Essai historique, philosophique et pittoresque sur les danses des morts  

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Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.
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Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.
Plate from «Essai Historique, Philosophique et Pittoresque sur les Danses des Morts»

Essai historique, philosophique et pittoresque sur les danses des morts by Eustache-Hyacinthe Langlois.

Full text[1]

Full text of "Essai historique, philosophique et pittoresque sur les danses des morts suivi d'une lettre de M. C. Leber et d'une note de M. Depping sur le méme sujet" MMM




http://www.archive.org/details/essaihistoriquep02lang


ESSAI

IIISTORIQUE, PHILOSOPHIQUE ET PITTORESQUE

s 111 LES

DANSES DES MORTS.


UOl'EX. -TJJPUHIERIK DE P lîOlSSEI. . lltE DES CARMES, S" •2tl


ESSAT

HIsroRKilK . PIIILOSOPlIKiUE ET IMTTORESQl E

SlIK LES

DANSES DES MORTS

PAR E.-ll. LANGLOIS

m i'0\T-iiF,-i.'Aiti:iii': .

U:(:()MI' VGNÉ l>E ClNQIANTE-gl ATRE I>I,A>CHES ET DE NOMBREISES VKiNETTES^,

DESSINÉES ET GKAVÉES

l'VR E -H LA>GI,OIS , M"' ESPERANCE I.ANGI.OIS ,

MM BREVIÈHE ET TLDOT :

smvi D'DNE LETTRE DE M. C. LEBER ET D'DNE NOTE DE M. DEPPING

>l It I.E MÊME SI JET


OIVRAOE COMPLETE ET PI BI.IK

l'AlJ

n. AKDHÉ: PUTTIER.

(■0>SEU\ ATEl K DE LA BIBLIOTHÈQLE DE ROI EN V.T M. ll.FnED BAITDKT.


TOME OELlMEMi:.


ROUEN

A. LEBRUMENT, LIBRAIRE, QUAI NAPOLÉON, 45.


M OCtC 1.1


ESSAI


HISTORIOIE, PBILOSOPIIIQIE ET PITTORESQUE


DANSES DES MORTS.


LE SACRISTAIN DE BONPOHT.


LEGENDE FANTASTIQUE '.



ES traditions, les légendes popu- laires d'antique origine, se sont, en grande partie, effacées et per* dues devant de plus graves et plus véridiques récits. 11 n'est guère aujourd'hui de foyer


' Nous avons été assez heureux pour retrouver, il y a peu d*an^ nées, celte histoire fantastique , que K.-H. Langlois avait compo-


2 ESSAI HISTOUIOIE

rustique qui n'entende raconter, au lieu de magiques histoires d'apparitions ou de revenants, les pom- peuses annales de nos victoires et les merveilleux exploits du héros d'Austerlitz. Nos excursions ar- mées à travers tant de climats divers, nos guerres si longues et si meurtrières, ont fait pénétrer l'habi- tude et le goût des préoccupations politiques jusque sous le chaume ; et là, d'ailleurs, il est peu de chefs de famille qui ne se soient fait un répertoire d'évé- nements dans lesquels leur louable et naïf orgueil se complaît à s'attribuer quelque portion de gloire. Cependant, si l'amour du merveilleux déserte nos campagnes , en revanche , il se propage dans nos villes, où l'on semble s'efforcer, pour ainsi dire, de devenir simple et crédule comme nos anciens pay- sans, tant on y est lassé de ce que le positif a de sec et de désolant. Maison a beau faire, on ne peut se commander des convictions, des croyances; l'art


sée quand il était encore jeune. Quoique faite depuis longtemps, cette légende , éciite pendant une nuit d'insomnie et j)leine d'ins- pirations mélancoliques, n'avait été tracée qu'au crayon, elles lettres en étaient tellement ellacées, que nous avons eu de la peine a la lire ; nous aurions cru volontiers queLanglois lui-même l'avait oubliée, s'il n'eût, dnns les dernières années de sa vie , composé un dessin puisé dans une des scènes de cette histoire. Aussi , don- nons-nous, en tète de cette seconde partie, ce magnifique dessin, dont nous devons la gravure à la complaisance et à la générosité de notre habile compatriote, M, Henri Brevière. Ce sujet faisait partie de cette courte , mais si remarquable série de dessins à la plume, qui sont maintenant dispersés , dans lesquels Langlois avait mis la ftlort en jeu, et qu'il se proposait, comme il l'an- nonce à la fin de son texte , de graver un jour.


SLR LES DANSES DES MOUTS. 3

et l'imagination des romanciers ne pourront jamais répandre sur leurs écrits, quelque ingénieux qu'ils soient d'ailleurs , ce prestige et cette teinte mysté- rieuse dont la main du Temps avait empreint, aux yeux de la raison même, les fables du moyen-àge.

Une des causes qui ont principalement contribué à détruire dans nos campagnes le charme attaché si longtemps à nos vieilles légendes, c'est la suppres- sion des monastères. Elle a rompu la chaîne des tra- ditions qui se transmettaient d'âge en âge au sein de ces paisibles retraites, où le surnaturel fut si long- temps en crédit. Ce n'est pas (pie les moines ne fus- sent, pour la plupart, devenus aussi peu crédules que les gens du monde; mais, outre que, dans les couvents de femmes, le merveilleux était encore généralement en faveur, il n'était guère d'abbaye d'hommes où le fantastique n'eût encore son con- teur inspiré, et c'était ordinairement un des plus vieux moines ou quelqu'un des plus anciens servi- teurs de la maison. L'abbaye de Bonport comptait le sien parmi ces derniers. Oh! combien j'écoutais avi- dement, âgé de dix à onze ans alors, les récits de ce vieillard, ancien sonneur et sacristain, et véritable miroir hixtorial du monastère ! Perclus des deux jambes et confiné, comme une pagode enfumée, dans un des coins de l'immense foyer de la cuisine, il ne connaissait plus que deux jouissances : celle de causer avec un énorme corbeau à voix rauque et sé- pulcrale, animal aveugle et plus que centenaire, et celle de faire écouter ses prodigieux et terribles ré- cils. Pauvre Pierre ! Dieu vous pardonne les frayeurs


4 liSSVI mSTORIOlF

que vous m'avez causées , lorsque , sortant la nuit de rabl)aye par la porte de la Vierge , avec mon excel- lent père , je croyais voir vos fantômes nichés dans les angles de chaque contrefort de l'enceinte , et vos diables accroupis dans les énormes touffes de lierre qui revêtaient les murs de leurs noires guir- landes !

Je dois l'avouer, cependant, une partie des mer- veilles que racontait le vieux Pierre étaient sues de beaucoup de monde, et n'excitaient pas toujours un égal intérêt dans l'esprit de ses auditeurs, bien qu'il eût soin d'affirmer très sérieusement que lui , Pierre , ou du moins son père, en avait été témoin. C'est sous une semblable garantie que m'a été confiée la légende que ma mémoire a le plus fidèlement conser- vée , et que je vais essayer de retracer :

Il y avait autrefois un comte de Brionne , puissant suzerain , qui menait un véritable train de roi. Ce grand personnage , dont Pierre ne pouvait dire le nom, était demeuré veuf , et de son mariage n'a- vait eu qu'une fille, plus belle que les fées, et qu'il idolâtrait. Il partageait, cependant, ses affections entre elle et un neveu, auquel son père, mort dans la Terre-Sainte, n'avait laissé pour héritage que son épée et son nom. Ce jeune homme, élevé près de sa cousine , avait conçu pour elle une passion violente , à laquelle la jeune fille ne paraissait pas toujours insensible; mais, fière, hautaine, capricieuse et ja- louse j elle faisait souvent subir à la constance de son amant les plus dures épreuves. Un jour, elle lui signifia, sous peine d'encourir éternellement sa


SLR LES DANSES DES MORTS. i)

disgrâce, de ne jamais parler devant elle de la beauté d'aucune autre dame, et le jeune homme le promit sur serment. Cela se passait à l'instant même où le sire de Brionne préparait une grande fête pour célé- brer l'anniversaire de la naissance de sa fille.

Sur ces entrefaites, arriva dans le pays un vieux médecin ambulant, remarquable par sa prodigieuse barbe jaune. Ce docteur nomade , qui s'entourait d'un grand mystère, outre le grand crédit qu'il s'at- tirait par ses miraculeuses guérisons , se signalait encore par sa science extraordinaire à deviner le passé , à prédire l'avenir. Il n'était question que de lui lorsque la reine d'Angleterre, en voyage, vint à passer à Brionne. La beauté de cette princesse était merveilleuse, et, comme tout le monde en parlait avec extase à la table du comte , le malheureux jou- vencel , oubliant sa promesse , laissa lui-même échap- per quelques mots d'admiration. Un regard fou- droyant de sa maîtresse lui lit sentir sa faute ; mais déjà, le mal était sans remède, et quelques jeunes seigneurs, d'humeur railleuse et légère, qui étaient arrivés pour la fête, s'aperçurent sans peine du dé- dain que lui témoignait sa maîtresse.

« Il nous semble, dit l'un d'eux à l'amant désolé, que vous êtes mal en point avec la belle châtelaine. — Je gage mon honneur contre votre diamant, répli- que avec vivacité le chevalier, que je vous prouve le contraire en ouvrant demain le bal avec elle. — Votre jionneur sera perdu et le diamant me restera , car cela ne sera pas. » Le pauvre amant s'était senti pi- (pié au jeu , et avait- comme on dit, compté sans son


r> ESSAI HISTORIQUE

hôte. La noble danioiselle le lui prouva bien; cai lorsque, la trouvant à part, il s'agenouilla à ses pieds pour en obtenir la faveur dont il s'était vanté : " Je ne voudrais pas , lui dit-elle avec mépris , danser avec vous, même en songe; et si vous avez gagé votre honneur, comme vous le dites, c'est un faux gage, qui ne vous appartenait déjà plus, du moment que vous aviez violé votre foi de gentilhomme. » L'amant, ne pouvant vaincre cette cruelle résistance, ne voulut pas encourir la honte qui l'attendait, et, poussé par une inspiration diabolique, il se précipita du haut de la grande tour du château.

" C'est dommage ! dit le médecin à la barbe jaune, en faisant une indéfinissable grimace ; un si beau jeune homme ! Et pourtant il est damné, du moins à ce que diront les moines. » Enigmatique person- nage , c'était lui , cependant, qui , s'étant emparé de l'esprit de la châtelaine , avait en secret attisé le feu de son jaloux ressentiment. Dès le même jour, ce conseiller funeste quitta le pays, pour n'y revenir, disait-il , qu'au bout d'une année.

La nuit suivante, la jeune comtesse s'éveilla en jioussant d'horribles cris, et répétant que son cousin mort la forçait de danser avec lui. Dès-lors, l'affreux cauchemar ne cessa de revenir, mais de plus en plus terrible, car l'image du défunt apparaissait à la misérable fascinée dans l'appareil incessamment croissant de sa décomposition physique ! C'étaient d'abord des membres froids , une face pâle et con- tractée, puis les taches livides de la corruption; enlin, des chairs pendantes dévorées par les vers,


SUR LES DANSES DES MORTS. 7

et bientôt des débris informes, des nerfs racornis col- lés à des ossements desséchés. Une année s'écoula de la sorte , et sans que l'infortunée songeât à récla- mer sa délivrance de la bonté du Ciel. Tout-à-coup le médecin à la barbe jaune reparut dans Brionne, appelé par la châtelaine , dont le père était mort.

Le mystérieux médecin ne voulut admettre aucun témoin dans son entrevue avec la jeune fiMe , et lui parla de la sorte : « Si vous eussiez cru, comme ces papelards et bigots, à tout ce que racontent les moi- nes ; si vous eussiez eu seulement , suivant l'usage , quelque tondu de chapelain dans votre château , vous n'auriez pas manqué d'avoir recours à force messes et neuvaines qui ne vous eussent pas guérie , car je connais votre mal : il est grand , mais le remède en est simple et facile. Il consiste, poursuivit-il, non sans quelque hésitation , à cracher sur les cinq plaies de l'image du Nazaréen, que mes pères ont justement crucifié ; car, sachez-le, je suis Juif, pour vous servir. » Si peu chrétienne que fût la demoiselle de Brionne, elle fut épouvantée des blasphèmes de ce mécréant, et lui ordonna de se retirer. Cependant, la nuit re- vint avec son cortège habituel de terreurs. La pauvre fille voulut, comme à l'ordinaire , vaincre le sommeil, et, comme à l'ordinaire, le sommeil vint à l'appel de la nature épuisée. Trois fois l'horrible fantôme s'empara de sa victime en proférant ce cri de ven- geance : « Ah ! tu ne voulais pas danser avec moi , même en rêve ! » Folle d'épouvante , la malheureuse se résolut enfin à suivre l'horrible conseil du Juif. Elle avait dans sa chambre un prie-dieu (jui, depuis


8 ESSAI HISTORIQUE

la mort de sa mère , n'était là que pour la forme ; elle en saisit le crucifix avec fureur ; mais à peine avait- elle, dans son égarement, consommé le sacrilège dont on lui avait suggéré la criminelle pensée, qu'elle tomba frappée par un coup de foudre si violent, qu'il fendit la tour jusque dans ses fondements.

Le lendemain de ce funeste jour, deux prêtres et deux nobles vassaux de la comtesse gardaient son corps dans l'église du bourg. Après de longues heures de prières, le sommeil s'était enfin emparé d'eux, lorsqu'un bruit affreux, qui paraissait venir du cime- tière^ les réveilla tous les quatre en sursaut. Mais quel fut leur effroi en apercevant, à la lueur pâle et lugubre des cierges, le cercueil ouvert et vide! Un plus épouvantable spectacle les attendait dans le cimetière : le squelette du suicidé gambadait sur sa fosse, en forçant la comtesse décédée à suivre tous ses mouvements , et , d'une voix effroyable , il ré- pétait: « Ah ! tu neveux pas danser avec moi, même en rêve! avec moi qui, pour te plaire, ai sacrifié mon salut éternel ! « Plusieurs démons prenaient part, avec joie, à cette scène infernale, et, parmi ces derniers, il en était un qu'à son énorme barbe Jaune on reconnut pour le médecin mystérieux. Au premier chant du coq, les démons disparurent , le squelette rentra dans sa fosse , et la comtesse de Brionne retomba froide et morte sur l'herbe humide du cimetière. On ne l'en inhuma pas moins en terre bénite , parce qu'elle était grande dame ; mais, pen- dant six cents ans, la nuit anniversaire de sa mort, elle remontait de son caveau mortuaire pour venir.


SUR LES DANSES DES MORTS.


9


dans le cimetière , danser, avec son amant, ce branle infernal , objet d'épouvante pour les vivants.

Tel était à peu près, mais avec de plus grands dé- tails, un des récits de Pierre, le conteur de Bon- port. — Pour celui-là, mon père l'a vu, disait-il naïve- ment en concluant; le cher homme me l'a assuré, et, pour le salut de son corps, il n'eût pas voulu dire le plus petit mensonge.



EXPLICATION


DES PLANCHES.


PLANCHE Vil


ADAM ET EVE.



L est hors de doute que cette cu- rieuse représentation , reproduite d'après une gravure sur bois, a dû servir à la décoration de quelque livre d'Heures ou de quelque re- cueil de moralités ; elle a été publiée, en guise de


' Nous comnionçons l'explication ties gravures à la plauclie VII , les siv |)ieuiièies ayant un ra|t|ioit direct au texte de la partie précédenle et s'y liouvaut intercalées.


12 ESSAI IIISTORIQIE

cul-de-lampe ou de fin de page, par Dibdin, dans le Bibliothcca Spenceriana , t. I^r, p. 220, mais sans au- cune indication de l'endroit ou du volume dont elle a été extraite.

Notre planche a été exécutée d'après cette gra- vure : c'est une ingénieuse allégorie du péché de nos premiers parents. Eve prend le fruit défendu , que lui oflre le Serpent enroulé sur les épaules du squelette, dont les jambes croisées imitent le tronc tortueux de l'arbre, et la Mort, conséquence de la faute, pa- raît ainsi tenter elle-même les coupables.

Dans la collection de l'œuvre du graveur allemand Hans Sebald Beham , on trouve une pièce gravée sur cuivre et datée de 1543 , qui , malgré quelques va- riantes de détail , pourrait être l'original de notre gravure. Voici la description qu'en donne M. Douce , page 190 : « Adam et Eve, auprès de l'arbre de la Vie , singulièrement représenté par la Mort, autour de laquelle s'enroule le Serpent. Adam tient dans sa main une épée enflammée, et tend l'autre main pour recevoir la pomme qu'Eve prend de la gueule du Ser- pent. Au bas , une tablette avec le chiffre de H. Sebald Beham , formé des trois lettres H-S-B conjuguées , et la date l.'i43. » M. Douce ajoute qu'il existe une copie de cette pièce par Barthol Beham, qui était l'oncle ou le cousin de Sebald. Cette dernière pièce est sans marque de graveur. On peut, au reste, consulter, sur cette petite composition et sur les deux artistes qui l'ont gravée, Bartsch [Le Peintre (jraveur, t. VIII, p. 116) et Huber et Rost ( Manuel des Amateura de l'Art, t. 1*^^^ p. \QQ).


Srn LES DANSES DFS MORTS. 1 3

PLANCHES VU, YIII, IX, X, XI, XII, XIII ET XIV.

DANSES DES MORTS INSÉRÉES DANS LES MARGES DE LIVRES d'HEURES.

Les soixante-six ligures contenues dans les plan- ches VIII , IX , X , XI , XII , XIII et XIV , y compris les trois qui sont produites sur la planche VII et qui for- ment le commencement de la série, sont insérées en bordures marginales dans un assez grand nombre d'éditions de livres d'Heures du wi^ siècle , généra- lement imprimés par Philippe Pigouchet , pour Simon Vostre, célèbres imprimeur et libraire parisiens.

La suite qui nous a servi pour exécuter nos gra- vures est insérée dans une édition d'Heures gothi- ques à l'usage de Rouen , imprimées pour Simon Vostre ( vers 1508 , d'après la table pascale inscrite en tête du volume ). Ces Heures , de format grand in-S", portent le titre suivant , au-dessous de la mar- que de Simon Vostre :

Ces prcâcittcs Ijcurcs n htsiit^c ^c Koimii au loiifl; sane rrquc- vir •• aucc les minulfa nostrc imnc rt les t'içiurcs î)c luporo- lipse et bc Itt bible et bea triuint)l)eâ be Cednr. et phtsieura aultrrs Ijvatoires faietes a luutique. ont este imprimées pour Symou nostre jCibraire : îiemourunt a JJuris.

Cette Danse des Morts , composée de soixante-six sujets , trente pour la Danse des Hommes et trente- six pour celle des Femmes , occupe les marges exté- rieures de vingt-deux pages contenant une grande partie de rolfice des Morts. Les figures , groupées


14 ESSAI HISTORIQUE

trois par trois, sont disposées dans l'ordre que nous avons suivi sur nos planches ; elles sont accompa- gnées, à chaque page , d'un huitain qui se rapporte constamment et exclusivement au sujet placé entête de chaque marge : de sorte que deux sujets par page restent privés d'un texte approprié. En tout , il y a vingt-deux huitains : autant que de pages. Ces hui- tains se rapportent, pour la Danse des Hommes, au Pape, au Roi, à l'Archevêque, à l'Écuyer, à l'Astrolo- gien, au Marchand, au Moine, à l'Amoureux, au Curé , à l'Enfant ; et , pour la Danse des Femmes, à la Reine, à la Chevalière, à la Prieure, à la Cordelière, à la Chambrière, à la Veuve, à la Théologienne , à l'Épousée, à la Garde d'Accouchée, à la Bergère, à la Vieille et à la Sorcière. Quelque considérable que soit cette Danse , la plus nombreuse que nous ayons rencontrée , nous étions porté à supposer qu'elle pouvait bien n'être pas encore complète, et que les trente-six sujets de la Danse des Femmes devaient avoir pour correspondants trente-six sujets de la Danse des Hommes, au lieu de trente seulement. Toutefois, ceci n'était qu'une simple conjecture, car nous n'avons jamais trouvé plus de soixante-six sujets différens dans ces livres d'Heures. Il arrive, cepen- dant, assez souvent que le nombre des figures soit plus grand, mais alors toute la suite, du moins pour un certain nombre de personnages, est répétée.

Si l'on essaie de remonter à l'idée première qui a inspiré le dessinateur de cette curieuse suite, au type (jui lui a servi de modèle , on ne saurait douter qu'il n'ait puisé ses inspirations à la même source que


SUR LES DANSES DES MORTS. 1 5

l'auteur des sujets mis en œuvre par Guyot Marchant et ses continuateurs, dans leurs nombreuses éditions de la Grande Danse Macabre des Hommes et des Fem- mes. En effet, il y a parité presque complète, pour le nom des personnages mis en scène, dans l'une et l'autre suites ; il y a même parité absolue pour les personnages de la Danse des Femmes. En outre, les vers, formant huitains, que nous avons signalés comme accompagnant chaque série ternaire de per- sonnages, dans l'édition qui nous a servi de modèle et dans beaucoup d'autres, ces vers sont textuelle- ment extraits de la Grande Danse Macabre éditée par Guyot Marchant et ses continuateurs, à commencer par la rarissime édition de 1485 jusqu'aux informes éditions de Troyes du xyii" et du xviiie siècle. Ces vers ayant été publiés dans l'ouvrage de M. Douce , p. 65-66, moins ceux qui concernent la Théologienne HVEspousée, omis sans doute volontairement, nous nous abstiendrons de les répéter; nous nous conten- terons d'en citer quelques strophes en note , pour faire juger du style de ces naïves compositions '.


' Nous citerons seuleiiienl plusieurs huilains en rapport avec la condition des personnages , et dont la naïveté répond à celle des gravures :

AU ROY. A L^AnCHEVEftQl'E.

Vcnci , noble roy couronné , Que vous liiei la teste aniere,

Henoraé de foi-ce et prouesse Archenesque , tirei vous près ;

Jadis fustes enuironné Auei vous peur quon ne vous fiere De f;rans pompes , de grant noblesse; Nedoublez, vous viendres après ,

Mais maintenant toute haullcssc Nesl pas tousjuurs la mort empres

Laisserez, vous n^esles pas seul; Tout borne suyuant cosle a coste ,

l'eu aurez de vostre ricbesse, Rendre vonuieutd ebtez et près

Le plus riche na quni; linseul. Une foys fault compter a loste.


If> ESSAI inSÎORlOLF.

Nous ne devons pas négliger de faire remarquer que ces huitaius , appropriés à chaque sujet , ne for- ment en réalité que la moitié du texte consacré , par les éditeurs des Grandes Danses Macabres, à chaque personnage saisi par la Mort. Dans ces derniers ou- vrages, qui ont évidemment servi de type, un dia- logue est établi entre chaque individu mortel et son terrible partner. La Mort adresse au Vif une objur- gation à laquelle le malheureux répond en déplorant son sort au moyen de huit autres vers qui forment,


Noble royne de beau corsaijr, Génie et ioyeuse a ladvenanl , Jay de |iar le ^raild niaistre cbai-^e De vous einiurner maintenant , Et comme bien ebose aduenant l!esle danse oommcnceres ; Kaictes deuoir au remenant ^ Vous qui viuez , ainsi feres.

A L^ESPOUSÉt.

Pour vous monstrer voslre folie , Et quon doit sur la mort veiller j Sa la main, espousee iotie, Alons nous en desbabiller; Pour vous ne faut plus traueiller , Car vous viendres coucher ailleurs ; On ne se doit trop resueiller, Les fais de dieu sont merueilleux.

A L^ENFANT.

Petit enfant nagueres ne ,

Au monde auras peu de plaisance ,

A la danse seras mené

Corne aultie, car mort a puissance

Sur tout : du jour de la naissance

Convient chascun a mort oflVir,

Fol est qui nen a cong issance

Qui plus vit, plus II a (iiltnr.


A I.A CIIAMBERIERE.

Dictez , i'une feme a la crucbe Kenomee bonc chambrière, Kespondez au moins quant on huche , Sans tenir si rude manière ; Vous nires plus a la riuiere Bauer au four na la fencstre, Cest cy voslre iournee dernière , A<isy tost meurt semant que maistre.

A LA GARDE DACOUCIIEE.

Venez va , (;arde dacouchees ,

Dresse aues maintz baingi perdus ,

Ht ses corlines atlachees

Ou estoient beaux boucques pendus.

Biens y ont estez despendns.

Tant de molz dili que cest ung songe

Qui seront cher vendus.

En la tin tout mal vient en ronge.

A LA REUENDERESSE.

Et VOUS , ma dame la gourree, Vendu auez maintz surplis. Donc de largent estes fourrée , Et en sont voz coftVes remplis ; Apres tous souhaitz accomplis, Conuieut tout laisser et bailler; Selon 1a robe on fait le plis^ A tel potaigc tel cuiller.


SUR LES DANSES DES MORTS. 17

avec les premiers, une espèce de tenson ou de jeu- parti. Dans les livres d'Heures , vraisemblablement en raison de la difficulté de trouver place , sur des marges étroites, pour une si longue insertion , la ré- plique est toujours absente , et la Mort, affranchie d'une innocente controverse , règne là sans contra- dicteur.

Voici maintenant la désignation, par folios, de tous les personnages , tant de la Danse des Hommes que de la Danse des Femmes :

DANSE DES HOMMES.

F» 1. U pupc. F" 6. le marrl)aiit.

Icmpcrcur. le fl)artrcu»-.

le ciirîiinûl. le sergent.

F" 2. le voy. F" 7. le mopne.

le patriarfijc. lusurier.

le eounestable. le meôesin.

F» 3. lareljetieeqiie. F" 8. lamoitreur.

le fi)et)olifr. loboorut.

lepesquc. le mene?trirr.

F° 4, Icaruver. F" 9. le cure.

lobe. le loboureur.

le prcnodt. le ror&elicr

F" 5. Ittstrologicn. F" 10. lenfont.

If bourjovs. le elcrr.

le rljauoine. termite.

DANSE DES FEMMES.

F<> 1 1. la rovue. F" 12. la rljenaliere.

la îiitfl)esse. labbesee.

Itt régente. In femme îreafute(r).

2


18 KSSAl lllSTOarQUE

V" i;5. la prifurf. F" 18. IfspoitiU-f.

lu bamniâsclc. In migiiotc.

la bouvtjoisr. la t'illf pin-fUr.

F" l'i. la roviclicrr. F" 19. garîic &acfinul)rrs.

la femme ^afntl. la iciiiic fillr.

la uoitricr. la rcltçiintef.

F 1;"). lo cl)aubeiicrc. F'* 20. la bcviurf-

la rt•l•o^nau^frfô^•. frmmr aiiï pntriufs.

la iiicllc îiamoisi'llc. la femme bc iMllatjc.

F" IG. lo ncufue. F" 21. la lùeille.

la marcl)an^c. la veueu^cre6se

la balliue. lamouveuse.

F" 17. la tl)ecil(iç|icnue. F" 22. la sorcière,

nomtellc mariée. la biçiote.

la femme grosse. la sotc.

Pour rendre la suite plus complète , nous avons publié ( pi. VII) deux figures , le Roi mort et la Reine morte, qui sont sans inscription dans une des marges inférieures du volume. Ces sujets sont aussi, comme le reste, empruntés à la Dame Macabre, où le Roi mort termine, avec quatre huitains, la Danse des Hommes, de même que la Reine morte se trouve à la fin de celle des Femmes.

Il y a peu d'observations à faire sur les personnages de la Danse des Hommes : cette Danse est , à vrai dire ,• assez correctement formée , en ce sens que la série des personnages représente, d'une manière suivie et sans double emploi , le tableau des conditions hu- maines, envisagées sous le point de vue de leurs individualités les plus saillantes, depuis le pape et l'empereur jusqu'au laboureur et à l'ermite. Il n'est


SIR LES l)\NSi:S DES MORTS. |9

également aucune de ces conditions que sa désigna- tion ne fasse pleinement reconnaître. Il n'en est [)as de même de la Danse des Femmes : les doubles em- plois y abondent, et quelques-unes des conditions spécifiées ont besoin de quelque explication. Signa- lons d'abord une difficulté de lecture que présente le nom du troisième personnage du folio 12. M. Douce a lu La Femme descine, et l'on serait tenté, si l'on s'en tenait à la configuration des lettres, de lire comme lui; mais cette qualification serait inintelli- gible; c'est donc La Femme descuie qu'il faut lire , La Femme d'escuyer ; la dernière lettre n'a pu trou- ver place dans l'étroit tillet qui porte l'inscription. Le nom de la Femme aux potences ( f» 20) fut, plus tard , dans les éditions de la Danse Macabre de Troyes, changé contre celui de la Femme impotente.

Remarquons maintenant, sous le rapport des dou- bles emplois , que l'inventeur de l'œuvre a souvent redoublé ses types , de manière à faire supposer que son imagination était peu féconde, ou qu'il était cer- taines classes de femmes qu'il avait à cœur de mo- raliser. Ainsi , par exemple, la Jeune Fille et la Fille Pucelle , la Nouvelle Mariée et VEspousée , la f^ieille et la J^ieille Demoiselle , ne sont guère que des types redoublés ; disons-en autant de la Femme d'accueil, de la Mignotte et de V Jmoureuse , trois diversités d'un même caractère , celui de la femme adonnée au plaisir. Voici , en effet , quelques-uns des vers que la Mort adresse à chacun de ces personnages, dans les éditions de la Grande Danse Macabre des Femmes , que nous avons dit être conformes de tout point,


"20 ESSAI IIISTORIQLE

pour le nombre et la désignation des sujets, à la série de nos livres dHeures :

A LA FEMME D'ACCUEIL - :

FiMiime d'accueil, t'oniiue aimahlo A toutes gens de qualité. Acquis avez auiis de table En vivant avec libellé. Le temps n'est tel qu'il a été Rien ne vaut d'être vagabonde : Trop parler n'est que vanité ; H est temps de quitter le monde.

A LA MIGNOTTE :

Femme nourrie en mignardise, Qui dormez jusques à diner. Je vais chaufTer votre chemise Et vous donner à déjeuner. Jamais vous n'avez sçù jeûner, 11 y parait à votre n.ine; Mais où je m'en vais vous mener Vou> serez bientôt maigre échine.

A L'AMOIHELSE :

Femme charnelle et mal vivante, Qui jiuiais ne songez à moi , Esi-ce que je vous épouvante ? Vous êtes surprise , je croi ; Vous vous êtes trop divertie; Laissez le monde et ses appas : Dansons le branle de sortie ; Je vous tiens bien , ne craignez pas.


' Nous nous servons , faute d'autre plus ancien , du texte des éditions de Troyes; il est rajeuni , mais conforme an sens des éditions primitives.


SLR LES DANSES DES MORTS. 21

11 est assez singulier que l'auteur ait eu l'idée de faire de la Théologienne le type d'une condition so- ciale. Etait-ce donc un travers féminin, au xv'^' siècle, (lue la passion des discussions théologiques ? Quoi qu'il en soit , c'est bien à une ergoteuse que la Mort s'adresse quand elle lui dit :

Vous qui tranchez du grand docteur, Avez-vous bien prévu voire heure ?

Oisons un mot de la Recommanderessc , titre d'une modeste fonction aujourd'hui oubliée, et qui paraît avoir eu jadis une certaine importance. La Recom- manderesse faisait métier de placer les domestiques, de chercher des logis pour les étrangers, de rendre, en un mot , mille petits services plus ou moins licites. La Mort l'interpelle en ces termes :

Savez-vous , Reconimanderesse , Quelque bon heu pour me loger ? J'iii besoin d'une lionne adresse , r,ar nul ne me veut héberger. Mais j'en ferai tant déloger Que l'on connaîtra mon enseigne : Mouri.- vous faut, pour abréger, AJin que le monde me craigne,

A la suite de cette description et comme complé- ment indispensable, nous avons jugé intéressant de faire connaître une autre suite beaucoup moins con- nue, quoique insérée souvent dans les mêmes vo- lumes que la précédente. Cette nouvelle série de compositions, qui s'élève tantôt au nombre de vingt- qualre, tantôt à celui de vingt-six , comme l'ont dit MM. Brunet ( v. IV, p. 781) et Peignot (p. 107,


9.9


KSSAI IIISTOHIUI K


d'après M. Haymond), n'a encore été, à notre con- naissance, mentionnée que par M. Douce (p. 61), qui y rattache une série d'inscriptions latines bien plus générales que spéciales, et qu'on pourrait ap- pliquer à tous les sujets analogues sans distinction. Cette seconde Danse des Morts porte ordinairement le titre des Accidents de l'Homme ; elle se trouve, dès 1495, dans les Heures publiées en espagnol par Simon Vostre , et on ne la rencontre guère , à vrai dire , que dans les éditions postérieures données par le même libraire , à partir de 1510 ou de 1512.

Nous avons eu l'avantage de rencontrer cette suite avec une série de vingt-quatre inscriptions françaises inédites, composées évidemment pour chaque sujet, et cette particularité nous a paru assez intéressante pour motiver la publication de ces inscriptions. Toute- fois, avant de les faire coimaître, nous allons citer quelques-unes des inscriptions latines rapportées par M. Douce; les pensées qu'elles expriment sont , pour un certain nombre , rendues en vers léonins, c'est-à- dire rimant à l'hémistiche et à la lin. Nous allons citer principalement ces derniers :

Au u" 1, représentant la Mort assise sur une bière , M. Douce rapporte cette inscription :

Discite vos choreum cnnvti ([ni caniilis islam.

Au U" 9 :

Est rommnitt; mori : mors nnlli pareil lioituri.

Au n<» 13 :

Vita quid est hoininis nisi res rallata ruinis ?


SUR LES DANSES DES MORTS. 23

Au n" 14 :

ICst euro noslra cinis, modo principiitm, modo JUiis. Au II" 21 :

Non sum securus hodie tel crus morittirns.

Au ri" 22 :

Intus sive foris est plurima causa tiinoris.

Au 11" 23 :

Viximus gaudentes , tninc morimur tristes et fletiles.

Voici maintenant la série de nos inscriptions fran- çaises avec l'indication des sujets auxquels elles se rapportent :

1. La Mort, armée d'un long dard, est assise sur une bière , au milieu du préau d'un cloître et non loin d'un cimetière ; une fosse est ouverte à ses pieds.

l'ar mon nom suis appellée mort, Einiemie des humains, l.e riche , le povre , faible ou fort , Occis , quant melz sur luy mes mains.

2. Adam et Eve au pied de l'arbre de Science. La Mort saisit Adam par le bras.

Adam et Eue transgressèrent Le dict de la divinité Lors sur eulx pouoir me donnèrent Et dessus leur poste [rite].

3. Caïn renverse Abel d'un coup de massue. La Mort semble exciter le meurtrier en frappant égale- ment la victime.


21 KSSAI UlSTUUigLt

(;ayn connue mal entendu Frapa Abfl par inconstance. Le sang du iiiste respeudu Cria treshault a Dieu vengeance.

•i. I.a Mort saisissant par son manteau un cardi- nal suivi de plusieurs assistants.

Saiges, princes, ieunes et vieulx De ruer sus trouve nioiens, En toutes places et tous lieux Par diuers inconuéniens.

."). La Mort, chevauchant sur un bœuf, trappe de son dard trois individus dont l'un est déjà renversé.

Bonté , vertu , sens et vaillance, Adnichile du tout. Riches habiz , pompe , puissance , le consomme et en viens a boni.

G. La Mort saisissant un homme assis auprès d'un cofï're sur lequel on voit une bourse; deux autres figures se tiennent debout derrière lui.

Aux ieunes gens lassault ie liure. Quant sendormenl en leurs biens Et quels cuident longuement viiire Par moy sont prins et despescliez.

7. Un chevalier armé de toutes pièces frappe un homme sans armes; la Mort aide à renverser la vic- time.

En batailles, guerres, alarmes. Altercations et combats Destruilz les jilus puissans gensdarmes Et melz aHin à fin ) tous leurs dcbaiz.

S. La Mort, tenant un paquet de verges, ou peut-


SUR LES DANSES DES MORTS. -ib

être , eu égard au sujet , un faisceau de chaumes sans

épis, foule aux pieds des mourants étendus sur la

terre.

Quant le peuple se délermiiie

Pécher ou (contre?) son maistre et seigneurs

le les aboliz par famine

Ainsi qui! piaist au Créateur.

9. La Mort, armée d'une pioche ou faux, frappe des individus gisant sur le sol.

Les corps remplis de vilite

Occis par divine sentence

Cest soubdaine mortalité

Que plusieurs nomment pestilence.

10. Une femme richement atournée et tenant à la main une espèce de chasse-mouche , un guerrier armé, un homme décharné vêtu de haillons et tenant une faux. On entrevoit la mort derrière eux.

Les cueurs des humains tiens en serre Par ces troys que voyes icy Mortalité : famine : guerre : Qui mettent plusieurs en soucy.

11. La Mort perce de son dard une femme renver- sée, que deux autres femmes soutiennent.

Malladie souuenl combat

Les poures mondains et assomme

Nature contre elle débat

Par quoy peult reschapper maint homme.

12. Un homme tombe ou se précipite du haut d'une tour dans les eaux qui en baignent le pied. Ia\ Mort le frappe en même temps de son dard.

Par accident sont succombez Plusieurs en cstancz et riuieres


26 KSSAI HISTORIQUE

Los iiiillresiie liault lieu tnnitiez Sont mors en diuerses manières.

13. Un homme en étrangle iiii autre. I.a Mort, ar- mée (l'un dard , assiste le meurtrier.

Larrons : pillars • mcurU'iers : nieschans GueUenl les chemins et les bois Tuent pèlerins, bourj^feois, marchans Par accident souuenteffois.

14. Le bourreau attache un homme à la potence. La Mort se tient auprès.

Tels meurtriers larrons par sentences Dillinitiues criminelles : Meurent a gibets et potences La sont pugnis de leurs cautelles.

15. Le bourreau tranche la tète à un homme age- nouillé. La Mort brandit son dard à côté.

Crimes de leze maieste Commettent aucuns par fallace. Dont on voit maint décapite En marche ou publicque place.

16. Un roi, accompagné de plusieurs personnages, est transpercé d'un dard par la Mort.

Empereurs , princes ou seigneurs Nepargne soit droit ou soit tort. Tant soient plaids de mondains houneurs le fais dessus eulx mon effort.

17. La Mort livre combat à deux soldats armés de lances et transperce l'un de son dard.

Je suis si cruelle et diverse

Que quant il me plaist tout soubdain


SUH LKS DANSKS DES MORTS. 2t

Force , l)eaiiUc , ;il)l);is , renverse ; Contre moy on débat en vain.

18. La Mort frappe une femme couchée sui' un lil.

Regardez plaisans faces ioieuses Des creatnres féminines Fais deuenir laides hideuses Quant leur baille mes disciplines.

19. La Mort étrangle un homme assis par terre. Deux personnages assistent à cette scène.

Des hommes je déconfits maints Aians biens, terriens, finance. Lesquelz quant lumbent en mes mains Ils perdent de Dieu congnoissance.

20. La Mort frappe de son dard un enfant couché dans un berceau , et saisit par la main un autre en- fant.

A , a , a , mourir il me fault Et nay fait que entrée et issue '. Car sur moy Mort donne lassault De son dard qui point ne magree.


' Nous ferons remarquer que les mots du second vers de ce quatrain sont mal disposés et qu'il faudrait lire :

El n'ay fait que issue ft entrée

pour établir la rime avec le vers correspondant.

<]e quatrain rappelle une partie des vers si naïfs (jue récite l'Knfantdans la Danse Macabre de Guyot Marchant :

A , u , a , ie ne scay parler Ënlant suis : iay la langue luue ' Hyer naquis : hiiy men faiilt allrr le ne fais qnentree ri y*sue Rien nay incH'ait : mais de peur sue Prendre en gre me (aiiU eest le mieux Ijordonnance dieu ne se mue Aussy lost meurt ieune que vieulx.

M. Massmanu ( p. 88 ) compare ces vers avec ceux de la Danse


28 ESSAI HISTORIQUE

21 . La Mort entraîne un homme suivi par plusieurs

autres.

Aucuns édifices faut faire Qui cuidenl ne mourir iamais Mais souueiil ains que les parfaire Leur baille mortel enlremetz.

2-2. La Mort surprend un homme et une l'eiDme pre- nant leur repas devant une table.

Las ie cuidois bien eslre fort Eu nourrissant ma cliarnalile. .\uiourduy vif et demain mort En ce monde c'est vérité.

23. Le Christ au moment de juger les humains qui ressuscitent.


Macabre allemande ( TotJlentanz ) , qu'au style il croit moins an- cienne que la Danse française et qui offre de la ressemblance avec cellp-ci, surtout dans ces iiièuies vers de l'Enfant l'^"^, 3'^ et S»- lignes; :

A , a . .1 , icii kan uoili nyl sprcclii'ii Htidt* ^oboren hiide luusz ich auft'breclien

Als wollslirl.t (las inng a!s ilas ah.

De Ultime on retrouve pour l'Enfant, dans les vers anglais de Lydgate :

A , a , a , a , wooide I canot speake I am so yonpf 1 was boitie yestprday


As soon iivrlli a yon;; as an old.


(Je ne jinis prononcer un nie. — Je suis si jeune, je naquis liiei-. — Aussitôt meurent les jeunes comme les vieux. )

Si l'on considère ces ressenibbinces entre les vers anglais et les vers français, et si l'on se rappelle que Lydgate traduisit le poème de la Danse des Saiuts-lnnocenls de Paris, on ne i)eut s'empêcher do croire que les huitains imprimés par Guyol Mar- chant ne soient ceu.x de la peinture même de ce cimetière (voyez, dans la l"" partie , ch. i\ , article Paris .


SUR LES DANSES DES MORTS. 29

Apres ceste danse morlelle Que Ihomme de vie est déshérite Dieu donnera sentence éternelle A chascun selon son mérite.

24. Un personnage à longue barbe, vèta d'une longue robe et d'un ample manteau , tient une ban- derole qui se déploie autour de sa tète.

Homme mondain regarde et voy En ton cueiir oeste pourlralcture Mourir conuient vêla la loy Que Dieu a baille a nature.

A la place de ces deux derniers sujets , M. Douce décrit les deux suivants :

La Mort met en fuite un groupe de musiciens de l'un desquels elle a saisi le luth.

La Mort conduit un ermite suivi pai* quelques autres personnages.

Cette suite se compose de gravures marginales moins bonnes que celles de la Danse des Morts après laquelle elle est imprimée. Les vers ne forment qu'un seul alinéa au-dessous de chaque figure, et nous n'oserions préciser la date de l'édition de Simon Vostre, malheureusement incomplète , dans laquelle nous les avons trouvés en français.

H est assez curieux que cette nouvelle série offre dans ses sujets une certaine ressemblance avec les Loups ravissons de Gobin, que M. Leber décrit à la fin de sa lettre (p. 57). On peut donc juger par cela, comme par la note précédente, de l'enchaînement général que l'on rencontre dans ces Danses des Morts, qui cependant diffèrent toutes les unes des autres.


30 KSSAl IUSTOUIOIjK

PLANCHE XV.

LA MORT ET IK AIÉhEClN , I.A MORT ET l'AMOL'REUX.

Cette gravure présente un spécimen des plus anciennes éditions françaises de la Danse Macabre. Ces éditions sont celles qui furent imprimées à Paris en 1485-86-00-91-90, in-f', par Guyot Marchant, avec accompagnement de sentences et de vers latins, de huitains français, etc.

Le texte de l'une de ces éditions, d'après laquelle notre planche est copiée , est même entièrement latin ; cette édition est datée du mois d'octobre 1499, et porte pour titre :

(tljoifii ab cïimin iîliuubïo lu-rsibiio nlrmniiiciti rMta , rt a IJctro D»'9rcvtifcacio quonîiam nnitorc luipcr cmrn&utn.pnrbiiis, pcr mn^istntm ^uiôoncm mrriatorrm pvo 6cll'l•tïrr^lJ ^n innnut' nnno uni. (Û-iiuïiriujcutcoimo nomiijceimci âiipra millrsimiiin , iî>ibu5 oftobris imprcsso. in-f' de 16 ff. seulement ' .


I On a longtemps prétendu que le poète Macabre était Mllemand , et cela d'après ce titre qui, par les mots : versibus alemanicis , semblerait l'indiquer. Mais M. Ellissen, p. 78 et 117, relève avec raison cette erreur, qui fut, après le xv« siècle, répandue par Goldast , dans son Spéculum omnium staluum (cité i"^ partie, p. 109), par Fabricius ( liib. Iat.,\, 1. 12, p. 1 ) et par Joclier et Ro- termund ( Gelehrlen-Lexicon , Lexique scientifique , aitiele Maca- ber, et suite de cet ouvrage, iv^ vol., p. 298 ). De même MM. Pei- gnot et Douce, ainsi que M. Ponce (article Ilolbein, lUoyra- phie universelle ), l'ont également répétée. Dans l'ouvrage de tîoklast, le titre du cliaiiitre renfermant les vers de .Macabre


SUR LES DANSES DES MOHTS. IW

l.es figures qui décorent ces diverses éditions sont , sauf le nombre, qui varie, exactement les mêmes. La première édition , celle de 1485 , ne contient en tout que dix-sept planches, avec deux personnages vi- vants sur chacune ; celle de 1486 contient déjà six planches de plus, et ce nombre fut plus que doublé lorsque, dans les éditions postérieures, on ajouta à la Danse des Hommes celle des Femmes, les trois Morts et les trois Vifs, etc. Ce sont, au reste, les mêmes gravures, reproduites avec plus de grossiè- reté sans doute, mais toujours avec leur disposition et leur caractère primitifs, qui décorent toutes les éditions si nombreuses de la Danse Macabre, im- primées à Troyes, au xyii*^ et au xyih^ siècle , chez les Oudot, les Garnier, et qui, ainsi que l'antique Calendrier des Bergers , n'a pas entièrement cessé d'avoir cours parmi le peuple des campagnes.

Chaque gravure de cette curieuse suite représente, sous une arcade bilobée , ordinairement quatre et quelquefois cinq figures se tenant par la main, et


est ainsi conçu : « Eximii Macabri spéculum chorece morluorum versihus aleniannicis ( i. e. in nioreni ac nioflos riiylhmoium ger- inanicoium composilis) ah eo ediluni , et a Petio Desrey Trecacio oratore ante annos sesquicenluni emendatinn. » Ou voit donc hien par la que Desrey ue tarduisit point les vers de Macahre de l'allemand en français, mais qu'il corrigea simplement des vers latins allemanniques. c'est-à-dire rimes à la manière allemande , et qu'il en fit en partie des hexamètres et des pentamètres régu- liers. Celte observation nous montre suHisamment que le prétendu poète Macabre n'était pas allemand , mais elle ne peut complète- ment réfuter l'opinion de ceux qui prétendent qu'd est l'auteur de la Danse des Morts et qu'il lui a donné sou nom.


32 ESSAI HISTORIQUE

constituant deux groupes distincts, dont le sujet est invariablement la Mort, qui, avec des contorsions, des gesticulations plus ou moins comiques , saisit et entraîne un malheureux vivant, de haute ou basse condition , depuis le pape jusqu'au berger. On a re- marqué que chaque cadre renfermait simultanément un personnage ecclésiastique, ou au moins doctoral, et un personnage laïque; ainsi, le Pape, l'Empereur ; le Cardinal^ le Roi; le Légat, le Duc; l'archevêque, le Chevalier, etc. Notre planche représente le Méde- cin et V Amoureux.

Dans l'édition française de la Dame des Hommes de 1490 que nous avons en ce moment sous les yeux, cette gravure est absolument la même, et les deux groupes sont accompagnés , comme dans les autres éditions, d'un texte en vers. D'abord , on trouve dans le haut de la page deux distiques latins : l'un au- dessus du Médecin :

Vado niori medicus: niedicamirie non redimendus. Quicquid agat medici pocio : vado mori.

et l'autre au-dessus de l'Amoureux :

Vado mori: non ine relinel viciosa voluplas Necluxus auget viuere: vado mori.

Disons en passant que les mots rado mori se ren- contrent plutôt deux fois qu'une dans les inscriptions du même genre qui surmontent les autres planches. Au-dessous de chaque cadre, on voit, imprimés sur une seule ligne , deux vers latins comme ici :

G felix mortale genus : si semper haberet Etprnnm pre menlo deum : fincmciiic limerel.


SUR LES DANSKS DES MORTS. 'rV,\

Sauf celle de l'Evêque etdel'Ecuyer, qui n'a pas de citation inférieure , toutes les planches de cette édi- tion sont accompagnées d'inscriptions latines ainsi placées, mais qui ne riment pas comme celle-ci. En- fin , on trouve dans le bas de la page autant de hui- tains qu'il y a de personnages : ce qui forme une espèce de dialogue entre la Mort et sa victime.

Voici pour nos deux groupes ces vers, qui, pour la plupart, sont remplis d'une grande naïveté, caractère que l'on ne retrouve plus dans la Danse de Troyes, celle-ci ayant été renouvelée et mise en langage poli , comme nous l'avons déjà dit , p. 101 , V^ partie ■ .

Voici les vers qui accompagnent ces deux, groupes dans l'édition française de 1490:

LA MOUT.

Médecin à tout vosire urine Voyes vous icy quamander: Jadis sceutes de médecine Assez pour pouoir coniniender : Or vous vient la mon demander : Comme autre vous conuient morir Vous ny pouer conlreniander Bon mire est qui se scel guérir.


' Hormis l'Enfant qui suit le Maître d'Ecole, chaque personnage, même quand il y en a cinq sur une planche ( comme lUsurier suivi d'un pauvre homme et l'Ermite accompagné d'un second sque- lette , chaque personnage est pourvu d'un huitain qu'il est censé réciter. Cette régularité ne se rencontre point dans la Danse de Troyes , qui cependant a fidèlement retracé le noniiire des per- sonnages et qui de plus ne donue aucune inscription latine.

Voici un échantillon des vers retouchés que l'on a insérés dans les éditions de Troyes ; ce qui pourra donner, si l'on veut bien


34 KSSAI HISTOFUgur,

I.E MÉDECIN

Eong-temps a quen ( Caëii? ) lart de i)hisiqiic Jay mis loule mon osludie


comparer, une idée des ohaiij^emenls que l'on a fait subir a la pot'-sie originale :


l.A MORT.

^Moilccln avfc vôtre iirinr , Que vous soif^nez «le regarder, U faut laisser la médecine , Et venir avec moi sans retarder. Me voila pour vous commander. Ni vos raisons ni vos remèdes, l\r peuvent de moi vous };aider, 11 faut partir sans intermède.

LE MFDECIN.

Avec tout mon art de physique Ou mon bien et mon tems jay mis, nia théorie et ma pratique , Mon grand renom et mes amis. Mes secrets d'herbe et de racine, l t mes remèdes souverains. Malgré toute ma médecine, La mort me tiens dedans ses mains.

LA Monx. (ientil ain.int de bonne mine , (lui vous pensez de grand valeur, 'Malgré vôtre noble origine , U faut mourir avec donleur. Vous changez déjà de couleur, Je le vois sur vptre visage. Mais quoi c'est le commun malheur, De tous les hommes de nôtre âge.

l'amoureux. Helas ! n'auray-je aucun secours , Ni de garçons ni de fillettes , Ailieu mes premiers amours , Adieu chapeaux , bouquets , fleurettes . Quand vous serez dans vos goguettes , Souvenez-vous de moi souvent . Kl pensez si sages vous êtes , Qu'un peu de pluyc aWial grand vent.


I.E PETIT ENFANT (a LA M*»", r^.

A peine, liélas ! puis-je parler, A peine ai-je goùtc la vie , Qu'il faut du monde s'en .aller, Avec la inorl mon ennemie , Mais hélas ! si c'est son vouloir. Que peut contre elle ma foibli sse , J'ayme beaucoup mieux l'aller voir. Encore enfant qu'en ma vieilli sse.

LE SOT ( A LA MORT ),

A VOS ordres je suis soumis.

Car je ne puis vous faire rire,

Kt je n'aiiiai plus d'ennemis ,

Dedans voire mortel empire,

.T'ay toujours bien sçù que la mort,

Tout tant qu'eu ce monde nous sommes

Au trépas mettolt bien d'aeeort

Les fols avec les sages hommes,

H CAHDE o'aCCOUCHi'e ( A LA MOHt).

J'ay voiremeiit pressé des bains Pour de compères et commères , Cent femmes sont aux eymetiercs , Qui sont mortes dedans mes mains J'avois toujours des bonnes nippes Car j'etois adroite a tromper, Mais il loe fautrendn ces nippes, Puisque la mort me viens gripper.

LA HOKT ( A LA BICOTTE ).

Le bon Dieu chérit les dévoles Quand elles sont filles de bien , 'Mais 11 n'aime point les bigottes , Qui dans le fond ne vallent rien , C"e ne sont que des sœurs rolettes , Qui semblent saintes au dehors , Mais dessous leurs coéftes cornettes K.llis cichint mille remords.


SLR LES DANSES DES MORTS. 35

Javoye science et pracliqiie Pour yuerir mainte maladie Je ne scay que ie contredie Plus ny vaull herbe ne racine Nautre remède quoy quon die : Contre la mort na médecine.

LA MORT.

Gentil amoureux gent et frifjue Qui vous cuidez de grant valeur : Vous estez prins la mort vous pique. Le monde lairres à doleui' Troup louer aime : c'est foleur Et à mourir peu regarde la toustvous changerescoleur Beauté nest quimage farde-

LAMOUREUX.

Helas: or ny a il secours Contre mort adieu amouretes: Moult tost va ieunesse a decours. Adieu chapeaux bouques fleuretes Adieu amans et pucelletes Souuiegne vous demoy souvent Et vous mirez sesaiges estes Petite pluye abat grant vent-

Dans les éditions originales de la Danse des Hommes et des Femmes , le nombre (trente-six ) et la qualité de ces dernières sont les mêmes que dans la Danse pré- cédente , insérée dans les livres d'Heures. On n'eu peut dire autant du nombre des hommes , qui s'élève toujours à quarante et qui n'est que de trente dans l'autre série. En général, les femmes ne sont pas placées dans les livres d'Heures comme elles le sont dans la Danse Macabre. L'ordre des hommes, au con- traire , se suit dans les deux vSéries aussi bien que


36 ESSAI HISTORIQUE

possible , vu le manque des dix personnages dont voici les noms, et qui , comparés avec la série publiée dans les planches VII , VIII, IX et X, sont ainsi rangés : après le Roi, viennent le Légat et le Duc; après le Marchand , le Maître d'Ecole et l'Homme d'Armes ; après le Laboureur, le Promoteur, le Geôlier, le Pè- lerin, le Berger, et, enfin, après l'Ermite, l'Aven- turier et le Sot.


PLANCHE XVI.


LA MORT ET LE SOLDAT. LA MORT ET LA COMTESSE, d'après HOLBEIN.


Les deux gravures reproduites dans cette planche appartiennent à la magnifique série de dessins d'Hol- bein connus sous le nom de Simulachrei^ de la Mort. Elles représentent, d'une part, la Mort et le Soldat allemand, et, de l'autre, la Mort habillant une com- tesse. Nous ne ferons pas ici la description de ces figures : nous la réunirons à celles des planches originales d'Holbein que nous donnons plus lom. {Voyez l'explication des pi. XXVIII à XXXVI. ) Cepen- dant, nous ferons remarquer, à propos de la pre- mière, que l'allégorie de la Mort combattant avec l'homme a été maintes fois reproduite, et qu'il n'est pas rare d'en trouver des exemples dans des gra- vures séparées et même dans quelques Danses, telles


SLR LES DANSES DES «ORTS. 37

que celles de Lûbeck et d'Erfurt '. La présence des armes dans les mains de la Mort entraîne naturelle- ment l'idée d'un combat qu'elle livre à ses victimes et dont elle sort victorieuse. Toute résistance est inutile, comme elle le dit elle-même au Connétable dans les premières éditions de la Danse Macabre :


  • Voir le dixième groupe de la Danse de Liibeck et les n°^ 12 el

29 de celle d'Erfurl. Voir aussi le bas-relief du Musée d'Angers et le n» 17 des Accidents de l'Homme qui précèdent. — La gra- vure que nous reproduisons nest pas la seule de la .série dans laquelle Holbeln ait lait combattre la Mort : il a aussi représenté le Chevalier levant son épée contre le Squelette , qui le transperce avec une lance; puis son sujet du Soldat allemanJ se retrouve, à la lettre P, dans l'alphabet d'initiales ornées de sa Danse des Morts ( voyez l'explication de la pi. XVll ) ; et, dansune des bordures du livre qui renferme ces initiales, à la page 17 , le peintre Oslerwald a aussi figuré un Chevalier aux prises avec la Mort portant un bou- clier et une dague. Dans sa nombreuse nomenclature de sujets macabres, M. Douce cite (p. U)0 ) une planche où la Mort inter- vient dans une lutte entre denx soldats pour terrasser le vain- queur, el ( p. 198 ) une belle gravure flamande, datée de 1010, par Bolsverd, d'après Vinck Boons , où la Mort el le Temps s'iiiiissenl pour décocher des flèches contre des mortels qui s'elTorcent de repousser leurs attaques. M. Naumann cite ( p. 1 1 et 89) deux gravures du cabinet des cuivres de Dresde, dont l'une montre la Mort ayant en face d'elle un homme pour adversaire, el l'autre , mentionnée par Frédéric Kind , représente des hommes et des femujcs armés faisant une sortie hors de leur ville contre la Mort, qui lire sur eux avec une arquebuse. M. Naumann rappelle en- core avec raison, à ce propos, un passage de Troylus el Cresida , de Shakespeare , et dont voici le sens : « Je jette le gant à la Mort elle-même , pour soutenir que ton cœur est exempt de reproches. >•

Enfin, nous terminerons ces quelques exemples en ajoutant que , dans ses dessins intitulés Todientan: fiir aile Slande ( Danse des Morts pour tous étals, 1850 ), M. Merlvcl n'a plus fait de la Mort un comballant, mais le témoin d'un duel, où, les armes à la main , elle contribue à faire succomber un des partners à son profit.


38 ESSAI HISTOKIQUE

iJ'uii coup j'ithuts le plus cstable Bien n'est d'armes quand mort assaull.

Et nous-mèines, pour exprimer les derniers moments d'un mourant, nous nous servons chaque jour, au figuré, sans prétendre faire une métaphore, du mot agonie ', qui, par son étymologie, nous rappelle la pensée d'une lutte entre la vie et la mort.


PLANCHE XVII.


DA^SES DES MOUTS HANS DES LETTRES INITIALES.

Pour compléter notre œuvre, nous ferons accom- pagner les spécimens que nous donnons des diffé- rentes Danses Macabres d'une copie de quelques su- jets empruntés à cette Danse, et qu'à l'époque de la Renaissance on employa pour orner les lettres ini- tiales d'un grand nombre de volumes. On recherchait beaucoup alors toute espèce d'ornements capables d'illustrer de belles impressions , et comme la Danse des Morts était fort à la mode , elle ne tarda i)as à fournir aux artistes des sujets qui , probablement , furent goûtés et promptement imités.

PMle parut pour la première fois en alphabet, à Bàle,vers 1530, employée par les imprimeurs Bebe- lius, Isengrm, Cratander (dans un Galenus grec de


Du grec otywv, (■(iiiibal ( v(iyi/, Grinnii , p. SOO


SLK LKS DA.NSliS DtS MOHTS. 3'.-)

1538) , etc., ou plutôt, en 1526, à Strasbourg, dans une Bible grecque imprimée parWollTgang Cephaleus, qui la remit, en 1552, dans l'ouvrage intitulé : Hut- chii Romanorum principum effigies. Nous donnerons quelques détails sur cet alphabet , parce qu'il se rat- tache à la Danse des Morts d'Holbein, décrite plus loin, et qu'il peut, ajuste titre, être regardé comme un des chefs-d'œuvre de la gravure sur bois du xvi^ siècle. Il est dû à un graveur de mérite , Jean Lutzel- burger ou Leuczelburger, qui exécuta, pour les im- primeurs de Bàle , plusieurs autres alphabets illus- trés ( voyez Douce , p. 101 ) , mais parmi lesquels celui dont nous nous occupons est le seul où la Mort soit mise en jeu. Il fut fait de ce dernier un tirage à part , dont les exemplaires sont maintenant devenus telle- ment rares, qu'on n'en connaît guère que quatre complets ' .

Cet alphabet nous offre dans ses vingt-quatre lettres les sujets principaux de toute la Danse des Morts d'Holbein, qui parut plus tard, à diverses reprises, sous le titre de Simulachres de la Mort. Cette petite Danse d'Holbein, si nous pouvons ainsi la qualifier.


I M. Ellisseu , qui clonue les délails ( ilés plus h.mt , ilit aussi ( p. lOfi) où se trouvent ces exemplaires. L'uu, orné de cita- tions allemandes de la Bible, était à Leipzig, dans le cabinet de Winkler ; le second, sans noms imprimés, est en Angleterre, dans les mains de M. Douce, et les deuv autres, sur une seule feuille , sont à la bibliollièque de lîàle el dans le cabinet de Dresde. 11 ajoute à cela deux suites incomplète» : l'une, comptant vingt- trois lettres, dans la possession de M. Fiissli, à Zurich, et l'autre, composée de huit lettres seulement, ayant appartenu ii M. de Rumohr.


■\0 ESSAI UISTOKIQUE

n'est pas une réduction exacte de la grande ; mais Holbcin a dû , pour un grand nombre de sujets , s'ins- pirer de la création des premiers pour dessiner les autres '. A la fin de cet alphabet, on lit, en vieux caractères allemands : Hanns Liifzelhurger forms- chnider ' gênant Franck ( Jean Lutzelburger , gra- veur, surnommé Franck ). Ces quelques mots ont pour nous une grande importance; car, contraire- ment à ce qu'a dit M. Hegner ^ : qu'il faut croire, d'après cette phrase , que Lutzelburger , dont ses contemporains n'ont pas parlé, ne devait être qu'un


' Ces leUres carrées ont à peine vingt-quatre millimètres de chaque côté , et sont par conséquent trop petites pour que l'ar- tiste ait pu les orner des fonds quelfiuefois si animés que l'on ren- contre dans les Simulachres. Elles n'offrent pas comme ceux-ci les quatre premières ligures tirées de la Bible , ni les armes de la Mort : la lettre A représente le Concert des Squelettes; la Danse, sans distinction des ordres religieux et laïque, occupe les vingt- deux lettres qui suivent , et le tout se termine au Z, par le Juge- ment dernier. Les seules diftérences qui existent dans les deux séries sont les suivantes : a la lettre W, on voit ( outre le Moine, qui occupe la lettre 0) l'Ermite, qui manque danala grande Danse ; la lettre S représente une scène assez luhrique , la Mort caressant une courtisanne , sujet qui n'est pas fif,Miré dans les Simulachres et qu'il faut bien distinguer du sujet de la Comtesse [ voyez notre planche XVI); enlin la lettre V représente le Cavalier, qu'on ne ne doit pas confondre avec le Chevalier de l'autre série.

2 Ce mol de fonnschniiler, formschneider ( graveur, tailleur de formes) , donne lieu de croire à M. Douce (p. 101 ) que ces alpha- bets étaient ordinairement gravés, h la manière des gravures sur bois, sur des masses de métal propre à fondre les caractères. Cet alphabet a-t-il été ainsi exécuté ?l\'a-t-il pas plutôt été gravé sur le bois lui-même à la manière ordinaire :■ C'est encore là , et ce sera probablement toujours matière à contestation.

^ Leben Uans Holbein's des JUngern ( vie de Jean Holbein le jeune ). Derlin , IS27, p. ^32. — Voyez Elllssen, p. 107.


SLU LES DANSES DES MOHTS. 41

marchand d'estampes et non un graveur, parce que les marchands aimaient alors à se donner ce titre , nous pensons que Lutzelburger est le graveur de cette suite magnifique , et nous ajoutons que cette phrase nous porte beaucoup à regarder ce même ar- tiste comme le graveur de l'autre série, plus grande et non moins belle, d'Holbein '.

Cette Danse des Morts en alphabet fut deux fois copiée par l'imprimeur Christophe Froshauer, à Zu- rich. Schlott, à Strasbourg, et Cyriacus Jacob, à Francfort , en firent également faire plusieurs copies de différentes dimensions; HoUar en grava les six premiers sujets à l'eau-forte; et un grand nombre de lettres isolées qui en proviennent furent placées, aux xvie etxYii« siècles, dans des livres imprimés à Vienne, Londres, Southwarck, Pampelune , etc. ( Voyez Douce, p. 218 .)

Enfin, de nos jours, en 18-i9, un graveur allemand fort distingué, M. Loedel , en a donné une copie de


' Cette opinion est la mômo ((ue celle de MM. de Méchel , de Miirr (Journal zitr hiinslgeschirhte ) , Zaïii ( Enciclopedia meto- dica , !, X et xii ), et Douce, |). 214. Beaucoup de savants se sont occupés de ces initiales, les que MM. Hegner, de Runiolir { llans Holbein derJungere.Lei\mg, IS.^fi ),Weigel{ Suppléments l'article de M. de Ruiiiohr ) , Fiiossli ( Forlselziing nnd Erganzung des Kunstlerlexicons , Zurich , ISOG , p. ()59 ) . Frenze! ( dans sa des- cription complète de cet alphabet, insérée dans le Kunt.iblatt , 1S25 ), Pierre Vischer ( dans son article sur Holbein et l.ul/elbur- ger, même recueil , 1838;, Elissen, etc. Et , quoiqu'ils énietlent des opinions différentes, tous s'accordent au moins pour recon- naître l'élégance du dessin et la délicatesse de ces gravures sur bois qui ont été souvent prises pour des gravures sur cuivre.


42 ESSAI HISTOHIQUK

toute beauté ', Dès la même année, au mois de sep- tembre, cette admirable copie paraissait de nouveau dans un charmant petit volume orné d'encadrements dans le goût de ceux des livres d'Heures de la Renais- sance, et dus au crayon du peintre Osterwald ».

Il n'y eut pas que ces lettres qui furent ornées de dessins macabres ; car, dans les livres de la même époque, on en rencontre un grand nombre tout-à- fait différentes. M. Douce ( p. 219) en décrit quelques- unes, pour la plupart gravées sur bois; mais la liste est fort loin d'en être épuisée, et l'on nesauraitdire si elles ont fait partie d'alphabets complets. C'est dans cette nombreuse série de lettres éparses, tan- tôt romaines , gothiques ou même grecques , que


' Son recueil porte le liUc de : Hans UoWeins InUial-Biichsta- hen mil tlem Todtenlanz. Nanh llans Lntzelhnrger's original- holzschnitten im Dresilner kabinel zuin ersien mal Ireii copirt von Heinrich LoedeL... Goellingen. 1S49 , petit in-4. ( Lettres ini- tiales avec la Danse des Morts de Jean Ilolbein, d'après les gra- vures sur bois originales de Jean l.utzelburger , conservées au cabinet de Dresde , lidèlenient copiées pour la première fois par Henri Loedel.... Gœttingue , etc. ) Ces copies sont accompagnées de vers moraux et suivies de la dissertation fort intéressante du D' Adolphe Ellissen, que nous citons souvent dans cet ouvrage, sur les représentations de la Mort et les Danses Macabres.

' Le titre eu est : Ifolhenu pictoris Alphabetum Mords. — Des Malers Ihins Holbein Todtentanz Alphabet ,.... nnchgehildet von //. Loedel in Goellingen Koln, lionn und Drussel , ISii). ( L'Al- phabet avec Danse des Morts du peintre Holbein , gravé \yav Loe- del, à Gœttingue.... Cologne , Bonn et Bruxelles. ) Cette dernière édition est surtout remarquable par les soins qu'on a misa l'ini- . primer : les bordures seules sont en couleur rouge , et pour texte il n'y a que des citations de l'Ecriture , latines et allemandes, dont on a approprié le premier mot aux lettres initiales.


SUR LES DANSES DES MORTS. 4îî

sont choisies les trois initiales qui forment la xyii^ planche.

La lettre supérieure (L) est tirée de l'ouvrage de George Braun et Hogenbcrg : Théâtre des Cités du Monde ', 1576, in-fol. Elle se trouve dans le 3'" volume, en tête de la dédicace à l'archevêque de Cologne, Ernest, et plus loin elle est répétée, au folio 38. Elle représente un Empereur et un Pape jouant aux cartes et interrompus par la Mort, qui semble tenir dans sa main gauche un gobelet à dés pour les inviter à jouer aussi avec elle ^ Cette lettre , que M. Douce cite sans la préciser, est bien gravée sur bois; mais elle est loin d'égaler en perfection les lettres de Lu tzelburger que nous avons mentionnées.

La lettre inférieure (S) représente un Squelette qui effraie un enfant et qui sur sa bêche retire d'une fosse deux crânes , l'un coiffé d'une couronne , et l'autre d'un bonnet de manant. Tous deux sont main-


' Cet ouvrage, dont l'auteur s'appelle Bruin, Braun ou Lebrun , renferme encore un autre sujet , mais non plus nne lettre initiale , dans lequel on voit aussi la Mort. C'est à la planche de la Grotte du Chien, dans la province de Naples (:}' vol., f. 57 j : la Mort est dans un nuage surmonté de l'inscription Temerariis , et s'apprête à lancer un dard sur des hommes qui pénètrent dans la groUe.

^ On peut rapprocher ce petit sujet d'un dessin allégorique du xvii= siècle, gravé par un nommé P. Bertrand , et intitulé le Ber- lan (Bielan) de la vie humaine , où la Mort triomphe, dans une [lartie de cartes , de l'Homme , du Temps et de l'Amour ( hau- teur , deux cent quaU'e-vingt-dix-sept millimètres, largeur, deux cent treize millimètres), i Voyez le catalogue Leber, n° 13ôl, à la J)ibliothèque publique de Rouen. ; Comparez à cela la peinture que possédait jadis la cathédrale de Strasbourg , et que nous avons dé- crite dans la première partie de noire ouvrage.


44 ESSAI HISTORIQUE

tenant égaux, comme l'indique le mot idem gravé sur la bêche , et que la Mort rend véritable ; ce qui nous rappelle ce qu'a dit un poète :

Qu'iinporte , lors([u'on dort dans la nuit du tomheau , Qu'on ail porté le scppire ou traîné le làteau ?

Cette gravure porte le monogramme IF, et, d'après ce que nous apprend BruUiot (n«p,,no 1437.», on ne peut l'attribuer ici qu'à Jean Frobein , imprimeur à Bàle, au commencement du xvi« siècle, mais peu connu comme graveur, ou à Jean Fischer, de Stras- bourg, qui doit avoir gravé les figures d'une Bible imprimée en cette ville, en 1606 '.

Ce genre de lettres initiales représentait ordinaire- ment, dans le principe , des scènes tirées des Danses Macabres, ou au moins leur ressemblant par le fond du sujet. Cependant, il n'en fut pas toujours ainsi. Après le xvi<= siècle, on suivit de préférence un sys- tème d'ornementation plus direct, sans avoir recours à de petites scènes, comme le prouve la lettre S que personne n'a décrite et que nous offrons au milieu de notre planche. C'est en quelque sorte un triomphe de la Mort, qui se montre, la couronne sur la tète, entourée de petits squelettes habilement groupés.

Auxxvii'ï et xviii*= siècles, les deux Pierre Lesueur et les deux Jean Papillon , de Rouen , gravaient de


' M. Douce décrit celte lettre et dit quelle provient d'un livre inconnu. Nous regrettons de n'en pouvoir dire plus ; car, quolcjne toutes ces lettres se reproduisent fréquemment dans les livres de cette époque , nous ignorons au juste où E.-H. Langlois a copié celle-ci et celle qui tient le milieu de noire planche.


SUR LES DANSES DES MOUTS. ^ta

grands billets-alliches destinés aux enterrements et dont l'usage s'est conservé dans quelques villes jus- qu'à nos jours. On ne manque jamais de trouver dans ces feuilles de grandes initiales chargées d'insignes funèbres.

Nous ajouterons pour terminer, sans nous occuper précisément de ces ornements mortuaires, que, en gé- néral , tous les ornements des lettres initiales de cette époque sont en rapport avec la lettre elle-même , c'est-à-dire que le sujet offre une scène dans laquelle le rôle important est joué par un personnage dont le nom commence par l'initiale représentée. Avec le lettre A, par exemple, on trouve un Avare ( Ava- rusj, etc. ; de même ici , les initiales S sont en rap- port avec le Squelette fSceletusJ, et nous dirons de même que , dans la lettre supérieure de notre plan- che, l'artiste a choisi la lettre L pour indiquer le Jeu ( Ludus ), parce qu'effectivement on voit la Mort , le Pape et l'Empereur jouant ensemble.


PLANCHE XVIII.


LE CONCKnT DES SQUELETTES, LA MORT ET LE CHARRETIER, d'après HOLBEIN.


Les deux sujets de cette planche sont extraits de la Danse d'Holbein; mais, de même que pour la planche XVI, qui précède, nous en joignons l'expli- cation à celle des autres sujets originaux d'Holbein ,


/|6 ESSAI HISTORIQUE

qui occupent plus loin les n"^ XXVIII-XXXVI , et nous passons à la description des gravures suivantes.


PLANCHE XIX.


PANSE DES MORTS DE STRASBOURG.

L'ancienne église des Dominicains, de Strasbourg, que l'on connaît maintenant sous le nom de Temple neuf des Protestants, possédait une Danse des Morts, mais qui , depuis des siècles, avait été recouverte de plâtre, sans que l'on en ait jamais su l'époque ni la cause. On ignorait même l'existence de cette fresque, lorsque, dans l'été de 1824, des ouvriers, occupés à blanchir les murailles du temple, aperçurent, sur une partie crevassée du mur septentrional , des ves- tiges de couleurs. Un jeune architecte qui diri- geait les travaux, M. Arnold, ne négligea point cet indice, annonçant la présence de peintures; il fit enlever avec précaution les couches de plâtre qui laissèrent voir alors une fresque , et les recherches ayant été continuées sur le mur placé à l'ouest, on découvrit une suite non interrompue de tableaux re- présentant une Danse des Morts , dont notre planche reproduit une partie.

Quoique les couleurs en fussent encore assez fraî- ches , ces tableaux , élevés de plus de deux mètres au-dessus du sol , étaient malheureusement endom- magés ; on leur a fait subir depuis une légère restau-


SLR LES DANSKS DKS MOUTS. 4 t

ration. Les personnages ont un peu plus que la gran- deur naturelle , et la Mort ne s'y trouve peinte ni en squelette, ni avec une tête décharnée, comme à Bàle, mais sous la forme d'un cadavre excessivement maigre.

De même que la plupart des autres Danses , celle de Strasbourg commence par le Sermon du Prédica- teur, qui voit à ses pieds pour auditeurs un pape , dont le vêtement est chargé de broderies , un person- nage couvert d'un manteau fourré , un cardinal , un jeune évêque, deux adolescents, une religieuse te- nant ses mains jointes et élevées, un vieillard dor- mant , une matrone à la figure insouciante, et enfin, au bas de la chaire , une jeune fille dans une attitude calme , remarquable^ par son air de candeur et d'in- nocence. Des connaisseurs ont admiré cette dernière figure et prétendu, dit-on, que, par la beauté de la tête et la perfection des contours , elle est digne du crayon de Raphaël '.

Ce premier tableau est, du reste, supérieur aux suivants, exclusivement consacrés à la Danse; celle- ci est comprise sous une vingtaine d'arcades figu*


' Voyez l'ouvrage auquel nous faisons quelques emprunts et qui est intitulé : Die Neue Kirche in Strasburg , etc., von F.-W. Edel ( le Temple neuf, à Strasbourg, par Fréil.-Guill. Edel, pas- teur de ce temple. 1S25, in-8", fig. ). Voyez encore la descriplionile celle Danse donnée par M. Schweighaeuser, de Strasbourg, dans le Globe , journal littéraire ( n° i>).

La cathédrale de celle ville possédait aussi une peinture ana- logue à une Danse des Morts et que nous avons décrite dans notre première partie.


48 ESSAI HISTORIQUE

rées que supportent de légères colonnes. Cette Danse est d'autant plus curieuse, qu'elle ne consiste point, comme la plupart des autres, en une série de gens invariablement escortés chacun par un squelette et entraînés dans une même procession vers un même but , vers un cimetière : ce sont des groupes de personnages interrompus par la Mort et qui forment différents cortèges. La peinture de Stras- bourg n'a conservé du type primitif que le simulacre de processions auxquelles ses personnages parais- sent indirectement prendre part, et même elle sem- blerait être l'intermédiaire entre la Danse des Morts originale et celle d'Holbein , où la xMort vient enlever, au milieu de ses occupations, un mortel souvent en- touré d'un groupe d'autres vivants. Il ne faut, du reste , attribuer ces différences que présente la Danse de Strasbourg qu'au progrès naturel de l'art et au besoin qu'éprouvaient les artistes de franchir les li- mites étroites d'un type devenu monotone à force d'être reproduit.

Il serait fort difficile de distinguer dans cette fres- que autant de tableaux qu'il y a d'arcades ; il serait même plus régulier de dire que deux arcades sont nécessaires pour former un tableau : ainsi, le Pape et son cortège en occupent deux, et il en est de même <le l'Empereur et du Roi avec leurs suites respec- tives. 11 faut remarquer que l'artiste, tout en arran- geant ces peintures au gré de son imagination et sans suivre les règles primitives , a su convenable- ment assortir ses personnages aux sujets principaux dos groupes, de manière à former dans ces diverses


SUr\ LES DANSES DES MORTS. 49

scènes un ensemble (lue l'on ne rencontre pas dans les autres Danses de l'époque.

Reprenons maintenant la description de cette fres- que, et disons que, après le Sermon du Prédicateur, l'honneur est, comme toujours, réservé au Pape, que la Mort emmène le premier en lui passant le bras autour du cou. Il a pour suivants deux cardinaux et quelques autres personnages, qui tous semblent se soumettre assez tristement aux ordres de leur vain- queur. Ce tableau est, comme les précédents, fort bien exécuté ; les tètes sont même faites de main de maître.

Notre planche XIX reproduit les tableaux qui sui- vent immédiatement ceux-ci , et qui , beaucoup plus défectueux dans le dessin , sauf pour l'expression de quelques figures, paraissent être l'œuvre d'un autre peintre. C'est d'abord l'Empereur, l'Impératrice et leur suite; entre ces deux personnages, qui sont à la fleur de l'âge et qui paraissent consternés, la Mort, coiffée d'un linceul blanc , montre la tète et ceint de son bras gauche la taille de l'Impératrice. Un second squelette prend d'une main une jeune suivante et de l'autre saisit par la poitrine un adolescent qui oppose une vive résistance ; trois hommes, d'âges différents, terminent cette escorte.

Puis vient le Roi , d'une stature colossale , avec une Reine, ridiculement contournée, et, dans leur cor- tège , on remarque surtout un page qui porte un habit richement brodé et qui se cramponne autour d'un pilier pour mieux résister à la Mort.

I.a partie inférieure de notre planche nous dis-


50 ESSAI HISTORIQUE

pense de décrire le sujet suivant, qui représente une série de personnages ecclésiastiques, mitres pour la plupart, et précédés d'une figure que l'on a prise à tort pour une femme , mais qui n'est en réalité qu'un avocat ou un homme de loi.

Ici se termine la partie que l'on a conservée de cette Danse. Le reste , compris dans une dizaine d'ar- cades, représentait des moines, des religieuses de divers ordres et des personnages de conditions va- riées , tous également saisis par la Mort. Cette suite était à peine distincte, et, selon M. Schweighaeuser, elle était expliquée par une inscription presqu'effa- cée, qui contenait une maxime de morale (ce dont M. Edel ne fait aucune mention).

Mais , malgré le mérite de la plupart des têtes , le dépérissement dans lequel on trouva ces tableaux les rendait peu dignes de conservation , et, lorsque l'on acheva de blanchir la muraille, ils furent recouverts de peinture, ainsi qu'un tableau qui se trouvait en tète de la série, et qui représentait, dans de plus petites proportions, un certain nombre de saints divisés en trois compartiments.

Toutes les recherches que l'on fit pour découvrir quelques renseignements sur l'époque de l'exécution de cette Danse restèrent sans résultat; mais on peut facilement conclure, d'après le costume et le carac- tère des figures, qu'efie doit dater du milieu du xv^ siècle.

Quant à l'auteur de ces peintures , on présume que le célèbre Martin Schoen ou Schoengauer, qui mou- rut à Colmar avanl 1482, a pu faire les meilleures.


SUR LES DANSES DES MORTS. O)

et que les élèves de ce vieux maître ont exécuté celles qui présentent le moins de mérite. Les Domi- nicains abandonnèrent, en 1531 ou en 1546, leur église, qui servit de magasin jusqu'en 1550. De 1550 à 1561, les Protestants eurent la jouissance de ce temple ; mais la Danse des Morts ne put pas être exé- cutée dans cette dernière période de temps, car elle porte le caractère d'une autre époque , et peut-être même était-elle cachée depuis que les frères avaient abandonné le couvent.

Nous ferons remarquer , comme l'a dit M. Douce (p. 36 ^ , que les Danses des Morts se rencontrent assez souvent dans les couvents des Dominicains : ainsi celles de Strasbourg, de Bâle, de Berne, de Landshut en sont des exemples. Il est à croire que ce n'est point l'effet du hasard , mais que ces moines, dont l'institution avait alors principalement pour but la prédication , adoptèrent ces sortes de peintures, qui , tout en leur fournissant des thèmes de sermons, leur rappelaient la fragilité de la vie humaine.


PLANCHE XX.

MINIATURE TIRÉE DU PSAUTIER d'HENRI VI.

Cette gravure, déjà publiée parDibdin {Bibliograph. Decameron, t. I, p. 102) , est la reproduction d'une miniature qui décore un précieux volume faisant


r)2 KSSAI niSrORIOLE

partie de la Bibliothèque Cottonienue { Domitian XFIII ) : c'est un psautier enrichi de nombreuses et magnifiques miniatures, qu'on a supposé avoir appar- tenu à Richard II , encore enfant ; mais que M. Dibdin, se fondant principalement sur la considération de la table pascale qui ne commence qu'à l'année 1420 , vingt années après le meurtre de Richard, démontre victorieusement n'avoir pu appartenir qu'à Henri VI , couronné roi à Paris, en 1431, à l'âge de dix ans. L'enfant-roi est représenté trois fois dans ce manus- crit, vêtu d'un surcotetd'un manteau aux armes de France et d'Angleterre, agenouillé devant la Vierge , sous la protection, dans le premier cas, de saint Louis; dans le second , de sainte Catherine, dont il portait le nom , et , dans le dernier, assisté d'un per- sonnage qui doit être le ducdeBedfort.

Ce manuscrit pourrait bien être l'œuvre d'uncalli- graphe et d'un peintre français , puisque le calendrier fixé en tête est français, et que la plupart des saints mentionnés sont également des saints français. Le peintre paraît avoir eu une prédilection marquée pour les sujets monastiques , puisque les trois peintures que M. Dibdin a reproduites d'après ce précieux volume représentent toutes trois des moines ou des religieuses , assis dans leurs stalles et récitant pieu- sement leurs offices.

Deux de ces peintures n'offrent d'autre particula- rité notable qu'une vérité naïve de poses et d'attitudes dans les assistants; mais la troisième, qui est repré- sentée dans notre planche, se distingue en outre par une singularité fantastique ; au-dessus du dosseret


SUR LES DANSES DES MORTS. 53

des staliesse dressent cinq funèbres personnages, à demi décharnés, enveloppés de suaires et coiffés de tiares, de couronnes ou de chapeaux de cardinal. On s'explique difficilement le sens de cette appari- tion ; on peut toutefois supposer que le peintre a voulu faire entendre que les ombres des morts inhu- més dans l'église s'unissent dans un pieux concert aux prières des vivants. M. Dibdin , au reste, selon son habitude , ne donne aucune interprétation de ces curieuses peintures , et se borne h dire que ce sujet peut avoir fourni une idée à l'auteur des Danses des Morts.


PLANCHE XXI.


LA MORT, D APRÈS UN VITRAIL DE L EGLISE SAINT-PATRICE, DE ROL'EN.


Cette figure , pleine d'énergie, de caractère et de mouvement , et d'un dessin vigoureusement accen- tué , quoique peut-être un peu embelli par le graveur, qui en a trop curieusement poursuivi les détails, re- présente la Mort telle que la concevaient , dans leurs plus nobles inspirations, les artistes du moyen-âge. Nous avons dit ailleurs, en effet, que le squelette, en- tièrement dépouillé de chair, n'avait, en quelque sorte, jamais été admis par eux dans leurs composi- tions : soit , ce qui est fort probable , que leur science insuffisante n'osât aborder la difficile représentation


54 ESSAI HISTORIQUE

de la charpente du corps humain ; soit que la vue du cadavre plus ou moins émacié , corrompu , éviscéré, leur parût bien autrement susceptible d'inspirer l'horreur et l'épouvante que celle du froid squelette, chez lequel il est si difficile de justifier l'apparence du mouvement et de la vie. Ici, toutefois, l'artiste s'est bien gardé d'appeler à son aide le hideux pres- tige des chairs putréfiées et tombant par lambeaux. Sa figure de la Mort présente la maigreur de la souf- france et de la maladie , et non la corruption du sépulcre. Un suaire aux larges plis ondoie autour d'elle, et sa main droite, armée d'une longue jave- line, tandis que sa gauche tient un faisceau de flè- ches, semble chercher une victime à frapper. Au noble caractère empreint sur toute cette originale création , on ne saurait méconnaître une production de l'art le plus élevé; aussi n'est-il pas étonnant que des critiques exercés l'aient jugée digne , ainsi que toute la composition à laquelle elle appartient, d'être attribuée à l'un des plus grands peintres de la Renais- sance, au célèbre Jean Cousin. Disons quelques mots de cette composition, bien connue maintenant parla gravure qu'en a publiée E.-H. Kanglois, dans son Essai historique sur la Peinture sur Verre, pi. III et IV. C'est une des plus magnifiques verrières de cette église de Saint-Patrice de Rouen , qui contient en ce genre une véritable série de chefs-d'œuvre. Le sujet est le Triomphe de la Loi de Grâce '. Dans les


('."est ainsi que Laiiglois a (iiulilié ce sujet ilaus son /-.'.v.vc// sur


SUR LES DANSES DES MORTS. 55

panneaux intermédiaires delà verrière, divisée en trois étages superposés, on voit, sur un char de triomphe, le Christ en croix, au-devant duquel se tient la Foi chrétienne. Deux Vertus, Amour et Ohê- dience, traînent le char, et sont précédées des chefs d'Israël , conduits par Moïse et Aaron. Dans les pan- neaux inférieurs , figurent les ennemis que le Christ a vaincus ; ce sont : le Péché , représenté par nos pre- miers parents ; Satan , sous la figure d'un horrible monstre, assemblage d'animaux divers ; la 3Iort, telle que nous la montre notre gravure , et , enfin , la Chair, vêtue des plus splendides habits de cour des règnes de Henri II et de Charles IX, mais aveugle et chargée de chaînes. Les panneaux supérieurs , disposés dans les compartiments des meneaux, re- présentent le Christ triomphant et vainqueur du Démon.

Cette verrière, dont on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, ou de la noblesse et de la pureté du dessin , ou de l'éclat prestigieux des couleurs , doit être un don d'une confrérie de la Passion , qui fut instituée en cette église en 1374, et qui donna naissance à un puy , c'est-à-dire à une espèce d'académie , où l'on disputait chaque année des prix de poésie en l'hon- neur de la mort et du triomphe du Christ.


la Peinture sur verre. Mais nous serions porté à penser , d'après l'analogie que présente avec cette peinture un magnifique vitrail ([ui se volt dans l'église de Conches ' Eure ) , que ce sujet repré- sente le Triomphe de la Vierge.


5G ESSAI HISTORIQUE


PLANCHES XXII ET XXIIi.


LES TROIS MORTS ET LES TROIS VIFS, o'APRÈS LES ANCIENNES ÉDITIONS DE LA DANSE MACABRE.


Ces deux planches, dont la première représente trois jeunes Seigneurs à la chasse, se livrant au di- vertissement du vol du faucon , et dont la seconde représente trois Morts debout , auprès d'une croix de cimetière , avec l'accompagnement d'un ermite assis dans une grotte , se rencontrent dans la plu- part des anciennes éditions françaises de la Danse Macabre, depuis celle de i486, imprimée par Guyot Marchant , et dont la souscription mentionne le beau Dit des trois mors et des trois vifs ensembles, jusqu'aux plus récentes éditions deTroyes, qui font partie de la Bibliothèque Bleue. Elles servent d'illustration à cette légende , dont nous avons déjà parlé dans la première partie de cet ouvrage (p. 107-112), et les deux facsimile que nous offrons ici sont tirés de l'édi- tion de la Z^an.seil/flCflfere publiée, en 1528, à Troyes, par Nicolas Le Rouge.

Ces planches sont toujours accompagnées d'une pièce de vers trop longue pour être citée en entier, et qui forme une espèce de dialogue entre les divers acteurs de cette scène ■ . L'Anachorète égyptien saint


' Les jioèmes qui avaient pour objet de dramatiser la rencontre ries trois Morts et des trois Vils remontent à une é|X)i|ue lort


SUR LES DANSES DES MORTS. O/

Macaire , que l'on voit dans la grotte , prend le pre- mier la parole; il dit aux Seigneurs, en leur mon- trant les trois squelettes :

Ouvre les yeux créature chetiue

Viens veoir les failz de mort excessiue, etc.,

et raconte qu'il a vu en songe trois Morts qui lui ont montré des gens de conditions différentes, que le tré- pas a rendus égaux. Ces Morts interviennent ensuite eux-mêmes dans le dialogue pour faire de terribles remontrances aux trois Vivants, qui répondent en- semble, en témoignant de leur frayeur et de leur repentir.

Ces vers furent retouchés, comme les huitains de la Danse Macabre, dans les éditions postérieures de Troyes, qui, du reste, reproduisirent exactement les mômes dessins; dans ces dernières, l'Ermite com- mence en ces termes :

Ouvre tes yeux , ô créature ! Regarde dans celte peinture , Mais avec admiration , Le sujet de ma vision :


ancienne. Ils datent du xiii siècle , et , dans le Catalogue de La Vallière (t. II . p. 235-2:5() ), on trouve , sous le même numéro, la mention de ces trois pièces : l'une de 102 vers, sons ce titre : Ce sont U III mors et II III uis que Daudouins de Condé fîsl ; l'autre , de 2 Kl vers , intitulée : Chi commenche U lll mors et li m uis /ce maistres Nicholes de Marginal fist; et la troisième , de l!)2 vers, anonyme et ainsi formulée : Ckest des III mors et des III uis.

M. Jubinal dit aussi ; p. 109 ) qu'outre le Dit des trois Morts , il existe un Dit des trois mortes et des trois vives dans le Ms. I'J8 Noire-Dame ( Bibl. Nation. ].


58 ESSAI IIISTOKIOIF.

Trois morts avec leurs suaires Sortis de roinnre de leurs bières , Tous défigurés tous hideux , Se sont présentés à mes ypux. Leur chair à demi déchirée Des gros vers étoit la curée , |]t leurs os presque décharnez M'alloient empuantir le nez, Si je n'eus de cette place Aussi tôt détourné ma face.


Il expose encore sa vision des trois Morts qui lui font passer en revue tout le personnel d'une Danse Macabre en désignant d'une façon assez burlesque la qualité de chacun :

Celui que je te montre adhuc Porta la qualité de Duc ;


Celui-cy fut un gras Moine , Et cet autre un riche Prieur Toujours beuvant, toujours rieur, etc.


Parfois, nos planches offrent , suivant les éditions, une certaine différence. Ainsi , la figure de l'Ermite a été supprimée dans quelques reproductions, comme dans quelques peintures qui représentent cette lé- gende, ainsi que le prouvent les fresques de Fon- tenay et de Saint-Riquier , que nous donnons plus loin ( voyez les pi. XLYI et XLVII ).

Il est pour ainsi dire superflu d'ajouter à tout ce qui précède que le sujet des trois Morts et des trois Vifs est très fréquemment représenté dans les li- vres d'Heures et d'Offices manuscrits ou imprimés, dont M. Douce ( p. 228 ) a donné une liste incom-


SUR LES DANSES DES MORTS. 59

plète *. Cet auteur (p. 34) fait remarquer que la plus ancienne gravure que l'on puisse citer comme se rap- portant à cette configuration est celle qui se trouve dans un très rare volume xilographique , ou d'im- pression tabellaire, imprimé vers 1430, décrit par Dibdin, dans le Bibliotheca Spenceriana ( t. I , p. 30 ) , et qui a pour titre : Quindecim signa extremi judicii diem prœcedentia. Dans un fac simile que Dibdin a fait graver à l'appui de sa description , on voit , en effet , trois squelettes sortant d'une fosse ouverte , dans laquelle l'un d'entr'eux est même encore en partie englouti , se précipiter vers deux hommes qui s'enfuient avec tous les signes de l'efTroi. Nous pen- sons toutefois qu'il y a là ressemblance fortuite , mais non analogie réelle. Ce sujet représente le dixième signe qui doit annoncer aux humains l'ap-


' Dans ces livres, les deux gravures ne sont plus accompagnées d'une longue pièce de vers , mais seulement en général de qua- trains souvent insullisans , comme ceux-ci :

Pour les trois Morts :

Nous allons bien este eu chance Autrefoys comme estes a présent Mais vous viendrez a notre danse Comme nous sommes maintenant.

Pour les trois Vifs :

Nous sommes en f;Ioire et honneur Remplis de tous biens et cheuance. An monde mettant nostre cœur Kn y prenant nostre plaisance,

<jii d'inscriplions niorak's , telles ipic : Vigilule crgo ijiiia ncsciti.s iliein lier horain. — Mors invrilahiUs est cl hora ejiis iitcerUt. Comparez ces vers avec ceux de la peinture de Sainl-Ri(piier.


t)0 ESSM HIsrOlUQLE

proche du jugement dernier ; les morts sortant de leurs tombeaux et venant effrayer les vivants. Or, entre ce sujet général, s'appliquant à tous les hu- mains , et le sujet en quelque sorte local et spécial de saint Macaire , il n'y a point de rapport direct ni éloi- gné; il n'y a qu'une simple coïncidence d'action , une analogie purement pittoresque.

Nous ferons remarquer en terminant que, contrai- rement à l'usage adopté par presque tous les artistes du moyen-àge, qui cherchaient leurs inspirations dans la Légende Dorée , les artistes qui ont créé le sujet des trois Morts et des trois Vifs ne paraissent point avoir eu recours à cette source féconde, La légende de saint Macaire , d'après Jacques de Vora- gine, ne contient aucune allusion à une rencontre de la nature de celle que nous venons de décrire. Nous pouvons en dire autant de la vie de saint Ma- caire l'Egyptien et de celle de saint Macaire l'Alexan- drin , publiées par Bollandus , au xv et au ii de jan- vier { yicta Sanctorum); de sorte que nous ne sau- rions indiquer la source où légendaires, peintres et sculpteurs ont puisé l'idée de la vision de saint Ma- caire.

Nous devons pourtant ne pas laisser ignorer que quelques écrivains ont cru rencontrer dans l'agiogra- phie de saint Macaire, rapportée par la Légende Do- rée, ou dans des Actes plus anciens, une circons- tance qui , selon eux, a pu fournir aux artistes l'idée qu'ils auraient exploitée en la transformant. Nous voulons parler de la trouvaille (jue fit un jour saint Macaire de la tète d'un païen mort, qu'il interrogea


SUR LES DANSES DES MORTS. G1

sur sa destinée. Or , cette tète , en lui faisant con- naître que l'ame qui l'avait jadis animée était aux Enfers , lui révéla , sur ce lieu de tourments et sur la gradation des supplices qui sont infligés aux mé- créants et aux pervers , quelques détails qui rappel- lent les cercles infernaux du grand poème dantesque. Mais cette simple analogie ne nous paraît pas suffi- sante pour conclure à une imitation formelle ; et nous pensons que l'on rencontrerait facilement, dans la Légende Dorée , une foule de visions funèbres qui , bien mieux que le colloque dont nous venons de par- ler, pourraient suggérer l'apparition co nminatoire des trois Morts aux trois Vifs. Nous citerons comme exemple cette effrayante objurgation adressée par tous les morts d'un cimetière, sortis de leurs tombes, à rencontre d'un évêque qui avait suspendu certain prêtre de ses fonctions, parce qu'il célébrait cliaque jour le saint sacrifice en faveur des morts. Cette mystérieuse apparition est racontée dans la Légende de la Commémoration des fidèles défunts. Au reste, il est inutile de chercher à faire absolument sortir de l'ouvrage de J. de Voragine le mythe des trois Morts, puisque, d'après la citation que nous avons faite de trois poèmes du xiif siècle sur ce sijet, ce mythe parait plus ancien que la légende elle-même.


62 KSSAI lUSTORIOUE


PLANCHE XXIV


FOCRREAl DE DAGUE.


L'original de cette magnifique composition est un dessin destiné sans aucun doute à servir de modèle pour un ouvrage d'orfèvrerie ou de ciselure. Ce dessin, attribué avec toute probabilité à Holbein , est conservé à la bibliothèque publique de Bàle , parmi d'autres précieux monuments du génie de ce célèbre artiste '. Il fut d'abord publié à la fin de la première partie du grand ouvrage qu'un célèbre graveur de Bàle , Chrétien Mechel, consacra à reproduire toutes les œuvres d'Holbein [OEuvres de Jean Holbein, ou recueil de gravures, d'après ses plus beaux ouvrages, par Chré- tien de Mechel. Bàle, 1780-92 , pet. in-f». — Première partie : Z.e triomphe de la Mort, quarante-six sujets, en douze planches). M. Peignot en a donné une litho- graphie; M. Douce en a fait le frontispice de son curieux volume sur les Danses des Morts , déjà cité


' M. Jubinal dit (p. 1 1 J , en piirlant de ce sujet , qu'il a vu dans la bibliothèque de Bàle « deux poignards dont les fourreaux ri- '> chement ciselés représentent , l'un nne Danse des Morts attri- » buée , quant au dessin , a Holbein ; l'autre un sujet plus joyeux. » Il sendilerait résulter de cette assertion que l'original de notre gravure serait une ciselure , et non un dessin destiné à servir de modèle. Nous ferons cependant observer que tous ceux qui ont parlé de ce monument ne paraissent avoir eu en vue qu'un simple dessin.


SUR LES DANSES DES MORTS. 63

tant de fois dans le cours de cet ouvrage, et il y a joint une courte description (p. 133), dans laquelle il fait remarquer, avec une justesse parfaite, que le mouvement et l'énergie déployés dans ce merveil- leux morceau sont véritablement inimitables.

Six figures principales, un Roi, une Reine, un Homme d'Armes, une jeune Femme , un Moine et un Enfant, ayant chacun un Squelette pour compagnon, sont contraints par ceux-ci à suivre le mouvement de leur ronde infernale. Il serait impossible d'exprimer avec plus de sentiment, avec une vérité plus saisis- sante que ne l'a fait Holbein , le désespoir du Roi , l'abattement de la Reine, l'effroi du Guerrier aux sons de la trompette et du tambour que la Mort fait résonner à ses oreilles , les supplications de la Femme, la résistance du Moine et la désolation du pauvre Enfant. Ces expressions si justes , cette animation si vigoureuse, cet agencement si habile dans un espace aussi exigu, tout révèle la main d'un grand artiste, et fait de cette petite composition un véritable chef- d'œuvre.


PLANCHES XXV ET XXV BIS.


DANSE MACABRE DE FEMMES DANS UN CIMETIÈRE, d'aPRÈS UNE GRAVURE DES FRÈRES RIDINGER.

L'original de cette gravure est une vaste estampe , de soixante-trois centimètres de hauteur sur qua- rante-huit de largeur, gravée à la manière noire,


64 ESSAI HISTORIQUE

|);ir Jean-Jacob Ridinger, et imprimée, à Augsbourg, par Jean-Klie Ridinger, qui fut lui-même un graveur habile, né à Ulm en 1695 , et mort à Augsbourg en 1767. Cette gravure porte , dans l'original que nous avons sous les yeux , la double souscription suivante : f oh. lacob Ridinger sculps. — loh. EL Ridinger excu- dit Aug. Findel. Il paraît que cette souscription n'existe pas dans tous les exemplaires , car M. Douce , qui a mentionné et en partie décrit cette importante composition dans son ouvrage souvent cité ( Dance ofDeath, p. 164-5 ), l'indique comme étant anonyme, et ne fournit d'ailleurs aucun renseignement sur son auteur. M. Peignot , qui l'a minutieusement décrite { Recherches sur les Danses des Morts, p. 327-33), Tas- signe à son véritable auteur, en citant la souscrip- tion rapportée plus haut.

Nous ne décrirons pas de nouveau cette planche , après M. Peignot , puisque le lecteur peut s'en for- mer une juste et suffisante idée d'après la réduction au trait qu'il a sous les yeux ; mais cependant nous croyons devoir indiquer la formule latine des maxi- mes qui accompagnent chacun des médaillons. De même que les noms latins des personnages, chacune de ces maximes est répétée au-dessous dans une ligne de vieil allemand. 11 est à remarquer en passant que ces vers allemands sont des vers léonins rimant à l'hémistiche.

Au premier médaillon de la ligne supérieure , à gauche ( n" 3 de notre planche) , on voit la Mort qui entraîne un Pape, et on lit : Papa. — Nec infulœ parcit quidem mors triplici.


SUR LES DANSES DES MORTS. 65

Au second médaillon ( n» 4 ) , représentant la Mort et l'Empereur : Impcrator. — Mundo imperas : sed mors tibi.

Au troisième (n» 5 et ainsi de suite ) , représentant la Mort et un Roi , on trouve : Rex. — Mors sceptra ligonibus œquat.

Au quatrième, représentant la Mort et un Cardinal : Cardinales. — ■ Et purpuratos sœva mors rapit Patres.

La série se continue en descendant à droite , pour rebrousser ensuite à gauche et remonter jusqu'au point de départ.

Dans le cinquième médaillon , on trouve donc la Mort attirant un Evoque , avec cette devise : Episco- pus. — Et Episcopalis mitra juris estmei.

Dans le sixième, au-dessous de la Mort entraînant un Duc, on lit: Dux. — Meum (Meus) est in ipsos Prin- cipotus Principes.

Dans le septième , offrant la Mort et un Comte: Cames. — Comités et ipsos comito invisus cornes.

Le huitième médaillon représente la Mort et un Noble; on lit au bas : JVobilis. — Nobilishaud quis- quammortem effusit (effugit) etiam.

Le neuvième représente la Mort et un Bourgeois avec cette inscription : Ciiris. — fn Civitatem mortis omnes cogimur.

Le dixième représente la Mort et un Paysan ; on lit au bas : Rusticus. — Contra vim mortis non est medi- camen in hortis.

Dans le onzième , placé en remontant le long de la ligne de gauche , on voit trois personnages , la Mort, un Soldat et un Mendiant : Mendicus. — Miles. — La


06 ESS\I HISTORIQUE .

Mort s'exprime ainsi : Non tua me virtus, non débili- tas tua terret.

Enfin , dans le douzième , placé immédiatement au- dessous du premier, on voit la Mort entre un Fou et un Enfant qu'elle tient l'un et l'autre par la main. La devise est ainsi conçue ; Stultus. — En fans (Infans). — Tnsipiens , sapiens ad mortem œquo pede pergunt.

Indépendamment de ces inscriptions applicables à chaque sujet du pourtour, il s'en trouve encore deux autres, inscrites dans des cartouches placés au-des- sus et au-dessous du tableau central. Ces inscriptions, également répétées chacune en deux vers allemands, se rapportent particulièrement à de petits sujets remplissant les angles de ce même tableau. Ainsi , dans le cartouche d'en-bas ( n» 1 ) , placé entre deux sujets qui représentent: d'une part , l'Origine du mal . la Désobéissance de nos premiers pères, et de l'autre , l'Enfer, on lit cette devise :

Per uniits peccatum — Mors intravit in mundum.

Et, dans le cartouche d'en-haut ( n» 2), correspon- dant aux deux sujets supérieurs, qui représentent l'un la Crucifixion , l'autre le Paradis , on trouve ce distique :

Vulneris en nostri certam solamque medelam En data dirina prœtnia larga manu.

Le grand sujet , c'est-à-dire la Ronde Macabre des Femmes, qui occupe le centre de cette vaste compo- sition , n'a point d'inscription spéciale qui serve à le caractériser. Ici la Mort se montre galante : elle écarte les maris , que l'on voit dans les médaillons,


SUR LES DANSES DES MORTS. ()T

pour ne danser qu'avec les femmes, moitié au-de- dans, moitié au-dehors d'un cimetière, autour d'un cercueil qui renferme deux squelettes étendus , et non un seul , comme l'ont dit MM. Peignot et Leber (voyez sa Lettre, p. 24). M. Peignot a fait rem.ar- quer avec justesse que cette ronde était composée de neuf femmes , et que ce nombre était exactement celui des personnages représentés dans les médail- lons du pourtour, en faisant toutefois abstraction de trois personnages ecclésiastiques : le Pape , le Cardi- nal et l'Evèque. De sorte que ces neuf femmes sont en rapport direct de condition et d'ordre successif avec les neuf personnages laïques ci-dessus indiqués, depuis l'Impératrice, qui occupe le centre , jusqu'à la Folle, qui se tient à sa gauche ( en regardant l'es- tampe ). Toute cette composition , sous une forme et une distribution inusitées , a donc bien pour objet de représenter la Danse Macabre des Hommes et des Femmes , à l'imitation de celles des artistes du xv^ siècle. La scène se passe dans un cimetière rempli de tombes et dont la Mort pourrait dire , comme dans les éditions de Troyes :


Tout bossus sont mes cimetières.


C'est, en un mot, une véritable ronde funèbre, dont tous les personnages , mieux encore que dans la Danse de Lûbeck, se tiennent par la main pour dan- ser en rond. L'auteur de cette estampe avait toujours en vue l'idée de la danse; car, même dans les mé- daillons , il fait gambader le Squelette avec la plu- part de ses personnages.


()S ksSai historique

On peut affirmer que M. Peignot et M. Douce ne connaissaient que cette estampe , car ils n'eussent pas manqué , s'ils eussent su qu'elle avait un pen- dant, de le décrire, ou au moins de le mentionner. Or, nous avons ce pendant sous les yeux; il est de même grandeur que la gravure précédemment dé- crite , il offre la même disposition, il est gravé parle même artiste et dans le môme procédé de la manière noire. C'est la précieuse collection bibliographique de M. Leber, réunie à la Bibliothèque publique de Rouen, qui nous fournit ce pendant. Nous devons supposer qu'il est fort rare, puisque deux investiga- teurs aussi patients que M. Peignot et M. Douce n'ont pu réussir à le rencontrer. Cette rareté nous invite à le décrire avec quelque détail ( voir notre planche XXV bis ).

Cette gravure se compose , ainsi que la précédente, d'un grand sujet central et de médaillons d'entou- rage; toutefois, ces médaillons sont au nombre de dix seulement, la ligne inférieure étant en grande partie occupée par un cartouche oblong supporté par le Temps et la Renommée, et renfermant, sur deux colonnes , une inscription allemande en qua- torze vers, qui n'a pas de traduction correspondante, et qui se rapporte au sujet principal ' ; toutes les


' Voici la U'aduction des vers moraux qui se lro\ivent au bas de cette estampe, dont M. C. Leber lui-même ne soupçonnait peut- être pas la rareté; ces vers ont huit pieds et riment parfaitement :

Orgueil, regarde-toi dans ce miroir. — Ambition, vois bien cette image. — Arrogance , approche aussi — pour voir à quoi tu

il)ontiras. — Vous tous , Vices, veuillez prendre sur celle image


SUR LES DANSES DES MORTS. 69

autres inscriptions, que portent des cartouches placés au-dessous des médaillons , sont en deux langues, en allemand et en français '.

Cette composition a pour objet, dans son ensem- ble, de représenter la succession des différents âges de la vie humaine, aboutissant à la Mort, qui occupe, en souveraine, le tableau central. La personnifica- tion de l'inexorable déité a quelque chose d'étrange et d'inusité qui frappe tout d'abord l'imagination. Elle offre l'aspect d'un cadavre amaigri , dont la face aux cavités vides est pourvue d'une longue barbe blanche ; de grandes ailes déployées sont attachées à ses épaules ; elle tient d'une main la faux , et de l'autre le sablier. C'est la Mort avec les attributs du Temps , ou , si l'on aime mieux , c'est le Temps sous l'aspect effrayant de la Mort. Cette terrible apparition foule aux pieds les attributs de la puissance , de la richesse, des sciences et des arts. A côté d'elle, s'élève un vaste ossuaire comblé d'une pyramide de crânes entassés. Sur un plan plus reculé, deux messagers à cheval sonnent de la trompette ou font résonner leurs


un exemple qui parle au cœur.— Jeunes et Vieux , que vous soyez pauvres, — ou que vous soyez riches , — vous voyez tous par celle figure, — ce que c'est que l'homme dans la nature. — Sagesse, Folie et Gaité ^ finissent avec la vie , — et sont changées en une image semblable, — que personne n'a envie de regarder.

' Les inscriptions allemandes ne forment pas de vers et ne se composent guère que de quelques mots indiquant la position d'âge de l'individu , comme : 10 Jahr — ein Kind ( 1 ans , un enfant ) ; 20 Jahr — ein Jiingling ( :20 ans , un jeune homme); ou 90 Jahr — fier Kinder Spotl (i)0 ans , la moquerie des enfants) ; lOO Jahr — Genad dir CoK ( lOO ans, ([uo Dieu le soit clément).


70 ESSAI HISTORIQUE

timbales : ce sont encore de hideux cadavres déchar- nés. Tel est le sujet qui domine toute la composition et qui en constitue la véritable moralité. Les dix petites scènes groupées à l'entour sont moins ef- frayantes d'aspect, et la Mort ne figure en réalité qu'à la dernière , en quelque sorte comme conclu- sion obligée.

Voici l'indication des sujets représentés dans ces dix compositions accessoires , qui ont pour objet , comme nous l'avons dit, de personnifier la succes- sion des différents âges de la vie humaine. Deux personnages seulement, un de chaque sexe, que l'on peut suivre dans les différentes phases de la vie, for- ment l'économie de ces petites scènes , gracieuses au début et sévères à la fin. De même que, dans la plan- che précédente , tous les individus enlevés par la Mort ont à leurs pieds les attributs emblématiques de leur condition , de même ici l'homme et la femme ont toujours à leurs côtés quelqu'animal employé comme symbole caractéristique. Les légendes indi- quent que la transition entre chaque époque s'opère par laps de dix années , et pour que l'on puisse mieux suivre la description, nous avons fait numéroter, sur notre planche XXV bis , les écussons comme ils le sont dans l'estampe originale.

Premier sujet : Desjjeux d'enfants , et pour acces- soire un singe. Légende :

X. A ilix ans Sont cnfans.

DiM.ixième sujet : Les doux jeunes amants sont en


SUR LES DANSES DES MOUTS. 71

costume théâtral de bergers ; à leurs côtes est un agneau. Légende :

XX. A vingt ans la jeunesse N'a point de sagesse.

Troisième sujet : Le jeune homme et la jeune femme sont en riche costume de cour ; devant eux on voit un paon. Légende :

XXX. C'est ici la vigueur Et de la vie la fleur.

Quatrième sujet : L'homme et la femme d'âge plus mûr se promènent ; à leurs pieds une colombe est sur son nid. Légende :

XL. Le soin ici commence D'acquérir la substance.

Cinquième sujet : L'homme et la femme dans l'àgo de la maturité ; à leurs pieds un lion. Légende.

L. Fin et sage pour gagner Il veut son nid prép-irer.

Sixième sujet : L'homme et la femme vieillissent; ils sont suivis d'une oie et d'un chien. Légende :

LX. En ce degré de vie ,

L'homme de tout se défie.

Septième sujet : L'homme et la femme portent les traces du progrès de plus en plus marqué de l'âge; chacun d'eux tient un livre d'Heures; pour attribut un chien. Légende:

LXX. Le vieillard garde sa maison Et tout ce qu'il a de bon.


72 ESSAI niSTORiQui:

Huitième sujet : Les deux vieillards fléchissent sous le poids des années ; la femme file , et l'homme tient un large hanap ; pour attributs un hibou et un chat. Légende :

LXXX. Les dents tombants du vin un lr:iil Est des vieillards le doux lait.

Neuvième sujet : Nos deux personnages , toujours de plus en plus décrépits, ne marchent plus qu'à l'aide de béquilles; un àne chemine auprès d'eux. Légende :

XC. Du monde étant la moc(iuerie , La Mort chez soi nous convie.

Dixième et dernier sujet : Les deux vieillards , complètement impotents , sont affaissés au fond de larges fauteuils ; une bière est aux pieds de la femme, qui la montre du doigt, et un monument funéraire se dresse derrière l'homme. La Mort apparaît entre les deux et s'apprête à les frapper de son dard. Légende :

C. Ayant atteint de cent ans l'âge. Le Paradis est notre partage.

Telle est la description de cette planche singulière , qui ne porte au bas à droite que l'une des deux sous- criptions que nous avons signalées sur son pendant , celle de l'imprimeur, frère, comme nous l'avons dit, du graveur. Cette souscription est ainsi conçue : Joh. El. Ridinger exe. Aug. Find. Mais, quoique le nom du graveur soit omis, on ne saurait douter, môme après le plus léger examen , qu'elle ne soit de la même main (jue la précédente.


Sun LES DANSES DES MOUTS. 73


PLANCHE XXYl.

FIGURES TIRÉES D'UNE ALLÉGORIE QUALIFIÉE COMPLAINTE CONTRE LA MORT.

Cette planche, à deux figures gravées sur bois , est la partie inférieure d'une planche plus grande, insérée dans un très rare volume qu'on suppose avoir été imprimé à Bamberg, vers 1462, par AlbrechtPfister et qui a pour sujet les plaintes des vivants contre la Mort. Nous disons qu'on suppose avoir été imprimé , parce qu'en effet, il ne porte ni titre, ni indication d'imprimeur, de date et de lieu d'impression ; mais, comme on l'a trouvé joint à deux autres opuscules dont l'un porte la souscription d'ÂlbrechtPfister et la date de 1462, et qu'ils paraissent tous trois imprimés avec les mêmes caractères, on leur attribue naturel- lement la même origine. Camus a consacré un savant Mémoire à la description de ces trois ouvrages, d'après le seul exemplaire probablement complet qui existe et qui fait partie de la Bibliothèque Nationale ' . Nous puisons dans cette notice les renseignements sui- vants :

L'ouvrage, composé de vingt-quatre feuillets , est sans titre; c'est un recueil de plaintes contre la Mort et de réponses de la Mort aux accusations dirigées


' Mémoires rie ritislitid, LillùiaUire cl Bcau\-Ails I. Il . •il>[>oiKlicc, p. (i L'\ suiv. .


74 ESSAI HISTORIQUE

contre elle. Le texte est divisé en trente-quatre cha- pitres. Le premier chapitre commence, sans préHmi- naire, par les injures que le plaignant adresse à la Mort ; celle-ci se défend dans le second chapitre ; le plaignant reprend la parole dans le troisième , et ainsi alternativement jusqu'au trente-troisième , dont le sommaire avertit que Dieu prononce sa sentence entre la Mort et le plaignant. Après quelques lieux com- muns sur la facilité avec laquelle on se plaint de tout, la sentence est formulée en ces termes : " Le plaignant est jugé ; la Mort a gain de cause. De droit, chaque homme doit sa vie à la Mort, son corps à la terre, son ame à nous. >> Le plaignant , voyant qu'il a perdu sa cause contre la Mort , prend le parti de prier Dieu pour l'ame de sa femme. Le sommaire du chapitre trente-quatrième annonce ce sujet; il prévient qu'on va lire un modèle de prière , et il avertit, d'une ma- nière assez singulière, que le nom du plaignant est exprimé par les lettres rouges majuscules qui se trouvent semées dans le chapitre ; ces lettres rouges sont: I H ESAN W, dont l'auteur de la notice ne propose point l'explication. Le plaignant est plus expli- cite à l'égard de sa femme : il la nomme Marguerite dans la prière. Cette prière , au reste , est fort origi- nale ; Dieu y est non seulement appelé le Saint des Saints, mais encore l'Electeur qui préside au choix de tous les électeurs , le Maître-d'Hôtel de la cour céleste, le Grand-Duc de l'armée céleste, etc. Ce style est en allemand du XV«^ siècle.

Voici maintenant la description des cinq estampes qui décorent ce curieux opuscule : La première repré-


SUR LES DANSES DES MORTS. 75

sente la Mort sur un trône ; devant elle un homme et un enfant paraissent se plaindre qu'elle ait enlevé une femme qu'on voit enveloppée dans un linceul, sur une tombe. La seconde représente également la Mort sur un trône , le même personnage qui lui adresse ses plaintes , et plusieurs autres personnages à la tête desquels figure un pape, qui tous se traînent triste- ment aux pieds de la Mort, pour y déposer les attri- buts de leur dignité. Dans la troisième, sont deux figures de la Mort dont l'une , marchant à pied, fauche garçons et filles, tandis que l'autre, à cheval, poursuit des cavaliers et leur lance des flèches. Dans la qua- trième , divisée en deux parties, la partie supérieure représente le plaignant en présence de la Mort assise sur un trône; dans la partie inférieure on voit un couvent etdes religieux, un jardin et des personnages mondains.

La cinquième estampe est celle dont notre planche reproduit la partie inférieure ; les deux personnages principaux de ce petit drame pieux y sont représen- tés ; c'est la Mort et le plaignant ; ils comparaissent de- vant Jésus-Christ, assis sur un trône , dans la partie supérieure, entre deux anges, sous un ciel parsemé d'étoiles '.


' Outre la notice de Camus , voyez encore Heinecken ( Idée d'mie Collection complète d'Estampes . p. 276), \i\hA\n[BibHnthera Spenceriana, t. \", p. lOi, note ) et Douce ( p. 168 ), qui rectifie une grave erreur de Camus, repétée par M. Dihdin , touchant la des- cription d'une des planches citées.


70 KSSAl UISTOIUQLE


PLANCHE XXYU.

daxsi-; de plusieurs squelettes, u'après la chronique de nuremberg.

Cette gravure , d'un caractère qu'on pourrait appe- ler sauvage et d'une énergie si extraordinaire, est extraite de l'important ouvrage connu vulgairement sous le nom de Chronique de Nuremberg, mais dont le véritable titre , confondu dans un majestueux préfixe avec l'intitulé de la table des chapitres, peut être ainsi fornmlé : Liber Chronicarum cum figuris et imaginibus ab initia mundi. C'est en effet une histoire universelle décorée de figures gravées sur bois, de toute dimen- sion et d'un nombre tellement considérable , que des amateurs, qui ont pris la peine de les compter, l'éva- luent à deux mille deux cent cinquante. Cette éton- nante publication, l'une des plus splendides, sans contredit , qu'ait accomplies l'art typographique à la fin du xye siècle, fut achevée et mise au jour en 1493, par Antoine Koberger, imprimeur de Nurem- berg, avec l'aide de Hartman Schedel , médecin, qui rédigea le texte, et de deux artistes, Michel Wolge- mut et Guillaume Pleydenwurff, qui composèrent les figures : Adhibitis tamen viris mathematicis pingendi- que arte peritissimis Michaele ff^olgemut et Ifilhemo Pleydenwurff quorum solerti acuratissimaquc animad- versione tum civitatum tutti virorutn figure itiserte aunt. C'est ainsi ([uo s'exprime la souscription finale


«UR LES DWSES DES MORTS. i (

de l'ouvrage, et nous ne pensons pas que, d'après ces termes peu explicites, on puisse déterminer quelle part spéciale chacun des deux artistes prit à cette vaste suite de compositions figurées , c'est-à-dire si l'un d'entr'eux fut exclusivement à l'autre le des- sinateur ou le graveur. Quelques critiques ■ ont, ce- pendant, tranché cette difficulté, en décidant que Pleydenwurff tailla les planches de bois sur les des- sins deWolgemut, qui fut, comme on sait, le maître d'Albert Durer; mais cette opinion nous paraît hasar- dée , jusqu'à ce qu'on ait démontré que Pleydenwurff était un graveur sur bois, et non plutôt, comme semble l'indiquer ce titre, viri mathematici, que la souscription lui appliq'ue, ainsi qu'à son compagnon , un géographe ou quelque chose d'approchant. Le nombre considérable de plans et de vues de cités qui décorent la Chronique nécessitait , en effet , l'inter- vention d'un savant de ce genre. Quant aux graveurs sur bois, aux tailleurs de formes, c'étaient en géné- ral de simples ouvriers auxquels les éditeurs accor- daient rarement dans leurs souscriptions l'honneur dune mention. Mais laissons de côté cette digres- sion, qui n'avait pour but que de rechercher à quel artiste on pouvait, avec quelque probabilité, rap- porter l'étrange composition qui fait le sujet de notre planche; opinons pourWolgemut, bien connu, d'ail- leurs, comme peintre et graveur en taille-douce, et spécifions tout ce qui peut servir à caractériser le sujet qui nous occupe.

' Hubert et Rosi, Manuel des Amateurs, t 1", \k 7i9.


78 ESSAI HISTORIQUE

La planche représente cinq squelettes dont trois sont dans l'action d'exécuter une espèce de saltation forcenée, aux sons d'un instrument que fait résonner un quatrième, tandis que le dernier, enveloppé d'un suaire, semble s'éveiller et sortir de sa tombe ouverte, comme s'il se sentait ravivé par les excitations de ce monstrueux sabbat.

Ce sujet, que surmonte l'inscription : Imago Mor- ds , occupe le recto du feuillet CCLXIIII , entre le cha- pitre : De morte ac fine rerum, qui termine \e septima œtas mundi, et le chapitre De extremo judicio ac fine mundi, qui commence une courte division intitulée Ultima œtas mundi. Trente-neuf vers latins viennent à la suite de cette planche et lui servent, sinon d'expli- cation, au moins d'accompagnement moral appro- prié. Voici les premiers et les plus caractéristiques:

iîîoitc niijil mcliuâ. Uita iiil pcjus imqiiii (0 pvimn mov6 Ijcimiiuim. rcquics rtcrna laboruin

  • Eu sentie judjum ôomino uolente relaïas

Uiiutorum que graues abtmis eeruiee rntljriias VÊïiliumqiic leuiis. et rareeris IjOôtia fvaiigis (Êrijjis tnîitgiib. judti bouo partiluis equaits 3tquc imiuota muitcs. mtllii ctoidbilis mit.

Etc., etc.

Ajoutons, avant de terminer ce qui concerne cette planche , que c'est dans cette Chronique, entre les années 1023 et 1034 (folio CLXXXVII, verso) , que se trouve racontée, sous le titre de Coreizantes per an- num , l'histoire des danseuses du cimetière de S. Magnus , en Saxe , que nous avons citée dans le cours de cet ouvrage.


SUR LES DANSES DES MORTS. 79

L'archevêque qui fitcesser la punition des danseuses y est nommé Horehertus. Cette légende se termine ainsi : Hoc scriptum reliquit ubertus qui fuit unus ex eis, c'est-à-dire un des acteurs de ce drame étrange. Une gravure sur bois représente les victimes de cette punition céleste , au nombre de huit divisés en qua- tre couples, et paraissant beaucoup plutôt se livrer au plaisir de la promenade qu'exécuter une danse forcenée. Deux musiciens accompagnent les évolu- tions de ces danseuses du son de leurs instruments.

Une autre danse , qui entraîna également une puni- tion divine , mais où la Mort n'est pas mise en scène , est citée et représentée dans cette chronique, fol. CCXVII, recto, et rapportée aux années 1277 - 1285.


PLANCHES XXVIII-XXXVI.

DANSE DES MORTS d'HOLUEIN.

li n'est peut-être pas, dans cet ouvrage, de ques- tions plus difïiciles à résoudre que celles qui sont relatives à Holbein. Rarement on a vu les savants aussi divisés qu'à cet égard, et cette scission dans les opinions ne date guère que de quelques années. Car, aux derniers siècles , on s'accordait généra- lement à reconnaître Holbein comme l'auteur de la Danse des Morts qui porte son nom , et aujour- d'hui, depuis que des auteurs éclairés ont sérieuse- ment approfondi ce sujet et qu'ils se sont livrés aux


SO ESSAI HISTORIQUE

investigations les plus complètes, un certain nombre d'entr'eux n'hésite pas à refuser à Holbein toute par- ticipation soit au dessin , soit à la gravure de cette suite d'estampes si curieuses. Nous allons, du reste, passer en revue les diverses opinions qui ont été soutenues à ce propos; mais, auparavant, nous dirons quelques mots de la vie d'Holbein, qui elle- même a été différemment racontée.

Hans (Jean) Holbein est né, soit à Bàle, soit à Augsbourg ou à Griinstadt, en 1495, ou, suivant l'opinion la plus répandue , en 1498. Il était proba- blement le dernier de trois fils , et leur père , qui était peintre , leur fit prendre à tous trois la même car- rière. C'est à Bâle qu'il Fut élevé, dans l'atelier de son père, dont il portait le prénom et qui, après avoir quelque temps résidé à Augsbourg, était venu se fixer dans cette première ville. Notre Hans Holbein y travailla de bonne heure ; il fit des travaux de gravure pour le célèbre imprimeur Froben , et se lia intimement avec Erasme, dont il fit même le portrait.

Vers 1526 , il quitta Bàle pour se rendre à Londres, attiré, selon les uns, par la cour d'Angleterre, ou , selon d'autres, poussé par la misère et la faim '. Il


• Nicolas Gueudeville ( Biographie d'Holbein , en tête de la tra- duction de Y Eloge de la Folie, d'Erasme. Leyde, 17 13) et, d'après lui , Horace Walpole (Anecdotes of painting in England, 1762) ont, en effet, représenté Holbein comme un mendiant liber- tin et vagabond. Mais Gueudeville n'indique ni les sources aux- quelles il a puisé , ni les preuves de ce qu'il avance; aussi , nous préférons la biographie qu'a donnée M. Forloul ( La Danse des


SUI». LKS DANSES DES MORTS. 81

s'adressa à Thomas Moore, avec une lettre de recom- mandation que lui avait donnée Erasme. Moore, dont il devint l'hôte et l'ami , le présenta bientôt à Herni VIH, qui le prit en alTection et le retint dans son palais de Whitehall. Holbein fit les portraits des personnages de la cour, et ne retourna que fort peu de temps à Bàle, en 1529 et en 1538. Enfin, après avoir perdu ses amis Thomas Moore et Erasme, il se fixa près de la cour d'Angleterre, presque seul et sans enfants, et il y mourut, en 1555, enlevé par la peste.

On ne peut préciser l'époque à laquelle il dessina la Danse des Morts , dont l'idée lui fut peut-être sug- gérée par la vue de celle que Bàle possédait depuis près d'un siècle dans le cimetière des Dominicains. On sait seulement que les premières épreuves paru- rent sans texte vers 1530, et huit ans plus tard dans un volume de piété que les frères Trechsel impri- mèrent à Lyon , sous le titre de Simulachres de ia 3Tnrf.


Morts , dessinée par Holbein, Paris [|S12], cli. X ). Voir encore le travail complet à ce sujet de M. Ulrich Hegner, pulilié en 1827, à Berlin , sous le litre de Leben Hans Holbein s des Jilnyern ( Vie de Jean Holbein le jeune). Dans le premier volume de ses Cala- combes { Paris, lS;iO, 6 vol. in-18 ), M. Jules Janin a fait aussi une biographie d'Holbein , mais en forme de roman. On ne pourrait s'en rapportera ce qu'il avance , car il commet deiiv erreurs à propos de la Danse de Bàle, qui d'abord aurait, selon lui, été peinte par Holbein, et qui se trouverait sur un des ponts couverts de celte ville. Cette peinture était placée, au contraire, sur le mur du cimelière des Dominicains, et il y a ici confusion avec la Danse de Lucerne.

6


82 i:ssM msuMuoLi:

Nous décrirons cette Danse lorsque nous aurons jeté un coup-d'œil sur les opinions contradictoires que, depuis quelques années, elle a soulevées parmi les savants.

Holbein a-t-il dessiné cette Danse des Morts? l'a-t-il gravée? Ces deux questions divisent les érudits.

Nous croyons devoir répondre atTirmativement quant à la première : nous pensons qu 'Holbein a des- siné cette série d'admirables figures, et nous parta- geons en cela les avis de MM. Peignot , de Rumolir, Hegner, Brulliot , Massmann , Forltou , Jubinal , Nau- mann et autres. MM. Leber et Dou-ce s'appuient pour soutenir le contraire sur les phrases suivantes de la dédicace mise en tête de la première édition des Simulachres de Lyon, et ainsi conçues :

« Retournant à nos figurées faces de mort, très » grandement vient à regretter la mort de celluy qui M nous en a imaginé si élégantes figures ; » et « la » Mort craignant que cet excellent painctre ne la pai- » gnist tant vifve , qu'elle ne fut plus crainte pour " mort, et que pour cela même n'en devint immor- » tel, que , à cette cause , elle lui accéléra si fort ses » jours, qu'il ne peult parachever plusieurs autres •> figures jà par luy trassées , mesme celle du char- » retier froissé et espaulti sous son ruiné chariot , les » roes et chevaulx duquel sont la si epouvantable- « menttrezbuchez, qu'il y a autant d'horreur à veoir » leur précipitation que de gaie a contempler la » friandise d'une mort qui furtivement succe avec un «chalumeau le vin du tonneau effondré. >( Voyez pi. XVIIl. )


SVU I.KS DANSKS DES MOUTS. 83

Os deux phrases, indiquant la mort de. l'artiste, ont servi à M. Leber (voyez sa Lettre, p. 78 ) et à M. Douce pour prétendre qu'il ne peut ici être ques- tion d'Holbein , puisque ce peintre ne mourut qu'en 1554 , c'est-à-dire seize ans après que l'édition de 1538 fut faite.

M. Douce suppose seulement qu'Holbein aurait travaillé à cette suite de figures pour les compléter ( car, dans le principe , elles furent publiées au nom- bre de quarante-une, et plus tard à celui de cin- quante-trois), et il émet, à ce sujet, une hypothèse qui est loin de porter en elle un grand caractère de vraisemblance. Il invoque un quatrain du poète Nicolas Bourbon ', probablement dicté par la flatte- rie , et dans lequel un artiste inconnu , nommé Georges Reperdius , est comparé à Holbein. M. Douce s'empare donc de ce quatrain, tiré des Nugœ:

Videre qui vull Parrhasiiim cum Zeuxide

Accersat a Britannia Hansiiin Ulbiuiii et Georgiura Reperdium

Lugduno nb urbe Gallko ;

et , rapprochant ces vers de la seconde phrase que nous avons citée plus haut, il suppose, en vertu


' Nicolas Bouii)on dit l'Ancien , par rapporta son petit neveu, naquit en l50;i , à Vandeuvre, près de Langres, et mourut au mi- lieu du xvi" siècle. Il se fit connaître de bonne heure par ses tra- vaux littéraires, surtout par ses poésies latines, qu'il adressait aux grands personnages de l'Europe, et dont il fit un recueil sous le titre de Nugœ ( Lyon. 1538 , Gryphius, et Bàle , 1540. In-8 ). Ce recueil n'est qu'une série assez fade de pièces louangeuses adressées a diverses personnes.


8/| F.SSAI lllSiUlUQlt-:

du mot Lugduno, i\iw ce Ueperdius aurait fait la pre- mière suite des dessins des Simulachrea , et qu'après sa mort, Holbein les aurait continués.

Il est fort peu probable que les choses se soient ainsi passées; car, sauf pour les quatre figures d'en- fants qui parurent à la suite de la Danse des Morts, et encore très tard, en 1545, l'uniformité des des- sins indique évidemment qu'un seul et même peintre a composé cette série; de plus, l'invention de su- jets d'une originalité aussi piquante eût suffi pour donner un certain renom à son auteur, et nulle autre part il n'est question de Reperdius ' : aucun bio- graphe n'en parle. Aussi est-il probable que c'est une flatterie d'assez mauvais goût qui aura inspiré à Nicolas Bourbon l'idée de mettre au même rang qu'Holbein un artiste d'un mérite apparemment peu élevé, pour les comparer à deux des plus grands maîtres de l'antiquité.

Enfin , ce quatrain n'accompagnait pas la Danse des Morts; il n'y est pas non plus (juestion de Reper- dius comme dessinateur de ces sujets macabres, tandis qu'il existe un autre quatrain également de


1 A l'égard de cet arlisle , M. Massmann demande ( p. 7 ) si ce ne serait pas le même que le Hollandais Jean-Guillaume Riperda ( en lalin Reperdius ), célèbre aventurier qui fut duc, premier ministre d'Espagne, et tour-à-tour protestant, catholique, musul- man, et, enfin, qui mourut misérable en Afrique. Mais, quand bien même ce Riperda eût été un artiste distingué , il n'aurait .jamais été vanté par Bourbon, puisqu'il natpiil à la fin du .\vii«  siècle et qu'il mourut en 1737, c'est-ii-dire deux cents ans.après l'épocpie à laquelle Bourbon eùl pu le connaître.


SUn LES DANSKS DKS MOI'.TS. 85

Bourbon ', et dans lequel Holbein est spécialement (iésigné par ce poète, son contemporain et ami, comme le seul auteur de ces figures. Voici ce qua- train , qui suffirait presque à réfuter l'opinion de MM. Leber et Douce :

Duni niortis Hansus piclor imaginein expriiiiil, Tantà arte inortem rettulit , ul mors viverc Videalur ipsa et ipse se inimortalibus i'ai'em Diis t'ecerit, operis hujus glorià •'.


' Voyez les Nugœ , p. 127, édil. de Lyon, et p. 445, édition de Hàle.

' M. Douce ne croit pas que les Simulachres de la Mort soient l'invention d'Holbein ; mais, ne pouvant réfuter ces vers , qui dé- signent cet artiste comme leur auteur, il fait rapporter ce qua- train h une fresque représentant une Danse Macabre que , d'après le graveur NieuhofF Piccard, Holbein aurait exécutée de grandeur naturelle dans les galeries du palais de Whitehall. C'est du moins ce que dit N. Piccard dans des notes manuscrites qu'il a adressées à quelques-uns de ses amis ( voyez Douce , p. 141 ). Mais l'incen- die qui détruisit le palais, en 1097, nous enlève toute certitude à cet égard et nous livre a des conjectures d'autant moins probables, que Piccard commet une erreur en ajoutant que cette Danse des Morts de Whitehall a été gravée par Holbein lui-même, tandis qu'il paraît certain que jamais Holbein n'a gravé de suite pareille.

Pour soutenir son opinion, M. Douce { p. 145) attribue encore à la Danse de Whitehall des vers anglais de Mathew Prior, qui, dit-il , ne devait pas connaître d'autre peinture de ce genre et dans lesquels :

Iinpi'i'ioiis dratli

leads iip Holbein^s Dancf

[l'impérieuse Mort mène la Danse d'Holbein }. rSous croyons que le poète a eu en vue quelqu'édition des Simulachres , et non une peinture faite à Whitehall. Enfin, il n'est question de cette Danse dans aucun écrivain du temps. Charles Patin , dans ses Helations historiques el curieuses de voyages { Lyon , l(i74 , in-l8 , p. iTO et suivantes \ décrit avec assez de soin les curiosités et les tableaux


80 ESSAI msToiiiQir:

Ces vers prouvent assez qu'Holbeiii a dessiné ces planches, et que, si l'opinion qui lui attribue la créa- tion de ces dessins est erronée , au moins n'est-elle point le résultat de la confusion des siècles qui ont suivi son époque, mais qu'elle existait déjà du temps de ce peintre.

Pourquoi s'étonnerait-on qu'Holbein , élevé avec la Danse de Bàle sous les yeux , ait dessiné lui-même une Danse des Morts, lui qui , parfois encore, a mis le Squelette en scène dans d'autres peintures ■ ?


il'Holbein reniermés dans ce château , qu'il dut visiter en l(i7l , par conséquent, longtemps avant rincendic , et il ne dit pas un mot de cette peinture, qui certainement n'aurait pas manqué de le frapper.

' Voyez les ornements du fourreau de dague dessinés par Hol- bein ( il» partie, pi. XXIV , p.G2 ); voyez aussi un dessin que cite M. Douce (p. i45 ) , copié par Isaac Oliver, d'après Holbein ( la Mort et un électeur d'Allemagne ), et encore le tableau à l'huile représentant la Mort et une jeune Fille, dont M. Fortoul fait mention ( p. 172).

Les dessins des Simulachres sont assez curieux pour que l'on mentionne dans quelles mains ils sont passés. Ils étaient originai- rement dans la collection Arundel, en Angleterre, et passèrent de là dans les Pays-Bas , où quarante-six devinrent la propriété du peintre .lean Bockhorst. Ils tombèrent ensuite dans les mains de M. de (a-ozat . à la vente duquel , en 1771 , ils furent achetés par le conseiller Flelschmann , de Strasbourg, qui les offrit à Ch. de Méchel. Ce dernier les accepta , mais pour les donner à la bibliothèque de Bàle. Puis le conseiller oublia sa promesse dans ses dernières années; il céda les dessins au prince de G;dlitzin.

lml).ls^adeur de Russie à Vienne , qui les prêta deux ans a Ch. de

Méchel, pour les graver. Ils sont maiutenanl à Saint-Pétersbourg, ilaus la collection de l'empereur de Russie ( voyez le Catalogue (;rozat et Douce , p. 135 et 236 ). Huber et Host rapportent qu'en 1797, ces dessins étaient k Bàle ( Ellissen, p. I2G, note !)i].(;e doit être une erreur, et, en tous cas , ils n'auraient pas alors été d;ui'-


SUR LES DANSES DES MORTS, 87

Le contraire serait presque singulier ; car en ad- mettant que le témoignage de Nicolas Bourbon n'exis- tât pas , quel autre peintre de cette époque pourrait- on substituer à Holbein pour lui enlever la création de ce chef-d'œuvre ?

Les quatre premières figures de la Danse sont même mises en tête de la Bible ', ce qui semble in-


les mains de Méchei , puisque ses éditions des copies d'ilolitein sont bien antérieures et que sa dernière date de 1790.

' Holbein est suiBsamment désigné comme leur auteur par Bourbon dans son Carmen ad Lectorem qui est ordinairement en tête des diverses éditions des ligures du Vieux-Testament , et enlr'autres celle de 1539 : Historiarum Veteris Testamenti Icônes, Lugduni , Trechsel fratres , 1 539 :

Holbius est homini nomen

Nain tabulam si quis videat quam pinxerit Harisits

Holbius , ille arlis j^loria prima sua'

Hîs Hansi iîihnVis repra-sentantur. ,

et dans le distique qui suit ces vers :

('ernere uis , hosprs , siimilacra similliiua iiiiiis Hoc opiis Holbinœ nobile cerne manu s.

Nous ne croyons pas qu'il faille entendre par ces mois : Simulavra simillima uiuis,]es Simulachres de la Mort , où celle-ci est animée comme un personnage vivant , mais des représentations imitant parfaitement la nature , sinon la question serait vidée.

A propos de ces vers que Nicolas Bourbon a faits à l'éloge d'Hol- bein , M. Douée dit ( p. 95 ) que. si l'imprimeur Frellon , qui pos- sédait, à Lyon , les planches originales du Vieux-Testament et de la Danse des Morts, eùl regardé Holbein comme l'auteur de cette dernière , il est probable «lu'il eût mis de préférenc een tête de cet ouvrage les lignes flatteuses de Bourbon, plutôt que d'y mettre la dédicace qui attribue les de^sins à l'artiste alors décédé.

Celte observation serait bonne si Nicolas Bourbon eût désigné, dans les vers dont il s'<igit , Holbein comme le dessinateur spé- cial des Simulachres de la Mort ; mais comme il n'y est question que d'Holbein excitant la jalousie d'A|>clleel de Zeuxis, il eût été


88 LssAi nisToîWQUt

cliquer que les deux suites ont un auteur eonunun , et la grandeur des gravures de la dernière, lesquelles sont plus larges et moins hautes que celles des Simu- lachres, est à vrai dire la différence la plus saillante qui existe entr'elles deux.

Mais pour en revenir à cette phrase capitale de la dédicace : « Très grandement vient à regretter la » mort de celuy qui nous en a icy imaginé si élé- » gantes ligures, » ne pourrait-elle pas s'entendre aussi de la mort du graveur? M. Leber expose avec vérité que, par les mots cités plus bas de painctre et de figures jà par liiy trassées , on doit entendre le dessinateur. Néanmoins M. Ottley indique, dans ses Recherches sur la gravure ( Enquiry into the origin and early history of cngraving . 1816 , !!« vol., p. 759 ), qu'il s'agit ici du graveur, et son opinion n'est pas dénuée de vraisemblance. Seulement, il est fâcheux, pour résoudre cette question, que l'on ignore la date de la mort de Lutzelburger, graveur auquel on attri- bue l'exécution de ces planches et dont nous allons parler tout-à-!'heure. Fuszly, dans son Dictionnaire, et Brulliot ne citent point cette date, qui , si elle était connue , pourrait peut-être soulever un coin du voile jeté sur cette matière. Cependant , si le graveur fût mort en 1538 , il eût fallu que la dernière suite de gravures, qui parut en 1545, eût été achevée par un graveur aussi habile que le premier, ce qui est dé-


inutile de ineiuc cela en têle des Siinnlachres plutôt .|ue des Figures de la Bible. Ces vers allaient aussi bi^n a un ouvrage (fu'ii l'autre.


SI U Li:S DANSES hUS MOUTS. 89

menti par l'homogénéilé que l'on trouve sous le lapport de l'exécution dans toutes ces planches.

Enfin, pour terminer, ne pourrait-on pas voir, dans cette dédicace , connme l'ont dit MM. Fortoul et Ellis- sen , que l'auteur n'a mis cette phrase : « La Mort

'^ craignant que cet excellent painctre lui accé-

» léra ses jours etc., » que pour amener un mau- vais trait d'esprit, une figure de mauvais goût, à savoir que la Mort enleva le peintre, parce qu'elle craignait qu'il ne la peignît tantvifve, que désormais elle ne lût plus redoutée par les humains ?

A cette occasion , M. Fortoui ( p. 171) rapproche ces mots : « Que ce painctre ne la peignist tant vitVe » et " que pour cela même nen devint immortel >> des vers du quatrain de Bourbon:

Tanlâ arte Mortem retlulil ut mors vivere Videaliir ii)sa et ipse se iminortalibus Pareil! Uiis fecerit , operis hujus glorià ,

pour en induire que Nicolas Bourbon serait aussi l'auteur de cette épître dédicatoire adressée à Tab- besse Jeanne de Touszèle , et qu'il y aurait l'épéte en français ce qu'il avait mis en vers latins. Cependant il est plus probable, comme le ditBrunet( 1842, t. II, p. 604 ), qu'il faut attribuer cette dédicace à Jean de Vauzelles , à cause des mots : Salut d'un vraye zèle , qui forment sa devise et qui se lisent dans le titre '.


Ce Jean de Vauzelles, prieur de Moiitrotier , était connu à Lyon , sous le règne de François 1", comme traducteur et auteur d'ouvrages religieux. Nous le regardons d'autant plus volontiers, comme l'auteur do


90 hSSAI IIISTOHIOUK

Dans ce cas. il est certain que l'un a emprunté ces idées à l'autre.

Maintenant , examinons la seconde question , rela- tive f\ la gravure de ces planches. Holbein les a-t-il gravées lui-même? Est-ce à lui qu'appartient le mo- nogramme HL que l'on voit sur le lit de la Duchesse ? (Voyez pi. XXXIV. ) Nous ne le croyons pas, et nous rencontrons la même incertitude dans les opinions. D'un côté, MM. de Rumohr, Naumann , Papillon, de Zurlauben ( Tableaux de la Suisse. Paris, 1786, in-fol. , t. Il , p. 133 ) , regardent Holbein comme le graveur; de l'autre, MM. Brulliot, deMurr, Zani, Douce, Fortoul , Jubinal et Ellissen ' , à l'opinion


celte épilre que l'on trouve dans une des premières phinses les lignes suivnnlos : « Lequel bon .lesus, non sans divine provi- » dence , vous a baptisé du nom et surnom au mien unisonanle- » menl eonsonanl , e\ce|)lé en la seule liHlre de T. ieiUc , par » falal secret , capitale de votre surnom : pour autant que c'est » ce caractère de thau . tant célèbre chez les Hébreux et vers X les Latins, pris à triste mort. » 11 est certain que les mots de VauzellesetTonszelle terminent de même, et qu'il n'y a pas d'autre moyen de comprendre cette phrase qu'en les rapprochant : c'est alors regarder Jean de Vauzelles comme l'auteur de la dédicace.

. Consultez |iour M. de Uumohr, \e Kxnstblatt { .]ounr.\\ de l'Art;, pid)lié par Schoen , aimée IS2:î, ou l'ouvrage intitulé : Uatts Hol- liein lier Jnnrjere in seinem VerkaliMiis zur deutschem forms- chillwesen ( Jean Holbein le jeune dans ses rapports avec les gra- veurs allemands Leipzig, 183(î ; pour Papillon, son Traité de la gravure sur bois , I , :UiO ; pour de Zurlauben , les Tableaux de la Suisse. Paris, 1780, in-fol., tome 11 , p. 13o ; pour Brulliot, le IHcHonnaire des Monogrammes. Munich, 1832,1, n° 2384, p. 30.') ; G. de Murr, Journal zur Knnstgeschichte ^ Journal pour l'Histoire de l'An), X, p. 74, etc.; Zani, V.niivlopedia metodicu délie belle arle , l'" part., vol XL


SliU Li:S DAN'SKS OKS MOUTS. ill

(lesquels nous nous rattachons , pensent que ces plan ches sont l'œuvre d'un excellent graveur sur bois que nous avons déjà cité, Hans Lutzelburger ou Leuc- zelburger, surnommé Franck, et qui est connu pour avoir gravé d'autres dessins d'Holbein , entr autres le sujet de la Félicité ( Brulliot, I'^ p., n" 2280 B , p. 291 ), et surtout le magnifique alphabet d'initiales avec la Danse d'Holbein, qui porte en toutes lettres le nom de son graveur. ( Voyez ll»^ partie, p. 40, à l'article Danses des Morts dans des lettres initiales. )

D'abord, quand on réfléchit à la coutume qu'ont les graveurs de mettre leurs initiales et même leur nom sur les planches qu'ils exécutent, on trouve un motif en laveur de notre opinion. Mais, en admettant (pie le monogramme en question appartint à Holbein, ce ne serait pas encore une raison pour attribuer à ce peintre l'exécution de la gravure. Combien de planches portent les noms de grands maîtres qui ne les ont jamais gravées, mais sur lesquelles ils se con- tentaient de tracer tout au plus le dessin pour que le graveur put y faire ses tailles? Nous ne citerons à l'appui de ce que nous avançons là que l'exemple d'Albert Durer, qui a laissé un si grand nombre de planches signées et dont on lui attribue l'exécution , (pi'en vérité sa vie eût été trop courte pour les faire. ( Voyez Bartsch, le Peintre-Graveur, t. VU, p. 19. )

S'il fallait admettre avec M. Douce que la première suite de ces dessins fût l'œuvre de Reperdius, la planche de la Duchesse faisant partie des premiers tirages, on ne pourrait douter que le monogramme HL n'appartînt ici en toute propriété à Lutzelburger.


1)2 KSS.VI IIISTOHIQUE

De plus, ce monogramme, composé des deux lettres H et L , paraît beaucoup mieux se rapporter à Hans Lutzelburger qu'à Hans Holbein, qui signait ordinairement ses œuvres par deux HH '. Brulliot - cite une pièce gravée, en 1522, par Lutzelburgei-, et qui porte seulement ses initiales HLF, Hana Lut- zelhurger Fecif , ou Hans f.utzelhurger surnommé Franck. Peut-être , dans le cas dont il s'agit ici , est-ce l'espace resserré qu'offre le panneau du lit de la Duchesse cjui aura forcé le graveur, tout en suppri- mant une de ces initiales , de lier les deux premières entr'elles.

Papillou voit dans Holbein le graveur de ces plan- ches. Mais nous ne nous en rapportons nullement à lui , car il mêle les erreurs les plus évidentes à tout ce qu'il dit d'Holbein : « Cet artiste , dit-il (I" vol., )j p. 166), a peint la Danse des Morts dans le Marche » aux Poissons de Bàle , proche un cimetière. Il a " de plus employé son habileté à réduire ces ta- >' bleaux en petites estampes qu'il a gravées en bois >j d'une délicatesse et d'une beauté sans égale. » D'abord Holbein n'a jamais peint la Danse de Bàle, qui, du reste, n'était point placée sur le Marché aux Poissons, mais dans le cimetière des Domini- cains. H y a ici confusion avec une Danse de Paysans et non de Morts, qu'Holbein peignit effectivement sur


■ Voyez MM. Biulliol , 11" partie, ii° t I9G a ; Hegiicr, p. I(;6, et Douce , qui (lonne à la iiii de son volume une liste complèlo des ujonograiDiiios vrais ou taux d'Holbein.

■' 1" partie , n" 2oS4 .


SliU LES DANSKS Df.S >l(tUTS. 9,'î

U' marché de cette ville. Ses dessins n'ont jamais été une copie réduite de la fresque de Bàle, et enfin, selon nous, Holbein ne les a point gravés lui-même. Voici , du reste, comment Hartsch s'exprime (t. VII, p. 25) en parlant de Papillon : « Il est tellement épris " d'amour pour son art , qu'il n'hésite pas de faire » graveurs en bois tous les grands peintres de toutes » les nations , d'après les dessins desquels on a des " tailles de bois. »

Enfin , BruUiot nous apprend que le baron de Ru- mohr refuse d'accorder l'exécution de la gravure à Lûtzelburger, parce qu'il connaît une pièce portant son nom en toutes lettres et qui n'e.st pas si bien faite. MaisBrulliot répond justement que cette raison n'est pas satisfaisante : " Car, dit-il, l'histoire de " l'art nous apprend que les artistes ne se ressem- " blent pas dans tous leurs ouvrages; on a même une » gravure de Lutzelburger, de la même année 1522, >' que M. le baron de Rumohr croit indigne du gra- " veur des pièces de la Danse des Morts, qui est si » parfaitement bien travaillée, qu'on peut la mettre " parmi ce qui existe de plus beau en gravure sur » bois. » En un mot , il dit , en parlant de l'idée de M. de Rumohr : « Nous ne pouvons pas partager son » opinion , parce qu'il ne paraît pas vraisemblable >' qu'un artiste aussi parfait dans son art que Hol- » bein ait pu avoir la patience d'apprendre le méca- " nisme de la gravure en bois et d'y réussir si par- ') faitement, qu'il serait presqu'impossible de faire >' mieux. >' Â cette raison concluante de Brulliot nous ajouterons que, lorsqu'on compare avec les Si-


îri ESSAI HISTOHIQnF.

mulachres de la Mort l'alphabet de lettres initiales qui porte le nom de Lutzeibnrger et que l'on reconnaît sans contestation comme étant de lui, on trouve dans toute l'exécution de la gravure les mêmes tail- les, la même finesse, la même perfection de l'art, le chef-d'œuvre d'un seul et même artiste. Aussi , ne saurions-nous mieux conclure qu'en répétant que Lutzelburger était très capable de graver lui-même les sujets de la Danse des Morts dessinés par Holbein. Cette Danse n'est pas , comme la plupart de celles du moyen-àge , une suite non interrompue de per- sonnages enlevés par la Mort, qui gambade avec des poses plus ou moins comiques. C'est une représenta- tion fidèle des scènes de la vie humaine. Le peintre, peut-être moins satirique que Nicolas Manuel dans sa Danse de Berne , mais plus habile et plus heureux que lui dans le choix de ses tableaux, a su animer son Squelette avec une originalité piquante , et pla- cer ses personnages dans une scène propre à leur état, à leur position. Voyez, par exemple, les sujets du Pape (pi. XXVIIl i , du Juge ( pi. XXX), du Médecin ; pi. XXXI ) , du Marin ( pi. XXXIII ), du Soldat (pi. XXXV), et encore ceux du Prédi- cateur ', du Marchand, du Brigand, du Laboureur,


1 Ici le Prùdicaleiir est en chaire , et pendant qu'il prêche de- vant des personnes de diverses conditions , la Mort , portant une étole , vient par derrière le saisir. Ce sujet, placé en quelque sortp dans un ordre hiérarchique, est le vingt-unième de l'édition des Simulachres de lâ38. Aussi faut-il bien se garder de le confondre avec celui du Prédicateur , qui se trouve ordinairement en tète dos autres Danses ( comme à Bàle , à Strasbourg; comme dans


SIH I.KS bA.NSKS 1»KS MOI'.TS. II.)

du Prôtre portant le viatique, que la Mort en sacris- tain guide près du mourant, et, enfin, du Magis- trat qui , sous l'inspiration du Diable qui lui souille dans l'oreille, donne raison à l'homme riche et re- pousse l'homme couvert de haillons.

Les dessins d'Holbein parurent pour la première fois au nombre de quarante, vers 1530, à Bàle. Im- primés d'un seul côté, ils ne faisaient point alors, comme plus tard, partie d'un livre de piété et ne portaient que le titre des sujets en allemand. M. Douce (p. 86 et 110 ) a mis en doute la date de cette pre- mière édition, croyant que les planches ne virent le jour qu'en 1538 , à Lyon. Mais les citations sui vantes, données par M. Massmann (Litteratur der Todfentanze , p. 7), nous fournissent les preuves que les impressions originales de 1530 sont bien authentiques '. Ainsi, dès 1531, une copie de la


plusieurs éditions allemandes de la Danse des Morls), sujet dans lequel on ne voii jamais le Squelette, mais où le Prédicateur, en deiiors de l'action et ne faisant par partie , pour la circonstance , des personnages enlevés par la Mort , est censé prêcher aux lec- teurs sur les fragilités de la vie humaine.

' M. Fortoul suppose (p. 88 ) que Nicolas Bourbon , qui était à Londres en 1535, et qui laissa cette ville pour venir habiter Lyon jusqu'en 1538 , aurait pu apporter aux libraires de Lyon la suite encore incomplète des dessins d'Holbein , qui parurent en 1538. A l'appui de ce qu'il avance , il ajoute que l'auteur de la dédicace, qu'il suppose être Bourbon lui-même, connaissait la dernière série des dessins , puisqu'il parle de la figure du Char- retier et de la Mort, qui ne parut qu'en 1645 , et qu'il ne pouvait avoir vue qu'à Londres. Celte hypothèse pourrait être soutenue si l'apparition de la Danse d'Holbein datait de 1538. Mais elle doit être repoussée puisque les dessins parurent dès 1530 , à Bàle et


\)(\ ESS\I HISTORIOUE

T(Mitation d'Adam et d'Eve, gravure qui fait toujours partie de la Danse des Morts, paraît dans !a Bible im- primée en allemand , à Zurich , par Christophe Fros- hauer; en 1535, les copies des quatre premières ligures de la Danse d'Holbein, qui ont été réunies aux figures de l'Ancien-Testament dessinées par le même maître, paraissent encore, à Anvers, dans une Rible de Jacob de Liesvelt ; enfin , la même année , \lbrecht Glockendon copie , à Nuremberg , dans un magnifique livre d'Heures à l'usage du duc de Ba- vière, deux sujets de la Danse des Morts proprement dite , celui du Prêtre et celui des Armes de la Mort (pi. XXXVI ), où les deux personnages sont rem- placés par deux Squelettes. M. Massmann ajoute aussi qu'il est de toute probabilité que ces dessins, connus à l'étranger, ne l'étaient pas à la même époque en France ; car Nicolas Bourbon ne parle pas d'Holbein dans son édition des Niigœ ^ de Paris ( 1533), tandis qu'il lui donne des éloges dans le même ouvrage , pu- blié à Lyon , chez Gryphius, en 1538 ; de même que, dans l'édition des Icônes f^eteris Testamenti de 1538, on ne trouve pas la pièce de vers intitulée : Carmen ad Lecturem, dans laquelle Bourbon ne cesse de louer


non à Lyon , c'esl-a-dire cinq ans avant le départ de Bourbon de Londres.

Papillon croit aussi que ces planches parurent en 1530, cl pour le i)rouver, il dit que l'on trouve les quatre premières ligures de la Danse parmi celles du Vieux-Testament , imprimées , a la vé- rité , en i^yyj , c'est-à-dire un an après l'édition authentique de 1038 ; mais , toutefois, il ajoute qu'il était facile de voir que ces planches avaient deji» fourni plusieurs milliers d'exemplaires.


SUR LES DANSES DES MORTS. 07

Holbein, et qu'on la trouve dans l'édition de 1539 ■.

Ces premières impressions sont de la plus grande rareté. M. Massmann en cite quelques suites incom- plètes et quatre seulement complètes, dont deux sont en Angleterre, et les autres à Bàle et à Berlin -.

En 1538 , ces planches furent imprimées pour la


' Dans quelques livres de prières, imprimés par François Regnault , tels qu'un, avec la date de 1ù33, à l'usage de Rouen , sont deux gravures qui ressemblent beaucoup a deux sujets d'Hol- bein : l'Expulsion du Paradis et Adam travaillant à la terre.

Ce volume porte pour titre : « Ces présentes heures a l'usage

de Rouen imprimées à Paris l'an M. ccccc. xxxiii... On les

vent à Paris en la rue saint Jaques a l'enseigne de Lelephant devant les niaturins et a Rouen a lenseigne de la Leuriere de- uant la belle image. » ln-12 , goth.

La Mort est seule omise dans ces planches , qui sont gravées en sens inverse de celles d'Holbein. Le sujet d'Adam bêchant est conforme , sauf le Squelette , et l'on pourrait croire qu'il a été copié d'après cet artiste , à moins que celui-ci n'y ait par hasard puisé quelques inspirations j cette dernière opinion est aussi celle de M. Douce ( p. 137 ).

2 Voici, d'après cette dernière suite , les titres des sujets placés dans leur ordre primitif, qui diffère beaucoup de celui que pré- sentent les nombreuses réimpressions postérieures , et dans les- quelles on n'a pas séparé comme ici les personnages laïques des personnages religieux : les Armes de la Mort , la Création du Monde, la Tentation d'Adam et d'Eve, leur Expulsion du Paradis, Adam travaillant à la terre; le Pape, le Cardinal, l'Evêque , l'Abbé, l'Abbesse, le Chanoine, le Prêtre , le Prédicateur, le Moine, la Nonne, l'Empereur, l'Impératrice, le Roi, la Reine, le Duc, la Duchesse, le Comte, la Comtesse , le Noble, la Femme Noble , le Chevalier , le Juge , l'Avocat, le Magistrat , le Médecin , l'Homme Riche, le Marchand, le Marin , le Mercier, le Labou- reur , le Vieillard, la Vieille, le Jeune Enfant, le Concert des Squelettes et le Jugement Dernier { Massmann , p. 9 ). Les deux sujets de la Femme Noble et du Riche sont aussi contins sous les noms des Amoureux et de l'Avare.

Dans l'édition de 1638 , les Armes de la Mort , qui commencent


98 ESSAI HISTORIQUE

première fois en France , à Lyon , chez les frères Trechsel , sous le titre de : Simulachres et historiées Faces de la Mort, titre qui remplissait beaucoup mieux le but de l'artiste que ne l'eût fait celui de Danse des Morts . Elles étaient accompagnées de sen- tences latines et de quatrains moraux composés en français par le savant imprimeur parisien Gilles Cor- rozet, et suivies de sermons et de traités pieux de peu d'importance , tels que des sermons de saint Cyprien , de saint Jean Chrysostome , la Médecine de l'Ame ', etc.; ce qui fait dire à M. Ellissen (p. 97), en parlant de ce livre , que les images en sont la meilleure médecine, et qu'il nous importe peu qu'elles soient ordonnées par le docteur ou par l'apothicaire. Elles étaient au nombre de quarante-et-une, le sujet de l'Astrologue ayant été ajouté aux précédentes , et dès-lors elles furent toujours publiées , comme ici , dans un livre de piété. Dès 1542 , elles furent réim-


ici la série , furent rejetées à la fin , tandis que le Concert des Squelettes vint occuper le n° i>, après les quatre sujets tirés de l'Kcrilure. Quant aux planches des personnages , elles furent mê- lées et placées sans ordre. Cette disposition, malgré son irré- gularité , fut cependant généralement suivie dans toutes les réim- pressions postérieures.

' M. Kist cite ( p. 6i ) un manuscrit du xv siècle , en sa posses- sion, qui servit àdes moines CarlhusiensdeWaard, près d'Utrecht, et qui , sous le litre de : Liber Infirmorum , renferme, avec des sujets mortuaires , des oraii-ons à l'usage des malades et des ago- nisants , tirées des Pères de l'Eglise , telles que : Meditatio animœ discessiim suum memorantis ; — Orationes ^itper agoni- santes per alios dicendœ , etc. Ces sortes d'ouvrages, en usage au XV siècle , ont bien pu fournir l'idée du texte qui accompagne les figures des Simulachres.


SUR LES DANSES DES MORTS, 09

primées dans des éditions latines du même ouvrage, et ce fut le beau- frère de Lutlier, Georges (Emler ( yEmylius), qui traduisit en tétrastiques latins à cette occasion les quatrains français de Gilles Corrozet.

Mais le nombre des planches ne devait pas tarder à s'augmenter ; car , dans une des éditions qui sui" virent, en 1545, on en trouve douze de plus qu'au- paravant, ce qui en élève le nombre à cinquante- trois '. Ici s'arrête la série faite par Holbein; ce qui n'empêcha pas qu'en 1562 le nombre de ces gravures ne fût augmenté, et qu'au xviie siècle Eberhard Kieser n'ajoutât aux précédentes sept estampes nou- velles.

Les planches originales sur bois servirent encore à un certain nombre d'éditions , dans le xvi^ siècle seulem.ent ( voir plus loin la Notice bibliographique ). Dans tous les cas, les exemplaires, quoique rares maintenant, durent être extrêmement nombreux.


' Ces douzo planches sont : le Soldat , le Joueur , le Hxiveur , le Fou Débauché , le Brigand , l'Aveugle , le Charretier , le Mendiant Lépreux et quatre autres représentant des sujets d'Enfants. Dans ces cinq dernières figures , on ne voit pas la Mort , quoiqu'il en soit question dans les quatrains qui les accompagnent , et il est probable qu'elles n'ont jamais dû être gravées pour faire partie de cette suite macabre ; car elles n'ont pour bordure qu'un filet , taudis que toutes les autres planches en ont deux. — Dans le su- jet du Mendiant criant de douleur et assis au coin d'une porte, le poète Ludowic Bechstein croit voir le Juif-Errant. Quant aux figures des Enfants, M. Nauniann ne croit pas ( a Inrt , selon nous) que ce soient des dessins d'Holbein. Il est, au contraire, fort croyable que, si ces planches ont été mises là, c'est qu'elles sont dues à ce grand maître. On croit y trouver des personnifications allégoriques de l'Ivresse , de la (luerrc et de la Victoire.


100 ESSAI HISTORIQUE

Papillon estime (1, 169), ea égard à l'état de fatigue de quelques planches, qu'elles ont dû fournir un tirage de cent mille exemplaires au moins. Ce nom- bre est peut-être exagéré , mais il n'en pas moins cer- tain qu'elles ont énormément servi , même à ce point que les filets des bordures de quelques-unes ont en partie disparu (voyez nos planches XXX et XXXIII ). Les bois finirent par être dispersés , et Papillon dit ( 1 , 177 ) qu'une de ces planches , celle des Amoureux, lui passa par les mains. Quant à nous, nous avons été assez heureux pour en retrouver huit , que nous avons fait imprimer ( pi. XXVIII-XXXV) , et qui ne sont pas le moins bel ornement de cet ouvrage. Elles portent les sentences de l'Ecriture traduites du latin en français , et les quatrains de Gilles Corro- zet, tirés de l'édition française de Lyon (1547) '.

Ces considérations générales étant terminées, nous décrirons toutes les planches que nous donnons d'Hol- bein, y compris celles qui portent dans notre publi- cation les nos XVI et XVIII.

La XVI« planche ofi're une copie exacte de la XXXVe 2. La Mort est aux prises avec un Soldat suisse ;


1 Nos planches 28 , 29 , 30, 31 , 32 , 33 , 34 et 36 portent les n°» 6, 10, 18, 26, 27, 30, 3(i et 41 dans l'édition originale de 1538. Quant au n° 35 , le Soldat , il ne se rencontre point , comme nous l'avons déjà dit , dans cette dernière édition ; on ne le trouve que dans celle de 1545 , dont il forme la quarantième figure.

2 Les planches XVI et suivantes étaientgravéesdéjà depuis long- temps, lorsque la découverte fui faite des huit bois originaux d'Hol- bein , parmi lesquels se trouve celui du Soldat. Nous avons alors préféré répéter ce sujet, plutôt que de supprimer, en retirant


SUR LES UANSES DES MOUTS. 101

celai-ci lève une large épée à deux mains sur son ter- rible adversaire, qui n'a qu'un os pour toute arme, et dans le fond on voit un autre Squelette qui , avec un tambour, excite et conduit les hommes au com- bat. L'énergie que l'artiste a su donner aux deux champions fait de cette estampe une des plus curieu- ses de toute la série *.

Le bas de cette même planche est occupé par le sujet de la Comtesse ou, selon M. Naumann, de la Fian- cée, Ici, la Mort fait l'office de chambrière, et, pen- dant qu'une femme présente des parures à la Com- tesse, la Mort met au cou de la dame un collier d'ossements et la pare pour son bal funèbre. Cette figure est accompagnée de la sentence suivante :


notre copie inutile, la figure de la Comtesse, qui s'y trouve jointe.

Cette copie a été entièrement achevée ; mais quant aux trois autres qui suivent, celles de la Comtesse, du Charretier et du Concert des Squelettes , M. Langlois a préféré ne conserver que le trait, probablement parce qu'il n'avait alors pour modèles que de mauvaises épreuves originales.

' Dans l'édition de 1547, cette gravure et les onze autres qui ser- vent de complément aux quarante-et-une premières sont accom- pagnées de quatrains français de tous points semblables aux pré- cédents de G. Corrozet. Or, cet auteur n'étant mort qu'eu 1568 , nous sommes assez portés à croire qu'il a fait les douze quatrains supplémentaires, de même que G. ^î^mylius , qui ne mourut qu'en 1569 , les aurait également traduits. Du reste , comme on connais- sait avant l'édition latine de 1545, et, h plus forte raison, avant l'édition française de 1547 , les planches supplémentaires qui de- vaient y figurer , ainsi que le prouve la gravure du Charretier ( n° 46 ) , dont il est question dès 1538 , peut-être G. Corrozet et G. Œmylius ont-ils fait d'un seul trait et sans y revenir en deux fois ces quatrains, qui semblent être sortis de la même plume et nés de la même inspiration.


102 ESSAI HISTORIQUE

Ils passent leurs temps heureusement el en un momenl (lescendent au sépulcre.

lOB XXI.

et du quatrain suivant :

En biens mondains leurs iours despendent En voluptés et en liesse , Puis soudain aux Enfers descendent Ou leur ioye passe en tristesse ».

Les graveurs qui ont copié les figures d'Holbein à de fréquentes reprises ne les ont pas toujours sui- vies avec soin. Certains artistes les ont reproduites plus grandes qu'elles ne sont dans le principe ; d'au- tres les ont gravées en sens inverse , c'est-à-dire que les personnages qui sont à droite dans l'original se trouvent à gauche dans la copie; d'autres, enfin, ont fait subir aux dessins des changements plus ou moins grands. Aussi , pour que l'on puisse compa- rer, nous offrons , dans notre planche XVIII , l'exem- ple d'une C(>pie d'HoIbein à la fois agrandie et re- tournée. Ce sujet représente un Concert de Squelettes dans un cimetière , devant le porche d'une église. Il est tiré d'une édition latine de Cologne intitulée :

Imagines Mortis Coloniœ , apud hœredes Arnoldi

Birckmanni, anno 1566, et accompagné des pas- sages de l'Ecriture et des vers latins suivants :


• Ce quatrain n'est pas précisément écrit de même dans l'édi- tion do 1538 , où le mot tristesse est à tort répelé deux fois :


£n biens modains leurs iours dcspendet En uoluptet , et en tri.Mi-sse, PnU joiibditin. n.., el..


SUR LES DANSES DES MORTS. 103

Vie, va;, vje, habitanlibus in terra.

Apocalypsis VllI.

Cuiicla i» quii.us spiraculura vite est , mortua sunt.

Genesis Ml.

Vie nimiuin vobis niisero qui viuilis orbe,

Tempora vos niulto plena dolore manent, Quantunicunque boni vobis forluna ministret ,

Pallida mors veniens omnibus hospes erit.

Ces vers d'iEmylius sont la traduction , comme nous l'avons déjà dit, des vers français de Gilles Corrozet, et, pour mieux en montrer l'exemple, nous citerons les vers correspondants de ce dernier :

Malheureux qui uiuez au monde Tousiours remplis d'aduersitez, Pour quelque bien qui vous abonde, Serez tous de Mort uisitez.

Cette planche, pour peu qu'on veuille la comparer attentivement à la planche originale d'Holbein, pré- sente une foule de différences dans ses détails. 11 en est de même de toutes les autres planches de cette édition ; de telle sorte qu'il est évident que l'artiste , loin de chercher à faire une contrefaçon, s'est borné à produire une imitation qui laissât quelque liberté à son génie inventif.

La seconde partie de notre planche présente une copie , d'après les éditions originales , du Charretier et de la Mort ( n^ 46 ). C'est sur cette figure , dont nous avons déjà parlé , que roule la discussion de la préface de l'édition de 1538. Un Squelette enlève une roue en riant, pendant qu'un autre Squelette, monté sur la voiture , s'efforce de briser un ton- neau ; le Charretier, dans une attitude de désespoir,


104 ESSAI HISTORIQUE

lève les mains au ciel en voyant un de ses chevaux étranglé par son collier retourné et mourant sous le poids du chariot. Ici, l'auteur de la préface de 1538 avance encore une erreur en décrivant cette planche dans la phrase déjà citée plus haut ( p. 82 ) ; car ce n'est pas le Charretier, mais bien le cheval qui est abattu sous la voiture ; le tonneau n'est pas effondré , et la Mort , au lieu de sucer le vin avec un chalumeau, semble délier les chaînes qui re- tiennent le tonneau , pour le mieux renverser.

Voici les vers français , tant soit peu obscurs , qui accompagnent cette figure :

Il cheut en son chariot.

I Rois IX.

Au passage, de rnort peruerse Raison chartier tout esperdu. Du corps le char, et cheuaux verse , Le vin , sang de vie espendu .

Le Charretier porte un large couteau à sa cein- ture ; et si quelque chose d'analogue doit nous éton- ner , c'est la grande épée qu'Holbein a donnée au Colporteiu'ou auMercier(no 37), de même que dans les Danses de Bàle et de Dresde on voit aussi le Paysan porter un sabre énorme.

Passant maintenant à la description des gravures sur bois originales, nous trouvons, dans la XXVIIIe estampe, le sujet du Pape, un des plus satiriques de tout le recueil, et qui fut conçu , sans contre- dit , sous l'impression des idées de la Réforme, ilolbein ne s'y est pas, à coup sûr, montré moins piquant (pie Nicolas Manuoi dans le même sujet


SUR LES DANSES DES MORTS. 105

delà Danse de Berne. Ici, l'Empereur, agenouillé, a déposé son globe impérial pour baiser la mule du Pape , lequel s'apprête à lui poser la couronne sur la tête , pendant que la Mort , qui tient la bé- quille du prélat, semble en riant l'engager à se lever pour la suivre. Au-dessus du Pape sont deux Diables, dont l'un soulève la draperie du dais, qui porte , chose assez singulière , des ornements fleur- delisés ', et dont l'autre se montre plus loin tenant un bref auquel une rangée de sceaux est attachée, ce qui semble être une allusion critique aux lettres d'in- dulgences. Près des marches du trône , on voit un Cardinal , suivi lui-même de la Mort affublée de son propre costume. Ce dernier sujet est traité spéciale- ment dans une des estampes de la série d'Holbein , et l'on pourrait presque dire qu'il forme ici double emploi. On a prétendu que l'artiste , voulant mettre dans sa Danse les portraits de quelques-uns de ses contemporains, aurait fait celui de Léon X. Mais la ressemblance dans ce portrait , de même que celle de Maximilien dans le sujet de l'Empereur , n'existe pas autant que celle de François I^"" dans l'estampe du Roi.


» Ces fleurs de lis ne sont amenées ici par aucune cause et ne doivent être considérées que comme de simples ornements. On n'en dirait pas autant des dessins de la tapisserie placée derrière François l«s dans le sujet de la Mort et du Roi ( n° 8 ) , si , comme beaucoup d'auteurs l'ont pensé , on devait y voir des fleurs de lis ; mais la forme de ces ornements s'éloigne complètement de ce type consacré. Nous croyons d'autant moins qu'Holbein ait voulu re- produire ici ce signe caractéristique , fiue , dans Jes figures du


106 ESSAI HISTOKIQUE

Notre XXIX*^ gravure représente l'Impératrice. Celle-ci est en grand costume et porte la cou- ronne ; la Mort , sous la forme d'une vieille femme , lui prend le bras et lui montre du doigt sa fosse , pendant qu'aucune des Dames d'honneur, qui sont toutes dans la même toilette, ne s'aperçoit de la chute dont l'Impératrice est menacée. Dans cette planche , l'artiste graveur a su fort bien imiter les étoffes veloutées dont la plupart des têtes sont cou- vertes.

Planche XXX. La Mort , derrière le Juge assis, vient casser son bâton de justice, quand il tend la main à l'Homme riche, dont il a peut-être pris les intérêts au détriment du Malheureux qui , la tête découverte, le regarde d'un air suppliant.

Planche XXXI. Le Médecin est occupé à travailler, quand la Mort, tenant une fiole qu'elle lui montre, amène un Vieillard se traînant à peine, dont le Doc- teur semble condamner les jours. L'expression des figures du Médecin et du Malade sont très bien ren- dues, et Papillon dit que cette gravure est une des plus belles de toute la suite.

Planche XXXII. Cette estampe de l'Astrologue est magnifique dans tous ses détails , dans ceux des figures comme dans ceux des meubles. L'Astrologue étudie profondément, les yeux attachés sur un globe céleste, pendant que la Mort, se renversant à force


Vieux-Testament , au sujet d' Assuérus prenant Eslher pour femme, il a mis , et cela sans motif, dos ornements de tapisserie absolu- mont semblables.


SUR LES DANSES DES MORTS. 107

de rire , paraît lui demander s'il voudra bien aussi faire quelques réflexions sur le crâne qu'elle lui présente '.

Planche XXXIII. Le Naufrage ou le Batelier. Un navire est assailli par la tempête , les matelots ef- frayés paraissent avoir perdu tout espoir, et l'un d'eux s'apprête à se jeter à l'eau ; les vagues enva- hissent le navire , la voile est en lambeaux, quand la Mort, pour ajouter à cette horreur^ s'efforce de bri- ser le mât, dernier espoir de salut des matelots.

Planche XXXIV. Cette estampe représente la Du- chesse. Elle est au lit , portant encore une toilette assez recherchée , et la Mort vient la faire lever en tirant ses draps , pendant qu'un autre Squelette , à moitié caché , joue du violon devant elle. Il est d'au- tant plus curieux pour nous d'avoir retrouvé cette planche, qu'elle porte le monogramme dont il a déjà été tant question et sur lequel roulent des discus- sions si diflîciles à résoudre.

Nous terminons dans notre planche XXXVI cette petite série de dessins d'Holbein par une copie des armoiries de Içl Mort ^ Un socle brisé en plusieurs


' Le sujet de l'Astrologue, que l'on rencontre dans presque toutes les Danses Macabres , se trouve aussi dans l'ouvrage alle- mand intitulé : Das Schaltjahr ( l'Année bissextile) , par Scheible ( Stuttgard, 1S4G, 11= vol., p. 8l ). Ce n'est point, du reste , une copie d'Holbein ; la gravure est beaucoup plus grande. Néanmoins, l'Astrologue est, comme ici , dans son cabinet , assis à une table, et la Mort , placée à gauche , lui présente également un crâne.

' Cette copie est la même que celle que MM. Bonner et Byfieid ont laite a Londres pour l'ouvrage de M. Douce.


108 ESSAI HISTORIQUE

endroits soutient un écusson en lambeaux qui porte une tête de mort, et qui est surmonté lui-même d'un casque fracturé; autour de ce casque est jetée une draperie dont les débris tombent jusqu'à terre, et au-dessus on voit l'attribut de la Mort , le sablier en- cadré par deux bras de squelette tenant une pierre ; ce que l'on peut ici considérer comme le symbole de cette fatale menace d'accident inopiné que la Mort tient constamment suspendue sur notre tête , et qu'elle est à chaque instant près de laisser échap- per. Enfin, de chaque côté, sont deux personnages , un homme et une femme , en costume de ville alle- mand. Quant à ceux-ci , Papillon croit, sans raison , que ce sont les portraits des personnes pour qui Holbein dessina la Danse des Morts ; M. Naumann (p. 37) avance que ce sont les portraits d'Holbein même et de sa femme. Mais il nous semble qu'il est à peu près impossible de résoudre cette ques- tion. Nous croyons plutôt que cette image est la re- présentation de l'humanité soumise à la Mort, et comme il est généralement dans la donnée des ar- moiries suisses ou allemandes de figurer des per- sonnages pour soutenir de chaque côté les écussons, il est probable qu'ici l'artiste a été guidé par cette habitude, et qu'il n'a mis l'homme et la femme que dans le but de symboliser l'espèce humaine réunie sous le sceau de la Mort '.


I En créant sa Danse des Morts , Holbein suivait les traditions adoptées depuis l'origine pour ces sortes de monuments. Ainsi, en tète de la série , il a mis des Squelettes formant un concert. Celte


SUR LES DANSES DES MORTS. 109

Pour reprendre maintenant ce qui est relatif aux nombreuses éditions des figures d'Holbein , nous ajouterons que, dès 1542, Jobst de Necker grava sur bois la première suite complète, qui, en 1544 , parut à Augsbourg, et qu'à son exemple, son frère et


scène pouvait, sans inconvénient, être retranchée de sa Danse, qui ne se passe pas dans un cimetière, mais dans autant d'en- droits qu'il y a de sujets différents, tandis que, dans les premières peintures, cet orchestre funèbre se conçoit d'autant mieux que les mortels, formant tous un même cortège, sont amenés dans un cimetière dont les habitants les reçoivent au son de leur lugubre musique.

De même , Holbein a donné des armes'à la Mort. Cet usage re- monte assez loin, et les livres d'Heures gothiques en offrent, à la partie inférieure de leurs riches bordures, un certain nombre d'exemples. C'est même là que M. Langlois a puisé l'idée du bla- son qu'il a su enjoliver dans la vignette placée à la page 13 de ce volume.

Ces sortes de blasons , qui se ressemblent presque tous , sont composés d'un écusson portant pour toute pièce d'armoiries un crâne décharné. Autour de cet écusson se déroulent de riches feuillarts, et pour cimier il porte un casque surmonté d'un coq, d'^n sablier ou d'un cadran ; sur une banderole , qui s'en détache h droite et à gauche , on lit ces avertissements funèbres : Cogita mon, Sequere me , ou enfin Vado mort.

Maintes fois le sujet de l'Ecusson de la Mort a été traité par différents artistes. Nous citerons , entr'autres , une gravure sur cuivre qui n'est pas décrite par M. Douce, et qui peut encore, mieux que le sujet d'Holbein , être regardée comme les Armoiries de la Mort. Elle représente un grand écusson surmonté d'une cou- ronne ornée de crânes en guise de pierreries , et encadré dans deux branches d'arbres desséchées. Au basdel'écussonse trou- vent, sur cinq gradins, vingt-cinq têtes de mort rangées par ordre hiérarchique avec les attributs de chaque état. Au-dessus d'elles , la Mort, tenant le sablier et la faux, est assise dans une bière pla- cée debout qui lui sert de Irène , et'le tout est sur un champ de sable semé de larmes d'argent. Cette estampe doit être du xvn» siècle et porte les noms de P. Noiin f. et Henry Heneau inventor.


110 ESSAI HISTOUIQLE

bien d'autres artistes ne tardèrent pas à en faire paraître de nombreuses copies à Leipzig, Saint-Gall, Venise , Strasbourg , Cologne , Lubeck , Prague , Bàle, Wittenberg , Anvers, et, plus récemment , à Londres et à Newhaven. Les copies sur cuivre ne se montrèrent que beaucoup plus tard : elles parurent au xviie siècle , d'abord à Francfort-sur-le-Mein , gra- vées par Eberhard Kieser ; puis à Nuremberg , par G. Strauch et A. Kliob; à Londres, à Edimbourg, par HoUar, et au xyiii^ siècle, parPiccard et Deuchar; à Zurich, Hambourg , par Conrad et Rodolphe Meyer ; à Paris, par Th. Neale; à Laybach, Salzbourg , par Weichard Valvasor ; à Venise , à Anvers , à Augs- bourg; à Amsterdam et Nuremberg, par Salomon de Rusting; à Linz, Passau, Vienne, Hambourg, par Michel Rentz ; à Bàle , par Chr. de Méchel , et de nos jours, à Leipzig et Dresde , par Frenzel.

Enfin, il n'est pas jusqu'à la lithographie qui n'ait, à notre époque , fourni de très belles copies de la Danse des Morts d'Holbein , à Magdebourg et surtout à Munich , grâce au talent de M. Schlotthauer.

Nous donnons la liste de toutes ces éditions diffé- rentes, qui, comme on pourra le voir, ont été tour à tour imprimées avec un texte français , latin , alle- mand , italien , bohémien , anglais et hollandais. Leur nombre considérable s'élève , à notre connaissance , jusqu'au chiffre de quatre-vingt-dix-huit , sans comp- ter dix-neuf autres éditions dont l'authenticité est révoquée en doute, et qui formeraient avec les pré- cédentes un ensemble total de cent dix-sept publica- tions sur ce sujet.


SUR LES DANSES DES MORTS. 1 I 1

Pour dresser ce catalogue , nous avons principale- ment puisé nos renseignements dans l'ouvrage de M. Massmann , dont le travail est fort étendu et dans lequel on trouve cités , sauf un petit nombre d'excep- tions , tous les volumes dont nous parlons '. Au lieu de suivre , sans aucune division , un ordre rigou- reusement chronologique , et sans nous astreindre à observer absolument la même marche que celle du docte professeur allemand , nous réunissons , dans un ordre peu différent du sien , les éditions publiées dans une même ville , pour les mentionner l'une après l'autre , en ayant soin de séparer les copies sur bois de celles sur cuivre ou sur pierre. Nous croyons qu'ainsi l'on peut embrasser avec plus de clarté le nom des artistes auxquels on doit ces copies et celui des villes d'où elles sont sorties.


ÉDITIONS ORIGINALES.


BALE.


1. — ( 1530. ) La première édition de la Danse des Morts d'Holbein est de Bâle et date de 1530. Les gravures, au


1 C'est particulièrement sous le rapport de la bibliographie de la Danse d'Holbein , que le catalogue de M. Massmann est beau- coup plus complet que ne le sont ceux de MM. Peignot , Douce et Brunet. Nous nous bornons à citer les éditions avec quelques dé- tails; mais, pour de plus amples descriptions sur quelques-uns de ces volumes, nous renvoyons aux articles de ces bibliographes,


112 ESSAI HISTORIQUE

nombre de quarante , ne sont pas réunies en volume et n'ont pas de titre général.


LYON.

1" CHEZ LES FRÈRES TRECHSEL.

2. — 1 558. Les simulachres et historiées faces de la mort , avtant élégamment pourtraictes, que ariificiellement ima- ginées, a Lyon soubz. l'escu de Coloigne. M.D. XXXVIIL A la fin: Excudebant Lugduni Melchior et Gaspar Trechsel fratres. 1S38. Pet. in-4, 41 pi. ■.

2° CHEZ LES FRÈRES FRELLON.

3. — 1542. Les simulachres et historiées faces de la mort, contenant la médecine de l'ame, vtile et nécessaire non seu- lement aux Malades, mais a ceux qui sont en bonne disposi- tion corporelle. D'avantage, la forme et manière de consoler les Malades. Sermon de sainct Cécile Cyprian , intitulé , de Mortalité. Sermon de S. Jan Chrysostome , pour nous exhor- ter a Patience : traictant aussi de la consommation de ce


et surtout à la Litieratur der Todtentanze de M. Massmann , qui mentionne , avec de nombreuses autorités à l'appui , où se trou- vent actuellement ces éditions, quels sont les auteurs qui en ont parlé à diverses époques, etc., et qui donne aussi la liste des diffé- rentes éditions des figures du Vieux-Testament d'Holbein, renfer- mant les quatre premiers sujets de sa Danse des Morts.

' A côté de cette édition , M. Peignot en cite deux autres ( p. 55 et 56 ), l'une sous le titre de : la Danse des Morts ou Icônes Mor- <js ( sans date, in-8), et l'autre sous celui de : les Figures de la Mort des bons et des mauvais de l'ancien et nouveau Testament. (Lyon , 1538. ) Comme le fait remarquer M. Massmann , il doit y avoir, quant a la première, confusion avec une copie postérieure de Cologne ( nous ajouterions aussi de Francfort ou de Nurem- berg), et pour la seconde , elle n'est autre que l'édition n» 2 , rapportée sous un titre inexact , d'après le catalogue Mariette.


sur. r.ES DANSES DES MORTS. 113

siècle , et du second Aduenement de lesvs christ , de la loye éternelle des iusles , de la Peine et Damnation des mau- uais. et autres choses nécessaires a vn chascun chrestien , pour viure et bien mourir. A Lyon , a l'escu de Coloigne . chez Jan et François Frellon, frères. i542. Pet. in-8,41 pi.

4. — 1542. Imagines de morte, et epigrammata, e Gal- lico idiomate a Georgio Aernylio in Latinum translata His

accesservnt, medicina anima», etc Lugduni , sub scuto

coloniensi, apud Joannem et Franciscum Frellonios, fra- trcs. 1542. Pet. in-8, 41 pi.

5. — (?) ' 1544. Imagines mortis, Lugduni.

Edition citée par Panzer et de Rumohr , qui , selon M. Massmann (p. 13) , la confondent avec la première co- pie sur bois de Denecker, à Augsbourg.

6. — 1545. Imagines mortis his accesserunt , epigram- mata, e Gallico idiomate, etc. A la fin : Lugduni excu- debant Joannes et Franciscus Frellonli fratres, 1545. Pet. in-8 , 41 pi.

7. — 1545. Imagines mortis (même titre que ci-dessus). Pet. in-8, 53 pi.

8. — 1547. Imagines mortis , Dvodecim Imaginibus prseter priores, totidem que inscriptionibus, prœler epi- grammata è Gallicis à Georgio AEmylio in latinum versa, cumulatae.. . A ta fin : Lugduni, Excudebant Joannes et Franciscus Frellonli , fratres, 1547. In-8, 53 pi.

3« CHEZ JEAN FRELLON.

9. — 1547. Les Images de la mort , auxquelles sont ad- joustces douze figures. Davantage, la médecine de l'ame, etc.


' Toutes les éditions dont la date est précédée d'un signe du- bitatif sont celles dont rautheiilicilc est révoquée on doute.

8


114- ESSAI nisroHiouE

 la fin : Imprimé à Lyon a l'cscu de Coloi^ne , par Jehan Frellon, 1547. Pet. in-8, 53 pi.

10. — 1547. Imagines Mortis ( même titre que le n" 8 ). A la fin: Lugdnni , excudebal Joannes Freiloniiis. 1547. l'et. in-8 , .55 pi.

M . — 1547. Icônes mortis ( idem).

i2. — 1549. Simolachri, historié, e figvre de la morte, la medicina de L'anima, etc. In Lyone appresso Giovan Frellone, M. D. XLIX. Pet. in-8, 58 pi. Imité de l'édition italienne mentionnée plus bas n" 25.

^3 — (?) 1551. Simulachrë, historié e figure de la morte... Lyone , 1551 . In-8. Cité dubitativement par M. Massmann, p. 20, d'après Wcigel.

14. _C?)1552. Les Images de la mort... Lyon, 1552. Édi- tion citée par Peignot et le Journal littéraire de la Haute- Allemagne (Oberdeutsche Litt. Zeitung, 1805) ; incertaine , selon Massmann.

-15. — 15(32. Les Images de la mort, Auxquelles sont adioustees dix-sept figures. Davantage, La Médecine de l'Ame, etc.... Lyon, par Jehan Frellon. 1562. A la fin : à Lyon par Symphorien Barbier. Pet. in-8 , 58 pi. en tout , dont 5 nouvelles , non d'Holbein. Par rapport aux éditions précédentes, qui renferment 53 pi., ce volume n'en offre que 5 de plus ; mais relativement aux premières éditions , qui n'en contiennent que 41 , il y a bien ici 17 nouvelles figures.

1G. — (?) 1574. Imagines mortis... Lugduni , Frellonius, 1574. In-12. Édition citée par Peignot, p. 02, mais révo- quée en doute par MM. Brunet, 1842, I, p. 605, et Mass- mann ; celui-ci croit à une confusion de chiffres avec l'édi- tion de 15i7 , n" 10 , ou avec une copie de Cologne de 1574, n" 41.


SUR [.IsS DANSES DES MOI'.TS. II.)

BALE.

17. — 1551. [cônes mortis , Dvodecim Imaginibiis (même titre que le n" Il ). . Basileae, 1oo4. Sans nom de libraire. Pet. in-8, 53 pi.

18. — (?) 1654. Icônes morlis, Basilea*. Dans cette citation de Fiorillo , il doit y avoir confusion avec le numéro qui précède ou avec une copie d'Anvers, 1G54 ( De doodt ver- maskert ) , u" 65.


COPIES SUR HOIS.


AUGSBOURG.


GRAVE PAR JOBST DENECKER.


19. — 1544. Todtentantz.... Suivent huit vers allemands, puis la date M. D. XÎJIII , et quatre vers latins. A lajin: Gedruckt inn der Kaiserlichen Reychstatt Augspiirg, durch Jobst Denecker, Formschneyder. Pet. in-fol ., 42 pi., dont 40 d'Holbein , gravées en sens inverse ; les deux autres re- présentent l'Adultère et le Christ en croix. La pi. 32 porte la date de 1542.

20. — 15. . ? Todtentanz... Pet. in-fol. sans nom, sans lieu ni date, avec quelques différences dans le titre. Mêmes planches que ci-dessus ; celle de l'Adultère porte la marque de Jobst Denecker.

21. — 15. . ? M. Massmann cite une troisième édition de quarante de ces planches sans titre et sans date , avec la marque de Jobst Denecker comme ci-dessus Le texte diffère.


1 16 ESSAI HISTORIQUE


AUGSBOURG, LEIPZIG, SAINT-GALL.

GRAVÉ PAR DAVID DENECKER.

22. — 1o6l. Todtentantz... M. D. LXI. Même titre que le n" 19. A la fm : Getruckt inn der loblichen Reychstatt Augspurg — durch Dauidt Deneeker — Formschneyder. Pet. in-fol.,42pl.


23. — 1572. Todtentantz durch aile Stende der Mens- chen... Leipzig, durch David De Necker, formschneider. In-4,42pl.

24. — 1S81. Todtentantz, Durch aile Stendt der Mens-

chen Getruckt zu S. Gallen , bey Leonhart Straub.

M»D"LXXXI». In-4, 40 pi. de Deneeker. Cité à tort par Dibdin parmi les copies sur cuivre.

VENISE.

CHEZ VINCENT VAUGRIS.

25. — 1545. Simolachri , historié , e ûgvre de la morte, eue si contiene, La Medicina de l'anima... Con privilegio de riU. Senato Vinitiano.... Appresso Vincenzo Vaugris. MDXLV. Pet. in-8, 41 belles planches un peu plus grandes que les originales.

26. — 1546. Imagines mortis. his accesserunt, epigram- mata, etc. Venitiis apud Vincentivm Valgrisivm. MDXLVI. In-8 , mêmes planches.

27. — 1596. Vingt-quatre de ces planches parurent dans l'ouvrage suivant : Discorsi morali dell' Excell. S. Fabio Glissenti. Contra il dispiacer del morire , Detto alhanato-


SUR LES DANSES DES MORTS. 117

philia... In Venelia , appresso Domenico Farri. M. D. XCVI. In-4.

28. — 1609. Ce dernier ouvrage fut réimprimé sous le même litre : Discorsi... in Venetia , A ppresso Bartolomeo de gli Albert!. M.DCIX. In-4 , mêmes planches.

29. — 1608. La .Morte Inamorata , Venitia. In-8. —C'est unaurre ouvrage de Glissenti, qui renferme la même Danse, et que M Massmann cite en note , p. 28 , n» 4, mais sans l'avoir vu.

50. — 1670. Six des planches de Vaugris furent ajoutées à d'autres gravures dans un ouvrage anonyme intitulé : Tromba sonora per richamar i morti viventi dalla tomba... Venetia, 1670. In-8. On a fait quatre éditions de ce volume. ( Douce, 115.)

51. — 1677. Enfin, vingt-cinq de ces mêmes planches pa- rurent encore dans : Il non plus ultra di tulle le scienze ric- chezze honori.... Venetia , 1677. In-24.

STRASBOURG.

52. — I5i6. M. Douce cite, page 115 , une suite incom- plète de copies exactes de la Danse d'Holbein : ce sont des planches sur bois qui ne paraissent avoir fait partie d'aucune publication ; quelques-unes portent la date de 1546, et sur le lit de la Duchesse, on trouve la lettre S au lieu du mono- gramme HL Selon M. Massmann, p. 29, elles ont été faites ;» Strasbourg.

COLOGNE.

I» CHEZ LES HÉRITIERS d'ARNOLD BIRCKMANN.

55. — (?) 1Si5. Imagines mortis. — Cité par Weydendans l'ouvrage intitulé : Coln's Forzeit ( le Temps passé de Co- logne , p. 277) ; mis en doute par M. Massmann , p. 54. La


118 KSSVI inSTOIUQl L

première édition authentique qui parut dans cette ville est la suivante.

5i. — ISSS. Imagines Mortis. His accesservnt , Epigram- mata , e Gallico idiomate à Georgio Aemylio in Latinum translata. Ad hacc, Medicina Animae, etc.. Coloniae Apud h;eredes Arnoldi Hirckmanni. Anno lS5o. Pet. in 8, 55 pi. Copie de l'édition n" 10 ; les planches, gravées en sens in- verse et plus larges d'un pouce que les originales , leur sont inférieures. Elles ont pour marque un A , dont un des jam- bages recourbés forme un S ( monogramme de Ant. Silvius , BruUiot, I, n° 1^2'i). Au sujet du Koi, on a substitué à Fran- çois I^-^ son successeur Henri II.

55. — ISoS. Imagines Mortis. His accesservnt, Epigram- mata... et Erasmi Roterod. liber De praeparatione ad mor- tem... (à la place de Medicina Animx .. ). Idem. 155o.

30. — (?) 1556. Imagines mortis, etc. Cité par Fiorillo , II , iOit ; mais il doit y avoir ici confusion avec les éditions suivantes de 1566 ou de 1655.

57. — 1557. Imagines mortis, etc. 1557. Même titre que le n" 5-i.

58. —1566. Imagines mortis... Idem. 1566. Le revers du titre porte la date de 1555.

59.— 1567. Imagines Mortis... 1567.

40. — 1575 Imagines Mortis. . Idem, 1575. Edition ci- tée, avec la date de 1572, par Jocher et Adelung. Bihl. Chrisl. Massmaiin , p. 58.

41 . — (?) 1574. Imagines Mortis, etc. Coloniae , Birckmann. Pet. in-8. Ne serait-ce pas l'édition cîc Lyon , ii" 16? Mass- mann , p. 59.

42. — (?) 1655. Imagines Mortis, etc. Coloniae, Birck- mann. Pet. in-8. Cc« deux dernières éditions, citées par


SUR LES DANSES DES MORTS. 119

Coiirlois et Fiorillo . paraissent douteuses à Hegner , quj croit à une confusion avec celles de 1566, lSb6 ou 1o5S. Massmann , p. 59.

45. — (?) 1637. Imagines Mortis, etc. Coloniae. In-8. Cité par Jocher, probablement pour l'édition de 1557.

A la suite de quelques éditions de Birckraann, qu'il cite, M. Peignot mentionne ( p. 61 ) d'autres copies exécutées en taille-douce, à Augsbourg, en soixante feuilles in-i; il veut sans doute parler ici de l'édition n" 101.

2" PUBLIÉ PAR G. SCHEYT.

M. Massmann indique comme sortant de Cologne les édi- tions suivantes , dans lesquelles on trouve une préface en vers et la traduction du latin en allemand, par Gaspard Scheyt :

44. — 1557. Der Todten-Dantz , durch aile Stend und Geschlecht der menschen... Im Jar M. D. Lvij. ( La Danse des -Morts dans les deux sexes et dans tous les états des hommes.. . en l'année 1557. ) S. L. ni nom d'imprimeur. Pet. in-8 , 55 pi.

Les éditions précédentes de Birckmann sont toutes la- tines ; celles-ci , au contraire , sont toutes allemandes.

45. — 1558. De Doden-dantz, dorch aile Stende und Ges- lechtederMinscken... (idem). M.D.LVIIL S. L. niN.d'imp.

Cité comme poème de la Danse de Lubeck par M. Douce , p. 45.

46. — 1 560. Der Todten-dantz. . . ( même titre que le n" 44 ). Im Jar M.D.LX. Pet. in-8 , S. L. ni N. d'imp.

47. — 4575. Der Todten-dantz (idem). Im Jar

M. D. L. XXIII. Pet. in 8, etc.

48. — (?) 1574. Der Todten-dantz, etc. Cité par Fiorillo


I 20 ESSAI HlSTUKiyUE

( IV, 157 ), pour les éditions ( latines ) de lS47oude ibli. Massmann , p. 41.

49. — (?) 1573 Uer Todten-Dantz , etc., pris par Panzer ( Bibl., m , 502 ) pour l'édition de loo7. Massmann, p. 41 .

LUBECK.

50. — (?)15S7. Imagines morlis. Lubecae. In-8.

51. — (?) 1358. Idem. Fiorillo, en citant ces deux éditions avec 53 planches, doit les avoir confondues avec celles de Cologne de 1537 et 1558 , n"^ 57 et 45.

52. — 1604. Imagines mortis. His accesserunt Epigram- mata e gallico, etc.. Ad haec medicina animae.. Lubecae. sumptibus L. Alberti bibliopolae. 1604. ln-24. Sans gra- vures et sans pagination, mais avec cinquante-deux épi- grammes de G. jEmylius. M. Peignot considère ce livre comme un ouvrage de piété.

PRAGUE.

55. — 1565. Knigha Erasmi Roterodamskeho, w kterez gednomu kazdému , Krestianskéam CzlowèUu nauecny y nepomenuty se dawa , yokby se k Smrti hotowiti mèl Letha, Prag, G. Melantrych, 1363. In-8,33pl. (Livre d'Erasme de Rotterdam, dans lequel des avis et des exhortations sont donnés à chaque chrétien sur la manière dont il peut se pré- parer à la mort. ) Cité par Falkenstein et Ebert ; mentionné seulement parM Massmann ( p. 33) et INT. Depping, qui ne spécifie pas ce volume comme renfermant la Danse d'Hol- bein. ( Voir la fin de sa Lettre, I" partie ).

B.4LE.

i" CHEZ HULDERIC FROLICK.

34. — 1388. Zweu Todtcntantz : Dcren der einc zw lîern...


SUR LES DANSES DES MOHTS. 121

Per Ander zu Basel , etc. .1 la fin : Geiruckt zu Basel , Durch Huldericum Frolich , Im Jar nach der Gnadreichen GeburtJesuChristi.M.D.LXXXVIII. In-i, 44 pi., dont 33 seulemenl d'Holbein ; les autres appartiennent aux pein- tures de Bàle et de Berne. Ce mélange, que l'on retrouve dans les éditions suivantes des Mechel, provient de ce que , dès le principe, la Danse de lîàle fut confondue avec celle d'Hol- bein. Dans toutes ces éditions , la planche de l'Expulsion du Paradis porte la marque GS et la date de 1576 ; on voit aussi sur les figures de Bâle les lettres R, DR , HW, HIW ( Massmann , p. 50 ). On y trouve la traduction en vers latins, par Frolich , du poème allemand de la fresque de Bàle.

55. _ iQOS. Der hochloblichen und weitberumpten Statt Basel kurtze, aber nutzliche Beschreibung : Inn welcher .. tractieret sampt des Todtentantzes, Basels und Berns, Reu- men , mit darzu diensllichen Figuren gezieret... Jetzt wide rumb durch Hulderichum Frolich Plavi : F L. und Burger zu Basel... cioiacviii, Gedruckt zu Basel, Durch Sebastia- num Henricpetri. (Courte, mais utile description de la louable et célèbre ville de Bàle, dans laquelle il est ques- tion de la Danse des Morts de Bàle et de celle de Berne, avec les vers et les tigures qui s'y rapportent ; revu avec soin par Hulderic Frolich, de Plauen , P(oète) L(auréat) et Bourgeois à Bàle. 1608. Imprimé à Bàle par Sébastien Henricpetri. Pet.in-8, 44 pi. — M. Massmann ajoute ( p.51, n° 1 ) qu'une autre édition , jiortant à peu près le même titre avec la date de 1581, est citée par Haller dans son His- toire de la Suisse ( Schweizer Geschichte , IV, 387 ).

2° CHEZ CONRAD DE MÉCHEL.

56. — 1715. Der Todten-Tantz, wie derselbe , in der weit beriihmtcnStadt Basel, alseinSpiegel Menschlicher Beschaf- fenheit , gantz kiuistlich mit lebendigen Farben gemahlet , nicht ohne nulzlichc verwunderung zu sehen ist. Basel,


i 22 ESSAI HISÏOIUQLE

Druckts Johann Conrad von Mechel, Anno MDCCXV. ( La Danse des Moris comme on la voit , non sans une surprise utile, artistiquement faite en tableaux vivants, dans la célè- bre ville de Bàle , pour servir de miroir aux conditions hu- maines ) Pet. in-8 , 41 pi. : 27 d'après Holbein , 7 d'après la Danse de Bâle , et 7 probablement d'après celle de Berne.

57. — 17:24. Der Todten-Tanz ( même titre que le numéro précédent ). M DCC XXIV. Pet. in-8. Georgi cite une édi- tion de Méchel de 1 0:24 ; mais c'est une erreur évidente pour 1724. (Massmann , p. ."2. )

o8. — 175r,. Der Todten-Tantz (idem ). MDCCXXXV. Pet. in-8, il pi.

39. — 1740. Der Todten-Tantz ( idem ). MDCCXL.

'i° CHEZ LES KltÈRES DE MÉCHEL.

60. — 1769. Der Todtentanz ( idem ). Basel , bey Joli. Conrad und Joh. Jacob von Mechel, 1769. Pet. in-8.

61. — 1786. Der Todten-Tantz (idem ). Basel. gedruckt bey (îebrûdern v. Mechel , 1786.

62. — 1796. Der Todten-Tantz (idem). Bey Gebriidern von Mechel, 1796.

WITTEMBERG.

63. — 1590. Libfllvs Davidis Chytraei , De morte et vita aeterna , editio postrema : cui addita sunt Imagines mor- tis.... Vvitebergae, Impressus a ^latlhaeo Welack. Anno M. D. XC. ln-8. Au milieu de ce volume sont les o5 plan- ches d'Holbein .ivec ce second titre : Imagines mortis, illus- tratae Epigrunimatis (îeorgii Aemylii , etc. Quelques plan- ches offrent des changements et portent pour marque une croix et un W avec un burin.


SIK I.KS DAiNSKS DKS MOUTS. I '23

ANVERS.

t)4. — (?) 4537. Imagines Morlis. In-8 , 55 pi. Selon Fio- rillo (IV, 154), celte édition incertaine serait sortie d'An- vers avec un texte latin , en 1557. Mais il doit exister ici u»e erreur avec l'édition latine de Cologne de la même année, u'» 57. ( Massmann , p. 44 )

65. — 1(554. Dedoodt vermaskert met des weerelts ydel- lieyt afghedacn door Geeraerdt van Woolsschaten... Verciert met de consiiglie lîcldher van den vermaerden Schilder Hans Holbeen. T'Antwerpen, By Petrvs Hellervs M. DC. LIV. ( l.n mort masquée , avec les vanités du monde , par Gérard de Wolsschaten , ornée des ingénieuses peintures du fameux peintre Holbein. ) In-12, ne renfermant que 18 planches, dont M Douce croit que 14 sont des bois originaux et 4 de mauvaises copies (p. 109 ) ; mais 7 portent la marque que l'on rencontre dans l'édition de Cologne , n» 5i.

LONDRES.

I" OKAVÉ PAIÎ BEWICK.

6(). — 1789. Ëmblems of Mortality , represenling in upwards of fifty cuts , Death seizing ail ranks and degrees of people, etc. London. Printed for T. Hodgson , in Georges Court, St. John's Lane , Clerkenwell. 1789. ln-12. ( Em- blèmes de mortalité, représentant en plus de cinquante gra- vures la Mort saisissant tous les rangs et degrés du peuple. Imprimé pour Hodgson , etc.) — 51 gravures fidèlement exé- cutées par Bewick , frère de Bewick , de Newcastlc-sur- Tyne , et un élève de Hodgson , avec une dissertation sur la Danse des Morts et une traduction en anglais des vers la- lins d'iEmylius , par J.-S. Hawkins. Douce, p. 112.

67. — 1 . . . ? Emblems of Mortality, represenling Death seizing ail ranks and degrees of people. Imitated in a séries of


124 ESSAI HISTORIQUE

wood ciits from a painling in the cimetery of tlie Dominican church at Basil in 8wilzerland , with apropriate texte and scripture... London , printed for Whittingham and Ariess, juvénile library, Paternoster-row. In-12. Mêmes planches, avec la traduction de Hawkins. Ce titre offre une erreur évi- dente en confondant la Danse de Bâle avec celle d'IIolbein

68. — 182S The Oance of Death , of the celebrated Hans Holbein , in a Séries of fifty-two Engravings on wood by Mr. Bewick, with Letter-Press, Illustrations. London , Wil- liam Charllon Wright, ISSo, in-12. Ce titre annonce cin- quante-deux planches , mais il y en a cinquante d'Holbein, ridiculement modernisées et d'une exécution médiocre. M. Douce hésite à croire qu'elles soient de Bewick. Le texte est copié littéralement sur celui que M. Douce publia dans l'édition gravée sur cuivre par Hollar. Ces deux dernières éditions paraissent destinées au bas peuple. ( Douce, IIQ , et Massmann, 43. )

2° GRAVÉ PAR BONNER ET BYFIELD.

69. — 1853. The Dancc of Death , exhibited in eleganl en- gravings on wood... By Francis Douce, Esq. F. AS, etc.... London, William Pickering, 1853. In-8 , S3 pi. — C'est l'ouvrage de M. Douce dont nous parlons si souvent. Le nom des graveurs Bonncr et Byfield se trouve mentionné à la page vj. Ces cinquante-trois copies sont très tidèies et

admirables.

3°.

70. — (1849 ) Hans Holbein's Dance of Death with an Historical and Literary Introduction , by an antiquary. Square post 8vo, with engravings being the most accurate copies ever executed of thèse gems of art , cloth , 9 s. Lon- don , Russel Smith ( 1849 ? ). Nous ne connaissons pas cette récente édition , qui n'est peut-être pas ici à sa place. Est-ce une réimpression des gravures de Byfield ? sont-ce de nou- velles copies? Nous ne saurions l'affirmer.


SUR LES DANSES DES MORTS. l'^T) NEWHAVEN.

71. _ 1810. Emblems of Mortality, Representing , in upwards of iifiy Cuts, Death seizing ail ranks and degrees of People. Imitâtes from a Painting in ihe cemetery of tlie Do- minican Church al Basel , in Switzerland ; with an apos- trophe 10 each , translaled from Ihe Latin , etc. Sidney's Press, New'-Uaven , 1810.

Encore même erreur qu'au n° 67.


COPIES SUR CUIVRE.

FRANCFORT-SUR-LE-MEIN.

GRAVÉ PAR EBERHARD KIESER.

72.— 16. ? Todten Dantz Durch aile Stand und Geschlecht der Menschen, etc. Eberh. Kieser excudit. In-4, S. L. ni D. 60 pi. avec bordures accompagnées de stances allemandes. Le titre et le texte sont copiés sur ceux de Gaspard Scheyt

73. — 1617. Todten Dantz Durch, etc 16-17 Eber.

Kieser — excudit. In-4, mêmes planches.

74. —1618. Todten Dantz... idem. Eberh. Kieser — excu- dit. 1618. In 4 , mêmes planches.

75.— 1623. Icônes Mortis, Aliquot Imaginibvs prœter priores , totidem que inscriptionibus cumulalœ , Versibus quoque Latinis, Gallicis ac Germanicis illustrât®. — Les Images de la Mort Augmentées de quelques figures nouelles et illustrées des vers Latins, François et AUemans. — Der


126 Ess\i msioiUMii:

Todtendanlz Durcli aile Slandc , etc. Franckfurt ain Mayii, by Eberhardt Kieser Kuiïerstechern zu finden. Anno 10:23. In-4, mêmes planches. — Il est probable que les éditions précédentes sortent , comme celle-ci , de Francfort.

76. — ('?) 1658. M. Massmann cite dubitativement ( p. 48 ) une autre édition , in-8, de Francfort , de 1058.

NUREMBERG.

GRAVÉ PAR A. KHOL.

77. — (1647. ) Icônes mortis sexaginta imaginibus loli- dem que inscriptionibus insignilîe versibusquoque lalinis et novisgermanicisillustratae. j Vorbildungendes Todes durch aile Stande, etc. J la fin : «iedruckt zu Norembcrg durcli Christoph Lochner. Pet. in-8 , S. D., 60 cuivres gravés par A. Khôl. C'est une copie des planches d'Eberh. Kieser. Cette édition renferme une nouvelle Iraduclion des vers latins en allemand et un frontispice de l'invention de (leorges Strauch , qui dessina peut-être les autres planches d'Hol- bein pour aider au graveur. Nous croyons que huit des pre- mières planches de cette série sont des copies d'Aldegrever , qui , selon MM. Peignot et Douce , portent la date delTiil.

78 — 1648. Icônes mortis ( même titre latin que ci-des- sus) , Norimberga; , Christ. Lockner. In-8. Edition non citée par M. Massmann, mais par Douce, qui détaille la précé- dente ( p 125 ) avec les autres copies sur cuivre d'Holbein , et qui indique celle-ci dans son chap. X , p. 1 48 , au milieu des Danses des Morts différentes de celles de ce peintre. Est-ce une erreur? Nous l'ignorons.

LONDRES.

1» GRAVÉ PAR WENCESLAS HOLLAR.

7ÎI. — (1647. ) The Dance of Death , cngraved by W. Hol-


- SUR LIS DWSES I>ES MOUTS. 1 '27

lar. In-i , 50 beaux cuivres imprimés à Londres et copiés par Hollar, de Prague, en partie sur les éditions de Lyon , en partie sur l'édition de Cologne de 4553.

80. — 16S1. Mortalium nobilitas iconibus ab Holbenio deli neatis et a W. Hollar exsculptis expressa. Abraham a Die- penbecke. 1631 . In-8. — Diepenbecke entoura les gravures de Hollar de bordures à sujets funèbres ; il aurait fait ce travail à Anvers, selon M. Douce, qui ajoute (p. 126) que ses planches tombèrent à Paris dans les mains des marchands d'estampes Petau et Van Morle , et que ceux-ci en firent tirer des épreuves portant leur adresse.

81. —1682. The Dance of Death , by Hollar, 1682 , etc. (Massmann, p. 55.)

82. — 1780. The Dance of Death ; painted by 11. Holbein , and engraved by W. Hollar. S. D. In-8 , renfermant ; The Daunce of Machabree, by Dan John Lydgate.... ( Massmann, p. 56. )

83. — 1790. Le Triomphe de la Mort , Gravé D'après les desseins de Holbein. par W. Hollar. Explication des Sujets du triomphe de la -Mort de J. H. Pet. in-8 , publié en 1790 , à Londres , chez James Edwards , d'après Renouard ( Cata- logue , ni, 270 ) et Peignot.

84. —1794. The Dance of Death painted by H. Holbein and engraved by W. Hollar. to whids is added The Daunce

of Machabree by Dan John Lydgate ( London ,

J. Edwards, 1794. ) Cette édition renferme de mauvaises épreuves des anciens cuivres de Hollar, avec la première explication des Danses des Morts qu'ait publiée M. Douce.

85. — 1796. A Historical dissertation upon theancient emblematical Paintings of the Dance of Death , with 50 beatiful plates etched by W. Hollar, after drawings by Holbein and three engravings of portraits.... also the dance of Macaber by Lydgate, at is was represented in St. Pauls


128 KSSVl HISTOIUOIE

before the lire of London. London , 179G. In-8. Cité par MM. Massmann et Kiorillo , et renfermant la dissertation de M. Douce.

86 — (1804. ) The Dance of Death ; painted by H. Hol- bein, and engraved by W, HoUar. In-8, 50 pi., avec la dissertation de M. Douce et The Daunce of Machabree.

87.— (?) d814. The Dance of Death, etc. 30 pi. N'y aurait-il pas confusion avec l'édition de 1804? ( Massmann , p. 57. )

88. — 1816. The Dance of Death, from the original de- signs of Hans Holbein. lilustrated with 33 plates engraved by W. Hollar.... London, by Coxhead , in Holyweel Street, Strand. 1816. In-8 , 55 pi. Même édition que celle de 1794, avec des additions, une courte biographie d'Holbein et des descriptions en anglais et en français.

2° GRAVÉ PAR MELHOFF PIOCARD.

89. — (1720.) Imagines Mortis , or the Dead Dance of Hans Holbeyn , painter of king Henry the VIII. — Ce titre sur cuivre est suivi de 19 planches d'Holbein gravées , avec quelques changements, par Nieuhofl'Piccard. La planche de la Tentation porte la date de 1720.

LONDRES , EDIMBOURG.

GRAVÉ PAR DAVID DEUCHAR.

90. — 1788. The Dances of Death.... from the original designs , which were eut in Avood and afterwards painted by

John Holbein in the town house at Basle Edinburgh ,

MDCCLX XXVIII. ( Les Danses de la Mort, d'après les dessins originaux qui furent gravés sur bois et ensuite peints par J. Holbein dans la maison de ville de Bàle.... In-4, 46 pi. Ce titre est, comme on le voit , rempli d'er- reurs. Les quarante-six planches sont entourées de bordures


SUR LES DANSES DES MORTS. 129

empruntées en parlie à celles de Diepenbecke ; trente sont copiées d'après Hollar, les autres d'après l'édition de Co- logne de lSo5 , et elles sont moins belles ; les descriptions sont en anglais et en français , d'après le texte de l'édition de Mechel , et l'on trouve à la fin le Fourreau de poignard et la Mort planant sur le Monde, d'après la copie que Me- chel donna de ces dessins d'Holbein dans l'édition de Bâle citée plus loin , n" 115.


91. — 1803. The Dances of Death (idem), etched by D. Ueuchar. London , by Gosnel. 1805. In-4, 46 pi. Sem- blable à l'édition précédente.

92. — 1 786. F.e Triomphe de la Mort Gravé d'après les Des- sins originaux de Jean Holbein par David Deuchar. 17 86. Mors sceptra ligonibus aequat. Même édition.

95. — 4813. 11 y aurait eu en 1813 une édition pareille de Deuchar ; mais M. Massmann révoque en doute son authen- ticité.

ZURICH , HAMBOURG-LEIPZIG.

«RAVE PAR LES FRÈRES MEYER.

94. — 46S0. Rudolf Meyers: Todten-Dantz.Ergantzetund herausgegeben Durch Conrad Meyern Malern in Zurich.

In Jahr 1650 Getruckt zu Zurich Hey Johann Jacob

Bodmer. (La Danse des Morts de Rod. Meyer, complétée et publiée par Conrad Meyer, peintre à Zurich , en l'an 1630. ) In-4, 60 beaux cuivres. Quelques planches, gra- vées par Rodolphe, portent la date de 1637. Rodolphe l'aîné mourut en 1638, et son frère en 1689.

95. — 1657. Sterbenspiegel , etc. Durch Bodmer neu aufgelegt. Zurich. In-4. ( Miroir de la Mort , nouvellement imprimé par Bodmer. ) Douce , p. 150.

9


130 ESS\I IIISTORIOUE


96. — 1759. Die menschliche Slerblickkeit unter dem Titel Todten-Tanz , inLXI. Original kupfern , von Rudolf

und Conrad Meyern Hamburg und Leipzig. 1759. In-4.

( La Mortalité humaine sous le titre de Danse des Morts, en 61 cuivres originaux par R. et C. Meyer. ) Même suite, augmentée de nouvelles planches.

PARIS.

GRAVÉ PAR THOMAS NEALE.

97. — 1657. Mortalium nobilitas|l Memorarenouissima et in œternum non peccabis ij H. Weyen ex.H — Les armes de la Mort servent de frontispice, et on lit au bas de cette planche : Tho : Neale "1657 Paris, — In-16. 30 gravures assez jolies , copiées d'après Hollar, plus petites que les planches origi- nales et exécutées en sens inverse. Reaucoup d'entr'elles portent : Tho. Neale fecit ou T. N. simplement. — Se trouve à Rouen ( Ribl. Leber, n" 1565). Cité par Brunet (1842, Il , 606), et non par Massmann.

VENISE.

98. — 1669. Varii e veri ritratte délia morte disegnati in immagini , ed espressi in Essempii al peccatore duro di cuore , dal padre Gio. Ratt. Marmi délia Compagnia de Giesu. Venetia , 1669. In-8 ( Aspects divers et véritables de la mort, dessinés en images et exprimés en exemples pour le pécheur dur de cœur, par le P. J.-R. Marmi , etc. ), renfer- mant six gravures sur cuivre copiées d'après les planches originales, et cinq d'après l'édition de Râle de 1769. — Douce, p. 123 ; non cité par Massmann.

LAYBACH-SALTZBOURG.

GRAVÉ PAR ANDRÉ TROST.

99.— 1682. Thealrum mortis humanae tri parti tum . I. Pars


SLR LES DANSES DES MOKTS. 131

Saltum Morlis. II. Pars, varia gênera Mortis. III. Pars. Pœ- nas Damnatorum continens. Cum Fignris aeneis illustratum Das ist: Schau Buhne Desz Menschlichen-Todts, elc. ( même titre répété en allemand). Durch Johannem Weichardum

Valvasor, Lib. Tîar., Gedrucktzu Laybach, und zu fin-

den bey Johann Baptista Mayr, in Saltzburg. Anno 1682. ( Par Jean Valvasor, imprimé à Leybach , et se trouve chez J.-B. Mayr, à Sallzbourg). In-4, 54 pi. en tout, copiées sur l'édition de 1533, n« 34 , et gravées par And. Trost , dont le nom est sur un beau frontispice, en tête des autres planches.

ANVERS.

iOO. — 1698, De Doodl vermaskert met des Werells ydelheyt afghedaen door Geeraerdt van Wolfchaten. t'Ant- werpen, by Jan Baptist Jacobs. In-12, S D. , avec privi- lège de 1698. Même texte que dans l'édition de 1654 , n° 65; celle-ci renferme cinquante-deux planches qui offrent des changements.

AUGSBOURG.

101. — 1704. Erbaulicher Sterb-Spiegel, Das ist : Son- nenklahre Vorstellung Menschlicher Nichtigkeit , Durch aile slande und Geschlechter : Vermittelstschoner kupffern, Lehz-reicher Bey-Schrifflen, und hertzbeweglich ange-

hangter Todten-Lieder von dem Poeten Aug. Casimiro

Redelio,.... Augspurg, 1704. In-4. (C'est le miroir édi- fiant de mortalité , représentant la nullité de l'homme dans toutes les positions et générations , au moyen de très belles gravures sur cuivre , d'inscriptions instructives et de chants de la mort propres à émouvoir , par le poète Redel. ) Ce volume porte aussi le titre latin suivant : Tripudium mortis per victoriam super carnem universœ orbis terrae erectum , ab. A. C. Redelio. — 57 cuivres ( 52 selon Douce ) copiés sur ceux des Meyer, moins beaux et présentant quel- ques changements.


132 ESSAI HISTORIQUE

AMSTERDAM, NUREMBERG.

PUBLIÉ PAR SALOMON DE RUSTING.

102. — 1707. Het scliouwtooneel des Doods ; waarop na't leeven verloont wort De Doot op den Throon des Aardbodems : hoerscliende over aile Staatlen en Volkeren. Verciert met dertig zinnebeelden. Door Salomon van Rus- ling Med. Doct. l'Amsterdam bij Jan ten Hoorn enz. 1707, (Le Théâtre de la Mort, dans lequel la Mort est représentée au naturel occupant le trône de la Terre et étendant son empire sur tous les Etats et les Peuples. Orné de trente gravures avec sentences , par Sal. de Rusting , doct.-méd. Amsterdam, chez Jean ten Hoorn , etc.). — Pet. in-8. Trente belles gravures , dont six copiées sur les dessins d'Holbein et dont le reste y est en partie puisé. M. Kist donne la re- production d'une de ces planches originales qui montre la Mort poursuivant des patineurs en patinant elle-même.

^03. — 1726. Het Schouw-toneel des Doods... Twede Druk . t'Amsterdam, by Nicoloas ten Hoorn... 1726. In 8.

-jOi. — 1736. Het schouwtoonell des Doods.... 1736. Troi- sième édition, non citée par M. Massmann,maispar M. Kist: M Douce la mentionne avec la date de 1 73S.

105. — 17il. Het Schoow-toneel Des Doods, etc. Vierde Druk . Damsterdam , by Joh. Rotterdam , 17il. Pet. in-8.

106. — 1736. Schau-plalz des Todes , oder Todten-Tanx in Kupffern und Versen vorgestellet : Ehemals von Sal. van Rusting , Med. Doct. in Nieder-Teutschersprache ; nun aber in Hoch-Teutscher, mit nothigen Anmerkungen , herausge- geben von Joh. Georg Meintel , Hochfurstl. Brandenburg- Onoltzbachischen Pfarrer zu Petersaurach. Nurnberg , bey Peter Conrad Monath , 4736. ( Théâtre de la Mort ou Dan^e des Morts repré.senlée en gravures sur cuivre ornées de


SUR LES DANSES DES MOKTS. 133

vers : autrefois publiée en hollandais, par S. de Rusting, D. M. ; mais maintenant donnée en haut allemand avec des notes nécessaires , par J.-G. Meintel , prêtre à Petersaurach, au service du duc de Brandebourg. Nuremberg.... ) 30 pi. qui sont des copies des précédentes, mais oîi les costumes sont plus modernisés ( Massmann ,' p. 54 ).

PASSAU, LINZ, HABIBOURG, VIENNE, PKAGUE.

GRAVÉ PAR MICHEL RENTZ.

107. — 17. .?Die ErwogenEilelkeit (pour Eitelkeit) aller menschlichen Dinge ( la Vanité rabaissée de toutes les choses humaines). Pet. in-fol. 50 pi., par Michel Rentz. — Cette édition, citée par M. Massmann, p. o2 , n'a pas d'autre titre et doit sortir d'une des villes susnommées.

108. --47S3. GeistlicheTodts-Gedancken Bey allerhand Gemahlden und Schildereyen.... ( les Pensées spirituelles de la Mort, en peintures et tableaux de toute espèce). Passau, Gedruckt bey Friderich Gabriel Mangold. 1753. Lintz , Frantz Anton Ilger.... Pet. in-fol. Mêmes cuivres avec deux nouveaux , en tout cinquante-deux, par Michel Rentz.

109. — 1759. Geistliche Todts-Gedancken... Hambourg, 1759. In-fol. Réimpression de l'édition précédente faite avec quelques changements, à Hambourg, selon M. Douce ( p. 153 ) , qui cite ces deux volumes parmi les Danses diffé- rentes décolles d'Holbein. M. Massmann ne connaît pas cette édition ^ et M. Pouce a pent-étre confondu avec k' n« 96.

110. — 1767. Der sogenannte Todentanz. — Au deuxième feuillet on lit : Der sogenannte Sinn-Lehr-und Geistvolle vor vielen Jahren auf Befehl, Anordnung und unkosten Sr. Hoh. Reichs-Grafl. Excell. Francisci Antonii Grafen von Sporclv,.... durchdie kunstreiche Hand des Michaelis Rentz gestochene , und weit und breit bekannte , auch in dem ,


134 r:ssAi historique

von obgedacht, Sr. H. R. G. Exe. erbauten , und unlerder obforg F. F. Misericordiae , fur 100. arme Manner fundirten Hospiialin Kuckus-Baad in Bohmen , vor Zeiten kunstlich an denen Wanden , in dem unter Gang gemalen gewesene... Todentanz... Wien,gedrucktbeyJoh.Th. Edenvon Tratt- nern.... MDCCXVII. (La Danse des Morts ainsi nommée, pleine de sens, d'instruction et d'esprit , gravée depuis un grand nombre d'années sur les ordres et aux frais de Son Altesse Roy. Excell. Fr. Ant. Comte de Sporck , par la main habile de Michel Rentz ; connue au loin et au large , exécutée par l'ordre de son altesse déjà nommée et sous les soins des Frères de la Miséricorde , dans l'hôpital de Kuckus- Baad en Bohême , fondé pour 100 pauvres , et peinte autre- fois artistiquement sur les murs de l'allée intérieure.... tienne, etc. ) Massmann, p. 52. Pet. in-fol. , 52 cuivres, accompagnés de vers faits par Patricius. Les planches d'Hol- bein se trouvent ici avec des sujets de la Danse de Kuckus- Baad. (Voyez I^e partie , p. 229. )

111. — 1777. Die erwogene Eitelkeit aller Menschlichen Dinge.... geslochen von M. Rentz. Linz, zu finden bey The- resia Frenerin , 1777. Pet. in-fol. , 52 pi.

112. — 1 . . .? Todentanz von M. Rentz : 53 kupferst mit deutschen Versen , Prostat Miero-Pragae in gradib. arcis apud P. Hilliger Minua ac Picto. Artisq. chalcogra. ac Pro- potam (s/c). In-fol. ( Massmann , p. 52 , d'après le Catalogue de Weigel ). Cet ouvrage sort probablement de la ville de Prague.

BALE.

GRAVE PAR CHRETIEN DK MECHEL,

115. — 1780. Le Triomphe de la Mort, 47 pi. sur cuivre fort bien exécutées et formant la première partie de l'œuvre de J. ilolbein , par Ch. de Mechel. Basle, 1780-92. 4 par- ties in-fol.


SUR LES DANSES DES MORTS. 135

LEIPZIG.

GRAVÉ PAR FRF.NZEL.

114, — 18M. Der Todtentanz , ein gedicht von Ludwig Bechstein, mit 48 kupfern in treuen conturen nach H. Holbein. Leipzig , Léo , 4831. ( La Danse des Morts, poëme, par L. Bechstein , avec 48 cuivres fidèlement copiés d'après Holbein. ) In-8. Ce poëme est du genre épique et raconte le pouvoir de la Mort sur l'humanité ; les belles gravures à l'eau-forte sont de M. Frenzel , inspecteur du Musée d'es- tampes du roi de Saxe , à Dresde.


COPIES SUR PIERRE.

MUNICH , PARIS.

GRAVÉ PAR SCHLOTTHAUER.

11b. — 1832. Hans Holbein's Todtentanz in S3 getreu nach den Holzschnitten littographirten Blattern. Herausge- geben von J. Schlotthauer, K. Professor. Mit erklarendem Texte. Mimchen , 1852. Auf Kosten des Herausgebers. (la Danse des Morts d'flolbein , fidèlement lithographiée en S3 feuilles d'après les planches sur bois. Publiée par J. Schlott- hauer , professeur , avec un texte explicatif. Munich , aux frais du publicateur ). In-8. Le texte est dû aux professeurs Schubert et Massmann. Ces 53 planches de Schlotthauer sont d'une exquise perfection et ont été réimprimées dans l'ouvrage suivant de M. Fortoul , que nous avons souvent cité.

116. — (1842.) La Danse des Morts dessinée par Hans


13(i ESSAI HISTORIQUE

Holbein , gravt^e sur pierre par Joseph SchloUhauer, Profes- seur à l'Académie de Munich : expUquée par Hipp. Fortoul, Professeur à la Faculté des Lettres de Toulouse. Paris , J. Labittc. In-8, 55 pi.

MAGDEBOURG.

GRAVÉ PAR HELLMUTH.

H 7. — 1855. l)er Todlentanz oder derTriumpf desTodes nach den Original-Holzschnilten des Hans Holbein , Magde- burg , bey Robrahn und Co , 1835. ;Pet. in-fol. , 46 feuilles en six livraisons. Ces copies, signées L. O. ( Hellmuth ) , sont faites d'après l'édition de Denecker de 1544 , w 19.


11 n'a pas été fait seulement des copies plos ou moins complètes de la Danse d'Holbein ; il n'est pas rare de ren- contrer , gravés séparément , des sujets tirés de cette ad- mirable suite. Ainsi, M. Douce cite (p. 157) le sujet du Juge , qui se trouve dans le Théâtre des bons engins de La Pericre (1561 , in-24 , fol. 66) ; celui d'Adam travaillant à la terre , dans le Bibel's Trésor de Cornélius van Sichem Amsterdam, 1646 , in-4) ; ceux du Cardinal , de l'Empe- reur et de l'Evéque, dans les initiales du livre intitulé: Mémorable expulsion de los Moriscos de la Espana. Pam- plona, 1615 ( in-4 , fî. 1 et 66) ; il mentionne encore des copies anonymes de l'Avare et de la Dame Noble; l'Astro- logue et l'Avare , reproduits sur cuivre par Leblond ; le La- boureur , copié sur cuivre également par brebiette , et le Marchand , avec deux quatrains français , dans une suite de gravures du xvii^ siècle. M. Massmann parle de huit plan- ches d'Holbein laissées par Aldegrever ( voyez n" 77 ) ; du sujet du Moine, copié en sens inverse par C. B. ( Cornélius Bosch ou Bus ) et de la Création , reproduite avec quelques changements et un monogramme composé des lettres B P re-


SUK LES DANSES DES MORTS. 137

tournées. La Nonne et le Comte se retrouvent dans l'ouvrage de M. Ottley ; la Duchesse dans celui de M. de Rumohr ( EUissen, p. 126, n°9D); la Dame Noble , dans le Bibl. Decameron , du D' Dibdin ( 1 , 40 ) ; le Fou , dans les Re- cherches de M. Peignot (p. 57 ) , et le Pape , dans l'ou- vrage de M. Kist. L'Avare et le Malade ont été reproduits probablement seuls, mais sur une même feuille, de format grand in-4 , et avec des sixains et quelques changements , « à Paris , chez Chiquet , rue Saint-Jacques, au Grand St- Henry » (bibl. Leber, Rouen). Dans le Recueil de la di- versité des habits ( Paris ,1657, in-12), on reconnaît le Gentilhomme suisse des Armes de la Mort ; dans une gra- vure du xvii* siècle , par Langlois , et qui représente la Mort venant chercher un Avare , la figure de ce dernier est la même que celle du Charretier d'Holbein , etc.

Enfin , l'on retrouve encore des souvenirs des dessins de ce peintre dans plusieurs danses originales que nous avons décrites dans notre chapitre IX , telles que les deux Danses de Lucerne et celle d'Erfurt. ( voyez p. 224, 228 et 231 ,


PLANCHE XXXVII.

PIRRRE TUMULAIRE DANS l'ANCIEN CLOITRE DE LA CAIHÉDRALE DE ROUEN.

Cette pierre ou dalle funéraire, gravée en creux, suivant le procédé généralement en usage du xiii^ au xvie siècle , se voit encore en place dans l'unique galerie subsistante de l'ancien cloître de la cathé- drale de Rouen. Malheureusement, elle est beaucoup plus fruste aujourd'hui qu'à l'époque où elle fut des- sinée , et un certai[i nombre de détails alors appa-


138 KSSAl HISTORIQUE

rents, surtout vers le bas de la pierre, ne se laissent plus maintenant distinguer. Elle porte 0,92™ de lon- gueur et 0,54™ de largeur. L'inscription qui la con- tourne , usée par le frottement précisément dans la partie qui exprimait le nombre caractéristique des années de la date, pourrait laisser des doutes sur l'époque de la confection de ce petit monument, s'il n'était évident , d'après la forme des caractères , qu'il appartient au xv^ siècle , et si les restes du mil- lésime , qui laissent encore apercevoir assez nette- ment ces mots : yinno mill vigesimo secundo,

ne permettaient d'induire la date entière et de la rapporter à l'an 1422. L'inscription complète du pourtour est ainsi conçue :

J^ir iafft : Eobcrtus . touee . mt'riuô Ijitiue errlcsic qui obiit

o'iio îiomini mil oiafôimo ■ic'io ii îiie mrnsid iuuii. p'rat

dibi iexis :

Au milieu de la pierre est représenté un cadavre dans un état de décomposition très avancé, rongé de vers qui semblent sortir de toutes les parties du corps, ayant le ventre entr'ouvert et laissant, par cette ouverture hideusement béante , s'échapper les intestins. Aux mâchoires décharnées de cette hor- rible effigie vient se rattacher l'extrémité d'un rou- leau déployé en bandelette , sur lequel on lit :

(Crpccto . rf9urrfftioiient . mortuorum .

Il est à propos de remarquer, à l'occasion de cette figuration , que c'est bien le mort gisant sous la


SUR LES DANSES DES MORTS. 139

pierre qui est ici représenté étendu dessus en état de décomposition et en proie aux vers du sépulcre, et non pas cet être abstrait , formidable aux vivants, la Mort destructrice de toute chair. Cette substitution d'un hideux cadavre aux nobles et calmes figures des défunts, représentés dans les habits de leur pro- fession , et dans une attitude de quiétude et de séré- nité qui semblait un présage de la béatitude éter- nelle , caractérise une tendance à l'exagération qui eût été incompatible avec les simples et majestueuses données de l'art gothique à ses belles époques. Aussi , en chercherait-on vainement des exemples aux xiiieetxiv' siècles. Aux xv« et xvi^ siècles, au con- traire, ces exemples abondent, et , pour en citer de concluants, on n'a que l'embarras du choix. Con- tentons-nous de rappeler, pour ne citer que ceux qui présentent un caractère monumental, la curieuse effigie mortuaire placée dans une chapelle de l'église de Gisors , attribuée à tort à J. Goujon , et que nous avans décrite en passant en revue différents mo- numents relatifs à la Danse des Morts i I , p. 307). Citons enfin, pour produire un exemple d'un renom encore populaire, le singulier monument commémo- ratif d'Etienne Yver, chanoine des églises de Paris et de Rouen , mort en 1467. Ce monument, placé sous la tour septentrionale de la cathédrale de Paris, près de la porte de l'escalier, représente , à sa partie inférieure, en bas-relief et avec une vérité triviale assez saisissante pour produire un sentiment de ré- pulsion et d'effroi , un cadavre étendu près d'un sé- pulcre et dévoré par les vers.


140 ESSAI HISTORIQUE

A Bar-sar-Aube, dans l'église de Saint-Maclou, il existe une tombe plate, gravée en creux, du xv^ siècle , qui présente avec celle que reproduit notre planche une singulière analogie. C'est également un cadavre , horriblement éventré , avec les intestins pendants, qui est couché sur la pierre ; de sa bouche s'échappe une banderoUe sur laquelle on lit : Sum quod eris, quod eseram; pro me, precor, ora '.

Il y a une foule d'inscriptions tumulaires , avec ou sans représentations figurées, qui se rapportent bien mieux encore à ces affreuses effigies du cadavre rongé par les vers. Nous pouvons citer entr'autres cette épitaphe que l'on voit, en Picardie, sur la tombe d'une dame trépassée vers la fin du xiii* siècle :

€i qu'or ca je la fuc

(Et uouâ 6frc) ce qu'or je 9ui

Pvic} pour uoud

Celle qui bit ces vti6

(Êôt mauciif i>es tiers

(Et atxt} voue -.


' Cette tombe est gravée dans le Voyage archéologique et pitto- resque dans le département de l'Aube, par Arnaud (in-4), et l'inscription dont elle est ornée ressemble à celle du Squelette de Gisors dont nous venons de parler.

' Voyez dans le Bulletin Monumental ( vol XI, p. 370 ) le Mé- moire sur les inscriptions recueillies dans le Nord de la France , par M. Woillez.

Dans les dernières lignes de cette épitaphe, on trouve encore un exemple de ces tristes jeux de mots que nous avons déjà signa- lés. Mais il eu existe un bien plus frappant dans la planche 54 de la publication du Moyen-Age Pittoresque : il s'agit d'une rà|)e à


SUR LES DANSES DES MOUTS. 141

Ce qui rappelle aussi ces paroles prêtées, dans les premières éditions gothiques, à un des Squelettes qui se trouvent en tête de la Danse Macabre :

(Et 91 sfront menjca îit vsxs Dos rorps . I)fla3 : rcgavbcs noua illors : pouvia . punns . braroitofra (Eominr somra : tclr serra roua.

Remarquons, en passant, que le cadavre plus ou moins émacié, plus ou moins horriblement décom- posé même, était, bien plus que le squelette com- plètement dépouillé de chair, dans le sentiment et les habitudes pittoresques des artistes de cette pé- riode. Qu'on passe en revue toutes les figurations connues des Danses Macabres, qu'on interroge toutes les représentations des trois Vifs et des trois Morts , c'est toujours le cadavre et presque jamais le sque- lette qu'on y verra grimacer son perpétuel sarcasme. On pourrait alléguer plusieurs raisons pour expli- quer cette préférence; d'abord, la représentation exacte du squelette était au-dessus des connaissances anatomiques des dessinateurs de cette époque. Que l'on voie, dans notre planche XXVH, que nous avons reproduite d'après la Chronique de Nuremberg , à quel degré de barbarie pouvaient tomber ces artistes, lors-


tabac qui porte pour ornements d'un côté le Diable enlevant l'Amour, et de l'autre la Mort debout dans son suaire et râpant elle-même du tabac ; au-dessus d'elle on lit : In pulverem redu- ces me , singulière équivoque qui témoigne du peu de gravité que certains artistes apportaient à de si lugubres contemplations.


142 ESSAI HISTORIQUE

qu'ils tentaient de reproduire la charpente compli- quée du corps humain. Le cadavre plus ou moins décharné convenait bien mieux à leur degré d'ins- truction et à la tournure fantasque de leur imagina- tion. Dans ces membres anguleux, mais encore cou- verts de muscles et de tendons; dans ces corps efflanqués, qu'ils éventraient hideusement pour en laisser pendre les intestins, ils trouvaient, bien mieux que dans la froide représentation d'un sque- lette, le moyen d'inspirer un sentiment d'horreur et d'épouvante. Le squelette, qu'on ne saurait doter de mouvement qu'à l'aide d'une supposition que la plus légère réflexion renverse , fait en quelque sorte de la Mort un être abstrait, tandis que le cadavre , cru plus naturellement susceptible de se ranimer, ainsi que le prouvaient les exemples nombreux de rappel à la vie après des ensevelissements précipités , présentait la Mort sous son aspect le plus saisissant et le plus formidable , par cela même qu'une distance de quel- ques jours à peine pouvait séparer le spectateur vi- vant de cette horrible décomposition.

Terminons tout ce que nous avions à dire sur cette planche en précisant ce qu'on doit entendre par cette qualification de nuncius ecclesix, donnée à Robert Tousé sur son monument funéraire. D'après l'ana- logie qu'expriment de nombreux exemples cités par Ducange , on ne saurait douter que cette désignation ne répondît à celle d'appariteur, c'est-à-dire à celle de ces officiers inférieurs ou gardiens d'église qu'on appelle aujourd'hui coûtres, suisses ou bedeaux. Robert Tousé était donc quelque humble bedeau de


SUR LES DANSES DES MORTS. 143

la cathédrale, que le Chapitre, en considération de ses bons et sans doute anciens services , fit inhumer dans son cloître, et auquel il accorda l'honneur de ce modeste monument.


PLANCHE XXXVIII.

FIGURE TIRÉE DES LOUPS RAVISSANTS.

Cette composition singulière est extraite d'un livre fort rare , que M. Leber, dans sa dissertation en forme de lettre annexée au présent ouvrage, a parfaite- ment fait coimaître, en décrivant les vingt-quatre planches qui en forment la dernière partie et qui constituent une véritable Danse Macabre. Sous ce titre hizarre: Les loups ravissans.... Ou autrement, Doctrinal moral, l'auteur, qui s'appelait Maistre Robert Gobin, et qui était prestre, doyen de la chrestienté de Laigny- sur-Marne, a composé un traité ou plutôt une vision en vers et en prose que M. Leber a spirituellement qualifiée de pastiche mystique, philosophique , soi- disant moral et tant soit peu gaillard ; dans laquelle les loups ravissants, et surtout le grand Arrhilupus, qui n'est autre que le diable, engagent un combat d'arguments et de sophismes contre Sainte Doctrine. C'est là la partie principale de l'ouvrage, la seule même qui se trouve dans l'une des deux rares éditions que l'on possède de ce livre , celle de Philippe Lenoir (vers 1525), in-4° gothique. Mais l'édition imprimée


144 ESSAI HISTORIQUE

vers 1503, pour Anthoine Vérard, Paris, in-4" go- thique également, avec quarante-trois planches gra- vées sur bois , contient en outre un important appen- dice de soixante-deux feuillets, décoré lui-même de vingt-quatre planches, et non vingt-et-une , comme le dit par erreur M. Douce; c'est dans ce dernier appendice que se trouve exposée une nouvelle vision de l'auteur, oiila Mort et son inséparable compagnon accident sont substitués aux loups ravissants.

« Et fut la vision telle , dit l'auteur dans l'épilogue de » sa première partie , qu'avis m'estoit que la mort et « ung nommé Accident, qui moult estoientespouuan- » tables à veoir, menoient une danse en laquelle » estoient dançant plusieurs gens qui en leur vie

» avoient esté remplis de vice et iniquité Pour

» laquelle chose auoient esté punis en ce monde. >- Dans ce drame, en effet, différent à cet égard des Danses Macabres ordinaires, ce n'est plus seule- ment la Mort qui livre un combat aux humains, c'est la Mort aux prises avec l'être vicieux que lui livre Accident , le héros de la pièce ; et la morale qui ressort de cette allégorie, c'est que le pécheur, exposé à tant d'accidents qui peuvent le tuer au moment où il y pense le moins, ne doit point attendre la maladie ni la vieillesse pour se réconcilier avec Dieu. (Leber, lettre citée. )

Nous renvoyons à cette dissertation de M. Leber pour les détails bibliographiques et descriptifs rela- tifs à cette originale composition , qui semble dirigée contre le clergé , et qui renferme aussi quelques fables, entr'autres celle du Meunier, son Fils et l'Ane,


SUK LES DANSES DES MOUTS. 145

que La Fontaine ne croyait devoir qu'à Malherbe (Brunet, t. H, p. 419). Nous nous bornerons à dire que notre planche est la XV<^ de la Danse que nous venons d'indiquer, et qu'elle représente Accident pré- sidant au supplice de deux favoris de prince qui ont abusé de leur pouvoir. L'un des deux, déjà suspendu au gibet, est Aman, le persécuteur des Juifs, et l'autre, que le bourreau va lancer de l'échelle sur laquelle il pose encore, n'est rien moins qu'Olivier Le Dain, barbier et favori de Louis XT.

Accident, dans son monologue, caractérise ainsi cette scène :

Il vous souviengne , comme Maistre Olivier Le Dain , je fis estrangler d'un fort chevestre , Qui du roy Louis onzième fut barl^ier, Kt Moutfnucon lis son cymetière eslre.

.... Plus parler De ce ne vucil , maisje vous admoneste Que se faictes !e peuple ainsi fouller La main mcstrai sur votre col ou teste.

Dans la Danse aux aveugles , ouvrage que l'on sait se rapprocher des Loups ravissans et de notre sujet en général par le rôle que la Mort y joue , il y a quelques vers débités par cette dernière, ou mieux \)Sir Madame Atropos , et qui semblent tout-à- fait convenir à ce tableau. Ce sont les suivants :

La Justice qui souvent m'anticipe Plusieurs larrons fait h ses gibets pendre , Kt les départ l'ung de l'autre et dissipe. Pour les faire venir en mes mains rendre. Et se je vueil lors mon pouvoir estendre ,

10


146 ESSAI HISTORIQUE

L'ung esl uoyù, l'aullrc est decapilé; L'aultre en espoir pour un temps réputé , Par don de prince ou par aullre auenture ,- Mais tout après sans mercy ne pitié Je les tresbuche en terre et pourriture.

Une des particularités de la Danse de Gobin , c'est qu'au lieu de mettre exclusivement en scène des types généraux, des représentants abstraits de chaque condition humaine : le pape, l'empereur, le roi, le chevalier, par exemple, elle ne livre à ses deux bourreaux, la Mort et l'Accident, que des person- nages historiques, des héros de l'antiquité ou des célébrités du moyen-àge : Alexandre, Xercès, Cyrus, Gaudon , Gauvain ; les papes Jean XXII , Boni- face VIII , etc. Les planches en furent en partie copiées , mais sans les personnalités , dans les acci- dents de l'Homme, suite de figures qui parurent au nombre de vingt-quatre également dans les livres d'Heures gothiques, et qui empruntèrent leur titre au nom il'un des héros des Loups ravissans.


PLANCHE XXXIX.


LA MORT ET LES PRINCIHALES CONDITIONS HUMAINES.

Ce sujet a été copié d'après un vieux tableau peint sur bois , à l'eau d'œuf et sur fond d'or, que M. de Triqueli, l'habile sculpteur, auteur des portes de la Madeleine , découvrit, il y a quelques années , chez


SUR LES DANSES DES MOUTS. 147

un marchand de curiosités de Paris , et dont il ren- contra, quelque temps après , une répétition à peu près identique. Il représente quatre personnages qui personnifient les principales conditions humaines : le Guerrierj, représenté par un empereur tenant le glohe et l'épée en main et portant la couronne impériale sur la tête ; l'Artisan , l'Homme du Peuple , figuré par un Laboureur ; l'Homme d'Eglise , par un Moine , et l'Homme de Loi , par un Procureur ; ce dernier coiffé du chaperon, avec la plume à la main, l'écritoire et l'aumônière à la ceinture. Ces quatre personnages expriment, par des inscriptions placées au-dessous, dans le soubassement des niches gothi- ques qui encadrent et séparent chacun d'eux , la mission qu'ils remplissent dans l'ordre social , cha- cun au profit de tous. Ainsi, le Guerrier : Je combats pour tous quatre ; le Laboureur : Je labeure pour tous quatre ; le Moine : Je prie pour tous quatre; le Procureur : Je procure pour tous quatre. La Mort , qui remplit la cinquième niche, brandit de ses deux bras décharnés un dard, dont elle semble menacer les quatre représentants de l'humanité tout entière, et leur adresse ce terrible arrêt : Je vous emporterai tous quatre.

La rencontre simultanée de deux tableaux repré- sentant identiquement le même sujet témoigne que cette allégorie, qui n'est, sous une forme réduite que l'expression de l'idée développée dans les Danses Macabres , était déjà répandue à une époque assez ancienne. Elle offre quelque ressemblance avec la se- conde figure des Loups ravissants ( voyez la Lettre de


l/lS ESSAI HISTORIOUE

M.Leber, p. 63) ; les sculptures de quelques ossuai- res de Bretagne ne paraissent en être que des copies (I, p. 322), et il existe une gravure allemande du xviie siècle, dont le sujet est tout-à-fait pareil '.

Plus tard, cette allégorie est devenue véritable- ment pop.ilaire; nous l'avons retrouvée, en elTet, représentée en tète de ces larges pancartes, décorées d'ornements funèbres, que l'on envoyait autrefois, avant l'adoption des lettres de faire-part, aux jia- rentset amis d'un défunt, pour les convoquer à son service et convoi. Dans un exemplaire d'une de ces pancartes, ce sujet, gravé sur bois par Papillon, est ainsi représenté : cinq squelettes, revêtus des habits d'un Marchand , d'un Juge , d'un Évêque , d'un Guer- rier et d'un Berger, sont placés en tête , à la suite les uns des autres. Le Marchand , tenant une balance sur l'un des plateaux de laquelle on voit un crâne, est accompagné de cette devise inscrite sur un bal- lot de marchandises : Stulte , hàc nocte animam tuam repetunt à te. Le Juge déroule une pancarte sur la- quelle on lit : Statatum eafhominibtis mari. L'Evêque tient une large tablette portant ces mois : Pulvis es


' CeUe gravure oblongue que cile M. Douce ( p. 204) est or- née de vers latins et allemands ; elle représente un personnage de plus que la nôtre, la Dame , et voici les no.iis de ces mortels avec leurs inscriptions respectives : la Dame : Je vous charme tous ( ich erfrew euch aile ); le Noble : Je vous honore tous ( ich eruhr euch aile ] ; l'Avocat : Je parle pour vous tous ( ich red fur euch aile ) ; le Sohiat : Je combats pour vous tous ( ich fechl fur euch aile); le Prêtre : Je prie pour vous lous ( ich betl fur euch aile ) , et, enlin , la Mort , qui s'apprête à faucher les humains : Je vous tue lous ( ich Indt euch aile .


SUR LKS DANSliS DES MOKÏS. 149

et in puherem reverteris. Le Guerrier s'appuie sur sou bouclier timbré de cette devise : Nemini parco. Enfin , le Berger, qui semble demander l'aumône en tendant son chapeau , porte sur sa panetière : Mori lucrum. Chaque devise est , comme on voit, en rap- port avec la profession de chaque individu.

Enfin, cette même allégorie lait encore aujour- d'hui le sujet d'une de ces grossières gravures sur bois, barbouillées de vives couleurs et destinées au bas peuple , qui dépendent du commerce de la domi- noterie , et qui sortent des imprimeries de Montbé- iiard ou d'Epinal. Au reste, dans ces imitations mo- dernes on ne trouve pas la figure de la Mort ', et l'inscription du Procureur est : Je vous mange tous ; ce qui indique que l'intention morale de ce sujet complexe a été transformée en une allusion sati- rique.


PLANCHE XL.

FIGURES DES l'AHABOLES d'aLAIN DE LILLK.

Celte composition , qui représente deux couples amoureux, l'un à pied, l'autre à cheval, auxquels la Mort, venant à leur rencontre, semble barrer le


' Parmi ces gravures, il en eslt)ien uuo «iiii renfoiiiie la Mort , mais elle représente un sujet tout dillérent de o(^lle dont nous parlons ici. Elle a pour titre : Les ',i chemins de l'Eternité , ot montre les humains laissant de côté le chemin étroit de la vertu


1 50 ESSAI HISTORIQUE

passage, est copiée d'après une miniature extrai te des paraboles d'Alain de Lille; non point d'après un ma- nuscrit, comme on pourrait le supposer, mais d'après une de ces belles éditions imprimées sur papier vélin, décorées de miniatures et même de titres de chapitres transcrits à la main. La Bibliothèque nationale pos- sède deux magnifiques exemplaires de ce genre , imprimés par Antoine Vérard (Paris, 1492, in-f", goth. ) , et dont l'un est décoré de 129 miniatures , et l'autre de 32 seulement. L'exemplaire de la biblio- thèque du duc de la VaUière n'avait pas moins de 205 miniatures.

L'ouvrage original d'Alain de Lille, écrit en vers latins, est intitulé : Doctrinale altum , sive liber parabo- larum Alani. L'édition française que nous venons de mentionner contient à-la-fois le texte original en vers latins, la traduction en vers français, faite par un anonyme, à la requête de Charles VIII, et un com- mentaire en prose du même auteur sur ces paraboles, qui sont au nombre de 132. (Brunet, iVoMweaw Manuel, t. I, p. 47).

La parabole qu'accompagne notre miniature est la dernière du livre; elle porte pour titre:

» Comme ceulx qui mectent tant leur félicité et sol- licitude aux biens du monde, quilz en lessent à Dieu seruir sont reprouuez, car c'est toute vanité. « 

La traduction s'exprime en ces termes:


qui conduit au Ciel, el prenant la route la plus large, celle du vice, qui les luène droit aux Enfers, où la Mort les l'ail lonibcr avec sa faux , eu disant : L'heure est sonnée , il faut mourir.


SUR LES DA.NSKS DES MOUTS. 151

« S'ensuit une autre parabole, derreniere de ce liure, en laquelle maistre Alain reprouue sus tout les vanités de ce monde et la vile condition de ceulx qui prennent de sollicitude aux biens de fortune quilz en laissent totalement à Dieu servir et dit ainsi ; Helas pour quoy met lomme tant son entendement a acqué- rir les biens de ce monde qui a si peu a viure; a toute heure lumbre de mort suyt lomme. Et la ou il cuide estre sain , portera la mort en son sain. Celui ny a qui de la mort puisse eschapper, rien nest plus cer- tain a Ihomme que la mort et que lymage délie qui tant est vil et détestable. Helas pourquoy doncques sesiouyt lomme ? Pour quoy mené il grantestat qui nest de son corps que cendre et pourriture. Pour quoy a il voulente de submettre a luy toutes choses , semer et recueillir tout ce qui na point de demain Cest vne chose bien vaine que la gloire de ce monde qui par ung seul iugement de Dieu incongneu est abatue. >'

A la suite de cette paraphrase viennent les vers d'Alain , dont voici les deux premiers :

Heu quid homo tantum querit qui transit ut vrubra Qui nunc stare putat nunc cadit ima petens.

Puis enfin la traduction en vers français en trois strophes, suivie d'un envoi, en forme de chant royal :

Helas pourquoy veult tant homme acquérir De biens mondains oultre sa nourriture, Qui cliascuu iour ne cesse de mourir Et ne sera son corps que pourriture ; Si très orde que vers nen auront eure Cest adonc a lui grande fatuité


152 ESSAI HISTORIQUE

De tant bouter en biens mondains sa cure, Fy du monde ce nest que vanité.


Ilelas nomment se peut lomme esiouir La ou la mort a le tuer procure, Helas pour quoy se veult il orgueiliir Et esleuer son estât hors mesure, Pour quoy veult il par rapine et usure Subuenir tout a sou auctorité Quant mourir faut et que si pou on dure Fy du monde ce nest que vanité.

On ne scauroit a Ihomnie secourir .

Qant la mort vient cest force quil endure ,

Et ne fault point de grâce requérir

Contre la mort et sa sure morsure.

Las pourquoy donc prent Ihomme lauenture

De soy damner eneternalite

Pour biens mondains ou il ny a que ordure

Fy du monde ce nest que vanité.

Prince du ciel donne a la créature Finablement gloire et félicite , Car au regard de ta vision pure Fy du monde ce nest que vanité.


On remarquera, dans notre miniature, une figure en costume doctoral , qui marche du même côté que la mort, et qui, sans doute, remplit ici un rôle grave, en admonestant les mondains qui viennent à sa ren- contre. Selon toute apparence, ce n'est rien moins , que Vacteur (Tauteur) , c'est-à-dire maître Alain de Lille en personne, à moins toutefois que ce ne soit un médecin ; car un personnage de cette profession est représenté d'une manière identique dans une autre peinture du même volume. Des mauvais plaisants verraient dans ce dernier cas une double allégorie de


SUR LES DANSES DES MORTS. I 53

la Mort. 1! est difficile au moins de n'y pas voir celles des maladies qui conduisent l'homme à sa dernière demeure.


PLANCHE XLl.

DEUX SUJETS d'après HANS SEBALD BEHAM,

Ces deux petites compositions, exécutées au simple trait d'après deux gravures terminées avec le fini le plus précieux , sont de l'invention de Hans Sebald Beham , l'un des petits maîtres les plus originaux de la primitive école allemande. On y retrouve le génie bizarre , l'étrangeté de conception , l'obscurité d'in- tentions ou de détails qui caractérisent la plupart des œuvres de ces féconds et singuliers artistes, [ci, Beham a voulu exprimer deux fois , et à l'aide de deux manifestations différentes, la même pensée, formu- lée d'ailleurs par une légende identiquement répétée sur les deux planches , savoir: que la Mort est la des- truction de toute beauté : Omnem in homine venusta- tem mors abolet.

Dans lapremière planche, une jeune femme, vêtue de ce costume splendide, de ces atours un peu sur- chargés qui caractérisent les modes allemandes du xvi'^ siècle, se promène dans un jardin , tenant des ^ fleurs à la main, tandis qu'un odieux boufTon, qui déguiseà peine, sous un carapoueà deux oreilles, son horrible tête de squelette, l'accompagne en se penchant vers elle et en paraissant lui conter d'un ton goguenard quelque amère plaisanterie à propos du


I 54 KSSA! II1ST0HK>LE

sablier qu'il tient à la main ; la légende est inscrite danslechamp, au bord supérieur de la gravure, et le monogramme de l'artiste ainsi que la date 1541 sont tracés au-dessous.

Dans la seconde planche, c'est une jeune femme entièrement nue, aux proportions un peu courtes et ramassées, mais à laquelle l'artiste s'est efforcé de donner toute la perfection de beauté que son imagination pouvait concevoir et que son burin pouvait rendre, qui se trouve inopinément saisie par derrière par un affreux génie funèbre , aux larges ailes déployées et aux membres à demi décharnés. La malheureuse victime semble vouloir se dégager, mais en vain, de cette horrible étreinte. Un sablier est posé sur le sol, à leurs pieds, et sur une pierre longue qui se dresse à leurs côtés est inscrite la légende fatale. Le monogramme est inscrit à l'un des angles supérieurs delà planche.

MM. Bartsh (le peintre graveur, tome VIII, p. 174 et 175; et Douce ( p. 189-190 ) décrivent ces deux planches , ainsi qu'une troisième du même gra- veur, dans laquelle la Mort , aux prises avec trois femmes nues, tire l'une d'elles par les cheveux. Le premier décrit , en outre ( t. IX, p. 464), une autre planche, marquée du monogramme F. B., qui pré- sente avec les deux précédentes une grande analo- gie, et qui porte aussi cette même légende: Omnem in homine venustatem mors aholct ; elle représente une femme, tenant d'une main un bouquet de roses et de l'autre un gant, que la Mort surprend par der- rière en lui montrant son sablier.


SLR LES DAÎNSES DES MOKTS. 15.")


PLANCHE XLU.

DANSE DES MOKTS DK LA. CHAISE-DIEU.

Cette Danse des Morts , peinture murale de la fin du xv« siècle , est maintenant la seule à peu près com- plète qui subsiste en France. Elle se trouve en Au- vergne , dans réglise abbatiale de la Cbaise-Dieu , fondée en 1046. Appliquée sur la face extérieure d'un mur construit entre les piliers du chœur pour servir de clôture à ce dernier et permettre d'y ados- ser les stalles , elle longe le bas-côté septentrional obscur et humide, ce qui a contribué aux dégrada- tions qu'elle a subies.

Toutefois, quoique assez détériorée pour que l'on déchiffre difficilement aujourd'hui les détails et les accessoires des figures, cette Danse paraît avoir conservé intacts sa disposition primitive et son ca- ractère; elle se développe à deux mètres du sol , sur une très grande longueur, mais ne contourne point les piliers, comme paraît l'indiquer M. Ach. Jubinai dans sa description de cette peinture ( Pa- ris, 1841 , p. 15, note 1) : ceux-ci étaient occupés par des tableaux différents , dont il ne reste que peu ou point de traces , et qui , du reste, n'étaient que des épisodes de la Danse ordinaire. Ainsi , l'on voit sur l'un le sujet du Prédicateur en chaire ( comme à Bâle , à Strasbourg, etc.); sur l'autre, un Sque- lette qui décoche des traits sur un groupe de per-


1 56 KSSAI HISTORIQUE

sonnages ; enfin, sur un troisième, Adam et Eve, entre lesiiuels est le Serpent, qui porte une tète de mort ( comparez ce sujet avec celui que nous repro- duisons , pi. VII). Ces sujets non seulement parais- sent ne pas être de la même main , mais encore ne pas appartenir à la même époque : ils sont peints sur la pierre nue , tandis que toute la Danse placée sur le mur est peinte sur une couche d'enduit, de sorte qu'il est fort probable que la date de leur exé- cution est postérieure à celle de la Danse entière.

Quant à celle-ci , elle est restée à l'état d'ébauche. Cependant toutes les premières figures furent primi- tivement peintes et terminées avec grand soin ; mais on les recouvrit plus tard d'une nouvelle teinte, pour rendre toute la Danse uniforme. Peut-être l'artiste voulut-il faire, dans le quatrième personnage, le por- trait du Roi de France, car, en y regardant attentive- ment, on aperçoit encore des fleurs de lis sur son manteau. Les figures ont un mètre de hauteur, la majeure partie ne fut jamais ombrée ; il n'est abso- lument resté qu'une silhouette , et les trois couleurs employées furent l'ocre rouge poui' le fond uni , l'ocre jaune pour le terrain, et une couleur de gris sale couvrant à la fois les squelettes , les chairs et les draperies. Le dessin au trait qui arrête main- tenant tous les contours de cette peinture a été incon- sidérément ajouté, il y a peu d'années, par un artiste contemporain , qui a pris à tâche de faire un tracé à la pierre noire sur cette ébauche , et qui doit vive- ment se le reprocher, car ce trait nuit singulièrement à la facilité do l'interprétation de l'idée primitive.


SLU LES DANSES DES MOlîTS. 157

Cette Danse serait encore complète , si l'on n'avait détruit, au commencement de ce siècle, pour faire l'entrée d'une chaire à prêcher, une petite partie de la muraille sur laquelle elle est peinte et qui portait un personnage et la Mort. Le cortège funèbre occupe l'espace de trois travées comprises entre quatre pi- liers, et , comme l'indique la partie moyenne de notre planche, c'est à l'une des extrémités delà travée in- termédiaire que le mur a été percé et que la lacune subsiste. La Danse devait, dans le principe, se com- poser de vingt-quatre personnages, et aujourd'hui- elle n'en compte plusque vingt-trois, qui sont, au- tant qu'on peut les reconnaître :

Le Pape, l'Empereur, le Cardinal , le Roi , le Pa- triarche, le Duc , l'Evêque , le Chevalier, l'Homme d'Eglise, le Bourgeois ou le Bailli, la Chanoinesse, le Marchand avec son escarcelle , la Religieuse , le Sergent , la Vieille , l'Amoureux avec de longues manches et des fleurs à la main , comme dans la Danse Macabre ; l'Avocat ou le Procureur avec son encrier à la ceinture, le Ménétrier, l'Avocat, le La- boureur, le Moine , l'Enfant et le Clerc.

Il règne un certain ordre hiérarchique dans la pre- mière série de cette Danse , et par suite il est à croire que le personnage qui manque est celui de l'Ecuyer.

Chaque personnage est accompagné de la Mort , et tous ici semblent se tenir et former une chaîne. De même que dans les Danses de ce genre, tantôt la Mort gambade , tantôt elle sourit à ses victimes. Elle se renverse à force de rire avec la Vieille , elle se cache la tête derrière son bras ou son linceul pour


158 ESSAI HISTORIQUE

jouer avec la Religieuse et l'I^^nfant , et elle est assez obligeante pour porter le cercueil du Clerc, qui ne parait guère disposé à la suivre.

Ce monument n'a jamais porté de date ni d'inscrip- tions commémoratives ou morales. Mais au costume des personnages , il est facile de lui assigner la se- conde moitié du xv«^ siècle comme l'époque de son exécution. Elle a été plusieurs fois reproduite, mais sans description complète, d'abord sous forme d'un long rouleau colorié , par les soins de M. Jubinal , d'après les dessins de M. Planhol; puis elle a été fidèlement copiée dans V Ancienne Auvergne et le f^elay, par M. Tudot ', un des collaborateurs de cet ouvrage , qui fait honneur aux presses de Moulins.


PLANCHE XLIII.

LA MORT ET LE GUEUX-

Ces deux figures , dont l'exécution tout à la fois ferme et recherchée rappelle complètement le style


' C'est à l'amitié de cet artiste distingué, notre compatriote , que nous devons la réduction de sa copie primitive de cette Danse, qui embellit notre ouvrage , et nous nous empressons, en le re- merciant sincèrement ici , de rendre témoignage aux soins qu'il a apportés il cette reproduction.

Achevons aussi ce qui est relatif aux copies de cette peinture de la Chaise-Dieu , en ajoutant que M. Taylor en a mis quelques fragments dans ses Voyages dans l'ancienne France , et que l'ou- vrage encore inachevé le Moyen-Age et la, Renaissance offre , à l'article Costumes, une planche coloriée composée de six person- nages , mais sans les Squelettes , tirés tous de cette Danse.


SUR LES DANSES DES MOUTS. 159

(les premiers maîtres de l'école allemande , ont été déjà publiées par M. Douce ( p. 223), d'après un dessin de sa propre collection. Cet érudit nous informe, dans la courte description qu'il a donnée de cette pièce, qu'elle est exécutée en hachures noires sur fond bleu avec des reliants de blanc et de rouge. Elle représente la Mort, couverte d'un large suaire aux plis exagérés , entraînant un Men- diant boiteux couvert de haillons, et qui est figuré presqu'aussi maigre qu'elle.

Deux chiffres arabes, en caractères anciens, tels qu'ils étaient usités au xv siècle, et exprimant le nombre vingt-quatre , sont placés dans la partie moyenne et inférieure de ce dessin. Ils signifiaient, sans aucun doute, suivant le sentiment de M. Douce, que ces figures ont fait partie d'une suite assez nom- breuse , dont l'ensemble devait constituer une véri- table Danse des Morts dans le genre de toutes celles que nous connaissons , et qui sont ainsi distribuées par groupes de deux personnages , dont l'un est invariablement la Mort.


PLANCHE XLIV.

DANSE DES MORTS DE BALE.

La connaissance de la Danse Macabre ne va guère chez les gens du monde au-delà de cette notion , qu'à Baie il existait une peinture de ce nom ; Jean Hol- bein en était, dit-on, l'auteur, et cette croyance , dé-


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160 ESSAI HISTOKKJLE

montrée fausse aussi bien par l'histoire que par de graves discordances chronologiques, n'en est pas moins restée dominante jusqu'à nos jours, malgré les preuves contraires qu'en ont données quelques sa- vants, et surtout M. Peignot. C'est encore pour con- tribuer à combattre ce préjugé, que nous plaçons sous les yeux des lecteurs les lignes suivantes de la préface que le graveur Matthieu Mérian mit en tète de sa copie de la Danse de Bàle, en 1649; préface qui , dans la suite, fut traduite en français. Suivant cette traduction , reproduite en 1789 , Mérian retrace ainsi l'origine et l'histoire de cette peinture :

« Pour ce qui regarde le contenu ( de ce livre ) vous y trouverez le fameux tableau de la Danse des Morts qui est dans l'illustre et très célèbre ville de Basle, auprès du couvent des Dominicains dans cette belle cimetière qui est pleine de tilleuls sur le chemin pavé à côté droit à l'entrée et fermé d'une galerie et d'un toit. Ce tableau est un vieux monument et une rare antiquité qui y fut fondée dans le grand concile (comme l'on croit d'une ma- nière très probable ) par les pères et les prélats qui y assistoient du temps de l'empereur Sigismond , en mémoire perpétuelle de la mortalité ou de la peste qui y régnoit en 1439, pendant ce concile, et qui emporta beaucoup de monde entre lesquels il y avoit plusieurs personnes de qualité et même ( puisque ce concile commença en l'an 1431 sous le pape Eugène IV, et dura 17 années 9 mois et 27 jours ) des cardinaux et des prélats dont quelques- uns sont enterrés dans cette môme ( cimetière ]....


SUR LES DANSES DES MORTS. I( ) 1

» Or, comme nous venons de le dire , les Pères du Concile y ont fait peindre en huile cette œuvre loua- ble , par un des meilleurs Maîtres , dont on ne sait pas le nom. Ce qu'il y a ici de remarquable, c'est que les hommes presque de toutes conditions y sont peints d'après nature , et dans le même habillement qui était usité alors. La figure du Pape représente Fé- lix V, qui y fut élu au lieu d'Eugène; la figure de l'Empereur est le portrait véritable de Sigismond ; celle du roi est le portrait d'Albert II , alors roi des Romains ; car tous ceux (sic) assistaient à ce Concile.

» Quant aux rimes, elles sont ajoutées au même temps et composées selon la poésie et la propriété de la langue allemande alors usitées , comme on peut le voir au-dessus de chaque figure et que l'on trouvera ici imprimées selon l'original , etc. »

Les deux sujets que représente notre planche XLIV ne sont point de l'époque indiquée dans la citation précédente ; ils n'ont été peints que beaucoup plus tard , en 1568 , par Klauber, qui s'y peignit lui-même avec sa famille. Voici ce que Mérian dit encore à ce propos :

« Or, puisque le temps avoit un peu effacé ce ta- bleau , le magistrat le fit réparer en l'an 1568, par un habile maître nommé Jean Hugues Klauber, Bourgeois de Bàle, qui y réussit si bien , que l'on ne voyoit pas la moindre différence , et puiscpi'il restoit encore dans cette longue muraille quelque place vuide , on y fit peindre l'image du pieux et savant homme , JeanOecolompade, en mémoire de la réfor- mation nouuellement précédée, savoir en l'an 1529,

M


162 ESSAI IlISTOiUQUE

pour signilier qu'il n'a pas manqué à prêcher TEvan- gile aux hommes de toute condition. Au bout de toutes ces figures, le Peintre peignit soi-même, sa femme et ses enfansdans l'habillement qui était alors en usage, comme la fable, écrite en latin, qui est à la fin de cette galerie , nous apprend cette rénova- tion. Longtemps après on fit renouveller ce tableau; et c'est ainsi qu'il existe encore aujourd'hui. »

Effectivement, on voit, en tète de la Danse, Œco- lampade en chaire prêchant devant huit personnages de conditions difîérentes, tandis que les deux pein- tures reproduites par notre planche sont rejetées tout à la fin. CEcolampade , que ce soit son portrait ou non , est placé précisément ici en dehors de la Danse, pour jouer le même rôle que le Prédicateur dans les autres Danses des Morts.

Par la table écrite en latin, Mérian désigne une ins- cription latine mentionnant les noms des magistrats de la ville qui avaient fait r(>parer cette Danse , et se terminant par une légende morale en grec '.


' Voici celle iuscription grecque , qui est conservée par Henlz- ner, dans son Itinéraire , el dont on a voulu tirer une étymologie du mot macabre ;

Opa TtAoç fAaxoou (ito-j A^yyiv opa f/.axaptov

( Vois la fin de la longue vie, vois le commencement de la vie heureuse ). Le nom de Macabre viendrait des motsuaxpo; /3io; ou /jiotxotptoç ; mais nous n'ajoutons nullement foi à ces suppositions, dont la dernière se rattache à l'élymologie de M. Douce ( saint Macaire ), et nous croyons plutôt que l'auteur aura voulu faire ici un véritable jeu de mots. Comme le fait remarquer M. Ellissen ( p. US ), ce doit être en pensant à cette dérivation que le mar-


SUR LKS UANSRS DKS MOl'.TS. 163

La peinture de Bâle fut retouchée en IGI6 : on fit subir quelques changements au dessin , et l'inscrip- tion dont nous venons de parler fut encore augmen- tée des noms des magistrats qui vivaient alors. Enfin , les dernières réparations de la fresque datent de 1658 ' et de 1703, et, à cette époque, il paraît que l'on ne pouvait plus reconnaître la peinture pri- mitive, tant les artistes qui avaient été chargés du soin de l'entretenir l'avaient défigurée. Depuis ce temps, elle ne fit que s'endommager et disparaître faute de soins : elle tombait du mur par écailles , et, au commencement de notre siècle, un nou- vel élément de destruction vint s'ajouter aux au- tres; on laissa un cordier travailler sous la gale- rie qui la recouvrait; enfin, en 1805, les magis- trats de la ville, prétextant que le mur qu'elle occu- pait gênait de nouvelles constructions , décidèrent que ce mur serait abattu. Millin raconte, dans son Magasin Encyclopédique ( Nouvelles littéraires pour l'année ) , que , dans la nuit du 2 août 1806 , une mul- titude furieuse, qui comptait un grand nombre de femmes portant des lanternes pour éclairer l'expé- ditioii , se précipita dans le cimetière , arracha les grilles qui fermaient la galerie, et anéantit en quel-


quis de Piiulniy el Coulant d'Orville ont avancé, dans les Mélanges tirés d'une grande Hibliothèque [ Paris, 1780, t. VIII , p. 22 ), que le mot macabre vient de deux mots grecs, d'après lesquels on pourrait l'appeler Danse Infernale, et encore serail-ce une tra- duction erronée.

' N'y aurail-il |)as par hasard dans cette date errtnir et contu sion avec celle de lijfiS?


11)4 F,SS\I HISTOMIOCR

(jues instants la vieille peinture. Mais il paraît que c'est en 1805 que, dans une nuit, le mur fut abattu sur l'ordre des magistrats , et que , malgré leurs pré- cautions , cet événement donna lieu à une émeute populaire dans le faubourg Saint-Jean , dont les ha- bitants tenaient toujours, malgré l'abandon dans lequel on le laissait, à ce monument, qui depuis longtemps illustrait leur quartier.

Ixs retouches maladroites (jue la peinture eut à subir sont d'autant plus à déplorer qu'elles sont peut-être la première cause de sa destruction com- plète. Si celle-ci eût été maintenue avec soin dans son état primitif, on eût écarté tout motif de la démolir et elle serait encore aujourd'hui considérée comme le plus beau monument de ce genre. L'attachement du peuple était grand pour cette Danse des Morts, où toutes les classes de la société étaient rendues égales. On ne la connaissait que sous le nom de la Mort de Bâle , et dans les proverbes du pays ce mot était beaucoup plus répandu que la Mort d'Andelys ne l'était chez nous. On la célébra même jusque dans des chansons, et M. Naumann en cite une dans la- quelle un mari, dégoûté de sa vieille femme, appelle à grands cris la Mort de Bâle pour l'en débarrasser.

Heureusement on a pu conserver, outre les gra- vures de Mérian , dont nous parlons plus loin , quel- ques copies de cette importante fresque. En 1773, un boulanger de Bàle, artiste par goût, et du nom d'Emmanuel Bûchel , sut mettre à profit son amour pour les beaux-arts en faisant une copie in-folio de cette Danse, (ju'il donna à la Bibliothèque de l'Uni-


SLR LES DWSKS UKS MOUTS. 105

versité deBàle, de même que , peu d'années aupara- vant , il avait encore donné à la Bibliothèque de cette ville une copie de l'autre Danse , située au Petil- Bàle , dans le couvent de Klingenthal.

En 1806, un artiste, nommé Rodolphe Feyerabend, en fit une autre copie que l'on voit encadrée dans la môme Bibliothèque , qui possède aussi quelques fragments de la fresque recueillis lors de sa destruc- tion. Mais , à cette époque , il ne put faire son tra- vail d'après l'original , et M. Massmann nous apprend (p. 81 ) qu'on y reconnaît, pour le dessin, l'imitation des cuivres que Mérian donna au xvii« siècle, et pour le coloris , la copie de la première peinture de Bucbel. C'est d'après cette nouvelle suite qu'un mode- leur deBàle , Jean-Rodolphe Brenner, a fait en relief les quarante-deux groupes de cette Danse des Morts , dont il a mis des exemplaires dans le commerce.

Enfin, pour rappeler sans doute que c'est aux Pères du Concile que cette Danse doit son exécu- tion, l'on en voit une autre copie, de grandeur ré- duite, placée autour de la salle dite du Concile, qui dépend de la cathédrale de Bàle , et dans laquelle les Pères se tinrent assemblés.

On ignore quel est l'auteui- de cette Danse des Morts, exécutée vers 1440 ■. Elle a néanmoins été


I M. Peignot remarque justement ( p. 12 , note l ) que cette Danse doit avoir été exécutée en 1441 ou 1442, puis(iu'elle eut lieu par suite de la poste de 1439 , et que Félix V, élu pape en 1440, y figure ; elle ne peut guère, continue-t-il . être poslérieurL- il 144:5, attendu que ce sont les Pères du Concile qui la lirnit


166 ESSAI HISTORIQUE

attribiiôe à plusieurs artistes , tels que Holbein , Klauber, Rock, et ces suppositions sont toutes erro- nées , puisque ces artistes vécurent au xyi*" siècle. Ainsi, l'on voit, par la préface de Mérian , que Klauber n'exécuta pas cette peinture, mais que seu- lement il la répara , et cela en 1568. Georges Reysler, dans ses Foyages ', et , d'après lui , Heinecken, dans son Dictionnaire des Artistes, affirment que l'exécu- tion en est due à un peintre de Bâle nommé Jean- Jerôme Bock ; mais le baron de Zurlauben ^ nous apprend que cet artiste vivait en 1580, et que c'est à tort qu'on lui attribue la fresque de Bâle, que l'on regarde communément, ajoute-t-il par une erreur aussi grande, comme étant l'œuvre de Jean Holbein. Quant à ce dernier, il n'a pas plus fait cette peinture que les autres , puisqu'il vécut de 1498 à 1554 , et il ne l'a même jamais retouchée. Enfin, il est presque impossible de donner la liste des historiens et des


peiiulre et que ce Concile lerniina ses sessions dans cette année. — An fond , ce ne serait pas une raison ; puis, [lour e:\i)liquer la durée réelle de dix-sept ans que la préface de Mérian donne à ce Concile, qui commença le \\ décenil)re 14-31 , nous ajouterons qu'il termina effectivement en l'<i;5 ses sessions dans fa ville de Bâle , mais (ju'il n'en persista pas moins, et no fut dissous à Lau- sanne qu'en i44<J.

' Travels troiigh Germany, l, 138.— M. Douce, p. 39 et 40.

' Voir les Tableaux de la Suisse. Paris, 1786. In-fol. Tome il et dernier, p. 133. De Zurlauben dit de plus que la Danse de Bàle a été gravée en I5'i4 i»:ir .loas Dennacker ( .lobstDenecker). C'est une erreur (jui se trouve aussi dans l'ouvrage de M. Hei- necken. H y a ici une confusion évidente avec les Simuluchres de lu MorI d'ilolhcin , gravés par le même artiste.


SUR Ll'.S DANSKS DES MOllTS. 167

voyagciiis qui, à notre é|!oque môme, lui eu ont attribué la création dans leurs éciits. Nous nous con- tenterons de dire qu'il peignit, sur le Marché aux Poissons de Bàle , une Danse de Paysans , et que pro- bablement par cette raison on aura confondu sans rétlexion les deux peintures, au moins sous le rap- port de leur auteur. Puis, comme le fait remarquer M. Douce (p. 139) , si Holbein y eût peint une Danse Macabre, Zwinger, entre autres, qui, dans son ou- vrage intitulé Methodus yipodemica , a mentionné la Danse des Paysans et d'autres peintures qu'IIolbein laissa dans cette ville, Zwinger n'eût pas manqué de parler d'une œuvre aussi importante.

Cette Danse , qui est une des plus complètes que l'on connaisse, comptait quarante-deux tableaux et quatre-vingt-douze personnages, tant squelettes que vivants. On voyait en tète, ainsi que nous l'avons déjà dit, le Prédicateur en chaiie , faisant face à la Danse qui se déroulait à ses pieds ; mais, entre lui et les premiers acteurs de ce drame était un ossuaire, dont nous avons donné une reproduction dans notre; [«•e partie (p. 147 ) , et c'est ici , à proprement parler, que s'offrait la Danse, dans laquelle les ordres re- ligieux et laïques n'étaient point séparés l'un de l'autre.

Toutes les victimes, s'avançant de droite à gauche, sont censées être amenées par la Mort dans ce cime- tière, dont les habitants les reçoivent au son de leur musique. Le Pape commence la série , qui se compose de trente-neuf sujets ou personnages de grandeur naturelle, accompagnés chacun de leur


168 ESSAI IIISTOIUQUE

guide habituel ', mais ne se tenant pas par la main , comme à La Chaise-Dieu et surtout à Lubeck. A leurs formes courtes et épaisses , on peut croire que le peintre qui les dessina était allemand : fidèle aux traditions de son époque , il a donné à la Mort l'ap- parence d'un cadavre d'une maigreur extrême , aux yeux caves, avec l'abdomen ouvert et laissant échap- per et pendre les intestins comme de longues laniè- res ; pour rendre le spectacle de la décomposition encore plus hideux, il n'a pas manqué de répandre le ver du tombeau sur son épouvantable spectre , qui , par exception , n'est figuré sous une forme dif- férente qu'aux deux tableaux du Médecin et de l'Usu- rier : dans l'un, c'est un Squelette complètement décharné, et dans l'autre, c'est une Momie toute noire, singulière représentation que nous n'avons rencontrée qu'ici. Puis la Mort est ordinairement du sexe de celui qu'elle entraîne, et l'artiste s'est éver- tué à lui donner assez tiénéialement les insignes ou


' Voici les noms de ces personnages: le Page. l'Empereur, l'Impératrice , le Roi , la Reine , le Cardinal , l'Evèque , le Duc , la Duchesse , le Comie , l'Abl)é , le Chevalier, le Jurisconsulte , le Magistral, le Chanoine , le Médecin , le Gentilhomme , la Dame, le Marchand , l'Atjbesse, le Mendiant boiteux, l'Ermite , le Jeune Homme, l'Usurier, la Jeune Fille , le Musicien , le Héraut , le Maire , 'e Prévôt , le Boufton ,1e Mercier, l'Aveugle, le Juif , le Païen , la Païenne , le Cuisinier , le Paysan , le Peintre , sa Femme , et en- lin Adam et Eve tentés par le Serpent, ainsi que l'indique l'édition de 1789 dont nous nous sommes servis pour cette description.

Celte Danse était peinte sur un fond bleu de ciel avec un pay- sage insigniliant au bas de chaque tableau , et ne pouvait être , sous ce rappori , comparée h la richesse des vues et des arcades dont Nicolas Manuel avait su oiiier la Danse de Berne.


SUH LES DANSES DES MOUTS. 169

le costume de chacune de ses victimes. Ainsi , pour accompagner le Cardinal , elle est coiffée du même bonnet que lui ; devant le Chevalier, à qui elle semble donner un croc-en-jambes, elle porte une cuirasse, et son crâne offre une large et profonde incision verticale, comme s'il eût été fendu dans quelque bataille ; près du Boiteux , elle prend une jambe de bois et des béquilles; avec le Bouffon, qui tient sa marotte , elle danse , et , costumée presque comme lui , elle agite des grelots.

Tous les tableaux sont d'une vérité saisissante, les costumes en sont d'un fini précieux , et Charles Pa- tin , qui vit ce monument en 1671 , ne crut pas pou- voir mieux le qualifier qu'en disant de lui, dans la relation de ses f^oyages ( Lyon, 1674, in-12, p. 133) : « C'est un des spectacles les plus mortifians que » je sache dans le Christianisme, et, quoiqu'il soit « orné de toutes les beautés de la peinture, je ne » l'ay jamais regardé qu'avec de grandes pensées de » notre anéantissement. »

Parmi les groupes, qui sont tous admirables de détails, outre ceux que nous avons déjà cités, on re- marque surtout ceux du Mercier, du Médecin, du Paysan, du (ientilhomme , de la Dame occupée à se mirer quand la Mort vient la surprendre ; du Mar- chand, qui tient une balance dont l'un des plateaux , supportant un monceau d'écus, est enlevé par l'autre qui ne porte qu'une tête de mort. On trouve aussi le sujet de l'Ermite, où la Mort frappe avec un os sur une lanterne allumée qui pend à ses côtés en guise de tambour; celui du Juif, dont la Mort prend plai-


1 70 i:ss\i iiisTORiou!';

sir à faire tomber l'argent et les dés à jouer ; puis en- core celui du gros Cuisinier, qui semble laisser à regret le monde et sa broche garnie d'un poulet que la Mort porte fièrement sur son épaule ; enfin , le ta- bleau le plus digne d'attention est peut-être celui de l'Aveugle : la Mort, portant barbe et moustaches et coiffée d'un chapeau de paille à plumes, coupe avec des ciseaux la corde du chien de l'Aveugle , et dirige celui-ci vers une fosse ouverte à ses pieds.

Les deux groupes que nous reproduisons dans notre planche XLIV ne sont pas non plus les moins beaux pour le goût et la finesse de leur exécution; mais, à l'élégance du dessin , qui s'y fait mieux sen- tir que dans les sujets précédents, il est facile de voir que ces deux tableaux sont d'une époque posté- rieure. Ils furent faits effectivement plus d'un siècle après les autres, en 1568 , par Jean-Hugues Klauber, qui , le premier, répara toute la suite , et s'y repré- senta lui-même avec sa femme et son enfant. Le costume seul des figures indique qu'elles sont du temps que Mérian leur assigne dans sa préface. La dague (jue porte le peintre , ses grosses jarretières et ses vêtements bouffants avec de nombreux cre- vés , caractérisent bien le costume suisse du milieu du xvie siècle. L'artiste se peignit tenant d'une main sa palette et de l'autre son pinceau. Tout annonce chez lui la tranquillité , pendant que la Mort , couron- née de fleurs, l'appelle en le frappant sur l'épaule. Sur le bord de la table contre laquelle le peintre a déposé sa règle , est le sablier fatal , et enfin , der- rière Klauber , on voit . tenant lieu d'apprenti , un


SUR LES DANSES DES MOKTS. 171

petit Squelette, qui lui broyé avec force ses cou- leurs.

L'autre sujet représente la Mort enlevant la femme et l'enfant du peintre , qui , d'après M. Douce ( p. 36), portaient les noms de Barbara Hallerin et de Hans- Birich Klauber. De même que dans tous les tableaux de la Danse de Bàle où il s'agit d'enlever une femme, la Mort est ici déguisée sous des habits féminins , et elle porte la coiffure plate des Italiennes, laquelle, à cette époque, était assez répandue même en Alle- magne. La Mort semble rire ; elle passe une main sous le bras de la femme , tandis que de l'autre elle lui enlève une partie de sa coiffure. Celle-ci est pai- sible comme son mari ; elle porte un berceau et pa- raît rassurer l'enfant, qui, effrayé de la Mort, se retourne et vient se jeter dans les bras de sa mère.

Deux strophes allemandes sans intérêt , formant , comme dans tous les tableaux de cette Danse, l'apos- trophe de la Mort et la réponse de sa victime , accom- pagnaient chacun des deux sujets de Klauber '. Seu-


I Telle est la traduction littérale des vers allemands qui for- maient l'allocution de la Mort au Peintre : « Jean-Hugues Kluber, laisse là ta peinture , il faut me suivre et partir d'ici : — Ton art , tes peines, ton travail ne te serviront de rien ; il en sera dp toi comme des autres. — Tu as peint mon corps horrible, tu seras fait de même , toi, ton enfant et ta femme. — Aye Dieu toujours devant les yeux. Jette là ton pinceau et ta règle. >•

Dans les vers français dont nous allons parler lont-à-l'heure et (jui se rapportent à la Danse de Bàle, la strophe formant le pen- dant de ce quatrain allemand est ainsi conçue :

Cest a Ion loin, homme à pincCiiii ! Pi'iiis-loi Uil-inrmP civ ce lalilrnii ,


172 KSSM HISTOUIQIIK

lement, la réponse de ce dernier, ainsi que celle d'CEcolampade, comprenaient huit vers et se distin- guaient ainsi de la série des autres quatrains.

En parlant de ces inscriptions originales, M. Nau- mann avance (p. 15) qu'en 1568 elles furent rempla- cées par d'autres ayant trait à la Réforme. M. Douce dit aussi qu'elles durent être changées , et il prend pour exemple la réponse du Pape à la Mort, dont il donne le sens satirique, en soutenant qu'avant la Réforme , on n'eût pas toléré de pareilles inscrip- tions , et que, par conséquent, les premières durent être effacées pour faire place à celles-ci. Mais, selon nous, c'est une erreur. Ces vers n'ont jamais été changés ; Merlan , qui devait être bien informé , dit , dans une partie de sa préface que nous avons citée , qu'ils sont de la même époque que la peinture , et en les lisant on reconnaît qu'ils sont en vieil allemand. Enfin , nous ajouterons que M. Douce a fait une double erreur en interprétant dans sa traduction non


Tui qui n'as vécu qu'on peintuie : Après que sans la voir , par un art sans égal , Tu sus peindre la mort affreuse à la nature , Pour prix d'avoir trace tant de fois ta figure , Elle-mèrae , aujourd'hui, t'ofiVe l'original.

Dans la réponse de la Femme du Peintre, ou trouve aussi :

Mourons , puisqu'il le faut , chers cnfans d'un bon père ! Aussi bien n'avons nous aucuns biens sur la terre , Pour nous dèdonimagf r de la perte d'Holbeiu.

L'auleur des rimes françaises, en noiniiianl Holbein à propos de ceue Danse de Bàle, semble indiquer que ce peintre en est l'auteur. Il est alors tombé tout le premier dans celte erreur comnnine à tant d'autres.


SUR LES DANSES l>ES MORTS. 173

les vers allemands, mais les vers français, dont nous ne pouvons nous empêcher de dire ici quelques mots. Dans une édition des planches de Mérian , de la fin du xvi« siècle, et dans un certain nombre d'éditions postérieures, se trouve une soi-disant traduction en vers français de ces inscriptions allemandes. Dans le titre que M. Peignot (p. 72) donne de cette édition de Berlin , 1698 ( titre qui est rapporté dubitative- ment et avec quelques changements par M. Mass- mann, p. 77), on lit : La Danse des Morts.... avec l'explication en vers français , traduite de l'allemand par P. Fieu. Il est possible que P. \ ieu , ou , selon iM. Douce, P. Viene, soit l'auteur de cette prétendue traduction, qui est faite avec esprit et facilité ; mais il faut reconnaître qu'elle n'est fidèle ni pour le fond ni pour la forme. Néanmoins , si parfois on y trouve la naïveté des huitains de la Danse Macabre, on y rencontre généralement aussi , de la part de l'au- teur, protestant ou non, beaucoup d'originalité et de nombreuses intentions satiriques '.


1 Voici , pour exemple , la traduction textuelle de ce que la Mort dit au Pape, on frappant comme sur un tamhour, avec un os, sur un crâne attaché a sa ceinture : « Venez, Saint-Père , digne homme ! — 11 vous faut commencer la Danse avec moi : — Les indulgences ne peuvent sauver —Votre double croix ni votre triple couronne. » — Le Pape répond : « J'étais regardé comme un saint sur la terre ; — Après Dieu le plus élevé de tous , ma position était haute : — Les indulgences me servaient fort bien, — Et maintenant la Mort ne veut pas me faire grâce. »

Pour que l'on puisse mieux comparer, nous allons reproduire les rimes françaises qui sont censées traduire les inscriptions alle- mandes :


174 lissvi iiisioiuouE

Pour achever ce qui a rapport à cette Danse, nous dirons que les premières gravures de la peinture de Bàle parurent dans cette ville en 1588 et 1608, dans un recueil publié par Huldreich Frolich et com- posé des Simulacres d'Holbein et de quelques sujets empruntés à la Danse de Berne. Les tableaux de la Danse de Bàle n'étaient qu'en très petit nombre , puisque, sur quarante-quatre gravures dont se com- pose le recueil , trente-trois appartiennent à Holbein, et le reste aux deux autres peintures : celle de Bàle avait fourni , entr'autres , les sujets du Païen , de la Païenne, du Cuisinier, du Peintre, et ces planches sur cuivre portaient des marques de graveurs incon-


I.A MORT AD


Sans trop de compliments , sans vous baiser la mule , Grand pape, je vous viens ordonner de partir !

Il n'est ni Dispense ni Bulle Qui puisse de ma main jamais vous garantir. Sachant qu'à vous. Saint -Père , on doit la préférence A votre primauté je ne ferai point lort ; Je veux que le premier vous fassiez une Danse

Au son du tambour de la Mort.

LE PAPE A LA .MORT»

Sera-t-il dit qu'un Dieu sur terre

Un des successeurs de saint Pierre ,

Un puissant Prince , un grand Docteur Essuyé de la Mort l'insolenle rigueur ; Et faudra-l-il sitôt, sans nulle résistance,

Qu'obéissant a ses édits , J'éprouve si les clefs que j'eus en ma puissance

Peuvent m'ouvrirle Paradis ?

C'est précisément cette dernière strophe que M. Douce a prise pour une traduction fidèle de l'allemand.

Voici encore quelques fragments assez originaux de ces vers français :


SUR LES DANSES DES MORTS. 1 75

nus, telles queGS, DR, HW, HIW. Le livre ren- ferme aussi une traduction latine des vers allemands des tableaux de Râle ; et cette traduction , qui est attribuée à Huldreich Frolich ou à Laudismann , se trouve aussi dans l'ouvrage de ce dernier, publié en 1584 et intitulé : Decennalia mundanœ peregrinationis Casparis Laudismanni (Massmann, p. 30, d'après Fabvicius, Biblioth. med. etinf. Lat. v. III).

Ce mélange des gravures de la Danse de Bàleavec celles d'Holbein prouve que déjà l'on confondait ces deux séries si différentes. Conrad de Méchel com- mit la même erreur en reproduisant, sans distinc-


LA MOf.T AU MAGISTRAT.

Chapeau bas devaut moi , sévère magistrat !

Je suis le raessaj;ei- de ce grand Potentat

Qui vous commit le soin de rendre la justice,

D^appuyer la vertu , de reprimer le vice;

Et je vous vais, dans pe»i , faire changer d^état.

Dépouillé du pouvoir qui vous rend respectable , Par un retour triste et fatal , Comme accusé , comme coupable ,

Vous paroitrez bientôt devant son Tribunal.

LE CUISINIER A LA MORT.

Je vous prends à témoin , Messieurs , de Pinjustice

Que la Mort me fait à vos yrnx. Unn cuisinier habile on sait que Partifice A la santé de Phomme est plus pernicieux Que les soins , les chagrins , les travaux et les veilles ; Et que de mes ragoûts le dangereux appas

Fait avaler dans un repas La goutte, la gravelle et cent choses pareilles ; Enfin que par mon art j^en ai plus fait périr

Que Galien n'en put guérir ; Mais tandis qu'à gogo je vis dans ma cuisine ,

L'ingrate Mort, malgré cela , Veut, de mon pauvre corps , régaler la vermine ;

Qui sait quel sort mon âme aura?


1 /(> ESSAI IIISTOKIQUE

tion ,des planches d'Holbein avec celles de Bàle , et dms les sept éditions différentes de ses enivres ( 1715-1796), on trouve toujours quelques sujets de Bàle joints à des estampes , en plus grand nombre, des Simulacres de la Mort , sans que pour cela il ait jamais été question d'Holbein, même dans le titre des volumes. (Voyez la bibliographie d'Holbein. ) Les copies spéciales et complètes de la Danse de Bàle parurent au commencement du xvii« siècle, gravées par Matthieu Mérian , qui dit lui-même , dans sa préface de 1G49 déjà citée : « J'ai copié cette » peinture de la Danse des Morts selon l'original, » il y a à présent trente-trois ans; ensuite je l'ai » gravée en taille-douce ; et quoique j'aie cédé ces « planches à d'autres personnes , néantmoins je les » ai rachetées et gravées de nouveau et fait réduire » en la forme dans laquelle vous les voyez. » Long- temps on douta que ces gravures eussent paru dès 1621, comme l'indiquent Fùessli et Heinecken ; mais maintenant il n'est plus permis d'hésiter à le croire : M. Massmann indique en effet ( p. 75 ) que la Biblio- thèque de Bàle possède des éditions de 1621, de 1625, et il les attribue à Jean-Jacob Mérian , frère de Mat- thieu et comme lui graveur. Cependant ce dernier n 'a pas dû faire autre chose que de les publier, car .son nom se trouve à la fin de la préface , tandis que les cuivres portent : M. Mérian fec. ; de sorte que nous croyons que les premiers cuivres de Matthieu servi- rent à ces premières éditions , et que les reproduc- tions postérieures de la Danse de Bàle ( 1649-1733) furent faites avec les planches qu'il recommença.


SUR LLS bANSES DES MORTS. 17 7

Nous donnons succinclenKMit la liste et la date dt- ces éditions complètes. Les trois premières, celles de 1021 et 1625 , ne portent pas dans leurs titres le nom de Matthieu Mérian, et c'est peut-être là une des rai- sons qui engagent quelques persoimes à regarder son frère Jean-Jacob comme en étant le graveur, tan- dis que les publications suivantes (1649-1733), q\u sortent avec un texte allemand ou français , de Bàle, de Francfort et de Berlin , mentionnent le nom de Matthieu, et par la suite celui de ses héritiers.

En 1744, un autre graveur, du nom de Chovin , aidé de l'œuvre de Mérian , exécute à Bàle une nou- velle copie de la Danse de cette ville, et ses planches, accompagnées d'un texte parfois en deux langues, continuent à y paraître jusqu'en 1830.

En 1788, on y trouve encore une publication dont l'auteur est inconnu , et qui n'est pas, à vrai dire , une copie de la peinture originale ; car les costumes des personnages y sont modernisés et mis en rapport avec les modes du siècle dernier.

Puis, vers 1840, M. Massmann en a fait faire une copie fidèle qu'il n'a publiée qu'en 1847 à Stuttgard. Voici donc la liste de ces divers ouvrages :

BALE, FRANCFORT, BERLIN.

GRAVÉ PAU MATTHIEU MÉRIAN.

i. — 1621. Todten Tantz wie derselbe in der weilbe- rumpten StattBasel als ein Spiegel Menschlicher Beschaffcn- heit ganlz Kunstlich mit Lebendigen Farben Gcmahlet , nicht ohne nutzliche Verwunderung zu sehen ist. Getruckt zu Basel , bey Johann Schroter 1621. In-i, 42 pi.


I 7S i;ss\i iiisKtHKHi.

(Je tilre , ainsi qu'on ponl s'en assurer, a «Hé coniplélemenl reproduit en lélo des éditions que C. de Mccliel a publiées à lîàle au xviii siècle , et qui renferment des sujets de la Danse de cette ville et de celle d'Holbein. ( V^oyez p. liai, n"' r() et suivants. )

2 — JG21. Todlen-Tantz ( même litre que le n ■ 1 ). Ge- truclvlzu Basel,n verlegung Mattheus Mieg 1621 . ( Imprimé à Bàlc , dans la librairie de xMaltbieu Mieg. ) In -4, 42 pi.

5. — 1625. Todtentanlz (idem )... in Verlegung Maltheus Mieg. 1625. In-i, 42 pi.

't. — (?) 1646. INI. Massmann mentionne ( p. 76), d'après des catalogues dont il ne précise pas le titre , une édition des cuivres do Mérian faite à Francfort en 1646. Mais il dit lui- mèmi; qu'il doit y avoir confusion avec l'édition suivante.

5. — I6i9. Todtentanlz , wie derselbe , etc. .. Nach dem Original in kupffer gebrachl und berausgegeben durcli Mal- thcum INlerian den Elteren. Franckfurl a M. ( ... gravé sur cuivre d'après l'original et publié par Matthieu Mérian l'ainé, Francfort-sur-le-Mein ). In-4 , 42 cuivres. C'est la première édition des cuivres recommencés de Matth. Mé- rian , et la préface de ce volume est signée parce graveur et non par son frère

6. — (?) 1669. Todten-Tanlz, 1669. Citée par (ieorgi ( IV, 223 ) probablement pour l'édition de 1696. ( Massmann, 77. }

7. — (?) 1689. La Danse des Morts. 1689. Edition confon- due également par Fiorillo ( IV, 161 ) avec celle de 1698.

8. — 1696. Todten Tanlz , Wie derselbe, etc.... Durch Matth. Merlans sel. Erben.Franckfurt, Im Jalir M DCXCVI ( publié par les héritiers de Matth. Mérian , Francfort, en l'année 1696 j. In-i, 42 planches de Mérian. Comme lieu, M. Peignot assigne à cette édition Wurde à la place de Francfort.


!>IJK UF.S DANSES DES MORTS, 179

9. — 1698. La Dance Des Morts, Telle Qu'on La Voit Dépeinte dans la célèbre ville de Basie qui représente la fra- gilité de la vie humaine , comme dans un miroir. Enrichie de Tailles-douces, faites d'après l'original de la Peinture , Et Traduite de l'Allemand en François par les soins des Héritiers de feu Monsieur Matthieu Merian. Imprimé à Ber- lin aux dépens des Héritiers de l'Auteur. M. DC. XCVIII. In-4. Mêmes cuivres. M. Peignot ne cite pas le titre exact et met : « Avec l'explication en vers françois , trad. de l'alle- mand par P. Vieu , » au lieu de : « par les soins des héri- tiers , etc. »

10. — 1700. La Danse des Morts.... 1700. ( Fiorillo, IV,

164.)

11. — ( 1725.) Todten-Tantz , wie derselbe , etc.. Nach dem Original in Kupffer gebracht, von Matth. Merian sel. Franckfurt am Mayn , Hey Joh. B. Andréa und H. Hort. S. D. ïn-4 , 42 cuivres. A propos du lieu d'impression , M. Peignot commet encore ici la même erreur qu'au n° 8.

12. — (?) 1727. Todten-Tantz. Cité par Haller ( Schweizer Geschichte , IV, 391 ) et mis en doute par M. Massmann, 78.

13. — 1733. Todten-Tantz. 1733. In-4. Cité , d'après Georgi et Heinsius, par M. Massmann (ibid. ).

BALE.

GRAVÉ PAR CHOVIN.

14. — 1744. La Danse des Morts , comme elle est dépeinte dans la louable et célèbre ville de Basle , pour servir d'un miroir de la nature humaine. Dessinée et Gravée sur l'origi- nal de feu M' Matthieu Merian. On y a aioute, Vne Descrip- tion de la ville de Basle , et Des vers a chaque figure. A Basle , ches Jean Rodolphe Im-Hoff. 1744. In-4, 42 cuivres, plus un titre semblable gravé en allemand avec dos bordures


180 KSSM HFSTOItiyi'K

à sujets luiK'hres et une autre planche représentant une tète d'iioniuie qui, retournée, n'est qu'une tête de mort. L'ou- vrage est en allemand et en français, et la Bibliothèque de Stuttgard possède un manuscrit copié sur cotte édition.

io. — J756. La Danse des Morts, etc. Gravée sur Torigi- nal de M. Mérian. 175(5. In-4. ( Masstnann , p. 79. )

16. — (?) 17o9. Dans la Littérature des Beaux -Arts ( Litteratur der Schonen Kunste ) , Ersch mentionne une édition chezIm-Hoff, de 1759. Il y a sans doute erreur avec celles de 1756 ou de 1789. ( Massmann, p. 79. )

M. Douce cite également comme ayant rapport à la Danse de Bàle une édition publiée dans cette ville, en 1769 , par les frères De Méchcl. Mais ce volume se rattache, malgré son titre, à la Danse d'Holbein. ( Voyez plus bas p. 122 . n" 60 ).

17. — 1789. La Danse des Morts, comme elle est dé- peinte, etc. Basic, chez Jean. Rod. Im-Hod'et fils, 1789. In-i, 42 pi. Dans ces deux dernières éditions authentiques, qui ne sont que des réimpressions en deux langues de l'édi- tion n" 14 , le titre allemand gravé porte toujours la date de 1744, et le titre français indique seul les dates différentes.

La bibliothèque Leber, à Rouen , offre un magnifique et précieux exemplaire de cette édition, orné d'une double suite de figures , les unes en noir, les autres coloriées et tirées sur un papier particulier; celles-ci sont peintes à la gouache avec le plus grand soin d'après l'original , et dans le tahleau du Marchand , sur un ballot qui se trouve à terre, l'artiste a ajouté : B. //. n° H2. Baset. Tout en simulant ainsi les marques que l'on rencontre ordinairement sur des marchan- dises de commerce , l'artiste a probablement indiqué là ses initiales et le lieu de sa résidence. M. Lcber croit que cet exemplaire est unique. C'est une erreur selon M. Hrunot.

18. — (1830.) Todtcn Tantz , wie derselbe , etc. Nach dem Originale in Kupfer gobracht. Basel , zu finden bey


Sun Li:S [JANSKS DES MORTS. 181

liirmann u. Sohnc ( Bàle, se trouve chez Birmann et fils). In-i. S. D. C'est une réimpression allemande, faite en J830 , des cuivres de l'édition de 1744 retouchés.


liJ. — 1788. La Danse des Morts, Pour Servir De Miroirà la nature Humaine. Avec le costume dessiné à la moderne, et des vers à chaques figures. Au Locle , chez St. Girar- det Libraire, ln-8. Le titre et les cuivres de ce volume sont empruntés, malgré les changements, à ceux de Mérian. On y trouve aussi une pièce composée en 1593 , imprimée sous ce titre : << L'Art de bien vivre et de bien mourir, au Locle , chez Samuel Girardet, Libraire. M. DCC. LXXXVIII. » ( Massmann , p. 80, et Douce, p. 42. )

STUTTGAR», l.t:iP/l<i.

20. — 18 n. Die Baseler Todtentanze in getreuen Abbildun- gen ( les Danses des Morts de Bàle en copies fidèles ). Slult- gard (et Leipzig), 18i7. — C'est sous ce titre que M. Mass- mann a publié avec un lexte historique la Danse de Bàle et celle de Klingenihal. Les planches ont dû être faites avant 1840; mais nous ignorons quel en est le graveur, et nous regreUons vivement de ne pas connaître ce nouvel ouvrage du savant professeur allemand, dont le titre seul est indiqué par M. Ellissen (p. 125, n"68).


PLANCHE XLV.

MAKyiK TYPOGItAPHlQUE u'U.N LIUKAIHE ROLEXNAIS.

Celte grande vignette est le fac-siinile de la mar- que (l'nn libraire-relieur de Houen . leati lluviii . (|ui


I8'i i:ss\i iiisioRiyiJK

vécut à la fin du w' siècle et au commencement du xvi<", et dont les éditions sont devenues maintenant fort rares. Son nom se rattache à ceux de quelques imprimeurs rouennais célèbres, tels, enlr'autres, que Martin Morin, qui, le premier, introduisit l'imprime- rie à Rouen et dans la Normandie. On ne connaît au- cun détail sur Jean Huvin ; ses publications , faites en commun avec d'autres libraires du pays , durent être peu nombreuses.

Cependant sa marque, assez grossièrement gra- vée sur bois, est fort curieuse. Elle représente la Mort frappant, chacun d'une flèche, deux person- nages en costume bourgeois, qui soutiennent un écusson portant les initiales de Jean Huvin.

Dans la Pensée et l'Ancolie placées derrière les personnages , il ne faut voir que des plantes de deuil , en rapport avec le sujet; car il serait difficile de trou- ver ici, entre le Squelette et la Pensée, une cer- taine affinité ménagée pour obtenir à-la-fois la repré- sentation d'un jeu de mots et celle d'un sérieux mémento mori : la pensée de la mort , comme cela se voit assez communément dans ces gravures de piété modernes qui représentent , par exemple , une pen- sée dont la corolle renferme un crâne , et qui sont consacrées à nous rappeler notre fragilité '.


1 l'endanl ces deux derniers siècles, il a été fait un grand nombre de ces sortes d'estampes, que l'on peut appeler de vé- rital»les mémento mori. Ci; sont toujours des sujets funèbres accompagnés d'inscriptions, tels, enlr'autres, qu'un Squelette à moitié couvert de son suaire et montrant du doigt ces 4nots :


suii Li:s bvNSKs i)i:s mohts, 183

Revenons à Jean Huvin. Voici le titre de quelques volumes à la publication desquels il prit part :

1590. — Manuale ad usum ecclesiae Rothomagen- sis , Rothomagi per Martinum Morin, impendio Jo. de Forestier, Jo Huuyn , etR. Rernard anno Jubilaeo. In-4. ( Cité par Panzer, II , 561 , n" 22. )

1507. — Legenda sanctorumquelombardica nomi- natur Historia. A la fin : Finit aurea legenda sanc- torum.... compilata per fratrem Jacobum de Vora- gine natione Januen'.... Impressa Rothomagi per ma- gistrum Petru' violette impesis honestoru' virorum Pétri regnault necnon Joha'nis Huuin annoab incar-


Souviens-toi que la es poudre et que ta retourneras en poudre. Vn autre consiste simplement en un sablier ailé surmonté il'nn eràne et entouré de ce distique:


M letlù ,


fusil


l.ora ,


m


Piuenl.,


saliiti


icet , el


vilain


, SPIl 1


nor


itiinis .


af;r.


Thomas de Leu en a gravé un autre qui représente deux Sque- lettes soutenant un écusson couvert d'emblèmes funéraires et sur- monté d'une tôle de mortentourée de serpents quiressortent par la bouche. On y trouve ces vers latins :

F'Irres si scires uQiiiiL liiu temnoru luenseiu , Kides (-11111 noa sil l'orsitan una dies.

Il existe deux gravures de ce genre assez, singulières et que M. Leber a insérées d;ins les cartons de sa Bibliothèque ; l'une est il reproduction du dizain de Patrix :

Je soni^eais c-c-tte nuit que de mal consumé.

Côte à lôle d'un pauvre on m'avait iuliuiuc , etc. ,

auquel on a fait toutefois subir quelques changements , et qui est accompagnée d'une gravure figurant les deux morts, le Noble el le Pauvre , sortant de leurs fosses, avec ces mois : FaUes-y reflec- tion , Pécheur de condition. Knfin , la dernière planche, <pii mé-


I S4 F.SSAI IIISKIIUOLIK

iialioiit' domini. m. ceecc. vu. die vero xxix oclo- l)ris. ln-4, goth.

Oïl sait que les professions de libraire et derelieiii se confondaient à cette époque. La Bibliothèque de Rouen, qui possède quelques-unes de ces éditions, renferme aussi un Diomède latin imprimé à Paris, en 1498, par Thielman Kerver, sur la reliure du- quel se trouve appliqué le nom de Jean Huvin, tel que nous le voyons sur sa marque. Au-dessus est un saint Michel que 1 on a représenté tellement mai- gre, qu'on le prendrait au premier abord pour un squelette, et que l'on croirait volontiers que ce re-


rile une menliou particulière, rappelle plus directement leurs derniers moments aux personnes pieuses en ce que celles-ci peu- vent y voir leurs noms figurer en toutes lellres. C'est une gra- vure dans la partie supérieure de laquelle est un cadran dont un crâne ronq)lit l'intérieur et qui est entouré de ces inscriptions : Me voki au terme où oous devez arriver. — Je viens à toute heure et n'en indique aucune. Au-dessous on lit ces vers bizarres :

Vous dont IVpil ciirirux conleraple ce tableau, Pendant qu'il en est temps, réglés bien votre vie

El songes que dans le tombeau De mériter le eiel , l'occasion est ravie

PENSÉS T BIEH

El épargnes vous ce triste lau^a^e iKirn réjnoiive : Je suis damne Je le suis par ma lantr Je le suis pour lonjoms Qiul état ! Gran<l Dirii ! quel eiai :

Le lout est encadré en partie par celte inscription principale : l'n jour, mon tour viendra et on dira de moi ce qu'on dit des

autres : M est mort. On cnnipreiid aisémeiil que la place

lai>sée en blanc esl réservée au nom de l:i |HMsonne i\\\\ veut avoir ce mémento sans cc^se dcvani les veux.


SLH LES r>ANSKS DES MOUTS. I ST)

lieur avait un goût très prononcé pour les sujets mortuaires.

JeanHuvinne fut pas le seul libraire qui portât ce nom k Rouen, Il y eut aussi un Pierre Huvin , comme l'indiquent desHeures à l'usage de Rouen, impri- mées à Paris, en 1503, pour Jean Burges, Pierre Huvin et Jacques Cousin '. 11 est à croire que ces deux libraires étaient frères, et peut-être cette marque de l'aîné les représente-t-elle tous deux unis pour sou- tenir l'écussonde leur maison et témoignant par cette alliance qu'ils ne doivent être séparés ici bas que par la n)ort.

PLANCHE XLVI.

l'Kl.NÏLUE DES TROIS MORTS ET DES TROIS VIFS A L'ANCIENNE ABBAYE DE FO.NTENAY.

Cette figure , représentant les trois Morts et les trois Vifs , se trouvait sur le mur de l'une des chapelles de


1 Catalogue des livres imprimés sur vélin qui se Irouvenl dans les bibliothèques tant publiques que parliculiéres. tome I, p. 121.

Nous devons celle indication a noire conipalriolc M. Edouard Frère , et nous renvoyons nos lecteurs a l'ouvrage qu'il a publié dans notre ville, en 1843, sous le titre suivant : De l'imprimerie et (le la librairie à Rouen , dans les \\" et .wi*^^ siècles , et de Martin Marin , célèbre imprimeur Rouennais.

Puisque nous parlons des volumes renfermant la Mortel publiés à Rouen , nous pouvons iiieulionner aussi les Pensées de l'Eter- nité par le S' de Laserre ( Rouen , Antoine Ferraiid , 1052 , pel. in-8 ) , dont le frontispice , imprimé au revers du titre , montre la Mort enlevant dans une liolte les symboles des grandeurs hu- maines , avec ces mois : Ainsi fuit la gloire du monde.


I 80 ESSAI HISTOIUQLK

l'abbaye de Saint-André de Fontenay, siluee sur la rive droite de l'Orne ( Calvados).

Les ruines de cette abbaye, dont l'architecture était fort belle, subsistaient encore en entier au commencement de ce siècle; mais elles furent com- plètement démolies vers 1820 ou 1825 , et il ne reste plus maintenant qu'une maison assez moderne ser- vant d'habitation. Cette abbaye renfermait des tom- bes fort curieuses , en ce qu'elles étaient faites non comme à l'ordinaire d'une seule pierre tumulaire , mais de carreaux de terre cuite émaillée qui , par leur assemblage, formaient la représentation du personnage défunt. Il est certain que ces pavés émail- lés ou plutôt vernissés d'une couverte vitreuse , se fabriquaient en Basse-Normandie; car c'est dans ce pays que l'on trouve le plus d'exemples de ces cu- rieux pavages '.

Ces tombes ont heureusement été dessinées dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale , n" 1029, renfermant des documents sur quelques abbayes de la Basse-Normandie , et dans lequel se trouve un des- sin de la planche que nous offrons.

Cette peinture, d'un style remarquable et peu vul- gaire , n'a rien de gothique. Les trois Squelettes


' Voir le Bulletin Monum»ntal , ilirigé par M. de (^aiiinoiit , 14 vol., p. 47S, et I5<- vol., p. i;55.

M. (le Caiiinont a bien voulu meure à noLie disposition la gra- vure de ce recueil qui représente la i)einture de Fonlenay et (pii forme noire XLVp sujet. Nous le prions d'agréer nos remercie- ments pour l'empressenHuit qu'il a mis à nous obliger ilans cette cjroonslancp.


SlIK LtS l^V^S^:s DKS >I(>IMS. 187

iiiaiclient à la rencontre des vivants et sont com- plètement décharnés ; l'un est couvert d'un linceul et affecte presque la même attitude que ses deux com- pagnons; ils ne portent pas de couronnes, comme cela se voit parfois dans les peintures du même genre.

Quant aux trois Vifs , ils sont tous à cheval ; les deux derniers sont plus jeunes que le premier, qui a l'air d'être en conversation avec les Squelettes. La coiffure du second paraît peu commune ; le riche harnais des chevaux et surtout le chapeau orné de plumes de l'un des jeunes gens indiquent suffisam- ment le xvie siècle comme l'époque d'exécution de cette peinture. Ces trois personnages sont en chasse, puisque l'un d'eux tient un faucon sur le poing. Toutefois , la croix qui est au milieu du tableau in- dique que la scène se passe au bord d'un cimetière.

Le manuscrit dont nous avons déjà parlé dit que ces figures avaient trois ou quatre pieds de haut, et qu'une autre représentation des trois Morts et des trois Vifs se trouvait exécutée en bas-relief dans le cloître de la même abbaye.


PLANCHE XIMI.

PEINTURE DES TROIS MORTS ET DES TROIS VIFS A l'aUBAYK DE SAINT-KIQCIER.

L'ancienne trésorerie de l'abbaye de Saint-Riquier, près d'Amiens , en Picardie, renferme des figures qui


I 88 ESSAI lilSTOlVlQLE

datent du commencement du xv!*^ siècle , et qui rappellent, entr'autres, dans une suite de dix ta- bleaux, une solennité où la religion servit au mieux la politique adroite de Hugues Capet : il s'agit de la promesse de la couronne de France que saint Valéry avait faite à ce dernier, s'il retirait des mains d'Arnoul, comte de Flandre, les restes de saint Riquier pour les rendre au monastère de ce nom. Ces peintures sont surmontées de deux tableaux d'une dimension plus grande et d'un sujet complètement différent. Ce sont ceux que reproduit notre planche , et qui représentent le Dit des trois Morts et des trois Vifs.

Ces deux tableaux , comme on peut le voir à leur forme triangulaire, occupent, dans le haut de la salle, les tympans de deux ogives ; ils sont placés sur le même plan, de sorte que les trois Vifs sont censés apercevoir juste devant eux les trois Morts.

^ous ne répéterons pas, à propos de ces peintures et de cette légende, ce qui a été dit dans l'explica- tion de la planche précédente , et particulièrement dans celle des planches XXII et XXIII. Nous nous contenterons seulement de dire qu'ici comme tou- jours, trois jeunes gens de haute condition, ainsi que l'indiquent leurs riches costumes , sont en train de chasser à l'oiseau , lors(ju'ils aperçoivent trois affreux Squelettes qui se dressent devant eux. A cet aspect effrayant, personnages et chevaux semblent saisis d'une é}touvante qui se peint dans leurs mou- vements désordoiuiés. Quant aux Squelettes, ils por- lent l'iMi une bêche, l'autre une pioche, et le Iroi-


sua LES DANSES r>ES MOUTS. 189

sième une longue flèche avec laquelle il l'ait le geste d'arrêter les Vivants.

De même que chaque tableau de la trésorerie de Saint-Riquier est accompagné d'un quatrain qui lui sert d'explication, de même nos peintures ont aussi leurs inscriptions. Elles en ont autant que de per- sonnages , c'est-à-dire sous chaque tableau trois quatrains qui sont placés sur la même ligne , de façon à se rapporter à chacun des acteurs de cette scène. Sous les Squelettes on lit les avertissements suivants :

ttous oous îicuoufljoiid tout pour noir ' (ûu'il Douô rounirnt mort rcrl)cpuoir iLila fomr nous un tapa no fumes (Et tels serf) romc nous somcs

Uoud qui estes oultrcnitîiic^ Ijjluô briet'uemet que ne ruibifj £tt mort eu tout tapa nous eapie ]3our noua oater îiu forpa la v\t.

© foUee geua mal abuiaées (fXut catea &u Ijault lieu priacea )3enaej a la mort trca rertoinuc €t Irarljic) lu joie mou&ainnc.

Au-dessus des trois jeunes gens, on trouve ces quatrains qui leur servent de réponse :

iilou paume rcrur îie paour tremble (û.ua't troia morta aiuav uov euaemble


Tout pour voir, c'est-à-dire tout cela pour vt-ritè.


90 KSSAI niSTORigUE

Dctiçiiuf^ IjV'ôcur Muer* '

  • tou;^ poiirvis it mançifâ ^r ncrs.

(Datoitû îm mcln^f lc6 plnisirs illaltiaid ooloirs rt fûulr brsirs Car it In mort tous 1rs îfcstrois Itous vnsscroiis romc rrs trois

31 n'v û point ^c rrronfort Obéir il nous fnult a lu mort par quoi nous tous jrurs rt uiruU ^ious la mort &ruaiit Us pculr.


PLANCHE XLVIII.

FIGURE DE LA MORT DANS LES ANCIENS TAROTS.

Soit à dessein, soit par l'effet d'un singulier hasard , les cartes à jouer ont été parfois réunies aux Danses des Morts. Ainsi ,M. Peignot a publié dans un même volume son travail spécial sur les Cartes après ses recherches sur les Danses Macabres, qui en sont tout- à-fait distinctes, et dans le Catalogue de sa Biblio- thèque, M. Leber a classé les unes à la suite des autres, les pièces relatives à ces deux sujets. Ré-


! Divers doit être employé ici dans le sens de réjouissant. (Voyez Roquefort , Glossaire de la langue romane , et le supplément , par D. Carpcntler , au Glossaire de Ducange. )

Nous avons extrait ces vers delà Description historique de l'église de l'ancienne abbaye royale de Saint-Riquier-en-Ponthieu , par A. -P.-M. Gilbert, Amiens, 1836 [p. 134-1-36).


SUR LES DANSES DES MORTS. 191

cemment encore , M. Jacobi a fait paraître à Utrecht une brochure sur les Danses des Morts hollandaises ( De Nederlandsche Doodendans ) , dans laquelle il est exclusivement question d'un jeu de cartes qui présente, il est vrai , un certain rapport avec le fond de cette ronde funèbre. Enfin, nous-mêmes , nous parlerons aussi des cartes, et c'est sous ce rapport en général , quelque faible qu'il soit , que nous nous appuierons pour en dire quelques mots.

iNous donnons donc dans ce but la reproduction exacte de l'une des cartes qui composaient le jeu destiné au roi Charles VI, jeu que l'on peut regarder comme le plus ancien monument de l'usage des cartes dans notre pays. Ce devait être un jeu de tarots formé de soixante-dix-huit cartes , divisées en deux séries , en atouts et en couleurs.

On sait que les atouts étaient au nombre de vingt- deux, numérotés et comprenant, comme le prou- vent les dix-sept cartes qui nous sont restées de ce jeu incomplet, d'abord une série de personnages représentant les diverses conditions humaines , tels que le Pape , l'Empereur, l'Ermite , les Amoureux , le Fou , le Varlel, le Pendu ; puis des emblèmes des vertus ou d'autres allégories diverses , comme la Tempérance , la Justice , la Force , le Soleil , la Lune , la Fortune, le Char, la Maison de Dieu , le Jugement dernier et la Mort.

Enfin , les couleurs , au nombre de cinquante-six , se divisaient en quatre séries égales de quatorze cartes chacune , et offrant des marques ou points qui sont des épces , des coupes ou calices , des hâtons,


I*>'i ESSAI HISTORIQUE

des déniera ou plêce!^ de monnaie , etc. Ces séries tie couleurs de (jnatorze cartes comprenaient dix cartes distinguées les unes des autres par le nombre des points, depuis l'as jusqu'au dix, et, en outre, un Roi, une Reine, un Cavalier et un Varlet. On voit donc que notre jeu de cartes françaises n'est autre que celui des tarots, dont on a écarté les atouts et dont on a conservé les couleurs , en retirant toute- fois de ces dernières les Cavaliers,

Nous ajouterons seulement à ces détails que les cartes nous semblent venir de l'Orient ; qu'elles pa- rurent, dès le xiii*^ siècle , à la suite des croisades, en Italie , et se répandirent au xiv dans toute l'Eu- rope , probablement avec les Boliémiens qui, re- gardés la plupart comme sorciers, devaient en faire un usage habituel.

Quant aux tarots dont nous avons extrait notre planche , on a supposé qu'ils étaient destinés à amu- ser le roi Charles VI dans sa démence , et on les attri- bue à un artiste nommé Jacquemin Gringonneur, d'après un passage extrait du registre de la Chambre des Comptes, vers l'année 1392, et dans lequel Char- les Poupart , argentier de Charles VI , rapporte : " A Jacquemin Gringonneux, pour trois jeux de » cartes à or et à diverses couleurs , de plusieurs » devises, pour porter devers ledit seigneur (roi) >' pour son ébattement LVI sols parisis. »

Ce sont surtout ces mots de cartes à or et à di- verses couleurs qui , rapprochés du luxe de ces pein- tures , des costumes et des ornements qui sont de l'époque , ont fait supposer l'identité de ces cartes


SUR LES DANSES DES MOUTS. 193

avec celles dont il est question dans le compte «lu trésorier du roi. Des trois jeux (jue Gringonneur peignit pour Charles VI , il ne reste que celui-ci , et encore ne se compose-t-il que de dix-sept atouts de sorte que l'on ignore si, en fait, le jeu se composait aussi des couleurs.

Ces cartes étaient , au xvii^ siècle , négligées dans un recueil du cabinet de Gaignières , et maintenant elles sont reliées et conservées avec soin, à Paris, à la Bibliothèque nationale '. Elles sont soigneuse- ment peintes à la gouache sur un vélin très fin collé sur une feuille de carton ; le fond est en or bien conservé , avec des dessins pointillés qui se rencon- trent aussi sur la bordure, laquelle, en argent dans le principe , est devenue toute noire par l'effet du temps. Enfin , dans ces cartes , le style du dessin est plus heureux , le nombre des personnages plus grand que dans les anciens tarots imprimés, qui, cepen- dant, offrent quelques ressemblances avec elles.

Ici, la Mort est à cheval ; elle tient sa faux levée, et l'on voit à ses pieds quelques victimes de haute


' M. 0. Leber lésa fait fidèlement copier pour enrichir le pré- cieux recueil de tarots qui se trouve dans sa bibliothèque , à Rouen , et c'est d'après son fac-similé que M. Tudot a eu la complaisance de reproduire , de môme dimension et avec une grande exactitude , la planche que cette notice accompagne.

Plusieurs de ces cartes ont été gravées : Willemin en a mis deux , le Soleil et le Varlet, dans ses Monuments français ( voyez 11"^ vol., pi. iTf), et l'explication , p. 16 ) ; Lenoir en a réduit douze pour son Atlas des monuments , des arts libéraux , mécaniques et industriels de la France ( Paris, 1838) ; mais personne n'avait publié cette carte de la Mort avant nous.


I9i KSS\I niSKMiKtlK

condition : un Pape en manteau bleu, des Cardinaux en robe rouge , un Roi dont le costume et la figure offrent une teinte cadavérique ; elle-même porte une robe jaunâtre à bordures rouges , avec la ceinture et le bandeau de couleur blanche. Il est assez bi- zarre que l'artiste ait ainsi costumé son Squelette, ([u'il lui ait mis un ruban autour de la tète au lieu de le couronner, selon l'habitude assez fréquente de l'époque, et, par une singularité encore plus frap- pante, on croirait qu'il a donné une couleur violàtre assez foncée à son cheval , si l'on n'avait la preuve, par d'autres détails des peintures de ce jeu, que l'ar- gent y était employé avec abondance et que ce métal est devenu partout entièrement noir. Nous pouvons donc en inférer avec certitude que le cheval de la Mort, aujourd'hui de couleur sombre, était jadis rehaussé de redets d'argent et devait paraître pres- que tout blanc , ce qui se rapproche des données de l'Apocalypse , d'après lesquelles ce cheval a presque toujours gardé l'épithète de pâle.

11 est à remarquer que, dans les anciens tarots, le numéro de l'atout de la Mort est en harmonie avec celle-ci, car partout il porte le nombre XIII, qui, on le sait , a toujours été regardé comme fatal , et qui , par conséquent, convient mieux que tout autre à ce sujet sinistre '.


' Comme néfaslc, le nombre Xlll avait chez les Romains pour rival le nombre XVII ; la cause en est assez bizarre, et consiste en ce que ce chiffre fo:nie , par l'interposition d'une de ses lettres, le mot VlXl , (jui signilio /'ni vécu, j'ai cessé de vivre, et qui


SUR LES DANSES DES MORTS. 1 95

Dans ces tarots, la Mort était représentée parfois à peu près comme elle l'est sur notre planche , mais cependant avec moins de détails. La collection de M. Leber nous en offre encore une preuve dans un ancien jeu italien de Minchiate , de la fabrique de Toscane ( xvr siècle), dont les cartes sont beau- coup plus petites et où la Mort est figurée seule à cheval et brandissant sa faux.

Enfin , dans d'autres tarots italiens , ce n'est qu'un Squelette nu, à pied et rasant de sa faux la terre où gisent des cadavres ; c'est même d'après l'un de ces derniers tarots queCourtde Gebelin a reproduit, dans son Monde primitif, le personnage de la Mort pour sa dissertation sur les cartes; mais pour la composition du dessin, le sujet qu'il a choisi ne saurait être comparé au nôtre.

II existe encore d'autres jeux de cartes modernes dans lesquels la Mort joue un rôle. Nous n'appuie- rons pas sur les cartes en tableaux, publiées au commencement de ce siècle, à Tûbingen, et dans lesquelles on a emprunté , pour illustrer le quatre de trèfle, la scène principale de la ballade de Lé- nore, de Burger, le fiancé mort au loin venant, à l'heure de minuit, enlever sa maîtresse.

Nous insisterons plus volontiers sur un jeu de cartes hollandais qui fait l'objet du travail de M. Ja- cobi. Ce jeu , grossièrement exécuté , se rencontre


composait presqu'U lui seul une inscriplioii funéraire. ( Voyez Peignot, p. xxviij. )


1U() KSSAl HlSTOHI(,»li:

dans les mains des entants et des matelots , et , dans certaines parties de la Hollande, il est appelé le Jeu de la Fie et de la Mort ( Dood en Leven ) , parce que ces deux figures s'y trouvent et qu'elles sont enne- mies l'une de l'autre. Use compose de trente-six cartes sans points ni couleurs et comprend trente-quatre personnages, dix-sept hommes et dix-sept femmes, qui représentent, comme dans les Danses Macabres, les principales classes de la société , avec cette ditTé- rence toutefois que la condition des femmes répond à celle des hommes , de façon que tous forment dix- sept couples. La série commence par l'Empereur et descend, par ordre hiérarchique, jusqu'au Labou- reur. L'Evêque, placé le troisième , représente seul les ordres religieux , et , quoiqu'il ne doive pas , comme les laïques, avoir de compagne, on lui en a néanmoins donné une, pour ne pas faire de diffé- rence; seulement, une des règles du jeu consiste à les éloigner autasit que possible l'un de l'autre.

Au dernier couple, on voit la Mort en Squelette dé- cochant une flèche avec un arc , et la Vie , figurée par un enfant qui fait avec une pipe des bulles de savon ; c'est, selon nous, une belle allégorie des accidents de la vie que celle des bulles de savon, qui brillent de mille couleurs changeantes et que le moindre soufUe fait disparaître. Enfin, toutes ces cartes por- tent des numéros; mais ceux-ci, au lieu de suivre la hiérarchie strictement observée , sont placés en sens inverse, de sorte que l'Empereur a le ii" 36 et la Mort le n" 1. Tout naturellement, cette carte doit f^tre la plus puissante de ce jeu, qui se rapporte,


SLH LKS nWSKS DKS MOUTS. 197

sinon par la Corme, au moins parle fond, à l'idée sur laquelle roulent les Danses des Morts; c'est même ce que semble confirmer un quatrain qui souvent accom- |)agne ces cartes et dont voici la traduction : « Ces » images, jeunesse aimée, vous servent à passer le » temps en joie et en plaisir, et vous apprennent que >' le sort de tous les hommes, à commencer par l'Em- » pereur , est de marcher vers la tombe ■ . »

L'idée de donner un cheval à la Mort a été fréquem- ment employée. De nos jours encore, on la représente souvent ainsi. ( Voyez , par exemple , les Danses des Morts faites en Allemagne, en 1849, par Rethel , et en 1850, par Merkel. )

La Belle, au xyii^ siècle, est un de ceux qui ont le mieux réussi dans ce genre , et , parmi ses estam- pes, celle qui représente la Mort dirigeant une ba- taille sous le costume d'un Maréchal , peut être re- gardée comme un chef-d'œuvre.

Observons seulement en passant que notre carte


' M. Schullz Jacobi décrit avec détail ces cartes, pour ajouter un exemple indirect ii ceux que M. Kist a déjà cités, tels que la peinture de Zalt-Boemel . le manuscrit des Carthusiens dont nous avons parlé plus haut , p. 98 ; les tableaux de Jordaens et de Van Kverdingen , et les poésies de Catz, dans lesquelles il e-t question de la Mort, etc., le tout dans l'intention de prouver qu'il a dû exister en Hollande des Danses des Morts, et que ces exemples ne sont que des vestiges persistants de monuments en grande partie détruits. Raisonner ainsi , c'est peut-être nu ihui trop se raccrocher aux branches. En tout cas, quoique la portée de ce» différentes preuves soit, jusqu'à un certain point , contestable , les faits qu'elles mettent en évidence n'en sont pas moins curieux et leurs descriptions intéressantes.


<


I 9S ESSAI HISTORIOIE

est presque unique , sous ce point que le cheval y est gros, gras et nullement décharné , tandis que dans tous les autres sujets analogues , les artistes ont eu raison de le représenter hideux, d'une maigreur excessive, souvent même avec les chairs en lam- beaux , et par là plus en rapport avec le Squelette qui le monte.

Cette tradition remonte, sans contredit, aux temps les plus reculés. Saint Jean est le premier qui, dans l'Apocalypse, ait mis cette idée en action. On y lit (vi,8):

« En même temps, je vis venir un cheval pâle, et celui qui le montait s'appelait la Mort ; et l'enfer le suivait ; et le pouvoir lui fut donne sur les quatre parties de la terre pour y faire mourir les hommes par l'épée , par la famine , par la mortalité et les bêtes sauvages, "

Dans son article que nous avons souvent cité, M. Maury ( p. 335) ajoute qu'ici saint Jean s'inspirait des tableaux analogues qu'avaient retracés Ezéchiel, Daniel, Zacharie, et dont l'origine remontait même à la source mazdéenne.

C'est sur son cheval que le moyen-âge représentait la Mort emportant les âmes, de même que les Grecs modernes font aujourd'hui de Caron un messager de mort qui , monté sur un coursier, traverse les montagnes avec sa troupe noire, ayant devant lui les jeunes, derrière les vieux , et les petits enfants attachés à sa selle. ( Grimm , p. 803, d'après Fau- riel, Chants populaires (le In Grèce. 11. 228. )


SUl! I-KS DANSliS DES MOUTS. 199

Dans l'une de ses bordures du livre intitulé : //<>/- benii Alphahetum Martin , le peintre Osterwald a aussi figuré le Squelette monté sur un cheval dé- charné et traînant dans l'espace à sa suite une troupe d'âmes de toutes conditions.

Enfin, M. Grimm cite (p. 803-804 ) des traditions, des locutions usitées encore dans le nord de l'Europe, et qui prouvent combien est invétérée la croyance au cheval de la Mort. Ainsi , si quelqu'un échappe à une grande maladie, on dit vulgairement qu'i/ a donné un boisseau d'avoine à la Mort, c'est-à-dire qu'il a apaisé la Mort en lui donnant en sacrifice de l'avoine pour son cheval. Le peuple dit aussi en Danemark , en parlant d'un homme qui a peine à marcher : // ira bientôt sur le Helhest , et par le Helhest on entend un cheval qui a trois pieds et qui tourne autour du cimetière en portant la Mort. De même au SIeswig, on croit qu'en temps de peste, Hel ou la Mort rôde sur un cheval à trois pieds et <|ui étrangle les hommes ; et , bien plus , il faudrait, d'après une singulière tradition , enterrer dans tout cimetière un cheval vivant avant d'y enterrer des morts , afin que ce cheval puisse se transformer en cheval de la Mort.

Ce n'est pas seulement en Europe que l'on trouve ces idées bizarres; car les hidiens donnent aussi pour monture un bufile à Yama, leur dieu de la Mort, et, comme on le voit , une grossière supersti- tion a partout marqué de son empreinte ces singu- lières et ridicules crcnances.


'200 KSSAI HISTOIUQUE


PLANCHE XLIX ET DERNIÈRE


FRISE, COMPOSITtON PAK M. E.-H. LANGLOIS.


La foule tles humains ost un taihle lrou|)cau Qu'effroyable pasteur le temps chasse au tombeau.

J.-B. RoiSSEAf.


On s'étonnera peut-être de voir succéder à des compositions funèbres , copiées sur des monuments ou empruntées à des ouvrages d'une date ancienne, une œuvre toute moderne et se rattachant aux pré- cédentes bien plus encore par la pensée que par la forme. Mais nous ne faisons, en terminant la série des planches par cette composition philosophique et (jnelque peu satirique, que déférer aux intentions de son auteur, qui en avait lui-même modestement mar- qué la place ad calcem operis , sans doute à cause de l'analogie du sujet , qui sulTirait pour justifier cette insertion ; et puis, nous n'en saurions douter, afin d'assigner une destination et de sauver par là de la dispersion et de l'oubli une œuvre fugitive de sa jeunesse , pour laquelle il ne pouvait s'empêcher de montrer de la prédilection. Cette planche , en effet, gravée sur une bande étroite de cuivre qu'elle couvre en entier, témoigne , mieux encore que toute autrt' de l'œuvre si nombreux de ce maître, de ipielle


SIJU I.i:S DVVSKS DES MoUTS. 201

îiidente énergie de pensée la nature l'avait doué , et quelles hautes conceptions on devait attendre de sa faculté créatrice , si de douloureuses épreuves ne l'avaient, pendant presque toute sa carrière, tenu enchaîné aux ingrats labeurs des travaux de corn- mande ou de simple reproduction. L'exécution de cette planche remonte déjà à plus de trente années. Ce dut être vers 1815 ou 1816 ; l'artiste n'était point encore venu habiter Rouen , où son talent trouva si tardivement de dignes appréciateurs. Jeune encore , mais déjà éprouvé par de cruelles atteintes, hési- tant sur la direction à suivre et sur l'emploi à don- ner à ses noblj3s et ardentes facultés, il vivait, en proie à un triste déiniement, non loin du Pont-de- l'Arche , sa patrie , dans un petit village appelé Sotte- ville-sous-le-Val. C'est là que , d'après ce quMl nous a lui-même souvent raconté , confiné dans une espèce d'étable ou de pièce basse , ne recevant de jour que p;ir la porte coupée en deux , suivant l'usage des campagnes , il grava , debout , en trois jours , et sans autre dessin préalable qu'un croquis informe, cette composition , de dimensions si réduites , mais cepen- dant si riche par le grand nombre de figures qui s'y pressent, et si grandiose par l'énergie de la pensée qui l'a inspirée. Le sujet, comme nous l'avons fait pressentir, appartient, par sa donnée principale , au genre des Danses Macabres. C'est, à une extrémité , la Mort, qualifiée égalité éternelle, et la Justice divine , sa compagne , appelant à elles et faisant tomber dans un gouffre ouvert à leurs pieds toutes les conditions Immaines , depuis les plus élevées


202 KSSM IIISIOKIOIK

jusqu'aux plus humbles : potentats, despotes, op- presseurs des corps et des âmes , et , en même temps, faibles, dépossédés, opprimés et victimes. A l'autre extrémité , pressant de son fouet la marctie de cette foule aux contrastes si diversifiés , le Temps , que hâte lui-même la Médecine , semble veiller à ce que nul ne s'écarte , et justifier ces vers de J.-B. Rous- seau que nous avons placés en épigraphe , et qui si naturellement paraîtraient avoir inspiré l'auteur de la gravure, si celui-ci ne nous avait affirmé qu'il ne les avait jamais connus ou remarqués avant le jour où nous les lui citâmes pour la première fois. Nouvel et frappant témoignage de la justesse de cette observation : que le génie, quel que soit son mode d'expression, puise à une source commune, celle des grandes vérités générales , et rencontre souvent des analogies singulières, qu'il serait, la plupart du temps , injuste de qualifier d'imitation ou de plagiat.


FIN Ul' DKllXIEMI': VOMUIIK.


ADDITIONS.


L'inii(ros>ion de cet ouvrage était presque terminée , lorsque nous avons pu prendre connaissance d'un volume récemment publié à Londres avec une reproduction des Simulacfires d'IIol- bein, et dont nous avons donné le titre ( H' vol. , p. 124, n" 70 ) d'après un catalogue anglais. Supposant que les planches de ce volume pouvaient être une réimpression de celles qui ont été faites pour l'ouvrage de M. Douce , nous les avions placées au rang des copies sur bois ; mais elles ne sont pas ici à leur place. Ce sont les copies sur pierre de M. Schlotthauer, rééditées pour la troisième fois et accompagnées d'un texte anglais. Ce nouveau volume devrait, par conséquent , être classé parmi les copies sur pierre, venir, page 135, après l'édition française de Paris ( 184 ), et occuper, toute rectification étant faite , le n" 116.

Sous le titre iï Introduction historique et littéraire, on y trouve une dissertation sur les Danses des Morts , par un anti- quaire qui a gardé l'anonyme. 11 mentionne deux Danses ignorées jusqu'à ce jour.

L'une , dont le dessin est joint au volume , fait les ornements d'un bois de lit en châtaignier, conservé au Musée des Arts d'Aix- la-Chapelle. Elle occupe trois des panneaux inlérieurs de ce lit , et consiste en quinze personnages placés sans ordre hiérarchique et escortés chacun d'un squelette. Sur l'un des panneaux laté- raux , sont le Docteur, le Soldat , l'Avare , le Pape , le Cardinal et l'Avocat ; sur l'autre , on voit la Vieille Femme , le Charretier , le Laboureur, la Jeune Femme et le Jeune Homme ; enfin, quatre autres mortels , derrière lesquels est un paysage , savoir : l'Im- pératrice , l'Électeur, l'Empereur et le Roi , occupent la partie placée au pied du lit. Quant au dernier panneau , qui occupe la tête de la couche , il est beaucoup plus élevé et représente , en deux bas-reliel's placés l'un sur l'autre , divers épisodes de la vie de riuillannu" Tell (^t des scènes de pillage exercées par les


204 KssAi iiisTOiuoui':

soldats de Gessler. (les sujets sont , comme on le voit , totalemeul étrangers à la Hanse des Morts , ainsi que celui qui orne le ciel du lit et qui repi'èsente Mars au milieu d'emblèmes de la guerre. Mai> il n'en est pas de même de l'ensemble des ornements pro- prement dits que l'on rencontre sur ce meuble : ce sont, en effet , sur les colonnes , des crânes avec des os en croix , et , sur la bordure supérieure , des enfants appuyés sur des têtes de mort et soutenant des guirlandes de fleurs reliées entr'elles par des tètes de chérubins. Ce genre d'ornementation suffit seul pour disigner le milieu du xvi' siècle comme l'époque d'exécution de ce meuble , dont les figures sont sculptées avec soin et avec élégance , et que l'on serait porté à considérer comme un lit mortuaire , si l'emploi alors habituel de ces décorations funèbres ne ten lait à prouver que ce n'est qu'un lit ordinaire , pour lequel la fantaisie de l'artiste ou du [iropriétairc a déterminé le clioix des sujets. L'ensemble de ceux-ci peut même faire supposer que l'artiste qui les a exécutés était d'origine suisse: il se serait, dans ce cas , inspiré des Danses des Morts assez communes dans ce pays.

L'autre Danse dont il est question dans le volume anglais nest pas moins curieuse que la première. Elle se trouve en Angle- terre , et est sculptée sur les miséricordes des stalles de l'église Saint-Michel, à Coventry ( Warwick ). Les ligures sont hardin eut faites , et la série en est , à ce qu'il parait , très intéressante. Comme toiijoui's , elle commence par le Pape , et chaque groupe est formé de deux personnages , la Mort et sa Victime; le tout se lermine par deux sujets représentant le Jugement dernier. L'au- teur anglais dit que cette Danse date de la seconde moitié du w"= siècle ; mais il n'indique pas de combien de groupes elle se compose. Il est étonnant que M. Douce n'ait pas, dans sa patrie , connu cette Danse des Morts, qui nous rappelle quelques sculp- lure.-î dont parle M. Fortoul et ([ui se trouvent également sculp- tées sur les stalles d'une église . à Lézardrieux , en Bretagne. Celles-ci , du reste , ne forment pas réellement une Danse Ma- cabre , mais représentent des groupes de personnages se livrant au plaisir et tenant dans les mains des tètes de mort ipii li^nr lUOMtreut la i'ragiiilé de la vie.


SUK I.KS DWSES DES MORTS. H)'.\


Outre les différents exemples des fréquentes reproductions du Dit des trois Morts et des trois Vifs cités dans le cours de notre livre , nous signalerons encore une peinture à fresque consa- crée à représenter cette légende , dans le bourg d'Ennezat, situé en Auvergne , entre Riom et Clermont. Elle est mentionnée dans le Voi/age dans le centre de la France , par P. -A. Castel , inséré dans le Bulletin de la Société a' Agriculture , Sciences, Arts et Belles-Lettres de Bai/eux, année 1851. Cette peinture ne con- siste que dans un seul panneau sur le mur latéral à gauche du chœur, tandis qu'à droite ou voit un sujet que l'auteur auquel nous empruntons cette description a pris pour un jugement dernier, mais qui ne parait être autre chose que le jugement particulier d'une âme disputée entre l'Ange et le Démon aux pieds du Père Éternel, qui prononce la sentence. Un cadavre étendu au bas du tableau forme l'accompagnement obligé de ce sujet, qui, de même que celui des trois Morts et des trois Vifs , est fréquemment répété dans les miniatures des livres d'Heures manuscrits du xv siècle.

Aux monuments relatifs à la Danse des Morts que nous avons déjà décrits (p. 307-323 de notre l"^' volume), nous pouvons ajouter les suivants :

Dans son Histoire de l'Art par les monuments (Peinture, pi. cxxvi , n" 7 ) , d'Agincourt reproduit une peinture à fresque qui se trouve dans le couvent de Subiaco , près de Rome , et qui représente la Mort à cheval , foulant aux pieds des cadavres et frapjiant d'une grande épée deux personnages vivants.

Le Bulletin des Comités historiques (février 1851 ) donne la reproduction d'un tableau du xvr siècle , peint sur bois et que l'on voit dans l'église du Rar ( Var). Ce tableau, de 1"'75 de largeur sur 0"'85 de hauteur, est accompagné de trente-trois vers mono- rimes en patois provençal ; il offre dix-huit personnages des deux sexes , dont plusieurs en train de danser sont atteints par la Mort, qui décoche sur eux des flèches. Au-dessus de la tète de chaque danseur est un petit diable peint en noir, qui, lorsqu'un danseur tombe , arrête, à son passage par la bouche , l'âme prête


206 F.SSVl IIISKMUOUE

àquitti'i' le corps. A l'exlrt^milé du tahlt'au , celle-ci est jugée dans la balance de rarchaiige saint Michel , et , reconnue cou- pable , elle est précipitée par d'autres diables dans les llamnies de l'enfer.


Dans notre catalogue des diverses éditions de la Uanse Macabre ( I" vol., 331-351 ) , nous avons dit , p. 340, n" 32 , que les édi- tions populaires publiées à Troyes s'impriment encore aujour- d'hui dans cette ville ; nous étions mal informés en avançant ce détail : la dernière édition qui en a été faite, d'après ce que nous a appris M. Eugène Lebrun , amateur à Troyes , date de la se- conde moitié du siècle dernier, et a été donnée par le petit-tils de Pierre Garnier, Jean-Antoine Garnier, qui ne fut noumié im- primeur qu'en 1766. Le successeur actuel de ces imprimeurs , M. Baudot, ne publie pas cet ouvrage; seulement, il possède un certain nombre d'exemplaires provenant de la dernière édition , et ce sont ceux-là qu'il annonce dans son catalogue au prix de 5 fr.

Jean Garnier n'ayant pas mis de date d'impression à ses édi- tions, et ayant hiséré dans celle-ci le privilège donné à son grand- père en 1728, la date de ce dernier privilège nous a induit , avant de plu-» amples informations , à placer ses publications avant celles de 1729. Les numéros 30 et 31 doivent donc être regardés comme les derniers de ce catalogue.

Le n" 30 est par raégarde , comme le suivant, chilTré* 31.

Quelques erreurs par omission se sont glissées , p. 342 et 343 de notre I" vol., dans l'indication du nombre des différentes édi- tions des Livres d'Heures publiées par quelques libraires. Ainsi au lieu de quarante-sept éditions , Simon Vostre en a donné cin- quante-sept ; au lieu de quinze , Kerver en a donné dix-huit , et sa veuve quatre ; la première publication de Bonini que nous men- tionnions date de 1499 , et non de 1491 ; enfin, le libraire anglais Day a fourni six éditions , et non quatre , du Livre d'Heures de la Reine Elisabeth. Du reste , ces erreurs sont rectifiées par le catalogue que cette énumération précède.


BIBLIOGRAPHIE


DKS OUVRAGES A CONSULTER SUR l.E PERSONNAGE DE LA MORT ET SIR LES DANSES DES MORTS EN GÉNÉRAL.


Nous ne comprenons dans celte liste que les ouvrages traitant (le l'allégorie de la Mort ou des Danses des Morts en général, ouanl à ceux qui en traitent incidemment, ou qui sont consacrés spécialement à la description particulière d'un de ces monu- menls , nous ne répéterons pas ici leurs titres, et nous ren- voyons aux différentes parties de notre livre où ils sont cités.

1. Lessing. — Wie die Mten den Tod gcbddet (Comment les anciens ont représenté la Mort K Ce traité a été traduit en français par Jansen dans le Recueil de jiicces iii/éressantes concminnt tes antiquités. Paris, 1786.

2. Herder. — La dissertation de ce savant sur le même sujet a paru dans ses Zerslreute Hldtler ( feuilles détachées ■ , 11 , p. .391. Tubingen , Cotta , 1805 et années suivantes.

3. Olfers. — Vber ein merkwurdige Grab bel Kumà [ sur un tombeau curieux de Cumes ). C'est sous ce titre que cet auteur a traité la même question que les précédents ; son Mémoire est inséré dans les dissertations historiques et philologi(|ues de l'Académie de Berlin , publiées en allemand , année 1830, p. 30.

4. FiORiLLO. — Geschichte der zeichnenden Kunstc in Deuts- chland und den Medcrlunden (Histoire des arts du dessin en Allemagne et dans les Pays-Bays ). Hanovre, 1817-1820. 4 vol. in-8. Voir, dans cet ouvrage , le Mémoire ayant pour titre ; Ma- chabeonim Choren , IV, p. 117.


20H KSS^I HISTOFtlOlII'^

i). CiVimiEL Peignot. Recherches sur Icx ixinxcs dex Mmlt. Dijon et Taris , 1826. ln-8".

6. Gruneisen. — lieilràge zur lieurtheikmg vnd Gcschirh/c (fer Todlenfanzc {Es,sa.i sur la iTitiquc et l'iiisioire des Danses des Morts ) , inséré dans le Kunsblnlt [ Journal de l'art ), 1830, p. 9i.

7. FiiANcis Douce. — The D/tnce of Denlh i, la Danse de la Mort ^ . Lomloa , W. Pickcring , 1833. In-8.

8. H. -F. M.\SSM.VNN. — Lileratur der Toltentnnze ( Littéra- ture des Danses des Morts ). Leipzig, T.-O. Weigel , 1840. In-8. Voir aussi les autres ouvrages de cet auteur. ( II' vol. , p. 13.'), u" 115, et p. 181, n"20. )

y. Hipp. FoRTOUL. — Essai sur les poëines et les images de la Danse des Morts , inséré dans le volume intitulé : La Danse des Morts dessinée par H ms Hnll)ehi , gravce sur pierre par ./. Schloftliauer. Paris, J. Labitte, 1842. Pet. in-8.

10. Br.xnche. — Sur les Danses des Morts et les Danses Ma- cabres , inséré dans le Bulletin monumental , 1842 . Vlll* vol., p. 326-339.

11. .l.vcoB Grimm. — Voir l'article Tml [ la Mort ) , dans son ou- vrage , Deutsche Mythologie ( Mythologie allemande ) , deuxième édition , p. 799-815. Gottingen , 1844. In-8.

12. F. N.VUM.VNN. — Der Tod in nllen seinen Beziehungen ( la Mort sous tous ses points de vue ). Dresden , H. -H. Grimm , 1844. In- 12.

13. N.-G. KiST. — De Kerkelijke Architectiiur en de Dooden- dansen) de l'Architecture religieuse et des Danses des Morts. Leiden , Lucthmans , 1844. In-8".

14. Adrien de Longpérier. — Notice sur le Dit des trois Morts et des trois Vifs , insérée dans la Revue archéologique. Paris, 1845, vol. 11, p. 243.

15. W.-,l. Thoms.— Some observations upon the Danse Macabre,


SLR LES DANSES DES MORTS. 209

or Dance o/Death ( Quelques observations sur la Danse Macabre ou Danse de la Mort ]. Inséré dans l'Archaelogicnl Journal, Lon- don , 1846 , vol. 11, p. 151-154. Ce très court article n'a pour but que d'expliquer un passage du poète Chaucer, qui semblerait avoir parlé de ces peintures au n.iv' siècle en Angleterre.

IG. Alfred Maury. — Sur le personnage de la Mort. Inséré dans la Revue Archéologique. Paris, Leleux, 1847, 1V'= vol., 5= li- vraison , et 1848 , V« vol., 10% 11^ et 12'- livraisons.

17. Ad. Ellissen. — Geschicfitlicke nolizen ilber die allégorie des Todes wid ilher Todienlànze inbrsondre ( Notices histori- ques sur l'allégorie de la Mortel particulièrement sur les Danses des Morts ), insérées dans le volume intitulé : Hans Holbein's Initial Buchstaben, mit dem Todtentanz (Lettres initiales d'Hol- bcin avec sa Danse des Morts ). Gottingen , 1849. Pet. in-8.

• 18. — Holbein's Dance ojf Death, with an hislorical and lile- rarij introduction. London , J.-R. Smith , 1849. C'est sous ce titre d'Introduction historique et littéraire qu'un aperçu sur les Danses des Morts en général occupe les pages 1-79 de ce volume.

19. J.-C. ScHULTz Jacobi. — De nederlandsche Doodendans ( Des Danses des Morts hollandaises ). Utrecht , Dannenfelscr et Doorman , 1849. In-8".



ce . ' ^ -^"^'"^S^- ^^^


TABLE DES CHAPITRES.


I" VOLUME.


P gos

Avertissement des Éditeurs 7

Préface do l'Auteur v

Cliap. I. Rouen au XVI" siècle 1

Chap. II. Cimetière de Saint-Maclou à Rouen 10

Cliap. 111. Danse des Morts du cimetière de Saint-Maclou 31

— Comptes de cette Danse des Morts 50

Chap. IV. Des représentations de la Mort dans l'antiquité. . . 61

Chap. V. Etymologie du mot Macabre 90

Chap. VI. Des Danses Macal)res ou de la Mort exécutées par

des personnages vivants 1 10

Chap. VII. Des Danses considérées comme cérémonies ecclé- siastiques 164

Chap. VIII. Des Danses des Morts considérées sous le point de vue de leur effet moral, et de quel([ucs faits ou tradi- tions qui se rattachent à ces représentations 177

Chap. IX. Des Danses des Morts peintes ou sculptées 192

Appendices au chap. VI. Sur la peinture d'un Homme noir

au charnier des Innocents 241

— Sur la durée des représentations des mystères au

moyen-âge 245

— Sur le personnage du Fou 253

— Sur l'emploi des vêtements sacerdotaux dans les

représentations des mystères et moralités 262

Recherches supplémentaires sur le personnage de la Mort

dans l'antiquité et au moyen-âge 267


— 212 -~

Pages.

Recherches sur l'origine de la Danse des Morts 284

— sur l'étymologie du mot Macabre 287

— sur l'introduction de la Mort dans les représen-

tations théâtrales 291

— sur quelques monuments relatifs à la Danse des

Morts 307

Bibliographie des difTércntes publications françaises et étrangères consacrées spécialement à représenter la

Danse dos Morts 325

— Editions primitives allemandes 326

— Danse Macabre française 331

— Livres d'Heures renfermant la Danse des Morts 343

— Compositions analogues aux Danses des Morts — 3G4

— Danses des Morts modernes 30G


Lettre de M. C. Leber à M. E.-ll. Langlois sur l'origine de

la Danse des Morts 1

Note sur les Danses Macabres par M. Depping 81


IV VOLUME.

EXPLICATION DES PLANCHES.

Pages. Le Sacristain de lionport , légende fantastique servant d'explication au frontispice 1

( Los planches I à VI sont insérées dans le I" volume. )

ri. Vil. Adam et Eve prés de l'Arbre de la Mort Il

ri. Vlll, IX, X, XI, Xll, XllI et XIV, Danses des Morts

insérées dans les marges de livres d'iicurcs 13

l'I. XV. La Mort et le Médecin, la Mort et lAnioureux,

d'après la Danse Macabre de Giiyot Marchant .30


— '213 —

Pages.

PI. XVI. La Mort et le Soldat, la Mort et la Comtesse,

d'après Holbein 36

PI. XVII. Danses des Morts dans des lettres initiales 38

PI. XVIII. Le Concert des Squelettes, la Mort et le Charre- tier, d'après Holbein ^^

PI. XIX. Danse des Morts de Strasbourg 46

PI. XX. Miniature tirée du psautier d'Henri VI 51

PL XXI. La Mort, d'après un vitrail de l'église Saint-Patrice

de Rouen 53

PI. XXII et XXni. Les Trois Morts et les Trois Vifs , d'après

les anciennes éditions de la Danse Macabre 56

PI. XXIV. Fourreau de dague , d'après Holbein 62

PI. XXV. Danse Macabre de femmes dans un cimetière,

d'après une gravure des frères Ridinger 63

PI. XXV bis. Pendant de la gravure précédente, d'après les

mêmes artistes 68

PI. XXVI. Figures tirées d'une allégorie qualifiée Com- plainte contre la Mort "^^3

PL XXVII. Danse de Squelettes , d'après la Chronique de

Nuremberg. '^^

PL XXVIII-XXXVI. Danse des Morts d'Holbein 79

— Liste des éditions originales de cette Danse des

Morts 111

— Copies sur bois 115

— Copies sur cuivre 125

— Copies sur pierre 135

— Copies par fragments 136

PL X XXVII. Pierre tumulaire dans l'ancien cloître de la

Cathédrale de Rouen 137

PL XXXVIIl. Figure tirée des Loups ravissants 143

PL XXXIX. La Mort et les principales conditions humaines. 146

PL XL. Figures tirées des Paraboles d'Alain de Lille 149

PL XLI. Deux sujets d'après Ilans Sebald Beham 153

PL XLII. Danse des Morts de la Chaise-Dieu ... 155

PL XLHI. La Mort et le Gueux 158

PL XLIV. Danse des Morts de Bàle 159

— Liste des différentes publications consacrées à

représenter ce monument 177

PL XLV. Marque typographique d'un libraire rouennais... 161 PL XLVI. Peinture des Trois Morts et des Trois Vifs à l'an- cienne abbaye de Fontenay , en Normandie 185


— 214 —

IM. XI.VU. Peinture des Trois Morts et des Trois Vifs à

l'iil)l)aye de Saint-lliquier 1 87

l'I. XLVlll. Figure de la Mort dans les anciens tarots 190

IM. XLIX. Frise, composition par M. E.-H. Langlois 200

Additions 203

lii 1)1 iographic des ouvrages à consulter ■• 207


TABLE GENERALE

DES MATIÈRES,

DES NOMS PROPRES ET DES NOMS DE LIEUX

OONTENIJS DA>S CKT OCVKAGE.


\. B. — Los MuniiTos prûcôdOs d'un astérisque correspondent aux pafces de la lettre de M. L^her et de la note d(! M. Uepplnji', qui ollrent une pajjination il part dans le 1" volume.


A.


Acridents de l'Iiornine îles;, petite Danse des Morts , 1 , 3H , .&[ ; 11, 22- ■3t, H(> A eid(Mil , son rôle dans les Loups ra- vissants , I . («-lit). Adam et Eve figurant dans les Danses lies Morts. 1 . 87, 41 , 2(ii ; * SK) ; Il , 12, ii, 150, lOH. Kiiivlius , ses inscriptions latines pour

la'liaMse dHolheIn , Il , 'il, lui A^api'S. repas relit;ieiix , 1, Iti;, Agiiieoiirt (d), Histoire de l'Art, 11, 2ll.j Aliasvérus , drame où parait la .Mort ,

I , 234 , 307.

Aitre (.voyez Cimetière) de Saint-.Ma-

clou , à Rouen Aix-la-Chapelle ( Danse des Morts à ,,

II , 2ii:3.

Alain de Lille ( Paraboles d' , ll,ll!i-

151 Alceste ( voyez Euriuide ). Alpes pittoresques ( les ), 1 , 2fiH , 2I'.1. Al|ilial)et orné d'une Danse des .Morts

d lldlfiein , I ,3t)3; II, 39-42 ;- autres

du même t-'enre , II , 42. Aliorf ( Crypie funéraire à ), 1 , 322 Amiens ; baiise des Morts a ) , 1 , "22(1 Amyraut , tliéolofïien , 1 , 4(1. .\nacréon parle de la Danse des Morts ,

I, 75: «8. Andelys ( Squelettes peints aux ) I .

312 ; Il , Itil. Angers ( Danse des Morts supposée à 1,

1 , 217 : II , 37 Anneberg ( Danse des Morts à 1, 1 , 2.3 Anniversaire du décès d'un mort : on

s'y enivre , I , 141.


Apulée parle de squelettes, I, 7T-«I Arlequin aux prises avec la .'\I(irt , I , 2.'i0 , 2til : — Sinieleite , pantomime , I , 140, 250 Augustin ( Saint j, I , i(i7, 314 , 310 Avignon ( S(|uelette peint n 1. I , 310. Azrael, nom de la Mort cliez les Ara- bes, I, 200, 2'JO.


B.


Baldinucci , notice sur Orcagna , I , III H,"de , Danse des .Morts de i , I , 1 17 :

  • 53 : — son Instoire . II , lti(t-l ; — sa

di scription , II , Iti" -71 ;— confondue avec celle d'Holbein , 11 . 124 , 12H , iOC , 175 ; — prétendue traduction de ses in^c riptions , II , 172-3 ; — ses diverses copies , i7i-lKl.

Ballet de la Danse des Morts , 1 , 30(> Bar ( tableau curieux au ) , Il , 205. Barante ( de ) dit que la Danse de Paris

a été jouée, I, 131 , 1-34. Barelette, prédicateur, I, 172, 181;

  • 23.

Bartsch , le peintre-graveur, II, 12,

01 , 154. Behani ( Sebald ), graveur, II, 12, 153. Belleforest , Histoires prodigieuses,

I , 254. Berlin ( Danse des Morts supposées à ) ,

I . 224. Berne ( Danse des Morts de ) 1 , 2ii7-

211 : * K2; Il , 108. Beroalde de Verville , 1 , 218-0 Blois i Danse îles .Morts de ),1, 150, 207 ;

y]. Leber prend une édition de la

Danse .Macabre pour une copie de

cette peinture , I, *. 4, 72.


216 —


Bock , peintre , on lui attribue l;i Danse de Bâie , II , (0<!.

Boguet , Discours sur les sorciers , 1 ,

  • 26.

Bonaparte , composition anglaise sur lui, I, 3()8.

Bonnet , Histoire de la Danse ,1,171.

Bonport ( Squelette peint à ) . 1 . 319.

Bourbon ' Nicolas ) , poète. Il , 83-5.

Brandt , Stultifera navis , 1 , 258.

Brevière, graveur, I, 240 ; Il , 2.

Briey ( les Trois Moris et les Trois Vifs à), 1, 2X>.

Brulliot, Dictionnaire des Monogram- mes, 11. 14 , 91.

Brunet , Manuel de l'amateur de li- vres, 1. 341 ; II , 21 . 89 , 115, )5il.

Brunswick ( Danse des Morts à ), I, 224.

Biichel a copié les deux danses de Bâle , 1 . 194 ; II, le4.

Bullet parle de danses religieuses , 1 ,

lfi8; ' 50. Bulletin monumental, 1 , 322 ; II, 1H7. Burgos ( Squelettes peints à ) , 1 , 3'.'^

c.

Cadaver , prétendue étymologie de ce

mot , 1 , 1)8. Calmet ( Dom ) , I. - 47. Cambry, Voyage dans le Finistère, 1,

irki, 171. Camp-Blanc en Normandie, I, 188 Campo-Santo à Pise , ses peintures,

1, 108-111. Camus ( V. Complainte contre la Mort '. Carpenlier ( Dom) , 1 , 106 : * 3. Cartes de Charles VI. ( Voyez Tarots î Cervantes parle d'une Danse des Morts Cent Nouvelles Nouvelles, 69.

jouée , 1 , 154 Chaise-Dieu ( Danse des Morts de la .

1 , 205 : * 73 : II , 155-8. Champollion-Figeac, décrit la première

édition de la Danse .Macabre, I, lOii Char de la .Mort en Bretagne , 1 , 157 Chasse à la Mort , I , 302. Chasse Machabée , I , * 48. Chemnitz ( bannière de la Mort à ) , 1 ,

316. Cherbourg ( Danse des Morts de ) , I ,

205. Chéreng (idem ) , 1 ,222. Cheval de la Mort , I , 24 ; II , 194, 197:

— Préjugés qui s'y rattachent , II .

199. Chodowiecky , graveur , I , 367. Chorier, cite la Danse de Vienne, I, 93. Chronique de Nuremberg , 1 , 4b ; —

renferme une Danse des Morts , II ,

76-79. Cimetière de Saint-Maclou à Rouen , I ,

19-;m. Cimetières profanés par des danses, I,

115, 181 ; * 20-22 ; Il , 78 ; — par des

orgies , I , * 16-19. Clocheteurs des Trépassés , I , 149-152. Cluny (P. de ) , historien, l , 181. Colbert ( Satire contre ) , 1 , 369. Comestor , théologien , I , 40. Compnn, donne une étymologie du mot

Macabre, 1 R3. Ridinger, graveurs allemands , I, * 24 :

II, m-n.

Riquier (Saint-) ( les Trois Morts et les Trois Vifs à), I, 239; I, 187-190.

Rire sardonique des squelettes, I, l'jn.

Roman du Renard, I, 281.

Rousseau (J.-B.l, II, 200.

Rumohr (de) croit qu'Holbein a gravé sa Danse, II, 82, 93.


Sabbats, I, * 25.

Salisbury (Danse des Morts à), I, 201

Sclilotthauer, a lithographie la Danse d'Holbein, I, * 87 ; H, 13.5, 203

Schoengauer, a peint la Danse de Stras- bourg , 1, * 84 ; II, 50.

Schweighauser, la décrit, I, 84 ; II, 47

Senèque, parle des larves, 1,76.

Serpent tentant Adam et Eve, I, 40. '

— entourant les reins de la Mort, I, 191.

Shakespeare, parle du Fou de la Mort,

I, 139, 258, 260 ; II, 35. Simulachres de la Mort, (V. Holbein.) Sirènes, divinités grecques, 1 271 Sotties, farces de théâtre. I, 25 Sphynx ornant les sépultures, I, 65. Squelettes chez les anciens, I, 70, 82- 86, 275 ; — sculptés à Paris, 1 , 14ii • à Lyon, à Gisors. à Boscherviile, I, 317- à Bonport, I, 319 Statues de la Mort, I, 161, 140, 317 Strasbourg (Danse des Morts à 1, I, 201 ; '^ S4 ; 11, 40-51 ; ( autre peinture du même genre à), 1, 3l4i: II, 43. Strattford (Danse des Morts àl, I, 2l8 Straubingen, id., I, 232. Subiaco (peinture curieuse ai, II, 205 Suh] décrit la Danse de Lubeck, I, 285 Sybilles ( les douze ), 1 , 45.

T.

Taillepied, parle d'une Danse de Macha-

bees, I, * 36. Tapisseries représentant la Danse des

Morts, I, 199, 201 ; - ou des sujets

mortuaires, I, 320, 321 Tarots renfermant la mort, II, 19| lyô Temple élevé à la Mort. I, 63 Temple de la Mort (le), poëme I 307 •

— mélodrame, I, 3"5 ' ' Tète de Mort à triple face I, 48 Théâtre élevé à Lyon en 1540, 1,'2ô0 Thibaud de Marly, ses stances sur la

mort, l, 38, 7ï, 160. 278, 281 Tombes ornées de sculptures représen-


tant un cadavre ou la Mort 1 .316 - II. 138-140.

Tragédies dans lesquelles la .Mort joue un rôle, I, 296.

Translation des squelettes des .Macha- bées, I, Il Ci

Triomphe de la Mort , par Pétrarque , 1 , 1-58 , 276.— exécuté à Florence par Cosmio et à Dresde, I, 303. — sculpté a Rouen, I , loo

Trois .Morts et des Trois Vifs (légende des); ses auteurs, I, 107. — sa descrip- tion, II, 56, 61. —ses diverses repré- sentations , I, 112, :d3-39; II, 59, 205

Tudot. lithographe, II, 1.5s, 193.

V.

Van Praet, donne l'étymologie du mot -Macabre, I, 95-97, -ixy; * 49

Vasari , Vite di Pittori. I , 110.

Vérard ( .\ntoine ) . ses éditions de la Danse Macabre , 1 , 335 ;— des Livres d'HeurPs, I, 353 ; — des Loups ravis- sants II, 144; —des Paraboles d'Alain de Lille, II, 1.5o.

Vienne en Autriche (Danse des .Morts â), I, 229, 261.

Vienne en Dauphiné ( Danse des Morts supposée à ), I, 93, 196.

Villaret, dit que la Danse de Paris a été jouée, I, 131 ; — son étyraiologie de Macabre, I, 97; * 6, .50.

Villeneuve-Bargemont (de), dit que la Danse de Paris n'était qu'une pro- cession, I, 132. 134.

Villon , poète , 1 , 174 , %'^.

Vostre (Simon'i, ses Livres d'Heures. 1. 'J60, 341-352; II, 13.

w.

Walpole, biographie d'Holbein. II. 8I1. \\ hitehall , Danse desMortssupposéeà),

I, -216 : II, 85. AVolgemuth, aurait donné les dessins

de la Danse .Macabre, I. * 53. Wortley-Hall i Uanse de), I, 212. Wursteisen, Chronique de Bàle, I , *82.

Y.

Yama, dieu de la Mort chez les In- diens, 1, -281 ; II. 109.


Zaït-Boemel f les Trois .Morts et les

Trois Vils à V I, 230. Zani, Enciclopedia metodica, II, on. Zurlauben ide). Tableaux de la Suisse,

II, 9u, 166.


FL\ DE LA TABLE GÉNÉRALE.


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PL XXVIll.


Le grand Sacrificateur mourra.

I O S V E XX. Et vn autre prendra fon estât.

PSAL. CVllI.



Qui te cuides immortel estre

Par moy feras tofi depefché ,

Et combien que tu fois grand Preflre ,

Un autre aura ton Euefché.


PI. XXIX.


Dieu peut abaijfer ceux qui cheminent en orgueil.


DANIEL I I I I .



Qui marcke{ en pompe fuperbe La MORT un iour vous pliera : Comme fou^ vo^ pieJ{ ploye\ l'herbe , Ainji vous humiliera.


PL XXX.


Vexter miner ay le iuge du milieu de luy^ & occiray auec luy tous fes princes.


A IVT O S II.



Du milieu d^eux uous ofteray luges corrompus par prefent[ : Point ne fer t'^ de mort exempt^. Car ailleurs vous tranfponeray.


PI. XXXI.


Médecin , guery toi tuy mefme.


L VC I I I I.



Tu cognais bien la maladie Pour le patient fecourir y Et fi ne fcais teste ejîourdie , Le mal dont tu deuras mourir.


Pl.XXXIl.


Declaire moy fi tu cognais toutes choses. Sca- uois-tu que tu naifirois y & le nombre de tes iours ?

I OB XXXVIII.



Tu dis par Amphibologie Ce qu'aux autres doit aduenir. Dy moy donc par Astrologie Qjiiand tu deuras à moy venir ?


Pt XXXIII.


Ceux qui veulent efire riches tombent en tentatio & au laq^ & en plufieurs defirs jbls & nuifibles , qui plongent les hommes en ruine & perdition.


I.


TI M O.


VI.



Pour acquérir des biens mondains Vous entre[ en tentation , Qui vous met es peril:^foudains Et vous mené à perdition.


PL XXXIV.


Tu ne defcendras point du lia , fur lequel tu es monté : mais tu mourras.


I I I I. ROIS I.



Du lia y fus lequel es monté y Ne defcendras a ton pl^^fif '• Car MORT t'aura tantoft dompté ^ Et en briefte viendra faifir.


PL XXXf.


Quadlefort armé garde fa court ^ce qù il possède ^ eft en paix : mais fi plus fort que luy furviêtilluy ufte toutes f es armures^ aufquelles il se confioit.


L V C. XI.


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Le fort armé en ieune corps Penfe auoir feure garnifon Mais Mort plus forte y le met hors Di fa corporelle maifon.


1',. A \ \/7.


En toulcs ta œiiures nyc fomteiiance Je la fin 6" iainais n'offcnfcras.

ECCLE. \U.



Si tu veux viure fans péché , y oy ce fie image a tous propos, Et point ne feras empefchc , Quand t'en iras a repos.


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