avec lui à l'Opéra , elle avait obligé son mari à venir à cette représentation.

Aussitôt après le premier acte, Chaverny sortit , laissant sa femme en téte-à-téte avec son ami. Tous les deux gardèrent d'abord le silence d'un air un peu embarrassé ; Julie , parce qu'elle était embarrassée elle-même depuis quelque temps quand elle se trouvait seule avec Ghâ- teaufort ; celui-ci , parce qu'il avait ses projets, et qu'il avait trouvé bienséant de paraître ému. Jetant à la dérobée un coup-d'œil sur la salle, il vit avec plaisir plusieurs lorgnettes de con- naissance dirigées sur sa loge. Il éprouvait une vive satisfaction à penser que plusieurs de ses amis enviaient son bonheur, et peut-être le supposaient beaucoup plus grand qu'il n'était en réalité.

Julie, après avoir senti sa cassolette et son


DigitizedbyLaOOQlC _


48 LA DOUBLE

bouquet à plusieurs reprises , parla de la cha- leur, du spectacle, des toilettes. Ghâteaofort écoutait avec distraction , soupirait , s'agitait sur sa chaise , regardait Julie et soupirait encore. Julie commençait à s'inquiéter. Tout d'un coup il s'écria :

— il Combien je regrette le temps de la che- valerie ! n

— « Le temps de la chevalerie! pourquoi donc? » demanda Julie. « Sans doute parce que le costume du moyen-âge vous irait bien ? n

— <( Vous me croyez bien fat ! » dit-il d'un ton d'amertume et de tristesse. — u Non, je regrette ce temps-là... , parce qu'un homme qui se sentait du cœur... pouvait aspirera... à bien des choses... £n définitive, il ne s'agis- sait que de pourfendre un géant pour plaire à une dame. • . Tenez , vous voyez ce grand colosse au balcon. Je voudrais que vous m'ordonnassiez d'aller lui demander sa moustache. •• pour me donner ensuite la permission de vous dire trois petits mots sans vous fâcher, n

— « Quelle folie ! n s'écria Julie rougissant


Digitized by VjOOQIC


■tpmisB. 40

jusqu'au blanc des yeux , car elle devinait déjà ces trois petits mots. — « Mais voyez donc ma- dame de Sainte-Hermine. Décolletée à son âge et en toilette de bal ! »


— u Je ne vois qu'une cbose , c'est que vous ne voulez pas m'entendre, et il y a long-temps que je m'en aperçois... Vous le voulez , je me tais ; mais. . . » ajouta-t-il très bas et en soupi- rant, u TOUS m'avez compris.... »

— u Non en vérité , » dit sèchement Julie. tt Mais où donc est allé mon mari? »

. Une visite survint fort à propos pour la tirer d'embarras. Giâteaufort n'ouvrit pas la bouche : il était pâle et paraissait profondément affecté. Lorsque le visiteur sortit, il fit quelques remar- ques indifférentes sur le spectacle. Il y avait de longs intervalles de silence entre eux.

Le second acte allait commencer , quand la porte de la loge s'ouvrit , et Chavemy parut , introduisant une dame très jolie et très parée, coiffée de magnifiques plumes roses. Il était suivi du duc de H***.

5




Digitized by VjOOQIC


— tt Ma chère amie, » dit-il à sa femme, uj'ai trouvé monsieur le duc et Madame, dans une horrible loge de côté d'où Ton ne peut voir les décorations. Ils ont eu la bonté d'accepter une place dans la nôtre. » Julie s'inclina froide- ment ; le duc de H*** lui déplaisait. Le duc et la dame se confondaient en excuses et craignaient de la déranger. Il se fit un mouvement et un combat de générosité pour se placer. Pendant le désordre qui s'ensuivit , Ghàteaufort se pencha à l'oreille de Julie , et lui dit très bas et très vite : « Pour l'amour de Dieu, ne vous placez pas sur le devant de la loge ! » Julie fut fort étonnée et resta à sa place. Tous étant assis, elle se tourna vers Ghàteaufort et lui demanda d'un regard un peu sévère l'explication de celte énig- me. Il était assis, le cou raide, les lèvres pin- cées , et toute son attitude annonçait qu'il était prodigieusement contrarié. En y réfléchissant Julie interpréta assez mal la recommandation de Ghàteaufort. Elle pensa qu'il voulait lui par- ler bas pendant la représentation et continuer ses étranges discours , ce qui lui était impos- sible si elle restait sur le devant. Lorsqu'elle reporta ses regards vers la salle, elle remarqua que plusieurs dames dirigeaient leurs lorgnettes vers sa loge ; mais il en est toujours ainsi à l'appa-


/ /


dby Google


HtFillSE* 51

rition d'une fi^re nouTelle. — On chuchotait, on souiait, mais qu'y avait-il d'extraordinaire? On est si petite Tille à l'Opéra.

La dame inconnue se pencha vers le boaquet de Jnlie , et lui dit avec un sourire charmant : tt Vous avez là un superbe bouquet , Madame ! Je suis sûre qu'il a dû coûter bien cher dans cette saison. Au moins dix francs? mais on tous l'a donné? c'est un cadeau sans doute? Les da- mes n'achètent jamais leurs bouquets. »

Julie ouvrait de grands yeux et ne savait avec quelle provinciale elle se trouvait. — « Duc, » dit la dame d'un air languissant , u allez me chercher un bouquet. » Qiavemy se précipita vers la porte , le duc voulait l'arrêter , la dame aussi ; elle n'avait plus envie du bouquet. — Jnlie échangea un coup d'œil avec Ghâteaufort. Il voulait dire : Je vous remercie , mais il est trop tard. — Pourtant elle n'avait pas encore deviné juste.

Pendant toute la représentation la dame in- connue parla musique à tort et à travers. Elle questionnait Julie sur le prix de sa robe , de ses bijoux y de ses chevaux. Jamais Julie n'avait vu


Digîtized by VjOOQIC


52 LA DOUBLE

des manières semblables. Elle conclut cpie l'in- connue devait être une parente du duc , arrivée récemment de la Basse-Bretagne. Lorsque Gha- verny revint avec un énorme bouquet , bien plus beau que celui de sa femme , ce fut une admiration et des remerciemens , et des excuses à n'en pas finir.

— u Monsieur de Ghaverny , je ne suis pas ingrate , » dit la dame aux plumes roses après une longue tirade , «c pour vous le prouver , faites-moi penser à vous promettre quelque chose, comme dit Potier. Vrai , je vous broderai une l^ourse quand j'aurai fini celle que j'ai promise au duc. n

Enfin l'opéra finit a la grande satisfaction de Julie , qui se sentait mal à l'aise à côté de sa singulière voisine. Le duc lui o£fritlebras , Gha- verny prit celui de l'autre dame. Ghàteaufort , l'air sombre et mécontent, marchait derrière Julie , saluant d'un air contraint les personnes de sa connaissance qu'il rencontrait sur l'es- calier.

Quelques dames passèrent auprès d'eux. Julie les connaissait de vue. Un jeune homme leur


Digitized by VjOOQIC


MtPRISB. 53

parla bas , et en ricanant ; elles regardèrent aussitôt aTec un air de très vive curiosité Gha- vemy et sa femme , et l'une d'elles s*ëcria : u Est-il possible ! »

La voiture du duc parut ; il salua madame de Ghaverny en lui renouvelant avec chaleur tous ses remerciemens pour sa complaisance. Gha- verny voulant reconduire la dame inconnue jusqu'à la voiture du duc , Julie et Ghâteaufort restèrent seuls un instant.

— i( Quelle est donc cette dame? » demanda Julie.

— u Je ne dois pas vous le dire... car cela est bien extraordinaire ! »

— u Gomment? »

— tt Au reste , toutes les personnes qui vous connaissent sauront bien à quoi s'en tenir. . . Mais Ghaverny !... Je ne l'aurais pas cru. »

— u Mais enfin qu'est-ce donc ? Parlez , au nom du ciel ! Quelle est donc cette dame? »

Ghaverny revenait. Ghâteaufort répondit

5.


Digitized by VjOOQIC


54 LA DOVfiLB

firoidement : — «c La maîtresse du duc de H*"*"" , madame Mélanie R***. »


— u Bon Dieu ! » s'écria Julie en regardant Ghàteaufort d'un air stupéfait , cela est impos- sible ! »

Ghàteaufort haussa les épaules , et en la con- duisant à sa voiture , il ajouta : « C'est ce que disaient ces dames que nous avons rencontrées sur l'escalier. Pour l'autre , c'est une personne comme il faut dans son genre. Quarante mille francs par an ne seraient rien. Il faut des soins , des égards..» »

•— u Chère amie , )> dit Chavemy d'un ton joyeux 9 <c vous n'avez pas besoin de moi pour vous reconduire. Bonne nuit. Je vais souper chez le duc. )>

Julie ne répondit rien.

— tt Châteaufort , >» poursuivit Chavemy , voulez-vous venir avec moi chez le duc? Vous êtes invité. On vient de me le dire. On vous a remarqué. Vous avez plu , bon sujet ! )>


Digitized by LjOOQIC


MtFlISE. 55

Ghâteaufort remercia froidement. Il salua ma- dame de Ghavemy qai mordait son mouchoir ayec rage lorsque sa voiture partit.

— u Ah çà , mon cher , » dit GhaTerny , u au moins tous me mènerez dans votre cabriolet jusqu'à la porte de cette infisuite. »

^- u Volontiers , » répondit gaiement Châ- teaufort ; u mais à propos , savez-vous que votre femme a compris à la fin à côté de qui elle était ? »

— tt Impossible. »

— « Soyez-en sûr , et ce n'était pas bien de votre part. »

— <c Bah ! elle a très bon ton ; et puis on ne la connaît pas encore beaucoup. Le duc la mène partout. »


y Google


y Google


VI


Digitized by VjOOQIC


Digitized by VjOOQIC


Madame de Chavemy passa une nuit fort agitée. La conduite de son mari à TOpëra met- tait le comble à tous ses torts , et lui semblait devoir exiger une séparation immédiate. Elle aurait le lendemain une explication avec lui , et lui signifierait son intention de ne plus vivre sous le même toit avec un homme qui l'avait compromise d'une manière aussi cruelle. Pour-


Digitized by VjOOQIC


60 LA DOUBLE

tant cette explication Tefifrayait. Jamais elle n'avait eu une conversation sérieuse avec son mari. Jusqu'alors elle n'avait exprimé son mé- contentement que par des bouderies auxquelles Chaverny n'avait fait aucune attention ; car , laissant à sa femme une entière liberté , il ne se serait jamais avisé de croire qu'elle lui refuse- rait riûdulgence dont au besoin il était disposé à user envers elle.

Elle craignait surtout de pleurer au milieu de cette explication , et que Ghavemy n'attri- buât ses larmes à un amour blessé. C'est alors qu'elle regrettait vivement l'absence de sa mère qui aurait pu lui donner un bon conseil , ou se charger de prononcer la sentence de sépara- tion. Toutes ces réflexions la jetèrent dans une grande incertitude, et quand elle s'endormit elle avait pris la résolution de consulter une dame de ses amies qui l'avait connue fort jeune, et de s'en remettre à sa prudence pour la con- duite a tenir à l'égard de Ghavemy.

Tout en se livrant à son indignation elle n'avait pu s'empêcher de faire involontairement un parallèle entre son mari et Ghàteaufort. L'énorme inconvenance du premier faisait res-


Digitized by VjOOQIC


MiPRISB. 61

sortir la délicatesse da second , et elle recon- naissait avec un certain plaisir, qu'elle se reprochait toutefois , que Tamant était plus soucieux de sa réputation que le mari. Cette comparaison morale Tentrainait malgré elle à constater Félégance des manières de Château- fort et la tournure médiocrement distinguée de Chaverny. Elle voyait son mari avec son ventre un peu proéminent faisant lourdement Tem- pressé auprès de la maîtresse du duc de H*** , tandis que Châteaufort , encore plus respectueux que de coutume , semblait chercher à retenir autour d'elle la considération que son mari pouvait lui faire perdre. Enfin comme nos pen- sées nous entraînent malgré nous , elle se re- présenta plus d'une fois qu'elle pouvait bien devenir veuve ', et qu'alors jeune, riche, rien ne s'opposerait à ce qu'elle couronnât légitime- ment l'amour constant du jeune chef d'escadron. Un essai malheureux ne concluait rien contre le mariage , et si ratta.chement de Châteaufort était véritable.. • mais alors elle chassait ces pensées dont elle rougissait , et se promettait de mettre plus de réserve que jamais dans ses relations avec lui.

Elle se réveilla avec un grand mal de tête ,

6


Digitized by LjOOQIC


dd l(A B01JBI.I

et plus éloignée que jamais d'une explication, décisive. Elle ne youlat pas descendre ponr d^emier de penr de rencontrer son mari , se fit apporter da thé dans sa chambre , et demanda sa Yoitare pour aller chez madame Lambert , cette amie qu'elle voulait consulter. Cette dame était alors à sa campagne , à P.

En déjeunant elle ouvrit un journal. Le pre- mier article qui tomba sous ses yeux était ainsi conçu : « M. Darcy, premier secrétaire de « l'ambassade de France à Gonstantinople ,^e8t « arrivé avant-hier à Paris chargé de dépè- «c ches. Ce jeune diplomate a eu immédiatement « après son arrivée une longue conférence « avec S. Exe. M. le ministre des affaires « étrangères. »

— « Darcy à Paris I » s'écrîa-t-elle. « J'au- rai du plaisir à le revoir. Est-il changé? Est-il devenu bien roide ? — u Ce jeune diplomate / » Darcy , jeune diplomate ! Et elle ne put s'em- pêcher de rire toute seule de ce mot : « Jeune diplomate, »

Ce Darcy venait autrefois fort assidûment aux soirées de madame de Lussan ; il était alors at-


Digitized by LjOOQIC


HtPRISI. 03

taché an ministère des affaires étrangères. Il avait quitté Paris quelque temps avant son ma- riage , et depuis elle ne Tavait pas revu. Seule- ment elle savait qu'il avait beaucoup voyagé.

Elle tenait encoi'e le journal à la main lors- que son mari entra. Il paraissait d'une humeur charmante. A son aspect elle se leva pour sor- tir; mais comme il aurait fallu passer tout près de lui pour entrer dans son cabinet de toilette , elle demeura debout à la même place , mais telle- ment émue que sa main , appuyée sur sa petite table à thé , faisait distinctement trembler le cabaret de porcelaine.

— <c Ma chère amie , » dit Chavemy, « je viens vous dire adieu pour quelques jours. Je vais chasser chez le duc de H***. Je vous dirai qu'il est enchanté de votre politesse d'hier soir. — Mon affaire marche bien ; et il m'a promis de me recommander au roi de la manière la plus pressante. »

Julie pâlissait et rougissait tour a tour en l'écoutant.

— « M. le duc de H*** vous doit cela... i>


Digitized by VjOOQIC


^•^ l'A DOUBLE MÉPRISE.

dit-elle d'une voix tremblante, u II ne peut faire moins pour quelqu'un qui compromet sa femme de la manière la plus scandaleuse avec les mai- tresses de son protecteur. ?»

Puis faisant un eflfort désespéré , elle traversa la chambre d'un pas majestueux , et entra dans son cabinet de toilette dont elle ferma la porte avec force.

Chavemy resta un instant la tête basse et l'air confus.

— « D'où diable sait-elle cela? » pensa-t-il. « Qu'importe , après tout? ce qui est fait est fait ! » — Et comme ce n'était pas son habitude de s'arrêter long -temps sur une idée désagréa- ble, il fit une pirouette, prit un morceau de sucre dans le sucrier , et cria la bouche pleine à la femme de chambre qui entrait : u Dites à ma femme que je resterai quatre à cinq jours chez le duc de H*** , et que je lui enverrai du gibier. »

Il sortit ne pensant plus qu'aux faisans et aux daims qu'il allait tuer.


Digitized by VjOOQIC


VII


Digitized by VjOOQIC


Digitized by VjOOQIC


Jdie partit pour P... avec un redoublement de colère contre son mari ; mais cette fois c'était pour un motif assez frivole. Il avait pris pour aller au château du duc de H'*'* la calèche neuve , laissant à sa femme une autre voiture qui 9 au dire du cocher , avait' besoin de répa- rations.


Digitized by VjOOQIC


LA DOUBLE


Pendant la route madame de Ghavemy s'ap- prêtait à raconter son aventure à madame Lam- bert. Malgré son chagrin, elle n'était pas insensible à la satisfaction que donne à tout narrateur une histoire bien contée , et elle se préparait à son récit en cherchant des exordes , et commençant tantôt d'une manière, tantôt d'une autre. Il en résulta qu'elle vit les énormi- tés de son mari sous toutes leurs faces , et que son ressentiment s'en augmenta en proportion .

Il y a , comme chacun sait , quatre lieues de Paris à P..., et quelque long que fût le réqui- sitoire de madame de Ghavemy , on conçoit qu'il est impossible , même à la haine la plus envenimée, de retourner la même idée pendant quatre lieues de suite. Aux sentimens violons que les torts de son mari lui inspiraient venaient se joindre des souvenirs doux et mélancoli- ques , par cette étrange faculté de la pensée ' humaine qui associe souvent une image riante à une sensation pénible.

L'air pur et vif, le beau soleil , les figures insouciantes des passans contribuaient aussi à la tirer de ses réflexions haineuses. Elle se rap- pela les scènes de son enfance et les jours où


Digitized by LjOOQIC


■ÉPBISE. 69

elle allait se promener à la campagne avec des jeunes personnes de son âge. Elle revoyait ses compagnes de couvent ; elle assistait à leurs jeux , à leurs repas. Elle s'expliquait des confi- dences mystérieuses qu'elle avait surprises aux grandes , et ne pouvait s'empêcher de sourire en songeant à cent petits traits qui trahissent de si bonne heure l'instinct de la coquetterie chez les femmes.

Puis elle se représentait son entrée dans le monde. Elle dansait de nouveau aux bals les plus brillans qu'elle avait vus dans l'année qui suivit sa sortie du couvent. Les autres bals, elle les avait oubliés; on se blase si vite. Mais ces bals lui rappelèrent son mari. — u Folle que j'é- tais ! » se dit-elle. « Gomment ne me suis-je pas aperçue à la première vue que je serais malheureuse avec lui? » Tous les disparates , toutes les platitudes de fiancé que le pauvre Chaverny lui débitait avec tant d'aplomb un mois avant son mariage , tout cela se trouvait noté , enregistré soigneusement dans sa mé- moire. En même temps , elle ne pouvait s'em- pêcher de penser aux nombreux admirateur, que son mariage avait réduits au désespoir , et qui ne s'en étaient pas moins mariés eux-mê-


Digitized by VjOOQIC


70 LA DOUBLE

mes ou consolés aatrement peu de mois après.

— u Aurais-je été heureuse avec un autre que lui?» se demanda-t-elle. u A... est décidément un sot ; mais il n'est pas offensif , et Amélie le gouverne à son gré. Il y a toujours moyen de vivre avec un mari qui obéit. — B... a des mai- tresses , et sa femme a la bonté de s'en affliger. Pauvre esprit ! D'ailleurs il est rempli^d'égards pour elle , et... je n'en demanderais pas davan- tage. — Le jeune comte de G..., qui toujours lit des pamphlets , et qui se donne tant de peine pour devenir un jour un bon député , peut-être fera- 1 -il un bon mari. Oui , mais tous ces gens- là sont ennuyeux, laids , sots... n Gomme elle passait ainsi en revue tous les jeunes gens qu'elle avait connus étant demoiselle , le nom de Darcy se présenta à son esprit pour la seconde fois.

Darcy était autrefois , dans la société de ma- dame de Lussan, un être sans conséquence, c'est-à-dire que l'on savait... les mères savaient

— que sa fortune ne lui permettait pas de son- ger à leurs filles. Sa figure, quoique distinguée, n'était pas assez belle pour leur faire tourner la tête* D'ailleurs il avait la réputation d'un ga- lant homme. Un peu misanthrope et caustique, il se plaisait beaucoup , seul au milieu d'un


Digitized by VjOÔQIC


HtPlISB. 71

œrcle de demoiselles , a se moquer des ridi- cales et des prétentions des autres jeunes gens. Lorsqu'il parlait bas à une demoiselle , les mè- res ne s'alarmaient pas , car leurs filles riaient toat haut , et les mères de celles qui avaient de belles dents disaient même que M. Darcy était fort aimable.

Une conformité de goûts et une crainte réci- proque de leur talent de médire avaient rap- proché Julie et Darcy. Ils avaient fait , après quelques escarmouches , un traité de paix , une alliance offensive et défensive; ils se ména- geaient mutuellement et ils étaient toujours unis pour faire les honneurs de leurs connaissances.

Un soir on avait prié Julie de chanter je ne sais quel morceau. Elle avait une belle voix, et elle le savait. Elle s'approcha du piano, et regarda les femmes d'un air un peu fier avant de chanter , et comme si elle voulait les défier. Or , ce soir-là , quelque indisposition ou une fatalité malheureuse la privait de presque tous ses moyens. La première note qui sortit de ce gosier ordinairement si mélodieux se trouva décidément fausse. Julie se troubla, chanta tout de travers , manqua tous les traits ; bref le


Digitized by VjOQQIC


72 LA DOUBLE

fiasco fut écktant. La pauvre Julie quitta le piano tout effarée , près de fondre en larmes , et en retournant à sa place elle ne put s'empê- cher de remarquer la joie maligne que cachaient mal ses compagnes en voyant humilier son or- gueil. Les hommes mêmes semblaient compri- mer avec peine un sourire moqueur. Elle baissa les yeux de honte et de colère , et fut quelque temps sans oser les lever. La première figure amie qu'elle aperçut lorsqu'elle releva la tête , fut celle de Darcy. Il était pâle et ses yeux rou- laient des larmes ; il paraissait plus touché de sa mésaventure qu'elle ne l'était elle-même. — <c II m'aime ! » pensa-t^lle. « Il m'aime véri- tablement. » La nuit elle ne dormit guère , et la figure triste de Darcy était toujours devant ses yeux. Pendant deux jours die ne songea qu'à lui et à la passion secrète qu'il devait nour* rir pour elle. Le roman avançait déjà lorsque madame de Lussan trouva chez elle une carte de M. Darcy avec ces trois lettres P. P. C. — u Où va donc M. Darcy ? » demanda Julie à un jeune homme qu'elle connaissait. — « Où il va ? » Ne le savez-vous pas? A Gonstanti- nople. U part cette nuit en courrier. »

— « Il ne m'aime donc pas ! >> pensa-t-elle.


Digitized by LjOOQIC


MÉPRISE. 73

Hait jours après Darcy était oablië. De son côté Darcy , qui était alors assez romanesque , fat hait mois sans oublier Julie. Pour excuser celle- ci , et expliquer la prodigieuse différence de constance , il faut réfléchir que Darcy vivait au milieu des barbares , tandis que Julie était, à Paris entourée d'hommages et de plaisirs.

Quoi qu'il en soit , six ou sept ans après leur séparation , Julie , dans sa voiture , sur la route de P..., se rappelait l'expression mélancolique de Darcy le jour où elle chanta si mal ; même, s'il faut l'avouer, elle pensa à l'amour probable qu'il avait alors pour elle. Tout cela l'occupa assez vivement pendant une demi-lieue. En- suite M. Darcy fut oublié pour la troisième fois.


y Google


y Google


VIII


Digitized by VjOOQIC


Digitized by VjOOQIC


Julie ne fat pas peu contraiiëe lorsqu'en en*-

trant à P elle vit dans la cour de madame

Lambert une Toiture dont on dételait les che- vaux , ce qui annonçait une visite qui devait se prolonger. Impossible par conséquent d'enta- mer la discussion de ses griefs contre M. de Chavemy.


Digitized by VjOOQIC


78 LA DOUBLI

Madame Lambert , lorsque Jalie entra dans le salon , était avec une dame que Julie avait rencontrée dans le monde , mais qu'elle connais- sait à peine de nom. Elle eut peine à cacher l'expression de mécontentement qu'elle éprou- vait d'avoir fait inutilement le voyage <îe P...

— « Eh ! bonjour donc , chère belle , » s'é- cria madame Lambert en l'embrassant, u que je suis contente de voir que vous ne m'avez pas oubliée f Vous ne pouviez venir plus à propos , car j'attends aujourd'hui je ne sais combien de gens qui vous aiment à la folie. »

Julie répondit d'un air un peu contraint qu'elle avait cru trouver madame Lambert toutp seule.

— « Ils vont être ravis de vous voir , » reprit madame Lambert. Ma maison est si triste depuis le mariage de ma fille , que je suis trop heu- reuse quand mes amis veulent bien s'y donner rendez-vous. Mais , chère belle ,. qu'avez-vous fiait de vos belles couleurs ? Je vous trouve bien pale aujourd'hui, n

Julie inventa un petit mtsnsonge ; la longueur de la route... , la poussière... le soleil...


Digitized b^ VjOOQIC


HÉP1I8B. 79

— « «Tai prëciséineiil aujourd'hui à dhier un deTOS adorateurs, à qui je y ai» faire une agréa* ble surprise ; M. de Ghâteaufort , et probable- ment son fidèle Achate , le ocHnmandaot Perrin.

— «c J'ai eu le plaisir de recevoir dernière- ment le commandant Perrin, i> dit Julie en rou- gissant un peu , car elle pensait à Ghâteaufort.

— « J'ai aussi M. de Saint-Léger.^ Il faut absolument qu'il organise ici une soirée de pro- verbes pour le mois prochain ; et vous y jouerez un rôle , mon ange : tous étiez notre premier siyet pour les proverbes , il y a deux ans. »

— a Mon Dieu, Madame, il y a si long^temps que je n'ai joué de proverbes, que je ne pour- rais plus retrouver mon assurance d'autrefois. Je serais obligée d'avoir recours au u J'entends quelqu'un^ »

— «( Ah! Julie, mon enfant, devinez qui nous attendons encore. Mais celui-là, ma chère, il faut de la mémoire pour se rappeler son nom.»

Le nom de Darcy se présenta sur-le-champ à


Digitized by VjOOQIC


80 LA DOUBLE

Julie. « Il m'obsède , envërité , pensa-t-elle. — u Delà mémoire , Madame ?.. J'en ai beaucoup.»

— u Mais je dis une mémoire de six ou sept ans... Vous souvenez-vous d'un de vos attentifs lorsque tous étiez petite fille , et que vous por- tiez les cheveux en bandeau? »

— « En vérité je ne devine pas. >»

— « Quelle horreur! ma chère... Oublier ainsi un homme charmant , qui , ou je me trompe fort , vous plaisait tellement autrefois, que votre mère s'en alarmait presque. Allons , ma belle , puisque vous oubliez ainsi vos adorateurs, il faut bien tous rappeler leurs noms : c'est M. Darcy que vous allez voir. »

— « M. Darcy? n

— « Oui ; il est enfin revenu de Gonstanti- nople depuis quelques jours seulement. U est venu me voir avant-hier, etje l'ai invité. Savez- Tous, ingrate que vous êtes, qu'il m'a demandé de vos nouvelles avec un empressement tout-à- fait significatif? »


Digitized by VjOOQIC


■ÉPftISB. 81

— «c M. Darcy ?••• n dit Julie en hésitant, et avec une distraction afifectée , u M. Darcy ? . . . N'est-ce pas un grand jeune homme blond. . . qui est secrétaire d'ambassade ? »

— u Oh! ma chère, tous ne le reconnaîtrez pas; il est bien changé ; il est pâle , ou plutôt cou- leur olive ; les yeux enfoncés : il a perdu beau- coup de chereux à cause de la chaleur, à ce qu'il dit. Dans deux ou trois ans , si cela continue , il sera chaure par devant. Pourtant , il n'a pas trente ans encore. »

Ici 9 la dame qui écoutait ce récit de la més- aventure de Darcy, conseilla fortement l'usage du kalydor , dont elle s'était bien trouvée après une maladie qui lui avait fait perdre beaucoup de cheveux. Elle passait ses doigts , en par- lant , dans des boucles nombreuses d'un beau diâtain cendré.

/•

— K Est-ce que M. Darcy est resté tout ce temps à Gonstantinople?» demanda madame de Ghayemy.

— « Pas tout -à -fait, car il a beaucoup voyagé : il a été en Russie , puis il a parcouru


Digitized by LjOOQIC


,82 LA DOUB&S

toute la Grèce. Vous ne savez pas son bonheur? Son oncle est mort, et loi a laissé ane fortune indépendante. Il a été aussi en Asie Mineure, dans la... Gomment dit-il ?... laGaramanie. Il est ravissant , ma chère , il a des histoires char- mantes qui vous enchanteront. Hier , il m'en a conté de si jolies que je lui disais toujours : Mais gardez-les donc pour demain , vous les direz à mes dames , au lieu de les perdre avec une vieille maman comme moi. »

— « Vous a-t-il conté son histoire de la femme turque qu'il a sauvée ? » demanda ma- dame Dumanoir , cette dame qui conseillait le kalydor.

— « La femme turque qu'il a sauvée ? Il a sauvé une femme turque? Il ne m'en a pas dit un mot. »

— u Comment ! mais c'est une action admi- 'rable , un véritable roman. »

— « Oh ! contez - nous cela , je vous en prie. » /

-^ tt Non , non ; demandez-le à lui-même.


Digitized by VjOOQIC


MÉPAISE. 83

Moi , je ne sais l'histoire que de ma sœur, dont le mari , comme vous savez , a été consul à Smyme. Mais elle la tenait d'un Anglais qui avait été témoin de toute l'aventure. C'est merveilleux. »

— u Contez -nous cette histoire. Madame. Comment voulez-vous que nous puissions atten- dre jusqu'au diner? Iln'yia rien de si déses- pérant que d'entendre parler d'une hij^oire qu'on ne sait pas.

— u Eh bien ! je vais vous la gâter ; mais enfin la voici telle qu'on me l'a contée : — M. Darcf était en Turquie à examiner je ne sais quelles ruines sur le bord de ia mer, quand il vit venir à lui une procession fort lu- gubre. C'étaient des eunuques noirs qui por- taient un sac , et ce sac on le voyait remuer comme s'il y avait eu quelque chose de vivant dedans... »

— «Ah mon Dieu ! n s'écria madame Lam- bert qui avait lu le Giaour , « c'était une femme qu'on allait jeter à la mer ! n

— tt Précisément , » poursuivit madame Du-


Digitized by LjOOQIC


84 LA DOVBLB

manoir , un peu piquée de se voir enlever ainsi le trait le plus dramatique de son conte. (c M. Darcy regarde le sac , il entend un gémis- sement sourd , et devine aussitôt Thorrible vé- rité. Il demande aux eunuques ce qu'ils vont faire : pour toute réponse , les eunuques tirent leurs poignards. M. Darcy était heureusement fort bien armé. Il met en fuite les esclaves, et tire enfin de ce vilain sac une femme d'une beauté ravissante à demi évanouie , et la ramène dans la ville t)ù il la conduit dans une maison sûre. i>

— (c Pauvre femme ! » dit Julie qui commen- çait à s'intéresser à l'histoire.

— « Vous la croyez sauvée? pas du tout. Le mari jaloux , car c'était un mari , ameuta toute la populace , qui se porta à la maison de M. Darcy avec des torches , voulant le brûler vif. Je ne sais pas trop bien la fin de l'affaire ; tout ce que je sais , c'est qu'il a soutenu un siège et qu'il a fini par mettre la femme en sûreté ; il parait même, » ajouta madame Dumanoir, changeant tout à coup son ton de voix et en prenant un fort dévot , « il parait que M. Darcy a pris soin qu'on la convertit , et qu'elle a été baptisée. »


Digitized by VjOOQIC


MtPBISB. 85

— u Et M; Darcy Fa-t-il épousée? » de- manda Jalie en souriant.

— « Pour cela , je lie puis vous le dire. Mais la femme turque... elle avait un singulier nom ; elle s'appelait Ëminé... elle avait une passion violente pour M. Darcy. Ma sœur me disait qu'elle l'appelait toujours Sàtir, . . Sàtir. . . , cela veut dire mon sauveur en turc ou en grec. Ëulalie m'a dit que c'était une des plus belles personnes qu'on pût voir. »

— u Nous lui ferons la guerre sur sa Tur- que, » s'écria madame Lambert, «n'est-ce pas. Mesdames? il faut le tourmenter un peu.«. Au reste , ce trait de Darcy ne me surprend pas du tout : c'est un des hommes les plus gé- néreux que je connaisse , et je sais des actions de lui qui me font venir les larmes aux yeux toutes les fois que je les raconte. — Son oncle est mort laissant une fille naturelle qu'il n'avait jamais reconnue : comme il n'a pas fait de testa- ment , elle n'avait aucun droit à sa succession. Darcy, qui était l'unique héritier, a voulu qu'elle y eût une part, et probablement cette part a été beaucoup plus forte que son oncle ne l'aurait» faite lui-même, n

B


Digitized by VjOOQIC


86 LA DOUBU

-^ « Était-^Ue jolie cette fille ns^arelle?» demanda madame de Ghaveray d'un air asses méchant , car elle commençait à sentir le besoin de dire du mal de ce M. Darcy , qu'elle ne pouvait chasser de son esprit.

— « Ah ! ma chère , comment ponvez-vous supposer?.*. Mais d'ailleurs Darcy était encore à Gonstantinople lorsque son oncle est mort , et vraisemblablement il n'a jamais vu cette créature. »

L'arrivée de Châteaufort , du commandant Perrin et de quelques autres personnes , mit fin à cette conversation. Châteaufort s'assit auprès de madame de Ghaverny , et profitant d'an mo- ment où l'on parlait très haut :

— tt Vous paraissez triste , Madame , n lui dit-il , « je serais bien malheureux si ce que je vous ai dit hier en était la cause. »

Madame de Ghavemy ne l'avait pas entendu, ou plutôt n'avait pas voulu l'entendre. Ghâteau* fort éprouva donc la mortification de rëp^er sa phrase, et la morttfiqation plus grande en- core d'une réponse un peu sèche , après laquelle


Digitized by LjOOQIC


■ÉPRISB. 87

JaBe se mêla aussitôt à la conversation géné- rale, et changeant de place, elle s'éloigna de son malheureux admirateur.

Sans se décourager , Ghâteaufort faisait inu- tilement beaucoup d'esprit. Madame de Gha- ▼emy, à qui seulement il désirait plaire, l'écou- tait arec distraction : elle pensait à l'arrivée prochaine de M. Darcy, tout en se demandant pourquoi elle s'occupait tant d'un homme qu'elle devait avoir oublié , et qui probablement l'avait aussi oubliée depuis long-temps.

Enfin , le bruit d'une voiture se fit entendre ; la porte du salon s'ouvrit, u Eh ! le voilà ! » s'écria madame Lambert. Julie n'osa pas tour- ner la tête, mais pâlit extrêmement. Elle éprouva une vive et subite sensation de froid , et elle eut besoin de rassembler toutes ses forces pour se remettre et empêcher Ghâteaufort de remar- quer le changement de ses traits.

Darcy baisa la main de madame Lambert , et lui parla debout quelque temps ; puis il s'assit auprès d'elle. Alors il se fit un grand silence : madame Lambert paraissait attendre et mé- nager une reconnaissance. Ghâteaufort et les


Digitized by VjOOQIC


88 LA DOUBLE

hommes, à Texception da bon commandant Perrin , observaient Darcy ayec nne curiosité lin peu jalouse. Nouveau venu, et arrivant de Constantinople , il avait de grands avantages sur eux., et c'était un motif suffisant pour qu'îk se doïinassent cet air de raideur compassée que Ton prend d'ordinaire avec les étrangers. Darcy, qui n'avait fait attention à personne, rom- pit le silence le premier. Il parla de la route , de la poussière, peu importe ; sa voix était douce et musicale. Madame de Ghavemy se hasarda à le regarder : elle le vit de profil. Il lui parut maigri et son expression avait changé... En somme elle le trouva bien.

— <t Mon cher Darcy, » dit madame Lam- bert , (( regardez bien autour de vous , et voyes si vous ne trouverez pas ici une de vos anciennes connaissances, n Darcy tourna la tête, et aper- çut Julie qui avait été cachée jusqu'alors sous son chapeau. Il se leva précipitamment avec une exclamation de surprise , s'avança vers elle en étendant la main , puis s'arrêtanttout a coup et comme se repentant de son excès de faiiûlia- rite, il salua Julie très profondément, et lui exprima en termes convenables tout le plaisir qu'il avait à la revoir. Julie balbutia quelques


Digitized by LjOOQIC


J


MÉPBISB. 89

mots de politesse , et rongit beaucoup en voyant que Darcy se tenait toujours debout devant elle et la regardait fixement.

Sa prince d'esprit lui revint bientôt , et elle le regarda à son tour avec ce regard à la fois distrait et observateur que les gens du monde prennent quand ils veulent. C'était un grand jeune bomme pâle et dont les traits exprimaient le calme , mais un calme qui semblait provenir moins d'un état habituel de l'ame que de l'em- pire qu'elle était parvenue à prendre sur l'ex- pression delà physionomie. Des rides déjà mar- quées sillonnaient son front. Ses yeux étaient enfoncés , les coins de sa bouche abaissés , et ses tempes commençaient déjà à se dégarnir de cheveux. Cependant il n'avait pas plus de trente ans. Darcy était très simplement habillé , mais avec cette élégance qui indique en même temps les habitudes de la bonne société et l'in- dififérence sur un sujet qui occupe les médita- tions de tant déjeunes gens. Julie fit toutes ces observations avec plaisir. Elle remarqua encore qu'il avait au front une cicatrice assez longue qu'il cachait mal avec une mèche de cheveux , e| qui paraissait avoir été faite par un coup de sabre.

8.


Digitized by LjOOQIC


90 LA DODBU MÉPRISE.

Julie était assise à côté de madame Lamb^t. n y avait ane chaise entre elle et Châteaufort; mais aussitôt que Darcy s'était levé , Château- fort avait mis sa main sur le dossier de la chaise , Tavait placée sur un seul pied , et la tenait en équilibre. Il était évident qu'il prétendait la garder comme le chien du jardinier gardait le cofifre d'avoine. Madame Lambert eut pitié de Darcy, qui se tenait toujours debout devant ma- dame de Chaverny. Elle fit une place à côté d'elle sur le canapé où elle était assise , et l'of- frit à Darcy, qui se trouva de la sorte auprès de Julie. U s'empressa de profiter de cette position avantageuse , en conmiençant avec elle une con- versation suivie.

Pourtant il eut à subir de madame Lambert et^ de quelques autres personnes un interroga- toire en règle sur ses voyages ; mais il s'en tira assez laconiquement, et il saisissait toutes les occasions de reprendre son espèce d'aparté avec madame de Chaverny. — u Prenez le bras de madame de Chaverny, » dit madame Lambert à Darcy, au moment où la cloche du château an- nonçait le diner. Châteaufort se mordit les lè- vres ; mais il trouva moyen de se placer à table assez près de Julie pour bien l'observer.


Digitized by LjOOQIC


IX


Digitized by VjOOQIC


Digitized by VjOOQIC


Après le diner, la soirée étant belle , et le temps chaud , on se réanit dans le jardin , au- toar d'une table rustique , pour prendre le café.

Ghàteaufort avait remarqué , arec un dépit croissant , les attentions de Darcy pour madame de Ghavemy. A mesure qu'il observait l'intérêt qu'elle paraissait prendre à la conversation du


Digitized by LjOOQIC


94 LA DOUBLE

nouveau venu , il devenait moins aimable lai- même, et la jalousie qu'il ressentait n'avait d*autre efifet que de lui ôter tous ses moyens de plaire. Il se promenait sur la terrasse où l'on était assis, ne pouvant rester en place , suivant l'ordinaire des gens inquiets , regardant souvent de gros nuages noirs qui se formaient à l'hori- zon , et qui annonçaient un orage , plus souvent encore son rival qui causait à voix basse avec Julie. Tantôt il la voyait sourire , tantôt elle de- venait sérieuse , tantôt elle baissait les yeux ti- midement ; enfin il voyait que Darcy ne pouvait pas lui dire un mot qui ne produisît un effet marqué ; et ce qui le chagrinait surtout , c'est que les expressions variées que prenaient les traits de Julie , semblaient n'être que l'image et comme la réflexion de la physionomie mobile de Darcy. Enfin , ne pouvant plus tenir à cette espèce de supplice , il s'approcha d'elle , et se penchant sur le dos de sa chabe , au moment où Darcy donnait à quelqu'un des rensmgne- mens sur la barbe du sultan Mahmoud : — «Ma- dame , » dit-il d'un ton amer, «M, Darcy parait être un homme bien aimable ! i>


« Oh ! oui , » répondit madame de Gha**


Digitized by LjOOQIC


MÉPRISE. 95

yeniy avec une expression d'enthousiasme qu'elle ne put réprimer.

— « Il y parait , » continua Chàteaufort , « car il TOUS fait oublier vos anciens amis. »

— u Mes anciens amis ? y* dit Julie d'un ac- cent un peu sévère , « je ne sais ce que tous roulez dire , » et elle lui tourna le dos. Puis pre- nant un coin du mouchoir, que madame Lam- bert tenait à la main : — u Que la broderie de ce mouchoir est de bon goût! » dit-elle , « c'est un ouvrage merveilleux. »

— « Trouvez- vous , ma chère ? c'est un ca- deau de M. Darcy, qui m'a rapporté je ne sais combien de mouchoirs brodés de Gonstan- tinople.

— A propos , Darcy , est-ce votre Turque qui vous les a brodés ? »

— « Oui , cette belle sultane à qui vous avez sauvé la vie ; qui vous appelait... Oh! nous sa- vons tout... qui vous appelait... son... son sauveur enfin. Vous devez savoir comment cela se dit en turc. »


Digitized by VjOOQIC


96 LA DOUBLE

Darcy se frappa le front en riant : u Est-il, possible , » s'écria-t-il , « que la renommée de ma mésaventure soit déjà parvenue à Pans !.. »

— tt Mais il n'y a pas de mésaventure là de- dans ; il n'y en a peut-être que pour le Marna- mouchi qui a perdu sa favorite. »

— « Hélas ! répondit Darcy , je vois bien que vous ne savez que la moitié de l'histoire , car c'est une aventure aussi triste pour moi que celle des moulins à vent pour Don Quichotte. Faut-il qu'après avoir tant donné à rire aux Francs , je sois encore victime à Paris de la seule tentative que j'aie faite pour renouveler la che- valerie errante ! »

— tt Gomment? mais nous ne savons rien. Contez-nous toute l'histoire ! » s'écrièrent toutes les dames à la fois. »

— « Je devrais , » dit Darcy , u vous laisser sur le récit que vous connaissez peut-être déjà, et me dispenser de la suite , dont les souvenirs n'ont rien de bien agréable pour moi , mais un de mes amis.... Je vous demande la permission de vous le présenter , madame Lambert , — sir


Digitized by LjOOQIC


HÉPftisi. 97

John Tyrrel. • . • Un de mes amis , acteur aussi danà cette scène tragi-comique , ya bientôt ve- nir à Paris ; il pourrait bien se donner le matin plaisir d^ me prêter , dans son récit , un rôle encore plus ridicule que celui que j'ai joué. Voi- ci le fait :

« Cette malheureuse femme , une fois instal- lée dans le consulat de France... »

— «c Oh ! mais commencez parle commence- ment , » s'écria madame Lambert.

— u Mais TOUS le savez déjà. »

— « Nous ne savons rien , et nous voulons que vous nous contiez toute l'histoire d'un bout a l'autre. »

— « £h bien ! vous saurez , Mesdames , que j'étais à Larnaca en 18... Un jour je sortis de la ville pour dessiner. Avec moi était un jeune Anglais très aimable, bon garçon, bon vivant, nommé sir John Tyrrel; un de ces hommes précieux en voyage, parce qu'ils pensent au 4iner, qu'ils n'oublient pas les provisions et qu'ils sont toujours de bonne humeur. D'ail-

9


Digitized by LjOOQIC


98 LA DOUBLE

leurs il voyageait sans bat , et ne savait ni la géologie ni la botaniqae , sciences bien f&cheu^ ses dans on compagnon de voyage.

M Je m'étais assis à l'ombre d'une masure à deux cents pas environ de la mer qui , dans cet endroit, est dominée pardes rochers à pic. J'étais fort occupé à dessiner ce qui restait d'un sarco- phage antique, tandis que sir John, couché sur Therbe , se moquait de mon goût pour les arts , en fumant de délicieux tabac de Latakié. A côté de nous , un domestique turc , que nous avions pris à notre service , nous faisait du café. C'était le meilleur faiseur de café et le plus pol- tron de tous les Turcs que j'ai connus.

« Tout d'un coup , sir John s'écria avec joie : « Voici des gens qui descendent de la montagne u avec de la neige ; nous allons leur en acheter u et faire du sorbet avec des oranges. »

u Je levai les yeux , et je vis venir à nous un âne sur lequel était chargé en travers un gros paquet ; deux esclaves le soutenaient de chaque côté. En avant , un ânier conduisait l'âne , et derrière , un Turc vénérable à barbe blanche fermait la marche, monté sur un asset bon'chè'-


Digitized by LjOOQIC


MÉPftISE. 99

¥al. Toute cette procession s'avançait lentement et avec beaucoup de gravité.

u Notre Turc , tout en soufflant son feu , jeta un coup d'œil de côte sur la charge de l'àiie , et nous dit avec un sourire singulier: u Ce n'est « pas de la neige. » Puis il s'occupa de notre café , avec son flegme habituel.

— « Qu'est-ce donc? » demanda TyrreL Est- ce quelque chose à manger ? )>

— u Pour les poissons, » répondit le Turc.

u En ce moment l^homme à cheval partit au galop , et , se dirigeant vers la mer , il passa auprès de nous, non sans nous jeter un de ces coups d'œil méprisans que les Musulmans adres- sent volontiers aux chrétiens. li poussa son che- val jusqu'aux rochers à pic dont je vous ai parlé , et l'arrêta court à l'endroit le plus escarpé. U regardait la mer , et paraissait chercher le meil- . leur endroit pour se précipiter.

u Nous examinâmes alors avec plus d'atten- tion le paquet que portait l'âne , et nous fûmes frappés de la forme étrange du sac. Toutes les


Digitized by LjOOQIC


100 LA DOUBLE

histoires de femmes noyées par des maris jaloux nous revinrent aussitôt à la mémoire. Nous nous communiquâmes nos réflexions.

— tt Demande à ces coquins , » dit sir John a notre Turc , u si ce n'est pas une femme qu'ils « portent ainsi, n

u Le Turc ouvrit de grands yeux effarés , mais non la houche. Il était évident qu'il trouvait notre question par trop inconvenante.

u En ce moment le sac étant près de nous , nous le vîmes distinctement remuer , et nous entendîmes même une espèce de gémissement ou de grognement qui en sortait.

<( Tyrrel , quoique gastronome , est fort che- valeresque. Il se]eva comme un furieux , courut à l'ànier , et lui demanda en Anglais , tant il était tf ouhlé par la colère , ce qu'il conduisait ainsi et ce qu'il prétendait faire de son sac. L'ànier n'avait garde de répondre^ mais le sac s'agita violemment : des cris de femme se firent enten- dre ; sur quoi les deux esclaves se mirent à don- ner sur le sac de grands coups des courroies dont ils se servaient pour faire marcher l'âne.


dby Google


j


MÉPRISE. 101

Tf irel était poussé à bout. D*un vigoureux et scientifique coup de poiug il jeta Tànier à terre, saisit un esclave à la gorge ; sur quoi le sac poussé violemment dans la lutte tomba lourdement sur llierbe.

u J'étais accouru. L'autre esclave se mettait en devoir de ramasser des pierres , Fânier se relevait. Malgré mon aversion pour me mêler des afiaires des autres , il m'était impossible de ne pas venir au secours de mon compagnon. M'étant saisi d'un piquet qui me servait à tenir mon parasol quand je dessinais , je le bran- dissais en menaçant les esclaves et Fânier de l'air le plus martial' qu'il m'était possible. Tout allait bien, quand ce diable de Turc à cheval , ayant fiqi de contempler la mer , et s'étant re- tourné au bruit que nous faisions , partit comme une flèche et fut sur nous avant que nous y eussions pensé : il avait à la main une espèce de vilain coutelas... »

— u Un ataghan ? » dit Châteaufort qui ai- mait la couleur locale.

— « Un ataghan , » reprit Darcy avec un sourire d'approbatioiT. u II passa auprès de moi,

9.


Digitized by LjOOQIC


102 LA BOOBLE

et me doona sar la tête un coup de cet ataghan qui me fit Toir mille étoiles. Je ripostai pour- tant en lui assenant un bon coup de piquet sur les reins , et je fis ensuite le moulinet de mon mieux , frappant ânier , esclaves , cbeyal et Turc , devenu moi-même dix fois pi os furieux que mon ami sir John Tyrrel. L'affaire aurait sans doute tourné mal pour nous. Notre inter- prète observait la neutralité , et nous ne pou- vions nous défendre long-temps avec un bâton contre trois bommes d'infanterie , un de cava- lerie et un atagban. Heureusemmit sir John se souvint d'une paire de pistolets que nous avions apportée. Il s'en saisit , m'en jeta un , et prit l'autre qu'il dirigea aussitôt contre le cavalier qui nous donnait tant d'affaires. La vue de ces armes , et le léger claquement du chien du pis- tolet lorsque nous bandâmes la détente , pro- duisit un effet magique sur nos ennemis. Ils prirent honteusement la fuite , nous laissant maîtres du champ de bataille , du sac et même de l'âne. Malgré toute notre colère nous n'avions pas fait feu , et ce fut un bonheur , car on ne tue pas impunément un bon musulman , et il en coûte cher pour le rosser.

« Lorsque je me fus un peu essuyé , notre


Digitized by LjOOQIC


■iritiss. 103

premier soin fut , oomme tous le penses bien , d'aller au sac et de Fouvrir. Nous y trouyânies une assez jolie femme , un peu grasse , avec de beaax cheveux noirs , et n'ayant pour tous vête- mens qu'une chemise de laine bleue , un peu moins transparente que l'écharpe de madame de Chaverny.

« Elle sauta lestement du sac, et sans paraître fort embarrassée y elle nous adressa un discours très pathétique sans doute , mais dont nous ne comprîmes pas un mot , à la suite de quoi elle me baisa la main. C'est la seule fois , Mesdames , qu'une dame m'ait fait cet honneur.

« Le sang-froid nous était revenu cependant. Nous voyions notre interprète s'arracher la barbe comme un homme désespéré. Moi , je m'accommodais la tête de mon mieux avec mon mouchoir. Tyrrel disait : u Que diable faire de «1 cette femme ? Si nous restons ici , le mari va u revenir en force , et nous assommera ; si nous (( retournons à Larnaca avec elle , dans ce bel «< équipage , la canaille nous lapidera infailli- u blement. >» Tyrrel , embarrassé de toutes ces réflexions, et ayant recouvré tout son sang^froid britannique , s'écria ; « Quelle diable d'idée


Digitized by LjOOQIC


104 LA DOUBLC

« avez- VOUS eue d'aller dessiner aujourd'hui! » Son exclamation me fit rire , et la femme qui n*y avait rien compris se mit à rire aussi.

tt II fallut pourtant prendre un parti. Je pensai que ce que nous avions de mieux à faire , c'était de nous mettre tous sous la protection du vice-consul de France ; mais le plus difficile était de rentrer à Larnaca. Le jour tombait , et ce fut une circonstance heureuse pour nous. Notre Turc nous fit prendre un grand détour, et nous arrivâmes , grâce à la nuit et à cette précaution , sans encombre à la maison do consul , qui est hors de la ville. J'ai oublié de vous dire que nous avions composé à la femme un costume presque décent avec le sac et le turban de notre interprète.

(c Le consul nous reçut fort mal ; nous dit que nous étions des fous ; qu'il fallait respecter les usages des pays où l'on voyage ; qu'il ne fal- lait pas mettre le doigt entre l'arbre et l'écorce. Enfin , il nous tança d'importance , et il avait raison , car nous en avions fait assez pour occa- sioner une violente émeute , et faire massacrer tous les Francs de l'ile de Chypre.


Digitized by VjOOQIC


MÉPRISE. lOS

(c Sa femme fut plus humaine ; elle avait lu beaucoup de romans , et trouva notre conduite très généreuse. Dans le fait , nous nous étions conduits en héros de roman. Cette excellente dame était fort dévote ; elle pensa qu'elle con- vertirait facilement Finfidèle que nous lui avions amenée; que cette conversion serait mentionnée au Moniteur , et que son mari serait nommé consul-général. Tout ce plan se fit en un instant dans sa tête. Elle embrassa la femme turque , lui donna une robe, fit honte à M. le vice-consul de sa cruauté , et l'envoya chez le pacha pour arranger Tafiaire.

« Le pacha était fort en colère. Le mari jaloux était un personnage , et jetait feu et flammes. C'était une horreur , disait-il , que des chiens de chrétiens empêchassent un homme comme lui de jeter son esclave à la mer. Le vice-consul était fort en peine ; il parla beaucoup du roi son maître , encore plus d'une frégate de 60 ca- nons , qui venait de paraître dans les eaux de Lamaca. Mais l'argument qui produisit le plus d'effet , ce fut la proposition qu'il fit en notre nom de payer l'esclave à juste prix.

« Hélas ! si vous saviez ce que c'est que le


Digitized by LjOOQIC


106 LA DOUBLE

juste prix d'an Tare ! Il fallat payer le mari , payer le pacha , payer Fânier à qui Tyrrel avait cassé deox dents, payer pour le scandale, payer pour tout. Combien de fois Tyrrel s'écria dou- loureusement : u Poarquoi «diable aller dessiner sur le bord de la mer ! »

— « Quelle aventure , mon pauvre Darcy ! » s'écria madame Lambert ; » c'est donc là que vous avez reçu cette terrible balafre? De grâce , levez donc vos cheveux. Mais c'est un miracle qu'il ne vous ait pas fendu la tète ! »

Julie , pendant tout ce récit , n'avait pas dé- tourné les yeux du front du narrateur ; elle de- manda enfin d'une voix timide : « Que devint la femme?»

— « C'est là justement la partie de l'histoire que je n'aime pas trop à raconter. La suite est si triste pour moi , qu'à l'heure où je vous parle , on se inoque encore de notre équipée chevale- resque à Tyrrel et à moi. »

— « Était-elle jolie, cette femme? » de- manda madame de Chavemy, en rougissant on peu.


Digitized by VjOOQIC


HÉFRiSS. 107

— tt Gomment se nommait-elle ? » demanda madame Lambert.

— u Elle se nommait Ëmineh. — Jolie ? . • . • Oui , elle était assez jolie , mais trop grasse et toute barbouillée de fard, suivant Tusage de son pays. Il £iut beaucoup d'babitude pour apprécier les cbarmes d'une beauté turque. — Ëmineb fut donc installée dans la maison du Tice-consui. Elle était Mingrélienne , et dit à madame G***, la femme du vice-consul , qu'elle était fille de prince. Dans ce pays, tout coquin qui commande à dix autres coquins est un prince. On la traita donc en princesse : elle dînait à table , mangeait comme quatre ; puis ;' quand on lui parlait de religion , elle s'endor- mait régulièrement. Gela dura quelque temps. Enfin on prit jour pour le baptême. Madame Q*** se nomma sa marraine, voulut que je fusse parrain avec elle. ' Bonbons , cadeaux et tout ce qui s'ensuit ! . . . Il était écrit que cette malheureuse Emineh me ruinerait. Madame G*** disait qu'Emineh m'aimait bien mieux que Tyrrel , parce qu'en me présentant du café elle en laissait toujours tomber sur mes habits. Je me préparais à ce baptême avec une componc- tion vraiment évangélique , lorsque , la veille


Digitized by LjOOQIC


108 LA DOUBLE

de la cérémonie, la belle Ëmineh disparut. Faut-il vous dire tout? Le vice-consul avait pour cuisinier un Mingrélien , grand coquin certainement, mais admirable pour le pilau. Ce Mingrélien avait plu à Ëmineb , qui avait sans doute du patriotisme à sa manière. Il Fen- leva , et en même temps une somme assez forte à M. G*** , qui ne put jamais le retrouver. Ainsi le consul en fut pour son argent , sa femme pour le trousseau qu'elle avait donné à Ëmineh , moi pour mes gants , mes bonbons , outre les coups que j'avais reçus« Le pire , c'est qu'on me rendit en quelque sorte responsable de l'aventure. On prétendit que c'était moi qui avais délivré cette vilaine femme , que je voudrais savoir au fond de la mer, et qui avais attiré tant de mal- heurs sur mes amis. Tyrrel sut se tirer d'affaire; il passa pour victime , tandis que lui seul était cause de toute la bagarre , et moi je restai avec une réputation de Don Quichotte et la balafre que vous voyez , qui nuit beaucoup, à mes succès. »

L'histoire contée , t)n rentra dans le salon. Darcy causa encore quelque temps avec mar dame de Ghavemy , puis il fut obligé de- la quitter pour se voir présenter un jeune homme


Digitized by LjOOQIC




HÉPftISI. 109

fort savant en économie politique , qui étudiait pour être député , et qui désirait avoir des ren- seignemens statistiques sur Fempire ottoman.


10


Digitized by VjOOQIC


Digitized by VjOOQIC


y Google


Digitized by VjOOQIC


Jolie , depuis que Darey Tayait quittée, re- gardait souvent la pendule. Elle écoutait Ch&- ieaufort aveo distraction, et ses yeux cher- chaient involontairement Darcy qui causait à l'autre extrémité du salon. Quelquefois il la re- gardait tout en parlant à son amateur de statisti- que, et elle ne pouvait supporter son regard pénétrant quoique calme. Elle sentait qu'il avait

10.


Digitized by LjOOQIC


in LA DOUBLB

dëjà pris un empire extraordinaire sar elle , et elle ne pensait pas à s'y soustraire.

Enfin elle demanda sa voiture , et soit à des- sein , soit par préoccupation , elle la demanda en regardant Darcy d'un regard qui voulait dire : « Vous avez perdu une demi-heure que nous aurions pu passer ensemble. » La voiture était prête. Darcy causait toujours , mais il paraissait fatigué et ennuyé du questionneur qui ne le lâchait pas. Julie se leva lentement , serra la main de madame Lambert , puis elle se diri- gea vers la porte du salon , surprise et presque piquée de voir Darcy demeurer toujours à la même place. Chàteaufort était auprès d'elle ; il lui offrit son bras qu'elle prit machinalement sans s'apercevoir de sa présence. Elle traversa le vestibule , accompagnée de madame Lambert et de quelques personnes qui la reconduisirent jusqu'à sa voiture. Darcy était resté dans le salon. Quand elle fut assise dans sa calèche , Chàteaufort lui demanda en souriant si elle n'aurait pas peur tonte seule la nuit par les chemins , ajoutant qu'il allait la suivre de près dans son tilbury aussitôt que le commandant Perrin aurait fini sa partie de billard. Julie , qui était toute rêveuse, fdt rappelée à elle-


Digitized by LjOOQIC


HiPHisi. 115

même par le son de sa voix , mais elle n'arait Hen compris. Elle fit ce qu'aurait fait toute autre femme en pareille circonstance : elle sourit. Puis, d'un signe de tête, elle dit adieu aux personnes réunies sur le perron , et ses cfaeyaux l'entraînèrent rapidement.

Mais précisément au moment où la Toiture s'ébranlait , elle arait tu Darcy sortir du salon, pâle, l'air triste, et les yeux fixés sur elle comme s'il lui demandait un adieu distinct. Elle partit , emportant le regret de n'avoir pu lui faire un signe de tête pour lui seul , et elle pensa même qu'il en serait piqué. Déjà elle avait oublié qu'il avait laissé à un autre le soin de la conduire à sa voiture ; maintenant les torts étaient de son côté , et elle se les reprochait comme un grand crime. Les sentimens qu'elle avait éprouvés pour Darcy quelques années au- paravant , en le quittant après cette soirée où elle avait chanté faux , étaient bien moins vi£i que ceux qu'elle emportait cette fois. C'est que non seulement les années avaient donné de la force à ses impressions , mais encore elles s'aug- mentaient de toute la colère accumulée contre son mari. Peut-être même l'espèce d'entraine- ment qu'elle avait ressenti pour Cfaàteaufortqui,


Digitized by LjOOQIC


116 LA BOUBIB HiPEISB.

d'ailleurs 9 dans ce laoment , était oomplètemeiit oublié , serrait-il à lui faire excuser à aes propres yeux le sentiment èien plus ¥if qu'dle éprouvait pour Darcy.

Quant i lui , ses pensées étaient d'une nature plus calme. Il arait rencontré ayec plaisir une jolie femme qui lui rappelait des souTenin heu- reux , et dont la connaissance lui serait pro- bablement agréable pour rhiver qu'il aUait passer à Pans. Mais une fois qu*eUe n'était plus devant ses yeux , il ne lui restait tout au plus que le souvenir de quelcpies heures écou- lées gaiement , souvenir dont la douceur était encore altérée par la perspective de se coucher tard et de £Bâre quatre lieues pour retrouver son lit. Laissons-le , tout entier à ses idées pro- saïques , s'envdopper soigneusement dans son manteau , s'établir commodément et ^n Inais dans son coupé de louage , égarant ses pensées du salon de madame Lambert à Constantinc^ple, de Goustantinople à Corfou , et de Goifou i un demi-sommeil.

Cher lecteur, nous suivrons , s'il vousplait, madame de Chaverny.


Digitized by LjOOQIC


XI


Digitized by VjOOQIC


Digitized by VjOOQIC


Lorsque madame de Ghaverny quitta le château de madame Lambert, la nuit était horriblement noire , l'atmosphère lourde et étouffante : de temps en temps des éclairs, illuminant le paysage , faisaient apercevoir les silhouettes noires des arbres sur un fond d'un orangé livide. L'obscurité semblait redoubler après chaque éclailr , et le cocher ne voyait pas


Digitized by LjOOQIC


120 LA DOUBLE

la tête de ses chevaux. Un orage violent éclata bientôt. La ploie qui tombait d'abord en gouttes larges et rares , se changea promptement en un vrai déluge. De tous côtés le ciel était en feu, et Tartillerie céleste commençait à devenir assourdissante. Les chevaux effrayés soufflaient fortement et se cabraient souvent au lieu d'avan- cer, mais le cocher avait parfaitement diné : son épais carrick , et surtout le vin qu'il avait bu , l'empêchaient de craindre l'eau et les mauvais chemins. Il fouettait énergiquement les pau- vres bêtes , aussi intrépide que César dans la tempête, lorsqu'il disait à son pilote : Ta portes César et sa fortune !

Madame de Chavemy, n'ayant pas peur du tonnerre, ne s'occupait guère de l'orage. EUese répétait tout ce que Darcy lui avait dit , et se repentait de ne lui avoir pas dit bien des cho- ses qu'elle avait à lui dire ; lorsqu'elle fut tout à coup interrompue dans ses méditations par un choc violent que reçut sa voiture : en même temps les glaces volèrent en éclats , un cra- quement de mauvais augure se fit entendre, et la calèche fut précipitée dans un fossé. JnKe en fut quitte pour la peur. Mais la pluie ne cessait pas ; une roue était brisée ; les lantornei


Digitized by VjOOQIC


KiPRISE. 121

s'étaient éteintes , et on ne voyait pas aux en- virons une seule maison pour se mettre à Vabri* Le cocher jurait , le valet de pied injuriait le cocher , et pestait contre sa maladresse. Julie restait dans sa voiture , demandant comment on pourrait revenir à P. ou ce qu'il fallait faire ; mais» à chaque question qu'elle faisait , elle recevait cette réponse désespérante : « C*est impossible ! »

Cependant on entendit de loin le bruit sourd d'une voiture qui s'approchait. Les gens de ma- dame de Ghaverny lui crièrent de s'arrêter , et son cocher reconnut , à sa grande satisfaction, nn de ses collègues avec I^uel il avait jeté les fondemens d'une tendre amitié dans l'office de madame Lambert. *

La voiture s'arrêta , et à peine le nom de madame de Ghaverny fut-il prononcé , qu'un jeune homme , qui se trouvait dans le coupé , ouvrit lui-même la portière, et s'écriant : « Est- elle blessée ? » s'élança d'un bond auprès de la calèche de Julie. EUe avait reconnu Darcy, elle l'attendait.

Leurs mains se rencontrèrent dans l'obscu-

11


Digitized by LjOOQIC


122 LA DOQBLB

rite , et Darcy cmt sentir que madame de Gha- vemy pressait doucement la sienne ; mais c'é- tait probablement un effet de la peur. Après les premières questions , Darcy offrit naturel- lement sa voiture. Julie ne répondit pas d'a- bord , car elle était fort indécise sur le parti qu'elle devait prendre. D'un côté elle pensait aux trois pu quatre lieues qu'elle aurait à faire en tète-à-tête avec un jeune homme, si elle voulait aller à Paris ; d'un autre côté , si elle revenait au château pour y demander l'hospi- talité a madame Lambert, elle frémissait à l'idée de raconter le romanesque accident de la voiture versée et des secours qu'elle aurait reçus de Darcy. Reparaître au salon au milieu de la partie de whist, sauvée par Darcy comme la femme turque , subir ensuite toutes les ques- tions impertinentes et les complimens de con- doléance.... on ne pourrait y songer. Mais trois longues lieues jusqu'à Paris !.. Pendant qu'elle flottait ainsi dans l'incertitude , et qu'elle balbutiait assez maladroitement quelques phra- ses banales sur l'embarras quelle allait causer; Darcy , qui semblait lire au fond de son cœur, lui dit froidement : — « Prenez ma voiture , madame , je resterai dans la vôtre jusqu'à ce qu'il passe quelqu'un pour Paris. » Julie crai-


Digitized by VjOOQIC


HÉFRI8B. 123

gnant d'avoir montre trop de pruderie , se hâta d'accepter la première offre, mais non la se- conde. Et comme sa résolation fat toute sou- daine, elle n'eut pas le temps de résoudre l'importante question de savoir si l'on irait à

P ou à Paris. Elle était déjà dans le coupé

de Darcf , enveloppée de son manteau qu'il s'empressa de lui donner , et les chevaux trot- taient lestement vers Paris , avant qu'elle eût pensé à dire où elle voulait aller. Son domes- tique choisit pour elle , en donnant au cocher le nom de la rue de sa maîtresse.

La conversation commença embarrassée de part et d'autre. Le son de voix de Darcy était bref, et paraissait annoncer un peu d'humeur. Julie s'imagina que son irrésolution l'avait choqué , et qu'il la prenait pour une prude ri- dicule. Elle était déjà tellement sous l'influence de cet homme qu'elle s'adressait intérieure- ment de vifs reproches , et qu'elle ne songea plus qu'à lui ôter l'humeur qu'il montrait. L'habit de Darcy était mouillé ; elle s'en aper- çut , et se] ^débarrassant aussitôt du manteau, elle exigea qu'il s'en couvrit. De là un combat de générosité , d'où il résulta que le différend ayant été tranché par la moitié , chacun eut sa


Digitized by LjOOQIC


1S4 LA DOUBLE

part du manteau. Impraddnoe énorme qa'eUe n'aurait pas commue «ans ce moment dlkësita- tion qu'diie Toulait faire oublier.

Ils étaient si près l'un de l'autre que la joue de Julie pouvait sentir la chaleur de l'haleine de Darcy. Les cahots de la voiture les rappro* chaient même quelquefois davantage.

— « Ce manteau qui nous enveloppe tous les deux , » dit Darcy , « me rappelle nos charades d'autrefois. Vous souvenez-vous d'avoir été ma Virginie , lorsque nous nous affublâmes tous deux du mantelet de votre grand'mère? n

— Oui, et de la mercuriale qu'elle me fit à cette occasion. »

— tt Ah ! » s'écria Darcy , « quel heureux temps que celui-là ! combien de fois je me suis rappelé avec tristesse et bonheur nos divines soirées de la rue de Bellechasse ! Vous rappelez- vous les belles ailes de vautour qu'on vous avait attachées aux épaules avec des rubans roses, et le bec de papier doré que je vous avais fabri- qué avec tant d'art? »

— u Oui , » répondit Julie , « vous étiez


Digitized by LjOOQIC


MÉPRISE. 125

Iteméthée et moi le vautour. Mais quelle mé- moire TOUS avez ! Gomment ayez-yous pu vous souvenir de toutes ces folies? car il y a si long- temps que nous ne nous sommes vus ! »

— tt Est-ce un compliment que vous me de- mandez ? » dit Darcy en souriant , et s'avançant de manière à la regarder en face. Puis , d'un ton plus sérieux : <i En vérité , » poursuivit-il , « il n*est pas extraordinaire que j'aie conservé le souvenir des plus heureux momens de ma vie »

— 4c Quel talent vous aviez pour les chara- des!...» dit Julie, qui craignait que la con- versation ne prit un tour trop sentimental.

— u Voulez-vous que je vous donne une autre preuve de ma mémoire ? » interrompit Darcy . «Vous rappelez-vous notre traité d'alliance chez madame Lamhert ? Nous nous étions promis de dire du mal de l'univers entier , mais de nous soutenir l'un l'autre envers et contretous. .. Mais notre traité a eu le sort de la plupart des trai- tés: il est resté sans exécution. »


« Qu'en savez-vous? »


11.


Digitized by LjOOQIC


1^6 LA DOUBLE

— u Mais , j'imagine que vous n'avez pas ea occasion de me défendre : car, une fois éloigné de Paris, quel oisif s'est occupé de moi ? »

— « De vous défendre. •• non... mais de parler de vous à vos amis... »

— « Oh! mes amis ! n s'écria Darcy avec un sourire mêlé de tristesse , <( je n'en avais guère à cette époque , que vous connussiez, du moins. Les jeunes gens que voyait madame votre mère me haïssaient , je ne sais pourquoi : et , quant aux femmes, elles pensaient peu à monsieur l'attaché du ministère des affaires étrangères. »

— « C'est que vous ne vous occupiez pas d'elles.»

— u Gelaestvrai. Jamais je n'ai su faire l'ai- mahle auprès des personnes que je n'aimais pas.»

Si l'obscurité avait permis de distinguer la figure de Julie, Darcy aurait aperçu qu'une vive rougeur s'était répandue sur ses traits en entendant cette dernière phrase , à laquelle elle avait donné un sens auquel peut-être Darcy ne songeait pas.


Digitized by LjOOQIC


MtPRISB. 127

Quoi qa*il en soit , laissant là des souvenirs qu'ils se rappelaient trop bien Fun et l'autre , Julie voulut le remettre un peu sur ses voyages , espérant que, parce moyen, elle serait dis- pensée de parler. Le procédé réussit presque toujours avec les voyageurs , surtout avec ceux qui ont visité quelque pays lointain.

— tt Quel beau voyage que le vôtre, n dit- elle , «c et combien je regrette de ne pouvoir jamais en faire un semblable ! »

Mais Darcy n'était plus en humeur conteuse.

— K Quel est ce jeune homme à moustaches , » demanda-t-il brusquement , u qui vous parlait tout-à-Fheure ? »

Cette fois, Julie rougit encore davantage.

— u C'est un ami de mon mari, » répondit- elle , « un officier de son régiment... On dit, n poursuivit-elle, sans vouloir abandonner son thème oriental , « que les personnes qui ont vu ce beau ciel bleu de l'Orient , ne peuvent pluf vivre ailleurs. »

— « Il m'a déplu horriblement , je ne saif pourquoi, •• Je parle de l'ami de votre mari,


Digitized by LjOOQIC


Iâ8 LA DOUBLE

non da ciel bien.... Qaant à ce ciel bleu , ma- dame , Dieu TOUS en préserve ! On finit par le prendre tellement en guignon, à force de le voir toujours le même , qu'on admirerait comme le plus beau de tous les spectacles un sale brouil- lard de Paris, ftien n'agace plus les nerfs , croyez-moi , que ce beau ciel bleu , qui était bleu hier , et qui sera bleu demain. Si vous sa- viez avec quelle impatience , avec quel désap- pointement toujours renouvelé , on attend , on espère un nuage ! n

— « Et cependant vous êtes resté bien long- temps sous ce ciel bleu. »

— u Mais , madame , il n'était assez difficile de faire autrement. Si j'avais pu ne suivre que mon inclination,, je serais revenu bien vite dans les environs de la rue de Bellechasse , après avoir satisfait le petit moment de curiosité que doivent nécessairement exciter les étrangetés de l'Orient, n

— « Je crois que bien des voyageurs en di- raient autant, s'ils étaient aussifrancsque vous... Gomment passe-t-on son temps à Gonstantinople et dans les autres villes de l'Orient? n


Digitized by LjOOQIC


MÉPRISK. 1S9

— «Là comme partout, il 7 a plusieurs ma- nières de tuer le temps. Les attachés anglais boiront , les français jouent à Técartë , les alle- mands fument; et quelques gens d'esprit , pour varier leurs plaisirs , se font tirer des coups de fiisil en grimpant sur les toits pour lorgner les femmes du pays, n

— a C'est probablement cette dernière occu- pation que vous préfériez. »

— « Point. Moi j'étudiais le turc et le grec , ce qui me couvrait de ridicule. Quand j'avais terminé les dépêches de l'ambassade , je dessi- nais , je galoppais dans l'hippodrome , et puis j'allais au bord de la mer voir s'il ne venait pas quelque figure humaine de France ou d'ail- leurs, n

— « Ce devait être un grand plaisir pour vous de voir un Français à une aussi grande distance de la France? »

— - 4( Oui ; mais pour un homme intelligent combien nous venait-il de marchands d'huiles ou de cachemires 7 ou , ce qui est bien pis , de jeones poètes , qui du plus loin qu'ils voyaient


Digitized by VjOOQIC


130 LA DOUBLE

un secrétaire de Fambassade , loi criaient : Menez-nous voir les ruines, menez-moi a Sainte-^ Sophie , conduisez-moi aux montagnes , à la mer d'azur. Je veux voir les lieux où soupirait Hëro ! Puis , quand ils ont attrapé un coup de soleil, ils s'enferment dans leur chambre, et ne veulent plus rien voir que les derniers nu- méros du Constitutionnel, »

— • « Vous voyez tout en mal , suivant votre vieille habitude. Vous n'êtes pas corrigé, savez- vous , car vous êtes toujours aussi moqueur. »

— u Dites-moi , madame , s'il n'est pas bien permis à un damné , qui frit dans sa poêle , de s'égayer un peu aux dépens de ses camarades de friture? D'honneur ! vous ne savez pas com- bien la vie que nous menons là-bas est misérable. Nous autres secrétaires d'ambassade , nous res- semblons aux hirondelles qui ne se posentjamais. Pour nous , point de ces relations intimes qui font le bonheur de la vie... ce me semble, n (Il prononça ces derniers mots avec un accent sin- gulier et en se rapprochant de Julie.) « Depuis six ans , je n'ai trouvé personne avec qui je pusse échanger mes pensées intimes. »

— «( Vous n'aviez donc pas d'amis là-bas? »


Digitized by VjOOQIC


MftPBISE. 131

— « Je viens de voas dire qu'il est impossible d*eii avoir en pays étranger. J'en avais laissé deux en France. L'un est mort; l'autre est maintenant en Amérique , d'où il ne reviendra que dans quelques années , si la fièvre jaune ne le retient pas. »

— « Ainsi, vous êtes seul?... »

— « Seul. »

— u Et la société des femmes... quelle est-elle dans l'Orient? Est-ce qu'elle ne vous ofifre pas quelques ressources? »

— « Oh ! pour cela , c'est le pire de tout. Quant aux femmes turques , il n'y faut pas son- ger. Des Grecques et des Arméniennes , ce qu'on peut dire de mieux à leur louange , c'est qu'elles sont fort jolies. Pour les femmes des consuls et des ambassadeurs , dispensez-moi de vous en parler. C'est une question diplomatique, et si j'en disais ce que j'en pense , je pourrais me faire du tort aux affaires étrangères. »

— tt Vous ne paraissez pas aimer beaucoup


Digitized by VjOOQIC


132 Lk DOUBLE

votre carrière. Autrefois tous désiries avec tant d'ardear entrer dans la diplomatie ! »

— u Je ne connaissais pas encore le métier. Maintenant je voudrais être inspectenr des boues de Paris. »

— « Ah Dieu ! comment pouves*vous dire cela ? Paris ! le séjour le plus maussade de la terre. »

— « Ne blasphémez pas. Je voudiiais entendre votre palinodie à Naples , après deux ans de séjour en Italie. »

— tt Voir Naples , c'est ce que je désire le plus au monde ! » répondit-elle en soupirant. ••• , <c pourvu que mes amis fussent avec moi. »

— «( Oh I à cette condition , je ferais le four du monde. Voyager avec ses amis I mais c'est comme si l'on restait dans son salon tandis que le monde passerait devant nos fenêtres comme un panorama qui se déroulerait. »

— « Eh bien! si c'est trop demander Je vou-


Digitized by LjOOQIC


Hf PRISE. 133

drais voyager avec un..,, avec deux amis seu- lement. »


— u Pour moi , je ne suis pas si ambitieux ; je n'en voudrais qu'un seul , ou qu'une seule , » ajouta-t-il en souriant. « Mais c'est un bonheur qui ne m'est jamais arrivé... En vérité, j'ai toujours joué de malheur. Je n'ai jamais désiré bien vivement que deux choses , et j'ai n'ai pu les obtenir. »

— « Qu'était-ce donc ? »

— « Oh! rien de bien extravagant. Par exemple , j'ai désiré passionnément pouvoir walser avec quelqu'un... J'ai fait des études approfondies sur la walse. Je me suis exercé , pendant des mois entiers, seul, avec une chaise, pour surmonter l'étourdissement qui ne man- quait jamais d'arriver , et quand je suis parvenu à n'avoir plus de vertiges... n

— « Et avec qui désiriez-vous v^alser ? >»

— « Si je vous disais que c'était avec vous?... Et quand j'étais devenu , à force de peines , un walseur consommé , votre grand'mère , qui

12


Digitized by LjOOQIC


134 LA DOUBIB

venait de prendre un confesseur janséniste , défendit la walse par un ordre du jour que j'ai encore sur le cœur. »


— u Et votre second souhait ?... » demanda Julie fort troublée.

— u Mon second souhait ! je vous l'aban- donne. J'aurais voulu , c'était par trop ambi- tieux de ma part , j'aurais voulu être aimé.... mais aimé..... C'est avant la v^alse que je souhaitais ainsi , et je ne suis pas l'ordre chro- nologique.... J'aurais voulu, dis-je, être aimé par une femme qui m'aurait préféré à un bal, — le plus dangereux de tous les rivaux ; — par une femme que j'aurais pu venir voir avec des bottes crottées , au moment où elle se dispose- rait à monter en voiture pour aller au bal. Elle aurait été en grande toilette , et elle m'aurait dit : Régions. Mais c'était de la folie. On ne doit demander que des choses possibles. »

— u Que vous êtes méchant ! Toujours vos remarques ironiques! Bien ne trouve grâce devant vous. Vous êtes toigours à dire du mal des femmes. »


Digitized by VjOOQIÇ


I


HtPRISB. 135

— « Moi ! Dieu m'en prësenre ! C'est de moi plutôt que je médis. Est-ce dire du mal des femmes que de soutenir qu'elles préfèrent une soirée agréable. •• à un tète-à-téte avec moi ? »

— « Allez , vous êtes bien injuste. »

— «A propos de toilette et de bal , quel dommage que nous ne soyons plus en carnaval ! j'ai rapporté un costume de femme grecque qui est cbarmant , et qui vous irait à ravir. »

— u Vous m'en ferez un dessin pour mon album. »

— « Très volontiers. Vous verrez quels progrès j'ai faits depuis le temps où je crayon- nais des bons hommes sur la table à thé de ma- dame votre mère. — A propos , j'ai un compli- ment à vous faire; on m'a dit ce matin au ministère que M. de Gbavemy allait être nommé gentilhomme de la chambre. Gela m'a fait grand plaisir.

Julie tressaillit involontairement.


Digitized by VjOOQIC


136 LA DOUBLE

Darcy poursuivi sans s'apercevoir de ce mouvement :

— u Permettez-moi de vous demander votre protection dès à présent. Mais , au fond , je ne suis pas trop content de votre nouvelle dignité. Je crains que vous ne soyez obligée d'aller habiter Saint-Gloud pendant l'été , et alors j'aurai moins souvent l'honneur de vous voir. »

— « Jamais je n'irai à Saint-Gloud! » dit Julie d'une voix fort émue.

— u Oh ! tant mieux , car Paris , voyez-vous, c'est le paradis dont il ne faut jamais sortir, que pour aller de temps en temps diner à la campagne chez madame Lambert , à condition de revenir le soir. Que vous êtes heureuse , madame , de vivre à Paris ! Moi qui n'y suis peut-être que pour peu de temps , vous n'avei pas d'idée combien je me trouve heureux dans le petit appartement que ma tante m'a donné. Et vous , vous demeurez , m'a-t-on dit , dans le faubourg Saint -Honoré. On m'a indiqué votre hôtel. Vous devez avoir un jardin magni- fique si la manie de bâtir n'a pas changé déjà vos allées en boutiques. »


Digitizedby Google *


BÉFIISB. 137

— u Non , mou jardin est encore intact , Dieu merci ! »

— u Queljoor receyez-vous , madame? n

— u Je suis chez moi à peu près tons les soirs. Je serai charmée que vous veuillez hien me venir voir quelquefois. »

— «( Vous voyez, madame , que je fais comme si notre ancienne alliance subsistait encore. Je m'invite moi-même sans cérémonie et sajis présentation officielle. Vous me par- donnez, n'est-ce pas ?... Je ne connais plus que vous à Paris , et madame Lambert. Tout le monde m'a oublié , mais vos deux mabons sont les seules que j'aie regrettées dans mon exil. Votre salon surtout doit être charmant. Vous qui choisissez si bien vos connaissances!.... Vous rappelez-vous les projets que vous fei- siez autrefois pour le temps où vous tiendriez maison. Un salon inaccessible aux ennuyeux , de la musique quelquefois , toujours de la con- versation , et bien tard : point de gens à préten- tions, un petit nombre de personnes se con- naissant parfaitement , qui par conséquent ne cherchent point à mentir , ni à faire de l'effet. ..

12.


Digitized by LjOOQIC


138 LA BODBLI

Deux oa trois femmes spirituelles avec cela ( et il est impossible que yos amies ne le soient pas )... et votre maison est la plus agréable, de Paris. Oui , vous êtes la plus heureuse femme de Paris, et vous rendez heureux tous ceux qui vous approchent. »


Pendant que Darcy parlait, Julie pensait que ce bonheur qu'il décrivait avec tant de chaleur , elle aurait pu l'obtenir si elle eût été mariée à nn autre homme... à Darcy, par exemple. Au lieu de ce salon imaginaire, si élégant et si agréable, elle pensait aux ennuyeux que Chavemy lui avait attirés... au lieu de ces conversations si gaies, elle se rappelait les scènes conjugales comme celle qui Tavait con- duite à P... Elle se voyait enfin malheureuse- ment à jamais, attachée pour la vie à la destinée d'un homme qu'elle haïssait et qu'elle méprisait, tandis que celui qu'elle trouvait le plus aimable du monde , celui qu'elle aurait voulu charger du soin d'assurer son bonheur, devait demeu- rer toujours un étranger pour elle. Il était de son devoir de l'éviter , de s'en séparer.... et il était si près d elle que les manches de sa robe étaient froissées par le revers de son habit l


Digitized by LjOOQIC


HiPRisi. 139

Darcy continua quelque temps à peindre les plaisirs de la vie de Paris avec toute l'éloquence que lui donnait une longue privation. 5ulie cependant sentait ses larmes couler le long de ses joues ; elle tremblait que Darcy ne s'en aperçût, et la contrainte qu'elle s'imposait ajou- tait encore à la force de son émotion. Elle étouffait ; elle n'osait faire un mouvement. Enfin un sanglot lui échappa , et tout fut perdu. Elle tomba la tête dans ses mains , à moitié suffoquée par les larmes et la honte.

Darcy , qui ne pensait à rien moins , fut bien étonné. Pendant un instant la surprise le ren- dit muet ; mais les sanglots redoublant , il se crut obligé de parler et de demander la cause de ces larmes si soudaines.

— « Qu'avez-vous , madame? Au nom de Dieu, madame... répondez-moi? Que vous arrive- t-il?... » Et comme la pauvre Julie , à toutes ses questions , serrait avec plus de force son mouchoir sur ses yeux, il lui prit la main , et écartant doucement le mouchoir : u Je vous en conjure , madame , » dit-il d'un ton de voix altéré qui pénétra Julie jusqu'au fond du cœur , «c je vous en conjure , qu'avei-vous ? Vous


Digitized by LjOOQIC


140 LA BOUBiE

aurais-je offensée inyolontairement ?... Vous me désespérez par votre silence. »

— ((Ah ! » s'écria Jalie ne pouvant plus se contenir , u je suis bien malheureuse ! » et elle sanglota plus fort .

— u Malheureuse ? comment ?. . • pourquoi?... Qui peut vous rendre malheureuse ? répondez- moi ! » En parlant ainsi il lui serrait les mains , et sa tête touchait presque celle de Julie qui pleurait toujours au lieu de répondre à ses ques- tions. Darcy ne savait que penser ; mais il était touché de ses larmes , touché de sa position , et il commençait à entrevoir, dans un avenir qui ne s'était pas encore présenté à son imagination , que Julie pourrait bien un jour être à lui..

Gomme elle s'obstinait à ne pas répondre, Darcy , craignant qu'elle ne se trouvât mal , baissa une des glaces de la vpiture , détacha les rubans du chapeau de Julie , écarta son manteau et son châle. Les hommes sont gauches à rendre oes soins. Il voulait faire arrêter la voiture au- près d'un village , et il appelait déjà le cocher, lorsque Julie , lui saisissant le bras , le supplia de ne pas faire arrêter , et l'assura qu'elle allait


Digitized by LjOOQIC


HiPAISE. Ul

beaoQOUp mieux. Le cocher n'ayait rien en- tendu , et continuait à diriger ses chevaux vers Paris.

— « Maïs , je vous en supplie , ma chère ma- dame de Chaverny , » dit Darcy en reprenant une main qu'il avait ahandonnëe un instant , «je vous en conjure, dites-moi, qu'avez-vous? Je crains, et je ne puis comprendre comment l'ai été assez malheureux pour vous faire de la peine.»

— u Ah ! ce n'est pas vous ! » s'écria Julie. Et elle lui serra un peu la main.

— (( Eh bien ! dites-moi , qui peut vous faire ainsi pleurer? parlez-moi avec confiance. Ne sommes-nous pas d'anciens amis ? )> ajouta-t-il en souriant , et serrant à son tour la main de Julie.

— « Vous me parliez du bonheur dont vous me croyez entourée... et ce bonheur est si loin de moi!... »

— « Gomment ! N'avez-vous pas tous les élé- mens de bonheur?... Vous êtes jeune , riche ,


Digitized by VjOOQIC


142 14 DOUBLI

jolie... Votre mari tient un rang distingué dans la société... »


— <( Je le déteste ! » s'écria Julie hors d'elle- même , « je le méprise ! )> Et elle laissa tomber sa tête sur l'épaule de Darcy en sanglotant plus fort que jamais.

— (c Oh ! oh ! » pensa Darcy , « ceci devient fort grave. » Et profitant avec adresse de tous les cahots de la voiture , il attirait la malheu- reuse Julie encore plus près de lui.

— u Pourquoi , » lui disait-il de la voix la plus douce et la plus tendre du monde , » pour- quoi vous affliger ainsi? Faut-il qu'un être que vous méprisez ait tant d'influence sur votre vie? Pourquoi lui permettez-vous d'empoisonner lui seul votre bonheur ? Mais est-ce donc à lui que vous devez demander votre bonheur?... » et il lui baisa le bout des doigts , mais comme elle retira aussitôt sa main avec terreur , il craignit d'avoir été trop loin... Il poursuivit, et , déter- miné à voir la fin de l'aventure , il dit en soupi- rant d'une façon assez hypocrite:

— « Que j'ai été trompé ! Lorsque j'ai appris


Digitized by LjOOQIC


HÉPBTSE. 143

votre mariage , j'ai cru que M. de C^iaverny TOUS plaisait réellement. »

—• u Ah! monsieur Darcy, tous ne m'avez jamais connue ! » Le ton de sa voix disait claire- ment : «c Je vous ai toujours aimé , et vous n'a- vez pas voulu vous en apercevoir. » La pauvre femme croyait en ce moment , de la meilleure foi du monde, qu'elle avait toujours aimé Darcy pendant les six années qui venaient de s'écou- ler , avec autant d'amour qu'elle en sentait pour lui dans ce moment.

— <( Et vous , » s'écria Darcy en s'animant , «vous , Julie , m'avez-vous jamais connu? Avez- vous jamais su quels étaient mes sentimens ? Ah ! si vous m'aviez connu , Julie , nous serions sans doute heureux maintenant l'un et l'autre. »

— « Que je suis malheureuse ! » répéta Julie avec un redoublement de larmes.

— u Mais quand même vous m'auriez com- pris, Julie,» continua Darcy avec cette expres- sion de mélancolie ironique qui lui était habi- tuelle , « qu'en serait-il résulté ? J'étais sans fortune; la vôtre était considérable; votre mère


Digitized by LjOOQIC


144 LA DOUBLE

m'eût repousse avec mépris. — J'étais condamtié d'avance. — Vous - même , oui , vous , Julie , avant qu'une fatale expérience ne vous eût mon- tré où est le véritable bonheur , vous auriez sans doute ri de ma présomption , et une voi- ture bien vernie , avec une couronne de comte sur les panneaux , aurait été alors le plus sûr moyen de vous plaire. »

— « Oh ciel ! et vous aussi ! Personne n'aura donc pitié de moi? »

— u Pardonnez-moi , chère Julie ! pardon- nez-moi , je vous en supplie. Oubliez ces repro- ches ; non , je n'ai pas le droit de vous en faire , moi. — Je suis plus coupable que vous».. Je n'ai pas su vous apprécier. Je vous ai crue faible comme les femmes du monde où vous viviez ; j'ai douté de votre courage , chère Julie , et j'en suis cruellement pvni ! ...» £t il baisait avec feu ses mains qu'elle ne retirait plus. Alors Darcy passant un bras derrière elle l'attira tout-à-fait sur son sein , mais Julie le repoussa avec une vive expression de terreur , et s'éloigna de lui autant que la largeur de la voiture pouvait le lui permettre.


Digitized by VjOOQIC


MÉP1I8B. 145

Sur quoi, Darcy, avec son sourire diabolique, et d'une voix dont la douceur même rendait l'ex- pression plus poignante : « Vous êtes en toi- lette, madame. •• Pardonnez-moi, j'oubliais Totre belle robe. »

Julie poussa un cri étouffé. Darcy la serra dans ses bras avec transport , et chercha à ar- rêter ses larmes par des baisers. Elle essaya encore de se débarrasser de son étreinte , mais cet effort fut le dernier qu'elle tenta.


13


y Google


Digitized by VjOOQIC


XII


, Google


Digitized by VjOOQIC


Darcy n*ëtait pas amoureux. Il avait profite d*nne bonne fortune qui semblait se jeter à sa tête , et qui méritait bien qu'on ne la laissât pas échapper. Il était d'ailleurs, comme tous les hommes , beaucoup plus éloquent pour deman- der que pour remercier. Cependant il était poli, et la politesse tient lieu souvent de sentimens plus respectables. Il débitait donc à Julie des

13.


Digitized by LjOOQIC


150 LA DOUBLE

phrases tendres , qu'il composait saos trop de peine , et qa'il accompagnait de nombreux bai- semens de main qui lai épargnaient autant de paroles. Il voyait sans regrets que la voiture était déjà aux barrières , et que dans peu de minutes il allait se séparer de sa conquête. Le silence de madame de Ghavemy , au milieu de ses protestations , Taccablement dans lequel elle paraissaitplongée rendaientdifficile, ennuyeuse même , si j'ose le dire , la position de son nou- vel amant.

Elle était immobile , dans un coin de la voi- ture , serrant machinalement son schall contre son sein. Elle ne pleurait plus , ses yeux étaient fixes , et lorsque Darcy lui prenait la main pour la baiser , cette main , dès qu'elle était aban- donnée, retombait sur ses genoux comme morte. Elle ne parlait pas , entendait à peine ; mais une foule de pensées déchirantes se présentaient à la fois à son esprit , et si elle voulait en expri- mer une , une autre à Finstant venait lui fermer la bouche.

Gomment rendre le chaos de ces pensées , ou plutôt de ces images qui se succédaient avec autant de rapidité que les battemens de son


Digitized by VjOOQIC


MÉPRI8B. 181

cœur ? Elle croyait entendre à ses oreilles des mots sans liaison et sans suite , mais tous ayec un sens terrible. Le matin elle avait accusé son mari , il était vil à ses yeux ; maintenant elle était cent fois plus méprisable. Il lui semblait que sa honte était publique. — La maîtresse du duc de H*** la repousserait à son tour. — Ma- dame Lambert , tous ses amis ne voulaient plus la voir. — Et Darcy? •— L'aimait41? — Il la connaissait à peine. — Il l'avait oubliée. — Il ne l'avait pasreconnue tout de suite. — Peut-être l'avait-il trouvée bien changée. — Il était froid pour elle : c'était là le coup de grâce. S'être donnée à un homme qui ne la connaissait pas , qui nre lui avait pas montré de l'amour... mais de la politesse seulement. — Il était impossible qu'il l'aimât. — Elle-même, l'aimait-elle ?-— Non, puisqu'elle s'était mariée lorsqu*â peine il venait de partir.

Quand la voiture entra dans Paris , les hor- loges sonnaient une heure. C'était à quatre heu- res qu'elle avait vu Darcy pour la première fois. — Oui fVu; — elle ne pouvait dire revu. . . Elle avait oublié ses traits , sa voix ; c'était un étranger pour elle. . . Neuf heures après , elle était devenue sa maîtresse!... Neuf heures


Digitized by VjOOQIC


152 LA DOUBLE

avaient suffi pour cette singulière fascination... avaient suffi pour qu'elle fût déshonorée à ses propres yeux , aux yeux de Darcy lui même; car , que pourait-il penser d'une femme ausri facile? Comment ne pas la mépriser?

Parfois la douceur de la Yoix de Darcy , les paroles tendres qu'il lui adressait , la ranimaient un peu. Alors elle s'efforçait de croire qu'il sen- tait réellement l'amour dont il parlait. Elle ne s'était pas rendue si facilement. — Leur amour durait depuis long-temps, lorsque Darcy l'avait quittée. — Darcy savait bien qu'elle ne s'était mariée que par suite du dépit que son départ lui avait fait éprouver. — Les torts étaient du côté de Darcy. — Pourtsmt , il l'avait toujours aimée pendant sa longue absence. — Et , à son retour, il avait été heureux de la retrouver aussi con- stante que lui. — La franchise de son aveu , — sa facilité même devaient plaire à Darcy , qui détestait la dissimulation . — Mais bientôt l'ab- surdité de ses raisonnemens lui apparaissait tout-à-GOup. — Les idées consolantes s'évanouis- saient , et elle restait en proie à la honte et ao désespoir.

Un moment elle voulut exprimer ce qu'elle


Digitized by LjOOQIC


KÉPRiai. 153

sentait. Elle venaitde se représenter qu'elle était proscrite par le monde , abandonnée par sa fa- mille. Après avoir si grièrement offensé son mari , sa fierté ne loi permettait pas de le revoir jamais. « Je sois aimée de Daroy , » se lUt-dle ; u je ne puis aimer que lui . — Sans lui je ne puis être heureuse. — Je serai heureuse partout avec lui : allons ensemble dans quelque lieu où ja- mais je ne puisse voir une figurequi méfiasse rou- gir. Qu'il m'emmène avec lui à Constantinople.»

Darcy était a cent lieues de deviner ce qui se passait dans le cœur de Julie. Il venait de remarquer qu'ib entraient dans la rue habitée par madame de Ghavemy , et remettait ses gants glacés avec beaucoup de sang-froid.

— « A propos , )» dit-il , u il faut que je sois présenté ofiiciellemaiit à M. de Ghavemy... Je suppose que nous serons bientôt bons amis. — Présenté par madame Lambert , je serai sur un bon pied dans votre maison. En attendant , puisqu'il esta la campagne , je puis vous voir. »

La parole expira sur les lèvres de Julie. Cha- que mot de Darcy était un coup de poignard. Gomment parler de fuite , d'enlèvement à cet


Digitized by LjOOQIC


154 LA DOUBLE MÉPAISB.

homme si calme, si froid, qai Dépensait qu'à arranger sa liaison pourVétë de la manière la pins commode ? Elle brisa avec rage la chaîne d'or qn'elle portait à son cou , et tordit les chaînons entre ses doigts. La voiture s'arrêta à la porte de la maison qu'elle occupait. Darcy fut fort empressé à arranger son schall sur ses épaules, à remettre son chapeau convena- blement , enfin à réparer toutes les traces de désordre qui auraient pu la trahir. Lorsque la portière s'ouvrit , il lui présenta la main de l'air le plus respectueux, mais Julie s'élança à terre sans vouloir s'appuyer sur lui. — u Je vous de- manderai la permission , mi^dame , » dit-il en s'inclinant profondément , u de venir savoir de vos nouvelles. »

— « Adieu ! >» dit Julie d'une voix étouSée. Darcy remonta dans son coupé , et se fit rame- ner chez lui eu si£Qant de l'air d'un homme très satisfait de sa journée.


y Google


XIII


, Google


y Google


Aussitôt qu'il se retrouva dans son apparte- ment de garçon, Darcy passa une robe de cham- bre turque , mit des pantoufles , et ayant chargé de tabac de Latakië une longue pipe dont le tuyan était de merisier de Bosnie orné d'ambre blanc , il se mit en devoir de la savourer , en se renversant dans une grande bergère garnie de maroquin et dûment rembourrée. Aux per-

14


Digitized by LjOOQIC


158 LA DOUBLE

sonnes qni s'étonneraient de le voir dans cette vulgaire occupation , au moment où peut-être il aurait dû rêver plus poétiquement , je répon- drai qu'une bonne pipe est utile , si non néces- saire , à la rêverie , et que le véritable moyen de bien jouir d'un bonheur , c'est de l'associer à un autre bonheur. Un de mes amis , homme fort sensuel , n'ouvrait jamais une lettre de sa maîtresse avant d'avoir été sa cravate , attisé le feu si l'on était en hiver , et s'êfre couché sur un canapé commode.

— « En vérité 1 » se ditDarcy, «j'aurais été un grand sot si j'avais suivi le conseil de sir Jo^ Tyrrel , et si j'avais acheté une esclave grecque pour l'amener à Paris. Parbleu! c'eût été, conune disait mon ami Haleb-Ëffendi , c'eût été porter des figues à Damas. Dieu merci ! la civilisation a marché grand train pendant mon absence, et il ne parait pas que la rigidité soit portée à l'excès... Ce pauvre Ghaverny!... Ah! ah! Si pourtant j'avais été assez riche il y a quelques années, j'aurais épousé Julie , et ce serait peut- être Ghaverny qui l'aurait reconduite ce soir. Si je me marie jamais , je ferai visiter souvent la voiture de ma femme , pour qu'elle n'ait pas besoin de chevaliers errans qui la tirent des


Digitized by LjOOQIC


HÉPaisE. 159

fossés. .Voyons! recordons-noas. A tout prendre, c'est une très jolie femme , elle a de l'esprit , et si je n'étais pas nussi vieux que je le suis , il ne tiendrait qu'à moi de croire que c'est à mon prodigieux mérite !... Ah ! mon prodigieux mérite ! .. . Hélas ! hélas ! dans un mois peut-être, mon mérite sera au niveau de celui de ce mon- sieur à moustache... Morbleu! j'aurais bien voulu que cette petite Nastasia , que j'ai tant aimée , sût lire et écrire , et pût parler des cho- ses aveo les honnêtes gens , car je crois que c'est la seule femme qui m'ait aimé... Pauvre enfant ! . . . » Sa pipe s'éteignit , et il s'epdormit bientôt.


Digitized by LjOOQIG


y Google


XIV


14.


Digitized by VjOOQIC


Digitized by VjOOQIC


Ed rentrant dans son appartement , madame de Ghayemy rassembla toutes ses forces pour dire d*un air naturel à sa femme de chambre qu elle n'avait pas besoin d'elle , et qu'elle la laissât seule. Aussitôt que cette fille fut sortie , elle se jeta sur son lit, car une position com- mode est aussi nécessaire dans la douleur que dans la joie , et là elle se mit à pleurer plus


Digitized by LjOOQIC


164 LA DOUBLE

amèrement maintenant qu'elle se trouvait seule, que lorsque la présence de Darcy Tobligeait à se contraindre.

La nuit a certainement une influence très grande sur les peines morales comme sur les douleurs physiques. Elle donne à tout une teinte lugubre , et les images qui , le jour , seraient indijQTérentes ou même riantes nous inquiètent et nous tourmentent la nuit , comme des spec- tres qui n'ont de puissance que pendant les ténèbres. Il semble que , pendant la nuit , la pensée redouble d'activité, et que la raison perd son empire. Une espèce de fantasmagorie intérieure nous trouble et nous effraie , sans que nous ayons la force d'écarter la cause de nos terreurs , ou d'en examiner froidement la réalité.

Qu'on se représente la pauvre Julie étendue sur son lit à demi habillée, se tournant et se re- tournant sans cesse; tantôt dévorée d'une chaleur brûlante, tantôt glacée par un frisson pénétrant, tressaillant au moindre craquement de la boi- serie et entendant distinctement les battemens de son cœur. Elle ne conservait de sa position qu'une angoisse vague dontellecherchait en vain


Digitized by LjOOQIC


■tPtisB. 165

la Qnuse* Pais tout d'un coup le souvenir de cette fintale smrëe passait dans son esprit aussi rapide qu'un éclair, et ayeo lui se réveillait une dou- leur vive et aiguë comme celle que produirait un fer rouge dans une blessure cicatrisée.

Tantôt elle regardait salampe, observantavec une attention stupide toutes les vacillations de la flamme , jusqu'à ce que les larmes qui s'a- massaient dans ses yeux , elle ne savait pour- quoi, rempêchassentdevoirlalumière, u Pour- quoi ces larmes? » se disait-elle, n Ah ! je suis déshonorée, n

Tantôt elle comptait les glands des rideaux de son lit , mais elle n'en pouvait jamais retenir le nombre, h Quelle est donc cette folie? » pen- sait-elle. « Folie? — Oui , car il y a une heure , je me suis donnée comme une fille à un homme que je ne connais pas. »

Puis elle suivait d'un œil hébété l'aiguille de sa pendule avec l'anxiété d'un condamné qui voit approcher l'heure de son supplice. Tout à coup la pendule sonnait : « Il y a trois heures. . » disait-elle tressaillant en sursaut , «j'étais avec lui , et je suis déshonorée ! »


Digitized by VjOOQIC


166 . LA DOUBLE

Elle passa toute la nuit dans cette agitation fébrile. Quand le jour parut, elle ouvrit la fe- nêtre , et Fair frais et pipuant du matin loi ap- porta quelque soulagement. Penchée sur la balustrade de sa fenêtre qui donnait sur le jar- din , elle respirait l'air froid avec une espèce de volupté. Le désordre de ses idées se dissipa peu à peu. Aux vagues tourmens , au délire qui l'a- gitaient , succéda un désespoir concentré qui était un repos en comparaison.

Il fallait prendre un parti. Elle s'occupa de chercher alors ce qu'elle avait à faire. Elle ne s'arrêta pas un moment à l'idée de revoir Darcy. Gela lui paraissait impossible ; elle serait morte de honte en l'apercevant. Elle devait quitter Paris, où dans deux jours tout le monde la montrerait au doigt. Sa mère était à Nice , elle irait la rejoindre , lui avouerait tout ; puis après s'être épanchée dans son sein elle n'avait plus qu'une chose à faire , c'était de chercher quel- que endroit désert en Italie , inconnu aux voya- geurs, où elle irait vivre seule, et mourir bientôt.

Cette résolution une fois prise , elle se trouva tranquille. Elle s'assit devant une petite table


Digitized by LjOOQIC


XÉPIISB. 167

en face de la fenêtre , et , la tète dans ses mains, elle pleura , mais cette fois sans amertnme. La fatigneet rabattement remportèrent enfin, et elle 8*endormit ou plutôt elle cessa de penser pendant une heure à peu près.

Elle se réveilla avec le frisson de la fièvre. Le temps avait changé , le ciel était gris , et une ploie fine et glacée annonçait du froid et de l'humidité pourtout lerestedu jour. Julie sonna sa femme de chambre. « Ma mère est malade, n lui dit-elle, « il faut que je parte sur-le-champ pour Nice. Faites une malle, je veux partir dans une heure. »

— u Mais, madame, qu'avez- vous? n'êtes - vous pas malade?.. Madame ne s'est pas cou- chée ! » s'écria la femme.de chambre , surprise et alarmée du changement qu'elle observa sur les traits de sa maîtresse.

— « Je veux partir, » dit Julie d'un ton d'im- patience, « il faut absolument que je porte. Préparez- moi une malle. »

Dans notre civilisation moderne , il ne suffit pas d'un simple acte de la volonté pour aller


Digitized by LjOOQIC


1S8 1.À IKTOBLB

d'un lieu à on autre. Il faut im passeport, ii faut faire des paquets , emporter des oartons , s'occuper de cent préparatifs ennuyeux qd sufibraient pour 6ter l'envie de voyager. Mais l'impatience de Julie abrégea beaucoup toutes ces lenteurs nécessaires. Elle allait et venait de chambre en chambre , aidait elle-même À faire les malles , entassant sans ordre des bonnets et des robes accoutumés A être traités avec plw d'égards. Quelquefois pourtant les mouvemens qu'elle se donnait contribuaient plutôt à retar- der ses domestiques qu'a les hàtor.


— u Madame a sans doute prévenu monsieur?» demanda la femme de chambre d'an air timide.


Julie , sans lui répondre , prit du papier et écrivit : « Ma mère est malade à Nice. Je vais auprès d'elle. » Elle plia le papier en quatre, mais elle ne put se résoudre à y mettre une adresse.


Au milieu des préparatifs de départ , un do- mestique entra : <( M. de Ghâteaufort, n dit-41, u demande si Madame est visible; il y a aussi


Digitized by LjOOQIC


■tPiiSB. 169

un autre inonsieiir qui est Tenu en même temps , que je ne connais pas ; mais voici sa carte. »

Elle lut : « Ë. Dabct, secréiaire d'ambassade.n

Elle put à peine retenir un cri. u Je n'y suis pour personne , » s'ëcria-t-elle ^ u dites que je suis malade. Ne dites pas que je vais partir. » Elle ne pouvait s'expliquer comment Château- fort et Darcy venaient la voir en même temps , et dans son trouble , elle ne douta pas que Dar- cy n'eût déjà choisi Ghàteaufort pour son confi- dent. Bien n'était plus simple cependant que leur présence simultanée. Amenés par le même motif, ils s'étaient rencontrés a la porte, et après avoir échangé un salut très froid , ils s'é- taient tout bas donnés au diable l'un Tautre de grand cœur.

Sur la réponse du domestique , ils descen- dirent ensemble l'escalier , se saluèrent de nou- veau encore plus froidement , et s'éloignèrent chacun dans une direction opposée.

Ghàteaufort avait remarqué l'attention parti- culière que madame de Ghavemy avait montrée pour Darcy , et dès ce moment il l'avait pris en

15


Digitized by VjOOQIC


170 LA DOUBLE

haine. De son côté , Darcy , qui se piquait d*étre physionomiste , n'avait pn observer l'air d'em- barras et de contrariété de Châteaufort, sans en conclure qu'il aimait Julie ; et comme , en sa qualité de diplomate , il était porté à supposer le mal à priori, il avait conclu fort légèrement que Julie n'était pas cruelle pour Ghàteaufort.

— « Cette étrange coquette , n se disait-ii à lui même en sortant de sa maison , u n'aura pas voulu nous recevoir ensemble , de peur d'une scène d'explication comme celle du Mitan- ikrape... Mais j'ai été bien sot de ne pas trouver quelque prétexte pour rester et laisser partir ce fiât à moustaches. Assurément, si j'avais attendu seulement qu'il eût le dos tourné , j'aurais été admis , car j'ai sur lui l'incontestable avantage de la nouveauté. »

Tout en faisant ces réflexions , il s'était arrê- té , puis il s'était retourné , puis il rentra dans l'hôtel de madame de Ghavemy. Ghâteaufort, qui s'était aussi retourné plusieurs fois pour l'ob- server, revint sur ses pas, et s'établit en croi- sière à quelque distance pour le surveiller.

Darcy dit au domestique , surpris de le revoir,


Digitized by LjOOQIC


HtPRISB. 171

qu'il avait oublié de lui donner un mot pour sa maîtresse , qu'il s'agissait d'une affaire pressée, et d'une commission dont une dame l'avait chargé pour madame de Chaverny. Se souve- nant que Julie entendait l'anglais , il écrivit sur sa carte au crayon : Begs leave to ask when he can show to madame de Chaverny hi$ turhish album» Il remit la carte au domestique , et dit qu'il attendrait la réponse.

Cette réponse tarda long-temps. Enfin , le do- mestique revint fort troublé : u Madame, » dit- il , « s'est trouvée mal tout-à-l'heure , et elle est trop souffrante maintenant pour pouvoir vous répondre. » — Tout cela avait duré un quart d'heure. Darcy ne croyait guère à l'évanouisse- ment ; mais il était bien évident qu'on ne vou- lait pas le voir. Il prit son parti philosophique- ment, et se rappelant qu'il avait des visites à faire dans le quartier , il sortit sans se mettre autrement en peine de ce refus.

Depuis long-temps Châteaufort l'attendait dans une anxiété furieuse. £nle voyant passer , il nedouta pas qu'il ne fût son rival heureux, et il se promit bien de saisir aux cheveux la première occasion de se venger de l'infidèle et de son


Digitized by LjOOQIC


17!l LA DOUBLE MftPRISfi.

complice. Le commandant Perrin, qu'il ren- contra fort à propos , reçut sa confidence , et le consola du mieux qu'il put , non sans lui remon- trer le peu d'apparence de ses soupçons.


y Google


XV


J5.


Digitized by VjOOQIC


y Google


Julie s'était bien rëellement ëvanouie en re- cevant la seconde carte de Darcy. Son éva- nonissement fat suivi d'un crachement de sang qui l'affaiblit beaucoup. Sa femme de chambre avait envoyé chercher son médecin ; mais Julie refusa obstinément de le voir. Vers quatre heures les chevaux de poste étaient arrivés ,


Digitized by LjOOQIC


176 LA DOUBLE

les malles attachées : toat était prêt pour le départ. Julie monta en voiture, toussant horri- blement , et dans un état à faire pitié. Pendant la soirée , et toute la nuit , elle ne parla qu*au valet de chambre assis sur le siège de la calèche, et seulement pour qu'il dit aux postillons de se hâter. Elle toussait toujours , et paraissait beau- coup souffrir de la poitrine ; mais elle ne fit pas entendre une plainte. Le matin , elle était si faible qu'elle s'évanouit lorsqu'on ouvrit la portière. On la descendit dans une mauvaise auberge où on la coucha. Un médecin de village fut appelé; il la trouva avec une fièvre violente, et lui défendit de continuer son voyage. Pour- tant, elle voulait toujours partir. Dans la soirée, le délire vint , et tous les symptômes augmen- tèrent de gravité. Elle parlait continuellement , et avec une volubilité si grande , qu'il était très difficile de la comprendre. Dans ses phrases incohérentes , les noms de Darcy , de Château- fort et de madame Lambert revenaient souvent. La femme de chambre écrivit â M. de Ghavemy pour lui annoncer la maladie de sa femme ; mais elle était â près de quarante lieues de Paris ; Chaverny chassait chez le duo de H*** , et la maladie faisait tant de progrès qu'il était dou- teux (ju'il pût arriver à temps.


Digitized by LjOOQIC


HtPHISI. 177

Le valet de chambre cependant avait été à cheval à la ville voisine , et en avait amené un médecin. Gelai-ci blâma les prescriptions de son confirère , déclara qu'on l'appelait bien tard, et que la maladie était grave.


Le délire cessa au lever du jour , et Julie s*en- dormitalors profondément. Lorsqu'elle s'éveilla deux ou trois heures après , elle parut avoir de la peine à se rappeler par quelle suite d'accidens elle se trouvait couchée dans une sale chambre d'auberge. Pourtant la mémoire lui revint bien- tôt ; elle dit qu'elle se sentait mieux , et parla même de repartir le lendemain. Puis après avoir paru méditer long-temps , en tenant sa main sur sonfront,elle demanda de l'encre et du papier et voulut écrire. Sa femme de chambre la vit commencer, des lettres qu'elle déchirait toujours après avoir écrit les premiers mots. £n même temps elle recommandait qu'on brûlât les fragmens de papier. La femme de chambre remarqua sur plusieurs morceaux ce mot : u Monsieur y » ce qui lui parut extraordinaire, dit-elle , car elle croyait que Madame écrivait à sa mère , ou à son mari. Sur un autre fragment elle lut : u F'ous devez bien me mépriser, . . »


Digitized by LjOOQIC


178 LA DODBLB HÉPRlSSi

Pendant près d'une demi-henre, elle essaya inutilement d*écrire cette lettre qui paraissait la préoccuper vivement. Enfin Tépuisenient de ses forces ne lui permit pas de continuer. Elle repoussa le pupitre qu'on avait placé sur son lit , et dit d*un air égaré à sa femme de cham- bre : « Écrivez vous-même à M. Darcy. n

— <c Que faut-il écrire , madame? » demanda la femme de chambre , persuadée que le délire allait recommencer.

— u Écrivez-lui : qu'il ne me connaît pas. . . que je ne le connais pas!.. » et elle retomba accablée sur son oreiller.

Ce furent les dernières paroles suivies qu'elle prononça. Le délire la reprit et ne la quitta plus. Elle mourut le lendemain sans grandes souffrances apparentes.


y Google


XVI


, Google


Digitized by VjQOQIC


Chavemy arriva trois jours après son enter- rement. Sa douleur sembla véritable , et tous les habitans du village pleurèrent en le voyant debout dans le oimetière , contemplant la terre fraîchement remuée qui couvrait le cercueil de sa femme. Il voulait d'abord la faire exhumer et la transporter à Paris , mais le maire s'y étant opposé , et le notaire lui ayant parlé de

16


Digitized by LjOOQIC


182 LA DOUBLE HtPRISl.

formalités sans fin , il se contenta de comman- der nne pierre de liais , et de donner des ordres pour Tërection d'un tombeau simple mais con- venable*

Ghàteaufort fut très-iensible à cette mort si soudaine. Il refusa plusieurs invitations de bal, et pendapt quelque temps on ne le vit jamais que vêtu de noir.


y Google


XVII


Digitized by VjOOQIC


Digitize^by Google


Dans le monde , on fit plusieurs récits de la mort de madame de Ghavemy. Suivant les uns, elle avait eu un rêve ou , si Ton veut , un pres- sentiment qui lui annonçait que sa mère était malade. Elle en avait été tellement frappée qu'elle s'était mise en route pour Nice sur-le- champ , malgré un gros rhume , qu'elle avait gagné en revenant de chez madame Lambert ;


Digitized by VjOOQIC


186 LA DOUBLE MfiPRlSB.

et ce rhume était devenu une fluxion de poi- trine.

D'autres , plus clairroyans , assuraient d'un air mystérieux que madame de Ghavemy , ne pouvant se dissimuler l'amour qu'elle ressen- tait pour M. de Chateaufort, avait voulu cher- cher auprès de sa mère la force d'y résister. Le rhume et la fluxion de poitrine étaient la conséquence de la précipitation de son départ. Sur ce point on était d'accord.

Darcy ne j^arlait jamais d'elle. Trois ou quatre mois après sa mort , il fit xm mariage avantageux. Lorsqu'il annonça son mariage à madame Lambert , elle lui dit en le félicitant : <( En vérité votre femme est charmante , et il n'y a que ma pauvre Julie qui aurait pu vous convenir mieux. Quel dommage que vous fus- siez trop pauvre pour elle quand elle s'est mariée ! »

Daroy sourit de ce sourire ironique qui lui était habituel 9 mais il ne répondit rien.

Full text in English

JULIE DE CHAVERNY had been mar- ried for about six years, and for nearly five years and six months she had had her eyes open not only to the impossibility of loving her husband, but also to the difficulty of merely giving him a place in her esteem.

This husband was not boorish. He was neither stupid nor foolish. Still there may have been, perhaps, a mingling of all those qualities in him. If she had recalled the past she might have re- membered that once upon a time she had found him pleasant: but now he bored her. Every- thing about him seemed to her repulsive. His way of eating, of drinking coffee, of speaking, gave her nervous shudders. They seldom met or talked together except at table; but they dined together several times a week and that was suffi- cient to keep Julie's aversion alive.

  • Little one, fairer than flowers, rosy with eyes of green, if you

think to follow love you are lost, alas ! you are wholly lost !

3


4 THE DOUBLE MISTAKE

As for Chaverny, he was rather a fine-looking man, a little too stout for his age, clean-skinned and ruddy, not by nature given to those vague uneasinesses which often torture the imaginative. He piously believed that his wife felt for him a calm affection (he was too much of a philosopher to believe that he was loved as upon the first day of his married life), and this belief caused him neither pain nor pleasure; if the contrary had been true, he would have made the best of it in the same way. He had served for some years in a cavalry regiment, but falling heir to considerable fortune he took a dislike to a soldier's life, retired from the army and married. It may seem a somewhat difficult undertaking to try to explain the marriage of two people who had not a single idea in common. On the one hand, grandparents and officious friends, who, like Phrosine, would marry the Venetian Republic to the Grand Turk, had busied themselves in arranging matters. On the other hand Chaverny belonged to a good family ; in those days he was not too stout ; he was merry and he was, in the full acceptation of the term, what is called " a good fellow." Julie was always glad to see him come to her mother's house because he made her laugh with his tales of the army, tales in a vein of humorous wit which was not always of the most unquestionable taste. She


THE DOUBLE MISTAKE 5

thought him very pleasant because he danced with her at all the balls, and there was never a lack of good reasons to persuade Julie's mother to stay late, to go to the theatre, or to the Bois de Boulogne. Finally Julie thought him a hero because he had fought two or three duels with honour. But what completed the triumph of Chaverny was his description of a certain car- riage which he would have built after a plan of his own, and in which he himself would take Julie for a drive after she had consented to give him her hand.

At the end of several months of married life all Chaverny's good qualities had greatly de- creased in merit. He no longer danced with his wife needless to say. His amusing stories had all been told three or four times. Now he com- plained that balls were kept up far too long. He yawned at the theatre and objected to the custom of dressing for dinner as being a perfect nuisance. His chief fault was laziness. If he made an effort to make himself pleasing to his wife he might perhaps have succeeded; but any kind of restraint seemed to him perfect torture; a view which he held in common with nearly all stout people. Society bored him because in it we are cordially received only in proportion as we exert ourselves to be agreeable. Coarse pleasures


6 THE DOUBLE MISTAKE

seemed to him decidedly preferable to all more refined amusements; for to make himself promi- nent among persons of his own taste the only trouble he had to- take was to shout louder than the others, which, for one with lungs as vigorous as his, was not very difficult. Moreover he prided himself on drinking more champagne than an ordinary man, and took his horse easily over a four-bar fence. As a consequence, he enjoyed a legitimately acquired esteem among those be- ings who are so hard to define, whom we call " young people," and who throng our boulevards about five in the afternoon. Hunting parties, country expeditions, races, bachelor dinners, bachelor suppers he sought out eagerly. Twenty times a day he said that he was the happiest of men, and every time that Julie heard him she cast her eyes upward, and her little mouth took on an indescribable expression of disdain.

Beautiful, young and married to a man who was uncongenial, she would naturally be sur- rounded by interested homage. But, in addition to the protection of her mother a most prudent woman her own pride (which was her great failing) had up to that time defended her against the seductions of the world. Moreover the dis- appointment following her marriage, by giving ber a certain. kind of experience, had made it


THE DOUBLE MISTAKE 7

hard for her to grow enthusiastic over anything. She was proud of seeing herself pitied in society, and quoted as a model of resignation. After all, she was nearly happy, for she was in love with no one, and her husband kft her entirely free. Her coquetry (and it must be confessed that she rather liked to show that her husband did not know what a treasure he possessed), her co- quetry, instinctive, as that of a child, accorded very well with a certain disdainful reserve which was not prudery. She had the art of being pleas- ant to every one, bat to every one without dis- tinction. Scandal could not find the slightest trifle with which to reproach her.


n

The husband and wife had been dining at the house of Madame de Lussan. Julie's mother, who was about to leave for Nice. Chaverny. who was always bored to death at his mother-in-law's, had been obliged to spend the evening there in spite of his desire to join his friends on the boulevard. After dinner he settled himself on a comfortable sofa and passed two hours without uttering a syllable. The reason was simple. He was sleep- ing, decorously enough, seated, with his head


8 THE DOUBLE MISTAKE

bent to one side, as if he were following the con- versation with interest; he afterwards awoke and made some remark.

Then he had been obliged to take a hand at whist, a game which he detested because it re- quires a certain amount of application. All of which had kept him rather late. It had just struck eleven. Chaverny had no engagement for the evening he really did not know what to do. While he was in this state of perplexity his car- riage was announced. If he returned to the house he would have to take his wife home. The prospect of a twenty minutes' tete-a-tete with his wife was enough to frighten him; but he had no cigars in his pocket and he was dying to open a box which he had received from Havre just as he was starting out for dinner. So he re- signed himself to his fate.

As he was wrapping his wife up in her shawl he could not restrain a smile as he caught in a mirror a reflection of himself showing the little attentions of a husband who has been married for a week. He also looked at his wife, whom he had scarcely noticed. That evening she seemed to him prettier than usual ; so he spent some little time wrapping the shawl about her shoulders. Julie was as much put out as he at the prospect of the conjugal tete-a-tete that was in store for


THE DOUBLE MISTAKE 9

them. Involuntarily her mouth drew itself down into a little pout, and her arched brows drew to- gether. All of which gave her an air of such charming grace that even a husband could not remain unmoved. Their eyes met in the mirror during the operation of which I have just been speaking. Both were greatly embarrassed. To hide his confusion Chaverny, with a smile, kissed the hand which his wife raised to arrange her shawl.

" How they love each other," said Madame de Lussan to herself, noticing neither the cold dis- dain of the wife nor the indifferent air of the husband.

When they were both seated in their carriage, so close that they almost touched each other, they remained for some time without speaking. Chaverny was well aware that it would be very suitable to say something, but nothing occurred to him. Julie, on the other hand, maintained a silence that drove him to despair. He yawned three or four times, until he was ashamed of it himself, and the last time he felt called upon to apologise to his wife.

" It was a long evening," he added, by way of excuse.

Julie saw in this sentence merely a wish to criticise the evenings at her mother's and to say


10 THE DOUBLE MISTAKE

something disagreeable. For some time past she had been in the habit of avoiding any discussion with her husband; so she continued to maintain her silence.

Chaverny, who that evening felt like talking in spite of himself, continued, after a couple of minutes :

"I had a good dinner to-day; but I really must say that your mother's champagne is too sweet."

"I beg your pardon?" said Julie, turning her head toward him with a very nonchalant air, and pretending that she had heard nothing.

" I was saying that your mother's champagne is too sweet. I forgot to tell her so. Really it is most astonishing, but people imagine that it is easy to select champagne. Well! Nothing could be more difficult. To twenty kinds of bad cham- pagne there is only one kind that is good."

" Ah! " and Julie, after having accorded this interjection to courtesy, turned away her head and began looking out of the carriage windows. Chaverny leaned back and placed his feet on the cushion in the front of the carriage, a little morti- fied that his wife should show herself so insensi- ble to all the trouble which he was taking to open up a conversation.

However, after having yawned two or three


THE DOUBLE MISTAKE 11

times more, he continued, drawing nearer to Julie:

" That dress you have on is wonderfully be- coming, Julie. Where did you get it? "

" Doubtless he wishes to buy one like it for his mistress," thought Julie. " At Burty's," she an- swered, with a slight smile.

' Why are you laughing? " asked Chaverny, taking his feet off the cushion, and drawing still nearer. At the same time he took one of her sleeves and began to touch it somewhat after the manner of Tartufe.

" I am laughing," said Julie, " because you noticed my gown. Be careful, you are rumpling my sleeves," and she drew away her sleeve out of Chaverny's hand.

" I assure you I pay particular attention to your gowns, and I have the greatest admiration for your taste. No, my word of honour, I was speaking about it the other day to a woman who is always badly dressed although she spends a shocking amount on clothes. She would ruin ... I was telling her ... I was quoting you . . ."

Julie was enjoying his embarrassment, and did not make any effort to relieve it by inter- rupting him.

" Your horses are really wretched. They


12 THE DOUBLE MISTAKE

don't go at all. I shall have to change them for you," said Chaverny, completely disconcerted.

During the rest of the drive the conversation was not any more animated; both stopped short at simple replies.

At last they reached Rue . . . and separated, after bidding each other good-night.

Julie began to undress, and her maid had just left the room on some errand or other when the door of her bedroom opened somewhat suddenly and Chaverny entered. Julie hurriedly covered her shoulders.

" Excuse me," said he, " I should like to have the latest volume of Scott to read myself asleep. . . . It is ' Quentin Durward,' isn't it? "

" It must be in your room," answered Julie ; " there are no books here."

Chaverny looked at his wife in her semi- disorder which is so becoming to beauty. She seemed to him " piquant," to use an expression which I detest. " She is really a most beautiful woman," he thought. He remained standing be- fore her, without moving, his candlestick in his hand. Julie standing in front of him crumpled her cap and seemed to wait impatiently until he would leave her alone.

'* The deuce take it, but you are charming this evening!" cried Chaverny, taking a step


THE DOUBLE MISTAKE 13

forward, and setting down his candle. " How I like to see women with their hair in disorder ! " And as he spoke he took in one hand the long tresses which covered Julie's shoulders, and slipped his arm almost tenderly around her waist.

" Good Heavens ! How horribly you smell of tobacco!" cried Julie, turning away. "Let go of my hair, you will get it simply saturated with the odour, and I shall never be able to get myself rid of it."

"Bah! You say that at random because you know that I smoke sometimes. Don't be so stand-offish, little wife."

And she could not free herself from his arms quickly enough to avoid a kiss which he imprinted on her shoulder.

Fortunately for Julie her maid returned; for there is nothing that a woman finds more odious than those caresses which it is almost as ridicu- lous to refuse as to accept.

"Marie," said Madame de Chaverny, "the bodice of my blue gown is far too long. I saw Madame de Begy to-day, and her clothes are al- ways in perfect taste; her bodice was certainly two good fingers shorter than mine. Here, take it in with pins, to try the effect."

Whereupon there arose between the mistress and maid a most interesting dialogue upon the


14 THE DOUBLE MISTAKE

exact dimensions befitting a bodice. Julie knew that Chaverny hated nothing so much as to hear fashions discussed, and that she was going to put him to flight. As a matter of fact, after five minutes of pacing up and down, Chaverny, see- ing that Julie was completely taken up with her bodice, yawned inordinately, took up his candle again, and went out, this time not to return.

Ill

Commandant Perrin was seated by a little table reading attentively. His carefully brushed frock-coat, his police-force cap, and especially, the inflexible stiffness of his shoulders bespoke the old soldier. Everything in his room was very neat but exceedingly simple. An inkwell and two quills ready for use lay on his table beside a quire of note-paper, of which he had not used a single sheet in at least a year. If Commandant Perrin did not write, he read a great deal. At that moment he was perusing the " Lettres Personnes "and smoking his pipe with the amber mouthpiece, and these two occupations so com- pletely absorbed his attention that he did not at first notice the entrance of Commandant de Chateaufort. The latter was a young officer from his regiment, with a charming countenance,


THE DOUBLE MISTAKE 15

exceedingly agreeable, somewhat vain, and under the patronage of the minister of war in a word, the opposite of Commandant Pen-in in almost every respect. Still they were friends, I know not why, and saw each other every day.

Chateauf ort clapped Commandant Perrin on the shoulder. The latter turned his head without removing his pipe. His first expression was one of pleasure at seeing his friend; the second of regret, worthy man! because he was going to be obliged to leave his book ; the third indicated that his mind was made up and that he was going to do the honours of his apartment to the best of his ability. He fumbled in his pocket to find the key of the cupboard in which was shut up the precious box of cigars, which the Commandant did not smoke himself, but which he gave one at a time to his friend; but Chateauf ort, who had seen him make the same gesture a hundred times, cried: " Stop, Papa Perrin, keep your cigars, I have one about me! " Then drawing out of an elegant case a cinnamon-coloured cigar beauti- fully slender at both ends, he lighted it, stretched himself out on a little sofa which Perrin never used, with his head on a pillow and his feet on the other arm. Chateaufort began by veiling himself in a cloud of smoke, while with closed eyes, he seemed to meditate profoundly on what


16 THE DOUBLE MISTAKE

he had to say. His face was beaming with joy, and he seemed to have great difficulty in keeping locked in his breast the secret of a joy which he was burning to have guessed. Commandant Pen-in, having placed his chair in front of the sofa, smoked for some time without saying any- thing; then as Chateaufort was in no hurry to speak, he said to him :

"How is Ourika?"

He referred to a black mare which Chateau- fort had somewhat overdriven, and which was threatened with becoming broken-winded.

' Very well," said Chateaufort, who had not listened to the question. " Perrin," he cried, stretching out toward him the leg which was resting on the arm of the sofa, " do you know that you are lucky to have me for a friend? "

The old Commandant tried to think of the advantages he had gained from his acquaintance with Chateaufort, but nothing occurred to him except the gift of a few books of Kanaster, and a few days enforced confinement to which he had been obliged to submit for having been in- volved in a duel in which Chateaufort had played a leading part. His friend bestowed upon him, it is true, numerous marks of confidence. Chateaufort always applied to him when he wished a substitute on duty, or a second.


THE DOUBLE MISTAKE 17

Chateauf ort did not leave him much time for reflection, and handed him a note written on satin-finished English paper, in a pretty angular hand. Commandant Perrin made a grimace which with him was equivalent to a smile. He had often seen these satin-finished letters covered with dainty writing, addressed to his friend.

" Here," said the latter, " take it and read it. You owe all this to me"

Perrin read as follows :

' We shall be very happy if you will dine with us. M. de Chaverny would have gone to ask you in person, but he was obliged to go to a hunt. I do not know the address of M. le Com- mandant Perrin, and so can not write to ask him to accompany you. You have made me eager to know him, and I shall be doubly indebted to you if you can bring him with you.

" JULIE DE CHAVERNY."

" P. S. My warmest thanks for the music you were so good as to copy for me. It is de- lightful, and you always show such good taste. You have given up coming to our Thursday re- ceptions; and yet you know what pleasure it gives us all to see you."

" A pretty writing, but very fine," said Per- rin as he finished. " But the deuce ! What a nui- sance her dinner is; for I shall have to get into


18 THE DOUBLE MISTAKE

silk stockings, and there will be no smoking after dinner! "

" A terrible misfortune surely, to be obliged to prefer the prettiest woman in Paris to a pipe. What I admire most of all, however, is your gratitude. You don't thank me at all for this mark of favour which you owe to me."

' Thank you ! But I don't owe you the pleas- ure of being asked to this dinner if there is any pleasure about it."

"To whom, then?"

< To Chaverny, who was captain in our regi-

ment. He must have said to his wife, ' Ask Per- rin, he is a good old chap ! ' How can you sup- pose that a pretty woman whom I have seen only once would think of inviting an old herring like me?"

Chateau fort smiled as he looked at himself in the very narrow mirror which adorned the Commandant's wall.

' You show no insight at all to-day, Papa Perrin. Just read this note over again and you may find something that you had not noticed before."

The Commandant read and re-read the note, but he could see nothing.

" What, you old dragon," cried Chateau- fort, " you don't see that she is inviting you to


THE DOUBLE MISTAKE 19

please me, just to show me that she makes much of my friends, that she wishes to give me a proof of ... ?"

" Of what? " interrupted Perrin.

" Of . . . you know very well what."

" That she loves you? " asked the Com- mandant, with a doubtful air.

Chateaufort whistled without answering.

" She has told you so? "

" But . . . it is evident ... I should say."

"What? In this letter? "

" Of course."

Now came Perrin's turn to whistle. His whistle was as significant as the famous Lilli- bulero of my Uncle Toby.

' What ! " cried Chateaufort, snatching the letter out of Perrin's hands, " you don't see how much . . . tenderness . . . yes, tender- ness there is in it? What have you to say to this: ' My Dear Sir? ' Notice that in the other note which she wrote me she wrote simply, ' Sir,' noth- ing more. ' I shall be doubly indebted,' that is proof positive. And do you see, a word has been eif aced just after it, it is a thousand; she wished to write ' a thousand times my love,' but she did not dare ; * a thousand good wishes ' was not enough. . . . She did not finish the note ! Oh,


20 THE DOUBLE MISTAKE

my good old chap, do you think that a woman of good family, like Madame de Chaverny, would throw herself at the head of your humble servant as if she were a woman of the streets? I tell you her letter is charming, and one would be blind not to feel the passion which it breathes. And the reproaches at the end because I missed a sin- gle Thursday, what have you to say to that? "

"Poor little woman!" cried Pen-in, "don't grow sentimental over this rascal, or you will soon repent it."

Chateau fort paid no attention to his friend's apostrophe; but assuming a lower, wheedling tone:

" Do you know, old fellow," he said, " you can do me a great service."

"How?"

' You must help me in this matter. I know that her husband is not at all good to her he is a beast and makes her very unhappy. You used to know him, Perrin; just tell his wife that he is a brutal fellow, and that he has the worst possible reputation. . . ."

"Oh!"

" A libertine. . . . You know it. He had mistresses when he was in the army; and what kind of mistresses ! Tell all that to his wife."

"Oh! How could I say all that? It is dan-


THE DOUBLE MISTAKE 21

gerous to put your hand between the tree and the bark."

" Oh, good heavens! There is a way of say- ing anything. But especially, be sure to speak well of me."

' That, now, is something easier. Still . . ."

" Not so easy. Now listen to me, for if I let you have your say, you would make a eulogy of me, which would not in the least help on my plans. Tell her that for some time past you have noticed that I am sad, that I have become silent, and have lost my appetite . . ."

'The very dickens!" cried Perrin, with a great burst of laughter, which made his pipe twist about absurdly; " I could never in the world look Madame de Chaverny in the face and tell her that. Only last evening I was almost obliged to carry you away from the dinner the fellows gave us."

" Maybe. But there is no use in telling her about that. It is well that she should know that I am in love with her; and novelists have per- suaded women that a man who eats and drinks can not be in love."

" For my own part, I don't know of any- thing that makes me stop eating or drinking."

" Well, my dear Perrin," said Chateaufort, putting on his hat and arranging his curls,


22 THE DOUBLE MISTAKE

" that's agreed, isn't it? Next Thursday I am to call for you ; silk stockings and buckled shoes, correct evening dress! And above all don't for- get to say shocking things about the husband and very nice things about me."

He went out twirling his cane gracefully and leaving Commandant Perrin much taken up with the invitation which he had just received, and still more concerned as he thought of the silk stockings, buckled shoes, and the strict evening dress.

IV

The fact that several of Madame de Cha- verny's guests had begged off, put a certain dam- per on the gaiety of the evening. Chateaufort, who sat next to Julie, showed himself exceedingly attentive in supplying her wants, and was gallant and agreeable as usual. As for Chaverny, having taken a long ride during the day, he had a most prodigious appetite. So he ate and drank in a way that would have whetted the appetite of the most ill. Commandant Perrin kept him com- pany, often filling his glass and laughing till the glass jingled whenever his host's coarse gaiety provoked him to laughter. Chaverny, finding himself in the company of soldiers once more,


THE DOUBLE MISTAKE 23

hail regained immediately the good humour and manners of his soldiering days. Moreover, he had never shown great delicacy of feeling in his selec- tion of jokes. His wife assumed an air of cold disdain at each fresh incongruous sally; then she turned toward Chateaufort, and began an aside with him, so that she would seem not to hear a conversation which was unspeakably disagreea- ble to her.

Here is a sample of the urbanity of this model husband. Toward the end of the dinner, conversation happened to turn upon the opera, and the relative merits of several ballet dancers was discussed, and, among others, Mademoiselle was greatly praised. Whereupon Chateau- fort even outdid the others, praising especially her grace, her figure, and her modest air.

Perrin, whom Chateaufort had taken to the opera a few days before, and who had gone only the once, remembered mademoiselle very well.

" Is she," he asked, " the little one in pink, who frisks about like a lamb? the one whose legs you talked about so much, Chateaufort? "

"Ah! You were talking about her legs?" cried Chaverny ; " but don't you know if you talk too much about them you will get into trouble

with your general, the Due de ? Have a

care, my friend! "


24 THE DOUBLE MISTAKE

" But I do not suppose that he is so jealous that he would forbid looking at them through an opera-glass."

" Quite the contrary, for he is as proud of them as if he himself had discovered them. What have you to say about them, Command- ant Perrin? "

" I don't know much about any but horses' legs," answered the old soldier modestly.

' They are really stunning," continued Cha- verny, " and there are none finer in Paris except those . . ." He stopped and began to twirl his moustache with a knowing air, and looked at his wife, who blushed to the very roots of her hair.

"Except those of Mademoiselle D ?"

interposed Chateau fort, naming another ballet girl.

" No ! " answered Chaverny, with the tragic voice of a Hamlet; " but look at my wife"

Julie became purple with indignation. She flashed upon her husband a glance quick as light- ning, in which were expressed scorn and fury. Then, making an effort to control herself, she turned sharply toward Chateaufort.

' We must," she said in a voice that trembled slightly, " study the duet from Maometto. It must exactly suit your voice."


THE DOUBLE MISTAKE 25

Chaverny was not easily discountenanced. " Chateaufort," he continued, " do you know that I wished to have a cast taken of the legs I am telling you about. But I was never allowed to do it."

Chateaufort, who felt a keen joy at hearing this impertinent revelation, pretended to hear nothing and talked about Maometta with Madame de Chaverny.

' The person of whom I speak," continued

the pitiless husband, " was usually horrified when her superiority in this direction was acknowl- edged, but in reality she was not at all vexed. Do you know she used to have her measure taken by the man from whom she buys her stockings my dear, don't be vexed the woman from whom she buys her stockings, I mean to say. And when I was at Brussels I took with me three pages of her writing with the most detailed direc- tions for buying stockings."

But he talked on in vain, Julie was deter- mined to hear nothing. She talked to Chateau- fort with assumed gaiety, and her charming smile tried to convince him that she was listening to him alone. Chateaufort, for his part, seemed to be quite absorbed by the discussion of Maometto ; but he did not miss one of Chaverny's coarse jokes.


26 THE DOUBLE MISTAKE

They had some music after dinner, and Madame de Chaverny sang at the piano with Chateau fort. Chaverny disappeared the mo- ment the piano was opened. Several callers came in, but did not prevent Chateaufort having fre- quent little asides with Julie. As they were leav- ing he assured Perrin that the evening had not been lost, and this his affairs were moving on satisfactorily.

To Perrin it seemed perfectly natural that a husband should talk of his wife's legs; so when he was alone in the street with Chateaufort he said to him in moved tones:

" How can you have the heart to disturb that nice home? He is so fond of his little wife! "


For a month Chaverny had been absorbed by the idea of becoming a gentleman-in-waiting.

It may seem surprising that a stout, lazy man, very fond of taking his ease, should be stirred by an ambitious thought ; but he had no lack of good reasons to justify himself. " First," he told his friends, " I spend a great deal of money on the theatre boxes which I give to women. When I have a position at Court I shall have as many boxes as I wish, without being put to a penny's


THE DOUBLE MISTAKE 27

expense. And then, you know all that goes along with boxes. Besides, I am very fond of hunting and I shall be able to ride to the royal hunts. Moreover, now that I have no longer a uniform, I do not know how I should dress to go to balls with my wife. I do not like the dress of a marquis ; but the attire of a gentleman-in-wait- ing would suit me very well." Consequently he canvassed ; he would have liked his wife to do the same, but she obstinately refused, although she had several very influential friends. As he had several times been of some slight service to the

Due de H , who had at that time a good deal

of influence at Court, he counted much upon his protection. His friend Chateaufort, who also had influential friends, worked for him with a zeal and devotion such as you may perchance meet with if you are the husband of a pretty woman.

One incident did much to help forward Chaverny's schemes, although it may have had for him dire enough consequences. Madame de Chaverny had procured, not without consid- erable difficulty, a box at the opera for a certain first night. This box had seats for six. Her husband, strange to say, and only after violently protesting, had consented to go with her. Now Julie wished to invite Chateaufort, and feeling


28 THE DOUBLE MISTAKE

that she could not go alone with him to the opera she had compelled her husband to go too.

Directly after the first act Chaverny went out, leaving his wife alone with his friend. At first they maintained a somewhat constrained silence ; Julie, because for some time past, she had had a certain feeling of embarrassment when- ever she found herself alone with Chateau fort; Chateaufort, because he had his plans and he had deemed it fitting to seem moved. Casting a sidelong glance over the theatre he saw with pleasure that the glasses of several of his friends were directed toward the box. He felt a lively satisfaction as he thought that some of his friends were envying his good fortune, and that, judging from appearances, they would think it much greater than it really was.

Julie, after having several times sniffed at her smelling salts and her bouquet, spoke of the heat, the opera, and the gowns before them. Chateaufort listened with an air of abstraction, sighed, moved about on his chair, looked at Julie and sighed again. Julie was beginning to grow uneasy. Suddenly he cried:

" How I regret that the days of chivalry are past!"

"The days of chivalry! Why, tell me?" asked Julie. " Doubtless because the costume


THE DOUBLE MISTAKE 29

of a knight of the Middle Ages would be very; becoming to you? "

' You think me a perfect coxcomb," he said in a tone of mingled bitterness and sadness. " No, I regret that those days are past . . . because a man who felt his heart beating with- in him could . . . aspire ... to much. As a matter of fact all you needed to do was to cleave through a giant to win a lady's favour. . . . Look, you see that great fellow in the balcony? I wish that you would command me to go and demand his moustache from him, in order that I might then have permission to say three little words to you without vexing you."

' What nonsense," cried Julie, blushing crimson, for she at once guessed those three little words. " But do look at Madame de Sainte Hermine, decolletee at her age, and in a ball gown! "

" I see only one thing, and that is that you are not willing to listen to me, and I have noticed it for a long time. . . . You wish it, so I keep silence; but . . ." he added in a low voice, and heaving a sigh, " you understood what I meant? "

" Indeed I did not," answered Julie sharply. " But where can my husband have gone? "

Very fortunately some one came into their


30 THE DOUBLE MISTAKE

box and so relieved the embarrassment of the situation. Chateaufort did not open his lips. He was pale and seemed deeply moved. When their caller departed he made some indifferent remarks about the opera. There were long inter- vals of silence between them.

The second act was just going to begin when the door of their box opened, and Chaverny ap- peared, bringing with him a pretty woman ele- gantly gowned, wearing magnificent pink feath- ers in her hair. He was followed by the Due deH .

" My dear," he said to his wife, " I found my friends in a wretched box over at one side, where they couldn't see the stage decorations at all. They have been so good as to accept a place in our box."

Julie bowed coldly. She did not care for the

Due de H . The Duke and the lady with

the pink feathers were profuse in their apolo- gies and their expressions of fear that they were disturbing her. They all arose, and each urged the others to take the best places. In the confu- sion which followed Chateaufort leaned over Julie and whispered to her, very softly, and very quickly :

" In Heaven's name, don't sit in the front row."


THE DOUBLE MISTAKE 31

Julie was much astonished and kept her seat. When all were seated again she turned toward Chateau fort and asked him by a somewhat severe glance what this enigma meant. He was sitting with his head erect, and his lips compressed, while his whole attitude showed that he was deeply vexed. Julie put an unfavourable enough construction upon Chateaufort's advice. She thought that he wished to hold a whispered con- versation with her during the evening, and to continue his strange speeches; which would be impossible if she remained in the front row. When she looked over the house she noticed that several women were directing their glasses toward her box, but that is what always happens when a new face appears. People were whisper- ing and smiling, but what was there so extraordi- nary in that? The opera is as gossipy as a little village.

The unknown lady leaned over Julie's bou- quet and said with a radiant smile:

' That's a superb bouquet you have. I am sure it must have been very dear at this time of year. Ten francs at least; but I suppose it was given to you. No doubt it was a present; ladies never buy their own bouquets."

Julie opened her eyes in astonishment, not knowing with what country guest she had to do.


32 THE DOUBLE MISTAKE

" Duke," said the lady, with a languishing air, " you didn't give me a bouquet."

Chaverny hastened toward the door. The Duke tried to stop him and the lady too. She no longer cared to have a bouquet. Julie exchanged a glance with Chateaufort. It seemed to say, " I thank you, but it is too late." But even then she had not guessed the truth.

During the whole evening the lady with the feathers drummed with her fingers, out of time, and indulged in the most absurd conversation about music. She asked Julie the cost of her dress, of her jewels, of her horses. Never had Julie had any experience of such manners. She concluded that the unknown woman must be a relative of the Duke's who had recently come from Lower Brittany. When Chaverny at last came back with an immense bouquet, much more beautiful than that which he had given his wife, there was an outburst of thanks, admiration and endless excuses.

" M. de Chaverny, I am not ungrateful; to prove it, ' remind me to promise you something,' as Potier said. Truly, I will embroider you a purse, when I have finished the one I promised to the Duke."

At last the opera finished, to the great satis- faction of Julie, who felt ill at ease beside her


THE DOUBLE MISTAKE 33

singular neighbour. The Duke gave her his arm, Chaverny offered his to the other lady. Chateaufort, sombre and ill-pleased looking, walked behind Julie, bowing stiffly to the ac- quaintances whom he met on the stairway.

Some women passed close by them. Julie knew them by sight. A young man was talking to them and grinning ; they immediately looked at Chaverny and his wife with an air of keen curi- osity and one of them cried: "Is it possible? "

The Duke's carriage drove up. He bowed to Madame de Chaverny, and repeated with great warmth his thanks for her kindness. In the meantime Chaverny wished to conduct the unknown lady to the door of the Duke's carriage, and Julie and Chateaufort remained alone for a moment.

" Who can that woman be? " Julie asked.

" I should not tell you, . . . for it is really very extraordinary."

" What do you mean? "

" Besides, all the people who know you will know very well what to think of it. But Cha- verny! I should never have thought itl "

" What is it then? In Heaven's name, tell me who is this woman."

Chaverny was coming back, Chateaufort an- swered in a low voice :


34 THE DOUBLE MISTAKE

" Madame Melanie R , the mistress of

theDucdeH ."

" Good heavens," cried Julie, looking at Chateau fort with a stupefied air, " it can't be possible."

Chateaufort shrugged his shoulders, and as he was taking her to her carriage he added:

' That is just what those ladies said whom we met on the stairway. As for that other woman, she is a proper enough sort of woman in her way. She must be treated with care and con- sideration. She has even a husband."

" My dear," said Chaverny joyously, " you don't need me to take you home. Good night ; I am going to the Duke's for supper."

Julie made no answer.

" Chateaufort," continued Chaverny, " do you care to come with me to the Duke's? There is an invitation for you. They have just told me they were interested in you. You made an im- pression, lucky dog."

Chateaufort declined coolly with thanks. He bowed to Madame de Chaverny, who was gnaw- ing her handkerchief with rage when her carriage started away.

" Ah, by the way, old fellow," said Chaverny, " at least you will take me in your carriage to the lady's door."


THE DOUBLE MISTAKE 35

" With pleasure," answered Chateaufort gaily, " but, by the way, do you know that your wife understood before the evening was over by whom she was sitting? "

" Impossible."

" Oh, you can be sure of it, and it really wasn't right of you."

" Nonsense, she is very good form; and then she isn't very generally known ; besides, the Duke takes her everywhere."

VI

Madame de Chaverny spent a very restless and excited night. The conduct of her husband at the opera added the last straw to the burden of her wrongs, and required, so it seemed to her, an immediate separation. She would have an explanation with him the next day, and would declare to him her intention of no longer living under the same roof with a man who had so cruelly compromised her. Still, the prospect of this interview frightened her. Never had she had a really serious conversation with her hus- band. Up to that time she had expressed her vexation merely by seasons of injured silence, to which Chaverny had paid no attention ; for, leav- ing his wife entirely free, it would never have


36 THE DOUBLE MISTAKE

occurred to him that she could refuse him the indulgence, which, if there were need of it, he would have shown her. She was especially afraid of weeping in the midst of this explanation, and of Chaverny's attributing these tears to wounded love. Then it was that she bitterly regretted the absence of her mother, who would have been able to give her good advice, or to take upon herself the task of pronouncing sentence of separation. All of these considerations threw her into a state of the greatest uncertainty, and when at last she fell asleep she had decided to go for advice to one of her friends who had known her since she was a tiny child and to rely upon this friend's prudence as to the course of conduct which she should pursue toward Chaverny.

While giving way to her indignation she had not been able to prevent herself from comparing her husband and Chateau fort. The unmitigated coarseness of the former contrasted strongly with the delicacy of feeling of the latter and, while still reproaching herself for it, she felt a certain pleasure in recognising the fact that her lover was more solicitous for her reputation than her husband. This comparison of character led her on, in spite of herself, to consider the elegance of Chateau fort's manners and the very slightly dis- tinguished bearing of Chaverny. She pictured


THE DOUBLE MISTAKE 37

to herself her husband with his thick girth mak- ing unwieldy efforts to play the gallant with the mistress of the Due de H , whilst Chateau- fort, with even more deference than usual in his manner, seemed to be trying to preserve for her that respect which her husband might cause her to lose. At last, as in spite of ourselves, our imagination often carries us very far, she thought more than once that she might become a widow and that then, young, and rich, there would be no obstacle in the way of her rewarding the constant love of the young officer. One un- fortunate experiment proved nothing conclu- sively against marriage, and if Chateaufort's attachment was really deep. . . . But she ban- ished these thoughts at which she blushed, and she promised herself that she would be more re- served than ever in her relations with him.

She awoke the next morning with a severe headache, and as little resolved, as the evening before, to have a decisive interview with her hus- band. She did not wish to go down to breakfast for fear she would meet him, so she had tea brought to her room and ordered her carriage, to go to call on Madame Lambert, this friend whom she had wished to consult. Madame Lambert was then at her country house at P .

As she was breakfasting she opened a news-


38 THE DOUBLE MISTAKE

paper. The first item which met her eyes read as follows: " M. Darcy, first secretary of the French Embassy, Constantinople, reached Paris yesterday in charge of important despatches. The young diplomatist, directly after his arrival, had a long conference with His Excellency the Minister of Foreign Affairs."

"Darcy in Paris," she cried; "how glad I shall be to see him! I wonder if he has grown very formal? The young diplomatist! Darcy a young diplomatist! " And she could not help laughing at the mere sound of the words. " A young diplomatist! "

This Darcy used to come with marked regu- larity to Madame de Lussan's evenings; he was then an attache at the office of the Minister of Foreign Affairs. He had left Paris some time before Julie's marriage and she had not seen him since. All that she knew was that he travelled a great deal and that he had obtained rapid ad- vancement.

She was still holding the paper in her hand when her husband entered. He seemed in the best of good -humour. As he appeared, she arose to go out, but as it would have been necessary to pass near him to go into her dressing-room, she remained standing in the same place, but so overcome with emotion that her hand which


THE DOUBLE MISTAKE 39

rested on the tea-table made the teacups dis- tinctly rattle.

" My dear," said Chaverny, " I have come to say good-bye to you for a few days. I am going

to hunt with the Due de H , and I must tell

you that he was delighted by your hospitality yesterday evening. My little affair is getting on very well, and he has promised to recommend me to the King with all the warmth possible."

Julie grew red and white in turn as she lis- tened to him.

" The Due de H owes you that, at least,"

she said in a trembling voice. " He could not do less for one who so scandalously compromises his wife with the mistresses of his patron."

Then, making a last and desperate effort, she crossed the room with a stately step and entered her dressing-room, slamming the door behind her.

Chaverny stood for a moment in confusion and hanging his head. " How the dickens does she know that? " he thought. " But what mat- ter, after all? What is done is done."

And as it was not his habit to dwell long upon a disagreeable thought, he whirled about, took a lump of sugar from the sugar-bowl, and with his mouth full called to the maid who was com- ing in: " Tell my wife that I will stay for four


40 THE DOUBLE MISTAKE

or five days with the Due de H , and that I will send her home some game."

And he left the room with not another thought in his mind but of the pheasants and deer which he was going to kill.


VII

Julie set out for P with her anger for

her husband considerably deepened, but this time it was on account of a rather slight cause. He had taken the new carriage to go to the chateau

of the Due de H , and had left for his wife

another, which, according to the coachman, was in need of repairs.

As she was driving along, Madame de Cha- verny rehearsed the tale which she was to tell to Madame Lambert. In spite of her chagrin she was not insensible to the satisfaction which a well-told story gives to every narrator, and she prepared her tale, trying to think of a suitable introduction, and beginning sometimes in one way and sometimes in another. As a result she saw the delinquencies of her husband from every point of view and her resentment was propor- tionately increased.

As every one knows, it is four leagues from


THE DOUBLE MISTAKE 41

Paris to P , and however long might be

Madame de Chaverny's list of charges you can imagine that it is impossible, even with the most envenomed hate, to dwell upon the same idea for four successive leagues. To the violent anger, with which her husband's wrongs had inspired her, succeeded sweet and sad memories by that strange faculty of the human mind which often associates a smiling picture with a painful sensa- tion.

The clear, sharp air, the bright sunshine, and unconcerned faces of the passers-by all helped to turn away her mind from these bitter thoughts. She remembered scenes of her childhood, and the days when she used to take trips into the country with young people of her own age. She saw again her convent friends ; she took part in their games, their meals. She tried to understand the mysterious confidences which she heard amongst the older girls, and she could not suppress a smile as she thought of a hundred little incidents which so early betrayed the instinct of coquetry in women.

Then she pictured to herself her entrance into society. Once more she danced at the most bril- liant balls which she had seen the year after she left the convent. The other balls she had for- gotten. One grows blase so quickly; but those


42 THE DOUBLE MISTAKE

balls brought back to her the memory of her hus- band. " Fool that I was," she said to herself, " why couldn't I see from the very first that I should be unhappy with him? " All the ill-timed remarks and all the platitudes with which poor Chaverny used to regale her with such assurance, one month before their marriage, she now found noted and carefully registered in her memory. At the same time she could not help thinking of the many admirers whom her marriage had re- duced to despair, but who had nevertheless mar- ried or otherwise consoled themselves a few months later. " Should I have been happy with another? " she asked herself. " A - is decid- edly stupid, but he is not offensive. Amelie leads him around by the nose. One could always manage to live with a husband who was obedient. B - has mistresses, and his wife is good enough to be deeply grieved by it. Otherwise he is very attentive to her, and I should ask for nothing more. The Comte de

C , who is always reading pamphlets, and

who takes so much trouble that he may some day become a good depute, perhaps he would be a good husband. Yes, but all those people are tiresome, ugly, and stupid." As she was thus passing in review all the young men whom she had known before her marriage the name


THE DOUBLE MISTAKE 43

of Darcy presented itself to her mind for the second time.

Darcy used to count in the society of Madame de Lussan as a person of no impor- tance, that is to say, they knew . . . the moth- ers knew . . . that his fortune would not permit of his marrying their daughters. To them there was nothing about him that could turn their young heads. Moreover, he had a reputation for gallantry. He was somewhat misanthropic and caustic, and it amused him greatly when he was the only man in a group of young girls to make fun of the weaknesses and preten- sions of other young men. When he held a whispered conversation with young girls, their mothers were in nowise alarmed, for their daughters laughed aloud and the mothers of those who had pretty teeth even said that M. Darcy was an exceedingly delightful young man.

A similarity of tastes and the fear which each had of the other's sharp tongue had drawn Julie and Darcy together. After a few skirmishes they had signed a treaty of peace, an offensive and defensive alliance: they spared each other and they were always united in attacking their acquaintances.

One evening Julie had been asked to sing some song or other. She had a beautiful voice


44 THE DOUBLE MISTAKE

and she knew it. As she went to the piano she looked at the women with a proud air as if she wished to challenge them. Now this evening some slight indisposition, or unfortunate fatality, had almost completely deprived her of her accus- tomed power. The first note of her usually musi- cal voice was decidedly a false one. She became confused, blundered and completely lost her bearings ; in short, it was a flat and dismal failure. Confused and ready to burst into tears poor Julie left the piano, and as she went back to her seat she could not help seeing the malicious joy, which her companions scarcely took the pains to conceal, as they saw this humiliation of her pride. Even the men seemed to have difficulty in sup- pressing a mocking smile. She lowered her eyes in shame and anger and for some moments did not dare to raise them again. When she raised her head the first friendly face that she saw was that of Darcy. He was pale and his eyes were filled with tears ; he seemed even more touched by her mishap than she had been herself. " He loves me," she thought. " He truly loves me." That night she had scarcely slept and the sad face of Darcy was always before her eyes.

For two days she thought only of him and the secret passion which he must cherish for her. The romance was already making progress, when


THE DOUBLE MISTAKE 45

Madame de Lussan found one day the card of M. Darcy with these three letters: "P. P. C." ' Where then is M. Darcy going? " Julie asked a young man whom she knew.

' Where is he going? Don't you know? To Constantinople. He is leaving to-night."

' Then he doesn't love me," she thought.

Eight days later Darcy was forgotten. Darcy, for his part, being in those days rather romantic, took eight months to forget Julie. In order to excuse the latter and to explain the dif- ference in their constancy it must be remembered that Darcy was living in the midst of barbarians, while Julie was in Paris, surrounded by atten- tions and pleasures.

However that may be, six or seven years after the separation Julie, in her carriage on the

way to P , remembered Darcy 's melancholy

expression on the day when she sung so badly; and it must be confessed she thought of the love which he probably had for her then, perhaps she even thought of the sentiment which he still might have for her. All of which kept her mind actively employed for half a league. Then for a third time M. Darcy was forgotten.


46 THE DOUBLE MISTAKE


VIII

It was the cause of no small vexation to Julie, upon entering P , to see horses being unhar- nessed from a carriage in Madame Lambert's court-yard, which announced a visit that was to be of some duration. Consequently it would be impossible to begin a discussion of her grievances against M. de Chaverny.

Madame Lambert, when Julie entered the salon, had with her a woman whom Julie had often met in society, but whom she scarcely knew by name. It was by an effort that she concealed displeasure which she felt when she found that she had made this trip to P - in vain.

' Welcome, my dear," cried Madame Lam- bert, kissing her. " How glad I am to see that you haven't forgotten me! You couldn't have come at a more fortunate moment, for I am ex- pecting to-day, I can't tell you how many people who are your devoted friends."

Julie answered with a slightly constrained air that she had expected to find Madame Lam- bert quite alone.

' They will be delighted to see you," contin- ued Madame Lambert. " My house has been so dull since my daughter's marriage that I am


THE DOUBLE MISTAKE 47

only too glad when my friends arrange to meet here. But, my dear child, what have you done with your rosy cheeks? It seems to me that you are very pale to-day."

Julie invented some little excuse, the long trip, the dust, the sun.

" It just happens that one of your admirers is going to dine with me, and he will be agreeably surprised. M. de Chateaufort and his faithful Achates, Commandant Perrin."

" I had the pleasure of entertaining Com- mandant Perrin a short time ago," said Julie with a slight blush, for she w r as thinking of Chateaufort.

" M. de Saint-Leger is coming, too. We must really arrange for an evening of charades next month and you must have a role, my dear- est; you were our bright and particular star in charades two years ago."

" Realty it is so long since I played charades that I am sure I should never be able to regain my former assurance. I know I should be obliged to have recourse to ... But I think I hear some one coming . . ."

" Ah, but Julie, my child, just guess whom else we are expecting. But if you are to remem- ber his name, my dear, you will have to search your memory well."


48 THE DOUBLE MISTAKE

The name of Darcy at once presented itself to Julie's mind.

" His name is really becoming an obsession," she thought. " Search my memory, madame. That I can easily do."

' But I mean you must go back six or seven years. Do you remember one of your gallants when you were a little girl and wore your hair in braids? "

" Really, I can't guess at all."

" For shame, my dear. The idea of forget- ting in that way a delightful fellow who, unless I am greatly mistaken, found such favour with you once upon a time, that your mother almost took alarm. Come now, my dear, since you thus forget your admirers, I shall be obliged to re- mind you of their names: you are to see M. Darcy."

"M. Darcy?"

' Yes, at last he has come back from Con- stantinople, only a few days ago. The day be- fore yesterday he came to see me and I invited him for to-night. Do you know, ungrateful little wretch that you are, he asked for news of you with an interest that seemed to me quite significant? "

" M. Darcy?" said Julie hesitatingly, and with an assumed air of abstraction. " M. Darcy?


THE DOUBLE MISTAKE 49

Isn't he the tall, fair young man . . . who is Secretary of the Embassy? "

  • Yes, my dear, but you won't recognise him;

he is greatly changed. He is pale, or rather olive colour, his eyes have sunken, and he has lost a good deal of his hair on account of the heat, so he says. In two or three years, if he keeps on, he will be completely bald in front. And still he isn't thirty yet."

At this point the lady who was listening to the recital of the misfortune of Darcy strongly advised using kalydor, from which she had de- rived much benefit after an illness which had caused her hair to fall out. As she spoke she ran her fingers through the heavy curls of her beautiful chestnut hair.

" Has M. Darcy been staying in Constanti- nople all this time? " asked Madame de Cha- verny.

" Not all the time, for he has travelled a great deal. He was in Russia and then he trav- elled all over Greece. You haven't heard of his good luck? His uncle died and left him a fine fortune. He has also been in Asia Minor in oh, what do you call it Caramania. He is charming, my dear; he has the most entertain- ing stories, which will delight you, I know. Yesterday he told me such good ones that I


52 THE DOUBLE MISTAKE

end he put the woman into a place of safe-keep- ing. It seems even," continued Madame Duma- noir, suddenly changing her expression, and assuming a nasal tone of piety, " it seems that M. Darcy saw to it that she was converted, and she was baptised."

" And did M. Darcy marry her? " asked Julie with a smile.

" About that I can tell you nothing; but the Turkish woman she had a singular name, she was called Emineh conceived a violent passion for M. Darcy. My sister told me that she always called him Sotir , Sotir that means ' my saviour ' in Turkish and in Greek. Eulalie told me that she was the most beautiful creature imaginable."

' We must declare war upon this fair Turk," cried Madame Lambert, " mustn't we, ladies? We must tease him a little. But this incident of Darcy's doesn't surprise me in the least. He is one of the noblest men I know of, and there are actions of his that bring the tears to my eyes whenever I tell about them. His uncle died, leaving a natural daughter whom he had never recognised. As he had not left a will, she had no claim upon the property. Darcy, who was the sole heir, wished her to have her share, and it is probable that this share is much larger


THE DOUBLE MISTAKE 53

than his uncle himself would ever have made it."

" And is she pretty, this natural daughter? " asked Madame de Chaverny, with a rather mali- cious air, for she began to feel the need of saying something against this M. Darcy whom she could not drive out of her thoughts.

" Oh, my dear, how can you suppose? . . . But, moreover, M. Darcy was still in Constanti- nople when his uncle died and he had probably never seen the girl."

The arrival of Chateaufort, of Command- ant Perrin and some others put an end to this conversation. Chateaufort sat down beside Madame de Chaverny, and seizing upon a mo- ment when all the others were talking loudly:

' You seem sad," he said to her; " I should be very unhappy if what I said to you yesterday is the cause of it."

Madame de Chaverny did not hear what he said, or rather did not wish to hear, so Chateau- fort had the mortification of being obliged to repeat his sentence, a mortification which was in- creased by Julie's rather dry answer. After which she took part in the general conversation; and changing her place, she left her unhappy admirer.

Not allowing himself to be discouraged,


52 THE DOUBLE MISTAKE

end he put the woman into a place of safe-keep- ing. It seems even," continued Madame Duma- noir, suddenly changing her expression, and assuming a nasal tone of piety, " it seems that M. Darcy saw to it that she was converted, and she was baptised."

"And did M. Darcy marry her?" asked Julie with a smile.

" About that I can tell you nothing; but the Turkish woman she had a singular name, she was called Emineh conceived a violent passion for M. Darcy. My sister told me that she always called him Sotir, Sotir that means ' my saviour ' in Turkish and in Greek. Eulalie told me that she was the most beautiful creature imaginable."

" We must declare war upon this fair Turk," cried Madame Lambert, " mustn't we, ladies? We must tease him a little. But this incident of Darcy's doesn't surprise me in the least. He is one of the noblest men I know of, and there are actions of his that bring the tears to my eyes whenever I tell about them. His uncle died, leaving a natural daughter whom he had never recognised. As he had not left a will, she had no claim upon the property. Darcy, who was the sole heir, wished her to have her share, and it is probable that this share is much larger


THE DOUBLE MISTAKE 53

than his uncle himself would ever have made it."

" And is she pretty, this natural daughter? " asked Madame de Chaverny, with a rather mali- cious air, for she began to feel the need of saying something against this M. Darcy whom she could not drive out of her thoughts.

" Oh, my dear, how can you suppose? . . . But, moreover, M. Darcy was still in Constanti- nople when his uncle died and he had probably never seen the girl."

The arrival of Chateaufort, of Command- ant Perrin and some others put an end to this conversation. Chateaufort sat down beside Madame de Chaverny, and seizing upon a mo- ment when all the others were talking loudly:

' You seem sad," he said to her; " I should be very unhappy if what I said to you yesterday is the cause of it."

Madame de Chaverny did not hear what he said, or rather did not wish to hear, so Chateau- fort had the mortification of being obliged to repeat his sentence, a mortification which was in- creased by Julie's rather dry answer. After which she took part in the general conversation; and changing her place, she left her unhappy admirer.

Xot allowing himself to be discouraged,


54 THE DOUBLE MISTAKE

Chateau fort indulged in a considerable display of wit, all in vain. Madame de Chaverny, to whom alone he was trying to make himself pleasing, listened with an air of abstraction. She was thinking of the approaching arrival of M. Darcy, and asking herself why her mind so dwelt upon a man whom she should have for- gotten and who in all probability had forgotten her long since. At last the sound of an ap- proaching carriage was heard; the drawing- room door was thrown open.

" Ah, there he is," cried Madame Lambert.

Julie did not dare to turn her head, but grew deathly pale. She felt a sudden and sharp sen- sation of cold, and she felt the need of gathering together all her strength to recover her poise and to prevent Chateaufort's seeing her change of expression.

Darcy kissed Madame Lambert's hand, and stood talking to her for some moments. Then a profound silence fell upon the room. Madame Lambert seemed to be expecting and giving time for a scrutiny of her guest. Chateaufort and the men, with the exception of the worthy Commandant Perrin, were watching Darcy with a curiosity tinged with jealousy. Since he had just come from Constantinople, he had a great advantage over them, and this was sufficient


THE DOUBLE MISTAKE 55

reason to cause them to wrap themselves in that self-contained reserve which is usually assumed with strangers. Darcy, who had paid attention to no one, was the first to break silence. He spoke of the weather and of the roads, it mat- tered not what. His voice was soft and musical. Madame de Chaverny risked a glance at him, she saw him in profile. It seemed to her that he had grown thinner and his expression had changed. In short she approved of him.

" My dear Darcy," said Madame Lambert, " look carefully about you and see if you can't find here some ladies whom you used to know."

Darcy turned his head and saw Julie, whose face till then had been hidden under the brim of her hat. He rose hurriedly with an exclamation of surprise, went to her, holding out his hand, then suddenly checking himself, as if repenting his excessive familiarity, he bowed low to Julie, and expressed to her in very correct language the great pleasure which he felt at seeing her again. Julie stammered out a few conventional words and blushed deeply as she saw that Darcy still remained standing before her, looking fixedly at her.

Her presence of mind soon returned, and she in her turn looked at him with a gaze which is at the same time absent-minded and observant,


56 THE DOUBLE MISTAKE

and which people in society can assume at will. He was a tall, pale young man upon whose fea- tures was imprinted an expression of calm ; but a calm which seemed to result less from some habitual state of the soul, than from the control which it had succeeded in gaining over his countenance. Deep lines already furrowed his brow. His eyes were sunken, the corners of his mouth had dropped, and the hair on his temples had already begun to grow thin. Yet he was not more than thirty years old. Darcy was very simply attired, but with that elegance which indicates familiarity with good society and an indifference to a subject which occupies the thoughts of so many young men. Julie observed all this with pleasure. She noticed, too, that he had on his brow a long scar, which he only par- tially covered with a lock of hair, and which seemed to come from a sabre-cut.

Julie was sitting beside Madame Lambert, there was a chair between her and Chateaufort; but as soon as Darcy arose Chateaufort put his hand upon the back of the chair, which he kept balanced upon one of its feet. It was evident that he intended to keep it, like a dog in the manger. Madame Lambert was sorry for Darcy, who still remained standing before de Chaverny, made room upon the sofa


THE DOUBLE MISTAKE 57

beside her, and asked Darcy to sit down there; by which means he found himself near Julie. He hastened to profit by this advantageous posi- tion, and entered into conversation with her.

Still he had to submit to the usual list of questions about his travels from Madame Lam- bert and a few others, but he answered them briefly, and seized upon every occasion to begin again the almost private conversation which he was carrying on with Madame de Chaverny.

< Take Madame de Chaverny into dinner,"

said Madame Lambert, when the castle bell an- nounced dinner.

Chateauf ort bit his lips with vexation, but he arranged to be seated near enough to Julie at table to follow all her movements.


IX

After dinner, as it was a beautiful warm evening, they gathered in the garden around a rustic table for coffee.

Chateauf ort had noticed with increasing vex- ation the attentions which Darcy lavished upon Madame de Chaverny. As he observed the interest which she seemed to be taking in the conversation of the new-comer, he himself grew less and less agreeable, and the jealousy which


58 THE DOUBLE MISTAKE

he felt, had merely the effect of depriving him of all power to make himself attractive to her. He walked up and down on the terrace where the others were seated, unable to remain in one place, as is usual with people who are uneasy, looking often at the great black clouds which were gathering and which announced a storm, and looking still oftener at his rival, who was conversing in low tones with Julie. Sometimes he saw her smile, sometimes she grew serious, some- times she timidly lowered her eyes. In short, he saw that Darcy could not utter a single word without its producing a marked effect upon her; and what especially chagrined him was, that the varied expressions which passed over Julie's face seemed to be but an image and reflection of Darcy 's mobile countenance. At last, being no longer able to endure this torture, he drew near her, and leaning over the back of her chair just as Darcy w r as giving some one information about the beard of the Sultan Mahmoud, " Madame," he said in a bitter tone, " M. Darcy seems to be a very delightful gentleman."

" Oh, yes," answered Madame de Chaverny, with an expression of enthusiasm which she could not hide.

" So it seems," continued Chateaufort, " for he makes you forget your old friends."


THE DOUBLE MISTAKE 59

"My old friends!" said Julie in somewhat severe tones, " I do not know what you mean." Then she turned her back upon him. Then tak- ing a corner of the handkerchief that Madame Lambert held in her hand :

" How exquisite the embroidery is in this handkerchief. It is a wonderful bit of work."

" Do you think so, my dear? It is a present from M. Darcy, who has brought me back I can't tell you how many handkerchiefs from Con- stantinople. By the way, Darcy, was it your fair Turk who embroidered them for you? "

"My fair Turk, what fair Turk?"

" Oh, the beautiful Sultana whose life you saved and w r ho used to call you . . . oh, we know all about it ... who used to call you her saviour, in fact. You must know the word for it in Turkish."

Darcy smote his brow, laughing:

" Is it possible," he cried, " that a report of my misadventure has already reached Paris? "

" But there is no misadventure about it, there may be perhaps for the Mamamouchi who lost his favourite."

"Alas!" answered Darcy, "I see that you knew only half of the story, for this adventure was as unfortunate for me as was that of the windmills for Don Quixote. And must I, after


60

having been such a subject of laughter in the East, still be made sport of in Paris, for the one deed of knight-errantry of which I have ever been guilty? "

'What! we know nothing about this. Tell us about it," cried all the ladies at once.

" I should leave you," said Darcy, " with the tale which you already know and do away with the continuation, the recollection of which has nothing very agreeable for me; but one of my friends I beg permission to present him to you some day, Madame Lambert Sir John Tyrrel and an actor too in this serio-comic scene, is going to come to Paris soon, and it is quite possible that he might take a malicious pleasure in representing me in a role still more ridiculous than that which I really played. Here are the facts in the case: This unfortunate woman, when she was once safely settled in the French Consulate . . ."

" Oh, but begin at the beginning," cried Madame Lambert.

" But, you have heard that already."

" We know nothing at all, and we wish you to tell us the whole story from beginning to end."

" Well, you must know that I was at Larnaca in 18 . One day I went outside the city to


THE DOUBLE MISTAKE 61

sketch. With me was a very pleasant young Englishman, a jolly companion and a bon- vivant, one of these men who are invaluable when you are travelling, because they think of the dinner and never forget provisions and are always in good-humour. Moreover, he was trav- elling without any particular aim in view, and knew nothing of either geology or botany, sciences which are exceedingly disagreeable in travelling companions.

" I was sitting in the shadow of a stone wall, some two hundred paces from the sea, along which at this point runs a line of precipitous cliffs. I was very busy drawing all that remains of an ancient sarcophagus, while Sir John, stretched out on the grass, was making fun of my unfortunate passion for the fine arts, and smoking some delicious Turkish tobacco. Be- side us a Turkish dragoman., whom we had taken into our service, was making coffee for us. He was the best coffee-maker and the worst coward of all the Turks whom I have ever known.

" Suddenly Sir John cried joyfully:

' Here are some people coming down the mountain with snow! we'll buy some from them and then we can make orange sherbet.'

" I raised my eyes, and I saw coming toward us a donkey, upon which a great bundle had been


62 THE DOUBLE MISTAKE

laid crosswise; two slaves were steadying it on each side. The driver was walking in front, leading the donkey, and behind a venerable Turk, with a white beard, closed the procession, mounted upon a fairly good horse. All the pro- cession advanced slowly and with much so- lemnity.

" Our Turk, as he sat blowing upon the fire, cast a sidelong glance at the donkey's burden, and said to us with a singular smile, ' It is not snow.' Then he busied himself with our coffee with his usual stolidity. * What is it ? ' asked Tyrrel. * Is it something to eat? '

4 Yes, for the fishes,' answered the Turk.

" At that moment the man on horseback started away at a gallop, and turning in the direction of the sea, he passed close to us, but not without casting upon us one of those scornful glances with which the Mussulmans so readily favour Christians. He urged his horse on, to the precipitous cliffs of which I have spoken, and stopped short at a point where they fell sheer away. He looked at the sea and seemed to be looking for the best place from which he might hurl himself down.

' We examined then more attentively the bundle which the donkey was carrying and \ve were struck "then by its strange shape. All the


THE DOUBLE MISTAKE 63

stories we had ever heard of women drowned by their jealous husbands came back to our minds, and we told each other of what we were thinking. ' Ask those scamps,' said Sir John to our Turk, ' if it isn't a woman they are carrying/

" The Turk opened wide his frightened eyes but not his mouth. It was evident that he found our question altogether too much out of the way.

" At that moment, as the sack was near us, we distinctly saw it moving, and we even heard a sort of moan, or grumbling, which came out of it.

< Tyrrel, although he is somewhat of an epi-

cure, is exceedingly chivalrous. He sprang to his feet like a madman, ran to the donkey driver, and asked him in English, so confused was he by his rage, what it was that he had there, and what he was intending to do with his sack. The donkey driver was careful not to make any an- swer. But the sack moved violently about, and the cries of a woman's voice were heard, where- upon the two slaves began to beat the sack with heavy blows from the thongs which they used to urge on the donkey. Tyrrel was incensed be- yond all self-control. With a vigorous, well- aimed blow he threw the donkey driver to the ground and then seized one of the slaves by the throat, whereupon the sack, being roughly


64 THE DOUBLE MISTAKE

jostled in the struggle, fell heavily upon the grass.

" I ran up. The other slave had taken upon himself to gather up stones, and the donkey driver was struggling to his feet. In spite of my aversion to interfering in the affairs of others, it was impossible for me not to come to the rescue of my companion. Having seized the picket which served to hold my umbrella in place when I was sketching, I brandished it about my head, threat- ening the slaves and the donkey driver with the most martial air which I could assume. All was going well when that infernal Turk on horse- back, having finished his contemplation of the sea, turned around at the noise which we made and started off quick as an arrow and was upon us before we thought of it. In his hand he held a sort of ugly cutlass."

" An ataghan," said Chateaufort, who loved local colour.

" An ataghan," continued Darcy, with an ap- proving smile. " He passed close to me and gave me a blow on the head with that same ataghan which made me ' see thirty-six candles,' as my friend, the Marquis de Roseville, has so ele- gantly put it. I answered by planting a good picket blow in his side. Then I played windmill to the best of my ability, striking donkey driver,


THE DOUBLE MISTAKE , 65

slaves, horse and Turk, having become myself ten times more furious than my friend Sir John Tyrrel. The affair would doubtless have ended very badly for us. Our dragoman ob- served a strict neutrality, and we could not de- fend ourselves very long with a stick against three infantrymen, a cavalryman, and an ata- ghan. Fortunately Sir John remembered a pair of pistols we had brought with us ; he seized them, threw one to me and aimed the other immediately at the horseman who was giving us so much trouble. The sight of these arms and the click- ing of the trigger of the pistol produced a magi- cal effect upon our enemies. They shamefully took to their heels, leaving us masters of the field of battle, of the sack and even of the donkey. In spite of our anger we had not fired, which was a fortunate thing, for you can not kill a good Mussulman with impunity, and it cost dear enough to give him a beating.

' When we had wiped off some of the dust, our first care was, as you can easily imagine, to go to the sack and open it. We found in it a rather pretty woman, a little too fat perhaps, with beautiful black hair, and wearing a single garment of blue wool, somewhat less transparent than Madame de Chaverny's scarf.

" She drew herself nimbly out of the sack,


66 THE DOUBLE MISTAKE

and without seeming very embarrassed she ad- dressed to us a long speech which no doubt was very pathetic, but of which we did not under- stand a single word. At the end of it she kissed my hand. It is the only time, ladies, that a lady has done me such honour.

' We had in the meantime regained our com- posure, and saw our dragoman tearing out his beard like a man distraught. I was busy wrap- ping up my head as best I could with a handker- chief. Tyrrel was saying : ' What the deuce can we do with this woman? If we stay here the husband will come back with a force and at- tack us. If we return to Larnaca with her in this fine equipage, the mob will certainly stone us."

' Tyrrel, embarrassed by all these considera- tions, and having recovered his British stolidity, cried : ' Why the deuce did you take it into your head to come sketching here to-day ? '

" His exclamation made me laugh, and the woman, who had understood nothing of what was said, began to laugh too.

" However, we had to decide upon some course of action. I thought the best thing we could do was to place ourselves under the pro- tection of the French Consul; the difficulty was to get back into Larnaca. Night was falling,


THE DOUBLE MISTAKE 67

which was a fortunate thing for us. Our Turk took us by some long by-path, and thanks to the cover of night and this precaution, we reached without any mishap the house of the Consul, which is outside of the town. I forgot to tell you that we composed for the woman a costume, which was almost seemly, out of the sack and the turban of our interpreter.

  • The Consul, who was far from pleased at

seeing us, told us that we were mad, and that one should respect the usages and customs of the country in which one is travelling, and that one should not try to ' put the finger between the bark and the tree.' In short, he accused us of self- importance, and he was quite right, for we had done enough to give rise to a violent riot and to cause a massacre of all the Europeans in the Island of Cyprus. His wife showed more humanity. She had read many novels and thought that ours was a most noble course of action. As a matter of fact, we had acted like heroes in a novel. This excellent woman was very pious. She thought that she would have no difficulty in converting the infidel whom we had brought to her, and that this conversion would be mentioned in the Moniteur and that her hus- band would be appointed Consul-General. This whole plan outlined itself in a moment in her


68 THE DOUBLE MISTAKE

mind. She kissed the Turkish woman, gave her a dress, put the Consul to shame for his cruelty, and sent him to the Pasha to patch up the matter. ' The Pasha was very angry. The jealous husband was a person of importance, and was breathing out threatenings and slaughter. It was a scandal, he said, that dogs of Christians should hinder a man like him from casting his slave into the sea. The Consul was in sore straits ; he talked much of the King, his master, and still more of a frigate of sixty tons, which had just appeared in the waters of Larnaca, but the argument which produced the most effect was the proposal which he made in our name of paying a fair price for the slave.

" Alas! If you only knew what the fair price of a Turk is! We had to pay the husband, pay the Pasha, pay the donkey driver for whom Tyrrel had broken two teeth, pay for the scandal, pay for everything. How often did Tyrrel sadly cry : * Why the dickens did you have to go sketching by the sea-side ? '

' What an adventure, my poor Darcy," cried Madame Lambert. ' That is how you received that terrible wound then. Do please raise your hair for a moment. What a wonder that it didn't lay your head open."

Julie, during this whole recital, had not once


THE DOUBLE MISTAKE 69

taken her eyes off the brow of the narrator. At last she asked in a timid voice :

' What became of the woman? "

' That is just the part of the story that I don't care very much to tell; the end was so un- fortunate for me, that at the present moment people still make fun of our chivalrous adven- ture."

' Was this woman pretty? " asked Madame de Chaverny, blushing a little.

'* What was her name? " asked Madame Lambert.

" Her name was Emineh."

" Pretty? "

1 Yes, she was pretty enough, but too plump, and all smeared over with paint, according to the custom of her country. It takes a long time to grow to appreciate the charms of a Turkish beauty. So Emineh was installed in the Consul's house. She was a Mingrelian and told Madame

C , the Consul's wife, that she was the

daughter of a prince. In that country every rascal who commands ten other rascals is a prince. So she was treated like a princess. She dined at table with the Consul's family, and ate enough for four. Then when they talked to her about religion she regularly fell asleep. So things went on for some time. At last the day


70 THE DOUBLE MISTAKE

was fixed for her baptism. Madame C- - ap- pointed herself godmother, and wished me to stand as godfather, so there were sweets and gifts and all the rest of it. It had been decreed that this wretched Emineh should ruin me. Madame C- - said that Emineh liked me better than Tyrrel, because when she served me with coffee she always let some spill upon my clothes. I was preparing for this christianing with a com- punction that was truly evangelical, when the night before the ceremony the fair Emineh dis- appeared. Must I tell you the whole truth ? The Consul had for a cook a Mingrelian, a great ras- cal certainly, but an adept in preparing pilaf. This Mingrelian had found favour in Emineh's eyes, and she was without doubt a patriot in her own way. He carried her off, and with her a considerable sum of money belonging to M. C- , w r ho could never find him again. So the Consul was out his money, his wife the outfit which she had given to Emineh, and I the gloves and sweets, not to mention the blows which I had received. The worst of it is that I was made responsible for the whole adventure. They maintained that it was I who freed this wretched woman, whom I would have been glad to know was at the bottom of the sea, and who had brought down so many misfortunes upon the heads of my


THE DOUBLE MISTAKE 71

friends. Tyrrel managed to squirm out of it. He posed as the victim, while in reality he was the cause of the whole fiasco, and I was left with a reputation of a Don Quixote, and the scar which you see, which greatly stands in the way of my popularity."

When the story was finished they all went back into the salon. Darcy continued to chat for some time with Madame de Chaverny. Then he was obliged to leave her to have presented to him a young man who was a learned political economist, who was preparing himself to be depute and who wished to have some statistics on the Ottoman Empire.


X

Julie, after Darcy left her, looked often at the clock. She listened abstractedly to Chateau- fort and her eyes turned involuntarily to Darcy, who was talking at the other end of the salon. Sometimes he looked at her as he continued to talk to his statistician and she could not meet his penetrating but calm glance. She felt that he had already taken an extraordinary hold upon her, and she no longer thought of making any effort to free herself.


72 THE DOUBLE MISTAKE

At last she called for her carriage, and either by design or accident she looked at Darcy as she called for it, with a glance which seemed to say, ' You have wasted a half-hour which we might have spent together.' The carriage was ready, Darcy was still talking, but he seemed tired and bored by the questioner, who would not let him go. Julie rose slowly, pressed Madame Lam- bert's hand, then went toward the door of the salon, surprised and almost piqued at seeing Darcy still remaining in the same place. Cha- teaufort was near her and offered her his arm, which she took mechanically, without listening to him and almost without noticing his presence. She crossed the hall, accompanied by Madame Lambert and two others, who went with her to her carriage. Darcy had stayed in the salon. When she was seated in her carriage Chateauf ort asked her with a smile if she would not be afraid all alone on the road in the night, adding that he was going to follow close behind her in his gig, as soon as Commandant Perrin had finished his game of billiards. Julie, who seemed to be in a dream, was recalled to herself by the sound of his voice, but she had not understood what he said. She did what any other woman would have done under similar circumstances she smiled. Then with a nod she said good-night to


THE DOUBLE MISTAKE 73

those who were gathered in the doorway, and her horses set off at a rapid trot.

But just at the moment when her carriage was starting away she had seen Darcy come out of the salon, pale and sad, with his eyes fixed upon her, as if he were begging her for a special adieu. She started away, carrying with her the regret that she had not been able to give him a bow for himself alone, and she even thought that he would be piqued by it. She had already forgotten that he had left it to another to accompany her to her carriage. Now the wrongs were all on her side, and she reproached herself with them as if she had been guilty of a great crime. The feeling which she had had for Darcy a few years before, when she had left him after the evening she had sung so badly, was much less deep than that which she carried away with her this time. As a matter of fact not only had the years deepened her impressions, but all the accumulated anger which she felt at her husband had helped to in- crease them. Perhaps even the inclination which she had had for Chateaufort, and which at this moment was completely forgotten, had prepared her to give place without too much remorse to the much deeper feeling which she felt for Darcy.

As for him, his thoughts were those of a much calmer nature. He had felt pleasure in


74

meeting a pretty woman who recalled happy days and whose acquaintance would probably be very agreeable during the winter, which he was going to spend in Paris. But as soon as she was no longer before his eyes, all that remained with him was the memory of a few hours gaily spent together, a memory whose pleasantness was somewhat impaired by the prospect of getting to bed late and driving four leagues before reach- ing home. Let us leave him with his prosaic thoughts, carefully wrapping himself in his coat, and settling himself comfortably in his hired conveyance, roaming in his thoughts from Madame Lambert's salon to Constantinople, from Constantinople to Corfu, and from Corfu to a slight doze.

Dear reader, we will now follow, if it may please you, Madame de Chaverny.


XI

When Madame de Chaverny left Madame Lambert's chateau the night was horribly black and the atmosphere heavy and oppressive. From time to time vivid flashes of lightning illumi- nated the country, and the black silhouettes of the trees stood out against a background of vivid


THE DOUBLE MISTAKE 75

orange. After each flash the darkness seemed blacker than before, and the coachman could not see the horses before him. A violent storm burst upon her. At first, a few occasional large drops of rain fell, but in a short time there was a heavy downpour. The heavens all around seemed to be aflame, and the roar of the celestial artillery soon became deafening. The terrified horses snorted and reared instead of going forward ; but the coachman had eaten a good dinner and his thick coat and the copious draughts of wine which he had drunk took away from him all fear of rain or bad roads. He energetically bela- boured the poor beasts, no less fearless than Caesar in the storm when he said to his pilot: ' Thou art bearing Caesar and his fortune."

As Madame de Chaverny had no fear of thunder she paid little attention to the storm. She said over to herself all that Darcy had told her, and she regretted that she had not said a hundred things that she might have said to him, when she was suddenly interrupted in her medita- tion by a sudden violent jolt. At the same time the windows of her carriage were shivered to pieces, an ominous crackling was heard and her carriage rolled over into the ditch. Julie was quite unharmed, but the rain continued to fall, one wheel was broken and the lamps were put


76 THE DOUBLE MISTAKE

out, and there was not a single house to be seen whither she might go for shelter. The coachman was swearing, the footman was fuming at the coachman, and cursing his awkwardness. Julie remained in her carriage, asking how they could get back to P , or what they would have to do. But each one of her questions received the discouraging answer: " It isn't possible." In the meantime the dull rumble of an approaching carriage was to be heard in the distance. Soon Madame de Chaverny's coachman recognised, to his great satisfaction, one of his colleagues with whom he had laid the foundations of a tender friendship in Madame Lambert's pantry. He called to him to stop.

The carriage stopped, and scarcely had the name of Madame de Chaverny been mentioned than a young man who was in the coupe opened the door himself, crying: " Is she hurt? " And with a single bound he reached Julie's carriage. She had recognised Darcy. She was expect- ing him.

Their hands met in the darkness and it seemed to Darcy that Madame de Chaverny gave his a slight pressure, but that may have been a result of her fear. After the first ques- tions, Darcy naturally offered her his carriage. At first Julie did not answer, for she was quite


THE DOUBLE MISTAKE 77

undecided as to what course she would pursue. On the one hand she thought of the three or four leagues that she would have to travel all alone with a young man, if she wished to go to Paris ; on the other hand, if she went back to the chateau to ask hospitality from Madame Lambert, she shuddered at the thought of being obliged to re- count the romantic accident of the overturned carriage and the help that she would have re- ceived from Darcy. To reappear in the salon in the midst of a game of whist saved by Darcy, like the Turkish woman, she really couldn't think of it! But then, too, the three long leagues to Paris ! As she was thus hesitating and stammer- ing awkwardly enough a few commonplaces on the inconvenience to which she had put him, Darcy, who seemed to read all that was going on in her mind, said to her coldly: " I beg you to take my carriage; I will stay in yours until some one passes on the way to Paris."

Julie, who was afraid of showing too much prudery, hastened to accept the first offer, but not the second, and as her decision was very sud- denly made, she had not time to decide the im- portant question as to whether she should go to

P or to Paris. She was already seated in

Darcy's carriage, wrapped up in the greatcoat, which he had hastened to offer her, and the


78 THE DOUBLE MISTAKE

horses were trotting briskly toward Paris, before it occurred to her to tell him where she wished to go. Her servant had chosen for her when he gave the coachman his mistress's street and number.

The conversation began with a good deal of awkwardness on both sides. Darcy spoke briefly, and in a tone which seemed to indicate a slight displeasure. Julie thought that her lack of reso- lution had offended him and that he considered her a ridiculous prude. Already she was so completely under the influence of this man that she was violently reproaching herself, and her one thought was to drive away this displeasure for which she blamed herself. Darcy's coat was damp, she noticed, and at once taking off the coat which he had lent her, she insisted upon his wrapping himself up in it. Thereupon ensued a discussion, the result of which was that they split the difference and each one had his share of the coat, a great imprudence which she would not have committed but for this one moment of hesitation which she wished to make him forget. They were seated so close to each other that Julie could feel Darcy's breath upon her cheek, and sometimes a violent jolt from the carriage threw them even closer together.

'* This cloak which wraps us both up reminds


THE DOUBLE MISTAKE 79

me of our charades in the old days. You remem- ber being my Virginia when we both wrapped up in your grandmother's mantle? "

  • Yes, and do you remember the reproof she

gave me upon that occasion? "

" Ah," cried Darcy, " what happy times those were! How often have I thought with mingled sadness and pleasure of those glorious evenings in the Rue Bellechasse. Do you remem- ber those splendid vulture's wings that were fastened to your shoulders with pink ribbons, and the beak of gold paper that I manufactured for you with such skill."

" Yes," answered Julie ; " you were Prome- theus and I was the vulture. But what a mem- ory you have ! How can you remember all those trifles? And, what a long time it is since we last saw each other."

" Are you asking for a compliment? " said Darcy, smiling, and leaning forward so as to look into her face. Then in a more serious tone, " Really," he continued, " it is not so remarkable that I should remember the happiest days of my life."

" What a talent you had for charades," said Julie, who was afraid the conversation might take too sentimental a turn.

"Do you wish me to give you another proof


80 THE DOUBLE MISTAKE

of my memory," interrupted Darcy. " Do you remember the compact that we made at Madame Lambert's? We agreed to say ill of the whole universe, but we were to defend each other against all comers. But our treaty shared the fate of most treaties it was not carried out."

" How do you know? "

" I fancy that you have not often had a

chance to defend me, for once away from Paris,

what idle fellow would give me even a thought? "

' To defend you, no, but to speak of you to

your friends."

" Oh, my friends," cried Darcy, with a smile tinged with sadness, " I had few enough in those days with whom you were acquainted at least. The young men who frequented your father's house hated me, I don't know why, and the women gave small thought to the attache of the Minister of Foreign Affairs."

' The trouble was that you didn't pay any attention to them."

" That is quite true. I never could play the gallant to people for whom I didn't care."

If it had been possible in the darkness to see Julie's face, Darcy might have observed that a deep blush overspread her countenance as she heard this last sentence, into which she had read a meaning that Darcy had never intended.


THE DOUBLE MISTAKE 81

However that may be, laying aside these memories, which had been only too well kept by both of them, Julie wished to lead him back to the subject of his travels, hoping that by this means she herself might avoid talking. This plan of action almost always succeeds with trav- ellers, especially with those who have visited some distant country.

!< What a delightful journey you had," she said, " and how sorry I am that I have never been able to take one like it."

But Darcy was no longer in a mood to tell of his travels.

'* Who is the young man with a moustache who was talking with you a little while ago? "

This time Julie blushed more deeply than ever. " He is a friend of my husband," she an- swered, " one of the officers of his regiment. They say," she continued, not wishing to abandon her Oriental theme, " that those who have once seen the blue sky of the Orient find it impossible to live elsewhere."

" Singularly unpleasing, I don't know just why, ... I mean your husband's friend, not the blue sky. As for this blue sky, Heaven save you from it ! One comes to take so violent a dis- like to it from always seeing it the same, un- changing, that a dirty Paris fog would seem the


82 THE DOUBLE MISTAKE

most beautiful sight in the world. Believe me, nothing gets on the nerves as does this blue sky, which was blue yesterday, and which will be blue to-morrow. If you only knew with what im- patience, with what ever-renewed disappoint- ment, we wait for and hope for a cloud."

" And yet you stayed a long time under this blue sky."

" All, you see, I should have found it rather difficult to do anything else. If I had been able to merely follow my own inclination, I should have come back quickly enough to the region of Rue Bellechasse, after having satisfied the curi- osity which the strange sights of the Orient awake."

" I believe that many travellers would say the same if they were as frank as you are. How do people spend their time in Constantinople and the other cities of the East? "

' There, as elsewhere, there are different ways of killing time; the English drink, the French play cards, the Germans smoke, and some clever people, in order to vary their pleas- ures, get themselves shot when they climb upon the house-tops to turn their opera-glasses on the native women."

" Doubtless this last occupation was the one which you preferred."


83

" Not at all. I studied Turkish and Greek, which made me seem very ridiculous. When I had finished my despatches at the Embassy I used to draw, I used to gallop out to the Eaux- Douces, and then I used to go to the sea-shore to see if some human face would not appear from France or elsewhere."

" It must be a great pleasure for you to see a Frenchman at so great a distance from France."

' Yes, but for an intelligent man, it seemed that there appeared so often merchants selling hardware, and cashmeres, or what is much worse, young poets, as soon as they saw somebody from the Embassy, crying: ' Take me to see the ruins, take me to Saint Sophia, take me to the moun- tains, to the azure sea, I wish to see the spot where Hero sighed.' Then when they had got a sunstroke they would shut themselves up in their rooms and not wish to see anything except the latest numbers of the Constitutionnel."

" Oh, you are looking on the dark side of everything, an old habit of yours you haven't corrected it, you know; you are just as cynical as ever."

' Tell me now, isn't a condemned soul who is frying in the pan permitted to cheer himself a little at the expense of his frying companions?


84 THE DOUBLE MISTAKE

On my word, you don't know how wretched life is over there; we secretaries of embassies are like the swallows that never alight. For us there are none of those intimate relations that make the happiness of life." (He uttered these last words in a singularly strange tone, drawing closer to Julie.) "For six years I have found no one with whom I could exchange my thoughts." ' Then you had no friends over there."

" I have just been telling you that it is impos- sible to have any in a foreign country. I left two in France, one is dead, the other is in America, whence he will not return for some years, if the yellow fever does not keep him there for ever."

" So you are alone? "

" Alone."

" And ladies' society, what is it like in the East? Was there no satisfaction in it? "

" Oh, that was the worst of all. Turkish women were not to be thought of. As for the Greeks and Armenians, the best that one can say of them is that they are very pretty. When it comes to the wives of consuls and ambassadors, you must excuse me from discussing them. That is a diplomatic question, and if I said what I really think, I might harm my prospects in for- eign affairs."


THE DOUBLE MISTAKE 85

" You don't seem to care very much for your calling. In the old days you were so anxious to enter upon diplomatic life."

" In those days I knew nothing about the profession. Now I'd rather be inspector of street cleaning in Paris."

" Heavens, how can you say that? Paris, the most wretched hole in the world."

" Don't blaspheme. I should like to hear your palinode of Naples after two years' sojourn in Italy."

" To see Naples ! There is nothing in the world I should like better," she answered with a sigh, " provided my friends were with me."

" Oh, under those conditions, I would take a trip around the world; travelling with one's friends is like sitting comfortably in a salon while the world files by before your windows, like a panorama that is unfolding itself."

' Well, if that is asking too much, I should like to travel with one with two friends only."

" For my part I am not so ambitious. I should ask for only one man, or one woman," he added with a smile, " but this is a good fortune which has never befallen me, and which will never befall me." Then, more gaily, he continued, " As a matter of fact, luck has never come my


86 THE DOUBLE MISTAKE

way, I have really wished for only two tilings, and I have never been able to get them."

"What were they?"

" Oh, nothing so very out of the way. For instance, I was wildly anxious to waltz with some one. I made a most careful study of the waltz, I practised for whole months alone with a chair to overcome the giddiness which never failed to seize upon me, and when at last I succeeded in freeing myself of these dizzy turns . . ."

' With whom did you wish to waltz? "

< What would you say if I should tell you

that it was you? When, as a result of much toil, I had become a finished waltzer your grand- mother, who had just taken a Jansenist confes- sor, forbade waltzing by an order which has still left a scar on my heart."

" And the second wish ? " asked Julie, in deep confusion.

" My second wish I will confess to you. I should have liked ... it was far too ambi- tious on my part ... I should have liked to have been loved, really loved. It was before the waltz that I had formulated this wish I am not following chronological order. I should have liked, I say, to have been loved by a woman who would have preferred me to a ball (the most dan- gerous of all rivals) , by a woman whom I might


THE DOUBLE MISTAKE 87

have gone to see in muddy boots, just as she was preparing to enter a carriage on the way to a ball she would have been in ball dress and she would have said to me : * Let us stay at home.' But that was madness. We should ask only for what is possible."

" Oh, how malicious you are; still your same old ironical remarks! You spare nothing, you are pitiless toward women."

" I ? Heaven forbid ! It is rather myself that I am slandering. Am I saying ill of women when I say that they prefer a pleasant evening party to a tete-a-tete with me? "

" A ball, evening dress, ah, good heavens, who cares for balls now? " She little thought of justifying all her sex who were thus arraigned. She thought that she understood Darcy's thought, and the poor woman understood noth- ing but her own heart.

" Oh, speaking about ball dress, what a pity that the carnival is over. I have brought back the costume of a Turkish woman, and it is really very pretty and it would be wonderfully becom- ing to you."

' You must make a drawing of it for me."

" Gladly, and you will see what progress I have made since the days when I used to scribble men's heads on your mother's tea-table. By the


88 THE DOUBLE MISTAKE

way, too, I must congratulate you. I was told this morning at the Minister's office that M. de Chaverny was to be appointed gentleman-in- waiting. I was delighted to hear it."

Julie involuntarily started. Darcy continued without noticing this movement: "Let me be- speak your patronage at once. But really I am not altogether too pleased about your new dig- nity. I am afraid that you may be obliged to go to Saint Cloud for the summers. Then I shall not have the pleasure of seeing you so often."

" I shall never go to Saint Cloud," said Julie, in a voice choked with emotion.

" Ah, so much the better, for Paris, don't you see, is a paradise which you should never leave, except occasionally to go to dine in the country at Madame Lambert's, provided one comes home in the evening. How fortunate you are to live in Paris. You can't imagine how happy I who am here for perhaps a short time only am in the little apartment that my aunt has given to me. And you, so I have been told, live in the Fau- burg Saint-Honore. Your house was pointed out to me. You must have a delightful garden if the mania for building has not already changed your arbours into shops."

" No, my garden is still untouched, thank Heaven."


THE DOUBLE MISTAKE 89

" What day are you at home? "

" I am at home nearly every evening, and I shall be delighted if you will come to see me some- times."

' You see, I am acting as if our old contract still continued. I am inviting myself without ceremony and without being officially presented. You will forgive me, won't you? You and Ma- dame Lambert are the only two whom I know in Paris now ; every one has forgotten me, but your two houses are the only ones I thought of with regret during my exile. Your salon especially must be delightful. You used to choose your friends so well. Do you remember the plans you used to make for the time when you would be mistress of a house? a salon that was inaccessi- ble to bores, music sometimes, and always conver- sation, and all till very late hours. No pretentious people, and a small number of persons who were perfectly well acquainted, and who consequently never tried to tell what was not true, nor to seek effect, two or three witty women (and it is im- possible that your friends should be otherwise), and your house is the most delightful in Paris. Yes, you are the happiest of women, and you make happy all those who come near you."

Whilst Darcy was talking, Julie was thinking that this happiness which he so vividly described


90 THE DOUBLE MISTAKE

might have been attainable if she had been mar- ried to a different husband to Darcy, for in- stance. Instead of this imaginary salon, so ele- gant and so delightful, she thought of the bores whom Chaverny had gathered about him ; instead of these merry conversations, she recalled conju- gal scenes such as that which had sent her to P . She saw herself, moreover, for ever un- happy, and bound for life to the destiny of a man whom she hated and scorned; whilst he, whom she found the most pleasant in the world, he to whom she would have been glad to trust her hap- piness, must for ever remain a stranger to her. It was her duty to avoid him, to separate herself from him, and he was so near her that his coat brushed against the sleeve of her gown.

Darcy continued for some time to depict the pleasures of a Parisian life with all the eloquence which long privation had given him. Julie in the meantime felt the tears streaming down her cheeks. She trembled lest Darcy should notice it, and the restraint under which she held herself gave added force to her emotion. She choked, she did not dare make the slightest movement. At last a sob escaped her and all was lost. She buried her face in her hands, half suffocated with tears and with shame.

Darcy, who was wholly unprepared for it,


THE DOUBLE MISTAKE 91

was greatly astonished; for a moment he was si- lent with surprise, but as her sobs increased he felt obliged to speak and to ask the cause of her sudden tears.

' What is wrong? In Heaven's name, do tell me what has happened."

And, as poor Julie, in answer to all these ques- tions, merely covered her eyes more tightly with her handkerchief, he took her hands, and gently pushing aside the handkerchief:

" I beg you," he said in a changed voice, which went to Julie's heart, " I beg you to tell me what the trouble is. Have I unwittingly of- fended you? Your silence drives me to despair."

"Ah," cried Julie, unable to contain herself any longer, " I am very unhappy," and she sobbed more violently than ever.

" Unhappy, why? What do you mean? Who could make you unhappy? "

And so speaking he pressed her hands, and his head almost touched that of Julie, who wept in- stead of answering. Darcy did not know what to think, but he was touched by her tears. He felt six years younger, and he began to have a vision of the future which had not yet presented itself to his imagination that of the role of confidant, which he might possibly change to a more inti- mate one.


92 THE DOUBLE MISTAKE

As she persisted in giving no reply, Darcy, fearing that she felt faint, lowered one of the windows in the carriage, untied the ribbons of Julie's hat, and loosened her cloak and her shawl. Men are awkward in doing these little services. He wished to have the carriage stopped near a village, and he was already calling to the coach- man, when Julie, seizing him by the arm, begged him not to stop, and assured him that she felt much better. The coachman had heard nothing and continued to drive toward Paris.

" But I beg you, dear Madame de Chaverny," said Darcy, again taking her hand, which he had for a moment given up, " I beg you to tell me what the trouble is. I am afraid ... I don't understand in what way I was so unfortunate as to hurt you."

" Ah, you did not do it," cried Julie, and she gave his hand a slight pressure.

' Well, tell me who it is who can make you weep. Speak to me with confidence; are we not old friends? " he added, smiling and in his turn pressing Julie's hand.

' You were speaking of the happiness with which you believed I was surrounded, and this happiness is so far from me."

' What, have you not every aid to happi- ness? You are young, rich, and beautiful; your


THE DOUBLE MISTAKE 93

husband occupies a prominent place in so- ciety."

" I hate him," cried Julie, beside herself; " I scorn him," and she hid her face in her handker- chief, sobbing more bitterly than ever.

" Oh," thought Darcy, " this is becoming serious."

And skilfully taking advantage of one of the jolts of the carriage, he drew still closer to the un- fortunate Julie.

' Why," he said to her in the softest and most tender voice in the world, " why do you give way to grief? Is it possible that a being whom you scorn has so much influence on your life? Why do you allow him, him alone to embitter your life? Is it from him that you must seek happiness? " and he kissed her hand. She at once withdrew her hand in terror; he feared that he had gone too far, but, determined to carry out his adventure to the end, he said with a hypocritical sigh :

" How mistaken I was ! When I heard of your marriage, I thought that you really loved M. de Chaverny."

" Ah, M. Darcy, you never knew me."

And her tone said distinctly, " I have always loved you, and you never would see it." At that moment the poor woman believed in all good faith that she had loved Darcy the whole time,


94 THE DOUBLE MISTAKE

during the six years that had just passed, as deeply as she loved him at that moment.

" And you," said Darcy, with increasing ani- mation, " have you ever really understood me? Did you ever know what my real feeling was? Ah! if you had only known me better, doubtless we should both have been happy now."

"Ah, how unhappy I am!" repeated Julie, with a fresh outburst of tears, and holding his hand tight.

" But even if you had understood me," con- tinued Darcy with that expression of ironical mel- ancholy which was habitual with him, " what would the result have been? I was penniless and you had a considerable fortune. Your mother would have rejected my offer with scorn. I was condemned beforehand. You, yourself, yes, you, Julie, before a fatal experience had shown you where true happiness lies, you would doubtless have laughed at my presumption. A well-ap- pointed carriage, with a count's coronet on the door, would doubtless have been the best and sur- est means of being acceptable in your sight at that time."

" Good heavens, you too ! Will no one then have pity upon me? "

" Forgive me, then, dear Julie," he cried, deeply touched himself; " forgive me, I beg you;


THE DOUBLE MISTAKE 95

forget these reproaches ; I have no right to make them. I am guiltier than you, but I did not know your real worth. I thought that you were weak, like the women of the world amongst whom you lived; I doubted your courage, dear Julie, and I have been cruelly punished."

He ardently kissed her hands, and she did not withdraw them. He was going to press her to his breast, but Julie thrust him back with a terrified expression and drew away from him as far as the width of the carriage would allow.

Whereupon Darcy in a voice whose very gentleness made it still more thrilling said :

" Forgive me, I was forgetting Paris. I remember now that people marry there, but they do not love.'*

" Oh, yes, I love you," she murmured between her sobs, and she let her head fall upon Darcy's shoulder.

Darcy enfolded her in his arms in an ecstasy, trying to stop her tears with his kisses. Once more she tried to free herself from his embrace, but this was her last effort.


96 THE DOUBLE MISTAKE


XII [and the rest]

Darcy had been mistaken as to the nature of his emotion; it must be said at once that he was not in love. He had taken advantage of a bit of good fortune which had seemed to throw itself at his head, and which was too good to be allowed to let pass. Moreover, like all men, he was much more eloquent when pleading than when thank- ing. However, he was polite, and politeness often takes the place of more worthy sentiments. When the first moment of intoxication was passed he breathed into Julie's ears tender sentiments, which he composed without any great difficulty, and which he accompanied with many kisses upon her hands, so saving himself from speech. He no- ticed without any great regret that the carriage had already reached the fortifications, and that in a few minutes he would be obliged to separate himself from his conquest. The silence of Ma- dame de Chaverny in the midst of his protesta- tions, the dejection in which he seemed plunged, rendered difficult, even tiresome, if I may dare to say it, the position of her new lover. She sat mo- tionless in the corner of her carriage, mechani-


THE DOUBLE MISTAKE 97

cally drawing her shawl tight around her shoul- ders. She was no longer weeping, her eyes were fixed, and when Darcy took her hand to kiss it, this hand, as soon as he released his hold, fell back upon her knees inertly. She did not speak and she scarcely heard; but torturing thoughts crowded in upon her brain, and if she essayed to express one of them, another instantly succeeded to seal her lips. How can I describe the chaos of her thoughts, or rather of those images which succeeded one another as rapidly as the pulsations of her heart ? She thought that she heard a ring- ing in her ears without rhyme or reason, but all with a terrible meaning. That morning she had accused her husband ; he was vile in her eyes, now she was a hundred times more despicable. It seemed to her that her shame was public ; the mis- tress of the Due de H would scorn her in her

turn. Madame Lambert and all her friends would refuse to see her, and Darcy, did he love her? He scarcely knew her; he had forgotten her, he had not at once recognised her. Perhaps he had found her terribly changed. He was cold toward her; that was the coup de grace. Her infatuation for a man who scarcely knew her, who had not shown for her any love, . . . but merely politeness. It was impossible that he should love her. She, herself, did she love him?


98 THE DOUBLE MISTAKE

No, since she had married almost as soon as he had gone away.

When the carriage entered Paris the clocks were striking one o'clock. At four o'clock she had seen Darcy for the first time. Notwithstand- ing their early acquaintance she had forgotten his features, his voice, he had been a stranger to her ; nine hours later she had become his mistress, nine hours had sufficed for the singular fascination, had sufficed to dishonour her in her own eyes, in the eyes of Darcy himself. For what could he think of so weak a woman? How could he help scorning her?

Sometimes the gentleness of Darcy's voice, the tender words which he uttered revived her a little. Then she tried to make herself believe that he really felt the love of which he spoke. She had not so lightly surrendered herself. Their love had lasted since the time when Darcy had left her. Darcy must know that she had married only be- cause of the vexation which his departure had caused her. It was Darcy who had been to blame. Nevertheless he had always loved her during his long absence, and upon his return he had been happy to find her as faithful as he had been. Her frank avowal, her very weakness must be pleas- ing to Darcy, who hated dissimulation. But the absurdity of these arguments soon became ap-


THE DOUBLE MISTAKE 99

parent to her. These consoling thoughts van- ished and she was left a prey to shame and despair.

At one moment she wished to give utterance to what she felt. She had just thought of her- self as being outlawed by the world and aban- doned by her family. After having so grievously given offence to her husband, her pride would not allow her to see him again. " Darcy loves me," she told herself, " and I can love no one but him; without him I can never be happy. I shall be happy everywhere with him. Let us go together then, to some spot where I can never see a face that will bring a blush to my face. Let him take me to Constantinople with him."

Darcy never for an instant dreamed what was going on in Julie's heart. He had just noticed that they had turned into the street where Ma- dame de Chaverny lived, and he was drawing on his kid gloves with great calm.

" By the way," he said, " I must be officially presented to M. de Chaverny. I have no doubt that we shall soon be good friends, as I am pre- sented by Madame Lambert. I shall be on a pleasant footing in your house. In the meantime, as he is in the country, I may come to see you? "

Speech entirely failed Julie. Every word that Darcy uttered cut her to the quick. How


100 THE DOUBLE MISTAKE

could she talk of flight, of elopement with this man who was so calm, so cool, and whose one thought was to arrange his liaison in the most con- venient manner possible? In her rage she broke the necklace she wore, and twisted the chain be- tween her fingers. The carriage stopped at the door of her house; Darcy was very attentive in wrapping her shawl around her and helping her to readjust her hat. When the carriage-door was opened, he very respectfully offered her his arm, but Julie stepped out without help from him.

" I shall beg permission," he said with a deep bow, " to call to inquire for you."

" Good-bye," said Julie in a choked voice.

Darcy once more got into his carriage and drove home, w r histling with the air of a man who is well pleased with his day's work.


XIII

As soon as he found himself once more in his bachelor apartments Darcy got into a Turkish dressing-gown, put on slippers, and having filled with Turkish tobacco his long pipe with the brier- wood stem and amber mouthpiece, he settled him- self down to enjoy it, leaning back in a great


THE DOUBLE MISTAKE 101

leather-covered arm-chair which was comfortably padded. To those persons who may be astonished at seeing him engaged in this vulgar occupation at a moment when he might perhaps be given up to more poetical dreams, I will answer that a good pipe is a useful, not to say necessary, adjunct to reverie, and that the truest way of really enjoying a pleasure is to connect it with some other pleas- ure. One of my friends, a very luxurious man, never used to open a letter from his mistress with- out having first taken off his necktie, stirred up the fire, if it were winter-time, and comfortably stretched himself out on the sofa.

" Really," said Darcy to himself, " I should have been a great idiot if I had followed Tyrrel's advice and bought a Greek slave to bring her back to Paris. On my word, that would have been, as my friend Haleb-Effendi used to say, bringing figs to Damascus. Thank fortune, civ- ilisation has made great progress during my ab- sence, and strictness does not seem to have been carried to excess. Poor Chaverny! ah! ah! if, however, I had been rich enough a few years ago, I should have married Julie, and perhaps it would have been Chaverny who would have brought her home to-night. If ever I marry, I shall have my wife's carriage frequently overhauled, so that she will have no need of wandering knights to rescue


102 THE DOUBLE MISTAKE

her from ditches. Let us consider the matter. Taking it all in all, she is a very pretty woman; she is witty, and if I were not as old as I am, I should be inclined to think that it is owing to my own great merit. . . . Ah! my own great merit. . . . Alas! in a month perhaps my merit will be on a level with that of the gentle- man with the moustache. How I wish that that little Nastasia whom I liked so much had been able to read and write, and been able to talk about things with intelligent people; for I think she is the only woman who really loved me. Poor child ! " His pipe went out and he soon fell asleep.

XIV

When Madame de Chaverny entered her own apartments, she made a powerful effort to con- trol herself to tell her maid in a natural voice that she did not need her, and wished to be left alone. As soon as this servant had gone out she threw herself upon her bed and there she began to weep all the more bitterly, now that she was alone, since Darcy's presence had obliged her to keep herself under control.

Night certainly has a great influence on moral as well as physical suffering. It gives a gloomy


THE DOUBLE MISTAKE 103

tinge to everything, and ideas, which in the day- time would seem harmless or even pleasant, trou- ble and torture us at night just like the spectres which have no power except in the darkness. It seems that in the night-time our thoughts in- crease in activity and that reason loses its sway, a sort of inner phantasmagoria disturbs and frightens us without our being able to cast aside the cause of our fear or to calmly examine its reality.

Picture then poor Julie stretched out upon her bed, half dressed, ceaselessly tossing about, sometimes a prey to burning heat, sometimes shivering with cold, starting at the slightest cracking of the woodwork, and hearing distinctly every heart-beat. All that she was aware of was an indescribable anguish, the cause of which she sought in vain. Then suddenly the memory of the fatal evening flashed into her mind as quick as lightning, and with it there came a sharp, fierce pain like that which a red-hot iron would produce if applied to a freshly healed wound.

Sometimes she looked at her lamp, noticing with dull attention all the flickerings of the flame until the tears which gathered in her eyes, she knew not why, dimmed the light before her.

" Why these tears? " she said to herself. " Ah! I have lost my honour I "


104 THE DOUBLE MISTAKE

Sometimes she counted the balls of the fringe of her bed-curtains, but she could never remember the number. ' What can this madness be? " she thought to herself. " Madness? yes! for an hour ago I abandoned myself like a miserable courte- san to a man whom I do not know." Then with dull eye she followed the hands of her watch with the anxiety of a condemned man who sees the hour of his execution approaching. ' Three hours ago," she said to herself with a sudden start, " I was with him, and I have lost my honour."

She spent the whole night in this feverish agi- tation. When day dawned she opened her win- dow and the fresh, sharp morning air brought her a little relief. Leaning out of her window, which opened into her garden, she breathed in the cold air with a certain enjoyment. Little by little her ideas became less confused. To the vague tor- ture and delirium which had agitated her there succeeded a concentrated despair which by com- parison seemed a repose of spirit.

She must come to some decision, so she tried to think of what she must do, but not once did she think of seeing Darcy again. That seemed to her perfectly impossible. She would have died of shame upon seeing him. She must leave Paris, or in two days all the world would be pointing the finger of scorn at her. Her mother was at Nice ;


THE DOUBLE MISTAKE 105

she would go to her, would confess all to her ; then after having poured out her confession upon her breast, she would have only one thing to do, and that was to seek out some lonely spot in Italy, un- known to travellers, where she would go to live alone and ere long die. When once she had taken this resolution she felt quieter. She sat down be- fore a little table in front of the window, and with her head in his hands she wept. This time with- out bitterness. But at last fatigue and exhaustion overcame her and she fell asleep, or rather for nearly an hour she ceased all thought. She wak- ened with a feverish shudder. The weather had changed. The sky was gray, and a fine, cold rain foretold a cold, wet day. Julie rang for her maid. " My mother is ill," she said. " I must leave at once for Xice. Pack my trunk; I must leave in an hour."

" Oh, my lady, what is wrong? Are you not ill? My lady did not go to bed! " cried the maid, surprised and alarmed at the change which she saw in her mistress.

" I wish to leave," said Julie impatiently, " It is absolutely necessary that I leave. Pack a trunk for me."

In our modern civilisation it is not sufficient simply to will it to go from one place to another ; one has to pack, carry boxes, and busy oneself


106 THE DOUBLE MISTAKE

with a hundred tiresome preparations, which are enough to take away all desire to travel. But Julie's impatience greatly shortened all these necessary delays. She went and came from room to room, helped herself in packing the trunks, crushing in hats and dresses that were usually so carefully handled. Nevertheless, all her activity served rather to delay her servants than to help them on.

" My lady has doubtless told M. de Cha- verny? " the maid timidly asked.

Julie without answering took a sheet of pa- per. She wrote: " My mother is ill at Nice; I am going to her." She folded the paper, but she could not make up her mind to write the address upon it.

Whilst she was in the midst of preparing to depart a servant entered.

" M. de Chateaufort asks if my lady is receiv- ing. There is also another gentleman who came at the same time, whom I do not know. Here is his card."

She read: " E. Darcy, Secretary of the Em- bassy." She could scarcely suppress a cry.

" I am not at home to any one," she cried. " Say that I am ill; do not say that I am going away."

She could not understand how Chateaufort


THE DOUBLE MISTAKE 107

and Darcy were coming at the same time to see her, and in her confusion she did not for a moment doubt that Darcy had already chosen Chateau- fort as his confidant. Nothing was more simple, however, than their simultaneous appearance. Led there by the same reason, they had met at the door, and after having exchanged exceedingly cool salutations, they had inwardly cursed each other with all their hearts.

Having received the servant's message, they went down the stairway together, bowed once more, even more coldly than before, and sepa- rated, each going in an opposite direction.

Chateaufort had noticed the particular atten- tion which Madame de Chaverny had shown Darcy, and from that moment he had been filled with hate for him. For his part, Darcy, who prided himself upon reading faces, had not no- ticed Chateaufort's air of constraint and vexation without concluding that he was in love with Julie, and since as a diplomat he was inclined to put the worst construction upon things a priori, he had very lightly supposed that Julie was not cruel toward Chateaufort.

" That strange flirt," he said to himself, " did not wish to receive us together for fear of having an interview like that in the ' Misanthrope,' but I should have been very dull indeed if I could not


have found some excuse for out-staying this young fop. Certainly if I had just waited until he had had his back turned I should have been ad- mitted to her presence, for I hold over him the un- questionable advantage of novelty."

So thinking, he stopped, then he turned back, then he went again to Madame de Chaverny's door. Chateaufort, who had also turned round several times to observe him, retraced his steps and stationed himself like a sentinel a short dis- tance away to watch him.

Darcy said to the servant, who looked sur- prised at seeing him again, that he had forgotten to give him a line for his mistress, that it was an urgent matter, and had to do with a message which a lady had given to him for Madame de Chaverny. Remembering that Julie understood English, he wrote in pencil upon his card: " Begs leave to ask when he can show to Madame de Chaverny his Turkish album." He handed his card to the servant and said he would wait for an answer.

This answer was a long time in coming. At last the servant came back and seemed much troubled. " My mistress," he said, " fainted a few moments ago and is not well enough now to give you an answer."

All this had lasted just about half an hour.


THE DOUBLE MISTAKE 109

Darcy had small belief in the account of Madame de Chaverny's fainting, but it was perfectly evi- dent that she did not wish to see him. He ac- cepted his fate philosophically, and remembering that he had some visits to make in the neighbour- hood, he left without being otherwise put about by this contretemps.

Chateaufort awaited him in furious anxiety, and seeing him pass he did not for a moment doubt that he was a successful rival, and he vowed that upon the first occasion he would avenge him- self upon the faithless woman and her companion in guilt. Commandant Perrin, whom he very opportunely met, listened to his tale and con- soled him as best he could, not without arguing with him the probable groundlessness of his sus- picions.

XV

Julie had really fainted when she received Darcy's second card. Her swoon had been fol- lowed by a hemorrhage which had greatly weak- ened her. Her maid had sent for the doctor, but Julie obstinately refused to see him. About four o'clock the post-chaise came, her trunks had been strapped on, everything was ready for her departure. Julie stepped into her coach, cough-


110 THE DOUBLE MISTAKE

ing terribly, and in a pitiable state. During the whole evening and the whole night she spoke only to the servant who was on the box, and then merely to tell him to have the postilions urge on the horses. She continued to cough and seemed to suffer great distress in her chest; she was so weak that she fainted when the door was opened. They took her into a wretched inn, where they put her to bed. The village doctor was called in. He found her in a raging fever and forbade her to continue her journey. Nev- ertheless, she was still anxious to go on. In the evening she became delirious and all her symp- toms were more unfavourable. She talked inces- santly and with great rapidity, so that it was difficult to understand her. The names of Darcy, Chateaufort and of Madame Lambert frequently recurred in her incoherent sentences. The maid wrote to M. de Chaverny to tell him of his wife's illness, but she was nearly thirty leagues from Paris. Chaverny was hunting with the Due de H , and her illness was making such progress that it was doubtful if he could arrive in time.

The man-servant in the meantime had gone on horseback to a neighbouring town and had brought back a doctor. The latter found fault with his confrere's treatment, said that he had


THE DOUBLE MISTAKE 111

been called in very late and that her condition was very serious.

Her delirium disappeared toward daybreak, and she then fell into a deep sleep. When she awoke two or three days later, she seemed to have great difficulty in remembering by what series of events she found herself in bed in the wretched sleeping-room of the inn. Neverthe- less, her memory soon returned. She said that she felt better and she even spoke of setting out again the next day. Then after having seemed to meditate for a long time, with her hand pressed to her forehad, she called for ink and paper and tried to write. Her maid saw her be- gin letters which she always tore up after she had written the first few words. At the same time she charged them to burn the scraps of paper. The maid noticed on several of the scraps this word: " Sir," which seemed to her very extraor- dinary, she said, for she thought that her mistress was writing to her mother or to her husband. On another bit of paper she read : ' You must indeed scorn me." For nearly half an hour she made vain efforts to write this letter which seemed to be weighing upon her mind. At last, prevented by her extreme exhaustion from con- tinuing, she pushed away the desk that they had placed upon her bed, and said with a bewildered


112 THE DOUBLE MISTAKE

air to her maid: ;< Write yourself to M. Darcy."

" What must I write, my lady? " asked the maid, convinced that her delirium was return- ing. " Write to him that he does not know me and that I do not know him."

And she fell back exhausted upon her pillow.

These were the last connected words that she spoke. Her delirium returned and did not leave her. She died the next day without any great apparent suffering.


XVI

Chaverny arrived three days after the burial. His grief seemed deep and real and all the vil- lagers wept as they saw him standing in the graveyard looking down upon the freshly turned earth which covered his wife's coffin. At first he wished to have her body taken up and carried to Paris, but as the Mayor had objected and the notary had warned him that there would be end- less formalities, he contented himself with order- ing a costly gravestone and making arrange- ments for the erection of a handsome but chaste monument.

Chateaufort was much touched by this sud-


THE DOUBLE MISTAKE 113

den death. He declined several ball invitations and for some time he wore nothing but black.


XVII

Society gave several accounts of Madame de Chaverny's death. According to some she had a vision, or, if you prefer it, a presentiment that her mother was ill. She had been so impressed by it that she had at once set out for Nice, in spite of a heavy cold which she had caught on the way home from Madame Lambert's, and this cold had run on into pneumonia. Others who showed more penetration said, with a mysterious air, that Madame de Chaverny, not being able to conceal the love which she really felt for M. de Chateaufort, had wished to go to her mother to seek courage to resist her temptation, and that the cold and pneumonia were a result of her hurried departure. Upon this point all were agreed.

Darcy never spoke of her. Three or four months after her death he married well. When his marriage was announced to Madame Lam- bert, she said as she was congratulating him:

" Really, your wife is charming, and no one but my poor dear Julie could have been so well


114 THE DOUBLE MISTAKE

suited to you. What a pity that you were too poor for her when she married."

Darcy smiled with his habitual ironical smile, but he made no answer.

These two hearts who had failed to under- stand each other were, perhaps, made one for the other.






Unless indicated otherwise, the text in this article is either based on Wikipedia article "La double méprise" or another language Wikipedia page thereof used under the terms of the GNU Free Documentation License; or on original research by Jahsonic and friends. See Art and Popular Culture's copyright notice.

Personal tools