Confession d'un enfant du siècle  

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Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.
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Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.

La Confession d'un Enfant du Siècle is an autobiographical novel by Alfred de Musset. Published in 1836, it is his only novel. The novel was translated into English as The Confession of a Child of the Age, and made into a film, Children of the Century.


First chapter

Pour écrire l’histoire de sa vie, il faut d’abord avoir vécu ; aussi n’est-ce pas la mienne que j’écris.

Mais de même qu’un blessé atteint de la gangrène s’en va dans un amphithéâtre se faire couper un membre pourri ; et le professeur qui l’ampute, couvrant d’un linge blanc le membre séparé du corps, le fait circuler de mains en mains par tout l’amphithéâtre, pour que les élèves l’examinent ; de même, lorsqu’un certain temps de l’existence d’un homme, et, pour ainsi dire, un des membres de sa vie, a été blessé et gangrené par une maladie morale, il peut couper cette portion de lui-même, la retrancher du reste de sa vie, et la faire circuler sur la place publique, afin que les gens du même âge palpent et jugent la maladie.

Ainsi, ayant été atteint, dans la première fleur de la jeunesse, d’une maladie morale abominable, je raconte ce qui m’est arrivé pendant trois ans. Si j’étais seul malade, je n’en dirais rien ; mais comme il y en a beaucoup d’autres que moi qui souffrent du même mal, j’écris pour ceux-là, sans trop savoir s’ils y feront attention ; car, dans le cas où personne n’y prendrait garde, j’aurai encore retiré ce fruit de mes paroles de m’être mieux guéri moi-même, et, comme le renard pris au piège, j’aurai rongé mon pied captif.

Last chapter

Le lendemain, à midi, par un beau soleil de décembre, un jeune homme et une femme qui se donnaient le bras traversèrent le jardin du Palais-Royal. Ils entrèrent chez un orfèvre, où ils choisirent deux bagues pareilles, et, les échangeant avec un sourire, en mirent chacun une à leur doigt. Après une courte promenade, ils allèrent déjeuner aux Frères-Provençaux, dans une de ces petites chambres élevées d'où l'on découvre, dans tout son ensemble, l'un des plus beaux lieux qui soient au monde. Là, enfermés en tête à tête, quand le garçon se fut retiré, ils s'accoudèrent à la fenêtre et se serrèrent doucement la main. Le jeune homme était en habit de voyage; à voir la joie qui paraissait sur son visage, on l'aurait pris pour un nouveau marié montrant pour la première fois à sa jeune femme la vie et les plaisirs de Paris. Sa gaieté était douce et calme, comme l'est toujours celle du bonheur. Qui eût eu de l'expérience y eût reconnu l'enfant qui devient homme, et dont le regard plus confiant commence à raffermir le cœur. De temps en temps, il contemplait le ciel, puis revenait à son amie, et des larmes brillaient dans ses yeux; mais il les laissait couler sur ses joues et souriait sans les essuyer. La femme était pâle et pensive; elle ne regardait que son ami. Il y avait dans ses traits comme une souffrance profonde qui, sans faire d'efforts pour se cacher, n'osait cependant résister à la gaieté qu'elle voyait. Quand son compagnon souriait, elle souriait aussi, mais non pas toute seule; quand il parlait, elle lui répondait, et elle mangeait ce qu'il lui servait; mais il y avait en elle un silence qui ne semblait vivre que par instants. A sa langueur et à sa nonchalance, on distinguait clairement cette mollesse de l'âme, ce sommeil du plus faible entre deux êtres qui s'aiment et dont l'un n'existe que dans l'autre et ne s'anime que par écho. Le jeune homme ne s'y trompait pas et en semblait fier et reconnaissant; mais on voyait, à sa fierté même, que son bonheur lui était nouveau. Lorsque la femme s'attristait tout à coup et baissait les yeux vers la terre, il s'efforçait de prendre, pour la rassurer, un air ouvert et résolu; mais il n'y pouvait pas toujours réussir et se troublait lui-même quelquefois. Ce mélange de force et de faiblesse, de joie et de chagrin, de trouble et de sérénité, eût été impossible à comprendre pour un spectateur indifférent; on eût pu les croire tour à tour les deux êtres les plus heureux de la terre et les plus malheureux; mais, en ignorant leur secret, on eût senti qu'ils souffraient ensemble, et, quelle que fût leur peine mystérieuse, on voyait qu'ils avaient posé sur leurs chagrins un sceau plus puissant que l'amour lui-même, l'amitié. Tandis qu'ils se serraient la main, leurs regards restaient chastes; quoiqu'ils fussent seuls, ils parlaient à voix basse. Comme accablés par leurs pensées, ils posèrent leurs fronts l'un contre l'autre, et leurs lèvres ne se touchèrent pas. Ils se regardaient d'un air tendre et solennel, comme les faibles qui veulent être bons. Lorsque l'horloge sonna une heure, la femme poussa un profond soupir, et se détournant à demi:

- Octave, dit-elle, si vous vous trompiez!

- Non, mon amie, répondit le jeune homme, soyez-en sûre, je ne me trompe pas. Il vous faudra souffrir beaucoup, longtemps peut-être, et à moi toujours; mais nous en guérirons tous deux, vous avec le temps, et moi avec Dieu.

- Octave, Octave, répéta la femme, êtes-vous sûr de ne pas vous tromper?

- Je ne crois pas, ma chère Brigitte, que nous puissions nous oublier; mais je crois que, dans ce moment, nous ne pouvons nous pardonner encore, et c'est ce qu'il faut cependant à tout prix, même en ne nous revoyant jamais.

- Pourquoi ne nous reverrions-nous pas? Pourquoi un jour?... Vous êtes si jeune!

Elle ajouta avec un sourire: - A votre premier amour, nous nous reverrons sans danger.

- Non, mon amie; car, sachez-le bien, je ne vous reverrai jamais sans amour. Puisse celui à qui je vous laisse, à qui je vous donne, être digne de vous! Smith est brave, bon et honnête; mais, quelque amour que vous ayez pour lui, vous voyez bien que vous m'aimez encore; car, si je voulais rester ou vous emmener, vous y consentiriez.

- C'est vrai, répondit la femme.

- Vrai? vrai? répéta le jeune homme en la regardant de toute son âme; vrai? Si je voulais, vous viendriez avec moi? Puis il continua doucement: C'est pour cette raison qu'il ne faut jamais nous revoir. Il y a de certains amours dans la vie qui bouleversent la tête, les sens, l'esprit et le cœur; il y en a parmi tous un seul qui ne trouble pas, qui pénètre, et celui-là ne meurt qu'avec l'être dans lequel il a pris racine.

- Mais vous m'écrirez cependant?

- Oui, d'abord, pendant quelque temps, car ce que j'ai à souffrir est si rude, que l'absence de toute forme habituelle et aimée me tuerait maintenant. C'est peu à peu et avec mesure que, n'étant pas connu de vous, je me suis approché, non sans crainte, que je suis devenu plus familier, qu'enfin... Ne parlons pas du passé. C'est peu à peu que mes lettres seront plus rares, jusqu'au jour où elles cesseront. Je redescendrai ainsi la colline que j'ai gravie depuis un an. Il y aura là une grande tristesse et peut-être aussi quelque charme. Lorsqu'on s'arrête, au cimetière, devant une tombe fraîche et verdoyante, où sont gravés deux noms chéris, on éprouve une douleur pleine de mystère qui fait couler des larmes sans amertume; c'est ainsi que je veux quelquefois me souvenir d'avoir été vivant.

La femme, à ces dernières paroles, se jeta sur un fauteuil et sanglota. Le jeune homme fondait en larmes; mais il resta immobile et comme ne voulant pas lui-même s'apercevoir de sa douleur. Lorsque les larmes eurent cessé, il s'approcha de son amie, lui prit la main et la baisa.

- Croyez-moi, dit-il; être aimé de vous, quel que soit le nom que porte la place qu'on occupe dans votre cœur, cela donne de la force et du courage. N'en doutez jamais, ma Brigitte, nul ne vous comprendra mieux que moi; un autre vous aimera plus dignement, nul ne vous aimera plus profondément. Un autre ménagera en vous des qualités que j'offense; il vous entourera de son amour; vous aurez un meilleur amant, vous n'aurez pas un meilleur frère. Donnez-moi la main et laissez rire le monde d'un mot sublime qu'il ne comprend pas: "Restons amis, et adieu pour jamais." Quand nous nous sommes serrés pour la première fois dans les bras l'un de l'autre, il y avait déjà longtemps que quelque chose de nous savait que nous allions nous unir. Que cette part de nous-mêmes, qui s'est embrassée devant Dieu, ne sache pas que nous nous quittons sur terre; qu'une misérable querelle d'une heure ne délie pas notre éternel baiser!

Il tenait la main de la femme; elle se leva, baignée encore de larmes, et, s'avançant devant la glace avec un sourire étrange, elle tira ses ciseaux et coupa sur sa tête une longue tresse de cheveux; puis elle se regarda un instant, ainsi défigurée et privée d'une partie de sa plus belle parure, et la donna à son amant.

L'horloge sonna de nouveau, il fut temps de descendre; quand ils repassèrent sous les galeries, ils paraissaient aussi joyeux que lorsqu'ils y étaient arrivés.

- Voilà un beau soleil, dit le jeune homme.

- Et une belle journée, dit Brigitte, et que rien n'effacera là.

Elle frappa sur son cœur avec force; ils pressèrent le pas et disparurent dans la foule. Une heure après, une chaise de poste passa sur une petite colline, derrière la barrière de Fontainebleau. Le jeune homme y était seul; il regarda une dernière fois sa ville natale dans l'éloignement, et remercia Dieu d'avoir permis que, de trois êtres qui avaient souffert par sa faute, il ne restât qu'un malheureux. </div>



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