Diderot's lemma on volupté in the Encyclopédie  

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Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.
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Train wreck at Montparnasse (October 22, 1895) by Studio Lévy and Sons.

Diderot's lemma on volupté in the Encyclopédie[1]


VOLUPTÉ, s. f. (Morale.) la Volupté, selon Aristipe, ressemble à une reine magnifique & parée de sa seule beauté ; son trône est d’or, & les Vertus, en habit de fêtes, s’empressent de la servir. Ces vertus sont la Prudence, la Justice, la Force, la Tempérance ; toutes quatre véritablement soigneuses de faire leur cour à la Volupté, & de prévenir ses moindres souhaits. La Prudence veille à son repos, à sa sûreté ; la Justice l’empêche de faire tort à personne, de peur qu’on ne lui rende injure pour injure, sans qu’elle puisse sans plaindre ; la Force la retient, si par hasard quelque douleur vive & soudaine l’obligeoit d’attenter sur elle-même ; enfin la Tempérance lui défend toute sorte d’excès, & liavertit assiduement que la santé est le plus grand de tous les hiens, ou celui du moins sans lequel tous les autres deviennent inutiles, ne se font point sentir. La morale d’Aristipe, comme on voit, portoit sans détour à la Volupté, & en cela elle s’accordoit avec la morale d’Epicure. Il y avoit cependant entr’eux cette différence, que le premier regardoit comme une obligation indispensable de se mêler des affaires publiques, de s’assujettir dès sa jeunesse à la société, en possédant des charges & des emplois, en remplissant tous les devoirs de la vie civile ; & que le second conseilloit de fuir le grand monde, de préférer à l’éclat qui importune, cette douce obscurité qui satisfait, de rechercher enfin dans la solitude un sort indépendant des caprices de la fortune. Cette contrariété de sentimens entre deux grands philosophes, donna lieu au stoïcien Panétius d’appeller en raillant la volupté d’Aristipe, la volupté de-bout, & celle d’Epicure, la volupté assise. Il s’éleva dans le quatrieme siecle de l’église un hérésiarque (Jovinian) qu’on nomma l’Aristipe & l’Epicure des chrétiens, parce qu’il osoit soutenir que la religion & la volupté n’étoient point incompatibles ; paradoxe qu’il coloroit de spécieux prétextes, en dégageant d’une part la volupté de ce qu’elle a de plus grossier ; & de l’autre, en réduisant toutes les pratiques de la religion à des simples actes de charité. Cette espece de système séduisit beaucoup de gens, sur-tout des prêtres & des vierges consacrées à Dieu ; mais S. Jérôme attaqua ouvertement le perfide hérésiarque, & sa victoire fut aussi brillante que complette. « Vous croyez, lui disoit-il, avoir persuadé ceux qui marchent sur vos traces, détrompez-vous, ils étoient déja persuadés par les penchans secrets de leur cœur ». Jamais réputation n’a plus varié que celle d’Epicure ; ses ennemis le décrioient comme un voluptueux, que l’apparence seule du plaisir entraînoit sans cesse hors de lui-même, & qui ne sortoit de son oisiveté que pour se livrer à la débauche. Ses amis au-contraire, le dépeignoient comme un sage qui fuyoit par goût & par raison le tumulte des affaires, qui préféroit un genre de vie bien ménagé, aux flateuses chimeres dont l’ambition repaît les autres hommes, & qui par une judicieuse économie mêloit les plaisirs à l’étude, & une conversation agréable au sérieux de la méditation. Cet homme poli & simple dans ses manieres, enseignoit à éviter tous les excès qui peuvent déranger la santé, à se soustraire aux impressions douloureuses, à ne desirer que ce qu’on peut obtenir, à se conserver enfin dans une assiette d’esprit tranquille. Au fond cette doctrine étoit très-raisonnable, & l’on ne sauroit nier qu’en prenant le mot de bonheur comme il le prenoit, la félicité de l’homme ne consiste dans le plaisir. Epicure n’a point pris le change, comme presque tous les anciens philosophes qui, en parlant du bonheur, se sont attachés non à la cause formelle, mais à la cause efficiente. Pour Epicure, il considere la béatitude en elle-même & dans son état formel, & non pas selon le rapport qu’elle a à des êtres tout-à-fait externes, comme sont les causes efficientes. Cette maniere de considérer le bonheur, est sans doute la plus exacte & la plus philosophique. Epicure a donc bien fait de la choisir, & il s’en est si bien servi, qu’elle l’a conduit précisément où il falloit qu’il allât. La seul dogme que l’on pouvoit établir raisonnablement, selon cette route, étoit de dire que la béatitude de l’homme consiste dans le sentiment du plaisir, ou en général dans le contentement de l’esprit. Cette doctrine ne comporte point pour cela que l’on établit le bonheur de l’homme dans la bonne chere & dans les molles amours : car tout au plus ce ne peuventêtre que des causes efficientes, & c’est de quoi

il ne s’agit pas ; quand il s’agira des causes efficientes, on vous marquera les meilleures, on vous indiquera d’un côté les objets les plus capables de conserver la santé de votre corps, & de l’autre les occupations les plus propres à prévenir les chagrins de l’esprit ; on vous prescrira donc la sobriété, la tempérance, & le combat contre les passions tumultueuses & déréglées, qui ôtent à l’ame latranquillité d’esprit qui ne contribue pas peu à son bonheur : on vous dira que la volupté pure ne se trouve ni dans la satisfaction des sens, ni dans l’émotion des appétits ; la raison en doit être la maîtresse, elle en doit être la regle, les sens n’en sont que les ministres, & ainsi quelques délices que nous espérions dans la bonne chere, dans les plaisirs de la vue, dans les parfums & la musique, si nous n’approchons de ces choses avec une ame tranquille, nous serons trompés, nous nous abuserons d’une fausse joie, & nous prendrons l’ombre du plaisir pour le plaisir même. Un esprit troublé & emporté loin de lui par la violence des passions, ne sauroit goûter une volupté capable de rendre l’homme heureux. C’étoient là les voluptés dans lesquelles Epicure faisoit consister le bonheur de l’homme. Voici comment il s’en explique : c’est à Ménecée qu’il écrit : « Encore que nous disions, mon cher Ménecée, que la volupté est la fin de l’homme, nous n’entendons pas parler des voluptés sales & infâmes, & de celles qui viennent de l’intempérance & de la sensualité. Cette mauvaise opinion est celle des personnes qui ignorent nos préceptes ou qui les combattent, qui les rejettent absolument ou qui en corrompent le vrai sens ». Malgré cette apologie qu’il faisoit de l’innocence de sa doctrine contre la calomnie & l’ignorance, on se récria sur le mot de volupté ; les gens qui en étoient déja gâtés en abuserent ; les ennemis de la secte s’en prévalurent, & ainsi le nom d’épicurien devint très< ?>odieux. Les Stoïciens qu’on pourroit nommer les jansénistes du paganisme, firent tout ce qu’ils purent contre Epicure, afin de le rendre odieux & de le faire persécuter. Ils lui imputerent de ruiner le culte des dieux, & de pousser dans la débauche le genre humain. Il ne s’oublia point dans cette rencontre, il sut penser & agir en philosophe ; il exposa ses sentimens aux yeux du public ; il fit des ouvrages de piété ; il recommanda la vénération des dieux, la sobriété, la continence ; il ne se plaignit point des bruits injurieux qu’on versoit sur lui à pleines mains. « J’aime mieux, disoit-il les souffrir & les passer sous silence, que de troubler par une guerre désagréable la douceur de mon répos ». Aussi le public, du moins celui qui veut connoître avant que de juger, se déclara-t-il en toutes les occasions pour Epicure ; il estimoit sa probité, son éloignement des vaines disputes, la netteté de ses mœurs, & cette gra de tempérance dont il faisoit profession, & qui loin d’être ennemie de la volupté, en est plutôt l’assaisonnement. Sa patrie lui éleva plusieurs statues ; d’ailleurs ses vrais disciples & ses amis particuliers vivoient d’une manierenoble & pleine d’égards les uns pour les autres ; ils portoient à l’excès tous les devoirs de l’amitié, & préféroient constamment l’honnête à l’agréable. Un maître qui a su inspirer tant d’amour pour les vertus douces & bienfaisantes, ne pouvoit manquer d’être un grand homme ; mais on ne doit pas reconnoître pour ses disciples quelques libertins qui ayant abusé du nom de ce philosophe, ont ruiné la réputation de sa secte. Ces gens ont donné à leurs vices l’inscription de sa sagesse, ils ont corrompu sa doctrine par leurs mauvaises mœurs, & se sont jetté en foule dans son parti, seulement parce qu’ils entendoient qu’on y louoit la volupté, sans approfondir ce que c’étoit que cette volupté. Ils se sont contentés de son nom en général, & l’ont fait servir de voile à


leurs débauches ; & ils ont cherché l’autorité d’un grand homme, pour appuyer les désordres de leur vie, au-lieu de profiter des sages conseils de ce philosophe, & de corriger leurs vicieuses inclinations dans son école. La réputation d’Epicure seroit en très-mauvais état, si quelques personnes désintéresfées n’avoient pris soin d’étudier plus à fond sa morale. Il s’est donc trouvé des gens qui se sont informés de la vie de ce philosophe, & qui sans s’arrêter à la croyance du vulgaire, ni à l’écorce des choses, ont voulu pénétrer plus avant, & ont rendu des témoignages fort authentiques de la probité de sa personne, & de la pureté de sa doctrine. Ils ont publié à la face de toute la terre, que sa volupté étoit aussi sévere que la vertu des Stoiciens, & que pour être débauché comme Epicure, il falloit être aussi sobre que Zénon. Parmi ceux qui ont fait l’apologie d’Epicure, on peut compter Ericius Puteanus, le fameux dom Francisca de Quevedo, Sarazin, le sieur Colomiés, M. de Saint-Evremont, dont les réflexions sont curieuses & de bon goût, M. le baron Descoutures, la Mothe le Vayer, l’abbé Saint Réal, & Sorbiere. Un auteur moderne qui a donné des ouvrages d’un goût très-fin, avoit promis un commentaire sur la réputation des anciens ; celle d’Epicure devoit y être rétablie. Gassendi s’est sur-tout signalé dans la défense de ce philosophe ; ce qu’il a fait là-dessus est un chef-d’œuvre, le plus beau & le plus judicieux recueil qui se puisse voir, & dont l’ordonnance est la plus nette & la mieux reglée. M. le chevalier Temple, si illustre par ses ambassades, s’est aussi déclaré le défenseur d’Epicure, avec une adresse toute particuliere. On peut dire en général que la morale d’Epicure est plus sensée & plus raisonnable que celle des Stoïciens, bien entendu qu’il soit question du système du paganisme. Voyez l’article du . On entend communément par volupté tout amour du plaisir qui n’est point dirigé par la raison ; & en ce sens toute volupté est illicite ; le plaisir peut être consideré par rapport à l’homme qui a ce sentiment, par rapport à la société, & par rapport à Dieu. S’il est opposé au bien de l’homme qui en a le sentiment, à celui de la société, ou au commerce que nous devons avoir avec Dieu, dès-lors il est criminel. On doit mettre dans le premier rang ces voluptés empoisonnées qui font acheter aux hommes par des plaisirs d’un instant, de longues douleurs. On doit penser la même chose de ces voluptés qui sont fondées sur la mauvaise foi & sur l’infidélité, qui établissent dans la société la confusion de race & d’enfans, & qui sont suivies de soupçons, de défiance, & fort souvent de meurtres & d’attentats sur les lois les plus sacrées & les plus inviolables de la nature. Enfin on doit regarder comme un plaisir criminel, le plaisir que Dieu défend, soit par la loi naturelle qu’il a donnée à tous les hommes, soit par une loi positive, comme le plaisir qui affoiblit, suspend ou détruit le commerce que nous avons avec lui, en nous rendant trop attachés aux créatures. La volupté des yeux, de l’odorat, & de l’ouie, est la plus innocente de toutes, quoiqu’elle puisse devenir criminelle, parce qu’on n’y détruit point son être, qu’on ne fait tort à personne ; mais la volupté qui consiste dans les excès de la bonne chere, est beaucoup plus criminelle : elle ruine la santé de l’homme ; elle abaisse l’esprit, le rappellant de ces hautes & sublimes contemplations pour lesquelles il est naturellement fait, à des sentimens qui l’attachent bassement aux délices de la table, comme aux sources de son bonheur. Mais le plaisir de la bonne chere n’est pas à beaucoup près si criminel que celui de l’ivresse, qui non-seulement ruine la santé & abaisse l’esprit, m< ?>s qui trouble notre raison & nous

prive pendant un certain tems du glorieux caractere de créature raisonnable. La volupté de l’amour ne produit point de désordres tout-à-fait si sensibles ; mais cependant on ne peut point dire qu’elle soit d’une conséquence moins dangereuse : l’amour est une espece d’ivresse pour l’esprit & le cœur d’une personne qui se livre à cette passion ; c’est l’ivresse de l’ame comme l’autre est l’ivresse du corps ; le premier tombe dans une extravagance qui frappe les yeux de tout le monde, & le dernier extravague, quoiqu’il paroisse avoir plus de raison ; d’ailleurs le premier renonce seulement à l’usage de la raison, au-lieu que celui-ci renonce à son esprit & à son cœur en même tems. Mais quand vous venez à considerer ces deux passions dans l’opposition qu’elles ont au bien de la société, vous voyez que la moins déréglée est en quelque sorte plus criminelle que l’ivreste, parce que celle-ci ne nous cause qu’un désordre passager, au-lieu que celle-là est suivie d’un déreglement durable : l’amour est d’ailleurs plus souvent une source d’homicide que le vin : l’ivresse est sincere ; mais l’amour est essentiellement perfide & infidele. Enfin l’ivresse est une courte fureur qui nous ôte à Dieu pour nous livrer à nos passions ; mais l’amour illicite est une idolatrie perpetuelle. L’amour-propre sentant que le plaisir des sens est trop grossier pour satisfaire notre esprit, cherche à spiritualiser les voluptés corporelles. C’est pour cela qu’il a plu à l’am our-propre d’attacher à cette félicité grossiere & charnelle la délicatesse des sentimens, l’estime d’esprit, & quelquefois même les devoirs de la religion, en la concevant spirituelle, glorieuse, & sacrée. Ce prodigieux nombre de pensées, de sentimens, de fictions, d’écrits, d’histoires, de romans, que la volupté des sens a fait inventer, en est une preuve éclatante. A considérer les plaisirs de l’amour sous leur forme naturelle, ils ont une bassesse qui rebute notre orgueil. Que falloit-il faire pour les élever & pour les rendre dignes de l’homme ? Il falloit les spiritualiser, les donner pour objet à la délicatesse de l’esprit, en faire une matiere de beaux sentimens, inventer là-dessus des jeux d’imagination, les tourner agréablement par l’éloquence & la poésie. C’est pour cela que l’amour-propre a annobli les honteux abaissemens de la nature humaine : l’orgueil & la volupté sont deux passions, qui bien qu’elles viennent d’une même source, qui est l’amour propre, ne laissent pourtant pas d’avoir quelque chose d’opposé. La volupté nous fait descendre, au-lieu que l’orgueil veut nous élever ; pour les concilier, l’amour-propre fait de deux choses l’une ; ou il transporte la volupté dans l’orgueil, ou il transporte l’orgueil dans la volupté ; renonçant au plaisir des sens, il cherchera un plus grand plaisir à acquérir de l’estime ; ainsi voilà la volupté dédommagée ; ou prenant la résolution de se satisfaire du côté du plaisir des sens, il attachera de l’estime à la volupté ; ainsi voilà l’orgueil consolé de ses pertes ; mais l’assaisonnement est encore bien plus flatteur, lorsqu’on regarde ce plaisir comme un plaisir que la religion ordonne. Une femme débauchée qui pouvoit se persuader dans le paganisme qu’elle faisoit l’inclination d’un dieu, trouvoit dans l’intempérance des plaisirs bien plus sensibles ; & un dévot qui se divertit ou qui se vange sous des prétextes sacrés, trouve dans la volupté un sel plus piquant & plus agréable que la volupté même. La plûpart des hommes ne reconnoissent qu’une sorte de volupté, qui est celle des sens ; ils la réduisent à l’intempérance corporelle, & ils ne s’apperçoivent pas qu’il y a dans le cœur de l’homme autant de voluptés différentes, qu’il y a d’especes de plaisir dont il peut abuser ; & autant d’especes différentes de plaisir, qu’il y a de passions qui agitent son ame.


L’avarice qui semble se vouloir priver des plaisirs les plus innocens, a sa volupté qui la dédommage des douceurs auxquelles elle renonce : populus me sibilat, dit cet avare dont Horace nous a fait le portrait, at mihi plaudo ipse domi, simul ac nummos contemplor in arcâ. Mais comme il y a des passions plus criminelles les unes que les autres, il y a aussi une sorte de volupté qui est particulierement dangereuse. On peut la réduire à trois especes ; savoir la volupté de la haine & de la vengeance ; celle de l’orgueil & de l’ambition ; celle de l’incrédulité, & celle de l’impiété. C’est une volupté d’orgueil que de s’arroger ou des biens qui ne nous appartiennent pas, ou des qualités qui sont en nous, mais qui ne sont point nôtres ; ou une gloire que nous devons rapporter à Dieu, & non point à nous. On s’étonne avec raison que le peuple romain trouvât quelque sorte de plaisir dans les divertissemens sanglans du cirque, lorsqu’il voyoit des gladiateurs s’égorger en sa présence pour son divertissement. On peut regarder ce plaisir barbare comme une volupté d’ambition & de vaine gloire : c’étoit flatter l’ambition des Romains que de leur faire voir que les hommes n’étoient faits que pour leurs divertissemens. Il y a une volupté de haine & de vengeance qui consiste dans la joie que nous donnent les disgraces des autres hommes ; c’est un affreux plaisir que celui qui se nourrit de larmes que les autres répandent ; le degré de ce plaisir fait le degré de la haine qui le fait naître. Le grand Corneille à qui on ne peut refuser d’avoir bien connu le cœur de l’homme, exprime dans ces vers l’excès de la haine par l’excès du plaisir.

Puissai-je de mes yeux y vo r tomber la foudre, Voir tes maisons en cendre & tes lauriers en poudre, Voir le dernier romain à son dernier soupir, Moi seule en être cause, & mourir de plaisir.

L’incrédulité se fortifie du plaisir de toutes les autres passions qui attaquent la religion, & se plaisent à nourrir des doutes favorables à leurs déréglemens ; & l’impiété qui semble commettre le mal pour le mal même, & sans en trouver aucun avantage, ne laisse pas d’avoir ses plaisirs secrets d’autant plus dangereux, que l’ame se les cache à elle-même dans l’instant qu’elle les goûte le mieux ; il arrive souvent qu’un intérêt de vanité nous fait manquer de révérence à l’Etre suprème. Nous voulons nous montrer redoutables aux hommes, en paroissant ne craindre point Dieu ; nous blasphémons contre le ciel pour menacer la terre ; mais ce n’est pourtant pas-là le sel qui assaisonne principalement l’impiété. L’homme impie hait naturellement Dieu, parce qu’il hait la dépendance qui le soumet à son empire, & la loi qui borne ses desirs. Cette haine de la Divinité demeure cachée dans le cœur des hommes, où la foiblesse & la crainte la tiennent couverte, sans même que la raison s’en apperçoive le plus souvent ; cette haine cachée fait trouver un plaisir secret dans ce qui brave la Divinité.

Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni. « Il dédaigne de voir le ciel qui le trahit.»

Tout cela a paru brave, parce qu’il étoit impie. La volupté corporelle est plus sensible que la volupté spirituelle ; mais celle-ci paroît plus criminelle que l’autre : car la volupté de l’orgueil est une volupté sacrilége, qui dérobe à Dieu l’honneur qui lui appartient, en retenant tout pour elle. La volupté de la haine est une volupté barbare & meurtriere qui se nourit de pleurs ; & la volupté de l’incrédulité est une volupté impie qui se plaît à dégrader la Divinité.

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