Exposition des primitifs flamands à Bruges  

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Kunstformen der Natur (1904) by Ernst Haeckel
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Kunstformen der Natur (1904) by Ernst Haeckel

The Exposition des primitifs flamands à Bruges (Exhibition of Flemish Primitives at Bruges) was an art exhibition of paintings by the so-called Flemish Primitives (nowadays usually called Early Netherlandish painters) held in the Provinciaal Hof in Bruges between 15 June and 5 October 1902.

The exhibition was curated by William Henry James Weale (1832-1917).

The poster[1] was designed by Amedée Lynen.

See also

Full text of the catalogue [2]

Full text of "L'exposition des primitifs flamands à Bruges" H. Hymans


L'Exposition


RIMITIFS FLAMANDS


x X ^ PARIS ^ :x x

Gazette des Beaux-Arts XXX 1902 XXX


B


1


yr-^



oJn^\/Ui/LxM i/i^^^ .^vo-^^^y.


L'EXPOSITION


PRIMITIFS FLAMANDS


A BRUGES



LA VIERGE EN PRIERE

'Musée d'Anvers I


GasEltc des Seaux-Ans


Inip, A, Clément .Pari


HENRI HYMAXS


L EXPOSITION


rniMITlFS FLVMAMIS

A BRUGES


PARIS GAZETTE DE> BEAUX-ARTS

1902


L'EXPOSITION

DES

PRIMITIFS FLAMANDS A BRUGES


L'exposition ouverte cet été à Bruges lut une véritable évocation. Aux lieux mêmes où s'écoula leur existence d'im- perturbable labeur, des maîtres, grands parmi les plus grands, dont la gloire illi;- inina le moyen âge, semblaient renaître 1 la vie pour protester contre l'injuste mé- ( onnaissance de leurs droits à l'admiration (le la postérité. Trop longtemps ils furent délaissés. Alors que, dès le xv'^ siècle, (Ivriaque d'Ancônc salue en van Eyck « la gloire de la peinture »; que Barthélémy Facio, mort en 1437, le dénomme « le lince des peintres de son siècle », titre



iliiiit put se iilurilier Riibcns; que Jean Saiiti. le père de Kapliaël. exalte Jan van Eyck et Huger van der \Veyden, au point de dire, comme le devait faire plus tard, de son fils môme, la célèbre épitaplie du Panthéon, que leur art le dispute en perfection à la nature elle- même :

Di colorire furno si excellenti

Clie han suporalo spesse voile il vero,

des générations entières n'auront pour ces mêmes peintres ni sou- venir, ni respect. De quelques-uns des plus grands le nom même se perdra, et des collectionneurs émcrites dédaigneront de recueillir leurs œuvres! La galerie Wallace, formée au prix de tant de loualile persistance et de si prodigieux sacrifices d'argent par lord Herlford, ne comprend pas un seul spécimen de l'art des maîtres primitifs. Le passionné de peinture ancienne, le collectionneur le plus éclairé des maîtres anciens que connut le xix'" siècle, — j'ai nommé Louis La Caze, — dans son enthousiasme pour les virtuoses du pinceau, Hollandais, Flamands, Espagnols, Français, Anglais, n'avait pas d'œil pour ceux que, naguère, nous appelions encore, avec dérision, les « gothiques » 1

Ce temps est-il passé? Espérons-le, sans oser l'affirmer. En art, la faveur des foules n'est guère moins versatile qu'en d'autres domaines; seule, la science évite ses caprices. La science, en vérité, n'est pas étrangère à la conception, à la réalisation du programme de cette fête de l'esprit et des yeux que constitue l'exposition. Grâce à elle, des horizons plus vastes s'ouvrent pour ceux que préoccupe le passé de l'art; elle leur permet de remonter à la source de la pein- ture contemporaine.

Le rapprochement en un même local, grandiose, mais de médiocre éclairage, d'authentiques travaux des van Eyck, de Petrus Cristus, de Roger van der Weyden, de Memling, de Hugo van der Goes, de Thierry Bouts, de Gérard David, avec nombre d'autres restant à déterminer, devient, pour les artistes et les historiens, une exceptionnelle occasion, encore que, pour certains maîtres, leur étude ne puisse porter que sur des pages d'importance secondaire, comparées à celles que détiennent des galeries ou des églises, dont le comité de l'exposition ne pouvait songer à obtenir le prêt. L'en- semble, pourtant, n'est pas disparate. Il est, au contraire, frappant par sa tenue ; il emprunte un relief particulier aux pages nom- breuses et de renommée universelle qui s'y trouvenl. D'autre pai't.


il comprend dos créations de moindre envergure, mais non de moindre portée, appartenant à des galeries pnljliqncs, moins géné- ralement visitées, ou à dos collections particulières, dont quelques- unes princières : Anlialt, Doria, Holienzollern, Radzivill, Liechten- stein.

Les connaisseurs sont dès longtemps familiarisés avec les œuvres de la première catégorie. A elles ira, comme de juste, l'admi- ration, sinon la surprise de l'arrivant. Vers les secondes se portera, comme instinctivement, l'attention des hommes d'étude, des érudits, de ceux que préoccupe la solution des problèmes qu'elles poseni, de ceux qui se sentiront la force d'en essayer la solution. Pour les mieux informés, ce sera plutôt un complément d'étude. Leur joie sera sans bornes de se trouver en mesure d'étudier côte à côte les o'uvres d'un même |iinceau, momeatanément rassemblées sur les parois du Palais provincial.

Ici, c'est la Cène An Thierry Bouts, de l'église Saint-Picire de Louvain, formant le centre d'un panneau où, d'une part, se ren- contre le Martyre de saint Érasme, de Louvain encore; de l'autre, le Martyre Je faint Hippolyte, de la cathédrale de Bruges. Plus loin, c'est l'admirable Madone environnée de saintes, chef-d'œuvre de Gérard David, appartenant au musée de Rouen, servant de lien aux deux admirables panneaux du même peintre appartenant à l'Aca- démie de Bruges : la Condaninatio/i et le Supplice de Sisa)n7iès, et, en face, les magnifiques panneaux de MM. de Somzée. Ailleurs, c'est la série exceptionnellement riche des créations de Memling, la C/idsse de sainte Ursule, tous les tableaux de l'hôpital Saint-Jean et du musée de Bruges, se groupant avec ceux des musées d'Anvers et de Bruxelles. Tout autour, enfin, une incomparable série de p(jr- traits du maître appartenant à M. Salting, do Londres, au musée de La Haye, au baron Oppenheim, de Cologne, au duc d'Anhalt, à MM. Léopold Goldschmidt et N..., de Paris, et à ([uebiues autres amateurs.

Van Eyck et van der Weyden, moins abondamment repré- sentés, le sont néanmoins par des chefs-d'œuvre, venus, pour le pre- mier surtout, de Belgique : musées de l'Etat belge, d'Anvers, de Bruges; pour le second, par des créations plus restreintes en nombre et en dimensions, mais de qualité rare, tels le Portrait de Pierre Bladciin, à M. R. von Kaufmaun, de Berlin, la Madone de M. Malliys, de Bruxelles.

L'attention du visiteur se portait avec une curiosité particulière


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sur l'œuvre de certains maîtres encore indéterminés, bien que très typiques, parmi lesquels, en toute première ligne, figurait le maître énigmatique dit » de Flémalle », contemporain de Jan van Eyck et presque son émule, dont l'identité, jusqu'à ce jeur, se dérobe aux recherches d'investigateurs notables. N'arriveront toutefois au degré



L'.\XN0NC1.\T10X et la VISIT.YTIUN, IIEÏAIÎLE DE li B Û E D E H L A M (Musée de Dijon.)


de pénétration voulu, pour avoir raison du secret dont s'environne encore le surprenant ouvrier, que ceux dont la mémoire a retenu la vision de pages antérieurement étudiées ailleurs : en Espagne, à Dijon, à Aix, à Saint-Pétersbourg, comme il faut aller à Dijon, encore, pour apprendre à juger Mclchior Broederlam, à Florence Hugo van der Goes, à Douai Jean Bellegambe,

L'étude des Primitifs d'origine néerlandaise est, pour ce moment encore, des moins aisées. La dispersion de leurs œuvres y contribue


pour uno Ijonnc pari. Depuis lo temps où l'auteunlecos lignes faisait connaître aux lecteurs de la Gazelle des B^nux-Arts le maître dit alors i' de Mérode », devenu depuis « de Flémalle ». si richement repré- senté a Madrid, divers spécimens de ce nouveau venu ont été suc- cessivement identifiés, notamment par M. H. von Tscliudi. La date



PKÉSEXTATIOX AU TEMPLE ET LA FUITE EX EGYPTE, li E T A II L E 11 E IlIKjEDEIiLAM

(Miist'O de Dijon.)


inscrite sur un portrait du musée du Prado nous informe qu'il n'y a point lieu de songer à l'identifier avec Hubert van Eyck, comme l'auraient désiré certains critiques.

Simon Marmion et Jean Bellegambe sont des nouveaux venus encore, comme Jean Mostaert, que M.M. Gustave Gluck et Camille Benoît s'accordent pour identifier avec le maître du triptyque ayant appartenu au comte ¥\. d'Oulfremont, aujourd'hui au musée de Bruxelles. Le » Mostaert » de ^Yaagon, représenté à Bruges par une


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nonibrouso série de peintvires, rentre, du même coiii>. parmi les indéterminés.

L'exposition, en somme, a marqué une date. Elle peut être envisagée comme la consécration du labeur de quelques hommes, M. James Weale en tète, dont la patiente investigation a contribué pour la plus large part à percer le mystère qui, jusque tout récem- ment encore, environnait bon nombre de maîtres désormais acquis à l'histoire. Cet hommage doit leur être rendu, au moment où nous faisons un si large emploi des sources vulgarisées par eux.

Chose à constater tout d'abord, et plutôt décourageante, après comme avant le voyage de Bruges : le point de départ de notre connaissance de la peinture dans les Flandres dépasse de peu le début du xv"" siècle. Gela tient à des causes multiples. La première est, sans doute, que ni les van Eyck, ni leurs continuateurs immé- diats, non plus que leurs principaux contemporains, van der Weyden, Memling, Thierry Bouts, Gérard David, ne sont de souche brugeoise. La présence à l'exposition de tout ce qui est antérieur à van Eyck, de certaines peintures assignées à Melchior Broederlam, était à cet égard démonstrative. A les supposer même d'un autre peintre que le remarquable auteur des panneaux du retable de la Chartreuse de Ghampmol, on pouvait les rattaciicr certainement par l'esprit à ses productions et, par cela même, mesurer l'immense progrès réalisé par les van Eyck.

Ab Joie principium! L'adage est commode, sans doute, mais il faut pourtant chercher ailleurs le point de départ des merveilles que nous avons sous les yeux. Parmi les peintres, il est certain que van Eyck n'a pas plus de rivaux que de précurseurs, surtout dans les Flandres. Au risque de tomlierdans la redite, — n'hésitons point à le constater derechef, — ses précurseurs, il les trouva parmi les minia- turistes. Gela n'éclaircit peut-être pas tout à fait le mystère de ses origines, mais, en somme, la pei-fection de certaines miniatures de Pol de Limbourg, ou de Jacquemart de Hesdin, ornant les pré- cieux manuscrits de Jean le Magnilique, duc de Berry, le frère de Charles V de France, est un précieux indice. La Gazplte a reproduit quelques feuillets des Grandes Heures du prince, appartenant au musée de Chantilly, à l'appui d'un travail dû à la plume savante de M. Léopold Delisle. Les précieux autels portatifs exposés à Bruges par MM. Weber, de Hambourg, et Gardon, de Bruxelles; le Cnicifie- menl de l'église Saint-Sauveur, à Bruges; le panneau votif apparte- nant aux hospices d'Vpres; d'autres peintures que l'on peut rattacher



L' HOMME A L' ŒILLET

I MUSEE DE BERLIN J


Imp.A Poi-cabeuf Pa


— Il —

an xiY siècle, ne i'aisaienl présager eu rien la puissante expression d'art constituée par les van Eyck. Voyons-y des incunables et, à ce litre, signalons-les à Taltenlion de l'arcliéologMU'.



1 11 r 11 A I i- n I, .1 1; v n s \ n s !■ lo l m (Collection ilc M. le


!. i:ol. K l'L 1 M A \ IJK lu XV '

ntc (le Limljurfî-Stiruni.j


Broederlani lui-même n'a-t-il [)oinl manié le pinceau du minia- turiste? C'est non seulement probable, mais, à notre avis, presque certain, à en juger par la miniature initiale de la Cité de Dieu, traduction de Raoul de Prestes, existant à la Bibliothèque royale


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de Belgique in" iXJO.'J ilii calaloguoi, et où l'on voit saint Aiiiiustin écrivant son livre, ayant, non loin de lui, le roi Charles V. Or, ce précieux manuscrit provient de la biidiothèque des ducs de Bour- gogne.

Par les beaux volets appartenant à M. Martin Le Roy, de Paris, où sont figurés les Pères de l'Eglise, la question des origines semble faire un pas de plus. Elle le semble, disons-nous, car, en réalité, rien ne prouve que ces belles et vigoureuses créations soient antérieures au xv"^ siècle.

Nous donnons, à la page précédente, la gravure d'un portrait de Jean sans Peur, appartenant à M. le comte Thierry de Limliurg- Stiruni, œuvre exposée à Bruges. S'agit-il de quelque production de jeunesse de van Eyck, ou de la copie de quelque peinture plus ancienne? L'assassinat de Jean de Bourgogne est de lil9: les deux choses peuvent, dès lors, se concilier.

A cette date, van Eyck est, pour l'histoire, im inconnu. 11 ne travaille point encore pour les ducs de Bourgogne. Le tableau qui, tout au moins par sa date, 1421, nous apprendrait à l'apprécier à une époque rapprochée de ses débuts, le Sacre de saint Thomas Becket, arrhcvèrjuc ih Cantorbéri/, au duc de Devonshire, est malheureuse- ment sans valeur probante. A le supposer du maître, il ne nous est parvenu que dénaturé. M. Justi le range même parmi les produc- tions initiales de Mabuse. Nous sommes loin de compte, on le voit. L'attribution n'a vraiment rien d'inacceptable, à s'en tenir à une autre peinture de la même galerie de Chatsworth, exposée égale- ment, et sous le nom de Mabuse cette fois. Le rapport est si complet entre cet épisode de la vie d'un saint ayant appartenu à quelque famille princière, abandonnant ses parents en larmes pour suivre un groupe de prélats, et la peinture dont il vient d'être fait mention, qu'en vérité la présomption de M. Justi se trouve puissamment confirmée. Rien de plus semblable que le procédé des deux œuvres, certainement anciennes, mais point du xV siècle.

Le portrait prétendu de Philippe le Hardi appartenant à M. Gilliodts van Severen, arcliivisle de Bruges, est de conser- vation médiocre. 11 garde pourtant les traces d'une réelle beauté. Le personnage, représenté à mi-corps, est coiffé d'un large chaperon rouge, à plis abondants, de forme assez rarement aperçue dans les portraits de l'époque. Le modelé du visage et du cou a dû être fort remarquable et fait songer à van Eyck. Nous inclinerions plutôt, cependant, à y voir une onivre du maître de



U'.;:ee de Berlin


LE CONCERT DES ANGES

Volels supérieurs du retable de l'.Airneaii mysUtjue- peint par les frères Van Eyck.


Gazetle des Beaux-Arts


imp.A.Porcabeuf. Par



h\M l; r tVE. l'Ail llLUKIiT ET ,1 A X VAX EYCK

(Musi'e de Dru\clk's.)


Flrmallo, (lonl des porlrails oxislent aux musées de Londres et de Bruxelles.

Si nous en croyons le catalogue, outre les deux frères van Eyck, leur sœur Marguerite serait représentée à l'exposition. Hubert et IMarguerile, bien que mentionnés dans l'histoire, n'ont pu jus([u'à ce jour être identifiés avec certitude. C'est donc hypothétiquement qu'on leur attribue telle ou telle production. Naturellement, les figures d'Adam et d'Eve de V Adoration de l'A(jncau peuvent être assignées avec assez de probabilité à Hubert, que l'on sait avoir eu une part à ce vaste ensemble.

l'iiur ce qui concerne V Adoration des Mar/es. cataloguée comme de la sœur, il suffira d'un mot pour faire justice de l'attribution : les volets se composent d'emprunts faits à des estampes de Martin Scluingauer et de Lucas d<? Leydel

A Hubert van Eyck M. NYeale, dans les colonnes mêmes de la (iazellr, a donné la remai(|iiable peinture appartenant à sir Fié(l(ric (liioU, de lîichmoud : Ia's Saintes Femmes an londjeaii du Christ. D'autres auteurs y voient plutôt une production du pin- ceau di' .lan. Nous l'ayons, pour notre part, rattachée à l'œuvre (lu maître qui traça diverses peintures à Madrid, à Douai, etc., ioujdurs rénigmati(iu(' ai'lisli\ désigné comme de Flémalle, localité d'oîi proviennent les volets du musée Stanlel, à b'rancforl '. Que le tableau fût d'Hubcil van Eyck. serait à la rigueur admissible, mais sûrement les caractères de .Jan y paraissent effacés. Or, c'est à Jan que l'attribue M. de Tschudi. Ces femmes en turban, ce vase oriental, ces coiffures étranges, chargées de caractères hébraïques tracés en or, sont des particularités qui se rencontrent avec cons- tance chez le mailre dil de l'Iénialle; nous n'en connaissons jioint d'exemple chez van Eyck. Que si l'on m'objecte le pittoresque fond de ville, les montagnes loiutaines chargées de neige, les plantes du Midi, le ciel bleu où llottent de légers cirrus, rien de tout cela n'est étranger au maître, tour à tour confondu avec van Eyck et van der Weydcn, que M. Firmenich-Richartz identifie même avec ce dernier, l'our ce savant, l'imaginaire maître de Flémalle ne serait autre que van der Weydcn jeune.

L'a'uvre est, du reste, remarquable à tous les titres. Elle l'est à la fois par la composition et par l'exécution, par l'originalité des accessoires, des types et le charme du fond de paysage. L'ange, vêtu de blanc, assis sur le sé|)ulcre oll're quelque analogie avec les

1. GnzAlc des Dcaiu--Ai-ts, :;• ji.'r., I. I\, p. .380 el suiv.


types d'anges de van liyck ou, plus jusleinenl, avec ceux du Triomphe de rÉglise stir la Synagogue du nius(?e de Madrid. Mais, oulre que cette peinture, si vantée autrefois par nombre d'auteurs, Passavant en tête, n'est sûrement pas une création originale, chose reconnue



I'. Il A. NUI. NE l.liUllI.K FR.\GMENT DE LA


\AN 111. H l'AELE, l'Ail JAN VAN EYI VIEHOE nu CHAXOINE PAELE "


(Musi'>e do Bruges.)


actuellement par tous les connaisseurs, nous conservons des doutes sérieux sur l'intervention de \\n\ ]']yek en ce qui concerne sa conception mcnie.

La National Gallery, à Londres, possède une peinture d'ori- gine flamande, cataloguée sous le n" 108G, représentant l'épisode où le Christ apparaît à sa mère après la Résurrection. Il y a de


sérieuses raisons pour voir ici, non pas une créalion authentique. mais la copie d'une u'uvre de « Flémalle ». En y regardant de près, on verra, dans le paysage du fond, le tombeau sur lequel est assis l'ange et, tout autour du sépulcre, les soldats endormis, disposition très proche de celle du tableau attribué à Hubert van Eyck. La rencontre ne nous paraît pas un simple cITet du hasard.

L'attribution à Jan van Eyci< nous paraît bien ébranlée, du reste, par le voisinage de l'exquis petit portrait d'homme en chaperon bli'u. tenant de la main liniitc un anneau, d'abord signalé par ^I. Th. de Erinimel dans ses Gulcriestudien. Appartenant à la galerie du collège évangélique de Herniannstadt, en Transylvanie, le morceau ne nous est point parvenu intact. Le champ du pan- neau a été agrandi; on y a appliqué même le monogramme d'Albert Diîrer avec la date li!>7. Le [)inceau du retduclieur ne l'a 'point épargné non plus. A'empéche (|ne tant d'outrages n'y rendent point méconnaissable la main de son auteur. Comme partout, van Eyck est ici le plus vivant, le plus inexorable des interprètes de la nature. S'agit-il de quelqu'un des nombreux orfèvres au service de Philippe de Bourgogne ou, plus probablement, de (jurlque fiancé de noble maison? ■N'importe, l'onivre nous domine par la fierté de son styh', la haulmir de son expression. Elle a dû compter parmi les productions capitales de son auteur.

Remarquons, au surplus, que van Eyeiv était représenté à Bruges par un enseinlile de pages de si haute portée, d'une perfection technique si absolue, que leur voisinage faisait nécessairement pâlir des productions qui. en tout autre milieu, réclameraient une part plus considérable d atlenliim. La remarque toutefois ne s'applique pas à l'œuvre précitée. Si elle ne nous est point parvenue dans un état de conservation irn'qirochable, elle n'en demeure pas moins une page de très haute signification, un des objets les plus curieux (le la splendidc réunion qui nous occupe.

Une pièce des plus intéressantes encore, bien que mal (•(Uiservée, était la petite Vieri/e exposée par M"" Edouard André, où l'Enfant Jésus trempe dans l'écritoire. tenue |iar sa mère, la plume dont il se servira pour signer peut-être un document mis à >a portée. Celte curieuse manière de représenter la Madone n'est point uniqiie. Nous en pouvons citer d'autres exemples, notamment une Vierge sculptée à la fa(:ade de l'Ancienne Boucherie, à (iand. Le symbolisme de l'épisode est diversement expliqué. Sans avoir rien de commun avec Jan van Eyik. la petite i)eiuture est reniai-



Jean van Eyck pinx


PORTRAIT D UN INCONNU


(Snnniiiire cviiageliquc dHcrmannslaJt)


GAZETTE DES BEAUX-ARTS


Iilip. H. DH Banos-


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qiiablo par sa vigueur de coloris et son charme de conception. Si importante que fût la part de l'étranger dans la somme de splendeurs réunies à Bruges par le zèle méritoire des promoteurs de ce groupement de trésors, la Belgique y contrijjuail pour la pari prin- cipale, il n-'esl point possilde à l'homme de goût de franchir le seuil



l'iPirniAn me la femme rJL pkinthe, I'AU jax vax eyck (Musée de Bruges.)

de cet ensemble de merveilles, sans se sentir gagné par l'émotion à la vue des pages de Jan van Eyck, encore qu'en tout temps elles soient à Bruges, comme à Bruxelles, soumises à son étude. Comljien encore se renouvellent, après cinq siècles révolus, l'admiration el la surprise des contemporains! Peut-être même faudrait-il dire stupeur plutôt que surprise? Laissant à part même la supériorité du coloris, le merveilleux maniement de la couleur à l'huile, l'on doit


— IS —

bien s'avouer qu'à aucune époque, ni tlans aucune école, le pinceau n'arriva à traduire la nalure avec une puissance égale d'expression, avec une vérité plus haute. Il est certes oiseux de le redire; on s'y attendait. Pourtant on ne se lasse point de considérer celte technique où tout tient du prodige, dont la perfection môme t'ait ([ii'à travers les siècles nul peintre n'apparaît comme supérieur.

Qu'ajouter encore au ren<un de ce tableau de 1430, où le vieux chanoine van der Paele est agenouillé en adoration devant la Madone ; de cette tète du donateur, de ces mains, dont la vérité le dispute à la nature elle-même! Que dire enfin de ce portrait de la femme du peintre, âgée, nous dit l'inscription du cadre, de ti'ente-trois ans, en li39! C'est bien, à notre gré. la perle de ce riche écrin, et peut- être le plus surprenant morceau biissé par l'incomparable artiste. Mais van Eyciv approche du terme de sa carrière. Comme tant d'autres peintres illustres, comme Titien, comme Velazquez, comme Rubens. comme Rembrandt, il tiiomphe des difficultés matérielles de son art. D'autres pourr(mt venir; ils sont venus, en ell'et; ils se sont appelés i^etrus Cristus, van der Weydeu, Thierry Bouts, Memling; aucun Il a eu II' pouvoir de surpasser ce maître des maîtres.

l'jl nuus trouvions à l'exposition même ce qui fut peut-être la dernière page de ce prodigieux créatcMir, un liiplypi' a\aul appar- tenu à l'église Saint-Martin d'Vpres, resté inachevé à la moit du peintre. Van Mander l'indique comme tel et le décrit.

Des connaisseurs, non des moindres, contestaient l'authenticité du morceau, retenu même à la vente de la collection van den Schrieck. Depuis, il a passé aux mains d'un membre de la famille de ce C('lèl)re amateur et, malheureusement aussi, par celles d'un retoucheur, qui nous en a laissé, à ce qui semble, à peine mieux que son œuvre personnelle! Il serait sans objet, en de seml)lables conditions, d'en discuter le jilus ou moins de mérite ou d'authenticité. Ce n'est plus qu'à (ilie d'iiifornialion et aussi de ruine, qiu- nous ayons à l'envi- sager.


Jan van Eyck mourut le il juillel li'tO. Pour exceptioniudle que fût sa valeur, pour haut et étendu son renom, il n'était |)as un isolé. L'histoire, pourtant, de même qu'elle nous laisse dans l'igno- rance de ses précurseurs, omet de nous éclairer sur les continua- teurs immédiats de son art.

Elle nous renseigne à peine davantage sur la connaissance et le



JKAN, SEIGNEUR DE ROUBAIX


IMuaec de Btrlh


C-azeUe des Beaux-Arts


maniemeiil de la })oinluro à riiiiilc. Le procéilé s'était toiilel'ois vul- garisé avec une promptitude faite pour surprendre, à une époiiue où, entre individus et nations, les rapports semblent avoir dû èli'e contrariés par des obstacles multiples. Tous les trois ans — M. Weale ralTirme dans l'intruduction au catalogue de l'exposition de Bruges — les artistes de la Flandre, du Braliant, du Tournaisis, s'assemblaient pour l'examen en commun des points intéressant leur profession. Sans être aussi formel, nous pouvons rappeler un



MAIiliNK \l CM A il I lu: l \ . I' A M .1 \ N VAN EVIIK

(Collecuon du baron Gustave do Rothscliild, Paris.)


document publié par Pinchard, pièce de laquelle il résulte qu'après s'être une première fois trouvés réunis, pour l'accomplissemenl de quelque grand travail ayant nécessité leur présence à Bruges, à Gand, à Lille, les peintres, dès la seconde moitié du xv" siècle, résolurent de se rencontrer, de leur libre accord, pour célébrer la fête de leur patron saint Luc, dans un des centres où existait une gilde.

Huant à l'échange des œuvres de leur pinceau, il était des plus suivis. Bruges surtout, grâce à ses rapports de commerce avec les pays lointains, exportait couramment les productions nées sur son sol. L'Espagne, ainsi que l'Italie et le Nord, fut de très bonne heure renseignée sur ses maîtres. Dès l'année liiS, un souvenir très évident


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Je VAdofiition de l'Agneau se retrouve à Barcelone, dans un retaille de Louis Dalmau. C'est chose digne d'être notée, à ce point de vue, que, précisément, parmi les continuateurs de v'an Eyck, nul nest plus rapproché de lui en valeur qu'Antonello de Messine, venu peut- être en Flandre, mais non point, comme l'a voulu prétendre Vasari, son élève direct. Et, sans nous occuper ici de rechercher l'auteur du fameux Saint Jrràmp du musée de Naples, on ne peut y mécon- naître l'inlluence de l'illustre peintre de Philippe le Bon.

Aucun lien très apparent ne relie à Tteuvre de van Eyck une remarquable peinture attribuée à AntoncUo par le catalogue de l'exposition de Bruges : Le Christ pleuré par la Vierge et les Saintes Femmes, œuvre ayant naguère appai'tenu à Jules Renouvier et, par héritage, devenue la propriété du baron d'Albenas, à Montpellier. (De la même source provient la Résurrection de Lazare, atti'ibuée à Gérard de Haarlem, récemment entrée au Louvre;.

Empreinte d'un profond sentiment dramatique, cette petite page se range, par le style autant que par le coloris, dans les écoles méri- dionales. Sa gamme de colorations fait songer à Piero délia Fran- cesca. Quant à la forme, elle est anguleuse, quelque peu brutale. On rencontre en Espagne des tableaux de cette physionomie tra- gique. Le Christ repose inerte sur les genoux de la Vierge, sa tète imberbe rejetée en arrière. La jambe gauche, repliée sous la droite, fait voir la plante du pied. Ce mouvement peu gracieux s'explique par la raideur cadavérique. Les extrémités inférieures, superposées pendant le supplice, ont gardé la trace de cette disposition contrainte. Les bras, de même, sont pendants le long du corps. Rien ici n'évoque le souvenir d'Antonello aperça dans les œuvres authen- tiques d'Anvers et de Londres. D'excellents connaisseurs, pourtant, attribuent celte peinture à l'impeccable artiste. Le type de la Vierge, amplement drapée de bleu, est franchement vulgaire. Ce qui surtout impressionne ici, c'est l'intensité de douleur qui se reflète sur le visage de la mère du Christ et agite ses compagnes. Ensevelies en quelque sorte dans des draperies rouges ou nuancées d'orange aux plis rigides, les Saintes Femmes s'isolent dans un désespoir muet ; elles se dérobent au regard et elles en paraissent plus émouvantes. Non loin du groupe principal, à la droite du tableau, s'agenouille un donateur, gentilhomme au front dégarni, au profil aigu; il tient entre ses mains jointes un chapelet. Sur le velours de sa longue casaque noire tranche une chaîne d'or à laquelle est suspendue une croix; ses chausses sont rouges : costume essenti(dlrriiciit niéri-



ANTONEU.O DK. MF.SSINE PIN'X'


.lAlI.i.AW) SCUi.P


Itnp A Porcabsaf. ?»


— 51 —

dional, par sa coupe et par le clidix des nuances. Le ciel clair, où se profilent la croix du Christ et les cadavres des larrons cruciliés, fait se silhouetter, par delà les murs d'une ville, les toits des mai- sons, un campanile ogival et un vaisseau d'église où apparaissent les signes précurseurs de la Renaissance, enfin un donjon ruiné. A l'horizon, se voit une succession de pics neigeux, les Alpes peut- être.

Le coloris, pas plus que le style de cette fort intéressante pein- ture, n'autorise à la ranger dans l'école llamande. Encore faudrait-il



LE r. IIUIST PI. ET 11 K PAU LA V I E K F, ET LES S A I .N T E S FEMMES

A T T 111 11 U Ê A A X T N E L L DE MESSINE

(CoUoction d'.illjcnas, Montpellier.)

hésiter à la dater du xv" siècle, s'il était possible de lui trouver un auteur parmi les représentants de cette époque. Pour arriver à la détermination de cette œuvre énigmatique, il faudrait connaître et la ville et le personnage représentés.

L'exposition de Bruges présentait pour l'étude cet intérêt consi- dérable — et cet inconvénient aussi, — de nous montrer le traditio- nalisme s'iniposant à la plupart des maîtres primitifs d'origine flamande, triomphant d'une habileté pratique peu ordinaire, mise au service d'un souci constant des réalités ambiantes. Mais la nature se voit et se traduit par eux d'une manière quelque peu conven- tionnelle: d'où, précisément, pour l'ensemble de ces maîtres prinii-


til's, lin air jironoiR'r de l'aiiiillc. Aussi lo sens criticiue du visileur <Mait-il soumis à une assez rude ('incuvo, et dérouté quelque jieu par des attributions acceptées par cdurtoisie sans doute, mais dnnt, pour notre [lart, nous ne saurions l'aire étal.

Un admirable portrait de vieillard, taisant partie de la célèbre galerie du baron Albert Oppenlicim, à Cologne, comptait jiarmi les plus précieuses contributions de ce grand amateur et constituait aussi une des plus ravissantes peintui'es de l'exposition. Des juges dune compétence admise souscrivent à l'allribulii^in à .lan van Eyck. Nous sommes plus bésitanl. Le l'aire y semble plus lilire, le procédé plus ample et, pour (nul dire. d'(p0(|ue moins reculée. (Jn est trop mal renseigné encore sur tous les artistes du temps pour s'aventurer à proposer d'autres noms que ceux des trois ou quatre maîtres connus ; van Eyck. van di'r ^V(■yden. Memling. van der Goes, dont les tableaux se reiicunlient dans nos galeries. La raison n'est point suffisante pnur (ju'dn se liàte d'admettre dans l'oeuvre d'un peintre ce qui ne semlde pas porter l'empreinte de son individualité. Il faut d'ailleurs admirer sans réserve le magnifique morceau que son heureux possesseur avait exposé entre un Thierry Bouts el nn JMemling de qualité exceptionnelle.

Avant de parler des |)eintres fameux en qui se conliniie hi li'a- dition de van Eyck, il inqiorle de dire un mot de ses conteuipurains.

Un seul nous est indiscutablement connu : Roger van der ^Veyden. Le surnom de <■ Hcger de Bruges », adopté d('jà par van Mander, simplifiait grandement les choses. Les deux maîtres auraient vécu et travaillé presque côte à côte, obéi aux mêmes inlluences. utilisé les mêmes modèles. Que Roger ait eu des liens avec la cuur de Bnui'gogne, la chose est très certaine. Sans compter (|n'nn lui allriliiie. avec toute chance de raison, des portraits du duc IMiiliiipe, ne voyons-nous pas le chancelier Nicolas Rolin poser devant son pinceau, et, après avoir fourni à van Eyck l'occasion de la merveilleuse Vierge du Louvre, procurer à lui-même l'occasion du grandiose retable de l'hôpital de Beaune ?

A l'exposition de Bruges, le rapport s'atliruiail à nouveau par le portrait d'un autre personnage notable de la cour de Bourgogne, Pierre Bladelin, chambellan de (Charles le Téméraire et trésorier de la Toison d'or, appartenant à ^1. R. von Kaufmann, de Berlin. C'est un des morceaux les plus caractéristiques du maître et, certes, une des perles de l'exposition. Autant que l'individu nu"'me, le milieu et ré|ioque se rellèlent dans celle image, doni il -^einMe (|ue le jieiiilre



ri)':KF<E BLADIlLIII IMIAMBEI.LAM Dt CI-fARLES LE TE ME t.A I P.E I Collection de M.R. von Raufinann, B ei-lin l


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s'ci|i|iliijuo, loul (oniiiic à Beaiino. dans son portrait ilo Rolin, à souligner le côté rébari)atif.

Mais pour être du nièiuc temps et subir les nièni(>s inlluences, van Eyck et van der Weytien ne soni [loint d'une confusion possible. Ce portrait même le ilémonlre. Tournaisien de naissance et d'édu- cation, Roger de la l'asture. — lel l'ut iiien son nom ré(d, comnii'



ii;Aii UE .nii:mlas kiili.n. r.vii nin.i,u \ a .\ plu WLiMCN (Volet au triptyque conservé à riiùpital de Beaune.)


le prouvent les documents publiés par Alex. Pincbart. — s'il n'éclipse point son confrère en perfection, est bien celui des deux maîtres par qui l'art tlamand accomplit une nouvelle étape vers ses destinées ultérieures. Les circonstances y concourent. Si le temps avait respecté l'ensemble des œuvres de Roger et notammenl ses peintures de rb(')t(d de ville de Bruxelles, nous nous trouverions avec lui en présence d'une individualité faite pour montrer l'école des Pays-Bas en possession d'un ensemble de ressources dont les |)roductions existantes constituent à peine un rellet alTailili. A l'expo-


sitiun de Bruges môme, et si parcimonieusemenl nu'v tùl représenté van lier ^Veyden, on se persuadait sans peine qu'en lui, bien plus niTen van Eyck, se continue l'école que devaient illustrer Memling



LE ClimST HESSLSCITÉ A I' TA H Al S S A X T A LA V I E II G E PAU IlOGER VAX DER -WEYDEN

(Volet (lu retable de Miraflores, Musée de Berlin.)


et Gérard David, (juoiqiie l'un et l'autre aient ol>éi à l'action d in- fluences exotiques.

Outre que nous sommes redevables à Pinchart de la connais- sance des origines tournaisiennes et du nom vrai de Roger van der Wevden, nous lui devons encore celle de l'existence, à Tournai,



Roger van der Weyden pinx


LA MADONE ALLAITANT L ENFANT JESUS (ColUctiaii de M. Malhvi. Bruxelles.)


GAZETTE DES BEAUX-ARTS


d'une école importante de peinlure dont, malheureusement, aucune production certaine n'est olTerle à notre étude. Si, comme le propose


bvl^



LA VlEUiiE AVKI. I, EM \Ni MM s s 1 11 I .N IIIUNE P A R I) G E n V A X n E R W E Y H E X


(Collée


do lor.l Xortlil.rook, l.on.lros.l


M. Georges Hulin, et comme piiniit l'admettre le catalogue de l'exposition, le surprenant arlisic acdiellement désigné comme le « maître de Flémalle » pouvait être identifié avec Jacques Daret, issu, comme Roger, de l'atelier de Robert Canipin, cette importance


serait on (jiu'lijuc sorte prouvëo. L'iio chose n'est guère contestable : l'étroite relation de style entre les deux artistes, rapport sur lequel se fonde l'ingénieuse théorie de M. Firmenich-Richartz rappelée tout à l'heure.

Nous avons signalé plus haut l'existence à la National Gallery de Londres d'un tableau où, senilde-t-il. divers éléments sor.t



lESSI.X D ENSEMBLE D A P R E S « LE M A 11 I \ G E DE LA V I E II 11 E u

I) I [> T Y IJ LE 1' A R LE " M A i T H E 1) E F L K M A L L E .1

Musée ,lu Pra.i...


enipruulés au niailre de Flénialle : L» Christ appfinn.ssdiit à la Vierge. Précisément M. Firmenich-Rieluirti? invoque, à l'appui de sa hèse, un exemplaire presque identique du même sujet, faisant partie du retable de Miratlores, au musée de Berlin. La chose n'importe ici que secondairement. Contentons-nous de dire qu'à Bruges, où, comme Roger, « Flémalle » était représenté par des créations restreintes en nombre et en importance, il est vrai, la théorie du critique allemand ne trouvait pas sa coniirmatioii.



Él'ISODES IIE LA VIK 1) K S A I .\ T JÛSlil'Il, ]■ A H 11 U G E K \ A .N liEl; \V E Y D E N (?)

(Cailicdrali; Notre-Dame, Anvers.)


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La page la plus iiiipui laiilc insiiitc au falalogue sous le nom de Roger, le Mariage de la Vierye appartenant à la cathédrale d'Anvers, a d^s longtemps fait l'objet d'une étude de M. H. von Tschudi. Pas plus que lui nous n'y voyons l'o'uvre propre du maître lournaisien, ce qui d'ailleurs ne rempèche d'être infiniment intéressante. Les rapports y sont nombreux, encore une fois, avec le maître de Flémalle, dont, au surplus, un diptyque, très proche comme disposi- tion et comme pensée, existe au musée du Prado. 11 est à obser- ver, cependant, que le lal)leau d'Anvers, qu'il soit de premièie ou de seconde main, dénote une période plus avancée de la peinture. Outre que larclnlrcluie en est remarquable, l'expression vivante des physionomies, la gamme des colorations révèlent un puissant observateur de la nature doublé d'un praticien de valeur peu ordi- naire. Divers types y ap|iarli('iiucnt manil'eslemenl à Roger, d'autres à Flémalle.

La petile Modo/iP de loid Xurlbbrudk, plus d'une fois repro- duite déjà, accuse plus neilenient son auteur. Elle a été tour à tour attribuée à van Eyck, à Memling et même à Albert Diirer, chose d'autant moins justifiable que, agrandie par la pensée, elle nous ramène à Roger van der Weyden, autant par le type de la Vierge et celui de l'Enfant Jésus, (pie par le motif architectural, où le grand artiste prodigue les sculptuies. Rappebms-nous aussi la petite Madone, très parente, du musée de Vienne. Ici comme là, la robe bleue de la Viei'ge, la robe rouge de l'Enfant Jésus, forment une harmonie familière à Roger: on la retrouve dans sa De'/iosition de croix, prêtée par le musée de Rruxellcs, onivre très authentique, mais de peu de charme.

Nous mettons sous les yeux du lecteui' la Madone allaitant l'Enfant Jésus, un Roger van der AVcyden typique, ayant fait partie de la collection du D de .Aleyer, à Rruges, aujourd'hui la propriété de M. Mathys, de Rruxelles. Bien que rapprochée peut-être des débuts de l'artiste, autant par le style que par sa gamme des colorations, Roger se présente ici avec l'ensemble de ses qualités et de ses défauts. Coloi'iste remarquable, dessinateur correct, mais anguleux, on le voit plus préoccupé de la justesse des elfets que de leur charme. S'il arrive à un puissant degré d'expression dans ses Vierges éplorées, son type de la Madone jeune se signale par plus de douceur que d'intelligence ou de distinction. l>e même. l'Enfant Jésus manque de gracilité. Sa gaucberie a pourtant bien du charme. Le morceau n'en est pas moins d'une réelle beauté jiicturale


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ot c'est une merveilleuse leirmonie que eclle qui existe entre le l'oiul rouge cramoisi et le bleu jtrol'ond de la draperie de la Vierge.

Une répétition presque intégrale du taldeau, en sens inverse, oîi la Vierge est vue jusqu'aux genoux, vêtue, cette fois, d'une robe rouge et se détachant sur un fond d'or, avait été exposée par M"'" Mayer van den Bergh, d'Anvers.

De composition identi<iue et de grandeur pareille aussi, deux Madones, l'une exposée par lord Crawford, l'autre par M. le baron Oppenheim, ont figuré isolément à diverses expositions, soit en Angleterre, soit sur le continent. Le hasard les a rapprochées à Bruges. Il a permis de constater (|ue les deux œuvres n'émanent pas d'un même pinceau. L'exemplaire de lord (Irawford porte le monogramme fauxd'Alberl Diirer. La chose s'expli(iue iteut-èlre par la circonstance que cette peinture appartint au D Campe, le biographe de Diirer, et que, sans doute, elle fut trouvée à Nuremberg. L'ensemble n'est pas du reste sans quelque rapport avec les Madones de Diirer, qui, peut-être, connut cette production. Il en faut rapporter le principe à Roger van der Weyden et y voii-. à notre avis, une œuvre du pinceau de Gérard David. A lui le catalogue attribue précisément l'exemplaire du baron (Ipi)eniieim, de coloration plus faible et où manque le fond de riche tissu noir à ramages d'or sur lequel se détache la ligure dans le tableau, d'apparence plus archaïque, de lord Crawford. Les mains de la Vierge sont, dans celui-ci, particu- lièrement belles.

Le Povirail de jeune hoinine en robe rouge (n" 27), à M. Cardon, ne porte pas avec une entière évidence les caractères de Roger, ce qui ne l'empêche d'être une fort belle peinture. Le comte de Wilczeck, de Vienne, exposait comme u'uvre d'un maître inconnu (n° IIG), une ancienne et très remarquable copie du Saint Luc de van der Weyden appartenant à la Pinacothèque de Munich. 11 nous paraît superflu de mentionner d'aulres morceaux de même nature, dont les originaux ligurent dans les galeries publiques.

Le contingent du maître dit « de Flémalle » olfrait, pour sa part, diverses copies également, mais dont les prototypes n'ont pas jus- qu'à ce jour été signalés. La Vierge dans une chambre appartenant à MM. de Somzée in" 23) est sans doute l'unique production origi- nale du peintre envoyée à Bruges. C'est un morceau déjà célèbre, fréciuemment exposé, remarquable surtout par le détail, mais non la production principale de l'auteur. Un point d'intérêt considérable est à noter relativement à cette peinture très caractéristique : l'im-


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possibilité de la eonfonilro avec les créations de van der Weyden, malgré les rapports d'ailleurs incontestables, et déjà relevés, entre les deux maîtres.

Le très intéressant triptyque de la Descente de croix du musée lie Liverpool (n" 221, figurait sous le nom de van der Weyden dans le catalogue de cette importante galerie rédigé par M. Conway. Le morceau, sans être un original, garde néanmoins une très haute signilieation. 11 ne s'agit de rien moins, en etl'et, que d'une copie réduite du retalde de l'abbaye de Flémalle, dont les fragments, attribués jadis à van der \Yeyden, appartiennent actuellement au musée de Francfort. C'est ainsi, par exemple, que nous avons sous les yeux l'intégralité des volets dont cette galerie ne délient que des morceaux. Deux personnages, vus seulement en buste, sur le volet de gauche, au musée Sta^del, sont en figures entières sur la réduction. Au bas du même panneau se voient, à peine déchiffrables, les armoi- ries de Bruges. M. Weale en conclut que le petit retable provient de l'hospice Sainl-Julien de ladite ville.

Chose à ne point passer sous silence, naguère (b'jà signalée par M. \\. von Tschudi : dans im tableau de la cathédrale de Bruges exposé sous le n" 122 et reprc'sentant Le Portement de croix, Le Crucifiement et Lu Di'jtosition de croix, l'on voit se répéter, avec les larrons, divei's groupes eni)iruntés au maître de Flémalle. Il est permis d'en déduire que jusqu'au xvi siècle cette page et son auteur n'étaient pas oubliés en pays flamands.

Nous en avons une nouvelle preuve avec le tableau n" 150, Iji Messe de saint Grégoire, exposé par M. E. Weber, de Hambourg, nù l'on peut lire sur une fablette pendue à la droite de l'autel les mots : Dees lafel icas gliemaecld int jaer 0ns Heeren mv xiv (Ce tableau fut créé en l'an du Seigneur 1314). Il s'agit ici encore d'une copie d'après Flémalle, également signalée par M. H. von Tschudi. Nous reproduisons ce très curieux morceau, destiné, dirait-on, à servir à la gravure, tant y est précisé chaque détail. Impossible d'en méconnaître l'auteur. Le peintre y introduit, d'ailleurs, divers accessoires, aperçus déjà dans plusieurs de ses créations. De même, l'intérieur de l'église et la disposition de l'officiant font songer au diptyque an Mariage de la Vierge, à Madrid.

Signalons, comme curiosité, la série des tètes d'Apùtres dans des ronds, peintes en couleurs vives et insérées au pied du retable. Egalement le cierge, assez spécial, tenu par l'acolyle. Un remar- quera que ce cierge s'enroule sur une fige. Ses spires déroulées lui


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donneraient une prodigieuse longueur. Il y eut au moyen âge des cierges ainsi façonnés. L'Iiistoire parle de celui que les Tournai- siens vouèrent à la Vierge en 1340, après une victoire remportée



sur les Flamands : ce cierge avait la longueur du grand tour d(> la

procession, et, enroulé sur un treuil, dit-on, brûla longtemps dans

la chapelle des Flamands, à la cathédrale. Il y aurait peut-être ici

un détail venant corroborer l'hypothèse de l'origine tournaisienne

du peintre '.

1. De nouvelles recherclies ont mis sous nos yeux d'autres cierges sem- blables.


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Los rappoiis artistiques onlro Drupes ol Tournai ôlaionl assez suivis. Philippe TriifTin, le principal des maîtres tournaisiens de l'époque, lut appelé à Bruges en 1408, pour y travailler aux décora- lions des fêtes du mariage de Charles le Téméraire.

Plusieurs autres peintures de l'exposition de Bruges rappelaient le maître de Flémalle : Le Cluisl mort dans le sein du Père Éternel, copie ancienne identifiée par M. 11. von Tschudi, appartenant au musée de Louvain, et dont M. Lelirs a retrouvé le souvenir dans une i^ravure du maître de 146(i : Ij-s Apprêts de la toilette de iKn/anl JésKs, à sir Frederick Cook. lue composition semblahle existe au musée de l'Ermitage. Dans celle qui était exposée à Bruges, le peintre a introduit des anges, absents dans l'autre version. N'ayant pas vu celle-ci, nous ne pouvons nous prononcer sur sa valeur, mais il nous est permis de signaler de nouveau l'ingénieuse préoccu- lialion du peintre de rajeunir ses données : dans le tableau que nous avons sous les yeux, la Vierge, d'un mouvement plein de grâce, réchaulTe sa main au loyer avant de la porter sur les chairs déli- cates de son enfant.

C'est à Flémalle encore que se rallache un curieux ensemble de la Légende de saint Joseph [w° 3i-t), exposé par l'église de Hoog- straeten, dans la province d'Anvers. Dans une frise, longue de2mètres, haute à peine de 00 centimètres, on voit se succéder — parfois se confondre — les épisodes de la légende de l'époux de la Vierge antérieurs à la fuite en Egypte. La peinture en est rude, mais des plus expressives; le détail surtout y est d'rvtrème intérêt. Plusieurs des personnages appartiennenl à la si'rie des acteurs rencontrés dans les scènes du maître de Flémalle. Dans le petit groupe de deux ligures, où Josepli, agenouillé devant ]Marie, s'accuse de l'avoir soup- çonnée, l'époux delà Vierge porte à la ceinture les outils de son métier de charpentier; d'autres, trop volumineux, sont déposés à terre. Ces outils, nous les connaissons, pour les avoir vus aux mains de saint .loscph dans le volet du retable de McM'ode, ofi il fa(;onjie des souri- cières. Sans être nullement délicale, cette peinture constitue nu document des plus précieux |)our l'Iiistoire de l'art en Flandre au début du XV'" siècle.

Les salles de l'exposition tle Bruges ])rocuraient, on le voit, au visiteur nombre d'informations précieuses pour l'étude du maître encore indéterminé; il n'y a point exagération à le ranger aux côtés de van Fyck et de van der Weyden, parmi les représentants les plus a\ancis de l'ai't de leur ('po(|ue.


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l'iiis indiiréreiile lui moins l'onsoignôo que telle de notre lonips, la critique d'autrefois, sans nul [souci^ des caractères distinctifs et sans aucun respect non plus de leur valeur, rattachait béné- volement à l'œuvre des van Eyck et des Memling les productions les plus disparates. On reproche vnlonliers à notre temps l'excès



LA ME.-^i: \'E SAIM (iUK'.OllIE. COI'Ji: h AI'IIKS LE •' MUIIIK [■F ILIÏHI.IK ■

(Collection de M. E. Weber, Hambouri;.)

contraire, de créer ou de défaire comme à [daisir les attrilmlions. 11 y a là quelque injustice. On perd de vue nos moyens d'informa- tion précieux, moyens dont ne disposaient pas nos devanciers, en toute première ligne la facilité des voyages et la photographie, sans compter les sources authentiques vulgarisées à pleines mains, sans parler enlin d'expositions comme celle qui nous occupe, et dont l;i critique tirera certainement profit.


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Une lies premières constatations qu'y faisait le visiteur (Mait l'ab- sence presque totale de pages signées. Seul, Petrus Crislus apj)ose une signature au bas de. ses tableaux. Le fameux Sain/ Elcertainement ses successeurs devaient subir l'influence.

A l'exposition de Bruges, Gérard de Saint-Jean était représenté par un liml jirlil lalilcau, très remarqué dès le début, appartenant à M. l'ercy .Macijuoid, l'artiste anglais bien connu-. Le peintre y a représenté Saint Jean-Baptiste au désert. Un coup d'œil suffit pour le rattacher à ses pages, de si puissante expression, appartenant au musée de Vienne. Le type du saint anachorète est exactement le même que celui du personnage du premier plan de la scène repré- sentée par le j)eintre dans un des panneaux du musée autrichien. Ce visage est d'ailleurs bizarre et de facile récognition : long,

1. Gazette des Becnix-Arts, {" péi., t. XX, p. 542.

2. Ce précieux morceau est, depuis, devenu la propriété du musée de Berlin.



VOUZT DF; droite du triptyque "L'ADORAnON DES BERGERS


'Musée de Santa Maria Nuova. à Floi-e::co)


tte des Beaux-Arts


l'macié, des yeux très rapprochés, un front' presque caché par une chevelure noire se confondanl avec la barbe. Pour les deux figures,



Il E L \ \ I E i; r, E ,


\ T r lu 11 U E

.In Lyon.)


un même modèle a posé. Relevé par une tonalité harmonieuse (une draperie, d'un bien turquoise rarement rencontré dans les tableaux du temps, en fournit la note dominante), de facture à la fois très savante et très libre, un délicieux fond de paysage faisant songer à celui de la Pic/à de l'aiilrc panneau de Vienne, le petit ensemble


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niôrito dT'Iiv signait cumme dos plus iiitércssaiils pour réhule de son auti'iu-.

Un anh'c lahlcau. de plus grandes diniensious. s'il n'est pas do Gérard, osl ooilainonioiil lo travail d'uu artiste très inlUiencé par lui. Cette œuvro, oxiioséo par sir C.-A. Turnor, à Londres, a pour sujet L'Instihiliu)) de la dêrotiun au Rosaire i\\° 2.j(j), c'est-à-dire la remise du Rosaire à saint Dominique parla Vierge, la distribution et la vénération du Rosaire, la prédication de saint Dominique. Un déver- nissage poussé trop loin semble avoir altéré la couleur de ce tableau, d'aspect imprévu. L'extraordinaire liberté de la faclure. l'iieurouse disposition des groupes, la remarquable entente do la perspective aérienne, lui donnent un aspect presque moderne. La présence, dans cette composition, d'une reine de Franco suivie de sa cour a fait croire à une œuvre de l'école française ; le type confine de trop près à celui de Gérard de Saint-Jean pour no pas donner une présomption très forlo qw faveur do l'attribution à ce maître. 11 y a même à l'avanl-plan, à droite, un Cduilisan de la suite de la prin- cesse, dont la longue cbeveluro blonde, la toque posée sur l'oreille, lo justaucorps vert, le manteau rouge et les houseaux jaunes font partie de la garde-robe du peintre de Ilaarleni. Nous devons, faute do place, nous abstenir de consacrer un plus long examen à cette [leinlurede si puissant intérêt et de si haute valeur artistique.

A l'école de Ilaarlem se rattache aussi le Calvaire exposé par M. (ilitza, do Hambourg, une page extrêmement curieuse attribuée peut-être à tort à Gérard de Sainl-Joan, mais certainement conçue dans le style de ses œuvres.

Signalons, enfin, comme se rattachant à la même catégorie de productions énigmatiques, la petite Vierge debout, tenant l'Enfant .lésus, à l'entrée de l'abside d'une chapelle. Deux anges musiciens forment les volets de ce ti'iptytjuo, apparlonant à M. Mann, de Glas- gow n" 8'Ji. Cette peinture, présentée dans d'autres expositions déjà, y fui, comme à Rruges, l'objet d'intéressantes controverses. Désignée tour à tour comme espagnole, comme italienne, comme llamando, on la cataK)gue maintenant comme de Memling. Elle nous semble infiniment plus près de l'école de Ilaarlem. Le type des anges surtout la rappnjche des œuvres de Gérard de Saint-Jean. La Vierge est d'ailleurs très particulière et rappelle certaines estampes du XV siècle. La draperie, d'un blanc bleuâtre, à plis épais, constitue un remarquable morceau de peinture, et d'un caractère trop spécial pour suggérer aucun rapport avec Memling.


Tliioriy Bouts, l'oinu' tians le voisiiia;;e inmiéJial île Gérard de Saint-Jean, n'esl pas sans trahir l'intlueuce de communes origines. Déjà M. Camille Benoît, dans la Gazette des Beaux-Arts, a insisté sur



LE CliVCl FIE. M EN 1


1 N M A I l,E NI 11 \ I. m r

(CatUédrale do Lubeck.)


. -i r T Y l,a E DE M E M L I -N G


ce point. La Cène, magistrale peinture appartenant à l'église Saint- Pierre de Louvain, qui occupa son auteur du mois de mars 14Gi au mois de février tiG8; le Martyre de saint Érasme, à la même église; le Martyre de saint' Hippolyte, à la cathédrale de Bruges, formaient à l'exposition un ensemljle impressionnant et imprévu.


D('ssiii;ileur de grand style. l)ien qii"iin pou ant;iileux. coloriste admiralile et singulier en outre. Bouts compte parmi les plus hautes personnalilés artistiques du xv siècle. Si la Cène avait pu être rapprocliée de ses volets, aujourd'hui à Munich et à Berlin, l'efTel d'ensemhle eût été écrasant. Les types de Bouts sont très accusés, très personnels et, d'emhlée. remettent en mémoire ceux de Gérard de Saint-Jean. Les Apôtres de la Crnr en fournissent le plus pré- cieux exposé : figures graves, aux joues creuses, au nez droit, rarement aquilin, à la barhe plus longue que fournie, laissant à découvert une bouche aux lèvres fines et abaissées. A peine est-il besoin de faire ressortir combien ce type est voisin de celui du Christ de Quinlcn Massys. Impossible de ne point se sentir gagné jiar la conviction que vt)ici le maître du forgeron d'Anvers, par l'origine louvaniste de celui-ci. La chose est si vraie que, même à l'exposition, figurait sous le nom de Massys une Tête de C/irisf appar- tenant à ]MM. de Somzée, laquelle n'est, comme déjà le lit remar- quer Jl. Friedhender lors de l'exposition de la New Gallery, à Londies, en t900, qu'une œuvre d'un pseudo-Bouts, le maître dit « tle V Assomption de la Virr(i<' », sans duute Albert, le fils du peintre.

Le type féminin clioz Bouts est ri'gulier, mais impassible. Du reste, le peintre idéalise peu. Sous son pinceau, les martyres de saint Hippolyte et de saint Erasme se réduisent presque à de purs incidents. Les spectateurs, les acteurs eux-mêmes, s'en émeuvent peu. Dans le Martyre île saint Erasme, de la plus affreuse cruauté, puisqu'ony voit enrouler sur un treuil les entrailles du bienheureux, les tortionnaires s'acquittent de leur besogne en vulgaires tâche- rons. L'un d'eux seulement serre les dents sous l'effort, et nous retrouvons précisément cette contraction du visage, à Anvers, dans le chef-d'œuvre de Quinten ÎNIassys, où l'on voit saint Jean plongé dans la chaudière d'huile bouillante.

Bouts, avons-nous dit, est un remarquable paysagiste. C'est, en outre, un traducteur fidèle de la nature ambiante. Dans le fond d'un Crucifiement appartenant à ^L A. Thiem, de San Remo (n° 40i, se découvre un panorama de Bruxelles, avec la tour de l'hôtel de ville, la porte de liai et le beffroi (l'église Saint-Nicolas'.

La haute et inflexible conscience de Bouts lui permettait d'être à roccasion un portiaitiste de premier ordre. Dans la Cène, il s'est représenté dans un rôle secondaire; un portrait, le sien encore, appartenant à M. le liaron Oppenheim, le classe au premier rang des maîtres du genre. C'est de nouveau son image sans nul doute.



llins Mtmlin


LA MADONE ET U ENl'ANT ENTRE DEUX ANGES Musée des Offices. Florence. i


des Beaux-Arts


Imp Paul Mo^&


i9


que l'on retrouve sous les traits de saint Luc, dans un tableau mal- heureusement assez maltraité par une restauration, appartenant à lord Penrhyn m" 115). Le saint patron des peintres s'occupe de



LE ruUTEMEXT DE Cl; 1 X , LA MISE AU 1 U M If E A i: ET LA IIKSLHHECTII \ L E T S I X T É m E U It S DU r L Y r T Y O U E HE M E M L I X G

(CathéJrale do Lul.e^k.)


tracer sur le papier le portrait de la Vierge, assise devant lui sur un haut fauteuil à baldaquin, tenant l'Enfant Jésus. La Madone n'est point gracieuse; le petit Jésus est plutôt maussade. Saint Luc, sous les traits de Bouts, moins avancé en âge que dans la Cène, est, en revanche, une belle et noble figure. Le peintre, coiffé de son tradi- tionnel bonnet, de teinte violacée cette fois, porte une robe de


.so


nuance plus claire. Il s'a^jciKuiillo à même le pavement. Le mobilier (le la pièce, le paysage du i'und, vu par les arcades, l'atelier du |)eintre surtout, qu'on aperçoit par une porte entr'ouverte, pré- sentent un Krand intérêt. Saint Luc a momentanément délaissé le



s A I -M B L A I S E ET S A I .N 1 J .: A N - B A T 1 1 > T E VOLETS E X T É K I E U H S DE GAUCHE VV P . i L V r T ï Q U E DE M E M L 1 X G

(Cathélral; <lc I.u'ieck.'


chevalet où repose une image éi)auchée de la Malone. Elle se découpe en blanc sur le fond ro:ige. Les ustensiles du peintre, ses pinceaux, sa palette de inrme assez spéciale, sont des détails d in- formation précieuse. La gamme un peu criarde des colorations, le vert intense de la draperie recouvrant un siège au fond de l'appar- tement, doivent être portés au c jmple de la fàcbeuse remise à neuf



Gasetie âes Bca^x-Az-ti


SAINTS ET DONATEURS

Vol.li a. i-e-able Colltclion i„ M Rodolphe H.nn


de celle intéresscinle proilnclinn. nécessairement antérieure à la Cène, Bouts y apparaissant plus jeune.

Le Christ clwz Simon in" SO'l, à M. Tliieni, peut V'tre 'envisagé connue le prcitolype de diverses r(pétili(ins. Tue d'elles est au musée



s A I .N T J h 11 U M i; E T ^ A l .\ 1' I . I L L t >

VOLETS EXTÉBIELIIS DE D II I T E IIL" P O L Y P T Y ij L" E IJ E M E M L I N G

(CatliL'.lralL- .le Lubeck.)


des Hospices, à Bruges même; une seconde, en contre-partie, au musée de Bruxelles. L'attribution à Bouts se motive par de très hautes qualités picturales, un coloris splendide, l'exécution admi- rable des détails. Il y a là aussi un jeune moine blanc, prosterné en prière dans l'embrasure d'une porte, qui est un véritable chef- d'œuvre. Les types, cependant, ne concordent pas d'une manière


prL^cise avec ceux de Bouts; le (llirist surtniiL nous laisse perplexe.

Comme portrailiste t'neoic, le peinti'c donne de nouvelles preuves de sa supériorité dans les images d'Hippolyte Berllioz et d'Elisabeth de Keverwyk, donateurs du Mur/i/re de .^aiiil HljipDhjtc. figurés sur le volet île ce précieux lelahle.

Nous avons déjà dit un mot tlu fils de Tliierry, Ailiert. le peintre probable de Y Assomption de la Vierge, deux fois répétée au musée de Bruxelles. De lui procèdent de nombreuses productions exposées à Bruges : les beaux volets du Buisson ardent et de la Toison de Gédéon (n" il), à M. Crews, de Londres, répliijue de deux remarqua- bles peintures de la collection Rodolphe Kann, de Paris; deux autres vdii'ts repi'ésentant des ecclésiastiques avec leurs saints patrons, appiirt(>nant à M. R. von Kaufmann ( « Gérard David », n°^ 141-142) ; une tète du Christ couronné d'épines, au D"' .Marlius, de Kiel, etc.

Malgré l'importance et les origines multiples des œuvres qui y figuraient, l'exposition de Bruges fui, peut-on dire, la glorification de Memling et de Gérard David. A l'exception de la Vierge de liouen, c'était avec ses propres ressources qu'y pourvoyait la Belgique. La part de l'étranger, si importante qu'elle fût, ne constituait qu'un appoint. ^loins que David, Memling se révélait sous un jour nouveau. Seuls peut-être, ses portraits donnaient une note quelque peu impré- vue. Aussi avons-nous jugé devoir mettre les principaux sous les yeux du lecteur, baissent-elles été plus aljondantes encore, les œuvres exposées du noble et suave artiste ne pouvaient rien ajouter de nouveau à la caractéristique de son génie.

On pouvait regretter l'absence de la Bethsabée de Stuttgart, mais, sauf cette lacune, étant donné ce qu'on pouvait faire. .Meniling appa- raissait dans tout le rayonnement de sa gloire. Par malheur, rien n'est venu éclaircir le problème de ses débuts. Le merveilleux petit triptyque dit c< de sir .lohii Donne » exposé jiar Ir duc de Devonshire, et dont la date, d'après les supputations de M. .1. Weale. se fixe à 1468 environ, cette petitr Glorification de la Vierge, n'est jtas sensi- blement ditférente des créations similaires de date fort postérieure. Le peintre parait s'y être représenté sur l'un des volets. Il est sans barbe et fort dill'érent, comme physionomie, des portraits tradition- nels; mais il apparaît ici dans la force de l'âge. Kh bien 1 dans cette création (la plus reculée qu'on connaisse de son pinceau , nous trouvons, d'ores et déjà, les types, les attitudes, les relations de Ion qui nous sont familiers. La Vierge, l'Enfant Jésus, les anges, ne sont en rien dilTéreiits tle ceux aperçus à travers l'ensemble des



Memlino- pmx Gauje

UN DONATEUR PRESENTE PAR SAINT JEAN-BAPTISTE

( Musée du Louvre )


lelte des Beaux-Arts


lmp,A,Cléiiient,Fai-is


t


ï


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prodiKiions du maître, à part, peiit-ôtro, un pou plus de délicatesse dans le procédé. Le saint Jean est pri'S((iu:' identique à celui d'un des volets de Vienne. De même, l'un dos anges placés aux côtés de la Madone oITre. en souriant, une pomme à l'Enfant Jésus.



(.Kciiri: iiES sAiMi;s i];mm]:s

•rlUÉ lu l'A>iXEAL- CKXTllAL l) i; POLYPTYQIE [JE M E M H N t


(Catlii'drale Je Lubook.)


Cotte donnée, on lo sait, se répète vingt fois dans les peintures de Memling. De mémo, nous vnyons roparailro, avec les couleurs l'éelles, sur un tableau appartenant au prince do Liechtenstein, lo saint Antoine figuré on grisaille sur lo volet extérieur droit du petit triptyque de sir John Donne.

Au point de vue do la recliorclio des origines artistiques de Memling, il importe de signaler spécialement un tableau de maître

7


inconnu, invoqué par M. Weale comme ayant inllué sur Gérard David : le Mariage de sainte Catherine conservé aujourd'hui au musée do Bruxelles. Cette peinture appartint, à dater de 1489, à l'église Xotre-Danie de Bruj^es. Elle était autrefois classée, à Bru- xelles, parmi l'école allemande et, malgré tout, elle détonne quelque peu dans le milieu où elle se produit. Dans cet ensemble, à certains égards très remarquable, où la Vierge, comme dans le tableau de Gérard David, est environnée de saintes, il importe de



[iK POSITION HE ClKiIX l'Ai; 11 A N S MEMLlXl (Collection (lo M. R. von Kaul'maiin, Borlin.)


signaler l'identité presque absolue du groupe de Marie et de l'Enfant, avec le groupe correspondant du l'etable du duc de Devonshire. Les rencontres de ce genre ne sont point fortuites'. A rapprocher les deux créations, on hésite à envisager celle de l'inconnu comme inspirée par l'autre.

Qu'on ne nous en veuille pas d'omettre ici l'analyse des pages grandioses de Memling répandues dans les collections belges et où celles de Bruges occupent le premier rang. Celles venues de loin, que le hasard a un moment rapprochées, sollicitent les premières

1. La MaJeli'ine, comme le faisait observer M. huraiul-Gréville, est exac- tement la même figure que celle qui représente la même sainte dans la Mine au tombeau de Ror'er van der Weyden, de la galerie des Offices.


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notre allenlion, non pa^^ qu'elles soient supérieures, mais à cause de l'intérêt qu'elles éveillent. Tout le monde connaît le Mariagp de sainte Catherine de l'hôpital Saint-Jean; peu de personnes avaient eu, jusqu'ici, l'occasion de voir sa réduction appartenant à M. Léo-



l'UKTKAlT U lluMME, PAU 11 A X S M L M LI X I.

(Musc'e do la Haye.)


pold Goldschniidl, de Paris. Il est certain que les changements apportés par le peintre ont amélioré la composition. Le donateur y apparaît dans le champ même du lahleau; un paysage admirable remplace le fond d'architecture. Les anges, tous deux musiciens, sont plus gracieux aussi. C'est, en un mot, une œuvre nouvelle et puissante dans ses étroites dimensions.

Que Memling ait appartiMiu aux citoyens aisés de Bruges, on


s'en ctoiino jieu à mesurer sa fort une à l'éleiidue de sa clientèle. S'il lia\;iilla pour les églises, il travailla aussi pour les oratoires. La (juanlilé de ses petites Madones accompagnées d'anges ou de donateurs est surprenante. Toutes relèvent d'une même donnée. Leur dimension varie moins que leur qualité, laquelle fait croire parfois à l'intervention d'auxiliaires, M. Justi en a retrouvé jus- qu'au fond de la chapelle des Rois catholiques à la cathédrale de Grenade. Plusieurs figuraient à l'exposition de Bruges, prêtées par le prince de Liechtenstein, par M. Tliieni, par le duc d'Anhalt. par M""' Stephenson Clarkc. (li'llr drrnièrc nous parait duvoir. pr(cisément, être la répéliliim de la peinture indiquée par M. Justi. l'armi les }ilus précieux envois de l'étranger figurail \'Aiino)i-



I. A .M I J II T , LE P É 11 E É T E K N E L E .\ T O L 11 É D A .\ G ES, L' E N F E H , LA \ A M T 1; PAR II A N S M E M L I X

(Must-e de Strasliourg.)


dation appartenant au prince Rad/.iwili, de lierlin. (_)n assuri' que le cadre primitif de cet exceptionnel morceau portait, sur le chan- frein, la date 1 iS2, considérahie dans la vie du maître, antérieure d'une couple d'années à l'aclièNenienl du portrait ihi ii(iuii;nu'stre .Miireel, morceau capital, faisant partie du retable de saint Christophe, saint Maur et saint Gilles, que nous i-cqiroduisons.

Rompant avec la formule établie par les Italiens, Memling place la Vierge debout. Elle est vêtue d'une robe llottantc, de couleur blanche légèrement nuancée de bleu, et d'un manteau bleu. Elle s'est levée lespectiunisement à l'appariliun du messager céleste, vêtu d'une chape tissée de pourpre el d'ur. Au-dessus de sa tête plane le Saint- Esprit ; elle se sent défaillir. II<mix anges la soutiennent avec des témoignages de joie et de respect. Leurs robes aux nuances tendres, lilas et blanc irisé, s'harmonisent avec leurs ailes bleues et vertes. L'intérieur où se passe la scène, le lit aux courtines rouges, la crédence avec ses menus accessoires, tout l'ensemble de la di>po-



Hans Memling pm.x


GUILLAUME MOREEL, BOURGMESTRE DE BRUGES AVEC SES C[NQ_F1LS ET SON PATRON. GUILLAUME DE MALEVAL

yolcl g.jtichc Ju Iripirquc .le S,uilt-Chrislaplic (Miiscc lie Bruges,)


GAZETTE DES BEAUX-ARTS


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sition, l'elYel même, sont nouveaux pour nous. Si le coloris a moins d'éclat, en revanche il a plus de douceur et ajoute au charme de la scène, la plus gracieuse qu'ait trace'e le pinceau de Memling.

Comme Fromentin le dit. « Memling copie et il idéalise ». Ses personnages sont peints d'après nature. Les femmes, douces et gracieuses, puisent dans leur modestie un charme tout particulier.



l'UHTUMT IIE FEMME .\ C, E E . PAU H A .X S M E M L I X t

(Collection de .M. N..., à Paris.)


Leur chevelure, à peine ondulée, encadre un front élevé, d'une remarquable pureté. La paupière mi-close, sous l'arc régulier des sourcils, la bouche petite, le menton très court, forment, avec l'ovale régulier du visage, un ensemble agréable, mais de peu d'expression. Il est des œuvres où la Vierge semble moins jeune que dans d'autres. On peut en dire autant de l'Enfant Jésns, qui n'est plus le chétif nourrisson de van der Weyden, mais est empreint de la grâce mutine d'un enfant conscient de ses gestes. Nous en avons trouvé


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le type, avec un peu de surprise, dans le petit garçon plaeé derrière le personnage du portrait exposé par le collège évangélicjue de Iler- mannstadt. Dans le portrait de femme qui sert de pendant au précé- dent lignre le petitchien, un barbet, presque identiquement représenté aux pieds de la suivante dans la lirthsabre, la magnifique peinture de Stuttgart ; le même chien réapparaît dans un des petits panneaux expo- sés par le musée de Strasbourg, oeuvres dont il importe de dire un mot.

Quelle est la part de Memling dans cette suite intéressante de peintures? Aucune, disent certains critiques. Nous n'allons jias aussi loin. Tout d'abord il convient de noter la signification de cet ensemble. M. « Georges de Loo » (Georges Hullin), dans son très savant (iitalngue critique de l'exposition, la détermine à merveille. C'est un liiptyque, avec, au centre, le Ciel (Dieu le père), l'Enfer (Lucifer); sur les volets, à l'intérieui', la Mort opposée à la Vanité de la vie; à l'extérieur, les armoiries' du propriétaire et une tète de mort; au-dessous de celle-ci. nous iisuns celte phrase : Scio rniiii qiiod Redemptor meus vivit.

Nous n'insistons pas sur la ressemblance évidente de l'image du Père Eternel avec le panneau central du grand retable de Najera, au musée d'Anvers; à l'exposition, tout le monde la constatait. Nous pouvons passer sous silence les symboles. IMus intéressante est la ligure de la l'aiii/c, jeune femme dépouillée de tout voile, debout, dans un riant paysage où, sur le tapis de fleurs, trois chiens prennent leurs ébats. Cette figure nue a surpris, choqué même, quelques personnes. Memling en a fait d'autres, les a même mul- tipliées dans son JiKji'inciil iln-itin- de Dantzig. La figure à'Èn\ du musée de Vienne, nous fournit une autre étude de nu. Ce n'est donc point cette particularité qui peut faire repousser l'idée de son intervention. Considérées au point de vue de la valeur artistique, les peintures ont un mérite sérieux. Jadis à Strasbourg, on les attribuait à Simon ^hirmion. Nous n'avions jamais cessé de les considérer comme plus apparentées avec Memling. L'impression de- meure, sauf à croire au concours du pinceau de quelque auxiliaire.

Les scènes de la l'assion, dans l'œuvre de Memling, sont d'ex- pression beaucoup plus ennlenue que chez van der Weyden, son

I. Ces arinoiiies soiU : d'uiycnl, au (jvifl'on de ijucidef, iii-iiic et becqui- d'or, au chef d'azur, a troi^ fleurs de hjg d'or. Devise : Nul iicii suiisprine. Plusieurs familles françaises oui adopté cette devise : de la Noue Ilaront. de Haull; également Montemerli, famille italienne, sans doute. Elles a|ipartieiinent en réalité à la famille lîorelli.


maître. Dans la Pietà que nous reproduisons, appartenant au prince Doria, le plus émouvant des sujets de ce genre issus de son pinceau, l'arlisto introduit un donateur, très proche du personnage repré-



P 11 T H A I T DE F E .M M E I X G X N U E , A T 1" lU 1! U E A M E M L 1 N G

(Collection do S. A. S. lo duc d'Anlialt, 'Woorlitz.)

sente dans le portrait de Hcrmannsladt. La nature tendre et recueillie de Memling répugne à la déformation des traits sous l'empire de la douleur. C'est d'ailleurs une scène profondément touchante que le baiser déposé par Marie sur le front meurtri du Sauveur. Madeleine, on le remarquera, s'essuie les yeux d'un bout de son voile. Le geste ne manque pas de grâce.


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Comme portraitiste, Momling trouva ses principaux modèles dans l'opulente bourgeoisie brugeoise. Si l'on en juge par l'attitude de ses personnages, fréquemment représentés en prière, ses por- traits ont dû souvent faire partie d'ensembles religieux. On ne peut douter que tel fut le cas du Jeune (jenlil homme un des plus délicieux portraits de l'exposition, appartenant aujourd'hui à M. G. Salting, de Londres, comparable pour le charme de la phvsio-



SSE DE SAl.N'TE l' 11 ÏS l" L E , TAU 11 A >' S M E M 1, 1 N (

[Muscle de Bruges.)


nomie et la grâce juvénile à ce portrait de lord Philippe Wiuulon qui fut le succès de l'exposition van Dyck, à Anvers.

C'est encore le cas du beau portrait d'homme, que reproduit notre gravure, appartenant au musée de la Haye. Probablement lils de quelque étranger fixé à Bruges, fervent du fameux tir de saint Sébastien, un autre personnage, dont le splendide portrait appartient au baron Oppenheim, se présente avec plus de crànerie. Sa physionomie déterminée, sa lèvre altière, font croire à quelque gentilhomme de haut rang.

Une partie de l'intérêt de ces effigies se perd, malheureusement,



Haiis Memlini; pinx


(Colltiliait ,ii, pHuce Du;;,,, fin.


GAZETTE DES BEAUX-ARTS


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par suite de I'ij;noram'e oii nous sommes do l'idenlilé des person- nages représentes. Il est à craindre que cette lacune ne soit jamais comblée. Œuvre d'une nature privée, le portrait est condamné à ce sort inévitable et conlradictoii-e de perdre sa destination



LE JLOEMEXT DE CAMBVSE, PAR E 11 A 11 I. DAVID iMusf'e de Bruges. 1

essentielle, la pérennité du souvenir de celui qu'il représente. Avonons, au surplus, qu'il y a bien du cliarme aussi dans les spéculations auxquelles donne naissance l'étude de ces pliysio- nomies si caractéristiques de leur temps. A quel milieu social appar- tenait la femme âgée dont le peintre nous a laissé le merveilleux portrait, appartenant à M. X..., de Taris? On sait que le pendant de ce morceau de nature « naturante », provenant, comme lui. de la


coUeclion Meazza, à Milan, fait pailio du muscle de Berlin; c'est le portrait présumé du mari de la dame, quelque vieux serviteur de la maison de Bourgogne sans doute. L'œuvre de Memling ne contient point de pages plus attachantes que ces effigies de si frappante vérité, les plus belles de l'école flamande depuis van Eyck, couple dont les hasards du temps ont dissous l'union, rêvée sans doute éternelle !

Pas de Memling, mais digne de lui, cet autre portrait de femme, de physionomie si étrange (n" 108), provenant de la Maison gothique



TKOIS 11 ES PAKNEAIX DE LA CUÂSSE 11 E SAINTE UnSULE, P A I\ II A N S M K M I. I N ci

(Musée de Bruges.)

de Woerlitz. Cette fois encore, il s'agit de quelque temme de haut parage ; la coupe et la richesse du costume le prouvent. D'ordre supérieur, la facture indique un maître de date quelque peu anté- rieure à Memling, maître anonyme dont, croyons-nous, un autre portrait féminin est entré à la National Gallery, de Londres, par le legs Lyne Stephens. Nous ne nous iiasardons à proposer aucun nom. Il s'agit sûrement d'un Flamand.

La Châsse de sainte Ursule, (|ue hi légende avait placée au début de fa carrière de Memling, en fut le couronnement. Combien plus poétique la réalité et plus touchante la pensée de cet ensemble de haute perfection, marquant la fin d'une existence écoulée tout entière dans l'oubli des heures et sanctifiée par la conscience de la joie que procurait aux autres la joie qu'avait éprouvée lui-même cet ouvrier sans reproche dans l'accomplissement de sa tâche!



Ourinin l.lrfll


r.,v/.ctte des l'iCAUx Ai-is


LA M A D E L I- 1 N L

' Musée d Anvers


Imp A, Porcabeuf, Paris


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Le périlleux honneur de recueillir la succession d'un tel peintre échut à Gérard David. Arrivé de Hollande artiste accompli, comme



LE BAl'TI-ME DU CHRIST, P A X X E A U CEXTUAL D f TlilPTYyUE b E G É 11 A 11 D DAVIK

(Musée de Bruges.)


Memling était venu d'Allemagne, David fut, du vivant même de son confrère, en 1488 chargé de travaux par la municipalité de Bruges. De là l'origine de ses deux grandes pages de la Justice de Camhyse et du Supplice de Sisamnès, datées de 1489, appartenant au musée de Bruges. A l'exposition, elles encadraient sa Vierge environnée de


sainles. ihi musée de Rouen, commiinaiilé des relia-ieiises de



> V I \ r I II ANi;nIS 11 ASSISE

lu: I : K V A N T LES s I I f. M \ T E S AT ni HUÉ A OKRAIIIi IlAVII»

(Collection ilc M. R. von Kautniann. Berlin.)

semble que dans la figure de tement le peintre ail voulu bleu. Bien avant Gainsborough insurmontaljle par Reynolds.


oflerte par le peinti'e hii-mènie à la Sion, en l'iOU. L'ère des « Primitifs » est close. Gérard, contemporain de Lucas de Leyde et d'Albert Diirer, (jue, sans nul doute, il vit venir à liriiges, meurt plus tard que Ra- pliaël. On ne peut nier cependant (|ue ses œuvres ne le rattachent pi 11 lût à Mcmling. A l'exposition lii;iirail de lui. sous le nom de Mabuse, une Adoration dea Mages, a[ipartenant au musée de Bruxelles, priiilurc (|ui, très longtemps, fut désignée el cataloguée coninu' de Jan van Kyck. Et, d'autre part, l'admirable Sainte Famille appar- tenant à ^L ^larlin Le Roy, de i'aris, était désignée à Bruges sous le niim de Quinten Massys.

Sous le nom de Memling, un petit triptyque de la Messe de saint Grégoire \\\" 87 ). par Gérard David, répète, en petit, ses ligures de saint ^lichel et de saint Jérôme du musée de Vienne, tandis que la ravissante Vierge à la bouillie, du musée de Strasbourg (n° 209), figura sous le nom de Memling, à l'exposition des Alsaciens-Lor- rains. En somme, David n'est nul- lement un peintre immobile, et voici, pour le prouver, une Annon- ciation, composée des volets d'un ancien triptyqiu' du musée de Siegmaringen (n" 128). La gamme des tonalités y est remarquable. Il la Vierge et dans le fond de l'appar- harmouiser les diverses nuances du , il a triomphé d'une difficuHé réputée Le manteau de l'ange nous niontre



tlinMitiii Ma^sv■. pm\


LE CRUCIFIEMENT


(CoiUdioii du pnilic de Liuhlauteiii. Viemic.)


GAZETTE DES BEAUX-ARTS


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aussi, dans sa doublure, des couleurs diaprées, peu habituelles chez notre artiste.

C'est sans doute une œuvre de jeunesse de David que le petit Saint François recevant les stigmates, pendant d'un Saint Jean-Bap- tiste, tous deux à M. R. von Kaulmann. L'extase du saint se traduit d'une manière et avec un sentiment rares à rencontrer, si ce n'est au xv" siècle.

Placée dans le proche voisinage de l'admirable triptyque du Baptême du C/^m/, un des trésors du musée de l'Académie (reproduit



IU:iMuN I1AX5 LK l'AIiC HL' C 11 A T E .V C DE li r M li E K E , TAlt LX MAITHE FLAMAND DU XV' SIÈCLE

(Collection de M. le comte Thierry de Limburg-Stirum, Bruxelles.)

encore comme de ÎMemling dans les Chefs-d'œuvre des grands maîtres de Kellerhoven), la Transfiguration de l'église Notre-Dame nous parait bien décidément devoir être attribuée à David, comme ausi la Conversion de saint Paul (n» 332'), à M. A. Voriieagen. Exposée comme de Jacques Cornelisz, elle a sûrement des titres moins sérieux à cette attribution que le n" 281, un triptyque repré- sentant La Vierge avec l'Enfant Jésus et des donateurs, cataloguée comme de (( Jacques d'Amsterdam », c'est-à-dire du même maître. Nous allons étonner, sans doute, plus d'un en soulevant la question de savoir si Gérard David n'est pour rien dans l'exécu- tion du ravissant tableau (n" 273) appartenant au comte de Lim-



Il t-,KUiJiAut,

Dessin dp M Franck d* après le Volet ôauche de L'Ensevelissement du Christ n

L, . 'Musée d'Anvers f , , „,. ,, ,


burg-Slirum : U)H' Fêle de famille en plein air au château de Rum- beke. Le château, situé non loin de Roulers, existe toujours. Seul, le couronnement de la tourelle a disparu. Nous sommes donc en pleine Flandre. David, personne ne l'ignore, est un paysagiste de premier ordre. Le fini de ses lointains confine au prodige. Il eut sûrement un œil conformé comme celui de Meissonier, capable de voir et de rendre avec précision les moindres détails d'un arrière-plan. Or,



m;i,.m: hk chasse, I'Aii juaciiim I'Atenikis iCollcctioii de M"' Wcscndonck, Berlin.)


celui de cette Fête au château, où défile une cavalcade, où passe un troupeau de moutons, sans parler d'autres menus détails, est la chose la plus exquise qu'on puisse considérer. Les personnages sont des portraits assez mal conservés; mais, chose essentielle, l'ensemble de la coloration est conçu dans la gamme harmonieuse de David. M. Weale assure, nous le savons, que David n'est point lui- même l'auteur des paysages que l'on trouve dans son œuvre et que ceux-ci auraient été exécutés par Joachim Patenier. La Ihèse est évidenmient trop absolue. Patenier a pu prêter son concours à Gérard, comme il le prêta à d'autrinx


( Panneau de triptyque àlfiscurial )


Gazette des Beaux-Arts


ImpCh.Witlma


- 80


Mons, on lliiinaut. il travailla à Anvers. Son grand JiKjemcnl rfeniirr, rt'produit par noire gravure, est au musée de Bruges. Il fut peint pour la municipalité on ialli. L'inllueiice do van Orley s'y fait sentir, ainsi que colle de Jérùmo Bosch. Deux autres inlerprétations de la môme donnéo apparlionnout à M. Welier, do Hambourg, et au comte



l'UHIllAIT I) ISABELLE II AUTRICHE, l'Ait JEA.N (.IJ.SSAIII, DIT M A 11 l S E (Collection de M. CLir.loii, liruxcllcs.)

Ruiïo de Bunuoval, à Briixolles. Elles somldonl plus anciennes'. Uo Jérôme Bosch, ou supposés tels, nous trouvions à Bruges, outre le curieux tableau Lr Christ présenté au jicuplr, appartenant «à M, L. Maeterlinck, de Gand, que son possesseur a décrit dans la Gazette fies Beaux-Arts- et que nous reproduisons page 78, — un beau Juge-

1. M. Georges Hulin a récemment consacré à Jean Prévost l'rovost; une très intéressante étude, dans la revue belge Kunsl en Leven (L'Art et la Vie].

2. Gazette des Beaux-Arts, 3' pér., t. XXIII. p. 68.


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ment dernier, apparlonanl à M. Pacully, de Paris, — un Portement de croix, à la Société des Amis du musée de Gand, et diverses « dia- bleries », titre sous lequel nous rencontrons une ancienne et bonne



LA \ i li J\ t


LA F U N' T A I N E ^ l' A li JE A X 11 L L L E r. A .M 11 i:

(Musée de Glasgow.)


copie du Jardin des dé/ires de l'Escurial, appartenant à M. Cardon, de Bruxelles. M. Dollmayr, dans sa très reniar(|uablc et importante étude sur Bosch, assignait à Jan Mandyn une bonne partie des œuvres de ce maître existant en Espagne, y compris les grands panneaux de l'Escurial. De Mandyn aussi nous parait être le Sai)it C/iris/op/ie (n" 2'iï] ap})artenanl à M. Novak, de Prague. La question Bosch est


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d'ailleurs forl complexe. Il était avéré dès le xvr siècle que nomlire de pages signées de son nom ne pouvaient être son œuvre.

11 y eut au xvi siècle un copiste fameux, Marcel ColTermans ou KolTermaus, dont M. Schloss, de Paris, expose une Sainle FcDnilIr signée, laquelle n'est qu'une copie de l'estampe du maître B. M. (B., n" 1). Le même Gotrermans ' serait l'auteur responsable des deux « Lucas de Leyde « (^n°" 391 et 392^, où se répètent des gravures du célèbre artiste et d'autres œuvres similaires existant dans beaucoup de galeries. De lui encore émane, sans doute, la jolie suite de la Passion d'après les gravures de Goltzius, appai'tenant à M. L. Car- don, de Bruxelles (n" 392). L'on se demande s'il n'est point en outre l'auteur du petit triptyque (n" 87) déjà mentionné, la ,1/rv.sp de saint Gn-r/airf. Le susdit ColTermans, dont nous avons signalé jadis aux lecteurs de la Gazette des Beaux-Arts une grande figure de la Made- leine rencontrée en Espagne, est par lui-même un maître pi'u intéressant, apparenté à F"rans Floris. Un mot, en passant, d'un remarquable profil d'bomme exposé par M. Cardon, de Bruxelles. Cette œuvre, attribuée à Lucas de Leyde, est sûrement italienne, lombarde, et, selon plusieurs critiques, de Bernardino Conti.

Sachons gré aux organisateurs de l'exposition d'y avoir ménagé une place aux maîtres du xvi siècle. Nous avons dû à cette circon- stance bon nombre de pages d'un intérêt sérieux et parfois de liante valeur, comme, par exemple, la très remarquable représentation de Lancelot Blondeel, maître trop peu étudié jusqu'ici, et de Pierre Pourbus, son gendre, un portraitiste admirable.

Mabuse, Quinten Massys et van Urley, à côté de (|uelques œuvres non douteuses, servaient aussi de prête-noms à des attribu- tions fantaisistes. Nous tenons pour très authentique le Vieillard amoureux (n" 359) de Massys appartenant à la comtesse de Pourtalès, aussi bien que les Têtes de rieillards (n" 382) au prince Doria. Le Cadran d'horloge , easeigno supposée de la bouli([ue de Josse, le frère de Quinten Massys, à M. van Even, l'historien de l'école louvanisie, est d'un très sérieux intérêt. Nous avons dit ailleurs que le Profil de vieillard, signé Quiiitiiua Metsiis pingebal anno 1513, appartenant aujourd'hui à M""' André, a pour point de départ le portrait de Cosme de Médicis, des Offices. Le Christ bénissant, au baron de Schickler, nous a paru une œuvre belle et ancienne, répétant la fameuse tète du musée d'Anvers.

I. C'est à M. Adolplie Coldsclimidt qu'est du» la mise imi évidence de Coflei- mans comme faussaire.



LE BOUFFON

Musée Impérial de Vienne


ces ûeaux-Ans


Le somptueux purliait d'Jsaùellr d'Aidrithc, par ^labuso, appar- tenant à M. Gardon, est tout ensemlile un morceau de haute valeur artistique et do vif intérêt pour l'histoire. C'est une excellente chose également que le portrait de Philippe de Bourgogne — tout au moins le personnage est présumé tel, — à M. Mac(|uoid, de Londres.

Nullement de JMabuse, mais de Jean BoUegambe, est la Vierge du musée de Glasgow, reproduite par notre gravure. Le coloris, le



LE PAYS UE eue Ali Mi, l' A U I' I K l> U E [lUELiillEL LE ViELX

(Collection do M. R. von Kaufmana, Berlin.)

type de l'Enfant Jésus et de la Madone, enlin.le fond d'architecture, sont caractéristiques du maître.

A Dirck Velaert peut être attribué le charmant petit triptyque n" 191, L'Adoration des Mages, La Pentecôte et La Vierge dans une gloire, exposé par sir F. Gook sous le nom de Mabuse. On sait que Velaert a été récemment identifié par M. Gliick avec le fameux D* V.

Trois peintures authentiques de Pierre Breughel, dont deux jusqu'à ce jour inédites, forment le contingent très important de ce grand peintre. V Adoration des Mages appartenant à ^L Roth, de Vienne, est un morceau de haute saveur, remarquable par la gamme claire des colorations et l'expression des types, confinant à la caricature. Cette œuvre précieuse est datée de 136.3. Le souvenir de Jérôme Bosch y est très apparent; mais, certainement, Breughel


reste inférieur à la grandiose interprétation de son devancier.

Le Pays de cocaijnc, en revanclie, à M. von Kaul'niann, est de conception et d'exécution également délicieuses. On ne se lasse point d"en admirer le détail : le ravissant paysage où poussent des arlu'es en gâteaux, oîi h' cochon tout rôti court déjà entamé, où les haies sont en saucisses, où un lleuve de lait serpente entre des montagnes de sucre, où l'œuf môme, prêt à être gohé, marche vers la houche du désœuvré. Et, dans ce pays de délices, sont étendus, à l'omhre d'une tahle servie, les représentants des diverses classes sociales : l'étudiant, le lahoureur, le guerrier. La gamme des tons est aussi claire, aussi joyeuse C[ue la ilonnée elle-même. Le rose temire du costume du jeune clerc, les chausses rouges du soldat, le vêle- ment gris du laboureur, tout cela forme une harmonie ex{[uise. Disons que ce charmant tableau est daté de 1507. Le Ui-nombrcmeid " Bethléem, au musée de Bruxelles, est de ITiOli. (^es diverses pein- tures sont donc de la dernière période de la carrière de leur auteur, illustrée par le petit tableau des Giieii.r du Louvre et coui'onnée par la Paraholc i/rs /irri/i//es (lu inusiV' de .Naples.

La Jddil/i. (|ue leproduil mitre gravure d'après l'nriginal de Jan Massys appartenant à M. Uannat, est un morceau de gi'and style, non seulement un des plus beaux de son auteur, mais un des plus remarquables d'une période de l'arl llamaud jugée par quelques critiques avec une sévérité presque excessive. Li- tableau est signé sur la lame du glaive tenu par l'héroïne biblique.

Nous nous sommes demandé, en considérant cette peinture, si, en dernière analyse, Jan Massys ne serait pas l'auteur de la fameuse Betlisabrc d(^ Stuttgart, comme déjà nous en avions le soupçon.

En déposant la plume, mitre tâche serait imparfaitement rem- plie sans l'expression d'une gratitude très vive envers les promo- teurs et les organisateurs d'une manifestation d'art destinée, non pas seulement à laisser d'inell'açables souvenirs à ceux (jui dut eu le bonheur de la Vdir, uuiis destinée aussi, nous en avons l'espé- rance, à devenir le point de départ de nouvelles et fructueuses études sur l'histoire de la peinture au xv" et au xvi" siècle.

A ce titre même, nous avons à exprimer le regret de n'avoir consacré qu'un espace relativement restreint à l'analyse de ses tré- sors. Beaucoup d'ceuvres aussi, arrivées tardivement, n'ont pas [)u être étudiées à la place qui logiquement leur appartenait. C'est notamment le cas des précieux panneaux appartenant à M. Théo-



c -


phile Belin, Ui Lnjciidc ilc ■^ai/it Georges, dont il nous eût élé ayrôaljle de pouvoir donncM- l'analyse et la reproduction. Il on est de même des panneaux de M. E. Delignières, d'Abheville, lesquels, comme les



.1 L nrni , \'.\ [; ,i \ N m assvs (C.li'Clinn do M. D:.iHiat, Paris.'

précédents, nous ont paru français. Parmi les historiens darl qui les ont vus à Bruges, il s'en trouvera, nous nous plaisons à le croire, de plus renseignés qu(> nous sur r(U'igine de ces intéres- santes créations '.

1. Déjà M. Georges Hulin, dans le dernier fascicule do sou catalogue crilique, leur consacre quelques pages inléressaules.

11


TABLE DES GRAVURES'


Anto.nello de Mess;IiNe. — Portrait de condottiere. (Musée du Louvre.) (ini-

vure de (jaillard, tiri}e hors texte 20

Antonello de Messine (Attrilmé ài. — Le Clirist pleuré par la Vierge et les

Saintes Femmes (u° 32). (Collection d'Albenas, Montpellier.) 21

Bellegambe (Jean). — Le Jugement dernier (partie centrale d'un tripty(iue).

(Musée de Berlin.) HéHogravure tirée hors texte 70

— La Vierge à la fontaine (n° lo4). (Musée de Glasgow.) Hl

Bosch (Jérôme). — « Ecce Homo » (n" 28.">|. (Collection de M. L. Maeterlinck,

Gand.) 76

— Le Martyre de sainte Ursule. (Musée impérial de Vienne.) 77

— Le Jugement dernier (n» 288). (Coll. de M. PacuUy, Paris.) IS-

— « Ecce Homo », (volet de triptyque). (Escurial) (iravure de Jasinski, tirée

hors texte 78

Breughel le Vieux (Pierre). — Margot l'enragée. (Coll. de M'"° Mayer van der

Bergh, Anvers.) 7'J

— Visite à la ferme, giisaille (Musée d'Anvers). Héliogravure tirée hors texte. 8t>

— Le Bouffon. (Musée impérial de Vienne.) Gravure de M. L. Mlller, tirée

hors texte 82

— Le Pays de cocagne (n" ;io7). (Coll. dr .M. H. vini Kaufmann, Berlin.). . . 83

— Les Mendiants. (Musée du Louvre.) (irarure de M. L. Mi'ller, tirée hors texte. 84 Broederlam (Melchior). — L'Annonciation et la Visitation. (Musée de Dijon.). 8

— La l'ri'sentation au Temple et la Fuite en Egypte. (Musée de Dijon). . . '.i David (Gérard). — Le Jugement de Cambyse (n" 121). (Musée de Bruges.). . 01

— Le Baptême du Christ, partie centrale d'un Iriptyque (n" 123). (Musée de

Bruges.) 03

— La Vierge avec des saintes (n" 124). (Musée de Rouen.) G.l

David (Attribué à Gérard). — Saint François d'Assise recevant les stigmates

(n° 134 6i's). (Coll. de M. R. von Kaufmann, Berlin.) 04

Van Eyck (Hubert et Jan). — Le Concert des anges (volets supérieurs du retable de l'Agneau mystique). (Musée de Berlin.) Gravure de (iAH.iEAN. tirée hurs texte 12

— Adam et Eve (volets latéraux [du retable de l'.Vgneau mystique) 'n" 9).

(Musée de Bruxelles.) 13

Van Eyck (.Vttribué à Hubert). — Les Saintes Femmes au tombeau du Christ

(n» 7). (Coll. de sir Fred. Cook, Richmond.) Photogravure tirée hors texte. 14 Van Eyck (Jan). — L'Homme à l'œillet. (Musée de Berlin. 1 Gravure de Gail- lard, tirée hors texte 1'^

1. Les numéros entre p.irentlièses sont ceux du lataloguc officiel de l'exposition.


Van Evc.k (Jan). — Le cli:iiioine (ieorijes van cler Pacle, fragment de la

n Vierge du chanoine Paele » in" 10). (Musée de Bruges. i Ki

— Porirait d'un inconnu (u" lo). (Collège évangélii|ne' de Hermannstadt.)

l'Itctoi/rtinire tirée hors texte 10

— Portrait de la femme du peintre (n" 12). (Musée de Bruges.) 17

— Jean, seigneur de Roubaix. (Musée de Berlin.) Hclioijravure tirée hors texte. 18

— La Madone au chartreux. (Coll. du baron G. de Uothscbild, Paris.) . . . ly Van iiEn Goes (Huc;o;. — La femme de Toniraaso Portinari et sa petite lille,

présentées par sainte Madeleine et sainte Marguerite (volet droit du

triptyque de r.Vdoration des bergers). (Musée des Oftices, Florence.)

Gravure de M. J. PAYnAU, tirée hors texte 4i

- liencontre de David et Abigaïl. (Musée des Arts di'coialifs, Biuxelles)

Héliograrure tirée hors texte 46

Van der Goes (Attribué à Hugo). — La Généalogie de la Vierge. (Musée de Lyon.) 45 Maiu'se (Jean Go:^saht dit). — Portrait d'Isabelle d'Autriclie in" 221). (Coll. de

M. Cardon, Bruxelles.) 80

Ma~svs (Jan). — Judith (n° 241). (Coll. de M. Daniiat, Paris.) 8o

Massys (Quinten). — La Vierge en prière. (Musée d'Anvers.) Gravure de Gau-

jean, tirée hors texte Frontispice

— La Madeleine. (Musée d'Anvers.) Gravure de Gaimkan, tirée hors texte. . . 1)2

— Le Oucitiement (n" 19Si. (Coll. de S. A. .S. le prince de Liechtenstein,

Vienne.) Vholoijravure tirée hors texte 04

— llérodiade, volet gauche du triptyque de l'Ensevelissement du Christ.

(Musée d'Anvers.) Hélioijravure Urée hors texte 66

— Portrait d'homme. (Musée de Francfort. ) Graiurc (/e Jasinski. tirée hors

texte 68

— La Madeleine. (Musée de Berlin.) Gravvre de Gau.iean, tirée hors texte . . 7i Memlinc. (Hans). — Le Cruciliemeut (panneau central du polyptyque de la

cathédrale de Lubeck) 47

— Le Portement de croix, la Mise au tombeau et la Uésurreclion (volets

intérieurs du polyptyque de la cathédrale de LubecU) 40

— Saint Biaise et saint Jean-Baptiste (volets exléiieurs de gauclie du

liolyplyque de la cathédrale de Lubeck). liO

— Saint Jérôme et saint Gilles (volets extérieuis de dmite du polyptyque de

la cathédrale de Lubeck) lit

— Groupe des Saintes Femmes (tiré du panneau central du polyptyque de la

cathédrale de Lubeck) ."i3

— La Madone et l'Enfant entre deux anges. (Musée des (Jftices, Florence.)

Hélio(jravurc tirée hors texte 48

— Saints et donateurs volets de retahlei. (Coll. de M. llddoljilie Kann.

nélioijravure tirée hors texte 50

— L'n donateur présenté par saint Jean-Ba|iliste. (Musée du Louvre.) Gra-

vure de Gau.iean, tirée hors texte 52

- Déposition de croix. (Coll. de M. B. von Kaulinarin, Berlin.; ■'>4

— Portrait d'homme (n" 73). (Musée de La Haye.) 5.")

— La Mort, le Père Eternel entouré d'anges, l'Enfer, la Vanité (n" 176).

(Musée de Strasbourg.) 56

— Guillaume Moreel, lïourgmestre de Bruges, avec ses cinq tils et sou jiatron

tiuillaume de Maleval (volet gauche du triptyque de saint Christophe) (n" 06). (Musée de Bruges.) Photogravure tirée hors texte 56

— Portrait de femme âgée (n° 71). (Coll. de M. .\..., à Paris.) 57

— La Chasse de sainte Ursule (ensemble) (u" 68). {Mus('t de Bruges.). ... 60


— ,S9 —

Mi:yLiiNti (HaiNs). — Trois des pannonux de la cliàsse de sainio Ursule iMiisée

de Bruges.) 02

— Pietà(a° 91). (Coll. du priucc Doria, Homo.) PItotogrururc tirée hors te.rle . 00 Memling (Attribué à Ha.ns). — Portrait de femme iucounuc lU" 108). (Coll. de

S. \. S. le duc d'Anhalt, Woerlilz.) :i!i

.Memling (École de). — Diptyque de l'abbé des Dunes (ii" 1 18) Musée d'Anvers) :

La Madone avec l'Enfant dans une église 40

Clirétieu de Hond(, aldié des Dunes, en prière 41

MosTAERT (Jeax). — Le Chevalier au chapelet, i Musée de Bruxelles.) Hrlio-

ijracure tirée hurs te-vte - T(t

Mostaert (Attribué à .Jean). — Portrait de Juste van Bronckborst m" 223!.

(Coll. de -M»"^ 0. Hainauer, Berlin. ii'.t

— Le Sire à la médaille de la Vierge niére et à la Toison d'or. (Musée du

Louvre. iiy

— L'Homme à la médaille de l'.\nnonciation. (Musée de Berlin 70

— L'Adoration des .Mages. (Musée d'.\msterdani.j 71

— ■ Saint Pierre et un donateur; saint Paul et une donatrice videls de

triptyque). (Musée de Bru.xelles.) 7:i

Patemer (Joaciiim v — Scène de chasse. (Coll. de M"": Wesendonck, Berlin.), tiii Prévost (Jean). — Le Jugement dernier (ii" 107). (Musi'e de Bruges.) Photo-

grariire tirée hors texte .'is

Wevden (Roger van der). — Piern.' Bladelin, chanibellaii de Charles le

Téméraire (a" 26). (Coll. de M. B. von Kaufmaini, BerHn.) Ilclioijruritre

tirée hors texte ■ 22

— Portrait de Micolas Holin (volet du Iriplyque conservé à l'hôpital de

Beaune) 2:t

— La Madone allaitant l'Enfant Jésus (n" 28i. Coll. de M. Matliys,

\haxeUes.) Photogravure tirée hors texte 21

— Le Christ ressuscité apparaissant à la Vierge (volet du retable de Mira-

flores). (.Musi'e de Berlin.) 24

— La Vierge avec l'Enfant Jésus sur un trône iu» 30). (Coll. de lurd North-

brook, Londres.; 2.')

— Les Sept Sacrements, triplyque. (Musée d'Anvers.) 2'.t

Weydën (Attribué à Roger van der). — Épisodes de la vie de saint Joseph

(11° 29). (Cathédrale Notre-Dame, Anvers 27

Anonymes :

Maître brugeois du xV siècle. — La Synagogue défaillanle [n" 40). (Couvent

des Sœurs Noires, Bruges.) 37

— Vénération des reliques de sainte Ursule (a° 47j. (Couvent des Sœurs

Noires, Bruges.) 39

Maître Dit « des Femmes a mi-i'.oiu>s ". — Jeune femme écrivant une lettre

(n° 265). (Coll. de M. Pacully, Paris.) 08

Maître dit o de Flkmalle ». — Le Mariage de la Vierge, diptyque ^dessin

d'ensemble.) (.Musée du Prado. ^ 20

— La Nativité. (Musée de Dijon.) 33

Maître dit « de Flémalls ■> (D'après lej. — Descente de croix (n" 22). (Musée

de Liverpool.) 31

— La Messe de saint Grégoire (11° l.">6). (Coll. de M. E. Weber, Hambourg.). 33 École flamande du xv siècle. — Portrait de Jean sans Peur (n" 33). (Coll.

de M. le comli' Thierry de Limburg-Stirum, Bruxelles.) H


See also





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